Paule Lebay : « Croyez en vous, en vos rêves, en votre pouvoir d’action! »

Paule Lebay ! Stagiaires ensemble dans l’une de toutes premières formations aux jardins de soin dispensées par le Domaine de Chaumont, nous nous connaissons depuis 2012. « We go way back ! », comme on dit en anglais, une langue que Paule s’est mise à pratiquer pour lire la littérature existante sur les jardins qui soignent et pour communiquer avec des interlocutrices internationales. Vous verrez que la curiosité et l’envie d’apprendre sont essentielles pour elle.

Car cet été, nous avons décidé de nous donner mutuellement la parole sur nos blogs respectifs. Ici, vous lirez l’auto-portrait de Paule et là vous lirez le mien sur son blog.

Sur Le bonheur est dans le jardin, j’ai déjà parlé plusieurs fois avec Paule au fil des années pour marquer des moments forts: la création d’un jardin de soin à la maison de retraite d’Onzainle prix remis par la Fondation Truffaut ou des conseils sur le financement d’un jardin de soin (déjà le partage d’information était au cœur de sa démarche). Nous avions aussi fait une visite guidée en vidéo ensemble

Aujourd’hui, la vidéo a d’ailleurs pris une place importante dans le travail de Paule et sur son blog Plus de Vert Less Béton (malin ce nom, je l’aime beaucoup). Elle vient de se lancer un défi vidéo qu’elle vous invite à suivre sur la chaine YouTube de son blog ainsi que sur sa page Facebook. Paule, elle se démène pour amener aux initiateurs de jardins thérapeutiques des informations concrètes, des conseils, des pistes.

Comment es-tu tombée dans la marmite des jardins de soin? Quel est ton plus ancien souvenir qui t’a convaincue que le jardin avait des pouvoirs thérapeutiques?

Je ne suis pas tombée dans la marmite des jardins de soins! Cela a véritablement été un choix de ma part. Tout a commencé par un besoin récurrent dans l’établissement où je travaillais. Chaque année, les soignants, certains résidents et famille demandaient à la direction de l’établissement s’il était possible d’avoir quelques jardinières avec des pieds de tomates, des aromatiques, des fleurs, et si les chemins extérieurs pouvaient être remis en état afin qu’ils soient circulables pour les personnes en fauteuils roulants et a fortiori par des piétons. Chaque année, au printemps, cela revenait sur le tapis. Chaque année, des histoires de budget restreints faisaient que le moindre achat devenait un vrai casse-tête. Comment justifier comptablement que les personnes ressentaient le besoin de Nature et que, oui, cela nécessiterait un investissement financier ? 

Lorsqu’on m’a proposé le poste de coordinatrice en accueil de jour spécialisé, pour les personnes souffrant de troubles cognitifs de type Alzheimer ou apparentés, j’ai vu une occasion et j’ai foncé. Il était plus simple pour moi de pouvoir peser dans la balance grâce à mes nouvelles fonctions. Très vite, j’ai donc proposé en réunion de direction le fait qu’il serait sans doute bon de créer un jardin, un espace adapté où des activités à visées thérapeutiques pourraient être conduites par des soignants (en l’occurrence mes deux collègues et moi, de l’accueil de jour) et d’en faire par la même occasion profiter les patients de l’unité « Alzheimer » qui jouxtait l’espace envisagé pour le projet. 

Quant au moment où j’ai pris conscience du potentiel du jardin dans l’aide à la thérapie, cela s’est fait en deux temps :

Le premier correspond à une intuition profonde 

Le deuxième, lorsque j’ai commencé avec mes collègues à mettre en place des ateliers autour du Vivant. Nous avons très vite remarqué le potentiel incroyable du jardin comme médium à la thérapie. Tout cela a été par la suite confirmé dans le temps, par la formation, mes rencontres et l’expérience terrain auprès des patients lors de séances d’hortithérapie. 

Comment as-tu évolué dans ta vision des jardins de soin depuis la formation que nous avons suivie ensemble en 2012 ?

Comme je l’expliquais juste avant, le temps, les expériences, les rencontres, mes nombreuses lectures et autres m’ont petit à petit conduit à avoir une vision de plus en plus précise du potentiel du jardin dans l’aide à la thérapie et le bien-être de tous les bénéficiaires, qu’ils soient professionnels, patients ou familles. Cela fait quelques années que je pense qu’il y a un travail immense encore à mener. Il faut selon moi moderniser, souffler un vent nouveau sans pour autant mettre un voile sur tout le travail déjà accompli. Cette modernité doit selon moi passer par l’innovation dans les outils proposés aux professionnels, aux patients, dans la coordination, dans la coopération entre pays, entre experts et dans l’utilisation des moyens actuels de communication.

Attention l’expert ne se limite pas pour moi aux professionnels bien au contraire, le rôle du patient en tant qu’expert est à mettre de plus en plus en avant. Et dans outils, je ne parle pas simplement d’outils de jardinage ! Mais plutôt de mettre à disposition ce dont a réellement besoin chaque co-créateur du domaine des jardins de soins. Le principe est simple en théorie. Posons-nous les questions suivantes : De quoi ont réellement besoin les porteurs de projet ? De quoi ont réellement besoin les professionnels du paysage ? les professionnels soignants ? Les familles, les patients ? Identifier les besoins et se donner les moyens d’y répondre, voilà ma vision pour l’avenir dans les jardins de soins. 

Parle-nous du livre que tu es en train d’écrire pour Terre Vivante à paraitre en 2021. Quelle approche as-tu choisie? Quelles leçons tires-tu de cette expérience nouvelle?

Ça fait plusieurs années déjà que j’avais en tête un jour d’écrire un livre sur les jardins de soins. Seulement j’ai longtemps cru que je n’avais aucune légitimité à le faire. Cette idée a fait son chemin et les retours que j’avais de certaines personnes qui venaient me poser des questions, me rencontrer m’ont petit à petit, doucement, convaincue que j’avais peut-être finalement des choses à transmettre. Bien entendu je doute chaque jour encore de cette légitimité. Mais là encore, les retours très positifs que j’obtiens, les mots encourageants que j’ai régulièrement, m’aident à casser cette image d’imposture que j’ai ou peut être devrais-je dire que j’avais ? Un jour alors que je travaillais encore pour le Centre de formation du Domaine de Chaumont sur Loire, j’ai sur un coup de tête, sauter dans le grand bain. Qu’avais-je à perdre ? Un mail a suffi à avoir un rendez-vous avec mon éditrice actuelle. Dans ma tête je devais faire ce livre et mettre en avant mon travail au sein du Domaine de Chaumont sur Loire. Les choses ont pris une tournure différente, lorsque je suis partie de mon poste. Le jour même où je venais de signer ma rupture de contrat, soit une heure précisément après, je terminais mon entretien avec mon éditrice qui venait de me dire banco ! En une heure de temps je suis passée de « les jardins de soins c’est fini pour moi » à « je vais écrire un livre sur les jardins de soins ». 

Mon approche pour ce livre à tout de suite était claire et je l’ai de suite défendue auprès de ma maison d’édition : je souhaitais créer le livre que j’aurais aimé avoir lorsque j’ai moi-même monté le projet d’Onzain, à mes tous débuts. Un pas à pas basé sur l’expérience et non pas simplement sur des théories certes intéressantes, mais pas toujours parlantes lorsqu’il s’agit de leur donner forme très concrètement, là, physiquement au projet que l’on porte. Ce livre correspond à MON expérience. Je ne prétends pas détenir LA vérité absolue. Je dis juste : voilà ce qui a marché pour moi, ce qui n’a pas marché, ce que mon expérience dans sa globalité m’a apporté et voilà ce que je vous conseille de faire. Libre à vous de suivre ou non ces conseils. Dans ce livre il y a mon expérience, mais aussi celles des centaines de stagiaires que j’ai pu former, celles des gens que j’ai pu rencontrer, conseiller aussi. Enfin, j’ai voulu intégrer dans ce livre le témoignage de personnes qui comptent dans le domaine comme Rebecca Haller qui a de suite répondu favorablement à ma demande ou encore une porteuse de projet, Emmanuelle du jardin de Vezenne, que j’ai formée avec mes anciens collègues, puis avec qui j’ai pu échanger de nombreuses fois. 

Je ne pourrai pas tout mettre dans ce livre, c’est l’une des raisons qui m’a conduite à créer le site Plus de Vert Less Béton

Et le blogging? Raconte-nous comment l’idée est née et quels sont tes objectifs aujourd’hui?

