The Profession and Practice of Horticultural Therapy : un nouveau livre indispensable


De temps en temps, je m’enthousiasme pour la sortie d’un livre. J’ai sauté de joie quand Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs ont mis à jour Therapeutic Landscapes en 2014. Quand Jérôme Pellissier a fait paraître son Jardins thérapeutiques et hortithérapie en 2017, le premier livre complet en français sur le sujet, j’ai pensé qu’on avait franchi une étape extrêmement importante. Tous les francophones intéressés par l’hortithérapie tenaient enfin entre leurs mains un livre en français qui leur donnait des bases solides.

Et maintenant voici que Christine Capra, Rebecca Haller et Karen Kennedy viennent de sortir The Profession and Practice of Horticultural Therapy ! Alors oui, leur livre est en anglais bien sûr, peut-être une source de motivation pour se remettre à cette langue si utile. Comparé avec leur Horticultural Therapy Methodsparu en 2006 et découvert quand je suivais leurs cours il y a plusieurs années, ce nouveau livre se fixe une mission claire : poser l’hortithérapie comme une pratique professionnelle basée sur les preuves scientifiques. Et en plus de leurs trois plumes, elles ont assemblé un panel d’auteurs respectés pour apporter de l’eau à ce moulin qui leur tient à cœur depuis plus de 30 ans (Matt Wichrowski, Gwenn Fried , Jay Rice, Barbara Kreski,…).

 

Reconnaître les pionniers

Richard Mattson pendant une séance d’hortithérapie au Big Lakes Development Center (Manhattan, Kansas) en 2010. Il enseigna pendant 45 ans à Kansas State University.

Parce que la pratique de l’hortithérapie a des racines profondes, les auteures commencent par remercier leurs maitres et pionniers américains. Ainsi, le livre est dédié au regretté Richard Mattson qui a développé le curriculum d’hortithérapie à Kansas State University où Rebecca Haller a reçu son master, un curriculum qui a servi d’inspiration et de modèle à de nombreux programmes d’enseignement dans le monde.

Il est également dédié à la très active retraitée Diane Relf qui apporte ce rappel important dans sa préface. Lorsqu’elle lisait Therapy through Horticulture, le premier manuel publié par Alice Burlingame en 1960, elle était encore au lycée et avait déjà la certitude qu’elle deviendrait hortithérapeute professionnelle. Mais elle dut vite déchantée car la pratique était alors principalement bénévole et considérée comme une occupation récréationnelle pour les patients. Pas encore comme une médiation thérapeutique à part entière, ni comme une profession digne d’une formation adéquate. Cela vous rappelle quelque chose sur la situation actuelle en France ?

Déterminée à changer les choses, Diane Relf a écrit une des premières dissertations doctorales sur l’hortithérapie à l’Université du Maryland, créé un programme d’enseignement à Virginia Tech et participé à la fondation de l’ancêtre de l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) en 1973. Elle a également été très active dans la création du International People-Plant Council connus pour ses symposia internationaux.

Aux Etats-Unis, la place de l’hortithérapie a évolué depuis les années 1960 entre autres grâce à Richard Mattson, Diane Relf et les nombreux auteurs de The Profession and Practice of Horticultural Therapy. Ils vous expliqueraient sans doute qu’il reste encore beaucoup à faire. Savourons l’instant présent. Ce livre explique pourquoi l’hortithérapie est aujourd’hui une profession reconnue aux Etats-Unis et peut être une source d’inspiration pour la France.

 

Un livre pour qui ?

Rebecca Haller (gauche) et Christine Capra co-dirigent le Horticultural Therapy Institute.

 A qui s’adresse le livre de Christine, Rebecca et Karen ? Son objectif est « d’améliorer la compréhension et la vision de la profession, tant pour les nouveaux praticiens que pour les praticiens chevronnés. Il s’adresse aux étudiants dans le domaine, ainsi qu’aux professionnels de la santé et des services sociaux, afin d’élaborer et de gérer avec succès des programmes d’hortithérapie. » Si vous lisez ce blog régulièrement, il s’adresse à vous.

Les auteures ont organisé le livre en quatre sections : synthèse des pratiques en hortithérapie, théories soutenant l’efficacité et la pratique de l’hortithérapie, pratique selon trois modèles (thérapeutique, insertion professionnelle et bien-être) et outils pour le thérapeute.

 

Section 1 : « L’hortithérapie peut littéralement changer le monde »

C’est l’affirmation qui ouvre le premier chapitre dont lequel on trouve quelques définitions et le chemin qui a mené l’hortithérapie d’une activité bénévole auxiliaire à sa reconnaissance comme médiation et profession. Malgré des définitions différentes, trois éléments sont indispensables aux yeux des auteures pour parler d’hortithérapie : un thérapeute professionnel formé, un « client » (tournure américaine commune, Carl Rogers l’emploie aussi même si le mot choque nos oreilles françaises) qui reçoit un traitement avec des objectifs définis et la culture de plantes. Le thérapeute est en capacité de faire émerger des processus thérapeutiques ou de réhabilitation en s’appuyant sur les plantes. Diane Relf a ajouté les bénéfices pour les participants : émotionnels/psychologiques, sociaux, intellectuels/cognitifs et physiques. Par contraste, d’autres activités basées sur les plantes ne sont pas de l’hortithérapie : des programmes dans les écoles, pour améliorer le bien-être, tous les programmes qui ne visent pas des objectifs cliniques en somme.

Affirmant que l’hortithérapie est une profession distincte, les auteures lui reconnaissent des similarités et des liens avec d’autres approches comme l’écothérapie, le soin par les animaux, les programmes agricoles dans les fermes qui peuvent être utilisés de manière complémentaire. Cette section peut sembler très américano-américaine, malgré de nombreux exemples puisés à l’étranger. Cependant, ses réflexions éclairent aussi ce qui se passe en France.

 

Section 2 : la richesse des théories

« En tant qu’espèce, le cerveau humain est programmé pour vivre dans la nature ». Que vous les découvriez ou que vous les connaissiez déjà, ces nombreuses théories vont vous scotcher. La « Prospect-Refuge Theory » de Jay Appleton (Perspective et refuge dans l’environnement), la restauration de l’attention de Rachel et Steve Kaplan, la biophilie d’E.O. Wilson, l’écopsychologie conceptualisée par plusieurs auteurs, l’apport des neurosciences sur la connaissance des réactions cérébrales, la résilience, la mindfulness, la psychologie positive…

Comme le rappelle Matt Wichrowski qui a contribué un chapitre à cette section, « De nombreuses disciplines différentes fournissent des connaissances et des informations qui peuvent être utiles dans la pratique de l’hortithérapie. La façon dont elle est finalement pratiquée dépend du contexte, du praticien, du patient et des objectifs du programme. Le style et la technique du praticien ont également tendance à varier considérablement en fonction de son expérience éducative, professionnelle et personnelle antérieure. La variété des milieux dans lesquels l’hortithérapie est pratiquée, depuis les visites en chambre avec un chariot à plantes jusqu’aux salles de classe et aux solariums, en passant par les serres et les grands espaces extérieurs, exige également une diversité des compétences nécessaires à la réussite. » Un rappel utile que la diversité est vitale dans cette pratique…et qu’un jardin n’est pas indispensable.

