A Singapour, des personnes âgées et des jardins

Il y a quelques semaines, l’Université de Floride publiait un panorama de l’hortithérapie dans le monde, un panorama qui citait d’ailleurs la Fédération Française Jardins Nature et Santé. L’article distinguait les pays qui se sont dotés de programmes de référencement professionnel et d’accréditation comme les Etats-Unis, le Canada, Hong Kong et Taiwan et ceux qui n’ont pas encore atteint ce niveau de professionnalisation. L’article affirme que la pratique de l’hortithérapie se développe même dans des pays sans association professionnelle et c’est tant mieux. Tout de même, une association qui rassemble les divers professionnels « alliés » est un énorme atout pour faire connaitre et reconnaitre cette médiation encore trop confidentielle.

Dans notre tour du monde, je vais m’arrêter ce mois-ci à Singapour. Malheureusement, je n’ai pas pu discuter en direct avec les acteurs de l’hortithérapie dans ce minuscule état insulaire au sud de la Malaisie. Mais les traces en ligne d’une activité d’hortithérapie, tournée majoritairement vers les personnes âgées, sont nombreuses.

Singapour et son National Parks : une île qui se préoccupe de la nature

A en croire ce site gouvernemental, la nature et la biodiversité font l’objet d’efforts intenses depuis plusieurs décennies. « NParks va continuer à développer le réseau de parcs naturels et nous visons à avoir 200 hectares supplémentaires de parcs naturels d’ici 2030 », peut-on lire en ligne. « Ces parcs naturels servent de zones tampons et d’habitats complémentaires permettant à la faune et à la flore indigènes de Singapour de se développer, tout en permettant aux visiteurs de profiter d’activités liées à la nature en perturbant le moins possible les réserves naturelles. »

Excellente nouvelle, ces efforts font la part belle à la dimension thérapeutique de la nature et aux jardins thérapeutiques. « NParks intègre également davantage de paysages thérapeutiques dans les jardins et les parcs. Nous avons développé des jardins thérapeutiques spécialement conçus et programmés pour les personnes âgées. NParks développe également d’autres typologies de jardins pour répondre à diverses pathologies telles que les troubles de l’hyperactivité avec déficit de l’attention (TDAH), la démence, les accidents vasculaires cérébraux, les troubles cardiaques et de l’humeur. D’ici 2030, il y aura 30 jardins thérapeutiques à Singapour pour répondre à différents besoins. »

30 jardins thérapeutiques adaptés à une variété de besoins d’ici 8 ans! Pour une ville nation de 5,4 millions d’habitants vivant sur 700 km² (sous la gouvernance de la présidente, Halimah Yacob, depuis 5 ans). Pour comparaison, la France compte 65,5 millions d’habitants pour 643 801 km². Et le nombre de jardins thérapeutiques en France est, quant à lui, un mystère.

Depuis 2016, huit jardins thérapeutiques ouverts

Sur le site de National Parks ou NParks pour faire plus court, on trouve bien sûr des informations plus précises sur les jardins thérapeutiques déjà ouverts. « Nous avons développé une série d’ateliers adaptés aux groupes de personnes âgées, aux personnes atteintes de démence et à d’autres besoins spécifiques. Ces programmes sont dirigés par des guides qualifiés et ont été spécialement conçus pour : promouvoir les exercices de faible intensité et améliorer les capacités motrices, stimuler la mémoire, encourager les interactions sociales positives et la connexion avec la nature et promouvoir la pleine conscience. »

On trouve en ligne le calendrier des ateliers dans huit jardins, répartis dans autant de parcs de Singapour, auxquels on peut s’inscrire. Ainsi 16 ateliers sont proposés pour le mois de décembre ! Que fait-on dans ces ateliers ? Le site liste des activités : propagation de plantes comestibles, fabrication de sacs de senteurs, collage de feuilles, jardinage (taille, arrosage, désherbage), culture de pousses comestibles, pressage de fleurs et de feuilles sur des cartes. Les ateliers sont encadrés par des bénévoles formés et les organisateurs se disent à la recherche de nouveaux bénévoles. En 2021, un journal local se faisait l’écho de l’ouverture d’un de ces jardins thérapeutiques. A suivre, une autre initiative intéressante est l’entreprise sociale Edible Garden City qui encourage à la fois l’agriculture urbaine et l’hortithérapie. Vous pouvez en apprendre plus sur Edible Garden City et son fondateur, Bjorn Low, ici, ici et .

