Heidi Rotteneder en reportage à Vienne

Je vous souhaite une très belle année 2020. Quel beau chiffre! 20/20 : l’année de la vision parfaite?

14670805_353151611685843_4962078669002735500_nNous avions déjà rencontré Heidi Rotteneder en juillet 2018 à travers ce billet. Quel plaisir ce fut d’apprendre il y a quelques mois que cette femme extraordinaire, diplômée en hortithérapie en Autriche ET aux Etats-Unis, s’installait à Grenoble avec sa famille ! Ce sera un moment fort de l’année de la rencontrer en personne dans quelques semaines lors de l’assemblée générale de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé qu’elle va rejoindre.

Profitons-en pour nous arrêter une minute sur cette assemblée générale programmée pour le vendredi 31 janvier à l’hôpital Théophile Roussel à Montesson (78). Voici la Convocation à l’AG de la FFJNS. Les curieux sont invités à se joindre à nous. Pour plus d’information, n’hésitez pas à nous écrire à contact@f-f-jardins-nature-sante.org

Egalement dans l’esprit du billet de Heidi, je vous signale la parution d’un livre écrit par Fiona Thackeray de Trellis en Ecosse : Plastic-free Gardening ou Jardiner sans plastique, tout un programme très logique.

Et maintenant la parole à Heidi qui nous rapporte ses impressions d’une conférence dédiée à l’hortithérapie à Vienne en décembre 2019. Merci à elle. 

Qu’est-ce qui rend l’hiver si spécial pour nous qui sommes attirés par les plantes, la nature et le jardinage ? Est-ce le changement fondamental dans notre environnement extérieur? Est-ce le calme et la tranquillité qui remplacent la saison automnale chargée? Les premières neiges et le froid? Ou est-ce la promesse que, sous la neige et les feuilles tombées, il y a une nouvelle vie, un nouveau départ qui attend le bon moment pour percer. Ce sont les réflexions que je me faisais alors que je me rendais de France à Vienne pour assister à la Conférence sur l’hortithérapie au Collège universitaire pour la pédagogie agraire et environnementale le mois dernier. J’étais très enthousiaste à l’idée de renouer avec mes estimés collègues ainsi que de rencontrer de nouvelles personnes qui travaillent dans le domaine de l’hortithérapie.

Jardins thérapeutiques et entretien durable

La journée a débuté avec l’orateur principal Katja Dienemann. Elle a présenté son travail en tant que coach nature. Le coaching nature est une méthode de conseil dans laquelle la nature joue un rôle important en soutenant les processus de résolution de problèmes et de prise de décision.

Après ce premier apport, il était temps pour moi aussi de prendre des décisions. Quels étaient les ateliers auxquels je voulais participer? Un choix difficile puisque le programme offrait beaucoup de sujets intéressants.

J’ai décidé de commencer par un sujet qui touche tous ceux qui travaillent dans la nature : « L’entretien durable des jardins en horticulture thérapeutique ». Doris Zeilinger, récemment diplômée en hortithérapie, a mené une étude sur l’utilisation et la connaissance des méthodes de jardinage durable chez les praticiens de l’hortithérapie. En commençant par quelques pensées et faits généraux concernant les multiples connexions de chaque élément dans la nature, ses conclusions nous ont encouragés à réfléchir sur les méthodes que nous utilisons dans notre propre pratique de jardinage ; comment nous pouvons les améliorer pour qu’elles soient plus durables et comment nous pouvons créer des environnements avec plus de diversité et ainsi améliorer leurs qualités soignantes pour nos clients. Doris avait une énigme pour nous : combien d’insectes – en kilogrammes – faut-il à une paire de mésanges pour nourrir ses bébés jusqu’à ce qu’ils soient adultes ? Doris a apporté des sacs de grains qu’elle a versés sur le sol pour montrer la taille de la pile d’insectes nécessaires pour nourrir leurs petits pendant une saison.

