L’équilibre du jardinier de Sue Stuart-Smith : un livre pour nourrir votre esprit

Sorti en avril 2020 en Angleterre et dans 15 langues depuis, L’équilibre du jardinier : renouer avec la nature dans le monde moderne est tombé à pic. Confinés, nous redécouvrions avec émerveillement l’enchantement de la nature et en creux un sentiment de perte pour ceux qui avaient laissé le lien se délier. 

Dans cet excellent livre, la psychiatre anglaise Sue Stuart-Smith nous livre son expérience personnelle de jardinière vivant au rythme de son jardin avec son mari paysagiste, mais aussi de touchants témoignages de personnes fragilisées et requinquées par la nature ainsi que la richesse des recherches et théories scientifiques. Un livre qui parle à tout le monde sur un ton accueillant et enrichissant, un livre qui m’a touchée chapitre après chapitre et m’a laissée remplie d’enthousiasme.

Je vous propose une découverte en deux temps : une interview de Sue Stuart-Smith et une sélection de mes passages préférés de son livre. Histoire de vous donner envie de le découvrir en entier.

La parole à Sue Stuart-Smith

Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir de discuter avec Sue de son livre, des retombées de sa publication, de sa passion pour les jardins, de ses projets.

Le livre et l’après. « Ce livre réunit deux aspects de ma vie. Il met en avant le jardinage et ses aspects thérapeutiques.  Mais je voulais aussi qu’il soit agréable à lire sans donner au lecteur le sentiment d’être sermonné.

Pour les personnes impliquées dans des projets de jardinage thérapeutique, le livre est une confirmation de ce qu’elles font. Il leur donne de la crédibilité. Il fournit également des preuves pour ceux qui cherchent des financements pour leurs projets. J’ai également parlé à des lecteurs qui n’étaient pas des jardiniers. Ils m’ont dit : « Je n’avais jamais jardiné auparavant, mais maintenant je sème des graines ».

Depuis la publication du livre, j’ai parlé à de nombreux groupes dans le monde entier par visioconférence : des psychiatres en Allemagne, des étudiants en horticulture et en hortithérapie en Chine, des clubs de jardinage et des professionnels de la santé au Royaume-Uni. J’ai prévu de rendre visite à une société de jardinage australienne travaillant avec des jeunes en 2023. Et aujourd’hui même, j’ai rencontré des personnes d’un jardin communautaire près de chez moi qui sont venues voir notre projet dans notre verger à Serge Hill. »

Les projets en cours. « Le projet Serge Hill est de construire un centre dans notre verger pour des conférences et des événements, pour les écoles locales. En raison du confinement, nous avons plusieurs mois de retard. Mais nous avons pu faire pousser des légumes et les offrir aux familles de notre petit hameau. Nous avons également reçu un patient en traitement contre le cancer. Mon mari a déménagé son studio de design de Londres pour travailler ici. »

La place de la nature dans la santé, une bataille d’actualité. « Certaines personnes veulent sans doute se précipiter pour retrouver la vie d’avant. Ce sera un processus complexe. L’une des bonnes choses de cette situation est un éveil au monde naturel. Au Royaume-Uni, nous sommes devenus conscients de l’énorme différence en matière de santé mentale si les gens ont accès à un jardin ou pas. Une personne sur huit n’a pas de jardin. Les parcs sont bondés. Il y a une énorme pression pour l’urbanisme et le développement. J’espère que mon livre pourra aider les gens à faire campagne et à faire passer le message. Nous pouvons changer les choses si nous accordons de l’importance à la nature.

Le NHS ne donne pas beaucoup de fonds, mais le département de la santé encourage les médecins de famille à utiliser la « prescription verte ». La « prescription sociale », comme le bénévolat ou l’adhésion à une chorale, était déjà acceptée. On assiste maintenant à une évolution vers la « prescription verte ». C’est un pas dans la bonne direction. Nous pouvons boucler la boucle : des groupes de personnes travaillant avec des organisations caritatives dans des parcs ! »

Explorons L’Equilibre du jardinier 

Chapitre 1. Au commencement

« Comme un temps suspendu, l’espace protégé du jardin permet à notre monde intérieur et au monde extérieur de coexister, libérés des pressions du quotidien. En ce sens, les jardins nous offrent en entre-deux, espace de rencontre possible entre notre être le plus intime, le plus imprégné de rêves, et le monde physique réel. Ce brouillage des limites correspond à ce que le psychanalyste Donald Winnicott a qualifié d’ « espace transitionnel » » (p. 25).

« L’investissement affectif et physique qu’entraine le travail consacré à un lieu affecte à terme le sens de l’identité…C’est au psychiatre et psychanalyste John Bowlby que l’on doit dans les années 1960 les premiers travaux sur la théorie de l’attachement…Pour Bowlby, l’attachement était « le fondement » de la psychologie humaine….L’attachement au lieu et l’attachement aux personnes relèvent d’un même processus évolutif et sont tous deux spécifiques à chaque individu » (p. 26-27).

Chapitre 2. Nature verdoyante et nature humaine

Grace souffre de dépression et d’anxiété suite à une série d’événements douloureux dont le point culminant a été la mort de sa mère. Elle a rejoint un groupe de jardinage thérapeutique sur les conseils de son psychiatre. C’est dans ce groupe que l’auteure la rencontre et Grace lui décrit les bienfaits qu’elle ressent au jardin. « Il n’y a pas d’agitation. Cela m’apaise…Je ne me suis jamais sentie comme cela – au jardin, je vis dans un autre monde… ». Quand elle souffre d’anxiété, elle pense au jardin. « C’est comme si, dans ma tête, j’avais un coin tranquille » (p. 46-49).

Des signes encourageants pour l’hortithérapie en Angleterre : l’Oxford Textbook of Nature and Public Health estime que « pour une livre d’investissement dans un projet horticole, le NHS pourrait en économiser cinq en dépenses de santé » (p. 50) et « la revue British Journal of Psychiatry en 2018 a ouvert ses pages pour la première fois à un essai de thérapie par l’horticulture, ce qui indique que le jardinage gagne en crédibilité dans les milieux médicaux traditionnels. » (p. 51). « Et malgré toute leur importance, ces recherches scientifiques ne sauraient refléter tout l’éventail des effets thérapeutiques de l’hortithérapie. Le jardinage a pour singularité d’englober les aspects affectifs, physiques, sociaux, professionnels et spirituels de l’existence » (p.  51).

Un exemple anglais décrit dans le livre à découvrir en ligne : Bridewell Gardens.

Chapitre 3. Les graines de la confiance en soi

L’auteure a visité des prisonniers qui jardinent. Ecrasé par des sentiments d’échec et de honte, Samuel ressent pour la première fois de la fierté en faisant pousser une courge et retrouve un rapport avec sa mère qui n’est pas fait de préoccupation pour lui (p. 58). Un autre prisonnier explique que le jardin met radicalement les gens à égalité, que « travailler la terre, cela semble créer un lien authentique entre les gens, loin des affectations et des préjugés qui caractérisent tant de relations entre les êtres humains » (p. 67). Elle a aussi rencontré des jeunes qui participent au projet Growing Options de Thrive et retrouvent « la joie d’être la cause créatrice » (p. 77).

« Quand nous semons une graine, nous plantons le récit d’un futur possible. C’est un acte d’espoir. Toutes les graines semées ne vont pas germer, mais c’est rassurant de savoir que l’on a mis des graines dans le sol » (p. 78).

Chapitre 4. Quand le vert est sérénité

« Le genre de lien qui nous attache aux arbres est l’inverse de celui qui nous attache aux jeunes plants, tout petits. C’est tellement plus petit que nous, une plantule, que nous nous occupons d’elle et la protégeons, mais, à l’abri d’un arbre, c’est nous qui sommes les tout-petits et qui pouvons nous appuyer sur lui, qui est si fort » (p. 95).

Après avoir parlé avec des soldats souffrants de SSPT et rencontrés à l’association Thrive, « je sentais que le jardin l’avait aidé à retrouver quelque chose d’intact au fond de lui. Qu’il ait été à même de renouer avec la nature dans ses souvenirs d’enfant par le biais de son expérience actuelle, c’était le signe que sa perception de lui-même gagnait en intégration et qu’il recouvrait son identité » (p. 99). On visite aussi le jardin Nacadia au Danemark et on évoque l’usage de l’hortithérapie dans la clinique de Karl Menninger avec des soldats de la Seconde Guerre mondiale.

Chapter 5. La nature en ville

« Comme dans d’autres démarches artistiques, l’art du jardinage peut être une réponse à une perte. La création d’un jardin est autant une re-création qu’une création, celle d’une vision du paradis, d’un endroit qui nous relie à un paysage que nous avons aimée et qui nous console d’avoir été séparés de la nature » (p.102).

« Une des meilleures descriptions des bienfaits procurés par la verte nature est due au paysagiste Frederick Law Olmsted, créateur de Central Park à New York. « Si nous considérons la relation intime de l’esprit avec le système nerveux », écrit-il au milieu du XIXe siècle, alors il est facile de comprendre comment il se fait qu’un beau paysage naturel «occupe l’esprit sans le fatiguer tout en l’engageant, le tranquillise tout en l’éveillant et, l’esprit influençant le corps, procure ainsi un repos bienfaisant qui revigore l’être » (p. 105).

« Quand nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se déplaçaient dans la forêt, leur sécurité dépendait de leur réceptivité et de leur attention de tous les instants à l’environnement. Il y a des raisons évolutives pour lesquelles se trouver dans la nature fait oublier les pensées anxieuses au profit d’un état d’esprit à la fois détendu et alerte : se perdre dans le processus récursif de la rumination n’est pas une bonne stratégie pour survivre » (p. 111).

L’auteur rencontre Francis qui souffre de schizophrénie. « En jardinant, il avait acquis ce qu’il appelait « une compréhension plus profonde de la vie » et il s’était habitué « au fait que tout passe ». Il avait aussi arrêté de se fâcher si fort contre lui-même. Il avait toujours été plutôt brouillon et désorganisé, mais son comportement dans le jardin était différent : « On ne peut pas faire ça ici, parce que le jardinage, c’est justement une question d’organisation. Si vous ne vous occupez pas des plantes, elles dépérissent et elles meurent »…« Je suis plus présent à la vie maintenant – loin du fracas.» » (p. 118).

« Le bon sens suffit pour se douter que l’air frais, la lumière naturelle, l’exercice physique et l’accès à des lieux verdoyants et calmes vont améliorer la santé des citadins. Pourtant notre éloignement de ces éléments naturels est tel que nous avons besoin de preuves scientifiques pour être convaincus de leurs effets positifs » (p. 121).

Chapitre 6. Racines

Après avoir parlé des origines de l’agriculture et des jardins, Sue Stuart-Smith tire des parallèles des relations de collaboration dans la nature. « Nous avons tendance à croire la nature régie par des relations prédatrices ; or le monde naturel regorge de collaborations qui parfois s’apparentent étonnamment au jardinage » (p. 129). Je dois passer trop rapidement sur les femmes Achuar en Amazonie qui accouchent dans leur jardin, sur l’influence de la colonisation sur l’environnement naturel, sur le mythe sumérien racontant l’histoire de l’art du jardinage avec « le péché mortel du jardinier » qui s’applique aussi à notre époque 5 000 ans plus tard et jusqu’à Carl Jung qui estimait que « Chaque être humain devrait avoir un bout de terre pour permettre à ses instincts de revivre » (p.  147).

« Jardinier, c’est toujours compter avec des forces qui nous dépassent. Nous avons beau laisser notre empreinte sur un lieu, l’adapter à nos besoins – de quelque manière que nous définissions ceux-ci – le jardin est un être vivant qui n’appartient qu’à lui-même et que nous ne pouvons totalement contrôler. Le lien entre lui et nous s’exprime par une influence réciproque qui nous façonne autant que l’inverse : c’est un processus qui m’apparaît maintenant comme la croissance mentale du jardinier » (p. 148).