Ces jardins et les activités proposées sont basés sur les preuves. Sur cette page, National Parks explique les fondements scientifiques des interventions basées sur la nature. Les principes de conception des jardins thérapeutiques sont expliqués dans ce guide coécrit par une flopée de spécialistes en 2016, date de l’ouverture du premier jardin thérapeutique baptisé HortPark. Si vous avez été formé.e à l’hortithérapie en France, vous serez en terrain familier (biophilie, théorie de la restauration de l’attention, théorie de la réduction du stress). A cette exception près que, à part Eric Fromm pour l’hypothèse de la biophilie, les chercheurs à l’origine de ces théories ne sont pas nommés !

Des jardins thérapeutiques objets d’études

Dans la tradition des interventions fondées sur les preuves comme j’en parlais le mois dernier, ces jardins thérapeutiques et les activités dans la nature ont fait l’objet de recherches. Sur cette page déjà citée, vous trouverez les références de plusieurs publications pour la période 2017-2020. Retenons-en deux.

Un essai contrôlé randomisé étudient plusieurs biomarqueurs et mesures psychosociales. Tout d’abord, cette étude publiée en 2018 qui s’intitule « Effects of Horticultural Therapy on Asian Older Adults: A Randomized Controlled Trial ». Un essai contrôlé randomisé, le saint graal de la recherche, est une méthode rarement utilisée dans la recherche sur les écothérapies. Par « randomisé », il faut comprendre que les participants ont été assignés dans le groupe hortithérapie ou dans le groupe contrôle (une liste d’attente) de manière randomisée. Vous pouvez lire l’étude en intégralité en la téléchargeant sur ResearchGate.

En voici le résumé : « L’effet de l’horticulture thérapeutique (HT) sur les biomarqueurs immunitaires et endocriniens reste largement inconnu. Nous avons conçu un essai contrôlé randomisé avec liste d’attente pour étudier l’efficacité de l’HT dans l’amélioration du bien-être mental et la modulation des niveaux de biomarqueurs. Un total de 59 adultes âgés ont été recrutés, dont 29 ont été assignés de manière aléatoire à l’intervention HT et 30 au groupe témoin sur liste d’attente. Les participants ont assisté à des séances d’intervention hebdomadaires pendant les trois premiers mois et à des séances mensuelles pendant les trois mois suivants. Des données biologiques et psychosociales ont été recueillies.

Les biomarqueurs comprenaient IL-1, IL-6, sgp-130, CXCL12/SDF-1, CCL-5/RANTES, BDNF (brain-derived neurotrophic factor), hs-CRP, cortisol et DHEA (déhydroépiandrostérone). Les mesures psychosociales ont porté sur les fonctions cognitives, la dépression, l’anxiété, le bien-être psychologique, les liens sociaux et la satisfaction de la vie. Une réduction significative du taux plasmatique d’IL-6 (p = 0,02) a été observée dans le groupe d’intervention HT. Pour le groupe témoin sur liste d’attente, des réductions significatives du taux plasmatique de CXCL12 (SDF-1) (p = 0,003), de CXCL5 (RANTES) (p = 0,05) et de BDNF (p = 0,003) ont été observées. Une amélioration significative du lien social a également été observée dans le groupe HT (p = 0,01). Conclusion : L’HT, en réduisant le plasma IL-6, peut prévenir les troubles inflammatoires et, en maintenant le plasma CXCL12 (SDF-1), peut maintenir le soutien hématopoïétique au cerveau. L’HT peut être appliquée dans le jardinage communautaire pour améliorer le bien-être des personnes âgées. »

(Ng, K. S. T., Sia, A., Ng, M. K. W., Tan, T. Y C., Chan, H. Y., Tan, C. H., Rawtaer, I., Feng, L., Mahendran, R., Larbi, A., Kua, E. H., and Ho, R. C. M. (2018). Effects of Horticultural Therapy on Asian Older Adults: A Randomized Controlled Trial. Int. J. Environ. Res. Public Health 15, 1705.)

Activités dans la nature et bien-être chez les personnes âgées sous les tropiques. Dans une autre étude publiée en 2020, Angelia Sia de NParks et ses collaborateurs se sont intéressés à l’impact des activités de nature pour « les personnes âgées asiatiques vivant sous les tropiques ». Les résultats de leur étude ont confirmé les bienfaits multiples constatés chez des personnes âgées dans d’autres endroits du monde. Pour accéder à l’article entier.