En versant, elle nous a fait deviner combien de kilos sont nécessaires – la plupart d’entre nous ont deviné quelque chose entre 10 et 20 kilos. Nous avons tous été surpris d’apprendre qu’un couple de mésanges donne jusqu’à 50 kilogrammes d’insectes à leurs oisillons pendant une saison. Le tas de grain que Doris a versé pour nous était vraiment impressionnant. Nous avons réalisé à quel point notre réseau alimentaire écologique est fragile et à quel point notre rôle dans le soin de la biodiversité est important. L’atelier a été complété par une opportunité de tester nos connaissances sur la connection entre les bons et les mauvais insectes, ou de construire une simple mangeoire à oiseaux ou un hôtel à insectes dans une boîte de conserve.

Hortithérapie et traumatismes de guerre en Bosnie-Herzégovine

Après ces idées très pratiques, j’ai eu la chance d’obtenir une place pour l’atelier de Mme Branka Antic-Stauber. Elle est à la tête de l’association « Snaga žene » (le pouvoir d’une femme) en Bosnie-Herzégovine. Au cours de son atelier extraordinaire, j’ai eu la chance de découvrir une organisation qui utilise la thérapie horticole dans son travail avec les femmes qui ont subi de multiples traumatismes pendant la guerre dans les années 1990. Snaga žene est située à Srebrenica et dans plusieurs autres villes de Bosnie-Herzégovine. C’était très instructif d’entendre comment l’association a commencé son travail en utilisant des méthodes thérapeutiques établies pour aider les femmes et comment les résultats n’étaient pas du tout satisfaisants. Les thérapeutes se désespéraient car, malgré leur engagement, la vie des femmes ne s’améliorait pas du tout. Après un certain temps, les thérapeutes ont réalisé quelque chose qui a conduit à un changement dans leur approche. Toutes les femmes se trouvaient dans un état mental et médical difficile. Elles étaient pauvres, n’avaient pas de travail, leurs maisons étaient détruites, elles avaient perdu des membres bine-aimés de leur famille et elles avaient subi des cruautés incroyables, mais elles avaient une ressource incroyable : les femmes avaient leur propre terre et elles savaient comment travailler avec elle. L’association a commencé à créer des serres et a aidé à restaurer les champs. Les femmes ont été encouragées à cultiver des plantes médicinales et des légumes à grande échelle.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est cvijetna_dolina40.jpgAvec le temps, l’association a développé un système de soutien holistique qui reconnaît la femme avec tous ses besoins. Aujourd’hui, l’association offre non seulement un soutien psychologique, mais aussi un soutien médical, juridique, économique et social. Ce système de soutien est appelé « Système Thérapeutique Ecologique ». Dans 72 serres productives et dans des champs, on cultive la lavande, le calendula et d’autres plantes médicinales. Un réseau de différentes professions soutient les femmes dans leurs efforts pour transformer et vendre leurs produits et ainsi améliorer leur vie. L’association a mené une étude qui montre comment l’utilisation de la thérapie horticole a amélioré la vie des personnes vivant dans ces communautés touchées par la guerre. Vous trouverez plus d’informations ici.

Atelier appliqué dans la nature

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Katja Dienemann

Après toutes ces heures passées à l’intérieur, j’ai pris l’occasion de prendre l’air et d’essayer certaines des méthodes de coaching nature de Katja Dienemanns. Nous nous sommes promenés dans le beau jardin de l’école et Katja nous a guidés dans notre voyage intérieur. Dans un exercice, Katja nous a encouragés à laisser la nature nous approcher au lieu de marcher activement dans la nature. Cela ne semble pas être une si grande chose, mais j’ai réalisé à quel point cela a changé ma perspective. Je n’approchais pas activement la nature, mais je devais attendre que la nature vienne vers moi. C’était tout un défi, mais cet exercice a aussi fait place à de nouvelles pensées et à de nouveaux points de vue. C’était vraiment impressionnant pour moi de me rendre compte à quel point la nature peut m’aider à me concentrer et à trouver de nouvelles idées si je prends le temps de m’y engager pleinement. Katja a une très bonne page d’accueil où vous pouvez trouver plus d’informations.