Chapitre 7. Le pouvoir des fleurs

L’exemple thérapeutique choisi dans ce chapitre est celui de Renata,  une jeune femme rencontrée dans un programme italien de désintoxication. Elle fait pousser des fleurs et parvient à dépasser sa haine soi et sa perte d’attachement à la vie, en particulier en s’attachant à des plants de cactus malades dont elle prend soin (p. 368-373). 

Chapitre 8. Solutions radicales

Synergie entre tisserands déracinés et plantes transplantées dans l’Angleterre du 19e siècle, organisation de floralies comme de brèves immersions dans la beauté aux débuts de l’ère industrielle. Avec Carl Jung à la rescousse : « Nous avons tous besoin de nourrir notre psyché, ce qui est impossible dans des immeubles urbains sans un coin de verdure ou un arbre en fleur » et encore « Je suis pleinement convaincu de la nécessité pour l’existence humaine d’être enracinée dans la terre » (p. 179).

Ce chapitre est dédié aux expériences actuelles de végétalisation en ville : le démarrage des Incroyables Comestibles en Angleterre, la ferme urbaine d’Oranjezicht en Afrique du Sud, Bronx Green Up, Windy City Harvest à Chicago,…

Chapitre 9. La guerre et le jardinage

Sue Stuart-Smith relate l’histoire des « jardins de tranchées », des deux côtés, dans la bataille de la Somme pendant la Première Guerre mondiale. Des potagers, mais surtout des jardins de fleurs. D’abord spontanés comme des instincts de survie, puis repris par la hiérarchie militaire comme moyen de subsistence. 

« Toutes les valeurs incarnées par le jardin rejettent la guerre, ce qui amène l’historien Kenneth Helphand à voir en eux les porteurs d’un message pacifiste. C’est ce qu’il écrit dans Defiant Gardens (Les jardins rebelles) : « La paix n’est pas simplement l’absence de la guerre, c’est une attitude positive etdéterminée…. Le jardin n’est pas simplement une retraite et un répit, mais la formulation d’un mode de vie, un modèle à suivre » (p. 209). Une idée que l’on retrouve dans les jardins de l’hôpital de Craiglockhart où sont envoyés les soldats blessés, pour un traitement qui reposait sur la croyance au pouvoir thérapeutique de la nature. L’auteure raconte ensuite l’histoire de son grand-père Ted, engagé dans la Première Guerre mondiale et fait prisonnier dans des conditions traumatiques, lui aussi soigné par le pouvoir du jardin à son retour.

Chapitre 10. L’hiver de la vie

« Le poète Kunitz commença à travailler dans une ferme voisine. Labourer la terre, écrit-il, crée un lien entre le moi et « le reste du monde naturel ». Les cycles de la croissance et de la décomposition végétale lui firent comprendre pour la première fois « que la mort est absolument indispensable à la continuation de la vie sur notre planète»» (p. 234). Au jardin, on ne peut pas ignorer que les plantes meurent. 

Diana Athill est une écrivaine qui commença à jardiner après 60 ans et s’installa à 90 ans passés dans une maison de retraite où elle continua à jardiner. « Athill ne prétendait pas qu’il fût simple de devenir très âgée, loin de là, mais les fleurs et les arbres lui offraient une forme de plaisir qui pouvait subsister, contrairement à beaucoup d’autres dans l’extrême vieillesse » (p. 237). Ou encore : « Les contraintes de l’âge et de la maladie limitent la possibilité de faire de nouvelles expériences, mais dans le cadre du jardin, plus on regarde de près, plus on découvre » (p. 245). L’exemple de la fin de vie de Freud, dans un jardin anglais, est très touchant et je vous laisserais en faire la découverte.

« Nos différentes représentations symboliques de la mort déterminent la peur ou l’absence de peur qu’elle nous inspire, et notre capacité ou non à percevoir la fin de la vie comme naturelle. Depuis toujours, dans toutes les cultures, les plantes et les fleurs influencent notre compréhension de la vie et de la mort ; elles structurent notre pensée en éloignant de nous la peur et le désespoir. Nous pouvons encore et toujours compter sur le retour annuel du printemps et, puisque tout ne meurt pas avec notre mort, nous pouvons nous dire que la bienfaisance terrestre continue. C’est le réconfort que nous offre le jardin avec le plus de ténacité » (p. 253).

Chapitre 11. Le temps du jardin

« Le jardin est un lieu qui nous ramène aux rythmes biologiques fondamentaux de la vie. Le tempo de la vie et celui des plantes ne font qu’un ; nous voilà forcés de ralentir, tandis que le sentiment d’être protégés dans un lieu enclos et familier nous aide à adopter un état d’esprit plus propice à la réflexion. Le jardin nous offre aussi un récit cyclique. Les saisons reviennent, c’est le retour de ce que nous connaissons, encore que certaines choses changent, tandis que d’autres sont identiques. La structure du temps saisonnier est réconfortante, elle est plus charitable pour la psyché : elle vous permet d’apprendre car vous avez droit à une seconde chance. Si ça ne marche pas cette année, vous savez que vous pouvez toujours réessayer l’an prochain au même moment » (p. 259).

On découvre dans les jardins d’Alnarp un programme pour des victimes du burn out et on rencontre Joahn Ottoson, victime d’un accident de vélo qui a écrit un article scientifique sur l’importance de la nature pour gérer une crise. Car « le jardinage peut se comprendre comme un remède spatio-temporel. Le travail au grand air nous aide à développer notre espace mental et les cycles biologiques des plantes peuvent modifier notre relation au temps » (p. 268).

« La lenteur n’implique pas dans ce contexte de faire les choses plus lentement. Quand on souffre d’épuisement au travail et de dépression, on ralentit son rythme considérablement sans aller forcément mieux pour autant. La lenteur qu’il s’agit de cultiver fait entrer dans une relation vivante avec le présent. C’est une telle expérience qu’a vécue Carl Jung dans la tour de Bollingen, sur la rive du lac de Zurich. Là-bas, sans électricité, il vivait selon les rythmes naturels, écrivant le matin, puis allant travailler dehors après une sieste, s’occupant de son carré de pommes de terre et de son champ de maïs et coupant du bois. Pendant la guerre, il cultiva un plus grand terrain, faisant pousser des haricots, du blé, et des pavots pour produire de l’huile, en plus du maïs et des pommes de terre. Ces activités le délassaient toujours et lui redonnaient des forces – « Car ce sont le corps, les émotions, les instincts qui nous relient au sol ». En s’ancrant dans la nature, il faisait l’expérience de l’interdépendance de tout ce qui forme le vivant : « J’ai parfois l’impression de me déployer dans tout ce qui existe, de survoler le paysage, et d’être moi-même dans chaque arbre, dans l’éclaboussement des vagues, dans les nuages et les animaux qui vont et viennent, dans la succession des saisons. » C’était là pour Jung un moyen d’entrer en contact avec « l’homme de deux millions d’années qui vit en chacun de nous ». » (p. 269).

Chapitre 12. Chambre d’hôpital avec vue

« Dans de nombreux cas, les jardins et la nature sont plus efficaces que n’importe quel médicament », cette citation d’Oliver Sachs ne surprendra pas les lecteurs réguliers de ce blog.

Des études ont montré que les gens qui reçoivent des fleurs font de « vrais sourire » et restent heureux plus longtemps que ceux qui reçoivent un autre cadeau d’une même valeur. D’autant plus de raisons d’offrir des fleurs à l’hôpital. La célèbre infirmière Florence Nightingale a écrit au 19e siècle sur l’importance de chambres d’hôpital claires et aérées et de bouquets de fleurs sauvages pour accélérer la guérison. Si Sue Stuart-Smith cite bien sûr l’étude de Roger Ulrich de 1984 sur la vue de la chambre, elle cite aussi une autre étude récente montrant que les patients dans une chambre fleurie sont moins anxieux, consomment moins d’anti-douleurs et ont un rythme cardiaque moins élevé (p. 282). Une vue par la fenêtre ou un bouquet dans la chambre, mêmes effets bénéfiques.

« La nature demande des efforts moins astreignants ; pour citer van den Berg, « la nature ne fatigue pas l’esprit » (car les formes naturelles offrent des structures fractales reproduites à l’infini qui facilitent le travail du cerveau). Quand notre corps est malade, quand notre énergie est au plus bas, les stimulations sensorielles doivent être juste au bon niveau – il n’en faut ni trop ni trop peu -, et la douceur des formes naturelles dans la nature y pourvoit parfaitement » (p. 287). Découvrez les Horatio Garden, construits dans des centres dédiés aux pathologies de la colonne vertébrale (p. 291).

On retrouve Oliver Sachs, comme patient à la suite d’un grave accident. Il sort de sa chambre pour la première fois après un mois d’hospitalisation. « Joie pure et intense bonheur, bonheur ineffable du soleil sur mon visage, du vent dans mes cheveux, du bruit des oiseaux, de la caresse et du spectacle des plantes vivantes que je pouvais toucher de mes doigts. Un lien essentiel, une communication avec la nature venaient de se réinstaurer après l’isolement et l’aliénation horribles que j’avais traversés. Quand on m’emmena au jardin, une partie de moi revint à la vie, un pan de mon être affamé, mort peut-être à mon insu. Un malade ou un grand blessé, écrit Sachs, a par définition besoin d’un « entre-deux », « d’un endroit calme, d’un abri, d’un refuge ». On en peut pas « se jeter de nouveau dans le monde d’un seul coup » » (p. 293).

Chapitre 13. La fleur dans la verdeur

Coincés entre minimiser la crise climatique et succomber au désespoir et à l’inaction, que pouvons-nous faire ? Voici ce que nous propose Sue Stuart-Smith.

« Dans notre ère de mondes virtuels et de faits inventés, le jardin nous ramène à la réalité. Pas au sens où celle-ci serait connue et prévisible, car le jardin nous surprend toujours et nous fait accéder à un autre type de connaissance – sensorielle et physique –, tout en stimulant les aspects affectifs, spirituels et cognitifs de notre être. En ce sens, le jardinage est ancien et moderne à la fois. Ancien en raison de l’adéquation évolutive du cerveau et de la nature, également en tant que mode de vie, entre cueillette et agriculture, exprimant notre besoin profond de nous attacher à un endroit. Moderne, parce que intrinsèquement il va de l’avant et que le jardinier envisage toujours meilleur futur.

Cultiver son jardin, cela marche dans les deux sens : c’est un travail intérieur autant qu’extérieur, et cela peut devenir une hygiène de vie. Dans un monde de plus en plus dominé par la technologie et la consommation, le jardinage nous met directement en contact avec la réalité de la création et de l’entretien de la vie dans toute sa fragilité et sa fugacité. Maintenant plus que jamais rappelons-nous que nous sommes des créatures de la terre » (p. 310).

Pour écrire son livre, Sue Stuart-Smith a rencontré et rendu visite à des dizaines de personnes, dont Anne et Jean-Paul Ribes qu’elle cite dans les remerciements. Espérons qu’elle aura bientôt l’occasion de revenir en France visiter d’autres jardins thérapeutiques dans des temps plus favorables.

L’équilibre du jardinier : Renouer avec la nature dans le monde moderne, Sue Stuart-Smith, Albin Michel, 2021

Sabrina Serres : une soif d’apprentissages et de partages

Sabrina Serres

Les lecteurs historiques et attentifs du Bonheur est dans le jardin connaissent déjà Sabrina Serres. En 2017, elle avait partagé avec nous son mémoire « L’hortithérapie, pratique thérapeutique non médicamenteuse, humaniste et innovante »écrit dans le cadre de la licence ABCD qu’elle venait de terminer (Conseil et développement en agriculture biologique). Je l’avais rencontrée quelques mois plus tôt à l’occasion de la 3e édition du concours « Projet d’avenir » de la Fondation Truffaut dont elle avait été lauréate avec un projet de jardin thérapeutique pour le PASA (pôle d’activités et des soins adaptés) d’une maison de retraite dans le Tarn.

