Enfin un livre complet en français sur les jardins thérapeutiques

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Jérôme Pellissier dans son jardin-forêt

Avec « Jardins thérapeutiques et hortithérapie » sorti chez Dunod ces jours-ci, Jérôme Pellissier offre un ouvrage de référence à tous ceux qui veulent lancer un jardin de soin ou en animent déjà un. Docteur en psychologie et spécialiste des troubles cognitifs chez les personnes âgées, il est frappé par un constat : les droits des détenus à sortir dehors sont statutairement mieux protégés (« une heure par jour à l’air libre ») que ceux des personnes âgées (« faire sortir les résidents en extérieur au moins une demi-heure par semaine »). En conséquence, les résidents de maisons de retraite sont trop souvent confinés à l’intérieur sans possibilité de sortir, début d’un enchainement pathogène. Autre point qui hérisse ce jardinier qui avait, jusque là, gardé ses deux intérêts séparés : les maisons de retraite où le parking occupe une place de choix à l’exclusion des espaces vivants. Résultat, ce livre qui donne des bases conceptuelles et des principes concrets pour créer des jardins thérapeutiques.

Le livre de Jérôme Pellissier est une mine d’or : études qui ont mesuré l’influence de la nature sur notre équilibre et notre santé, concepts de l’écopsychologie, réflexions sociétales, pratique du care ou prendre-soin, mais aussi typologies de jardins, importance de la démarche participative et recommandations concrètes (emplacement, différents espaces du jardin, accès et accessibilité, sécurité, entrées et chemins, mobilier, choses et objets au jardin,…). Forcément, toutes les parties qui traitent du soin, des patients, des besoins humains me « parlent » davantage que les parties plus « techniques » sur le jardin dont je suis moins experte. Mais finalement, elles sont les plus nombreuses et imprègnent le livre.

Je vous livre quelques lignes pour aiguiser votre envie de lire ce livre (parties soulignées par l’auteur dans le livre). Vous pouvez d’ailleurs découvrir quelques pages en ligne et le sommaire.

« Il est essentiel de défendre l’idée que le jardin et le jardinage doivent rester impérativement des lieux de liberté, où le plaisir à pouvoir être soi-même l’emporte sur les considérations liées au résultat, à la performance, ou à la conformité avec ce que les autres attendent de nous. Liberté donc, y compris d’être un jardinier hyper-méticuleux ou extrêmement désordonné… » (p. 62)

« Parmi les sources profondes de sens et de bien-être liées au jardinage figure le fait de prendre soin : d’une plante, d’un massif, d’un oiseau, d’un carré de potager, d’un autre jardinier, de la nature… »  (p. 90)

« N’oublions pas qu’un jardin s’adresse à l’être tout entier ! Un jardin ne peut pas n’être que sensoriel (on n’y bougerait pas, on n’y penserait pas ?), ou qu’horticole (on n’y rêverait pas ? on n’y parlerait pas ?). » (p. 138)

9782100758029-001-XDifficile de rendre justice en quelques lignes à ce livre très riche. Mais le plus intéressant est que Jérôme Pellissier ne s’arrête pas là. Il vient de lancer, comme il le promet dans le livre, un site dynamique consacré aux jardins thérapeutiques. « Le but est qu’il devienne un espace commun. Je l’ai ouvert, comme on ouvre un espace pour qu’il devienne un jardin partagé : c’est dire que je ne souhaite pas en être le « jardinier unique » ! Et que tout est sujet à discussions, réflexions communes, etc… », explique-t-il. « Une partie du site – Répertoires – propose des répertoires [des jardins thérapeutiques ; des jardiniers, paysagistes, etc. ; des hortithérapeutes (ou apparentées)]… Ils fonctionnent sur un principe très ouvert : tout professionnel qui veut s’y inscrire (ou y inscrire un jardin) peut le faire, disposera d’une page dédiée pour se présenter / présenter ses travaux / présenter le jardin. » A vous tous de remplir ces répertoires. Même chose pour la partie Ressources qui accueillera des informations sur des formations, des événements, des livres, etc…Dans un second temps, Jérôme Pellissier compte ouvrir un forum pour favoriser les échanges qui peuvent déjà de se faire via les commentaires.