Ce dernier atelier m’a donné l’occasion de découvrir de nouveaux outils utiles pour mon propre travail et en même temps de réfléchir sur une journée qui a été remplie de tant d’expériences et de rencontres nouvelles et enrichissantes. Sur le chemin du retour en France, je me sentais à la fois bénie et fatiguée. J’avais l’impression que les expériences que j’avais faites ce jour-là subissaient une transformation similaire à celle que la nature subit en hiver. Elles se retiraient et prennaient des forces pour être prêtes à germer lorsque les conditions seraient favorables. 

 

 

Heidi Rotteneder : une hortithérapeute certifiée des deux côtés de l’Atlantique

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Heidi Rotteneder est hortithérapeute en Californie après une formation en Europe.

« My name is Heidi Rotteneder, I’m an HTR working in the Bay Area and I’m a member of the Horticultural Therapy Association of California. We are a group of Northern Californian Horticultural Therapists forming a new networking group for people working in this field….We organize network meetings, where we share our experiences, exchange ideas and discuss the progression of the profession. We also have created a Google group to share information and ideas. » Quand j’ai reçu ce message électronique de Heidi il y a quelques semaines, en tant qu’ancienne étudiante du Horticultural Therapy Institute, j’ai été intriguée en réalisant grâce à un rapide tour sur LinkedIn que Heidi était une hortithérapeute formée en Autriche et qu’elle travaillait dans la même clinique que Suzanne Redell près de San Francisco. Quelques jours plus tard, nous étions en train de discuter sur Skype.

« Cela faisait 15 ans que j’étais travailleuse sociale en Autriche. Je travaillais avec des adultes connaissant des problèmes financiers et d’autres problèmes. Je me suis rendue compte que je n’avais pas envie de faire toute ma carrière dans un bureau. Ayant grandi dans un milieu rural avec des grands-parents paysans, je ressentais l’appel de la nature. Je jardine depuis toujours », commence Heidi. « En Autriche, j’avais entendu parler de l’hortithérapie, un peu par accident. Mais j’ai vraiment appris qu’on pouvait se former en 2010 et je me suis lancée en 2013. » La formation qu’a suivie Heidi est une collaboration entre deux institutions universitaires : l’Université du Danube Krems qui est spécialisée dans la formation continue et le Collège universitaire pour la pédagogie agraire et environnementale. On peut trouver des informations sur leur programme conjoint en anglais et en allemand (plus détaillé). « Pour postuler, il faut déjà avoir un diplôme dans le domaine des sciences sociales, de la santé ou de l’horticulture. Les cours ont lieu un weekend par mois pendant deux ans. J’ai ensuite rédigé un mémoire final et j’ai effectué un stage de 150 heures dans plusieurs endroits », explique Heidi.

« Les cours sont un mélange de concepts en éducation, en sciences sociales, en horticulture et en santé. Pour mes stages, j’ai travaillé dans un accueil pour les réfugiés. Ils avaient chacun leur lopin de terre pour cultiver des plantes de chez eux et des plantes qu’on trouve en Autriche. Le deuxième stage était dans un programme résidentiel auprès d’adolescents et d’adultes souffrant de problèmes de santé mentale avec une composante de formation car ils devaient travailler soit dans la cuisine, soit dans le jardin pour produire des ingrédients pour la cuisine. De plus, j’ai créé un jardin dans un foyer pour enfants avec un processus participatif entre les aidants et les enfants. » En juin 2015, Heidi termine sa formation.