Approfondir ses connaissances, élargir son horizon et partager ses réflexions sont des valeurs fortes pour Sabrina. Nous la retrouvons aujourd’hui alors qu’elle vient de terminer un nouveau diplôme, un nouveau jalon dans son parcours. Mais pour mieux comprendre ce parcours, je vous propose un retour en arrière.

Sabrina, peux-tu nous expliquer ton parcours jusqu’à aujourd’hui ? Comment les différentes étapes s’imbriquent-elles ? Quel est le fil conducteur ? 

Le fin conducteur est mon besoin d’être au service de l’autre, d’apporter le soin, de pratiquer le care toujours dans l’échange et le partage. En tant qu’orthoprothésiste pendant 16 ans, je fabriquais des appareillages en concertation avec les kinés, les ergothérapeutes, les médecins, les équipes en atelier. Je me suis rendue compte que le care pouvait être encore plus fort en intégrant le végétal.

Cette prise de conscience est venue d’une remise en question à la naissance de mon premier fils. Je me suis demandée ce que j’avais envie de donner au monde. A ce moment-là, je suis passée par le rapport à l’assiette et à l’alimentation avec une imbrication de ma vie personnelle et de ma vie professionnelle. Je me suis demandée comment je pouvais produire quelque chose de beau et de bon. C’est ainsi que j’ai validé en 2016 un Brevet de technicien Responsable Exploitation Agricole (REA) en maraîchage biologique. Puis j’ai obtenu une licence ABCD (Conseil et développement en agriculture biologique) en co-habilitation avec l’Université Blaise Pascal d’Aubière, VetAgroSUp et l’établissement Inéopole Formation.

Mais cela ne me semblait pas suffisant. J’avais envie de développer la conception et l’animation de jardins thérapeutiques adaptés aux personnes en situation de handicap, personnes âgées et personnes fragilisées. Je me suis lancée dans une formation sur la conception des espaces à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, une formation en deux ans.

Parle-nous de ce diplôme de concepteur et créateur de jardins que tu viens tout juste de terminer à l’ENSP de Versailles ?

J’avais besoin de comprendre les espaces et comment ils impactent l’état de santé, par la lumière par exemple ou en répondant au besoin de protection. J’avais aussi besoin de nourritures intellectuelles pour comprendre comment les choses se créent. Ce diplôme m’a permis d’améliorer ma réflexion, de me donner les moyens. Mon but maintenant est d’être un maillon de la chaine pour agir sur les espaces.

La formation à Versailles m’a appris à être dans un temps de rendu et de travail dense car, pendant deux ans, cette formation m’a permis une remise en question perpétuelle. Je peux voir comment j’ai évolué dans ma relation à l’autre et ma vision du jardin de soin qui, pour moi, dépasse l’hôpital et l’institution. J’ai envie d’apporter cette énergie au plus grand nombre, en bas des immeubles par exemple et jusqu’à la fin de vie.

Dans l’esprit de partage qui est le sien depuis que je l’ai rencontrée, Sabrina partage son nouveau travail, ce mémento qui est le point d’orgue de sa formation à l’ENSP sur « L’art des jardins au service de la santé ». Après un historique très complet, le mémento déploie des réflexions sur l’habitat refuge, la scénographie propre à stimuler la curiosité, la sensorialité, le jeu de l’ombre et des lumières ou encore les synusies (l’ensemble des organismes vivants, et donc des plantes, suffisamment proches par leur espace vital, leur comportement écologique et leur périodicité pour partager à un moment donné un même milieu). Elle partage également une proposition de synthèse de la pyramide des besoins de Maslow et des travaux de Nigel Dunett applicable aux jardins de soins. Enfin, elle nous rappelle très à propos que « le Plan National Santé Environnement 4 (PNSE 4) « Mon environnement, ma santé » (2020-2024) renforce l’action globale d’amélioration de la santé dans son environnement. Ce plan dépasse les frontières des établissements et s’étend à l’ensemble de l’espace urbain »….Ces oasis de biodiversité deviennent des lieux, apportent le cadre, nécessaires à une santé préventive individuelle et collective, sur l’ensemble du territoire. »

Quels sont maintenant tes projets en t’appuyant sur l’ensemble de tes formations ? 

J’espère pouvoir œuvrer maintenant sur cette thématique des jardins de soin enrichie de cette expérience auprès de l’école de Versailles. J’ai commencé mon activité en créant ma structure, Atelier Paysages et Ressources, et intégrant une coopérative d’emploi qui répondait à mes valeurs sur le développement durable et l’écologie.

Dans un premier temps, je vais faire une présentation début novembre à l’ancienne structure pour laquelle je travaillais en tant qu’orthoprothésiste, l’ASEI (« L’ASEI a pour objet, l’accompagnement, l’éducation, l’insertion des personnes en situation de handicap et des personnes dépendantes et fragilisées. L’association gère 114 établissements et services sanitaires et médico-sociaux » ). Je voudrais partir des besoins des établissements de l’ASEI. Ce serait une évolution naturelle. Puis dans un second temps, j’envisage de contacter d’autres établissements.

J’entends que ce n’est pas évident de vivre de cette activité de conception de parcs et jardins et de prises en charge autour du végétal, c’est-à-dire d’hortithérapie, dans les jardins que je créerai. C’est ce que je veux faire et je vais le faire corps et âme. Je suis dans le Tarn en Occitanie, mais je peux intervenir là où le vent me porte. Par exemple, j’ai fait un stage chez Audrey Hennequin de Courant d’Air en Nouvelle Aquitaine. Ces échanges me nourrissent intellectuellement et émotionnellement.

Je crois que tu as déjà un projet en route ?

Oui, j’anime depuis peu des ateliers dans un Ehpad de Castres. Nous fixons des objectifs thérapeutiques pour chaque participant. Au bout de 10 ateliers, nous verrons si on constate une amélioration de l’état. Vendredi dernier, nous avons travaillé sur le toucher. Lors du prochain atelier, nous allons collaborer avec la psychomotricienne sur la fluence verbale, la verbalisation de ce qu’on voit et de ce qu’on fait. Pour l’instant, nous travaillons avec des jardinières de Verdurableavant d’évoluer vers un jardin. Je précise que c’est France Alzheimer Tarn qui subventionne mon intervention.

Pour contacter Sabrina Serres, voici son compte LinkedIn où elle explique sa démarche et son email : atelierpaysagesetessources (at) gmail.com

Pour lire le mémento issu de son travail à l’ENSP de Versailles

La hiérarchie des besoins de Maslow adapté à la conception des jardins en lien avec la santé, inspirée des travaux de Nigel Dunett pour un plan de plantation naturaliste
Inviter l’usager du site à se mouvoir dans un lieu resserré stimulant des notions comme la proprioception, l’éveil des sens par le frottement du corps, de la main sur le végétal propose des effet de surprise et de curiosité. Le rythme des carrés de bois structure l’espace et cadre la déambulation au milieu des aromatiques.
Une palette végétale goûteuse offrant au visiteur une proposition de mise en scène du goût par la plasticité des végétaux, leurs couleurs et le rythme des saisons.
Ce travail a été influencé par des ateliers de recherches sur la couleur réalisées à l’école national supérieurs de Paysage sur Versailles où j’ai pu appréhender l’impact chromatique visuel sur notre perception.
Cet extrait de conception proposé pour l’accueil de jour de l’hôpital de la Porte Verte de Versailles invite à accompagner le résident au-delà de l’entrée de la structure par ce couloir végétal. Cet espace, ce couloir est un lieu de transition entre un espace ouvert vers un espace fermé accompagne sereinement le résident vers l’établissement, mais aussi marque une limite entre les espaces accueil, l’établissement et le jardin de soin.

Paule Lebay : « Croyez en vous, en vos rêves, en votre pouvoir d’action! »

Paule Lebay ! Stagiaires ensemble dans l’une de toutes premières formations aux jardins de soin dispensées par le Domaine de Chaumont, nous nous connaissons depuis 2012. « We go way back ! », comme on dit en anglais, une langue que Paule s’est mise à pratiquer pour lire la littérature existante sur les jardins qui soignent et pour communiquer avec des interlocutrices internationales. Vous verrez que la curiosité et l’envie d’apprendre sont essentielles pour elle.

Car cet été, nous avons décidé de nous donner mutuellement la parole sur nos blogs respectifs. Ici, vous lirez l’auto-portrait de Paule et là vous lirez le mien sur son blog.

Sur Le bonheur est dans le jardin, j’ai déjà parlé plusieurs fois avec Paule au fil des années pour marquer des moments forts: la création d’un jardin de soin à la maison de retraite d’Onzainle prix remis par la Fondation Truffaut ou des conseils sur le financement d’un jardin de soin (déjà le partage d’information était au cœur de sa démarche). Nous avions aussi fait une visite guidée en vidéo ensemble

Aujourd’hui, la vidéo a d’ailleurs pris une place importante dans le travail de Paule et sur son blog Plus de Vert Less Béton (malin ce nom, je l’aime beaucoup). Elle vient de se lancer un défi vidéo qu’elle vous invite à suivre sur la chaine YouTube de son blog ainsi que sur sa page Facebook. Paule, elle se démène pour amener aux initiateurs de jardins thérapeutiques des informations concrètes, des conseils, des pistes.

Comment es-tu tombée dans la marmite des jardins de soin? Quel est ton plus ancien souvenir qui t’a convaincue que le jardin avait des pouvoirs thérapeutiques?

Je ne suis pas tombée dans la marmite des jardins de soins! Cela a véritablement été un choix de ma part. Tout a commencé par un besoin récurrent dans l’établissement où je travaillais. Chaque année, les soignants, certains résidents et famille demandaient à la direction de l’établissement s’il était possible d’avoir quelques jardinières avec des pieds de tomates, des aromatiques, des fleurs, et si les chemins extérieurs pouvaient être remis en état afin qu’ils soient circulables pour les personnes en fauteuils roulants et a fortiori par des piétons. Chaque année, au printemps, cela revenait sur le tapis. Chaque année, des histoires de budget restreints faisaient que le moindre achat devenait un vrai casse-tête. Comment justifier comptablement que les personnes ressentaient le besoin de Nature et que, oui, cela nécessiterait un investissement financier ? 

Lorsqu’on m’a proposé le poste de coordinatrice en accueil de jour spécialisé, pour les personnes souffrant de troubles cognitifs de type Alzheimer ou apparentés, j’ai vu une occasion et j’ai foncé. Il était plus simple pour moi de pouvoir peser dans la balance grâce à mes nouvelles fonctions. Très vite, j’ai donc proposé en réunion de direction le fait qu’il serait sans doute bon de créer un jardin, un espace adapté où des activités à visées thérapeutiques pourraient être conduites par des soignants (en l’occurrence mes deux collègues et moi, de l’accueil de jour) et d’en faire par la même occasion profiter les patients de l’unité « Alzheimer » qui jouxtait l’espace envisagé pour le projet. 

Quant au moment où j’ai pris conscience du potentiel du jardin dans l’aide à la thérapie, cela s’est fait en deux temps :

Le premier correspond à une intuition profonde 

Le deuxième, lorsque j’ai commencé avec mes collègues à mettre en place des ateliers autour du Vivant. Nous avons très vite remarqué le potentiel incroyable du jardin comme médium à la thérapie. Tout cela a été par la suite confirmé dans le temps, par la formation, mes rencontres et l’expérience terrain auprès des patients lors de séances d’hortithérapie. 

Comment as-tu évolué dans ta vision des jardins de soin depuis la formation que nous avons suivie ensemble en 2012 ?

Comme je l’expliquais juste avant, le temps, les expériences, les rencontres, mes nombreuses lectures et autres m’ont petit à petit conduit à avoir une vision de plus en plus précise du potentiel du jardin dans l’aide à la thérapie et le bien-être de tous les bénéficiaires, qu’ils soient professionnels, patients ou familles. Cela fait quelques années que je pense qu’il y a un travail immense encore à mener. Il faut selon moi moderniser, souffler un vent nouveau sans pour autant mettre un voile sur tout le travail déjà accompli. Cette modernité doit selon moi passer par l’innovation dans les outils proposés aux professionnels, aux patients, dans la coordination, dans la coopération entre pays, entre experts et dans l’utilisation des moyens actuels de communication.