En voici le résumé. « La littérature actuelle montre que l’interaction avec la verdure urbaine peut avoir un large éventail de résultats positifs pour la santé. Des programmes ciblés basés sur la nature, tels que l’horticulture thérapeutique, se sont avérés avoir de multiples effets bénéfiques sur la santé des personnes âgées résidant dans des environnements tempérés, mais beaucoup moins de recherches ont été menées sur des populations au phénotype différent, telles que les personnes âgées asiatiques vivant sous les tropiques. L’étude actuelle a examiné les effets d’un programme d’horticulture thérapeutique de 24 sessions sur 47 participants âgés à Singapour, avec un plan expérimental pré-test post-test. Nous avons constaté que les participants ont conservé des habitudes de sommeil saines et une bonne santé psychologique, et ont montré une réduction de l’anxiété et une amélioration du fonctionnement cognitif (p < 0,05). En outre, ils ont signalé une augmentation du score moyen de bonheur après chaque session. Cette étude fournit de nouvelles preuves en utilisant un ensemble complet d’indicateurs dans les domaines affectif, cognitif, fonctionnel, psychosocial et physique, soutenant la littérature actuelle sur les avantages des programmes de nature, avec un accent nouveau sur les environnements tropicaux. Elle fournit des preuves que l’intervention basée sur la nature a le potentiel d’être transposée à des programmes au profit des personnes âgées dans les tropiques. »

(Sia, A., Tam, W.W.S., Fogel, A., Kua, E. H., Khoo, K. and Ho, R. C. M. (2020). Nature‑based activities improve the well‑being of older adultsSci Rep 10, 18178.)

Et la formation ?

Avec cet accent mis sur les jardins thérapeutiques pour les personnes âgées – mais pas que, on peut imaginer que Singapour s’est saisi de la question de la formation. Il en existe en effet plusieurs. Comme ce certificat en hortithérapie proposé par…NParks dans son Centre for Urban Greeny and Ecology (CUGE) présenté comme un cours pour des professionnels déjà sensibilisés (pas de date actuellement proposée cependant). Ou encore cette formation continue de 4 jours, une introduction à l’hortithérapie offerte par Nanyang Polytechnic (NYP). Ou encore ce certificat sur 12,5 jours, également proposé par un organisme de formation continue, celui de Ngee Ann Polytechnic (School of Life Sciences & Chemical Technology !). Mais là non plus, aucune date annoncée.

Quelques figures de l’hortithérapie à Singapour

J’ai déjà cité Angelia Sia qui est à l’origine de plusieurs études sur le sujet en tant que chercheuse au Centre for Urban Greenery & Ecology pendant plus de 10 et aujourd’hui comme directrice adjointe de la recherche au National Parks Board. Un de ses principaux centres d’intérêt est la connexion entre contact avec la nature et santé humaine.

Maxell Ng travaille pour NParks où il supervise le développement de l’hortithérapie. Il est le co-auteur de plusieurs études conduites à Singapour et en 2021 il était invité à présenter le mouvement de l’hortithérapie à Singapour par le Trellis Seminar Series de l’association écossaise en 2021.  Vous pouvez l’écouter dans cette vidéo (en anglais).

On peut aussi citer Tham Xin Kai, un paysagiste formé en Australie qui conçoit des jardins thérapeutiques dans des établissements de santé et ailleurs. Il travaille au sein de l’entreprise Hortian Consultancy qui a dédié une entité aux jardins thérapeutiques, Hortherapeutics. Découvrez quelques « case studies » et le profil de Tham Xin Kai. Et pour la route, une interview du jeune paysagiste. A savoir que Hortherapeutics ainsi que Angelia Sia semblent en contact avec Elizabeth R.M. Diehl (RLA, HTM) de l’Université de Floride. L’hortithérapie ne connaît pas les frontières.

Therapeutic garden at a nursing home in Singapore | Tham Xin Kai

Recherches internationales sur l’hortithérapie : 2012-2022

A quoi ça sert la recherche ? (Si la question avait été « A quoi ça sert l’amour ? », c’est Edith Piaf qui vous aurait fourni la réponse).

« La recherche scientifique est essentielle à la production de nouvelles connaissances pour mieux comprendre un phénomène ». Dans le cas de l’intervention non-médicamenteuse qu’est l’hortithérapie, il est utile de savoir si elle apporte des bienfaits à des personnes dans diverses situations (difficultés liées à la santé mentale ou à des maladies neurodégénératives, rééducation suite à un AVC ou un accident de la route, stress post-traumatique, etc…). Plus complexe encore : la recherche peut tenter d’expliquer comment l’intervention fonctionne, par quels mécanismes elle agit.

Vaste entreprise donc qui a pour objectif de mieux comprendre l’hortithérapie afin de mieux la mettre en œuvre et idéalement d’encourager son développement. Dans l’idéal, des études de bonne qualité doivent aider les praticiens sur le terrain, mais aussi faciliter l’adoption de l’hortithérapie en apportant des arguments dont ont besoin les décideurs, depuis les institutions de santé (ministère de la Santé, ARS,…) jusqu’aux responsables d’établissements, aux médecins, aux chefs de service. Ca, c’est dans l’idéal.