Le blogging est arrivé dans ma vie, grâce à ma curiosité insatiable et mon désir d’apprendre de nouvelles choses constamment. Ensuite, je me demande toujours : 

Qu’est-ce que j’aimerais apprendre ? Qu’est ce qui m’apporterait vraiment du plaisir ? 

Une fois la chose identifiée, je me dis : 

Ok maintenant comment cette chose, pourrait être utile dans mon chemin de vie ? Comment je pourrais optimiser ce nouveau savoir, qui me procure par là même du plaisir, dans ma vie ? Comment cela va servir MA cause ? Comment cela va m’être utile dans le chemin que je souhaite prendre ?  

Certains vont penser que je suis égoïste, ils auront sans doute raison quelque part. Je pense que si plus de personnes agissaient en conscience, en faisant des choses selon leurs propres désirs, le monde ne s’en porterait que mieux. Faire ce que l’on aime vraiment, faire de son travail un plaisir au quotidien permet d’avoir des gens passionnés, investis, qui diffusent tellement plus autour d’eux que celles et ceux qui subissent leur vie, qui font parce que la société est comme ci ou que le monde va comme ça, les conventions, les biens pensants… Je ne souhaite pas vivre la vie des autres mais bel et bien la mienne. Après, cela ne signifie pas que le chemin sera tout rose et la route pavée de fleurs ! Les gamelles, les difficultés, les échecs font partie du jeu. Mais on les encaisse mieux à partir du moment où on les a choisis et où on sait qu’ils feront partie de l’équation.

J’ai donc choisi de m’intéresser au blogging dans un premier temps par curiosité et par volonté d’apprendre d’un domaine auquel je ne connaissais absolument rien. C’est tellement exaltant d’apprendre quelque chose qui vous est totalement inconnu ! C’est comme redevenir cet enfant qui d’un coup se met à marcher et pour qui un nouveau monde, le même pourtant qu’il pensait connaître avant, se révèle totalement nouveau avec un nouveau champ des possibles. J’ai créé un premier blog, Les jardins de Paule, qui m’a permis de me faire les dents, qui aujourd’hui est davantage délaissé au profit de Plus de Vert Less Béton. Comme je l’expliquais, après le désir, l’envie, le plaisir, c’est se demander en quoi je peux ensuite mettre à profit ces nouvelles compétences dans ma vie ? Développer Plus de Vert less Béton me permet de faire cela. Et d’un, ce site me permet de mettre par écrit tout ce que je n’ai pas mis dans mon livre. Et de deux, de poursuivre le chemin que j’ai choisi dans un domaine qui me passionne toujours autant, que sont les jardins de soins, en créant, innovant, bousculant les codes parfois, créant de la valeur pour celles et ceux qui s’intéressent à cette thématique.

Parfois on ne trouve pas toujours la raison de nos choix, pourquoi nous sommes attirés par telle compétence ou autre. C’est là qu’entre en jeu ce qu’on appelle l’intuition. Parfois on fait par plaisir et intuition sans savoir où cela va nous mener et pourtant je suis convaincue qu’il y a une bonne raison pour que suivions celle-ci, pour que nous vivions telle expérience. Je vais donner l’exemple de Steve Jobs : celui-ci a fait lors de ses années universitaires de la calligraphie. Il éprouvait un immense plaisir à la pratiquer. Il ignorait comme tout son entourage à l’époque à quoi pourrait bien lui servir cette nouvelle passion dans notre société d’aujourd’hui où la calligraphie pourrait paraître désuète pour une bonne majorité des gens ! Eh bien, il a poursuivi et finalement bien des années plus tard, la calligraphie lui a permis de mettre au point cette idée de déroulant que l’on retrouve sur chaque ordi à présent vous proposant plusieurs centaines de styles d’écritures. Cette compétence acquise en suivant ses envies, son plaisir et son intuition des années auparavant lui a permis de révolutionner le monde informatique. 

Je ne sais pas encore où le blogging va me mener, mais j’y trouve du plaisir et même si je ne révolutionnerai peut-être rien, mon intuition me dit que cela me sera utile dans mon parcours.

Que voudrais-tu qu’on sache sur toi que peu de monde sait?

Je voudrais dire aux gens que je suis dans une situation très précaire financièrement, que je vis depuis plusieurs années seule avec mes enfants et que cela ne m’a pas fait renoncer à mes rêves ou à mes valeurs profondes de liberté, à mon désir d’être en perpétuelle évolution de mon être, à ma volonté de faire avancer le monde de manière positive. L’argent ne fait pas le bonheur. Certes il y contribue, mais je peux vous assurer que je préfère mille fois être à ma place ici, à m’éclater dans ce que je fais plutôt que d’être sous le joug d’un patron par exemple, le postérieur dans un bureau ou à courir dans un service en perdant de vue MON essentiel, ce que je suis réellement, le sens de mes actions, MON pourquoi. La vie est courte et chaque jour est comme une urgence pour moi à la vivre pleinement. Qui sait peut-être que ma passion et mon engouement à la tâche me permettront un jour d’en vivre ! Ce sera la cerise sur le gâteau, mais je peux vous dire que le gâteau aura été déjà énorme et délicieux auparavant. 

Je ne pose pas en moralisatrice, chacun est libre de faire comme il l’entend et je comprends que certaines ou certains éprouvent du plaisir à être dans un bureau, ou à suivre les directives de leur patron, ou encore puissent s’épanouir dans les services. C’est d’ailleurs très bien ainsi. Si tout le monde était pareil, le monde serait bien fade ! Maintenant j’expose juste mon point de vue sans prosélytisme aucun.  

Qu’est-ce qui te manque et qu’est-ce qui ne te manque pas de ton métier d’infirmière?

Ce qui me manque sans hésitation aucune, ce sont les patients. La relation d’aide que j’avais avec eux, les échanges toujours riches d’instruction pour moi me manquent. Je grandissais aussi à leur contact. Je garde cette volonté de venir en aide, d’être attentive aux besoins des gens mais je le fais différemment à présent. Le livre sera ma façon d’aider les porteurs de projets, afin qu’ils se lancent et que de nouveaux jardins voient le jour. Paf ! Un jardin, une aide de plus aux patients, aux familles… La création d’outils pour les pros, les patients… Paf ! une nouvelle aide, un nouveau soutien. Inspirer, motiver, former et informer, guider… tout cela est une façon pour moi de vivre mon métier de soignante. Le prendre soin ne se limite pas aux actes techniques, Dieu merci. A chacun d’inventer sa manière de contribuer au monde. 

Que t’a appris la vie à travers le jardin depuis 8-10 ans?

La Nature nous apprend deux choses : 

Un, que nous ne sommes pas grand-chose, que le temps nous est compté et qu’il faut vivre sa vie pleinement, ne pas se contenter de la voir passer en reportant ses désirs au moment de la retraite. 

Deux, que nous avons inversement un potentiel extraordinaire en nous, mais qu’il étouffe sous nos peurs et celles des autres. Croyez en vous, en vos rêves, en votre pouvoir d’action ! Vous valez tellement plus que ce qu’on vous a fait croire, tellement plus que ce que finalement vous avez fini par croire vous-même ! Cassez ça et foncez pour n’avoir aucun regret. La Nature nous a tous offert ce potentiel, nous appartenons à un grand tout, aux pouvoirs incroyables. 

En conclusion, la Nature m’a appris que je ne suis rien dans ce vaste tout, mais que j’ai en moi des capacités insoupçonnées qui ne demandent qu’à s’exprimer, sinon pourquoi serions-nous là finalement ? 

Romane Glotain murit son projet de jardin de soins

En mai 2016, nous avions fait connaissance avec Romane Glotain, jeune diplômée en production horticole qui venait de faire grande impression au Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut avec un projet très abouti. Depuis 18 mois, elle n’a pas chômé. Après un Service Civique dédié à la création d’un jardin de soins en milieu psychiatrique, elle vient de se lancer avec enthousiasme dans une licence professionnelle dans le domaine du social et de l’animation. Autant de briques qui ont pour but d’enrichir le projet qui lui trotte dans la tête depuis plusieurs années : lancer un jardin de soins pour accueillir des publics vulnérables du côté de Nantes. Elle nous raconte…(Pour joindre Romane, romane.glotain (at) gmail.com).