Attention l’expert ne se limite pas pour moi aux professionnels bien au contraire, le rôle du patient en tant qu’expert est à mettre de plus en plus en avant. Et dans outils, je ne parle pas simplement d’outils de jardinage ! Mais plutôt de mettre à disposition ce dont a réellement besoin chaque co-créateur du domaine des jardins de soins. Le principe est simple en théorie. Posons-nous les questions suivantes : De quoi ont réellement besoin les porteurs de projet ? De quoi ont réellement besoin les professionnels du paysage ? les professionnels soignants ? Les familles, les patients ? Identifier les besoins et se donner les moyens d’y répondre, voilà ma vision pour l’avenir dans les jardins de soins. 

Parle-nous du livre que tu es en train d’écrire pour Terre Vivante à paraitre en 2021. Quelle approche as-tu choisie? Quelles leçons tires-tu de cette expérience nouvelle?

Ça fait plusieurs années déjà que j’avais en tête un jour d’écrire un livre sur les jardins de soins. Seulement j’ai longtemps cru que je n’avais aucune légitimité à le faire. Cette idée a fait son chemin et les retours que j’avais de certaines personnes qui venaient me poser des questions, me rencontrer m’ont petit à petit, doucement, convaincue que j’avais peut-être finalement des choses à transmettre. Bien entendu je doute chaque jour encore de cette légitimité. Mais là encore, les retours très positifs que j’obtiens, les mots encourageants que j’ai régulièrement, m’aident à casser cette image d’imposture que j’ai ou peut être devrais-je dire que j’avais ? Un jour alors que je travaillais encore pour le Centre de formation du Domaine de Chaumont sur Loire, j’ai sur un coup de tête, sauter dans le grand bain. Qu’avais-je à perdre ? Un mail a suffi à avoir un rendez-vous avec mon éditrice actuelle. Dans ma tête je devais faire ce livre et mettre en avant mon travail au sein du Domaine de Chaumont sur Loire. Les choses ont pris une tournure différente, lorsque je suis partie de mon poste. Le jour même où je venais de signer ma rupture de contrat, soit une heure précisément après, je terminais mon entretien avec mon éditrice qui venait de me dire banco ! En une heure de temps je suis passée de « les jardins de soins c’est fini pour moi » à « je vais écrire un livre sur les jardins de soins ». 

Mon approche pour ce livre à tout de suite était claire et je l’ai de suite défendue auprès de ma maison d’édition : je souhaitais créer le livre que j’aurais aimé avoir lorsque j’ai moi-même monté le projet d’Onzain, à mes tous débuts. Un pas à pas basé sur l’expérience et non pas simplement sur des théories certes intéressantes, mais pas toujours parlantes lorsqu’il s’agit de leur donner forme très concrètement, là, physiquement au projet que l’on porte. Ce livre correspond à MON expérience. Je ne prétends pas détenir LA vérité absolue. Je dis juste : voilà ce qui a marché pour moi, ce qui n’a pas marché, ce que mon expérience dans sa globalité m’a apporté et voilà ce que je vous conseille de faire. Libre à vous de suivre ou non ces conseils. Dans ce livre il y a mon expérience, mais aussi celles des centaines de stagiaires que j’ai pu former, celles des gens que j’ai pu rencontrer, conseiller aussi. Enfin, j’ai voulu intégrer dans ce livre le témoignage de personnes qui comptent dans le domaine comme Rebecca Haller qui a de suite répondu favorablement à ma demande ou encore une porteuse de projet, Emmanuelle du jardin de Vezenne, que j’ai formée avec mes anciens collègues, puis avec qui j’ai pu échanger de nombreuses fois. 

Je ne pourrai pas tout mettre dans ce livre, c’est l’une des raisons qui m’a conduite à créer le site Plus de Vert Less Béton

Et le blogging? Raconte-nous comment l’idée est née et quels sont tes objectifs aujourd’hui?

Le blogging est arrivé dans ma vie, grâce à ma curiosité insatiable et mon désir d’apprendre de nouvelles choses constamment. Ensuite, je me demande toujours : 

Qu’est-ce que j’aimerais apprendre ? Qu’est ce qui m’apporterait vraiment du plaisir ? 

Une fois la chose identifiée, je me dis : 

Ok maintenant comment cette chose, pourrait être utile dans mon chemin de vie ? Comment je pourrais optimiser ce nouveau savoir, qui me procure par là même du plaisir, dans ma vie ? Comment cela va servir MA cause ? Comment cela va m’être utile dans le chemin que je souhaite prendre ?  

Certains vont penser que je suis égoïste, ils auront sans doute raison quelque part. Je pense que si plus de personnes agissaient en conscience, en faisant des choses selon leurs propres désirs, le monde ne s’en porterait que mieux. Faire ce que l’on aime vraiment, faire de son travail un plaisir au quotidien permet d’avoir des gens passionnés, investis, qui diffusent tellement plus autour d’eux que celles et ceux qui subissent leur vie, qui font parce que la société est comme ci ou que le monde va comme ça, les conventions, les biens pensants… Je ne souhaite pas vivre la vie des autres mais bel et bien la mienne. Après, cela ne signifie pas que le chemin sera tout rose et la route pavée de fleurs ! Les gamelles, les difficultés, les échecs font partie du jeu. Mais on les encaisse mieux à partir du moment où on les a choisis et où on sait qu’ils feront partie de l’équation.

J’ai donc choisi de m’intéresser au blogging dans un premier temps par curiosité et par volonté d’apprendre d’un domaine auquel je ne connaissais absolument rien. C’est tellement exaltant d’apprendre quelque chose qui vous est totalement inconnu ! C’est comme redevenir cet enfant qui d’un coup se met à marcher et pour qui un nouveau monde, le même pourtant qu’il pensait connaître avant, se révèle totalement nouveau avec un nouveau champ des possibles. J’ai créé un premier blog, Les jardins de Paule, qui m’a permis de me faire les dents, qui aujourd’hui est davantage délaissé au profit de Plus de Vert Less Béton. Comme je l’expliquais, après le désir, l’envie, le plaisir, c’est se demander en quoi je peux ensuite mettre à profit ces nouvelles compétences dans ma vie ? Développer Plus de Vert less Béton me permet de faire cela. Et d’un, ce site me permet de mettre par écrit tout ce que je n’ai pas mis dans mon livre. Et de deux, de poursuivre le chemin que j’ai choisi dans un domaine qui me passionne toujours autant, que sont les jardins de soins, en créant, innovant, bousculant les codes parfois, créant de la valeur pour celles et ceux qui s’intéressent à cette thématique.

Parfois on ne trouve pas toujours la raison de nos choix, pourquoi nous sommes attirés par telle compétence ou autre. C’est là qu’entre en jeu ce qu’on appelle l’intuition. Parfois on fait par plaisir et intuition sans savoir où cela va nous mener et pourtant je suis convaincue qu’il y a une bonne raison pour que suivions celle-ci, pour que nous vivions telle expérience. Je vais donner l’exemple de Steve Jobs : celui-ci a fait lors de ses années universitaires de la calligraphie. Il éprouvait un immense plaisir à la pratiquer. Il ignorait comme tout son entourage à l’époque à quoi pourrait bien lui servir cette nouvelle passion dans notre société d’aujourd’hui où la calligraphie pourrait paraître désuète pour une bonne majorité des gens ! Eh bien, il a poursuivi et finalement bien des années plus tard, la calligraphie lui a permis de mettre au point cette idée de déroulant que l’on retrouve sur chaque ordi à présent vous proposant plusieurs centaines de styles d’écritures. Cette compétence acquise en suivant ses envies, son plaisir et son intuition des années auparavant lui a permis de révolutionner le monde informatique. 

Je ne sais pas encore où le blogging va me mener, mais j’y trouve du plaisir et même si je ne révolutionnerai peut-être rien, mon intuition me dit que cela me sera utile dans mon parcours.

Que voudrais-tu qu’on sache sur toi que peu de monde sait?

Je voudrais dire aux gens que je suis dans une situation très précaire financièrement, que je vis depuis plusieurs années seule avec mes enfants et que cela ne m’a pas fait renoncer à mes rêves ou à mes valeurs profondes de liberté, à mon désir d’être en perpétuelle évolution de mon être, à ma volonté de faire avancer le monde de manière positive. L’argent ne fait pas le bonheur. Certes il y contribue, mais je peux vous assurer que je préfère mille fois être à ma place ici, à m’éclater dans ce que je fais plutôt que d’être sous le joug d’un patron par exemple, le postérieur dans un bureau ou à courir dans un service en perdant de vue MON essentiel, ce que je suis réellement, le sens de mes actions, MON pourquoi. La vie est courte et chaque jour est comme une urgence pour moi à la vivre pleinement. Qui sait peut-être que ma passion et mon engouement à la tâche me permettront un jour d’en vivre ! Ce sera la cerise sur le gâteau, mais je peux vous dire que le gâteau aura été déjà énorme et délicieux auparavant. 

Je ne pose pas en moralisatrice, chacun est libre de faire comme il l’entend et je comprends que certaines ou certains éprouvent du plaisir à être dans un bureau, ou à suivre les directives de leur patron, ou encore puissent s’épanouir dans les services. C’est d’ailleurs très bien ainsi. Si tout le monde était pareil, le monde serait bien fade ! Maintenant j’expose juste mon point de vue sans prosélytisme aucun.  

Qu’est-ce qui te manque et qu’est-ce qui ne te manque pas de ton métier d’infirmière?

Ce qui me manque sans hésitation aucune, ce sont les patients. La relation d’aide que j’avais avec eux, les échanges toujours riches d’instruction pour moi me manquent. Je grandissais aussi à leur contact. Je garde cette volonté de venir en aide, d’être attentive aux besoins des gens mais je le fais différemment à présent. Le livre sera ma façon d’aider les porteurs de projets, afin qu’ils se lancent et que de nouveaux jardins voient le jour. Paf ! Un jardin, une aide de plus aux patients, aux familles… La création d’outils pour les pros, les patients… Paf ! une nouvelle aide, un nouveau soutien. Inspirer, motiver, former et informer, guider… tout cela est une façon pour moi de vivre mon métier de soignante. Le prendre soin ne se limite pas aux actes techniques, Dieu merci. A chacun d’inventer sa manière de contribuer au monde. 

Que t’a appris la vie à travers le jardin depuis 8-10 ans?

La Nature nous apprend deux choses : 

Un, que nous ne sommes pas grand-chose, que le temps nous est compté et qu’il faut vivre sa vie pleinement, ne pas se contenter de la voir passer en reportant ses désirs au moment de la retraite. 

Deux, que nous avons inversement un potentiel extraordinaire en nous, mais qu’il étouffe sous nos peurs et celles des autres. Croyez en vous, en vos rêves, en votre pouvoir d’action ! Vous valez tellement plus que ce qu’on vous a fait croire, tellement plus que ce que finalement vous avez fini par croire vous-même ! Cassez ça et foncez pour n’avoir aucun regret. La Nature nous a tous offert ce potentiel, nous appartenons à un grand tout, aux pouvoirs incroyables. 

En conclusion, la Nature m’a appris que je ne suis rien dans ce vaste tout, mais que j’ai en moi des capacités insoupçonnées qui ne demandent qu’à s’exprimer, sinon pourquoi serions-nous là finalement ? 

Dans les jardins et la nature, les activités thérapeutiques reprennent de plus belle

Deux papillons blancs dansent dans l’air sur une chorégraphie de l’instant présent. Le soleil joue à travers les feuilles des arbres dont le vert tendre au-dessus de nos têtes, ondulant légèrement dans le vent, gonfle mon cœur de joie et de reconnaissance. Sur le sol du sous-bois, le soleil projette des ombres changeantes. Elles me fascinent un bon moment avant que je m’en arrache pour continuer à explorer un peu plus cet univers ordinaire et mystérieux en compagnie de notre petit groupe de six personnes sous la houlette bienveillante de Christopher Le Coq, guide de bains de forêt, en ce magnifique samedi matin. Pas n’importe quel samedi, le dernier du mois de mai 2020 qui marque une nouvelle étape dans le déconfinement et un printemps qui vit sa vie sans s’occuper de nous.