Pour s’attarder sur les caractéristiques du thérapeute qui ont un impact positif sur l’alliance thérapeutique, ici ou ailleurs, Matt Wichrowski rappelle les résultats de la recherche : flexibilité, expérience, honnêteté, respect, fiabilité, confiance en soi, intérêt, vivacité d’esprit et convivialité avec un aspect chaleureux et ouvert et une bonne capacité d’écoute. La recherche en psychologie a montré que 30% des améliorations chez les patients sont dues à des « facteurs communs » présents dans toutes les relations thérapeutiques, comme l’empathie, la compréhension, l’implication, la chaleur et la convivialité.

 

Section 3 : la richesse des programmes

Dans la 3esection, l’ouvrage plonge les mains dans la terre, avec de très nombreux exemples de programmes aux Etats-Unis et ailleurs. Les Américains ont divisé le monde en trois :

  • Le modèle thérapeutique. « Les séances mettent l’accent sur le rétablissement à la suite d’une maladie ou d’une blessure et sur le traitement des problèmes de santé mentale. Les séances se déroulent souvent selon le modèle médical des soins, qui met l’accent sur les aspects physiques, mentaux ou biologiques de la maladie….Les participants ne sont pas définis par la maladie, le diagnostic ou l’invalidité. » Les programmes décrits à titre d’exemples sont extrêmement variés: enfant affectés par des troubles du développement ou hospitalisés dans des hôpitaux pédiatriques, personnes souffrant d’addictions, patients en psychiatrie résidentielle ou ambulatoire, personnes souffrant de traumatismes, enfants,…
  • Le modèle professionnel (« vocational »). Selon la définition de l’AHTA citée dans le livre, « un programme d’horticulture professionnelle, qui est souvent une composante majeure d’un programme d’hortithérapie, vise à offrir une formation qui permet aux individus de travailler dans l’industrie horticole de façon professionnelle, de façon indépendante ou semi-indépendante. Ces personnes peuvent avoir ou non un certain type de handicap. Les programmes d’horticulture professionnelle peuvent être offerts dans les écoles, les établissements résidentiels ou les établissements de réadaptation, entre autres. »
  • L’hortithérapie fondée sur des modèles de bien-être. « L’hortithérapie est particulièrement bien adaptée pour soutenir les programmes axés sur le bien-être. Le travail avec les plantes est une approche holistique qui implique de multiples domaines fonctionnels, y compris l’activité physique, l’engagement cognitif/intellectuel, l’investissement émotionnel et l’interaction sociale. Elle engage le corps, l’esprit et l’âme. » Dans ce domaine, les exemples sont tirés de programmes menés en prison ou encore avec des personnes réfugiées.

 

Section 4 : des outils pour le thérapeute

Concrètement, cette dernière partie fournit des méthodes et des techniques, des outils et des idées d’équipements pour s’adapter aux capacités des participants (comment accompagner des personnes atteintes de démence ? que créer avec des étudiants non-voyants ?) et à leurs héritages culturels. On rentre là dans les caractéristiques qui rendent un environnement thérapeutique (la conception biophilique, l’accessibilité, la sécurité,…). Ce chapitre fera tout particulièrement le bonheur de Florence Gottiniaux ! Un autre chapitre s’intéresse à l’importance de documenter l’activité, depuis la note d’évaluation décrivant un nouveau participant à des comptes-rendus réguliers d’activité au regard des objectifs fixés. L’auteure de ce chapitre rappelle la nécessité de veiller au respect des règlements en vigueur sur la protection de la confidentialité.

Enfin, le dernier chapitre est consacré à la recherche. Il est assez succinct et ne vous aidera pas à monter un projet de recherche de A à Z, mais il vous y encouragera. Barbara Kreski, responsable des formations à l’hortithérapie au Chicago Botanical Garden, nous rappelle que toutes les études ne sont pas crées égales et que citer une recherche de qualité médiocre est finalement contre-productif.

Les contributions francophones

Lors de sa venue au symposium Jardins et Santé en 2012, Rebecca Haller rencontre Anne Ribes.

Ce livre est bien sûr ancré dans l’histoire et la pratique américaines. Pourtant il s’ouvre largement sur le reste du monde, faisant figurer des définitions différentes (celle utilisée dans les pays germanophones par exemple, p. 7), l’existence d’organisations internationales dont la Fédération Française Jardins, Nature et Santé (p. 16) et des exemples internationaux. On notera la contribution de Tamara Singh sur la technique de la mindfulness appliquée à l’hortithérapie (p. 163-164). Et l’exemple du programme du Jardin d’Epi Cure à la Maison des Aulnes (p. 209-210). J’ai eu le plaisir d’aider son créateur, Stéphane Lanel, à écrire cette vignette.

Pour avoir suivi de loin la naissance de ce livre à partir de l’été 2017, j’ai une petite idée de l’énorme quantité de travail et de coordination qu’il a demandée. Bravo Christine, Rebecca et Karen.

 

The Profession and Practice of Horticultural Therapy, Rebecca L. Haller, Karen L. Kennedy et Christine L. Capra, CRC Press, 2019. Disponible dans les librairies en ligne françaises ou sur commande chez votre libraire, à partir de 39 euros.

Où on retrouve Tamara

Depuis notre première rencontre sur Skype en décembre 2014, Tamara Singh est intervenue plusieurs fois sur ce blog pour raconter sa formation et sa pratique d’hortithérapeute à New York. Après plus d’un an en France, il était temps de la rencontrer de nouveau pour lui demander ses impressions. Nous avons discuté cette semaine et voici le billet que j’ai écrit pour le blog du Horticultural Therapy Institute dans la foulée. Etant un peu beaucoup sous l’eau, je vais simplement vous renvoyer vers le billet en anglais. Bonne lecture.

48heures

Oyé, oyé : les 48 heures de l’agriculture urbaine se tiennent ce weekend, le 19 et 20 mars, à Paris. Tous les renseignements et inscriptions sur le site.

Rétrospective

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Je vous souhaite une belle année, pleine de projets et de bonheur, de sérénité et de victoires. Avant de rentrer pleinement dans la nouvelle année, jetons un œil sur les 12 derniers mois. J’ai choisi deux thèmes pour me souvenir de 2015 sur le Bonheur est dans le jardin : les pays que nous avons visités ensemble et les contributeurs qui nous ont fait le plaisir de partager leur expérience. Un grand merci à eux et avis à ceux qui voudraient suivre leur exemple. La porte est ouverte…Merci aussi aux plus de 19 000 lecteurs qui ont visité le blog l’année dernière.

En 2015, nous avons rencontré Fiona Thackeray et son association Trellis en Ecosse, nous sommes retournés aux Etats-Unis pour faire un état des lieux de la thérapie horticole, nous avons découvert la discipline telle qu’on la pratique et qu’on l’enseigne au Japon, un projet de mur végétal dans un hôpital pour enfants au Canada, un grand jardin dans un hôpital psychiatrique en Belgique, l’association Thrive en Angleterre, un jardinier français installé en Suisse, une infirmière qui parle de deuil et de nature aux Etats-Unis et un tas d’initiatives en Suisse, Suède et Belgique grâce à une lectrice partageuse.