 

 

Je tiens avant tout à me présenter : Romane Glotain, 20 ans et nantaise. Il y a maintenant quelques années que je tiens à réaliser mon propre projet professionnel : celui de créer un jardin de soins entre Nantes et St-Nazaire en Loire-Atlantique, pour accueillir des publics vulnérables (enfants, personnes âgées, handicapés, personnes anxieuses…) afin de leur proposer des ateliers à médiation, c’est-à-dire des animations en complément de leurs soins conventionnels grâce à un support qui est le jardin et le végétal en général. C’est ce qu’on nomme l’hortithérapie. Vous vous demandez sûrement d’où vient l’idée ?

 

Remontons il y a 6 ans. A mon arrivée au lycée Jules Rieffel de Saint-Herblain (44), je me suis investie pendant mon temps libre au sein d’une association d’élèves écoresponsables où étaient proposé divers projets liés au développement durable. Un projet m’attirait plus que les autres, celui du « Jardin pour tous » qui consistait à proposer des ateliers « jardin » à des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, deux fois par mois au sein d’un jardin de soins dans l’enceinte du lycée. Le jardin était un lieu pour accompagner, créer du lien, travailler les cinq sens et la mobilité chez ces personnes devenues dépendantes. J’ai suivi ce projet avec d’autres élèves pendant trois ans en me rendant compte que le lien entre l’humain et le végétal était indispensable et amenait beaucoup de bien-être. C’est la devise de l’hortithérapie… et c’est devenu la mienne ! On m’a toujours répété que mon futur métier devait être une passion pour que je puisse m’y épanouir. A cette époque, j’avais trouvé ce métier qui n’a jamais changé jusqu’au moment où j’écris ce texte.

J’ai poursuivi par un BTS en Production Horticole au lycée du Fresne d’Angers (49) que j’ai obtenu en 2016 et grâce auquel j’ai pu acquérir des connaissances dans la détermination des plantes, les conditions de culture …J’ai eu aussi la chance de remporter le concours national « Projet d’avenir » de la Fondation Truffaut dont le but était de proposer un jardin de soins pour un public spécifique sur dossier et à l’oral. Un vrai coup de pouce pour booster mon réseau, mes financements et mon projet en général.

Le Service Civique : un détour très utile

Tout me réussissait jusque là… J’ai voulu poursuivre par une licence professionnelle « Techniques d’intervention et d’animation psychosociales auprès des publics vulnérables » qui était proposée à Tours pour avoir des connaissances sur les différentes pathologies entre autres. Malheureusement, je n’ai pas été retenue à cette formation et je me retrouvée lâchée, sans rien…Dur, dur quand tout est planifié dans sa tête et que la ligne dévie…

J’avais entendu parler du Service Civique, certes. Mais pour moi la formation avait plus de valeur et d’importance… Bien sûr, j’ai navigué quelques jours sur le site à taper tous les mots clés possibles pour trouver une mission qui me conviendrait. Et j’ai trouvé « THE » mission : « Participer à l’accompagnement des personnes en situation de handicap : participation à la promotion d’une démarche écocitoyenne par la création d’un jardin potager ». Je m’y retrouvais complètement tant pour l’objectif que je m’étais fixé professionnellement que pour mes valeurs personnelles.

Direction la Sarthe dès le mois de septembre 2016. L’Établissement Public de Santé Mentale de la Sarthe basé à Allonnes (72) m’intégrait dans une mission de 10 mois au Mans (72) au sein d’ un foyer de vie pour handicapés mentaux accueillant au quotidien 30 résidents. Le but était d’aménager un jardin sur les extérieurs du foyer et de proposer des animations en lien.

Je vous avoue qu’il n’est pas facile de se retrouver confrontée à des personnes qui souffrent de symptômes psychotiques et de schizophrénie du jour au lendemain même si les résidents étaient très accueillants et l’équipe (aides médico-psychologiques, cadre de santé, une tutrice monitrice-éducatrice et secrétaire) très à l’écoute.

Il n’était pas facile non plus pour les résidents de situer mon rôle qui n’était pas celui de soignante. Mais très vite, j’ai proposé des plans de jardin avec des résidents et une équipe très ouverte me laissant autonome sur le projet. Je l’ai réalisé en fonction des envies des résidents. Au fil des mois, un verger est apparu, des framboisiers, une palette d’aromatiques… Jordan, également Service Civique au sein de l’EPSM m’a prêté main forte pendant 4 mois pour construire un compost, installer une arche d’entrée…

S’en est suivi une aide précieuse d’un collègue Aide médico-psychologique qui a pris le relais et m’a soutenue dans le projet pour construire une tonnelle en bois, des bacs à hauteur pour les personnes les plus fatigables, une terrasse en bois pour poser des transats, une serre à tomates et qui m’a surtout apporté son regard en tant que soignant.

10 mois pour créer un jardin en psychiatrie

J’étais venue au foyer pour lancer le projet, mais je comptais sur les résidents pour s’y impliquer et aménager leur jardin ! Celui-ci devait être varié et surtout adapté à la maladie. Tout était délimité (carré potager, bordures autour de la jachère fleurie…) avec différentes zones observables. Les délimitations, le choix des végétaux, les aménagements ont été très importants dans la construction du jardin. En effet, la maladie mentale fait perdre conscience de son environnement et les personnes se retrouvent vite dans leur bulle.

« Tu travailles avec des schizophrènes ? T’as pas trop peur ? » Combien de fois ces questions m’ont été posées lorsque j’expliquais mon Service Civique. J’ai pu remarquer que la maladie mentale, que certains appelleraient « la folie », fait peur, très peur… et c’est quand on côtoie un public comme celui-ci qu’on a une véritable envie de prouver le contraire à son entourage. Le handicap mental reste encore trop tabou et surtout beaucoup trop occulté par rapport au handicap physique que ce soit dans l’esprit des personnes, dans l’aménagement de l’environnement, dans la sensibilisation…Au final, qu’est ce que le handicap ? Une inadaptation, un frein face à notre environnement et aux codes de notre société… C’est la définition… en y réfléchissant, nous avons donc tous un handicap à un degré plus ou moins élevé…

Les résidents étaient sans emploi, et le temps qu’ils passaient à fumer, et à déambuler dans les couloirs, envahis par leurs pensées m’exaspérait ! Le fait de les impliquer dans le projet permettait de travailler entre autres sur la dépendance au tabac ;  « T’as vu Romane, j’ai pas fumé de toute la matinée ! » me disaient certains gros fumeurs qui m’aidaient à jardiner. J’essayais aussi de proposer des animations collectives et individuelles adaptées aux capacités physiques et intellectuelles de chacun pour que le plus grand nombre de résidents participent au projet (herbier en intérieur, plantations de fraisiers, gros travaux…). Certains y venaient tout l’après-midi, d’autres passaient seulement observer…Je n’imposais rien.

On travaillait donc beaucoup sur l’anxiété (très présente chez les résidents), sur le lien social, la concentration… plusieurs fois j’ai pu observer des résidents s’entraider à porter des sacs de terreau, à pousser la brouette alors que dans l’enceinte du foyer ils ne s’adressaient jamais la parole ! Les résidents étaient vraiment autres au jardin et ça c’était formidable ! Certains ont surpris l’équipe pendant ces 10 mois, les réunions permettaient d’en parler.

Je ne dis pas que tout était rose tous les jours, il faut s’attendre à des réactions surprenantes de la part des résidents, à des moments de la journée qui font qu’ils sont moins ouverts, lunatiques, des moments où la maladie reprend le dessus. Il a fallu s’y adapter. C’était aussi leur apprendre à s’engager dans des tâches quotidiennes de jardinage (arrosage, désherbage,…) et à les pousser au-delà de leurs capacités qu’ils se délimitent. Les récoltes des premières salades, le fleurissement des massifs… Tout cela apportait de la satisfaction, du partage, du bonheur simple !

 Un jardin de soins pérenne

Pour la pérennité du projet, je fais confiance à l’équipe pour continuer à accompagner les résidents au jardin qui est un véritable support de soins, oui de soins ! Je me souviens au tout début d’une dame psychotique qui avait participé à la décoration du foyer avec des éléments de l’automne ramassés dans un bois lors d’une sortie ; le sourire que je n’avais jamais vu auparavant lorsqu’elle a vu les châtaignes était juste magique ! Pour vous donner un autre exemple, un résident plus jeune était toujours scotché au chauffage ou en train de déambuler dans les couloirs, très perturbé par sa maladie… Au bout de 3 mois de travaux dans le jardin, il est sorti me voir, m’a bombardée de questions sur les plantes, le jardinage, et m’a même aidée à passer le râteau dans le potager, une grande surprise de la part de ce résident ! Et puis c’était aussi simplement réapprendre à tenir un arrosoir pour certains…

Grâce à mon volontariat, j’ai pu aussi être lauréate de l’Institut de l’Engagement qui est une association aidant spécialement les Services Civiques à réaliser leur projet. Je vais être suivie pendant deux ans dans la création de mon entreprise. J’ai pu rencontrer beaucoup de jeunes ayant des différents projets. L’échange était riche lors du dernier regroupement qui était à Autrans (38) avec plus de 300 jeunes !