Assis en cercle dans une petite clairière ou marchant à notre rythme propre dans le bois de Boulogne, nous faisons à la fois partie de la communauté des déconfinés avides de nature et de liens humains qui courent, font du vélo en famille ou marchent en petits groupes de copines dans le bois et à la fois nous sommes à part. Dans un mouvement plus conscient, une observation plus fine de notre environnement, une écoute intime de nos sensations et un moment exceptionnel de pause hors du langage. Avec des temps de partage ponctuels qui redonnent du coup plus de sens aux mots et aux échanges entre les inconnus, frères et sœurs humains, que nous sommes les uns pour les autres. 

Christopher Le Coq, guide de bains de forêt : « Le Shinrin-Yoku est une vraie co-création avec le groupe »

Wow !  24 heures plus tard, m’installant pour écrire dans le jardin partagé dont je vous ai parlé le mois dernier avec le chant des oiseaux et le lever du jour pour compagnons, je suis encore toute charmée par cette expérience, toute apaisée et toute rééchantée. Ce moment que j’anticipais et qui était à la fois un cadeau à mon mari qui fêtait son anniversaire ce weekend, à moi et à nous – ce moment résonne encore. Sûr que nous recommencerons et que nous voudrons étendre l’expérience à une pleine journée comme Christopher en propose en forêt de Fontainebleau

Après une période en pointillé dans son activité de guide de bains de forêt pour les raisons que nous connaissons bien et aussi pour un voyage au Japon à la rencontre des maitres du Shinrin-Yoku à l’automne dernier, il reprend de plus belle tout en approfondissant sa formation auprès de Bernadette Rey. Ce qui me semble un des signes prometteurs que les activités autour de la nature reprennent, portées par une envie de nature qui s’est révélée trop forte pour retomber comme un soufflé. Christopher y croit, j’y crois, nous sommes nombreux à y croire.

Comme je l’avais annoncé, mon envie ce mois-ci est justement de laisser la parole à ces hortithérapeutes ou autres professionnels qui nous relient à la nature pour qu’ils nous racontent comment leur travail reprend après le confinement. Je commence aujourd’hui et exceptionnellement, je continuerai sur ce thème le 2e lundi du mois de juin. Il a tant à dire.

Comme vous pouvez l’imaginez, la distanciation physique pendant un bain de forêt est facile. Et dans le jardin thérapeutique d’une maison de retraite ou dans un groupe d’enfants ? Un peu moins. Comme nous l’avait déjà démontré Sally Cobb le mois dernier, les ressources, la créativité et la détermination ne manquent pas.

Patricia Espi, Bourgeons et Sens : « J’ai bon espoir »

La détermination et la patience, Patricia Espi en a des stocks. En mai, elle a repris contact avec les différents établissements dans lesquels elle intervient même si elle se trouvait alors en « zone rouge » puisqu’elle est à Reims.

Le jardin de la résidence autonomie Les Gobelins. A la mi-juin, les ateliers de jardinage thérapeutique de Patricia dans cette résidence ARFo, l’association de Résidences-Foyers à Reims, doivent reprendre. Après le confinement strict, certaines activités redémarrent doucement – coiffure, pédicure – dans cette résidence qui a été épargnée par le Coronavirus, toujours avec un protocole précis pour assurer la sécurité. Encouragés par la directrice et l’hôtesse qui vivent sur place dans la résidence, les ateliers de Patricia ont lieu environ tous les 15 jours. Depuis le début, ils donnent lieu à la visite des enfants de CP d’une école voisine à la demande de la maitresse et à de beaux échanges de connaissances sur les légumes anciens par exemple entre les enfants et les personnes âgées. Les résidents des autres foyers ARFo peuvent aussi s’y joindre s’ils le souhaitent. A la fin de la séance, Patricia pratique des petits jeux et devinettes que des neuropsychologues appelleraient techniquement de la stimulation cognitive. Cette année, la saison au jardin aura été décalée, mais elle arrive.

La prison de Châlons-en-Champagne. Pour connaître la genèse de ce beau projet, je vous invite à faire un tour sur le blog Plus de vert Less béton de Paule Lebay. « Notre dernier atelier date de février, juste avant le confinement. On avait désherbé, mis de l’engrais, arrosé et nous devions nous revoir », explique Patricia qui échange depuis quelques semaines avec le personnel de la prison pour la reprise. « Quand on sème nos graines, ça ne coûte rien. Mais nous allons devoir acheter des plantes. Et qui va financer le gel, les gants, les masques ? L’atelier a un petit budget. On parle d’un outil par personne, désinfecté avant et après l’activité. Peut-être d’une étiquette avec le nom sur chaque outil pour éviter la contamination. »

Le jardin partagé de Bezannes. En 2016, découvrant le projet immobilier Konekti de 60 logements de trois types différents, Patricia avait contacté les porteurs du projet pour y proposer un jardin pour les habitants. Recontactée un an plus tard, elle a conçu le jardin, travaillé avec une paysagiste pour le choix des végétaux et un artisan local pour le mobilier. Le confinement est passé par là et a retardé les plantations. Roulement de tambour pour annoncer que, le 19 juillet 2020, le jardin partagé sera bel et bien inauguré et présenté aux habitants. Par groupes de 10 personnes à la fois, gestes barrière obligent. Pendant le confinement, Patricia a finalisé le planning d’ateliers du samedi matin jusqu’à fin juin 2021. Quand on dit que le jardin s’inscrit dans le temps…

« Les samedis matins, nous serons au jardin d’environ 10h00 à midi avec un temps d’accueil autour d’un café et un atelier sur un thème. Une salle de convivialité est disponible en cas de mauvais temps. Ca me fait plaisir d’avoir créé ce jardin partagé du début à la fin. J’ai bon espoir. » D’autant qu’un autre projet se profile autour du nouvel écoquartier Réma Vert où Patricia est sollicitée…Une nouvelle raison d’espoir avec cet engrenage positif qui semble en mouvement.

Romane Glotain, Le jardin des Maux’passants : « Le jardin confiné pour être seul et le jardin déconfiné pour retrouver le groupe »

Romane est également une habituée du Bonheur est dans le jardin depuis 2016, année où elle avait brillé dans la catégorie Excellence du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut. Il y a quelque temps, elle a créé Le jardin des Maux’passants, pour « accompagner des publics en situation de vulnérabilité sociale, psychologique, physique résidant ou non en structure médico-sociale en utilisant le jardin, le jardinage et le végétal comme support ». Alors que le confinement s’achevait, elle reprenait un remplacement d’éducatrice technique spécialisée en horticulture dans un IME (Institut Médico-Educatif) où la création d’un jardin partagé est toujours à l’étude. Sa participation au Salon du Végétal d’Angers, événement initialement prévu pour septembre 2020, pour sensibiliser les visiteurs à l’hortithérapie est en suspens.

« Justement je pense que cette période de confinement a appuyé sur l’indispensable accès à la nature que l’Homme doit pouvoir avoir au quotidien pour son bien-être global et surtout psychologique. Ceux qui avaient des jardins se sont réjouis d’en avoir pour s’occuper, s’aérer, se recentrer, se détendre, profiter des premiers rayons du soleil printanier, prendre le temps d’observer, d’écouter. A contrario, ceux qui n’avaient pas le moindre petit carré de jardin, se sont plaints d’étouffer, de ne pas profiter de la nature », constate Romane. « Personnellement, j’ai vécu dans mon appartement deux mois, j’ai des plantes en intérieur et sur mon balcon. Elles ont été vitales vraiment et je les ai observées beaucoup plus que d’habitude. J’en ai pris soin tout simplement! Et lors de mes promenades, j’ai observé avec beaucoup plus d’émerveillement les arbres qui ouvraient leurs premières feuilles, les fleurs, à travers les jardins des habitants du quartier. Sans oublier de jeter un œil sur la mer que je trouvais plus belle que d’habitude quand le large était découvert, juste en écoutant le chant des mouettes! »

Les semaines de post-confinement ont été un temps de rencontres avec des personnes qui l’avaient contactée pour en savoir plus sur les jardins de soins. Membre de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé, elle s’est aussi activée pour lancer une antenne régionale en Pays de la Loire. « Pour mes futures actions, le confinement m’a appris à réaliser le côté communication en testant la vidéo notamment et le travail à distance. Je pense que les directives qu’a prises l’état pour le déconfinement ont été un moyen pour ceux qui ont des jardins (particuliers, institutions) de se recentrer et de profiter (en autonomie, seul) des atouts et du bien-être que peut nous procurer la nature. Car les espaces végétalisés servent aussi à se retrouver seul pour x raisons. Pour ensuite, quand le temps sera venu, s’associer et continuer les partages, expériences, échanges au sein d’un jardin qui restera indéfiniment vecteur de rencontres positives! »

Emmanuelle Lutton, Jardin de Vezenne : « Les premières séances reprennent jeudi »

Pour une présentation du Jardin de Vezenne, je vous renvoie à ce billet de juillet 2019 et au site du jardin. Qu’en est-il un an plus tard ? La crise sanitaire n’a pas été simple pour les créateurs de ce beau projet de jardin thérapeutique encore tout jeune.

Voici ce que me dit Emmanuelle ce matin même, premier jour du mois de juin : « Je reprends les séances au jardin dès cette semaine. Même si toutes les institutions ne reprennent pas les séances prévues dès ce mois-ci, on peut dire que la reprise est amorcée! Nous mettons en place les gestes protecteurs: désinfection des mains à l’arrivée et au départ du jardin, aménagement des espaces en respectant les distances de sécurité, port du masque (quand c’est possible, en fonction des publics) et désinfection des locaux entre deux groupes »

On sent que la dynamique reprend. « Nous allons également pouvoir relancer les travaux d’aménagement du jardin de soin avec la construction d’une terrasse sur pilotis sur la mare et l’implantation d’un jardin aquatique. » Et pourtant on revient de loin avec l’annulation de tous les ateliers au début du confinement, soit environ 55 ateliers entre mars et mi mai ! Toutes les structures qui viennent au jardin de Vézennes (maison de retraite, foyer résidentiel seniors, MAS, FAM) avaient annulé les sorties extérieures ainsi que les interventions des partenaires extérieurs chez elles. Seule une structure hébergeant des jeunes a bénéficié d’une dérogation pour venir au jardin pour trois ateliers avec un « protocole » à respecter. 

Les difficultés ne manquent pas comme l’ont montré ces trois ateliers pionniers. « Le port du masque s’avère parfois bien compliqué. Les masques en tissu très épais étouffent le son de la voix, empêchent la lecture labiale et causent des difficultés de compréhension et d’échanges. La mise en place de la distance physique s’avère également compliquée à respecter pour montrer, se passer une plante, câliner un chevreau, observer un poussin… »

« De plus, l’entrée en relation, avant d’être verbale, est bien souvent physique. La mise à distance entrave cette entrée en relation, essentielle avec la plupart de notre public », explique Emmanuelle. Les difficultés ne manquent pas, mais les accepter et les digérer peut faire partie des nouvelles leçons du jardin dans cette nouvelle phase du « monde d’après ».

A dans 15 jours pour de nouveaux exemples de résilience en pleine nature. D’ici là, portez-vous bien et ouvrez vos sens.

Confinés dans nos corps, pas dans nos têtes

News update : voici un texte que nous venons de publier sur le site de la Fédération Française Jardins Nature et Santé. Confinement : la nature nous fait du bien…même en photo.

Wow ! Que de bouleversements en un mois ! Depuis le 17 mars, nous voici confinés par le coronavirus qui, comme un rouleau compresseur, a chamboulé nos vies, notre santé, notre capacité à être au jardin ou dans la nature et bien plus encore. 

Sans compter que certaines personnes à qui s’adressent en premier lieu les jardins thérapeutiques sont parmi les plus touchées par cette pandémie : les personnes âgées particulièrement vulnérables, les personnes souffrant de maladies mentales malmenées par l’incertitude actuelle, les malades chroniques eux aussi mis à mal. 