On se situe là dans un modèle inspiré de l’Evidence-Based Medicine ou médecine fondée sur les preuves qui veut que c’est en combinant le sens clinique et les résultats de la recherche la plus récente et la plus probante qu’on obtient la solution la plus adaptée au patient, à la personne aidée. Ce sont les mêmes principes qui fondent l’Evidence-Based Design, dont Roger Ulrich est le chercheur le plus souvent cité, c’est-à-dire la conception d’établissements de santé fondée sur les données de la recherche, sur les preuves.

Toutes les études ne sont pas égales

Pourtant impossible d’appliquer à l’étude de l’hortithérapie les mêmes méthodologies que celles utilisées dans la recherche médicale. Ainsi, il n’est pas possible d’étudier une activité d’hortithérapie en double aveugle où ni le soignant, ni le participant ne sauraient si l’hortithérapie est appliquée ou pas ! Malgré tout, l’objectif est de mettre au point des méthodologies aussi rigoureuses que possibles pour s’assurer qu’on observe bien ce qu’on cherche à observer, en « contrôlant » le plus possible les variables. Or, toutes les études ne sont pas égales en qualité et en puissance. Parfois la qualité n’est pas au rendez-vous, pour de multiples raisons. C’est ce que pointe cette revue Cochrane des études concernant l’hortithérapie et la schizophrénie (pour plus d’infos sur les revues Cochrane). Faire de la recherche, c’est important. Mais faire de la bonne recherche, qu’elle soit quantitative ou qualitative, c’est encore mieux.

Comment trouver des études pertinentes ?

Plus besoin d’avoir accès à une bibliothèque universitaire pour trouver des études publiées dans des journaux scientifiques. Grâce àGoogle Scholar, ResearchGate ou Base si vous souhaitez « dégoogliser » votre vie, on peut identifier des études qui aideront à monter un projet de jardin thérapeutique ou bien à faire la revue de littérature nécessaire avant de lancer…une nouvelle étude. Les revues de littérature et les méta-analyses sont particulièrement intéressantes.

En 10 ans, le nombre de publications a fortement augmenté (15 600 résultats pour « horticultural therapy research » en la période 2010-2020 contre 6 400 pour 2000-2010). Les personnes âgées et les personnes souffrant de troubles psychiques ont reçu le plus d’attention. Actuellement beaucoup d’études sont issues de chercheurs en Corée, Chine, Japon et Singapour.

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10 ans, 10 articles

Voici une sélection tout à fait aléatoire de 10 études, revues de littérature ou méta-analyses publiées ces 10 dernières années. J’ai essayé de montrer la variété des sujets. Un autre parti pris était que l’article entier soit disponible en ligne gratuitement. J’ai extrait la conclusion de chaque article, mais allez plutôt découvrir l’intégralité par vous-même.

Amélioration de l’attention et de la socialité chez les enfants présentant une déficience intellectuelle

Kim, B. Y., Park, S. A., Song, J. E., & Son, K. C. (2012). Horticultural therapy program for the improvement of attention and sociality in children with intellectual disabilities. HortTechnology, 22(3), 320-324.

Conclusion. L’utilisation d’un programme d’hortithérapie, basé sur la théorie de la modification du comportement de Skinner et sur la section vie du programme d’enseignement scientifique du septième programme d’éducation spécialisée, a permis une amélioration significative de la sociabilité des enfants présentant des déficiences intellectuelles. Pour que le programme ait un impact majeur, les recherches futures devraient prendre en compte les niveaux de handicap, l’année scolaire, le nombre de participants et d’autres facteurs.

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Réduction du stress et de la dépression post-traumatique

Kotozaki, Y. (2013). The psychological changes of horticultural therapy intervention for elderly women of earthquake-related areas. Journal of Trauma Treat, 3(1), 1-6.

Conclusion. Cette étude suggère que l’hortithérapie améliore le stress lié au tremblement de terre, comme la dépression, chez les femmes âgées qui vivent dans la zone sinistrée du tremblement de terre du Grand Est du Japon et que les effets psychologiques de l’hortithérapie sont durables. Nous pensons que l’hortithérapie peut être en mesure de suggérer la possibilité est l’une des interventions efficaces pour le stress lié au tremblement de terre. Nous espérons que l’hortithérapie se répandra en tant que soutien psychologique à moyen et long terme dans les zones de catastrophe naturelle.

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Conception de jardins et personnes âgées atteintes de troubles cognitifs

Charras, K., Laulier, V., Varcin, A., & Aquino, J. P. (2017). Conception de jardins à l’usage des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs: revue de la littérature et cadre conceptuel fondé sur la preuve. Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 15(4), 417-424.

