Concours 2017 de la Fondation Truffaut : comprendre les jardins thérapeutiques

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Les lauréats en tablier et le jury avec Gilles Mollard, PDG de Truffaut et Daniel Joseph, directeur de la Fondation Truffaut

Pour la 3e année (concours 2015 et concours 2016), la Fondation Truffaut organisait le concours « Projet d’avenir » pour encourager les étudiants de la filière horticole et paysagère à découvrir les jardins thérapeutiques et à en concevoir un – lié à un établissement de santé ou sorti de leur imagination sans support concret. Sélectionnés par des jurys régionaux sur dossiers, sept lauréats ont fait le déplacement au siège de Truffaut à Lisses dans l’Essonne le 15 juin pour défendre leur projet devant la salle et le jury dont je faisais partie cette année encore. Pour la seconde année, les candidats concouraient dans deux catégories : Espoir (CAP, BEP, Bac, Bac Pro) et Excellence (BTS, Licence).

Il n’est pas évident lorsqu’on est un jeune élève de contacter un établissement pour rencontrer les soignants – et si possible les patients, résidents, usagers qui profiteront au final du jardin. Mais il est clair que les projets sont plus percutants lorsqu’ils sont ancrés dans un lieu précis et surtout dans une bonne connaissance des troubles dont souffrent les personnes qui fréquenteront le jardin. Difficile pour un jardin thérapeutique de n’être qu’un jardin de contemplation : des activités et une animation doivent être envisagées dès la création du jardin à laquelle il est idéal que les futurs jardiniers soient associés le plus possible.

Dans la catégorie Espoir, la gagnante est…

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Daniel Joseph, un représentant du ministère de l’Agriculture avec les gagnants de la catégorie Espoir (Romain Rousseau, Elodie Arbogast et Marie-Amélie Janin).

Marie-Amélie Janin, élève en Première Aménagement paysager au Lycée horticole de Saint Ilan dans les Côtes-d’Armor, a convaincu avec un projet autour de l’autisme. Touchée personnellement par ce trouble neurodéveloppemental à travers sa cousine, Marie-Amélie a imaginé un jardin pour « procurer des sensations à travers les plantes ». On sentait dans son projet une connaissance du trouble plus approfondi.

La 2e place revient à Romain Rousseau en Terminale d’un Bac Pro au Lycée Saint Nicolas dans le département de l’Essonne pour son jardin conçu pour la résidence médicalisée Médicis de Viry-Châtillon. Il l’a conçu comme « un lieu de partage et de rencontre pour les personnes âgées valides et invalides…il répond aussi à la demande des intervenants médicaux d’avoir un outil de travail complémentaire sur des activités de motricité, de travail de la mémoire… ».

En 3e place, le jardin d’Elodie Arbogast, élève en Première Aménagement paysager au LEGTPA Colmar Wintzenheim dans le Haut-Rhin, est destiné à l’Ehpad du Centre Hospitalier de Munster-Haslach. Elle avait à cœur l’autonomie, la déambulation et la sécurité des résidents.

 

Dans la catégorie Excellence, la gagnante est… 

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Les lauréats de la catégorie Excellence (Anna Six, Hugo Fery, Sabrina Serres et Alexandre Rigollé)

Anna Six est arrivée en tête. Etudiante en licence professionnelle Ecopaysage Végétal Urbain à l’Ecole du Breuil, elle a conçu son Jardin Perché pour une terrasse de l’hôpital pédiatrique Robert-Debré accessible aux patients et aux soignants du service de néphrologie qui accueille de jeunes patients atteints de maladies rénales. Son projet s’inscrit dans la volonté de l’hôpital de mettre en valeur les espaces verts et espaces extérieurs, dont les 7500 m2 de terrasses. Quel beau rêve si ce jardin pouvait se concrétiser et faire école….On sent dans son projet une grande sensibilité au lieu et aux besoins des patients ainsi qu’une concertation approfondie avec les soignants. Sur la petite terrasse de 18 m2, Anna a imaginé un nid perché, un lieu accueillant pour s’évader de l’hôpital autour d’un potager, d’un jardin d’herbes, de fruits rouges et de fleurs dans un camaïeu de violet et de blanc. On entendra sans doute reparler d’Anna comme de la lauréate 2016, Romane Glotain, qui participait cette année au jury et a raconté son parcours depuis un an (après une année de service civique dédiée aux jardins de soin, elle s’apprête à faire une Licence Professionnelle Techniques d’intervention et d’animation auprès de publics vulnérables à Tours pour affiner sa préparation).