Les personnels soignants qui, en réalité, font vivre les jardins thérapeutiques tous les jours dans leurs établissements sont aujourd’hui accaparés et en première ligne pour contenir le coronavirus. Le jardin est sans doute le cadet de leurs soucis en ce moment. Et pourtant les jardins se tiennent prêts à accueillir tout l’épuisement, le mal-être et la douleur qu’ils auront besoin de déposer un jour.

Je vous le dis parce que j’en suis convaincue : nos corps sont confinés, mais nos pensées et nos esprits sont libres. Libres d’imaginer, de rêver, d’anticiper, d’inventer mille façons d’être solidaires. Comme cette initiative qui m’a particulièrement touchée : 1lettre 1 sourire est une plateforme pour envoyer très facilement une lettre à une personne âgée vivant dans une maison de retraite. En quelques minutes, avec votre compassion, votre humour, votre gentillesse, vous pouvez égayer la journée d’une personne âgée confinée sans possibilité de recevoir de visite « jusqu’à nouvel ordre ». 

Des mots

Nous ne pouvons plus courir à droite et à gauche comme des dératés. Il s’en suit que nous avons normalement plus de temps libre. Du temps par exemple pour plonger dans de délicieuses lectures. Voici mes recommandations, les livres que j’aime lire et relire. N’hésitez à rajouter les vôtres dans les commentaires…

Un petit monde, un monde parfait de Marco Martella

Les Français et la nature, pourquoi si peu d’amour de Valérie Chansigaud

Une enfance en liberté, protégeons nos enfants du syndrome de manque de nature de Richard Louv qui a écrit il y a quelques jours un texte passionnant sur la connexion à la nature en temps de pandémie

Natura de Pascale d’Erm

Le Shinrin-Yoku en famille d’Isabelle Boucq (oui, j’ose cette auto-promo car je suis persuadée que c’est le moment de donner envie aux familles de se retrouver dans la nature quand le confinement sera terminé)

Et je suis en train de lire un nouveau livre publié très récemment par Philippe Walch, paysagiste et membre de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé : Et au milieu de l’hôpital fleurit un jardin. De sa très belle plume, il nous raconte sa métamorphose de paysagiste « classique » qui décide de mettre ses compétences au service des jardins en milieu de soin. « On ne répètera jamais assez que le jardin de soin est d’abord un jardin de vie. Le soin vient vers la vie et non le contraire. Le jardin de soin est un jardin où la vie est présente sous toutes ses formes, et dans lequel le soin s’invite de lui-même pour faire son œuvre de réparation psychique, physique et mentale. » Philippe passe en revue les théories scientifiques qui sous-tendent les jardins de soin et les étapes de la conception en illustrant d’exemples, d’histoires vécues et de photos. Un beau livre et le premier à ma connaissance écrit du point de vue d’un paysagiste. Pour se le procurer, contactez Philippe : phwalch (at) lesjardinsavie.com ou06 61 23 87 33 (20 € + 5 euros de frais d’envoi) et retrouvez-le sur son site : www.lesjardinsavie.com

Des images

On sait que la nature nous fait du bien. Et même que la vue de la nature nous fait du bien. Et même que des images de la nature nous font du bien. C’est dans cet esprit que je partage ces photos de mon album de famille qui me font du bien. Certes s’y attachent pour moi des souvenirs, des ressentis, des sensations, des odeurs. Mais j’espère qu’à vous aussi, ces photos où la nature est toujours présente, seule ou comme écrin, vous apporteront de l’apaisement et de l’émerveillement.

Une année riche

Est-ce que j’ai tellement le nez dans le guidon que je perds tout recul ? Ou bien constate-t-on une réelle accélération du nombre d’études sur le lien entre nature et santé, doublée d’un intérêt médiatique de plus en plus marqué pour le sujet ?

En tout cas, pour clore cette année qui restera pour moi marquée par la création de la Fédération Française Jardins Nature et Santé, voici quelques pistes et autres arguments, un peu d’eau apportée à notre moulin.

 

Exposition à la nature et santé mentale

Le mois dernier, je vous parlais d’une étude danoise qui avait montré que plus d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance se traduisait par moins de risque de troubles psychiatriques à l’adolescence et à l’âge adulte. Elle est loin d’être la seule à établir cette corrélation.

Cette autre étude publiée en 2019 rapporte des résultats similaires en analysant des données issues de quatre villes en Espagne, Hollande, Lituanie et Angleterre. « Notre étude a montré que de faibles niveaux d’exposition à des milieux naturels extérieurs chez les enfants sont associés à une mauvaise santé mentale à l’âge adulte, ce qui appuie l’appel lancé aux décideurs pour qu’ils améliorent la disponibilité des milieux naturels extérieurs pour les enfants », concluent les auteurs de cette étude parue dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health.

 

Mindfulness et nature

Dorthe Djernis (photo Tina Agnew)

 

« Nature-based mindfulness – Investigation of bringing mindfulness into natural settings ». C’est le titre de la thèse défendue par Dorthe Djernis, sous la direction d’Ulrika Stigsdotter qui travaille à Therapy Garden Nacadia. Si on ne peut pas accéder à la thèse, on peut cependant lire cette revue systématique et méta-analyse de 25 études sur l’intégration de la pleine conscience dans un environnement naturel qui en est la base. « La pleine conscience dans la nature sauvage semble être plus bénéfique que la pleine conscience dans les milieux plus cultivés, mais l’importance du lieu doit être étudiée plus en profondeur. »

 

Nature Sacred

Une ressource anglo-saxonne intéressante. Est-ce que Nature Sacred peut nous donner des idées en France ? Mais d’abord qu’est-ce que c’est ? « Nature Sacred existe pour inspirer, informer et guider les communautés dans la création d’espaces verts publics appelés Sacred Places, conçus pour améliorer la santé mentale, unifier les communautés et engendrer la paix. Depuis plus de 25 ans, Nature Sacred s’est associé à plus de 130 communautés à travers le pays pour infuser la nature proche dans des endroits où la guérison est souvent la plus nécessaire : quartiers urbains en détresse, écoles, hôpitaux, prisons et plus encore. Grâce à un processus de collaboration communautaire et à un modèle de conception fondé sur des données probantes, chaque Sacred Place est lié par un objectif commun : reconnecter les gens à la nature de manière à favoriser la réflexion, à rétablir la santé mentale et à renforcer les collectivités. »

En octobre, Nature Sacred a publié un rapport, « The Healing Power of Nature », qui compile les preuves scientifiques les plus récentes et les plus puissantes qui soulignent les bienfaits de la nature pour la santé.

 

Deux heures par semaine dans la nature

Mathew White

« Passer deux heures par semaine dans la nature est bon pour la santé et le bien-être ». C’est le titre de cet article publié sur le site The Conversation par Mathew White, professeur de psychologie de l’environnement à l’Université d’Exeter et co-auteur d’une étude en cours sur 20 000 sujets.

« Nous avons découvert que ceux qui consacrent au moins deux heures par semaine dans la nature ont tendance à se trouver davantage « en bonne santé » ou encore d’éprouver un plus haut niveau de bien-être que ceux qui ne passent pas de temps dans la nature. Ceux qui y passent un peu de temps, mais moins de deux heures, ne sont pas plus susceptibles de se sentir en bonne santé et d’éprouver un bien-être que ceux qui ne s’y exposent pas du tout….Plus significatif peut-être, cette tendance du « seuil des deux heures » se retrouve dans tous les échantillons examinés: vieux comme jeunes adultes, hommes et femmes, urbains et campagnards, pauvres comme riches, et même chez ceux atteints d’une maladie à long terme ou d’un handicap. »

 

Un jardin pour des personnes fragiles vivant à domicile

Ce jardin thérapeutique, créé par l’AMSAD de la Haute-Gironde, une association de maintien à domicile, est original. Ce qui frappe également, c’est que le projet est décrit sur un site animé par la région Aquitaine et l’ARS. « 750 personnes, tous publics confondus, ont fréquenté ce jardin 2018 et j’ai animé 200 séances accompagnées, plutôt en individuel, et dans une logique de projet personnalisé. Venir au jardin, c’est se mettre en activité, en éveil, en lien social… », explique Pascal Pennec, le responsable du jardin d’Oreda qui est à la fois éducateur spécialisé, paysan et jardinier. Allez lire la suite. Et pour en savoir plus, le site de l’AMSAD.

 

Comment une personne handicapée perçoit-elle un jardin ?

Cette vidéo de 30 minutes vous le fait découvrir de l’intérieur. Le YouTubeur Zygop s’est promené dans le parc de la Tête d’Or à Lyon avec Fannie qui est en fauteuil roulant. Elle explique comment se déplacer et apprécier les plantes lui est difficile dans un espace dont la conception n’est pas adaptée.

 

Etes-vous un « néotransitionneur »?

Le jargon est un peu marketing, mais cet article pourrait vous « parler ». Est-ce que la solastalgie ou l’éco-anxiété, une forme de détresse psychique et existentielle causée par les changements environnementaux, est en train de devenir un sujet de santé publique?

 

Oliver Sacks parle de jardins

Oliver Sacks au New York Botanical Gardens (photo de Billy Hayes)

 

Je ne me lasse jamais de citer Oliver Sacks, ici et . Grâce à cet article de Brainpickings, laissons-lui le mot de la fin pour cette année.

« En tant qu’écrivain, je trouve les jardins essentiels au processus créatif ; en tant que médecin, j’emmène mes patients dans les jardins autant que possible. Nous avons tous eu l’expérience d’errer dans un jardin luxuriant ou un désert intemporel, de marcher au bord d’une rivière ou d’un océan, ou d’escalader une montagne et de nous retrouver à la fois calmes et revigorés, engagés dans notre esprit, rafraîchis dans notre corps et notre esprit. L’importance de ces états physiologiques sur la santé individuelle et communautaire est fondamentale et de grande portée. En quarante ans de pratique médicale, je n’ai trouvé que deux types de « thérapie » non pharmaceutique d’une importance vitale pour les patients atteints de maladies neurologiques chroniques : la musique et les jardins. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Jardin de Vezenne : un jardin éducatif et thérapeutique « hors les murs »

Mise à jour, le 5 septembre 2019. Le Jardin de Vezenne ouvre ses portes le 14 septembre. Allez leur dire bonjour si vous êtes dans le coin.

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En octobre 2012, je vous avais parlé du Ability Garden implanté en Caroline du Nord aux Etats-Unis. Cela fait une vingtaine d’années que ce jardin thérapeutique installé dans un lieu public accueille des participants venus de toute la région. Après avoir survécu à la retraite de sa fondatrice, il est plus actif que jamais. En France, les jardins thérapeutiques « hors des murs » ne courent pas les rues non plus. Il y a bien les Jardins de l’Humanité dans les Landes et le projet longuement muri de Romane Glotain en Loire-Atlantique.

Depuis quelques mois, le Jardin de Vezenne dans le Loiret ouvre de nouvelles perspectives, porté par une équipe formée d’Emmanuelle Lutton (travailleuse sociale), Bastien Fouchez (éducateur spécialisé) et Céline Gillot (psychologue clinicienne). Propriétaires des lieux depuis 10 ans, ils ont créé une association et dédié 4 000 m2 à ce projet très original implanté à Lailly en Val en Sologne.