Le service civique a été une expérience très enrichissante, m’a permis de découvrir le monde de la psychiatrie et son quotidien, m’a fait connaître des professions, a permis de découvrir mes capacités à aménager un jardin pour un public spécifique et a confirmé mon envie de réaliser mon projet professionnel.

Je vous avouais au début que je n’étais pas motivée à m’engager en Service Civique et aujourd’hui je me dis : « heureusement que je me suis engagée ! » J’en retiens une expérience formidable et qui m’a sans doute grandement aidée à être acceptée à la licence que je convoitais à la sortie de mon BTSA. Je valoriserai forcément mon expérience à travers mon métier d’hortithérapeute et j’aurai l’expérience pour pouvoir accueillir, animer, appréhender la maladie dans de bonnes conditions.

Je profite de ce témoignage pour remercier Gwenaëlle, ma tutrice qui m’a portée jusqu’au bout de ma mission et qui a rempli son rôle avec professionnalisme ! Merci au reste de l’équipe, aux collègues qui m’ont suivie et aidée pendant ces 10 mois et merci aux résidents pour leur énergie folle qui a permis de voir naître le jardin « Maux et merveilles » au foyer, mais aussi pour leur amabilité, sans oublier leur humour…J’espère autant qu’il pourra leur apporter sérénité et bonheur aussi longtemps que possible. Le jardin est un lieu formidable pour faire face aux difficultés du quotidien. Aujourd’hui il devient un véritable support d’accompagnement, un lieu d’apaisement, un lieu pour oublier la maladie tout simplement …

Prochaine étape, une licence en animation

Tourangelle depuis septembre, je suis les cours de l’université François Rabelais en licence professionnelle « Techniques d’intervention et d’animation psychosociales auprès des publics vulnérables » et… j’adore ! Après un BTS en Production Horticole, je souhaitais avoir une formation dans l’animation, le social pour mener à bien mon projet professionnel. Je vous avoue que ça me change des plantes et qu’il a fallu un peu d’adaptation mais j’en vois la complémentarité.

Je suis des cours de méthodes d’éducation actives, de psychologie, gérontologie (dépression, maltraitance), méthodes d’animation, évaluation, avec des professeurs et des intervenants extérieurs qui partagent leurs expériences très enrichissantes. Mon mémoire portera sur l’utilité des jardins de soins en psychiatrie et mon stage se déroulera auprès d’enfants handicapés moteurs au sein d’un IEM (Institut d’Éducation Motrice).

En plus des cours, j’ai pu acquérir depuis peu le statut d’étudiant-entrepreneur qui me permettra de bénéficier de formations dans la création d’entreprise et d’un accompagnement… en plus de l’aide de mon parrain et de ma chargée d’accompagnement de l’Institut de l’engagement. Je confirme aujourd’hui que l’accompagnement et le réseau sont des points essentiels à la création d’un projet ! En effet, le projet avance à grand pas ces temps-ci, même si je me laisse le temps de le monter… J’espère donc au prochain billet vous inviter à se rencontrer au jardin !

Pour joindre Romane Glotain, romane.glotain (at) gmail.com

 

Surmenage et nature : la Haute Filotière ouvre ses portes le 28 septembre

Nicole Brès nous avait présenté le projet de la Haute Filotière après une visite sur place à Meignanne-Longuenée en Anjou au début de l’année. L’association EcosSanté qui porte ce projet très original de centre de prévention du burn out à travers la médiation végétale invite à une visite des lieux le jeudi 28 septembre 2017 à 14h30. Cet événement sera aussi l’occasion pour la Fondation Truffaut d’officialiser son soutien financier au projet.

Outre l’axe du surmenage et du burn out, l’originalité de la Haute Filotière est de fédérer des chercheurs de l’Agrocampus-Ouest d’Angers et du Laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire. On a hâte de voir comment la Haute Filotière pourra aider les personnes accueillies et quelles leçons utiles à tous les chercheurs tireront de ces expériences.

Tous les détails et les contacts dans ce document

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Anna Six : « Je revendique le droit au jardin pour tous »

Fondation Truffaut Juin 2017 165408

Vous avez découvert Anna dans le dernier billet. En pleine reconversion professionnelle à l’Ecole du Breuil où elle est en train de terminer une licence professionnelle Eco Paysage Végétal Urbain, elle amène un regard nouveau et une grande sensibilité aux jardins de soin. Après une formation initiale en arts appliqués, elle se lance d’abord dans le métier de sérigraphe et de dessinatrice textile en agence. Mais il lui manquait quelque chose. « Il y a un an et demi, j’ai eu une grosse remise en question. J’étais intéressée par la permaculture, le lien social. Le jardin me travaillait », raconte-t-elle.

Sur lettre de motivation, elle intègre la 3e année de la licence à l’Ecole du Breuil. Dans le cadre de son stage en alternance, elle rencontre Florence Pougheon Pultier du Conseil général des Hauts-de-Seine qui s’intéresse de près aux vertus du jardin thérapeutique. Une rencontre déterminante puisqu’Anna assiste aux ateliers du Parc des Chanteraines et rédige un mémo sur les bénéfices des jardins de soin pour les usagers (en chemin, elle rencontre aussi Stéphanie Personne et Laure Bentze de Terr’Happy qui viennent de rendre une étude détaillée sur le jardin thérapeutique du Parc des Chanteraines). Mais le Conseil général a d’autres projets dans les cartons et Anna se met au travail sur la requalification d’un jardin pédagogique sur l’Île Saint-Germain.

« C’est un jardin qui a 20 ans et qui est devenu obsolète. L’idée était de le rendre accessible aux personnes à mobilité réduite, aux personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, aux personnes souffrant de déficiences intellectuelles et aux collégiens. J’ai imaginé un projet de jardin que je présente au Conseil général ces jours-ci », explique Anna. Tonnelle, fruitiers, le jardin conçu par Anna offrira plusieurs ambiances malgré quelques difficultés d’accessibilité inhérentes à la topologie. « On revendique le droit au jardin pour tous, en autonomie ou accompagné, pour participer à des activités ou juste pour profiter. »

Un parcours de rencontres

Elle revient sur le concours Truffaut qu’elle a gagné il y a quelques semaines. « Daniel Joseph de la Fondation Truffaut est venu nous présenter le concours. Je l’ai pris comme exercice pour réfléchir de A à Z à un projet. Je savais que Truffaut travaillait déjà avec l’hôpital Robert Debré qui est proche de chez moi et qu’il y avait d’autres pistes possibles. Comme je suis un peu perfectionniste, j’ai eu pas mal de rendez-vous et d’échange avec les équipes ainsi que de la réflexion en dehors des cours. L’équipe était très motivée », raconte Anna qui a également bénéficié du soutien d’un de ses enseignantes, Anne Breuil.

Quels enseignements tire-t-elle du concours ? « Il y a beaucoup à faire, c’est passionnant. J’ai l’impression que nous avons pas mal de retard. Parler de jardin thérapeutique reste difficile en France, les Anglo-saxons ont moins de complexe. » Cet été, Anna est en train de rédiger son rapport sur le projet de l’Ile Saint-Germain qu’elle présentera en septembre pour l’obtention de la licence, partenariat entre l’Ecole du Breuil, Paris Sud et le Muséum d’Histoire Naturelle. « On constate que les malades sont trop peu amenés au jardin et inversement le jardin de soin ne devrait pas être réservé aux malades. A l’Ile Saint-Germain, on traverse le parc pour aller au jardin. Marcher, observer les oiseaux et les libellules, c’est déjà énorme. Faire des ateliers, c’est un plus. » Anna a initié des partenariats avec un CITL (Centre d’Initiation au Travail et aux Loisirs) car elle constate qu’il peut être intéressant d’externaliser les ateliers jardins par manque de moyens sur place, avec une maison de retraite aussi. Elle aimerait travailler sur le lien aidant-aidé.

Et après la licence ?