Du côté des contributeurs, nous avons rencontré Romain Rioult, ingénieur en paysage sensible aux vertus thérapeutiques du jardin en particulier grâce à son expérience à la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, Carole Nahon et son association Le Jardin des (S)âges à Draguignan, Tamara Singh, horticultural therapist formée à New York qui nous a raconté son expérience en plusieurs épisodes, y compris son travail au Rusk Institute, Nicole Brès qui combine art thérapie et hortithérapie et qui nous a également fait découvrir un healing garden à Philadelphie, Stéphane Lanel qui nous a parlé de sa formation en parallèle de son travail à la maison des Aulnes et Romain Pommier qui a lancé tambour battant un jardin thérapeutique au CHU de Saint-Etienne.

La semaine prochaine…

Fenêtres avec vue au Rusk Institute

Aujourd’hui, retour de Tamara Singh, diplômée en hortithérapie du programme du New York Botanical Gardens dont elle nous avait décrit l’enseignement il y a quelques semaines ici et . Dans ce nouveau billet, elle nous raconte de l’intérieur le programme d’hortithérapie du Rusk Institute for Rehabilitation et son Glass Garden à New York dont je vous avais parlé à travers une interview de Matt Wichrowski en 2013. Vous pouvez joindre Tamara à hortustherapy (at) gmail.com.

Les lieux en évolution de la psychiatrie

Vue de Rusk

Vue de Rusk

Dans les années 1950, sous le haut patronage d’Enid Haupt et l’égide du Dr Howard Rusk, médecin en psychiatrie, un des premiers jardins thérapeutiques totalement accessible à des patients à mobilité réduite a vu le jour à New York. En 2009 le Glass Garden, le jardin de verre de Rusk a fêté ses 50 ans. Ayant connu plusieurs moments forts dans son évolution et son expansion, plusieurs fois primé pour son design, le jardin a été un lieu d’expériences et de recherche sur le jardin de soins. Pour plus d’infos sur la physiatrie en anglais.

Selon Dr Rusk, pionnier d’une approche holistique dans la réhabilitation du patient, prendre en charge la personne dans sa totalité implique de vouloir le faire progresser sur plusieurs plans, en envisageant une réinsertion digne dans la vie malgré les conditions limitatives pouvant être provoquées par un handicap. Surtout ne plus traiter que le physiologique ou les déficiences dans les fonctions selon un modèle médical mécaniste antique. On travaille sur l’amélioration sensée du patient afin de le ramener vers des formes d’indépendance tant que possible dans la vie quotidienne. C’est ainsi que pouvoir avoir accès à un jardin –pour se poser dans un cadre de détente mais surtout pour vaquer à une occupation d’agrément, s’exercer, mettre en pratique les stratégies apprises lors des séances de physiothérapie– rentrait dans la ligne logique pour le Dr Rusk. Ce fut le pari relevé par les hortithérapeutes (HT) à Rusk toutes ces années.

Les populations traitées

Plants de riz pour les jeunes patients

Plants de riz pour les jeunes patients

Rusk Institute, qui fait partie du New York University Medical Center (institution très vaste qui se décline sur plusieurs bâtisses dans Manhattan-est) est reconnu et couru pour la qualité des soins qu’on y prodigue en réhabilitation. Depuis les changements d’infrastructure –prévus car un nouveau bâtiment et un nouveau jardin verront le jour—- précipités par les événements climatiques en 2012, Rusk compte à peu près 80 lits pour les soins aigus de réhabilitation après la stabilisation des patients cérébro-lésés, cardiaques, pédiatriques et orthopédiques. Il y a de surcroît et en parallèle des interventions dans d’autres départements du NYU Medical Centre qui ne dépendent pas de Rusk directement (en psychiatrie, en épilepsie). Et une foison de programmes en ambulatoire/soins de jour en oncologie ou en gériatrie (surtout Alzheimer). 

Après la tempête

Dans la serre temporaire

Dans la serre temporaire

Depuis la tempête Sandy et la disparition des serres et jardins, la présence des hortithérapeutes au sein même des unités de soins a pris de l’ampleur. Les cinq thérapeutes principales, secondées par des ingénieurs horticoles (responsables de la « matière » végétale dans la petite serre temporaire et la terrasse attenante), des lapins, des volontaires, des stagiaires en HT et des thérapeutes à mi-temps ont dû réinventer leur façon de travailler à Rusk. Alors que, dans le passé, les patients venaient vers le Glass Garden au rez-de-chaussée de l’hôpital accompagnés de leurs kinés ou ergothérapeutes –ce qui supposait une meilleure forme chez les patients– aujourd’hui les hortithérapeutes vont vers le patient quotidiennement car il s’agit effectivement de patients plus démunis, plus malades. Quelques jours seulement après la stabilisation des patients, les séances de réhabilitation très poussées commencent. Kinés, psychomotriciennes, orthophonistes, ergothérapeutes, psychologues, art thérapeutes, musicothérapeute et HT sont sollicités.

Le temps presse, il faut faire le maximum avec le patient, réapprendre la respiration, stimuler le langage, la motricité fine, travailler le vestibulaire, les facultés exécutives, s’entraîner, pratiquer les gestes de la vie quotidienne en les modifiant si besoin est ou en modifiant l’environnement, s’exercer aux stratégies de conservation d’énergie ou de compensation –autant d’objectifs à prendre en compte selon les patients. On doit faire travailler les mains, l’extension, la mémoire, la régulation de l’attention, les déficiences cognitives (prendre des décisions, suivre des instructions), la station debout, l’endurance, divertir, détendre pour mieux gérer le stress du séjour médical, mais aussi aider à penser “l’après l’hôpital” dans les gestes de la vie quotidienne. Le jardinage en pot, au rebord de leur fenêtre, en chaise roulante à table avec d’autres, rempoter, bouturer, malaxer le terreau, arroser seul, écrire leur nom sur une étiquette, se rappeler les soins pour telle ou telle plante tropicale d’intérieur ou sa provenance : autant d’interventions possibles pour s’exercer à la normalisation sur plusieurs plans, voire aller vers la découverte d’une nouvelle image de soi. Les activités de jardin et de nature, au-delà de leur pouvoir sensoriel fort, leur puissance métaphorique, le côté hautement structurant et structuré des gestes du jardinier, leur capacité à offrir une possibilité d’amélioration de son estime de soi, est très apte à permettre l’exercice des stratégies généralisables dont on aura besoin pour les « activities of daily living (ADL) ».

Le HT peut commencer le traitement « bedside » pour ensuite et selon les progrès inviter le patient à faire partie d’un groupe à visée thérapeutique. Les HT sont formées à la gestion des thérapies de groupe qui permettent des simulations de vie en société, le partage, la coopération entre personnes handicapées, autour de ces éléments familiers et vivants que sont les plantes.

Les HT réinventent leur pratique

Huiles

Huiles

Le protocole de traitement s’en est trouvé changé.  Du fait de ne plus jardiner en terre, les HT de Rusk ont dû inventer de nouvelles façons de faire, d’apporter le jardin et la nature vers les patients qui ne l’apprivoisent plus que depuis leur lit. Le rapprochement avec les arts thérapeutes et les ergothérapeutes est naturel. D’où les activités assez originales comme de faire des t-shirts en pédiatrie avec les pigments des pétales de fleurs en utilisant un petit marteau –mais toujours et selon le plan individuel de traitement, œuvrer dans une amélioration positive et bénéfique pour le patient.