Une respiration pour les institutions

Emmanuelle Lutton

Emmanuelle Lutton s’occupe des chèvres du Jardin de Vezenne

Lorsqu’Emmanuelle était chef de service socio-éducatif pour un institut médico-éducatif (IME) auprès d’enfants et de jeunes adultes en situation de handicaps, elle constatait tous les jours la difficulté à trouver des lieux adaptés hors établissement. « La politique est de faire des projets et de sortir, mais on ne trouvait pas de lieux appropriés. Dans les fermes pédagogiques par exemple, il manque parfois cette fibre sociale, cette flexibilité nécessaire dans l’approche avec ce public », explique-t-elle. « Un retard de quinze minutes devient un problème alors que convaincre un enfant en situation de handicap de monter dans le bus peut être très long, par exemple. »

Le manque de lieux permettant le contact avec la nature combiné avec le besoin d’apporter du sens à sa carrière ont mené à un an de réflexion avec ses deux partenaires pour aboutir au Jardin de Vezenne tel qu’il a été inauguré en avril 2019. « Nous avons mûri le projet à l’écrit pour avoir des objectifs précis. Puis, nous l’avons fait relire par plusieurs corps de métier dans le social et le médico-social », précise-t-elle. De son côté, elle s’est également formée au domaine de Chaumont-sur-Loire où je l’ai rencontrée pour la première fois.

Et voici le résultat. Un jardin extra-institutionnel qui « s’adresse à toutes personnes en difficulté et/ou vulnérables qui recherchent un lieu ressource, dédié à des activités éducatives et thérapeutiques autour du vivant. Nous proposons des activités à destination des institutions sociales et médico-sociales  et des familles ».

Ailleurs sur leur site, le trio décrit le Jardin de Vezenne comme « un lieu ressource, où la respiration est possible, une pause dans l’univers des collectivités et des institutions. Un endroit refuge, ressource, extra institutionnel qui permet à chacun (enfants, parents, accompagnateurs, équipe, aidants…) de s’extraire d’un quotidien institutionnel. Nous voulions aller au delà de la création d’un « joli » jardin où il ferait bon se promener, et nous appuyer sur la richesse que nous offre la nature, sur ses dons pour créer un « jardin-outil », un « jardin-support » pour le soin des personnes. »

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Depuis des mois, l’association se préparait à l’ouverture. Travaux, terrassement, serre de récupération, bois récolté dans la forêt. Et travail de « démarchage » pour Emmanuelle avec des appels et des rendez-vous dans les structures des environs. « Quand je parle de jardin thérapeutique, je sens une écoute. Il y a beaucoup de travail d’explication. En plus des bienfaits du jardin, je leur parle beaucoup du bien que cela fait de sortir de l’institution, autant pour les personnes que pour les équipes. »

Les premiers jardiniers de Vezenne

Depuis l’ouverture à la mi-avril, le jardin a accueilli plusieurs groupes : MECS (maison d’enfants à caractère social, FAM (foyer d’accueil médicalisé) et maison de retraite. Des projets sont en cours avec des IME et des MAS (maison d’accueil spécialisée).

Avec les jeunes enfants de la MECS, les objectifs sont plus éducatifs que thérapeutiques : cycle de vie, responsabilité, conséquences des actions, attention, patience, cohésion de groupe sont mises en œuvre. Autour d’un projet rédigé avec les éducateurs et validé par la direction de l’établissement, les enfants fréquentent le jardin qui devient aussi un lien avec les familles. « Nous avons fait des mini jardins aromatiques que les enfants ramènent chez eux puisqu’ils rentrent dans leur famille le weekend. »

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Les jardiniers du FAM sont des adultes porteurs de plusieurs handicaps. « C’est à la fois un projet de groupe et un projet individuel qui s’appuie sur le projet d’accompagnement individualisé. Pour une personne qui n’arrive pas à se poser et exprime sa frustration par des troubles du comportement, on a travaillé la concentration et la patience avec des semis de radis qui poussent relativement vite. Pour une autre personne malvoyante, le maïs qui est une grosse graine douce a été semé au godet avec le plaisir sensoriel de plonger les mains dans les graines. Un projet est de tracer un chemin planté de maïs pour le suivre au toucher. »

Plusieurs groupes de personnes âgées fréquentent le Jardin de Vezenne. « Les anciens nous disent en catimini qu’ils sont bien contents de sortir de la maison de retraite et de respirer un nouvel air. Bernard nous raconte ses plantations de citrouille d’avant… Françoise sème une « forêt » de concombre en éclatant de rire », raconte Emmanuelle et ses partenaires sur leur page Facebook. En général, ces jardiniers ne sont pas autonomes dans les gestes de la vie quotidienne. Eux aussi rapportent des plantes chez eux, notamment ceux qui ont un balcon prêt à les accueillir. En sens inverse, Emmanuelle intervient dans une maison de retraite où le jardin existant était peu utilisé. « L’objectif pour ces personnes très âgées qui sortent peu de leur chambre, voire de leur lit, est de sortir pour aller au jardin. »

Une place pour les particuliers

« Nous ne sommes pas uniquement un lieu qui accueille des personnes en situation de handicap. Nous accueillons aussi des particuliers. Ainsi, une jeune fille souffrant de phobie scolaire a pu travailler la confiance, l’autonomie et la prise d’initiative. D’autres parents commencent à nous appeler. Un golf local nous a également sollicités pour des ateliers avec les enfants. C’est en réflexion. Car nous ne sommes pas animateurs, ni orientés vers l’occupationnel. » En tant que jeune association, le Jardin de Vezenne étudie toutes les pistes dans le respect de ses objectifs de départ.

Le Jardin de Vezenne vit aussi autour d’animations ouvertes à tous, comme ce récent atelier autour des plantes sauvages et comestibles avec un temps de cueillette et un temps de dégustation. Notons en passant que le Jardin de Vezenne a fait l’objet d’une campagne de financement participatif sur le site Tudigo et a reçu des financements locaux, notamment du Crédit Agricole.

Il est encore un peu tôt pour parler de bilan. Dix semaines, c’est une goutte d’eau dans la vie d’un jardin. Emmanuelle et ses partenaires ont le plaisir d’avoir concrétisé leur rêve et d’y accueillir des personnes dont le visage s’illumine souvent au contact de la nature et des animaux (canards, chèvres). Emmanuelle constate qu’il n’est pas toujours facile de travailler en collaboration avec les équipes déjà surmenées. Ainsi, sa proposition de fournir des écrits d’évaluation et de synthèse ne semble pas susciter beaucoup d’intérêt. Mais l’idée que le contact avec la nature apporte des bienfaits fait son chemin auprès de ses interlocuteurs. Et le Jardin de Vezenne est désormais un lieu où des personnes vulnérables font l’expérience de ce contact.

Pour contacter l’équipe du Jardin de Vezenne :

jardindevezenne@gmail.com

http://www.jardindevezenne.fr/

https://www.facebook.com/jardindevezenne/

 

Le bonheur

Le bonheur est dans le jardin, certes. Mais qu’est-ce que le bonheur ? Je n’ai jamais pris le temps d’explorer cette question depuis six ans que ce blog a vu le jour. Il est peut-être temps d’y réfléchir…

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Mes deux garçons, heureux, dans un jardin au Canada il y a plusieurs années.

 

Il y a quelque semaines, un CATTP (Centre d’activité thérapeutique à temps partiel) m’a demandé d’animer un débat sur le bonheur avec un groupe de patients. L’équipe avait préparé le débat en regardant une conférence de Christophe André sur ce sujet dont il est spécialiste. Franchement, intervenir après Christophe André est intimidant. Mais en fait, je n’étais pas là pour étaler ma (petite) science, même si mon intérêt pour la psychologie positive était sans doute la raison qui m’avait valu cette invitation. J’étais là pour animer le débat avec la vingtaine de personnes présentes, des usagers ayant des problèmes de santé mentale dont je ne connaissais pas les détails. Et tant mieux car je pouvais ainsi les considérer d’abord comme des personnes, plutôt que comme des étiquettes pathologiques. Le débat fut très animé. A part quelques timides, la plupart des présents avaient des idées bien affirmées et des questions très pertinentes. Au bout de deux heures, nous avons dû mettre fin à la discussion qui aurait pu continuer encore un bon moment. Nous avons tous une petite idée sur le bonheur, si nous nous arrêtons quelques instants pour y réfléchir.

Des micro moments de bonheur

Tout d’abord, je vous renvoie vers la conférence de Christophe André (partie 1 et partie 2). Une conférence pleine de faits scientifiques et de bon sens. Où l’on apprend que le bonheur est un état vers lequel on tend sans cesse plutôt qu’un but qu’on peut atteindre une fois pour toutes. Une équation entre ressentir un certain bien-être et en avoir conscience. Sinon on passe à côté du bonheur et on ne le reconnaît que quand il est parti.

Le bonheur, c’est une série de moments fuyants et éphémères que la psychologue américaine Barbara Fredrickson appelle des « micro moments ». Dans sa théorie de l’élargissement constructif des émotions positives – broaden and build theory of positive emotions en anglais– elle considère que toutes les émotions positives élargissent notre façon de penser, le répertoire de nos idées et de nos actions. Je trouve cette idée très séduisante.

A quoi sert le bonheur ? Christophe André le décrit comme un carburant qui nous permet de résister à la tragédie humaine et à la certitude que nous mourrons un jour, un carburant qui rend la vie non seulement supportable, mais aussi appréciable. On peut ici distinguer l’hédonisme qui fait du plaisir le bien suprême et l’eudémonisme qui fait du bonheur la conséquence d’une vertu parfaite et d’une existence accomplie (ce qu’on appelle aussi « the good life » ou la vie bonne).

Les points communs des gens heureux 

Les gens heureux ont quelques habitudes, a-t-on remarqué. Ils sont plus enclins à accomplir des actes de gentillesse (random acts of kindness), ils font de l’exercice et cultivent leur bien-être physique. Ils sont mus par une motivation intrinsèque : ils agissent dans le sens de leurs valeurs et font ce qu’ils aiment au point de perdre la notion du temps et d’eux-mêmes. C’est ce que Mihaly Csikszentmihalyi, l’autre père de la psychologie positive avec Martin Seligman, appelle le « flow ». Ils sont animés par une vision positive faite d’optimisme, de gratitude d’espoir, de capacité à pardonner et de bienveillance envers soi. Ils possèdent certaines forces de caractère (la créativité, l’humour, la persévérance, l’humilité, le courage, la curiosité, l’appréciation de la beauté) que l’on peut explorer chez soi sur ce site.

Mais il ne faut pas croire que nous sommes naturellement soit des surdoués, soit des ratés du bonheur. Bien sûr, il existe des obstacles au bonheur. Christophe André en liste quelques-uns : l’anxiété et la dépression, des prédispositions génétiques qui laissent cependant toujours une marge de manœuvre, certaines leçons de l’enfance, le manque de soutien social, notre mode de vie matérialiste avec la publicité qui fait des raccourcis entre consommation et bonheur, le règne de l’image, la pléthore de choix qui nous assaillent,…Mais chacun de nous peut cultiver le bonheur. Sans tomber non plus dans la dictature du bonheur. Les gens heureux ne fuient pas les moments difficiles, ils les accueillent et les acceptent.

Et le jardin dans tout cela?

Et nous voici de retour au jardin. Pourquoi est-ce que ce blog s’appelle Le bonheur est dans le jardin ? C’est un nom qui sonnait bien quand je l’ai choisi il y a six ans, mais qui a pris tout son sens au fil du temps pour moi. Parce que dans un jardin, malade ou bien-portant, on vit beaucoup de moments qui boostent le bonheur directement ou en combattant certains obstacles au bonheur. Des moments où on est pris dans le « flow », la tâche qui nous motive au point de s’oublier dans l’activité. Des moments de pleine conscience. Des moments de lien social où on rompt l’isolement. Le jardin permet une activité physique (rappelez-vous, l’activité physique est une source de bonheur), qui est en plus pleine de sens. Au jardin, on cultive aussi l’estime de soi, la motivation, l’attention, l’espoir, la gratitude, la bienveillance, la connexion au temps, à l’espace et tant d’autres choses…

 

Les jardins qui soignent dans les média

Et pendant ce temps-là, l’idée que les jardins soignent fait son bonhomme de chemin. Chaque émission de radio, chaque article sur le sujet répand l’idée que le jardin est un remède naturel si accessible. Merci à Didier, à Paule et à Vitalija.