Résumé. L’exploitation des jardins en tant que lieu de convivialité, d’activité et de ressourcement, rencontre de plus en plus de succès dans les établissements sociaux et médico-sociaux accueillant des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs. Cependant, les publications scientifiques sur les bénéfices des jardins sur les personnes âgées atteintes de troubles cognitifs sont rares. Cette revue de la littérature a pour objectif de dégager les principales données scientifiques relatives aux aménagements, aux usages et aux vertus thérapeutiques des jardins pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. À partir des composantes tirées des principaux modèles de conception de jardins théra- peutiques, une démarche de design fondé sur la preuve a été adoptée afin de déterminer l’impact sur le bien-être et le comportement des personnes malades. Vingt-deux articles ont été sélectionnés pour les besoins de cette étude avec un niveau de preuve faible en regard aux standards scientifiques. Les résultats de cette revue de la littérature font ressortir six dimensions de conception paysagère. Ces six dimensions sont regroupées dans un cadre conceptuel et discutées en termes de conception paysagère et d’impact sur les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

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Méta-analyse sur l’amélioration des fonctions cognitives

Tu, H. M., & Chiu, P. Y. (2020). Meta-analysis of controlled trials testing horticultural therapy for the improvement of cognitive function. Scientific reports, 10(1), 1-10.

Résumé. L’amélioration de la fonction cognitive est l’un des problèmes mondiaux les plus difficiles à résoudre pour la population souffrant de troubles cognitifs. L’hortithérapie fait appel à l’expertise d’un hortihérapeute qui établit un plan de traitement pour des activités horticoles visant à obtenir des changements cognitifs et à améliorer ainsi la qualité de vie liée à la santé. Cependant, des preuves plus convaincantes démontrant l’effet de l’hortithérapie sur la fonction cognitive sont essentielles. L’objectif de cette étude était de réaliser une méta-analyse d’essais contrôlés testant l’effet de l’hortithérapie sur la fonction cognitive. Les résultats indiquent que les programmes d’hortithérapie améliorent significativement la fonction cognitive. L’ampleur de l’effet du programme d’horticulture thérapeutique était importante. Les résultats de cette méta-analyse ont des implications importantes pour la pratique et les politiques. Les systèmes de santé contemporains devraient considérer l’hortithérapie comme une intervention importante pour améliorer la fonction cognitive des patients. Les gouvernements et les décideurs politiques devraient considérer l’horticulture thérapeutique comme un outil important pour prévenir le déclin de la fonction cognitive chez les personnes atteintes de troubles cognitifs.

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Activité horticole à l’école primaire et réduction du stress

Shao, Y., Elsadek, M., & Liu, B. (2020). Horticultural activity: Its contribution to stress recovery and wellbeing for children. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(4), 1229.

Conclusion. La présente étude a apporté un soutien scientifique aux impacts physiologiques et psychologiques de l’activité horticole sur les élèves de l’école primaire. L’activité horticole pendant 5 minutes a amélioré la relaxation physiologique des enfants en supprimant l’activité du système nerveux sympathique et la conductance de la peau par rapport à l’utilisation du téléphone portable. En outre, l’activité horticole a eu tendance à soulager les niveaux d’anxiété et à apporter plusieurs avantages pour la santé tels que le confort, la relaxation, la gaieté et les émotions naturelles des enfants. Il a été démontré de manière décisive que les enfants pouvaient grandement bénéficier physiologiquement et psychologiquement de l’activité horticole. En général, les résultats ont des applications importantes et un grand potentiel pour être intégrés comme programme quotidien pour les élèves dans les écoles.

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Hortithérapie et réduction du risque suicidaire chez des vétérans

Meore, A., Sun, S., Byma, L., Alter, S., Vitale, A., Podolak, E., … & Haghighi, F. (2021). Pilot evaluation of horticultural therapy in improving overall wellness in veterans with history of suicidality. Complementary therapies in medicine, 59, 102728.

Conclusion. Cette évaluation d’un programme pilote fournit des preuves préliminaires que les interventions d’hortithérapie réduisent les symptômes des syndromes cliniques qui ont été associés au risque de suicide. Compte tenu des avantages potentiels pour nos vétérans qui présentent un risque de suicide beaucoup plus élevé, l’intervention d’hortithérapie peut être une intervention thérapeutique prometteuse pour promouvoir la résilience et améliorer le bien-être général des populations de vétérans à risque.

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Un programme d’Éducation Thérapeutique du Patient, jardin et art-thérapie pour des patientes obèses

Sittarame, F., Lanier-Pazziani, M., Chambouleyron, M., & Golay, A. (2021). ETP/TPE.

Conclusion. Le programme « Jardin et art-thérapie » pour les patientes souffrant d’obésité propose un nouveau terrain de travail en éducation thérapeutique du patient. Cet espace thérapeutique situé entre nature maîtrisée et création offre un cadre aux patientes pour penser, projeter et transformer leur rapport à leur corps, à leur maladie et plus largement à leur vie.