Anna adorerait réaliser le jardin perché à Robert Debré. Elle aimerait bien travailler avec Terr’Happy aussi. « Je suis attirée par le rapport entre la nature et le bien-être. Dans le fait de travailler avec une collectivité locale comme le Conseil général, j’aime agir sur le bien commun, au sein de la ville. Tout se joue au gré des rencontres. » Je pense que nous retrouverons Anna dans les mois à venir, comme Romaine Glotain, la gagnante du Concours Truffaut 2016. Décidément ce concours fait émerger les talents. Je remarque aussi que la « scène » parisienne du jardin de soin est en train de décoller…

Vous pouvez joindre Anna (anna.six (at) laposte.net).

 

Concours 2017 de la Fondation Truffaut : comprendre les jardins thérapeutiques

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Les lauréats en tablier et le jury avec Gilles Mollard, PDG de Truffaut et Daniel Joseph, directeur de la Fondation Truffaut

Pour la 3e année (concours 2015 et concours 2016), la Fondation Truffaut organisait le concours « Projet d’avenir » pour encourager les étudiants de la filière horticole et paysagère à découvrir les jardins thérapeutiques et à en concevoir un – lié à un établissement de santé ou sorti de leur imagination sans support concret. Sélectionnés par des jurys régionaux sur dossiers, sept lauréats ont fait le déplacement au siège de Truffaut à Lisses dans l’Essonne le 15 juin pour défendre leur projet devant la salle et le jury dont je faisais partie cette année encore. Pour la seconde année, les candidats concouraient dans deux catégories : Espoir (CAP, BEP, Bac, Bac Pro) et Excellence (BTS, Licence).

Il n’est pas évident lorsqu’on est un jeune élève de contacter un établissement pour rencontrer les soignants – et si possible les patients, résidents, usagers qui profiteront au final du jardin. Mais il est clair que les projets sont plus percutants lorsqu’ils sont ancrés dans un lieu précis et surtout dans une bonne connaissance des troubles dont souffrent les personnes qui fréquenteront le jardin. Difficile pour un jardin thérapeutique de n’être qu’un jardin de contemplation : des activités et une animation doivent être envisagées dès la création du jardin à laquelle il est idéal que les futurs jardiniers soient associés le plus possible.

Dans la catégorie Espoir, la gagnante est…

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Daniel Joseph, un représentant du ministère de l’Agriculture avec les gagnants de la catégorie Espoir (Romain Rousseau, Elodie Arbogast et Marie-Amélie Janin).

Marie-Amélie Janin, élève en Première Aménagement paysager au Lycée horticole de Saint Ilan dans les Côtes-d’Armor, a convaincu avec un projet autour de l’autisme. Touchée personnellement par ce trouble neurodéveloppemental à travers sa cousine, Marie-Amélie a imaginé un jardin pour « procurer des sensations à travers les plantes ». On sentait dans son projet une connaissance du trouble plus approfondi.

La 2e place revient à Romain Rousseau en Terminale d’un Bac Pro au Lycée Saint Nicolas dans le département de l’Essonne pour son jardin conçu pour la résidence médicalisée Médicis de Viry-Châtillon. Il l’a conçu comme « un lieu de partage et de rencontre pour les personnes âgées valides et invalides…il répond aussi à la demande des intervenants médicaux d’avoir un outil de travail complémentaire sur des activités de motricité, de travail de la mémoire… ».

En 3e place, le jardin d’Elodie Arbogast, élève en Première Aménagement paysager au LEGTPA Colmar Wintzenheim dans le Haut-Rhin, est destiné à l’Ehpad du Centre Hospitalier de Munster-Haslach. Elle avait à cœur l’autonomie, la déambulation et la sécurité des résidents.

 

Dans la catégorie Excellence, la gagnante est… 

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Les lauréats de la catégorie Excellence (Anna Six, Hugo Fery, Sabrina Serres et Alexandre Rigollé)

Anna Six est arrivée en tête. Etudiante en licence professionnelle Ecopaysage Végétal Urbain à l’Ecole du Breuil, elle a conçu son Jardin Perché pour une terrasse de l’hôpital pédiatrique Robert-Debré accessible aux patients et aux soignants du service de néphrologie qui accueille de jeunes patients atteints de maladies rénales. Son projet s’inscrit dans la volonté de l’hôpital de mettre en valeur les espaces verts et espaces extérieurs, dont les 7500 m2 de terrasses. Quel beau rêve si ce jardin pouvait se concrétiser et faire école….On sent dans son projet une grande sensibilité au lieu et aux besoins des patients ainsi qu’une concertation approfondie avec les soignants. Sur la petite terrasse de 18 m2, Anna a imaginé un nid perché, un lieu accueillant pour s’évader de l’hôpital autour d’un potager, d’un jardin d’herbes, de fruits rouges et de fleurs dans un camaïeu de violet et de blanc. On entendra sans doute reparler d’Anna comme de la lauréate 2016, Romane Glotain, qui participait cette année au jury et a raconté son parcours depuis un an (après une année de service civique dédiée aux jardins de soin, elle s’apprête à faire une Licence Professionnelle Techniques d’intervention et d’animation auprès de publics vulnérables à Tours pour affiner sa préparation).

Sabrina Serres est arrivée 2e avec son projet de jardin thérapeutique pour la maison de retraite La Grèze à Montdragon dans le Tarn. Etudiante en licence professionnelle Agriculture Biologique Conseil et Développement à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand en co-habilitation avec VetAgro Sup, elle avait choisi de se concentrer sur le pôle d’activités et des soins adaptés (PASA) de l’établissement qui accueille des patients présentant un diagnostic de type Alzheimer. Ce jardin d’antan doit voir le jour grâce à l’embauche d’un ouvrier d’entretien et comprendra plusieurs univers : un espace culture avec des bacs en hauteur, sur butte et au sol, des espaces de détente, un espace floral et aromatique, des espaces de biodiversité, un espace famille et une aire de déambulation colorée.

En 3e place, Alexandre Rigollé, étudiant en BTS Aménagements paysagers au CFA du Mené à Merdrignac dans les Côtes-d’Armor, a conçu un Jardin des 4 saisons pour l’Ehpad des Menhirs. Chaque saison encourage une activité (pour le printemps un potager surélevé, pour l’hiver une volière pour nourrir les oiseaux). Alexandre avait pris une journée dans son emploi du temps d’apprenti pour venir défendre son projet, signe de l’engagement des étudiants dans le concours.

En 4e place, Hugo Fery, également étudiant en BTS Aménagements paysagers au Lycée agricole d’Airion dans l’Oise, a lui aussi imaginé un « Jardin des 4 saisons » en quatre grandes zones bordées de charmille et offrant des espaces intimes pour la détente et la rencontre ainsi que des zones de culture pour des ateliers de jardinage.

Une piste pour faire évoluer le concours

Bravo à tous ces élèves et étudiants dont certains ont été encadrés par leurs professeurs et d’autres ont travaillé seuls. Bravo pour leur esprit de curiosité et d’aventure, pour cette prise de risque dans leur jeune parcours. Certains projets sont des jardins purement « techniques ». Ces présentations ne parlent que de végétaux, éventuellement des cinq sens (ce qui fait à chaque fois bondir ceux qui travaillent dans les jardins avec des malades car ce n’est que le petit bout de la lorgnette). On ne sent pas toujours le côté humain et la compréhension des personnes malades. Normal car cette dimension n’est pas leur spécialité et ne s’apprend pas en cinq minutes sur Internet. Si la Fondation Truffaut veut sensibiliser les jeunes de la filière horticole aux jardins thérapeutiques, il y a bien une solution qui m’a traversé l’esprit pendant que j’écoutais les candidats. Le concours serait tellement plus riche si un binôme étudiant en horticulture/étudiant en santé pouvait plancher ensemble sur les projets. L’un apporterait sa connaissance de l’humain, le point de départ. Et l’autre sa connaissance des végétaux, cette indispensable méditation vivante.

 

Romane Glotain : un projet de jardin thérapeutique ouvert

Aujourd’hui, Romane Glotain, 1ere ex-aequo dans la catégorie Excellence du Concours d’Avenir 2016 de la Fondation Truffaut, nous raconte son parcours et son projet. Pour le coup, elle ne fait pas partie des candidats qui ont découvert les jardins thérapeutiques à travers ce concours. Au contraire, elle a déjà une expérience et une réflexion très avancées sur le sujet. Et un projet auquel on souhaite beaucoup de réussite. Quant à l’autre lauréat de cette catégorie, Yves-Aubert Alonzeau et son super projet à Montreuil, j’espère que nous aurons l’occasion d’en reparler bientôt. Je passe la parole à Romane.