Par ailleurs, autre effet de la présence des HT au sein même des unités de soin : une conscience aiguë des consignes de sécurité et une connaissance des risques sont très importantes. Précautions d’aspiration; de chute; sécurité des patients impulsifs encore très confus, usage de terreau stérile, renouvelé entre chaque patient, usage des gants et de masques lorsque la personne est en “avis contact”, recouvrir les lits, les tables si nécessaires, toujours nettoyer derrière soi avec les produits désinfectants, s’assurer auprès du personnel infirmier si jamais il y a le moindre des doutes. Tout est mis en œuvre pour que cela se passe de façon confortable et non menaçante. D’ailleurs il est même très habituel d’animer une séance de pair avec un kiné ou un orthophoniste. En tout cas, il est considéré plus important de faire participer en prenant à cœur les risques possibles plutôt que de tenir les patients à l’écart. 

Le modèle thérapeutique en pratique

(Rounds, Huddles, Conférence, Supervision, Inservice training)

Un lapin à Rusk

Un lapin à Rusk

Le patient est encadré par une équipe. La communication entre les co-équipiers est primordiale ; la parole à tous et le respect de la personne sont à l’ordre du jour. Toujours en rappel avec l’idée d’Howard Rusk, on doit prendre en charge la personne dans sa totalité et non seulement ses séquelles physiologiques. Le patient –afin de mieux guérir ou de dépasser ses conditions limitatives prises en charge à l’institut– passe en premier. L’équipe médicale le sait, mais le patient le sait aussi. Le dialogue est primordial. C’est le propre du modèle américain. Si les HT sont invitées aux rondes matinales (Rounds) et aux réunions quotidiennes (Huddles) et hebdomadaires (Conference) assis autour de la table de réunion avec les chirurgiens et les psychologues, c’est que les thérapies créatives et expressives sont là pour alimenter, complémenter, soutenir les démarches des kinés, orthophonistes et psychomotriciennes. D’ailleurs, le fait que la documentation médicale (SOAP notes) soit exigée des HT au même titre que les autres thérapeutes renvoie encore à cette volonté d’intégration de l’équipe pour répondre à cette idée de prise en charge totale des patients.

Dans le déroulement hebdomadaire des HT,  la supervision et la revue par les pairs sont également très importantes. On passe en revue les activités horticoles appropriées (âge du patient, saison, est-ce un jour de fête par exemple, chances de réussir l’activité) en fonction du type de patient à voir. On évalue comment traduire les objectifs établis par l’équipe médicale en termes horticoles. « Activity analysis », l’analyse d’activité, outil des ergothérapeutes par excellence, est maniée par les HT en amont de chaque nouvelle séance avec une patiente. Où en est le patient, que demande l’activité préparée? Comment le patient sera-t-il sollicité physiquement, cognitivement, comment apporter les adaptations, de quelles stratégies lui faire part, quoi demander de la part du patient. Faut-il travailler sur la restauration (processus de re-apprentissage de fonctions) ou sur des compensations (apprendre autrement et au détour du handicap) ? S’agit-il de divertir et détendre ou de rentrer dans un partage communicatif, d’où les séances de groupe ?

Nouvelles pistes à Rusk

Aujourd’hui au sein du département à Rusk, la recherche et la mise en pratique de nouveaux protocoles continuent. Les HT se forment par exemple à travers les très passionnantes Schwartz rounds for compassionate healthcare qui soulignent encore une fois le « patient centered health care » à NYU. Mais il y a aussi le développement de nouveaux protocoles par les HT comme le « Use my arm programme » destinés aux hémiplégiques à Rusk ; ou le CIMT « constraint induced movement therapy », stage d’été pour enfants. De la même façon, on continue à y mener des recherches avec l’équipe médicale sur les effets du programme d’horticulture thérapeutique dans les unités : essayer de mesurer les effets des plantes sur les patients lorsque les plantes sont invitées dans les salles de gym par exemple. Faire évoluer la profession exige de passer par des chemins insolites. Par-delà les spécificités des populations, des institutions, et les pays où l’hortitherapie éclot.

L’enseignement de l’hortithérapie aux New York Botanical Gardens

Suite et fin. Cette semaine, Tamara détaille les quatre volets de la formation. Elle sera de retour dans quelques semaines pour raconter son expérience au Rusk Institute for Rehabilitation. Merci, Tamara, pour ce récit très détaillé d’une des formations américaines les plus poussées (hortustherapy (at) gmail.com).

 

Aperçu de la bibliothèque de l'hortithérapeute

Aperçu de la bibliothèque de l’hortithérapeute

Le Horticultural Therapy Certificate dispensé au New York Botanical Gardens (NYBG), programme qui a maintenant plus de 30 ans, se met explicitement sous le patronage de l’«occupational therapy», l’ergothérapie. La plaquette de communication de la formation le souligne d’emblée. Il n’est pas anodin qu’une des fondatrices de l’enseignement à NYBG, Nancy Chambers, moteur de l’hortithérapie au Rusk Institute for Rehabilitation ait jumelé cette discipline au département d’ergothérapie. Pratiquer aux cotés des psychomotriciens et des kinésithérapeutes plutôt qu’en « recréational therapy »  (la ludothérapie où l’on trouve les loisirs créatifs mais souvent aussi des thérapies complémentaires créatives, comme l’art thérapie) n’est pas sans conséquence. Cliniquement, la différence est vaste. Le garder en tête permet de comprendre le type de cours dispensés, comme les lacunes que l’on peut ressentir ou deviner.

Passons en revue les quatre pôles d’enseignement évoqués dans la première partie de ce billet.  Pour rappel, le certificat à NYBG se veut une formation post licence (Bac +3/4) et se décline en 181 heures de cours théoriques, 8 heures de visites de sites et au minimum 100 heures de stage. Le tout premier module – que l’on peut prendre sans s’engager dans le certificat, Introduction to Horticultural Therapy – sert d’orientation. On y fait le lien entre le «hortus» et la thérapie, en abordant l’histoire des jardins de soin, pour en arriver aux hypothèses de la biophilia de Wilson, et la théorie de l’attention restaurée de Kaplan. Ce cours est obligatoire pour pouvoir se lancer dans les autres modules.

Sciences cliniques

Cette série de cours est axée sur une bonne compréhension des populations que l’on risque de côtoyer. Il y a quatre modules : Handicapés physiques, gériatrie, pédiatrie, approche de la santé mentale. Chaque module se penche sur les pathologies et déficiences les plus habituelles par type de population. Les symptômes, les limites et les difficultés qui en découlent, les dysfonctionnements et leurs expressions les plus probables. Par exemple, dans le cours de Horticultural Therapy for Physical Rehabilitation, on passe en revue les traumatismes crâniens et ceux de la colonne vertébrale, l’AVC, certaines pathologies congénitales, la sclérose en plaques ou les suites des interventions lourdes en cardiologie. Il s’agit de populations ayant à réapprendre à vivre avec des moyens parfois très diminués. L’hortithérapeute doit savoir proposer des interventions selon les besoins des patients (coordination bilatérale, endurance, exercice de la mémoire entre autres), interventions permettant de maintenir ou récupérer des gestes de la vie quotidienne et l’estime de soi.