Un temps éducatif et réflexif permet de révéler les prises de conscience, les liens entre ce qui est fait dans le jardin extérieur et ce qui est mobilisé dans le « jardin intérieur ».

Un cadre thérapeutique solide est nécessaire pour accueillir le rapport intime des patientes à leur corps, leur histoire et leurs émotions. L’association du travail au jardin et de l’art-thérapie dans un programme d’éducation thérapeutique semble être pertinente et pourrait être transposable à d’autres maladies chroniques.

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Au delà de l’hortithérapie, les interventions basées sur la nature

Coventry, P. A., Brown, J. E., Pervin, J., Brabyn, S., Pateman, R., Breedvelt, J., … & White, P. L. (2021). Nature-based outdoor activities for mental and physical health: Systematic review and meta-analysis. SSM-population health, 16, 100934.

Conclusion. Cette revue systématique large et inclusive visait à identifier et à synthétiser les preuves provenant d’études contrôlées et non contrôlées sur l’efficacité des interventions basées sur la nature pour la santé mentale et physique parmi les populations adultes de la communauté. Notre revue montre que les interventions en plein air basées sur la nature améliorent les résultats en matière de santé mentale chez les populations adultes dans la communauté, y compris celles souffrant de problèmes de santé mentale courants, de problèmes de santé mentale graves et d’affections de longue durée. Les thérapies fondées sur la nature, telles que les bains de forêt, se sont avérées efficaces de manière constante pour tous les résultats en matière de santé mentale, bien que les preuves issues d’essais cliniques randomisés soient limitées. Les interventions de jardinage de groupe et d’exercices verts sont également efficaces pour améliorer les résultats en matière de santé mentale, bien que les effets soient moins forts pour l’affect négatif, en particulier chez les populations souffrant de maladie mentale grave. Nous avons trouvé moins de preuves que les interventions basées sur la nature amélioraient la santé physique, mais il existe un potentiel pour que les exercices verts et le jardinage augmentent l’activité physique.

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Hortithérapie et santé générale chez les personnes âgées

Wang, Z., Zhang, Y., Lu, S., Tan, L., Guo, W., Lown, M., … & Liu, J. (2022). Horticultural therapy for general health in the older adults: A systematic review and meta-analysis. PloS one, 17(2), e0263598.

Conclusion. L’hortithérapie peut améliorer la fonction physique et la qualité de vie des personnes âgées, réduire l’IMC et améliorer l’humeur positive. Une durée appropriée d’hortithérapie peut être de 60 à 120 minutes par semaine pendant 1,5 à 12 mois. Cependant, on ne sait toujours pas ce qui constitue une recommandation optimale.

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Hortithérapie, anxiété et dépression

Lasater, C. (2022). A Systematic Review of Studies Evaluating the Effectiveness of Horticultural Therapy for Increasing Well-Being and Decreasing Anxiety and Depression.

Conclusion. De nombreuses études ont démontré des corrélations entre le manque de contact avec la nature (ou le temps passé à l’intérieur) et des conséquences négatives sur de nombreuses variables. Ces variables comprennent les variables de santé mentale, les variables de santé physique et le bien-être social et spirituel. Une revue des revues systématiques et des méta-analyses a indiqué que l’horticulture thérapeutique est une intervention efficace pour de nombreuses populations sur un large éventail de variables de résultats. La revue systématique et la méta-analyse suivantes s’appuient sur les connaissances existantes en étudiant l’efficacité de l’horticulture thérapeutique et son utilité potentielle en tant qu’intervention en travail social.

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Colleen Griffin : une hortithérapeute indépendante et impliquée

Dans l’état du Maine, aux Etats-Unis

Colleen Griffin a suivi la formation d’hortithérapeute du Horticultural Therapy Institute (HTI) de Rebecca Haller et Christine Capra, formation que j’ai moi aussi suivie en 2010-2011 sans aller jusqu’au titre de Horticultural Therapist Registered comme Colleen qui a été diplômée en 2018. Puis Colleen est devenue co-auteure du blog du HTI, pour lequel j’ai aussi écrit il y a plusieurs années. Pas étonnant que je ressente une sorte de camaraderie par association avec Colleen. Quand j’ai lu son dernier billet intitulé « Dormance : la réponse de la nature aux jours sombres de l’hiver », j’ai été très touchée par les idées qu’elle exprimait. J’ai eu envie de discuter avec Colleen et de lui consacrer ce premier billet dans mon voyage autour du monde de 2022.