 

Romane et une jardinière au Jardin pour Tous

Romane et une jardinière au Jardin pour Tous

Hortithérapeute ? Tu veux soigner avec les plantes médicinales ? Soigner avec l’ortie ? C’est vrai que ça a beaucoup de vertus …Ces questions! J’ai pu les entendre des dizaines de fois lorsqu’on m’a demandé ce que je voulais faire comme métier. Je tiens tout d’abord à me présenter. Romane Glotain, 19 ans, étudiante en BTSA Production Horticole au lycée du Fresne d’Angers. Je souhaite vous faire part de mon projet professionnel qui est de devenir hortithérapeute (soigner par la pratique du jardinage) ainsi que mon parcours qui m’a fait connaître le concept.

Tout a commencé à mon arrivée en seconde au lycée Jules Rieffel de Saint-Herblain (44). Une association nommée les « écoresponsables » était dirigée par un animateur en développement durable, Florent Dionizy: un monsieur F-O-R-M-I-D-A-B-L-E !!! Cette association représentée par les élèves comprenait de nombreux projets en faveur du développement durable (gestion de ruches, projet Cameroun pour une filière de cacao équitable, projet jardin pour tous, etc…).
6 juin 2012 (24)Le projet « jardin pour tous » a été une évidence. J’adore le jardin, j’adore les p’tits vieux! En effet, le lycée était relié à la maison de retraite du Tillay de Saint-Herblain (qui est malheureusement fermée aujourd’hui) dont la plupart des résidents étaient atteints de la maladie d’Alzheimer. Le but était de leur proposer des activités jardinage deux mercredis par mois pour une durée d’environ 1h30 dans un but de thérapie. Pendant la période hivernale, le petit groupe d’élèves volontaires se rendait à la résidence avec le matériel nécessaire pour l’animation (bouquets séchés, décoration de Noël végétale, etc..). Certaines mamies avaient déjà retroussé leurs manches avant même que nous arrivions! « Vous comprenez, ça me fait du bien de mettre les mains dans la terre », m’avait dit Mme B., une fidèle des ateliers.

Et puis à la belle saison, nous accueillions les résidents et leurs animatrices dans le jardin de soins qui se trouvait dans l’enceinte du lycée et qui était aménagé pour leur pathologie. Quatre bacs pour jardiner à hauteur (pour les fauteuils roulants), jardin clos (sécurité, pour que les personnes restent dans le cadre), éveil des 5 sens (qui diminuent avec la maladie)… et le jardin s’est développé avec un coin potager, plantations de fruitiers. L’objectif était vraiment que les personnes soient détendues, qu’il y ait un bien-être qui s’installe, qu’on provoque des réactions parfois inattendues. Je me souviens d’une résidente qui ne montrait aucune émotion, aucune parole, rien! En se baladant dans le jardin avec une des animatrices, elle s’est arrêtée net devant une plante et l’a fixée pendant quelques minutes commençant à l’effleurer; ça ne paraît rien mais c’était juste magique! Pour elle, pour nous, pour les animatrices. Le lien social était créé ou recréé aussi et en plus intergénérationnel!

2013-09-25 15.06.54C’était vraiment un travail d’organisation entre les animatrices, Florent et les élèves comme pour le choix des activités (bien sûr en fonction des saisons pour que les personnes aient un repère spatio-temporel), rédiger un compte rendu après chaque séance, faire remonter les points positifs observés. Notre devise était: « prendre soin du végétal pour prendre soin de soi et donc se faire du bien ! » Et puis à chaque fin d’année, on se retrouvait autour d’un pique-nique comme en 2012 à Quimiac, au bord de la mer (44) où une résidente m’a confié: « vous vous rendez compte, ça fait plus de 20 ans que je n’ai pas vu la mer. » C’est dans ces moments là qu’on se sent utile…J’en profite pour remercier de tout cœur Florent qui m’a amené, aidé à conduire le projet mais aussi aux animatrices (Babeth, Gaby, Odette …) pour leurs motivations et leurs croyances dans les bienfaits du jardinage. Merci aussi aux p’tits vieux qui m’ont tant apporté!

 

Sortie au bord de la mer à Quimiac (Loire-Atlantique)

Sortie au bord de la mer à Quimiac (Loire-Atlantique)

Trois ans après, j’ai quitté le lycée avec mon BAC STAV (Sciences et Technologies de l’Agronomie et du Vivant) en poche pour préparer un BTSA en Production Horticole au lycée du Fresne sur Angers. Je le termine justement cette année au mois de juin. J’avais toujours en tête le projet de devenir hortithérapeute; je me suis construit un classeur avec tous les documents, articles, contacts en lien avec le sujet et j’allais directement visiter des structures se rapprochant de mon projet, comme la ferme de Nat’ en Maine et Loire qui pratique de la médiation animale avec des enfants handicapés, l’ESAT de Vertou qui travaille l’horticulture avec des handicapés et d’autres.

Puis un évènement m’a relancée! Le concours « Projet d’Avenir » que la Fondation Georges Truffaut propose pour les élèves en filière horticole ou paysagère. Le but étant de créer un jardin thérapeutique pour un public ciblé. J’étais obligée d’y participer! C’était le meilleur moyen de valoriser l’hortithérapie qui est peu connue et encore moins reconnue! Et aussi d’y expliquer mon projet professionnel. Il a fallu réaliser des plans, des dessins, un budget détaillé, un dossier de présentation…un gros travail en plus des cours. Mais comme on dit: le travail paye! En effet, un mois après l’envoi de mon dossier, le travail a payé! On m’annonce que j’ai fini première de la région Centre-Ouest et que je suis invitée au siège de Truffaut pour présenter à l’oral mon projet de jardin thérapeutique pour les personnes âgées atteintes d’Alzheimer. Le 4 mai dernier, me voilà à Lisses (91) où j’ai pu rencontrer des candidats avec des présentations très différentes (jardin pour obèses, burn-out ..) et aussi écouter des professionnels, des formateurs dans le domaine.

Au final, j’ai été 1ère nationale ex-aequo avec un autre étudiant et la jolie somme de 1350 euros qui est une aide pour financer le projet. Je remarque aujourd’hui, que le concours a été une formidable expérience afin de mettre en valeur mon projet; quelques articles ont été écrits, un formateur (Mr Bertrix) m’invite même à une de ses formations (jardins de soins et de santé) en octobre prochain à Chaumont-sur-Loire et beaucoup de personnes me soutiennent; C’est vraiment super! Je suis presque plus contente que lorque j’ai su que j’avais mon BAC !!!

En parlant de mon projet professionnel, je voudrais vous l’expliquer. Je souhaite réaliser un jardin thérapeutique pouvant accueillir cette fois différents publics (enfants, handicapés, personnes âgées, personnes stressées …) afin de proposer des demi-journées de jardinage et amener un bien-être aux patients. Le but étant que les séances soient régulières pour en sentir les bienfaits. Le jardin sera réalisé à Campbon, dans ma commune native entre Nantes et St-Nazaire (44). Mon père ancien agriculteur a gardé quelques terrains… J’espère le commencer l’année prochaine en même temps que ma licence professionnelle que je souhaite réaliser dans le social afin de me spécialiser et d’acquérir des compétences dans ce domaine. Je pense sûrement créer le jardin du concours en y ajoutant d’autres éléments pour l’adapter à tous. Je réfléchis encore pour le financer, pour m’installer, m’organiser dans les activités que je pourrais proposer, repérer les structures.

J’espère pouvoir redonner goût à la vie par le jardinage pour ceux que j’accueillerai. On démontre seulement aujourd’hui que c’est une science véritable. Elle existe pourtant depuis des années! Pourquoi tant de personnes possèdent-elles un jardin qu’il soit potager ou fleuri? Ou ne serait-ce qu’une plante sur son balcon, dans sa cuisine? N’importe qui retrouve des effets bénéfiques, une sérénité, le bonheur tout simplement.

En attendant, je suis ouverte à toutes vos questions et aides. Mon projet aboutira forcément un jour. En tout cas, je l’espère vraiment, c’est devenu une vraie passion! Renouer le lien entre l’Homme et la nature… une évidence!

Vous pouvez me contacter : romane.glotain@gmail.com ou 06 49 93 18 80.

Concours d’Avenir 2016 de la Fondation Truffaut : honneur aux jardins incarnés

Les lauréats des Prix Espoir et Excellence 2016

Les lauréats 2016  du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut, catégories Espoir, Excellence et Coups de coeur.