J’ai eu le plaisir il y a quelques semaines de rencontrer Jérôme Pellissier. Son enthousiasme, son énergie et son humilité vont faire de lui un nouvel ambassadeur précieux du potentiel thérapeutique des jardins. Son cœur me semble au bon endroit. Vous pouvez l’écouter présenter son livre dans une vidéo tournée par son éditeur.

Jardins thérapeutiques et hortithérapie, Jérôme Pellissier, Dunod, 2017

 

Je signale aussi ce livre découvert récemment même s’il est sorti en 2013 : Le jardin thérapeutique de Marc Mitou. Pour en savoir plus, son site qui reprend une séquence filmée par Silence, ça Pousse et cet article paru dans Ouest France.

Un nouveau livre vante l’hortithérapie

Livre couverture« La nature est notre mère nourricière et le jardin symbolise le paradis pour l’homme de tout temps », m’explique François Renouf de Boyrie. « Nous avons besoin de reconnecter avec les rythmes de la nature et les bienfaits qu’elle apporte. » C’est pour cela qu’il vient d’écrire un livre intitulé « Le Jardinage, source de bien-être/Se Soigner et s’épanouir par l’hortithérapie » (Editions Piktos). Après avoir fait le tour des jardins dans l’histoire et dans divers pays, il s’attaque aux bienfaits du jardinage. « Posséder un jardin est déjà un privilège : havre de paix, lieu où se ressourcer, oasis de nature, le jardin offre une qualité de vie supplémentaire qui n’a pas de prix. Mais qui dit jardin dit jardinage pour l’entretenir. Or, il se trouve que cette activité étend aussi ses bienfaits sur celui qui la pratique. Soigner le jardin soigne aussi le jardinier », écrit-il en préambule de ce chapitre qui fournira des arguments à tous ceux qui ont besoin de convaincre du bien-fondé du jardinage autour d’eux.

Bienfaits physiques (endurance, souplesse, force, dextérité, qualité du sommeil,…) dont il affirme en citant plusieurs études françaises et étrangères que « le jardinage régulier réduit de moitié les risques de maladies cardiovasculaires, soulage les symptômes de l’arthrose, diminue les risques de dépression, de diabète, d’obésité, d’hypertension et de cancer ». Mais aussi des bienfaits psychiques et psychologiques, sociologiques et économiques. Quand il en arrive à donner des exemples de pratiques d’hortithérapie médicale, l’auteur cite des praticiens qui ne vous sont pas étrangers si vous lisez ce blog régulièrement : Sébastien Guéret de Formavert ou encore Jean-Paul et Anne Ribes dont il raconte en détails et en photos l’expérience à la Maison des Aulnes.

Pourquoi cultiver des plantes plutôt que peindre, dessiner ou faire des maquettes, demande l’auteur. « Tout d’abord, les plantes et les personnes ont en commun le cours de l’existence, elles évoluent et changent, répondent aux soins et au climat, vivent et meurent. Ce trait biologique partagé permet un investissement émotionnel avec la plante », écrit-il. Comme d’autres, il fait cependant le constat que la France a du retard sur les pays anglo-saxons notamment. « Bien que de nombreuses initiatives soient menées avec succès auprès de patients à l’hôpital, d’enfants autistes ou dans les maisons de retraite et les foyers d’accueil médicalisés, (l’hortithérapie médicale) n’est pratiquée que dans quelques hôpitaux, et souvent à titre expérimental. L’hortithérapie sera appliquée sans doute plus largement lorsque cette discipline sera enseignée dans les facultés médicales et sanctionnée par un diplôme d’Etat », constate-t-il. Plus concrètement, il avoue au cours de notre conversation qu’il existe un barrage pharmaceutique au pays du médicament-roi. « Les médecins voient des visiteurs médicaux tout la journée… ». A quand des visiteurs venant leur vanter les mérites de l’hortithérapie ?

L’auteur consacre un chapitre aux médecines douces auxquelles il apparente l’hortithérapie, y compris dans leur manque de reconnaissance officielle et de prise en charge par le système de santé. Il encourage chacun d’entre nous à planter notre jardin et décrit quelques plantes bénéfiques qui mérite d’y trouver leur place. Ce livre, qui n’est pas sans évoquer « Quand jardiner soigne » de Denis Richard (2011), rassemble en un lieu toutes les données actuelles sur l’hortithérapie en France. C’est un précieux outil pour ceux qui veulent se lancer dans un projet et ont besoin d’argumenter leur réflexion.