Colleen Griffin

Il y a quelques jours, alors que l’état du Maine où elle vit se remettait d’une forte tempête de neige, nous avons passé un moment très cozy sur Zoom pour parler de son parcours et de ses projets dont celui qui l’occupe tout particulièrement pour les Dempsey Centers for Quality Cancer Care. Pour les fans de Grey’s Anatomy, le nom de Patrick Dempsey évoquera le personnage du Dr. Derek Shepherd. C’est en honneur de sa mère touchée par le cancer que l’acteur a fondé et reste très impliqué dans cette association caritative qui accueille et soutient les patients et leurs proches.

Quant à Colleen, voici comment elle résume son parcours. « Après une carrière de 25 ans dans le domaine de la santé, j’ai décidé qu’un changement était nécessaire. J’ai suivi mon cœur et me suis inscrite à des cours d’horticulture dans un community college local. C’est à partir de là que j’ai découvert l’hortithérapie et que j’ai suivi la formation du HTI dans le Colorado. J’ai obtenu mon HTR en 2018 et j’ai depuis travaillé avec des adultes et des enfants ayant des besoins spéciaux dans des programmes professionnels et développementaux/comportementaux. Depuis 4 ans, je suis affiliée aux Dempsey Centers for Quality Cancer Care, qui servent non seulement les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer, mais aussi leurs familles et leurs soignants. Mon travail avec Dempsey est axé sur la réduction du stress basée sur la pleine conscience. » 

Mais ce n’est pas tout. Colleen s’implique dans deux organisations professionnelles dédiées à l’hortithérapie ainsi que dans la formation.  « Je fais partie de l’équipe de programmation de la conférence de l’American Horticultural Therapy Association – AHTA (prochaine conférence 8-10 septembre à Kansas City). Je suis actuellement coordinatrice des membres du North East Horticultural Therapy Network (NEHTN) et j’organise le bulletin trimestriel de ce réseau. Récemment, j’ai commencé à enseigner dans le cadre du programme bénévole des maîtres jardiniers (master gardeners) de l’Université du Maine Cooperative Extension. »

Cancer, nutrition et pleine conscience

Depuis une dizaine d’années, le Dempsey Center cultive un jardin avec l’aide de master gardeners comme ceux formés par Colleen. La production sert à des cours de cuisine thérapeutique en plus d’être distribuée aux patients pour encourager une alimentation saine et équilibrée. Devant quitter son emplacement original, ce jardin a trouvé refuge dans un nouveau lieu appartement au YMCA d’Auburn l’année dernière. C’est à Colleen que le Dempsey Center confie alors la conception du jardin communautaire et d’un jardin thérapeutique attenant. Dans cette partie qu’elle rend accessible aux personnes à mobilité réduite, elle installe des bacs et une longue table de travail pour jardiner à hauteur. 

En 2021, ce sont les herbes aromatiques et un jardin sensoriel qui ont été le principal objectif. Grâce à une structure couverte et à six tables, les activités d’hortithérapie peuvent se poursuivre par tous les temps car le Maine a un climat assez rude et imprévisible. Colleen espère que cette année, le projet va continuer à mettre des racines, notamment avec un jardin d’herbes médicinales. « Mais Rome ne s’est pas construite en un jour, » rappelle-t-elle. D’ailleurs, un autre projet ambitieux est de transformer une partie du terrain en espace naturel avec des pollinisateurs et des plantes indigènes. « Cette partie restera plus sauvage et pas accessible en fauteuil. Mais ce sera un lieu pour les familles. »

Jardin thérapeutique en devenir, nivellement et préparation du terrain appartenant au YMCA.
Le jardin thérapeutique en cours d’installation au printemps 2021 dans le jardin communautaire qui l’entoure. Il contient deux lits surélevés et deux jardinières accessibles aux fauteuils roulants, fixées à une table de travail.

Le jardin thérapeutique du Dempsey Center s’adresse aussi aux soignants, pour une pause dans leur quotidien. Colleen reçoit également des enfants de personnes malades ou des enfants endeuillés. « Avec des groupes de 8 à 18 ans, ce n’est pas toujours facile ! En mai dernier, nous avons commencé avec des plantations d’haricots verts et de concombres. Les enfants peuvent venir au jardin quand ils veulent. »

Jardiner n’est pas toujours rattaché à un lieu partagé, la Covid nous a appris à être adaptable. Cet hiver, Colleen a participé à une « Cabin fever series », un programme de wébinaires associant quatre professionnelles, une diététicienne, une prof de pleine conscience, une prof d’exercice adapté et une hortithérapeute. « Pour des patients qui ne pouvaient pas se déplacer, les conférences en ligne représentaient un grand intérêt. Une femme a participé depuis l’hôpital pendant une chimiothérapie. Une mère malade et sa fille adolescente ont apprécié de ne pas parler de maladie le temps de cet échange. » 

Dans cette vidéo, Colleen vous invite à une visite du nouveau jardin et vous raconte l’histoire de sa création. 