 

 

 

L’année dernière, la Fondation Truffaut avait inauguré une nouvelle formule pour ses prix initialement lancés en 2013. Il s’agissait de faire réfléchir les étudiants en horticulture au jardin thérapeutique (voir les lauréats nationaux du Concours d’Avenir 2015). En 2016, même concept avec une modification bienvenue, la création d’une catégorie Espoir (jusqu’au bac) et Excellence (BTS et licence) pour mieux refléter la maturité et l’expérience des candidats. Le mercredi 4 mai, les lauréats nationaux issus d’une sélection en régions, leurs professeurs et leurs supporters, un aéropage d’amoureux des jardins de soin et le « Grand Jury », dont je faisais partie, se sont réunis à Lisses (91) au siège paradisiaque de Truffaut pour un grand oral.

Rappelons les conditions fixées aux candidats.

« Le concours porte sur la réflexion d’une création d’un jardin à but thérapeutique avec toutes les spécificités qu’il comporte. Le projet peut être imaginé ou rattaché à une association agissant dans ce domaine. Il s’agit d’un projet individuel. La participation d’un groupe n’est pas possible.

Le participant prendra notamment en compte les éléments suivants :

  • Surface du jardin fixé à 200m² maximum ;
  • Liberté du choix du handicap visé (Alzheimer, Autisme, Psychiatrie, Polyhandicap,…) ;
  • Intégration de la stimulation des 5 sens ;
  • Adaptation du jardin aux besoins et contraintes des utilisateurs ;
  • Prise en compte du rythme des saisons ;
  • Choix des végétaux. »

 

Catégorie Espoir 

Laura Pioche1ère place: Laura Pioche

Laura est en dernière année de Bac Professionnel Aménagement Paysager au Lycée Agricole et Horticole de Saint-Germain-en-Laye (78). Son projet « Souvenir d’une vie » n’est pas rattaché à un lieu ou un établissement existant, mais a convaincu par sa cohérence : un jardin d’agrément avec une promenade, un kiosque central, un coin avec des tables de jeux et une pergola de roses conçue comme un cocon, mais aussi un potager. Dessiné avec des personnes âgées en tête, ce jardin propose sièges et bancs, zones d’ombre et lieux de contemplation ainsi que des activités. Un hybride entre les « healing gardens » et les « enabling gardens » décrits par Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs.

2ème : Joé Pinto

Joé étudie au lycée Horticole et Paysager Sainte-Jeanne d’Arc des Apprentis d’Auteuil, nouvellement déménagé à Loches (37). Son projet conçu autour de l’eau, de la terre et du ciel s’inscrit dans son établissement qui accueille une classe « Service à la personne en milieu rural » (SMR) . Dans cette classe, les élèves apprennent à aider des adultes et des enfants atteints de handicap. Joé a donc imaginé un jardin accueillant pour des personnes en fauteuil roulant ou en déambulateur. Son texte de présentation, le seul manuscrit, a séduit le jury par sa sincérité et sa réflexion sur le jardin. Le détail d’une fontaine d’eau potable est aussi un plus.

3ème : Milan Marcer

Milan est en Brevet Professionnel en Aménagement Paysagiste au CFPPA de Marseille-Valabre (13). Il s’est penché sur les besoins des usagers de son jardin en se mettant dans la peau d’une personne malade ou hospitalisée qui fait l’expérience de perturbations sur le plan physique, psychologique et social. Aux problèmes de repli sur soi, de communication et de mobilité, il propose un jardin d’ateliers et de contemplation.

 

Catégorie Excellence

Gilles Mollard, le nouveau PDG de Truffaut, Yves-Aubert Alonzeau et Romane Glotain, les deux lauréats 1er ex-aequo du Prix Excellence.

Gilles Mollard, le nouveau PDG de Truffaut, Yves-Aubert Alonzeau et Romane Glotain, les deux lauréats 1er ex-aequo de la catégorie Excellence.

1er ex-aequo : Romane Glotain et Yves-Aubert Alonzeau

Romane est en 2e année de BTSA Production Horticole au Lycée Le Fresne à Angers (49). Elle a imaginé un jardin pour des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Une entrée bien matérialisée avec une porte en fer forgé, une allée bordée de groseilliers et de cassissiers, un pommier trônant au milieu de l’allée avec une astucieuse grille pour ramasser les pommes sans se baisser, un bassin, des animaux, un potager,…..Pour l’instant, c’est un projet virtuel. Mais comme l’a expliqué Romane qui envisage de poursuivre en licence professionnelle (Technique d’intervention et d’animation psychosociale auprès des publics vulnérables ou bien Coordination handicap et vieillissement), son projet est de créer un jardin thérapeutique pour y accueillir un public allant des enfants aux personnes âgées et atteints de diverses pathologies. L’endroit est même déjà trouvé sur un terrain appartenant à son père. Une idée unique en son genre en France qui me fait penser au Ability Garden de Wilmington en Caroline du Nord…On en reparlera très certainement.

 

Yves-Aubert est en 2e année de BTS au Lycée des Métiers de l’Horticulture et du Paysage de Montreuil (93). Son projet est également fortement incarné puisqu’il se base sur un terrain à proximité de la résidence pour personnes âgées Les Beaux Monts et d’une aire de jeux pour enfants dans le quartier Bel Air de Montreuil. Yves-Aubert a déjà bien avancé dans la prise de contact et l’élaboration du projet avec ses partenaires. Il s’agit de créer un jardin thérapeutique dont les ateliers répondent pile poil à l’un des axes de l’établissement : accompagner et préserver l’autonomie des personnes âgées. Conçu comme « jardin à vivre, jardin plaisir, jardin de soins ou jardin au service de l’être humain », le projet s’articule autour d’un circulation circulaire, d’une aire de repos, de bancs, d’un abri de jardin, d’un composteur, de potagers en carré dont certains accessibles aux personnes à mobilité réduite,…On a hâte de voir le projet se concrétiser. En parallèle, son professeur Joël Dommanget travaille déjà à adapter le projet d’Yves-Aubert pour le transformer en support de cours pour les futures promotions.

3ème : Hubert Proffit

Hubert est étudiant à l’Institut Charles Quentin à Pierrefonds (60). Il s’est lui aussi rapproché d’une association, La Luciole, « association familiale de soutien aux parents et aux jeunes toxicomanes. » Une maison de campagne, conçue par l’association comme un lieu de vie plutôt qu’un lieu médicalisé, est le terrain choisi pour l’élaboration de son projet. Jardin de soin au milieu d’un plus vaste terrain, le projet d’Hubert verra aussi peut-être le jour. Il me fait penser au programme de l’hortithérapeute Gene Jones dans un programme résidentiel de désintoxication en Caroline du Nord.

4ème : Perrine Di Ciaccio

Perrine est en 2e année d’un BTSA Aménagement Paysager au CFPPA Lycée des Calanques de Marseille (13), le même lycée que fréquente Milan. Elle a fait le choix original d’imaginer un jardin pour des participants souffrant d’obésité dans l’optique de l’éducation thérapeutique du patient. Elle appuie sa réflexion sur des expériences, notamment en Suisse, qui ont montré que « le jardin thérapeutique permet aux patients de gagner en motivation et en confiance en soi ». Elle pense que son jardin pourrait s’intégrer dans un établissement tel que le centre de l’obésité de l’hôpital privé Résidence du Par ou au sein de l’Unité Méditerranéenne de Nutrition à Marseille. Là encore, on ne peut qu’espérer que le projet se concrétise.

Félicitations à tous les lauréats du concours national et à tous les participants dans les concours régionaux qui, en tant qu’amoureux de la nature et futurs professionnels, ont pu découvrir une nouvelle facette du jardin. Bonne chance à eux pour la suite de leurs aventures.

Financer un jardin : conclusion

Pour conclure cette série sur le thème du financement, voici quelques expériences et quelques pistes pêle-mêle.  

 

Alain Flandroit, le concepteur du Grand Jardin au CHP de Mons-Borinage en Belgique (au premier plan). Photo © Avpress.

Alain Flandroit, le concepteur du Grand Jardin au CHP de Mons-Borinage en Belgique (au premier plan). Photo © Avpress.

Dans tous les pays, les créateurs de jardins thérapeutiques recherchent des fonds comme le montre l’expérience d’Alain Flandroit au « Grand Jardin » de l’hôpital Chênes aux Haies en Belgique. Comme il l’avait expliqué, il a reçu 10 000 euros dans le cadre du concours « Colour Your Hospital » de la Belfius Foundation, un budget qui lui avait permis de se procurer serres tunnels, outils, plantes et semences. Certains hortithérapeutes, comme Kirk Hines à Atlanta, ont la chance d’avoir un spécialiste du développement au sein de leur établissement qui recherche des financements pour leurs programmes.