En Horticultural Therapy for the Aging Population, on propose une approche de la maladie d’Alzheimer bien sûr mais aussi comment proposer des activités horticoles à des personnes souffrant des déficiences physiologiques et sensorielles les plus communes liées à l’âge. Pour les autres modules, Horticulture Therapy in Behavioral Health (santé mentale) ou Exceptional Youth (pédiatrie), une même approche : déconstruire les écueils et découvrir en quoi un traitement par une activité horticole peut apporter des modifications de comportement ou des bénéfices positifs sur le plan physique, cognitif, social et émotif.

Dans chaque module, on s’attèle à la mise en œuvre de plans de traitement suite à l’évaluation des patients. Il s’agit de peaufiner l’opérationnalisation d’un objectif (souvent hérité en amont des services médicaux) afin de les traduire en interventions horticoles porteuses de sens. On apprend donc à énoncer le comportement final, les conditions dans lesquels ce dernier sera exécuté, les critères de réussite. Ces modules cliniques sont aussi une ouverture sur la recherche actuelle dans le domaine des neurosciences, de la psychologie environnementale ou de l’écopsychologie. Certains des enseignants sont des auteurs publiés.

Sciences ergothérapeutiques

Accompagner les patients dans un processus de changement passe selon l’enseignement NYBG par l’appropriation de quelques approches thérapeutiques empruntées à l’ «occupational therapy». En ergothérapie, on œuvre pour l’amélioration et/ou le maintien de la qualité de vie quand une personne est en perte d’autonomie (ce qui implique  une bonne compréhension analytique des actes de la vie quotidienne). Dans le jargon des thérapies par l’action, on parle de « activity analysis ». Observer le patient ou le client, évaluer les besoins, proposer des activités de réhabilitation en rapport avec les difficultés à dépasser ou à contourner en déclinant chaque geste sur le plan moteur, cognitif, psychosocial. Si l’ergothérapeute doit savoir décortiquer les activités, c’est pour mieux imaginer comment le patient pourra s’adapter ou s’armer de stratégies de compensation.

Activity Analysis for Horticultural Therapy donc. Pièce clé du point de vue de l’école de formation en hortithérapie à NYBG. Quand on proposera une activité dans le jardin, il faudra s’appliquer à comprendre les propriétés physiques des éléments à manipuler, quels sens seront stimulés ; quelles demandes sociales ou émotionnelles sollicitées, le tempo d’une activité, le déroulement d’une séquence de gestes, quels outils intellectuels comme le fait de choisir ou de se rappeler, comprendre quelle partie du corps devra exécuter l’action. Le but n’est pas de tomber dans un cours d’anatomie. Au contraire, il faut toujours savoir se mettre à la disposition de l’équipe médicale, car il y a néanmoins une hiérarchie médicale et paramédicale dans les soins.  Mais il s’agit de permettre une prise de conscience et de sensibiliser l’hortitherapeute: les gestes du jardinier, les gestes horticoles doivent être réfléchis dans leur intégralité afin de proposer l’intervention.

Il est vrai que la formation à NYBG tend à préparer à ce cas extrême de pratique, au sein d’une institution médicale de réhabilitation en soins intensifs, où l’équipe médicale fixe des objectifs pertinents, mesurables, concrets aux patients et qui doivent figurer dans un dispositif de documentation très pointu. A ce titre, la communication fluide avec ses pairs demande un savoir-faire tout particulier. Les cours sont donc aussi un lieu d’initiation à la documentation médico-clinique des patients.

En dehors du monde purement médical, l’hortitherapeute peut avoir à encadrer des séances sans faire des analyses hautement structurées de l’activité. Beaucoup de programmes d’hortitherapie ne sont pas non plus bornés par le besoin d’interventions de soins individualisés avec documentation d’objectifs mesurables. Plus qu’en soins intensifs de réhabilitation, où le plan tend à être individuel, on aura recours à des techniques de thérapie de groupe (« group process »). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’objectifs du tout : prisons, SDF, femmes battues, personnes âgées isolées, jeunesse à risque, écoles en zone éducatives prioritaires, toxicomanes.

L’hortithérapeute doit savoir naviguer cet autre registre avec bonne humeur, intelligence, flexibilité et spontanéité. Cela peut s’apparenter parfois à l’animation, à la pédagogie. Sauf que l’intentionnalité et l’alliance thérapeutiques y seront toujours de mise. L’engagement empathique et une dynamique relationnelle saine dans laquelle le patient ou le client peut se sentir en sécurité offrent l’occasion de l’amélioration de son estime de soi et plus généralement l’espace d’expression du rôle social des participants. Si les «counselling skills » sont utiles, ce n’est pas pour mettre à nu les participants. Il ne s’agit pas d’une psychothérapie de groupe. Au contraire, le processus de groupe permet aux participants d’interagir, de socialiser, de communiquer, de rompre leur isolement, de s’inspirer des autres. Ces techniques d’encadrement du groupe reviennent dans plusieurs modules.

Adaptation d'outils

Adaptation d’outils

Une fois les besoins et les limites de ceux en demande d’hortithérapie évaluées, quelles activités et avec quels outils, quelles plantes ou quels actes au jardin ? Car, au final, il faut pouvoir traduire les objectifs, les opérationnaliser en termes d’interventions horticoles. Horticultural Therapy Methods and Materials propose de se pencher sur les méthodes et les matériaux les plus utilisés par les hortithérapeutes. Le vivant comme l’art créatif, la plante tropicale comme la native. En tant que module à suivre dans un deuxième temps, cet enseignement est une invitation à la réflexion sur les succès et les difficultés liées à certaines activités. Recherche sur les qualités thérapeutiques des matériaux végétaux. Recherche autour des adaptations et aux outils (de jardin) selon les handicaps. Où les trouver pour s’en équiper ou comment en fabriquer si besoin à partir d’éléments disponibles.

Sciences et Arts horticoles et paysagères

Si le monde végétal peut être thérapeutique par sa matière, c’est aussi un lieu de savoir complet qui est toujours en évolution. Ces trois modules sont très théoriques et reposent sur les avancées en sciences de la vie. De ce fait , il y a une certaine transparence dans l’attente de l’apprentissage de beaucoup d’éléments et très vite. L’initiation à la Botanique (Plant Science) permet de mieux comprendre les structures, formes, adaptations, et l’histoire passionnelle de l’homme pour l’univers des plantes. Mais aussi les théories de l’évolution des familles, l’écologie, la systématique.

Dans le module d’Horticulture-Gardening, le jardinage est abordé par ses côtés théoriques, c’est-à-dire la science des sols, les besoins des plantes, les nuisances et parasites dans le jardin ou encore la taille. Enfin, un module avec travaux pratiques sera dédié à la propagation, très utilisée par les hortithérapeutes dans l’élaboration d’activités avec les patients et clients. Multiplier et bouturer diverses plantes, de la fougère aux grimpantes ligneux.