Le jardin sensoriel se trouve dans une jardinière surélevée. Attachée à la jardinière, une activité de pleine conscience auto-guidée que les visiteurs peuvent pratique avec les plantes devant eux.
Le jardin thérapeutique du Dempsey Center sa première année

Les origines d’une vocation

C’est l’accident de la route de son fils et sa longue convalescence qui a ouvert les yeux de Colleen sur le pouvoir thérapeutique du jardin. « Le jardin est un endroit rassurant où on peut démêler ses émotions. La nature ne porte pas de jugement et vous accepte. On peut reprendre confiance. Guérir est une longue route pleine de virages. J’ai constaté qu’il y a une différence énorme entre ce que la communauté médicale appelle être guéri et le fait d’aller vraiment mieux », explique Colleen dans une émission du podcast « Ah ha moment ». Ce podcast présente le parcours de plusieurs hortithérapeutes et leur « ah ha moment », le moment où ils ont pris conscience de l’intérêt des jardins thérapeutiques et de l’hortithérapie. Je vous encourage à écouter d’autres épisodes pour découvrir les histoires de Christine Capra, Matt Wichrowski, Pam Catlin, John Murphy, Patty Cassidy et bien d’autres.

L’accident de son fils impulse une envie de changement. Le jardin l’attire naturellement car elle pressent son intérêt thérapeutique. Quand elle parle à un de ses enseignants d’horticulture de cette intuition, elle s’entend répondre : « Ce que tu décris, c’est l’hortithérapie ». Et une hortithérapeute est née.

Hortithérapeute, une profession toujours en devenir

« En 2018, nous étions deux hortithérapeutes dans le Maine, dont Kathy Perry qui a été ma superviseuse de stage pour devenir HTR. Aujourd’hui, nous sommes quatre et bientôt cinq. A mes débuts, j’ai frappé à de nombreuses portes sans succès. J’ai été très heureuse que le Dempsey Center me donne une chance. Je pense que de plus en plus d’organisations voient l’intérêt de l’hortithérapie pour les gens qu’elles accueillent »,  constate Colleen. « La pandémie a changé notre vision de ce qui est thérapeutique. J’aimerais que tous les jardins communautaires, comme ceux dans lesquels travaillent les master gardeners, aient un jardin sensoriel. Dans cette crise, nous avons tous subi des traumatismes, des deuils, des pertes et de l’isolement. Le jardin peut nous aider à traverser la pandémie. »

Depuis la France, nous pourrions avoir l’impression que les hortithérapeutes ont la belle vie aux Etats-Unis, que la pratique est acceptée à bras ouverts. Le parcours de Colleen démontre que rien n’est jamais acquis. « J’ai rencontré une hortithérapeute de Seattle sur la côte ouest des Etats-Unis. J’avais l’impression que là-bas, l’hortithérapie était bien plus avancée. Mais finalement, non. » D’ailleurs, n’est-ce pas peut-être dans cet esprit un peu rebelle et hors des clous, toujours en lutte tranquille, que l’hortithérapie se joue ? 

En tout cas, partout les hortithérapeutes cherchent à se rassembler. Aux Etats-Unis, cette envie a pris la forme de huit réseaux régionaux de l’AHTA il y a plusieurs années. Après une période où les réseaux sont devenus indépendants de l’AHTA, il y a actuellement un mouvement pour rassembler de nouveau les deux niveaux d’organisation, national et régional. Colleen fait partie de ces chevilles ouvrières du rapprochement. « C’est important d’avoir une organisation nationale plus forte sans perdre l’identité des réseaux régionaux », explique-t-elle. Colleen représente le nord-est des Etats-Unis auprès de l’AHTA tout en s’impliquant dans le North East Horticultural Therapy Network (NEHTN). « Je me suis engagée dans le NEHTN à un moment où beaucoup d’anciennes partaient. Cela m’apporte beaucoup car nous partageons les mêmes questionnements. Nous avons quatre réunions par an et de nombreux échanges. » Pour rappel, l’hortithérapie, c’est connecter les humains – dont les hortithérapeutes – et les plantes.

Le bonheur décliné en anglais

C’est avec grand plaisir que j’annonce la création du blog On the ground hébergé par le Horticultural Therapy Institute (HTI) de Rebecca Haller dont je vous parle souvent ici. On the ground reprendra des billets sur des programmes américains et français déjà décrits sur Le Bonheur est dans le jardin. HTI a décidé d’offrir de nouvelles ressources en ligne à la fois à ses étudiants, mais aussi à tout internaute intéressé. C’est le cas du blog qui est public et sera mis à jour une fois par mois. Allez y faire un tour.