Go west, young woman

Et en août 2015, elle déménage avec sa famille en Californie où son mari vient de trouver un travail dans la Silicon Valley. « C’était un peu effrayant car j’étais nouvelle dans ce métier, il y avait la barrière de la langue et je ne connaissais personne. » Assez vite, Heidi rencontre Suzanne Redell qui l’aiguille sur la voie de la certification américaine pour qu’elle obtienne le titre de HTR (Horticultural Therapist Registered). Elle se lance dans cette certification : il lui faut valider 480 heures de stage qu’elle effectue au Cordilleras Mental Health Center dans la ville de Redwood City et suivre des formations complémentaires en horticulture qu’elle suit au Foothill College. C’est un peu un parcours du combattant car l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) ne lui fournit pas d’information précise. En parallèle, Heidi a également obtenu une certification en Europe à l’IGGT, l’équivalent allemand de l’AHTA, car elle est persuadée qu’elle reviendra un jour…

IMG_2791« Aujourd’hui je travaille toujours à Cordilleras avec un groupe de passionnés d’hortithérapie. Suzanne et moi sommes toutes les deux HTR, une autre personne est en cours de certification et il y a une stagiaire » Car depuis 2012 quand j’avais évoqué ce programme et son démarrage ici, il a pris de l’importance avec le soutien de la direction. A l’époque, Suzanne intervenait trois jours par semaine auprès de deux groupes. Aujourd’hui, le programme fonctionne tous les jours avec des activités de groupe et/ou des séances individuelles. Les hortithérapeutes forment une équipe avec les ergothérapeutes et les travailleurs sociaux. Tous les résidents peuvent intégrer un groupe. Pour les séances individuelles, l’équipe a mis en place un système de recommandation. En tout état de cause, les hortithérapeutes sont au courant du diagnostic et des objectifs de chaque patient.

Heidi travaille le plus souvent avec des patients dans les unités fermés où ils sont hospitalisés entre trois et six mois. Ses patients ont reçu des diagnostics de personnalité borderline, de schizophrénie ou d’autres troubles psychiques. Ils arrivent dans un état stabilisé, parfois après un passage dans un hôpital public, même si de nouvelles phases aiguës peuvent les ramener à l’hôpital. « Un objectif peut être de terminer une activité pendant la séance, en les aidant à se concentrer, à avancer pas à pas et à finir. On peut aussi avoir pour objectif qu’ils aient une réflexion sur l’activité pour développer leurs capacités à s’exprimer et à interagir socialement », explique Heidi. En plus de ce travail à Cordilleras, Heidi accompagne des jeunes adultes qui ont différentes difficultés dans une activité de jardinage. C’est le programme SNAP (Redwood City Special Needs Program).

La volonté de rassembler les hortithérapeutes

Quant au groupe de professionnels qu’Heidi cherche à étoffer, il s’agit d’un groupe que Suzanne et d’autres hortithérapeutes de longue date avaient envie de relancer. « Nous nous rencontrons, notre prochaine rencontre est d’ailleurs en septembre. Nous voulons nous apporter du soutien, développer des outils professionnels et partager nos expériences. » La Californie avait à une époque un gros contingent de membres de l’AHTA. Mais il faut de nouvelles énergies parfois pour relancer les choses. « Les hortithérapeutes travaillent le plus souvent dans des institutions où ils sont seuls. Je ne connais pas d’autres endroits que Cordilleras qui emploient plusieurs hortithérapeutes. Ils ont donc besoin d’échanger », constate Heidi.

« Le mouvement pour se reconnecter à la nature est fort en ce moment », se réjouit-elle. « Mon rêve serait de créer une ferme thérapeutique avec des animaux, des légumes, des fleurs. J’aimerais travailler avec différents groupes. Cela pourrait être n’importe où, le futur est imprévisible. » Avec sa double certification aux Etats-Unis et en Europe, Heidi est dans une position unique d’aider des personnes qui souffrent et de faire avancer cette jeune profession. Ayant géographiquement fait le chemin inverse de Tamara Singh, Heidi a beaucoup à apporter à l’hortithérapie. Peut-être la retrouverons-nous un jour de ce côté de l’Atlantique…