Sabrina Serres est arrivée 2e avec son projet de jardin thérapeutique pour la maison de retraite La Grèze à Montdragon dans le Tarn. Etudiante en licence professionnelle Agriculture Biologique Conseil et Développement à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand en co-habilitation avec VetAgro Sup, elle avait choisi de se concentrer sur le pôle d’activités et des soins adaptés (PASA) de l’établissement qui accueille des patients présentant un diagnostic de type Alzheimer. Ce jardin d’antan doit voir le jour grâce à l’embauche d’un ouvrier d’entretien et comprendra plusieurs univers : un espace culture avec des bacs en hauteur, sur butte et au sol, des espaces de détente, un espace floral et aromatique, des espaces de biodiversité, un espace famille et une aire de déambulation colorée.

En 3e place, Alexandre Rigollé, étudiant en BTS Aménagements paysagers au CFA du Mené à Merdrignac dans les Côtes-d’Armor, a conçu un Jardin des 4 saisons pour l’Ehpad des Menhirs. Chaque saison encourage une activité (pour le printemps un potager surélevé, pour l’hiver une volière pour nourrir les oiseaux). Alexandre avait pris une journée dans son emploi du temps d’apprenti pour venir défendre son projet, signe de l’engagement des étudiants dans le concours.

En 4e place, Hugo Fery, également étudiant en BTS Aménagements paysagers au Lycée agricole d’Airion dans l’Oise, a lui aussi imaginé un « Jardin des 4 saisons » en quatre grandes zones bordées de charmille et offrant des espaces intimes pour la détente et la rencontre ainsi que des zones de culture pour des ateliers de jardinage.

Une piste pour faire évoluer le concours

Bravo à tous ces élèves et étudiants dont certains ont été encadrés par leurs professeurs et d’autres ont travaillé seuls. Bravo pour leur esprit de curiosité et d’aventure, pour cette prise de risque dans leur jeune parcours. Certains projets sont des jardins purement « techniques ». Ces présentations ne parlent que de végétaux, éventuellement des cinq sens (ce qui fait à chaque fois bondir ceux qui travaillent dans les jardins avec des malades car ce n’est que le petit bout de la lorgnette). On ne sent pas toujours le côté humain et la compréhension des personnes malades. Normal car cette dimension n’est pas leur spécialité et ne s’apprend pas en cinq minutes sur Internet. Si la Fondation Truffaut veut sensibiliser les jeunes de la filière horticole aux jardins thérapeutiques, il y a bien une solution qui m’a traversé l’esprit pendant que j’écoutais les candidats. Le concours serait tellement plus riche si un binôme étudiant en horticulture/étudiant en santé pouvait plancher ensemble sur les projets. L’un apporterait sa connaissance de l’humain, le point de départ. Et l’autre sa connaissance des végétaux, cette indispensable méditation vivante.

 

Enfin un livre complet en français sur les jardins thérapeutiques

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Jérôme Pellissier dans son jardin-forêt

Avec « Jardins thérapeutiques et hortithérapie » sorti chez Dunod ces jours-ci, Jérôme Pellissier offre un ouvrage de référence à tous ceux qui veulent lancer un jardin de soin ou en animent déjà un. Docteur en psychologie et spécialiste des troubles cognitifs chez les personnes âgées, il est frappé par un constat : les droits des détenus à sortir dehors sont statutairement mieux protégés (« une heure par jour à l’air libre ») que ceux des personnes âgées (« faire sortir les résidents en extérieur au moins une demi-heure par semaine »). En conséquence, les résidents de maisons de retraite sont trop souvent confinés à l’intérieur sans possibilité de sortir, début d’un enchainement pathogène. Autre point qui hérisse ce jardinier qui avait, jusque là, gardé ses deux intérêts séparés : les maisons de retraite où le parking occupe une place de choix à l’exclusion des espaces vivants. Résultat, ce livre qui donne des bases conceptuelles et des principes concrets pour créer des jardins thérapeutiques.