Dans Garden Design for Special Populations, il s’agit d’une initiation à « l’universal design », l’accès au jardin pour tous. Pratiquer le dessin et le design de projets porteurs dans des espaces intérieurs et extérieurs selon les besoins d’une population et les souhaits des établissements accueillant un jardin de soin. Un jardin destiné aux usagers souffrant de la maladie d’Alzheimer ne ressemble pas à au jardin destiné à des enfants dans des zones scolaires difficiles. Et même si cette initiation ne suggère pas de se passer des services d’un architecte paysagiste lorsque l’on en a besoin, on sera bien placé pour pouvoir entamer le dialogue si besoin pour le remaniement structurel d’un espace.

Développement professionnel

C’est l’heure de la confrontation avec le monde réel dans ces modules de fin de cycle. Dans Horticultural Therapy Program Management, on survole les types d’institutions et leurs logiques de gestion interne, point important pour comprendre comment leur présenter un projet, communiquer une vision, aborder une administration parfois encore réticente. Comment démarcher, quelles instances pour des financements, comment communiquer avec les administrateurs de telle ou telle institution sur le bien fondé des services que l’hortitherapeute peut apporter ? Quelle solution personnelle professionnelle : salarié, consultant, auto-entrepreneur, association, création d’entreprise, ou l’élaboration d’un projet collaboratif de jardins de soins avec un paysagiste?

Lors d'une visite de terrain

Lors d’une visite de terrain

En parallèle, on peut se lancer dans les « sites visits », des visites de programmes en hortitherapie qui doivent représenter un investissement de 8 heures. Les visites sont souvent en comité restreint sur une journée afin de voir la théorie prendre forme en situation réelle et en temps réel. On observe et puis on partage lors du débriefing. Certaines visites sont l’occasion d’un cours magistral, comme à Rusk, sur la physiatrie. D’autres visites sont des instants de confrontations avec des pathologies rares ou particulièrement débilitantes. A Térence Cardinal Cook, un « hospice residence », les enfants dont beaucoup souffrent de paralysie cérébrale sont sévèrement handicapés. Il y a également une unité de patients souffrant de chorée de Huntington, une maladie qui provoque une dégénérescence neurologique grave. Les visites peuvent être vécues comme une forme de voyeurisme pudique. Il n’est pas rare de repartir en état de choc. Car on quitte la théorie et le jardin pour découvrir des souffrances graves. Cérébro-lésés, handicapés mentaux et physiques, maladies rares du sang, cancers, greffés du cœur, diabétiques amputés. C’est le moment d’une mise en cause fondamentale mais nécessaire. Il faut du temps, jardiniers, on le savait déjà.

Le stage de 100 heures est entamé après l’accord de la directrice du département. Bien que réduit il y a quelques années à 100 heures pour ne pas effrayer les candidats, il ne s’agit que d’un aperçu car on est encore loin de la résidence clinique supervisée de longue durée (dont on aura l’occasion de reparler peut-être dans un autre billet) comme les 500 heures exigées par l‘AHTA, sans parler des 800 ou 1000 heures des professions de thérapies complémentaires annexes comme l’art thérapie. Mais c’est une opportunité d’asseoir enfin les acquis théoriques dans une pratique immédiate et de commencer à développer de réelles compétences. On teste ses aptitudes à l’observation et à l’intégration des protocoles de sécurité. On démontre que l’on a compris les risques liés aux populations fragiles, non seulement selon leur diagnostic mais dans le contexte où ils se trouvent. Ce n’est qu’en situation clinique que l’on apprendra que chaque personne vit de façon singulière son diagnostic et par extension les écueils. Sous une bonne supervision, on apprend à se faire assez confiance pour improviser des adaptations, car les activités de l’hortithérapie, même préparées à l’avance, ne sont pas des recettes de cuisine. Le stage c’est un début de déconstruction des grilles rigides pour se fier plus aux individualités des patients dans une situation in situ en perpétuelle mouvance.

Voilà un aperçu de la formation d’hortithérapie telle qu’elle se présente actuellement à NYBG. Comme elle ne cesse d’évoluer n’hésitez pas à visiter le site du jardin botanique ou à contacter les administrateurs pour de plus amples renseignements.

Tamara Singh

Au New York Botanical Gardens, on enseigne l’hortithérapie

Après Carole Nahon et Romain Rioult, je passe cette semaine la parole à Tamara Singh dont j’avais fait un portrait avant qu’elle ne quitte New York pour venir s’installer à Paris. Depuis, nous avons eu le plaisir de nous rencontrer « dans la vraie vie » et elle nous fait la gentillesse de partager son expérience américaine. En deux parties, car il y a beaucoup, beaucoup à raconter. Merci, Tamara. Vous pouvez la joindre à hortustherapy (at) gmail.com.

 

Tamara Singh  à l'hôpital NYU Langone Tisch.

Tamara Singh à l’hôpital NYU Langone Tisch.

New York Botanical Gardens, institution vénérable faisant partie d’un réseau de jardins –dont Kew à Londres– est reconnu pour l’étendue et l’intérêt historique et scientifique de ses fonds et collections botaniques. Soutenu par des financements publics et des donations privées, l’organisme témoigne sa volonté pour initier la recherche tout en mettant l’excellence académique à la portée de ceux qui veulent s’y parfaire. Couvant des personnalités, des conservateurs et des spécialistes renommés, on y mise sur l’ouverture des approches et des formations novatrices. Parmi leur offre de formations de pointe, le programme d’hortithérapie qui remonte au début des années 1980. Fondée par un triumvirat de précurseurs qui inclut alors Nancy Chambers –directrice du Glass Garden au Rusk Institute for Réhabilitation a New York pendant plus de 35 ans, partie à la retraite depuis peu– cette filiation, si on peut s’exprimer ainsi, en fait un des programmes formels d’hortithérapie professionnelle parmi les plus anciens et aussi un des plus expérimentés en Amérique du Nord. La formation à NYBG n’a cessé d’évoluer, tantôt pour imposer une vision, tantôt pour répondre à des phénomènes de société et de santé. Cela retentit sur l’enseignement de cette thérapie certes complémentaire, mais qui a toute sa place auprès de populations en souffrance en mal-être ou en réhabilitation.

Un « horticultural therapy certificate », fruit d’une évolution

Le « horticultural therapy certificate » qui est dispensé à NYBG a pu s’exprimer sous des formats divers dans le passé. Au tout début par exemple, les cours ne comptaient que deux ou trois heures, on est maintenant sur des modules de 15 ou18 heures; il y avait aussi moins de compétences exigées en préalable pour pouvoir s’y inscrire, aujourd’hui on veille sur les pré-requis. Il y a plus d’heures en situation réelle pour moins d’heures théoriques ; et puis aussi l’inverse, plus d’enseignements pour moins d’heures dans la pratique supervisée. Ont pu s’y ajouter et puis disparaître les cours à la carte et au choix, choisis parmi l’offre de NYBG. Ces « electives »  destinées à complémenter le savoir-faire des hortithérapeutes en devenir incluaient des modules de design floral, d’herboristerie, d’arboriculture, de la gestion de serre horticole, ou de l’illustration botanique. Cette obligation a été aujourd’hui supprimée afin de rendre la formation moins onéreuse en coût et en temps mais surtout pour inciter les uns et les autres à concentrer leurs efforts sur le cœur d’un programme déjà chargé.