Les jardins thérapeutiques sur France Inter

Nature en ville et jardin « didactique » sur le toit d’un hôpital en Suisse

Un jardin thérapeutique dans l’hôpital psychiatrique St-Jean-de-Dieu à Leuze-en-Hainaut en Belgique

Un potager contre la désespérance sociale et la criminalité à Marseille

Si vous rencontrez des articles sur les jardins thérapeutiques, n’hésitez pas à partager vos liens dans les commentaires.

Anna Six : « Je revendique le droit au jardin pour tous »

Fondation Truffaut Juin 2017 165408

Vous avez découvert Anna dans le dernier billet. En pleine reconversion professionnelle à l’Ecole du Breuil où elle est en train de terminer une licence professionnelle Eco Paysage Végétal Urbain, elle amène un regard nouveau et une grande sensibilité aux jardins de soin. Après une formation initiale en arts appliqués, elle se lance d’abord dans le métier de sérigraphe et de dessinatrice textile en agence. Mais il lui manquait quelque chose. « Il y a un an et demi, j’ai eu une grosse remise en question. J’étais intéressée par la permaculture, le lien social. Le jardin me travaillait », raconte-t-elle.

Sur lettre de motivation, elle intègre la 3e année de la licence à l’Ecole du Breuil. Dans le cadre de son stage en alternance, elle rencontre Florence Pougheon Pultier du Conseil général des Hauts-de-Seine qui s’intéresse de près aux vertus du jardin thérapeutique. Une rencontre déterminante puisqu’Anna assiste aux ateliers du Parc des Chanteraines et rédige un mémo sur les bénéfices des jardins de soin pour les usagers (en chemin, elle rencontre aussi Stéphanie Personne et Laure Bentze de Terr’Happy qui viennent de rendre une étude détaillée sur le jardin thérapeutique du Parc des Chanteraines). Mais le Conseil général a d’autres projets dans les cartons et Anna se met au travail sur la requalification d’un jardin pédagogique sur l’Île Saint-Germain.

« C’est un jardin qui a 20 ans et qui est devenu obsolète. L’idée était de le rendre accessible aux personnes à mobilité réduite, aux personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, aux personnes souffrant de déficiences intellectuelles et aux collégiens. J’ai imaginé un projet de jardin que je présente au Conseil général ces jours-ci », explique Anna. Tonnelle, fruitiers, le jardin conçu par Anna offrira plusieurs ambiances malgré quelques difficultés d’accessibilité inhérentes à la topologie. « On revendique le droit au jardin pour tous, en autonomie ou accompagné, pour participer à des activités ou juste pour profiter. »

Un parcours de rencontres

Elle revient sur le concours Truffaut qu’elle a gagné il y a quelques semaines. « Daniel Joseph de la Fondation Truffaut est venu nous présenter le concours. Je l’ai pris comme exercice pour réfléchir de A à Z à un projet. Je savais que Truffaut travaillait déjà avec l’hôpital Robert Debré qui est proche de chez moi et qu’il y avait d’autres pistes possibles. Comme je suis un peu perfectionniste, j’ai eu pas mal de rendez-vous et d’échange avec les équipes ainsi que de la réflexion en dehors des cours. L’équipe était très motivée », raconte Anna qui a également bénéficié du soutien d’un de ses enseignantes, Anne Breuil.

Quels enseignements tire-t-elle du concours ? « Il y a beaucoup à faire, c’est passionnant. J’ai l’impression que nous avons pas mal de retard. Parler de jardin thérapeutique reste difficile en France, les Anglo-saxons ont moins de complexe. » Cet été, Anna est en train de rédiger son rapport sur le projet de l’Ile Saint-Germain qu’elle présentera en septembre pour l’obtention de la licence, partenariat entre l’Ecole du Breuil, Paris Sud et le Muséum d’Histoire Naturelle. « On constate que les malades sont trop peu amenés au jardin et inversement le jardin de soin ne devrait pas être réservé aux malades. A l’Ile Saint-Germain, on traverse le parc pour aller au jardin. Marcher, observer les oiseaux et les libellules, c’est déjà énorme. Faire des ateliers, c’est un plus. » Anna a initié des partenariats avec un CITL (Centre d’Initiation au Travail et aux Loisirs) car elle constate qu’il peut être intéressant d’externaliser les ateliers jardins par manque de moyens sur place, avec une maison de retraite aussi. Elle aimerait travailler sur le lien aidant-aidé.

Et après la licence ?

Anna adorerait réaliser le jardin perché à Robert Debré. Elle aimerait bien travailler avec Terr’Happy aussi. « Je suis attirée par le rapport entre la nature et le bien-être. Dans le fait de travailler avec une collectivité locale comme le Conseil général, j’aime agir sur le bien commun, au sein de la ville. Tout se joue au gré des rencontres. » Je pense que nous retrouverons Anna dans les mois à venir, comme Romaine Glotain, la gagnante du Concours Truffaut 2016. Décidément ce concours fait émerger les talents. Je remarque aussi que la « scène » parisienne du jardin de soin est en train de décoller…

Vous pouvez joindre Anna (anna.six (at) laposte.net).

 

Concours 2017 de la Fondation Truffaut : comprendre les jardins thérapeutiques

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Les lauréats en tablier et le jury avec Gilles Mollard, PDG de Truffaut et Daniel Joseph, directeur de la Fondation Truffaut

Pour la 3e année (concours 2015 et concours 2016), la Fondation Truffaut organisait le concours « Projet d’avenir » pour encourager les étudiants de la filière horticole et paysagère à découvrir les jardins thérapeutiques et à en concevoir un – lié à un établissement de santé ou sorti de leur imagination sans support concret. Sélectionnés par des jurys régionaux sur dossiers, sept lauréats ont fait le déplacement au siège de Truffaut à Lisses dans l’Essonne le 15 juin pour défendre leur projet devant la salle et le jury dont je faisais partie cette année encore. Pour la seconde année, les candidats concouraient dans deux catégories : Espoir (CAP, BEP, Bac, Bac Pro) et Excellence (BTS, Licence).

Il n’est pas évident lorsqu’on est un jeune élève de contacter un établissement pour rencontrer les soignants – et si possible les patients, résidents, usagers qui profiteront au final du jardin. Mais il est clair que les projets sont plus percutants lorsqu’ils sont ancrés dans un lieu précis et surtout dans une bonne connaissance des troubles dont souffrent les personnes qui fréquenteront le jardin. Difficile pour un jardin thérapeutique de n’être qu’un jardin de contemplation : des activités et une animation doivent être envisagées dès la création du jardin à laquelle il est idéal que les futurs jardiniers soient associés le plus possible.

Dans la catégorie Espoir, la gagnante est…

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Daniel Joseph, un représentant du ministère de l’Agriculture avec les gagnants de la catégorie Espoir (Romain Rousseau, Elodie Arbogast et Marie-Amélie Janin).

Marie-Amélie Janin, élève en Première Aménagement paysager au Lycée horticole de Saint Ilan dans les Côtes-d’Armor, a convaincu avec un projet autour de l’autisme. Touchée personnellement par ce trouble neurodéveloppemental à travers sa cousine, Marie-Amélie a imaginé un jardin pour « procurer des sensations à travers les plantes ». On sentait dans son projet une connaissance du trouble plus approfondi.

La 2e place revient à Romain Rousseau en Terminale d’un Bac Pro au Lycée Saint Nicolas dans le département de l’Essonne pour son jardin conçu pour la résidence médicalisée Médicis de Viry-Châtillon. Il l’a conçu comme « un lieu de partage et de rencontre pour les personnes âgées valides et invalides…il répond aussi à la demande des intervenants médicaux d’avoir un outil de travail complémentaire sur des activités de motricité, de travail de la mémoire… ».

En 3e place, le jardin d’Elodie Arbogast, élève en Première Aménagement paysager au LEGTPA Colmar Wintzenheim dans le Haut-Rhin, est destiné à l’Ehpad du Centre Hospitalier de Munster-Haslach. Elle avait à cœur l’autonomie, la déambulation et la sécurité des résidents.

 

Dans la catégorie Excellence, la gagnante est… 

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Les lauréats de la catégorie Excellence (Anna Six, Hugo Fery, Sabrina Serres et Alexandre Rigollé)

Anna Six est arrivée en tête. Etudiante en licence professionnelle Ecopaysage Végétal Urbain à l’Ecole du Breuil, elle a conçu son Jardin Perché pour une terrasse de l’hôpital pédiatrique Robert-Debré accessible aux patients et aux soignants du service de néphrologie qui accueille de jeunes patients atteints de maladies rénales. Son projet s’inscrit dans la volonté de l’hôpital de mettre en valeur les espaces verts et espaces extérieurs, dont les 7500 m2 de terrasses. Quel beau rêve si ce jardin pouvait se concrétiser et faire école….On sent dans son projet une grande sensibilité au lieu et aux besoins des patients ainsi qu’une concertation approfondie avec les soignants. Sur la petite terrasse de 18 m2, Anna a imaginé un nid perché, un lieu accueillant pour s’évader de l’hôpital autour d’un potager, d’un jardin d’herbes, de fruits rouges et de fleurs dans un camaïeu de violet et de blanc. On entendra sans doute reparler d’Anna comme de la lauréate 2016, Romane Glotain, qui participait cette année au jury et a raconté son parcours depuis un an (après une année de service civique dédiée aux jardins de soin, elle s’apprête à faire une Licence Professionnelle Techniques d’intervention et d’animation auprès de publics vulnérables à Tours pour affiner sa préparation).

Sabrina Serres est arrivée 2e avec son projet de jardin thérapeutique pour la maison de retraite La Grèze à Montdragon dans le Tarn. Etudiante en licence professionnelle Agriculture Biologique Conseil et Développement à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand en co-habilitation avec VetAgro Sup, elle avait choisi de se concentrer sur le pôle d’activités et des soins adaptés (PASA) de l’établissement qui accueille des patients présentant un diagnostic de type Alzheimer. Ce jardin d’antan doit voir le jour grâce à l’embauche d’un ouvrier d’entretien et comprendra plusieurs univers : un espace culture avec des bacs en hauteur, sur butte et au sol, des espaces de détente, un espace floral et aromatique, des espaces de biodiversité, un espace famille et une aire de déambulation colorée.

En 3e place, Alexandre Rigollé, étudiant en BTS Aménagements paysagers au CFA du Mené à Merdrignac dans les Côtes-d’Armor, a conçu un Jardin des 4 saisons pour l’Ehpad des Menhirs. Chaque saison encourage une activité (pour le printemps un potager surélevé, pour l’hiver une volière pour nourrir les oiseaux). Alexandre avait pris une journée dans son emploi du temps d’apprenti pour venir défendre son projet, signe de l’engagement des étudiants dans le concours.

En 4e place, Hugo Fery, également étudiant en BTS Aménagements paysagers au Lycée agricole d’Airion dans l’Oise, a lui aussi imaginé un « Jardin des 4 saisons » en quatre grandes zones bordées de charmille et offrant des espaces intimes pour la détente et la rencontre ainsi que des zones de culture pour des ateliers de jardinage.

Une piste pour faire évoluer le concours

Bravo à tous ces élèves et étudiants dont certains ont été encadrés par leurs professeurs et d’autres ont travaillé seuls. Bravo pour leur esprit de curiosité et d’aventure, pour cette prise de risque dans leur jeune parcours. Certains projets sont des jardins purement « techniques ». Ces présentations ne parlent que de végétaux, éventuellement des cinq sens (ce qui fait à chaque fois bondir ceux qui travaillent dans les jardins avec des malades car ce n’est que le petit bout de la lorgnette). On ne sent pas toujours le côté humain et la compréhension des personnes malades. Normal car cette dimension n’est pas leur spécialité et ne s’apprend pas en cinq minutes sur Internet. Si la Fondation Truffaut veut sensibiliser les jeunes de la filière horticole aux jardins thérapeutiques, il y a bien une solution qui m’a traversé l’esprit pendant que j’écoutais les candidats. Le concours serait tellement plus riche si un binôme étudiant en horticulture/étudiant en santé pouvait plancher ensemble sur les projets. L’un apporterait sa connaissance de l’humain, le point de départ. Et l’autre sa connaissance des végétaux, cette indispensable méditation vivante.