Le livre de Jérôme Pellissier est une mine d’or : études qui ont mesuré l’influence de la nature sur notre équilibre et notre santé, concepts de l’écopsychologie, réflexions sociétales, pratique du care ou prendre-soin, mais aussi typologies de jardins, importance de la démarche participative et recommandations concrètes (emplacement, différents espaces du jardin, accès et accessibilité, sécurité, entrées et chemins, mobilier, choses et objets au jardin,…). Forcément, toutes les parties qui traitent du soin, des patients, des besoins humains me « parlent » davantage que les parties plus « techniques » sur le jardin dont je suis moins experte. Mais finalement, elles sont les plus nombreuses et imprègnent le livre.

Je vous livre quelques lignes pour aiguiser votre envie de lire ce livre (parties soulignées par l’auteur dans le livre). Vous pouvez d’ailleurs découvrir quelques pages en ligne et le sommaire.

« Il est essentiel de défendre l’idée que le jardin et le jardinage doivent rester impérativement des lieux de liberté, où le plaisir à pouvoir être soi-même l’emporte sur les considérations liées au résultat, à la performance, ou à la conformité avec ce que les autres attendent de nous. Liberté donc, y compris d’être un jardinier hyper-méticuleux ou extrêmement désordonné… » (p. 62)

« Parmi les sources profondes de sens et de bien-être liées au jardinage figure le fait de prendre soin : d’une plante, d’un massif, d’un oiseau, d’un carré de potager, d’un autre jardinier, de la nature… »  (p. 90)

« N’oublions pas qu’un jardin s’adresse à l’être tout entier ! Un jardin ne peut pas n’être que sensoriel (on n’y bougerait pas, on n’y penserait pas ?), ou qu’horticole (on n’y rêverait pas ? on n’y parlerait pas ?). » (p. 138)

9782100758029-001-XDifficile de rendre justice en quelques lignes à ce livre très riche. Mais le plus intéressant est que Jérôme Pellissier ne s’arrête pas là. Il vient de lancer, comme il le promet dans le livre, un site dynamique consacré aux jardins thérapeutiques. « Le but est qu’il devienne un espace commun. Je l’ai ouvert, comme on ouvre un espace pour qu’il devienne un jardin partagé : c’est dire que je ne souhaite pas en être le « jardinier unique » ! Et que tout est sujet à discussions, réflexions communes, etc… », explique-t-il. « Une partie du site – Répertoires – propose des répertoires [des jardins thérapeutiques ; des jardiniers, paysagistes, etc. ; des hortithérapeutes (ou apparentées)]… Ils fonctionnent sur un principe très ouvert : tout professionnel qui veut s’y inscrire (ou y inscrire un jardin) peut le faire, disposera d’une page dédiée pour se présenter / présenter ses travaux / présenter le jardin. » A vous tous de remplir ces répertoires. Même chose pour la partie Ressources qui accueillera des informations sur des formations, des événements, des livres, etc…Dans un second temps, Jérôme Pellissier compte ouvrir un forum pour favoriser les échanges qui peuvent déjà de se faire via les commentaires.

J’ai eu le plaisir il y a quelques semaines de rencontrer Jérôme Pellissier. Son enthousiasme, son énergie et son humilité vont faire de lui un nouvel ambassadeur précieux du potentiel thérapeutique des jardins. Son cœur me semble au bon endroit. Vous pouvez l’écouter présenter son livre dans une vidéo tournée par son éditeur.

Jardins thérapeutiques et hortithérapie, Jérôme Pellissier, Dunod, 2017

 

Je signale aussi ce livre découvert récemment même s’il est sorti en 2013 : Le jardin thérapeutique de Marc Mitou. Pour en savoir plus, son site qui reprend une séquence filmée par Silence, ça Pousse et cet article paru dans Ouest France.