Il aura donc fallu des refontes argumentées et somme toute justifiables avant de trouver un l’équilibre entre la qualité des enseignements pour une profession en pleine évolution et les qualités des candidats. Mais le pari a toujours été là : attirer des étudiants non conventionnels prêts à s’engager dans un métier lui-même tout aussi inhabituel.

Portrait-robot des étudiant(e)s

Le "conservatory" des NYBG

Le « conservatory » des NYBG

Aujourd’hui, la formation s’adresse à des étudiants « post Bachelors » –bac+4–   ayant déjà une première expérience professionnelle ou académique par ailleurs (qui équivaut au moins à une licence et/ou à des années passées dans l’exercice d’une activité validante, professionnelle ou bénévole). L’étudiant admis sur dossier et après entretien a déjà, pour la plupart, le visage de la profession aux Etats-unis. Selon une enquête menée en 2010 sur les hortitherapeutes pratiquant membres du AHTA (American Horticultural Therapy Association) qui affiche la volonté de représenter cette profession en développement aux Etats-Unis, les membres se dévoilent majoritairement, mais pas exclusivement, comme « mature » c’est-à-dire 45 ans+, en reconversion professionnelle, éduqués, féminins, appartenant à une catégorie ethnique. Mais là aussi on est en droit de s’attendre à des mutations! Le diplôme d’hortithérapie à NYBG bénéficie du fait très actuel et de haute importance que les cours ont depuis 2008-2009 une valeur d’équivalence. Cette formalité est essentielle dans un pays où les frais de scolarité universitaires sont élevés. (Pour mémoire, les frais d’inscription en hortithérapie avoisinent $6000). Actuellement on peut faire valoir les modules du NYBG contre des « crédits » universitaires standards transférables partout aux Etats-Unis.  Ceci ne manquera pas de faire évoluer le portrait type des hortitherapeutes qui passent par le jardin botanique.

A la recherche de profils variés et engagés

La carte des lieux

La carte des lieux

Un des premiers vrais atouts dans la formation à NYBG, on l’aura compris : les étudiants viennent d’horizons professionnels divers ayant déjà eu le temps d’accumuler des expériences de vie. Quand on se lance dans n’importe quel domaine d’accompagnement thérapeutique cela peut s’avérer être un avantage non négligeable. Mais quand on entame un enseignement comme celui-ci, chacun avec son style thérapeutique en devenir, le trésor des personnalités est précieux. On y trouve alors : l’animateur socio-éducatif comme le designer, le graphiste comme l’architecte paysagiste, une neuro-lesée ayant retrouvé ses fonctionnalités (permettant de suivre la formation) comme une grand-mère quittant la retraite pour mieux comprendre et accompagner son petit enfant autiste, l’historien comme le psychologue, le jardinier comme le doctorant en philosophie, le photographe comme un cadre du service des jardins publics remarquables, l’agent de la publicité comme la mère de famille suractive dans sa communauté, le traiteur bio en slow food comme l’éleveur de chevaux, l’infirmier comme l’artiste, l’institutrice comme le cadre en ressources humaines.  (J’ai mieux su déchiffrer la prise en charge et l’entretien téléphonique très long mais plein d’humour que j’ai passé avec la directrice du programme Phyllis d’Amico).

Lors de l’entretien d’admission et l’étude de dossier, on vérifie les preuves d’engagement dans la vie sociale ou dans les arts et sciences humaines. Le socle commun étant une vie menée dans l’interrogation et la mise en disponibilité du soi pour les autres. Mais le souci, lors du recrutement semble aussi se porter sur les «abilities », une fibre innée, des élans non appris, insaisissables, plutôt qu’uniquement sur les connaissances ou une technicité déjà disponible ou encore à acquérir. La mise à plat, et ensuite la remise à niveau pour tout le monde commence ainsi, à partir de ce « aha », pour reprendre un terme de l’histoire des jardins, chose inattendue dans le paysage de la vie des candidats qu’on ne s’attend pas à voir. Des individualités car on forme des thérapeutes.

Des enseignants issus du terrain

Dans les collections

Dans les collections

Le deuxième grand atout n’en est pas des moindres : les cours sont dispensés par des professionnels engagés. Il s’agit d’un corps enseignant ayant accumulé une grande expérience de 20 à 30 ans dans leur milieu, en situation clinique réelle ou par leurs interventions diverses, leurs publications, par leur création de fondation/d ‘association ou d’entreprise comme par la recherche ou leur participation à moult événements publics au nom de leur spécialité. En passant par Matt Wichrowski (hortithérapeute senior à Rusk et chercheur) ou Nancy Gerlach Spriggs (paysagiste), Gary Lincoff (botaniste) et Francisca Coelho (conservatrice en chef et spécialiste des plantes tropicales), on a un accès formidable car les enseignants sont disponibles et abordables. Il s’ensuit en corollaire que la confiance que l’on peut faire à cette équipe, malgré les cotés parfois excentriques de certains éléments –n’oublions pas qu’il s’agit de personnes de près ou de loin très ébahies par « la nature végétale» sous toutes ses formes extraordinaires, ce qui n’enlève rien à leur compétence ni à leur expérience– est totalement réfléchie dans la posture de l’administration pédagogique. Les cours sont inspectés et revus par l’organisme des études supérieures de l’Etat de New York et une université jumelée avec NYBG pour la formation. C’est ainsi que le gage de qualité fourni par le jardin botanique est doublé par une évaluation indépendante et extérieure. C’est également par ce biais que NYBG peut offrir des « crédits universitaires » en hortithérapie et figurer sur la liste des formations reconnues par la AHTA.

Le cursus

À quoi ressemble donc dans le détail le programme du certificat ? Et quelles sont les connaissances, les savoir-faire, les habiletés, et les techniques à acquérir ou développer ?

Aujourd’hui pour être certifié par NYBG en hortithérapie il faut :

  • 14 modules obligatoires (181 heures)
  • De l’observation clinique d’hortithérapie se faisant in situ (8 heures)
  • Un stage de 100 heures minimum avec rapport de stage

Les 181 heures s’articulent en gros autour de quatre pôles ou types de modules bien que la brochure du NYBG ne les présente pas sous cette houlette :

Sciences cliniques,

Sciences et arts horticoles,

Sciences ergothérapeutiques,

Développement professionnel

Les cours sont programmés afin de mieux servir les attentes des étudiants qui tendent pour la plupart à travailler et mener une vie de famille. Il s’agit d’adultes avec leurs contraintes par ailleurs. Et puis certains viennent de très loin, y compris de l’étranger. Dans cette optique, les cours ont souvent lieu le soir et/ou le week-end et se déroulent sur quelques semaines seulement. Les cours sont structurés de façon assez transparente. Il faut par exemple suivre certains enseignements avant d’accéder à d’autres selon une logique interne. Voir le programme en ligne.

La formation du NYBG peut se faire en une année, parfois commencée pendant les sessions d’été en intensif. Mais avec les aléas de la vie et du temps, ou dans le cas où il n’y ait pas assez d’élèves ou bien trop, il peut arriver que certains cours, offerts qu’une ou deux fois par an, nous passent sous le nez. La plupart des élèves mettent deux ans au moins à achever le certificat. La flexibilité n’est tout à l’honneur du programme. On accumule les modules sur plusieurs saisons. Ce qui fait sens pour la modalité qui est la nôtre.