En France, les deux sources principales vers lesquelles peuvent se tourner les porteurs de projets de jardins de soins, sont l’association Jardins & Santé et la Fondation Truffaut. La première soutient depuis 2004 la création de jardins « dans les établissements hospitaliers et médicosociaux qui accueillent des personnes atteintes notamment de maladies cérébrales – autisme et TED, maladie d’Alzheimer, épilepsies, dépression profonde, etc… », mais aussi la recherche clinique. Je reviendrai bientôt sur les six lauréats de son dernier appel à projets. Quant à la Fondation Truffaut, elle distribue également des aides à des jardins en cours de création ou d’expansion tout en organisant depuis 2013 un prix qui a changé de forme l’année dernière. Deux incontournables dans le paysage du jardin à but thérapeutique en France.

Mais il ne faut pas négliger les nombreuses autres fondations françaises, dont on trouvera la liste notamment sur ce site ou sur celui-ci. Et le financement participatif ou crowdfunding, si populaire chez les artistes et les startups ? « J’ai essayé la plateforme Ulule, mais nous avons été refusés immédiatement. Je pense que c’est la somme qui ne les a pas intéressés. Il faudrait peut-être voir avec KissKissBankBank », raconte Paule Lebay. Si quelqu’un a pu financer un jardin thérapeutique de cette façon, qu’il ou elle se manifeste ! Autre solution qui se pratique aux Etats-Unis, le bénévolat d’entreprise : le jardin où j’ai eu l’occasion de pratiquer en Californie bénéficiait ainsi du soutien de l’employeur de l’hortithérapeute qui intervenait, quant à elle, en tant que bénévole. Voir l’histoire de Marge Levy. En France aussi, c’est possible. Par exemple chez PwC.

Une chose est sûre : trouver des financements pour faire naitre et maintenir un jardin de soin demande de la persévérance et une bonne dose de créativité.

Financer un jardin de soin : quelques conseils

Au Jardin d'Olt, des bénévoles ont relevé le défi pour préparer le jardin à sa création.

Au Jardin d’Olt (Aveyron), des bénévoles ont donné un coup de main pour préparer le jardin lors de sa création en 2013.

Au fil des billets, la question du financement revient souvent. C’est un sujet incontournable pour tout porteur de projet qui se lance et veut pérenniser son programme. Du coup, j’ai eu envie de rassembler les réflexions de plusieurs personnes expérimentées en la matière. Il y a tellement à dire sur le sujet que nous allons procéder en deux, voire en trois temps. Cette semaine, John Riddell du Jardin des Vents nous livre ses réflexions sur le financement de ce jardin ambitieux qui a mis plus de 10 ans à voir le jour comme il nous le racontait il y a quelques semaines. J’ai glané d’autres conseils ici et là.

« On devient un peu mendiant », constate John Riddell, le président de l’association du Jardin des Vents. « Il faut avoir un beau dossier. Grâce à notre stagiaire, notre dossier était plein de croquis pour faire rêver de ce pourrait être le jardin. J’ai constaté que le projet provoquait toujours des réponses positives. Le jardin thérapeutique est très consensuel. EDF nous a donné 45 000 euros, AG2R 37 000 euros, le Lions Club doyen de Castelnaudary 7 500 euros. Nous avons reçu une bourse de 3 000 euros de Jardins & Santé. La Caisse d’Epargne a aussi contribué. »

« Il y a 10 ou 20 ans, on aurait cherché du côté des collectivités, mais elles n’ont plus d’argent. Je précise quand même que le département de l’Aube nous a donné des végétaux. Par contre, la Fondation Truffaut a répondu non », continue-t-il en énumérant d’autres aides en nature. « Une coopérative agricole a aidé à désherber le terrain. Les élèves du lycée agricole de Castelnaudary et leurs professeurs ont aidé à la plantation ainsi que Bethsabée de Gunzbourg de Jardins & Santé. Et il y a sans doute de nombreux autres partenaires et bénévoles qu’il serait long de citer, mais qui ont rendu le projet possible.

« Les donateurs ne posent pas vraiment de question sur les bienfaits du jardin. Mais c’est important pour la suite et j’aimerais que des médecins ou des étudiants essaient de montrer des résultats réels. Avec la crise financière, ce serait utile de montrer comment les jardins peuvent avoir un impact », conclut-il. Il parle bien sûr d’un impact financier, en économie de médicaments ou d’autres services. Une approche comptable qui pourrait s’avérer productive devant certains interlocuteurs, des acteurs publics aux gestionnaires d’établissements privés.

Une simple lettre de sollicitation assure le budget plantes d’un projet

Carole Nahon de l’association le Jardin des (S)âges nous raconte une partie de son aventure de financement. « J’ai appris que le Crédit Agricole aidait des projets associatifs. J’ai fait un courrier dans lequel j’exposais le projet, brièvement, et j’ai demandé la somme qui correspondait au poste des plantes dans le projet, sachant que le Crédit Agricole ne nous donnerait qu’une bourse qui avait une attribution spécifique, ici les plantes. J’ai envoyé le courrier, j’avoue que je n’y croyais plus. Ma surprise en a donc été plus grande! Nous avons aussi déposé un dossier à Jardins & Santé…Là, je suis bien plus perplexe, vu le nombre de demandes cette année. »

Organiser une vente de plantes

Lorsque j’ai commencé ce blog en Californie il y a bientôt 4 ans, j’entendais beaucoup parler de ventes de plantes pour lever des fonds pour tel ou tel programme. Le concept peut être adopté en France comme le démontre le Jardin d’Olt. Cécile Ratsavong-Deschamps, la présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages qui soutient ce jardin dans un hôpital-maison de retraite, l’a mis en œuvre. A l’approche de l’événement, elle en faisait la promotion sur le blog de son association avec tous les détails nécessaires pour encourager la participation.

Des idées dont on peut prendre de la graine ! A suivre la semaine prochaine…

Le 21 septembre, n’oubliez pas Alzheimer

« En France, plus de 850 000 personnes sont atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elles seront plus de 2 millions en 2040. » Fondation Médéric Alzheimer

La Fondation Médéric Alzheimer est un acteur incontournable dans la promotion de la recherche en sciences humaines et dans l’innovation de terrain pour le bien-être des personnes atteintes d’Alzheimer, de leurs soignants et de leurs proches. Le jeudi 17 septembre, elle organisait une journée de son réseau dédié à la recherche, Social Sciences for Dementia, qui compte plus de 250 membres venus de la psychologie, sociologie, économie, droit, philosophie, mais aussi des ergothérapeutes, orthophonistes, psychomotriciens, musicothérapeutes, chercheurs en gérontologie, en santé publique, en travail social, en sciences infirmières.

Le constat est simple : il n’existe pas de traitement thérapeutique à court et moyen terme, mais les sciences humaines et sociales peuvent apporter des solutions maintenant. Il faut donc encourager la recherche dans ce domaine pour améliorer l’accompagnement. Le message principal que je retire de cette journée est le suivant : au lieu de se focaliser sur les déficiences et les difficultés des malades, pourquoi ne pas chercher à voir leur potentiel qui est bien réel? Un grand moment de la journée a été le témoignage de James McKillop, un Ecossais atteint depuis 14 ans d’une démence vasculaire et membre fondateur du Scottish Dementia Working Group. Il a parlé au nom des malades et milite pour que leur voix soit entendue par les chercheurs. Quant à la Fondation Médéric Alzheimer, elle place son action dans le respect de la dignité et des droits de l’homme.

En passant, c’est l’occasion de rappeler le rapport de la Fondation Médéric Alzheimer intitulé  « Jardins, espaces de vie au service du bien-être » publié en 2013. L’occasion aussi de rappeler l’engagement de la Fondation Truffaut auprès des jardiniers des maisons accueillant des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Elle dresse dans ce dossier un bilan de son action, avec la liste des établissements aidés et des témoignages de différents soignants.

En conclusion, je vous laisse découvrir le film Hier, la dernière étape de Christophe Ramage avec la voix de Patrick Timsit. Dans ce film, ce réalisateur dont plusieurs documentaires traite de ce sujet essaie de donner à sentir ce que peut peut-être ressentir une personne atteinte d’Alzheimer.