Module par module

Le bâtiment principal

Le bâtiment principal

En ce qui concerne le format des modules, ils sont en partie magistraux, reposant sur l’exposé de l’enseignant, des supports multimédia, le partage d’articles venus de journaux scientifiques lus et préparés pour les discussions participatives, mais aussi des simulations et des jeux de rôle. Il y a des cours comme celui qui traite de l’analyse des activités (« activity analysis ») qui n’accueillent que les candidats au diplôme d’hortithérapie. D’autres cours, comme la botanique, sont partagés avec les autres filières enseignées à NYBG. Les évaluations en continu sous la forme de petits devoirs sur table chaque semaine incitent à la maîtrise des informations ; les devoirs à rendre d’une semaine à l’autre mettent en exergue notre capacité d’intégration et de réflexion critique, voire de créativité.

À la fin de chaque cours, il y a soit un examen de fin de cours et/ou un projet de recherche. Il y a de quoi faire. Mais on en retire que ce que l’on y met. Il est prévu que les élèves aillent de l’avant et commencent à circuler : à travers les recherches se faisant dans le domaine, à adhérer aux associations locales d’hortithérapie, à faire les premières démarches de stage ou de bénévolat, à étancher toute soif en botanique avancée, les ressources du jardin sont là pour cela. D’ailleurs quand le propos s’y prête, les cours ont lieu dehors. Il y a les collections des grandes serres comme les parterres et collections en extérieur remarquables. À cela s’ajoute une bibliothèque de recherche agréable, praticable et achalandée. En conclusion, une infrastructure de qualité à portée de mains, et aux portes de la ville de New York.

Dans un deuxième volet, on passera en revue les quatre pôles du certificat.

Tamara Singh

Tamara Singh : une hortithérapeute certifiée débarque en France

Une activité bouturage dans une école à New York.

Une activité bouturage dans une école à New York.

Quel plaisir d’être contactée par Tamara il y a quelques jours ! Je bouleverse un peu mon « calendrier éditorial » pour vous la présenter de toute urgence alors qu’elle est en train de faire ses bagages à New York pour venir s’installer à Paris. On sent que la communauté française va s’enrichir d’une nouvelle membre, formée et forte d’une expérience américaine très intéressante.

Pour donner une idée de son riche parcours, commençons par son arrivée à Paris en provenance d’Amsterdam pour étudier à Sciences Po, puis sa bifurcation vers le DEA “Jardins paysages territoires” à la Sorbonne, programme créé par Bernard Lassus. Puis direction Londres pour étudier l’art végétal et floral à la London University for the Arts. Là, elle anime des ateliers de deux ou trois jours avec des enfants pour leur parler de notre énorme dette envers les plantes, leur apprendre des techniques de tissage (elle a aussi étudié l’anthropologie) et construire avec eux des huttes en saule. Dont au moins une survit encore dans une cour d’école londonienne.

Destination suivante, New York où elle suit la formation du New York Botanical Gardens : un programme accessible aux détenteurs d’une licence minimum de 189 heures de cours suivis d’un stage supervisé avec rapport de stage. La voilà donc hortithérapeute certifiée et membre de l’American Assocation of Horticultural Therapy. Pendant presque trois ans, elle travaille dans deux hôpitaux new-yorkais avec les thérapeutes du Rusk Institute of Rehabilitation et au fameux Glass Garden, promis à la démolition et prématurément détruit par l’ouragan Sandy. Tamara travaille notamment aux côtés de Matt Wichrowski, pilier de l’AHTA chargé de la recherche que je vous avais présenté l’année dernière.

Rebond après la disparition du Glass Garden

Dans les couloirs de l'hopital NYU Langone Tisch en cardiologie.

Dans les couloirs de l’hopital NYU Langone Tisch en cardiologie.

« Depuis l’ouragan Sandy et la fermeture de la serre, le programme est très différent et presqu’entièrement basé dans les wards (les salles de l’hôpital). La présence dans les unités médicales a permis d’autres percées and a rendu l’hortithérapie visible d’une façon nouvelle dans le milieu médical », affirme Tamara. Leçon de réaction positive à l’adversité, s’il en est. D’ailleurs l’utilisation de l’espace, intérieur ou extérieur, est une différence entre la France et les Etats-Unis d’après ses premières observations. « Dans les hôpitaux new-yorkais construits dans les années 50-70, il n’y a pas d’espace dehors. On amène tout ce qu’il faut pour les résidents. Ca n’empêche pas de monter un programme d’hortithérapie. Maintenant on peut accepter des gens plus « compromis » qui ne pouvaient pas descendre au jardin. En France, la discussion est toujours autour d’un espace extérieur. »

« Les hortithérapeutes ne sont pas des animateurs »

Amener l'activité au plus près des patients parfois immobilisés

Amener l’activité au plus près des patients parfois immobilisés

« A Rusk, je travaille avec des neuro-lésés pour les aider à récupérer leurs moyens et pallier les déficiences. On peut travailler la motricitié, le visuel, la mémoire, la problématisation. Je travaille aussi avec des patients souffrant de troubles cardio-vasculaires, des enfants opérés, des enfants en oncologie, des personnes âgées atteintes ou pas de la maladie d’Alzheimer. Ce sont en général des groupes de 45 minutes à une heure. Il y a aussi des projets dans la communauté, dans des centres pour personnes âgées ou pour jeunes », décrit Tamara. Et la thérapie dans tout cela ? « Nous faisons un travail d’équipe pour établir les objectifs de chaque patient et les changer en fonction de leurs progrès. Nous ne sommes pas des animateurs, mais des thérapeutes. A nous de trouver les activités en rapport avec les objectifs. Nous travaillons beaucoup avec les ergothérapeutes et les physiothérapeutes dans des situations de « cotreat ». Parfois, c’est plus social. » Un travail d’évaluation de chaque patient et de chaque séance fait partie intégrante du processus.

Peu d’hortithérapeutes américains, dans l’expérience de Tamara, travaillent à temps plein. Tous ont des activités à côté. La plupart continue à se former. « Nous sommes une profession jeune, il faut être au fait de la recherche pour améliorer les activités. Il faut aussi comprendre que chaque séance d’une heure peut prendre 2 ou 3 heures de préparation. »

Conseil de lecture

Avec de jeunes femmes handicapees du WID (womens initiative for disability) du NYU langone medical center.

Avec de jeunes femmes handicapees du WID (womens initiative for disability) du NYU langone medical center.

« M’apprêtant à rentrer à Paris, forte de mes expériences cliniques auprès de cardiaques et de neuro lésés, gériatrie, pédiatrie, psychiatrie, la maladie de Huntington pour ne parler que de quelques populations suivies, je me demande sur quelles pistes me lancer. Pratiquer? Animer? Former d’autres? Retourner à la recherche? », m’avait écrit Tamara quand elle a pris contact fin novembre. Des interrogations bien légitimes. J’espère que la communauté française fera un accueil chaleureux à Tamara.

En guise de conclusion, Tamara nous recommande la lecture de tout récent The Glass Garden: A Therapeutic Garden in New York City, écrit par Gwenn Fried, Matthew Wichrowski et Nancy Chambers (aujourd’hui retraitée).