Dans les Yvelines, le CH Théophile Roussel multiplie les jardins

Montesson jardin

Une partie du parc et jardin de soin au CH Théophile Roussel à Montesson, en fin de journée cet été.

 

Pour ce billet de rentrée, je vais laisser la parole à Didier Sigler. J’ai rencontré Didier pour la première fois à l’automne 2012 chez Anne et Jean-Paul Ribes. Ce charmant déjeuner, suivi d’une visite au jardin d’Epi Cure à la Maison des Aulnes, incluait également Rebecca Haller, la directrice du Horticultural Therapy Institute de Denver. Depuis, je croise Didier régulièrement, en particulier lors de la finale du concours de la Fondation Truffaut et il me donne des nouvelles des initiatives de jardins de soin qui se multiplient au sein du Centre Hospitalier Théophile Roussel à Montesson (78) où il est – attention, prenez votre souffle – coordonnateur général des activités de soins et directeur de la qualité et de la gestion des risques, sécurité et standard.

Pour présenter ce qui se fait aujourd’hui au CH Théophile Roussel, Didier Sigler m’a donné la permission de partager cet article publié dans le Théophilien, le journal interne de l’hôpital. Vous allez voir qu’il s’en passe des choses à Montesson ! Vous pouvez aussi lire cet article sur le site 66 millions d’impatients, émanation de l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé.

Il est intéressant de noter que l’hôpital est par ailleurs actif en matière de politique culturelle. Il est en effet de nouveau lauréat pour l’édition 2016-2018 du « Label Culture et Santé» qui est décerné par l’Agence Régionale de Santé et la Direction Régionale des Affaires Culturelles Ile-de-France.

Pour une mise à jour de toute dernière minute, sachez également que Didier Sigler donnera une présentation sur la place de l’hortithérapie au CH Théophile Roussel lors de la 16e édition du Congrès de L’Encéphale en janvier 2018 au Palais des Congrès à Paris. A côté des thérapeutiques du futur, de l’homme augmenté, des applications des nouvelles technologies, de la place des start-up, de l’apport du neuro-feedback ou encore de l’identification de nouveaux bio-marqueurs cérébraux, on parlera donc aussi de jardins qui soignent les patients à ce prestigieux congrès de psychiatrie.

De plus, Didier a œuvré une bonne partie de l’été avec la Fédération Hospitalière de France pour que le CH Théophile Roussel accueille des jeunes volontaires en Service Civique. Avec en particulier deux fiches de mission, l’une fléchée écothérapie (animation autour d’un parcours santé – observations, découverte de la nature, la flore et la faune au sein du parc de 30 hectares de l’hôpital) et l’autre hortithérapie (accompagnement, animation du jardin de soins Hortithérapie). Un moyen de démultiplier les effets des jardins et de la nature, dans la lignée de l’expérience de Romane Glotain (elle nous racontera cela dans un billet très prochainement). Didier Sigler déborde d’idées et il a la particularité de les mettre en œuvre rapidement, avec une persévérance de longue haleine remarquable.

En conclusion (temporaire, car nous reparlerons très certainement de Didier et de l’hôpital de Montesson), il note que les jardins participent grandement au rapprochement entre les patients, les soignants et les jardiniers. « Le jardinier référent de l’hortithérapie, un homme très réservé, est très content. Il m’a dit récemment : « Je me sens utile pour les patients et ils viennent me parler » ».

Et cette photo pour le côté souvenirs et nostalgie.

Rencontre Maule 2012

Belle rencontre à Maule en 2012. De gauche à droite : Stéphane Lanel, Jean-Paul Ribes, Anne Ribes, moi de dos, Rebecca Haller, Didier Sigler (avec le fils de Rebecca et le mien…).

 

Retour sur projets 1/2

Je ne sais pas vous, mais j’étais curieuse de savoir comment certains projets dont j’ai déjà parlé avaient évolué au fil du temps. J’avais envie de prendre des nouvelles de ces concepteurs et animateurs de jardins de soins rencontrés ces dernières années. En utilisant ce masculin de convention, je m’aperçois en fait que les femmes sont très actives dans ce domaine. Ce mois-ci, nous retrouvons France Pringuey, Carole Nahon et Jeannine Lafrenière. Le mois prochain, ce sera le tour de Cécile Deschamps, Sarah Bertolotti, Jean-Luc Valot et Alain Flandroit.

 

France Pringuey, la conception et la formation envers et contre tout

Billets d’origine : Première rencontre “virtuelle” en 2014, suivie par une visite à Nice en 2015.

Les projets : chacun son rythme

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Le Jardin des Mélisses au CHU de Saint-Etienne

« Le projet Jardin des Mélisses à Saint Etienne a certainement été ma plus belle expérience dans le domaine parce qu’accompli dans sa méthode de manière réellement professionnelle avec un succès rapide et complet », rapporte France Pringuey. « Ce projet m’a permis de valider le choix d’une méthode de conception participative s’inspirant de l’éthique et des principes de la permaculture. Le programme permet de concevoir à la fois un plan du jardin et un plan de soins conformes aux critères internationaux, répondant aux attentes de l’équipe, dans le respect des valeurs locales et réalisé avec les moyens alloués. » Une grande satisfaction doit également venir de son partenaire dans ce projet, Romain Pommier qui, fin 2016, a soutenu sa thèse sur le thème des jardins thérapeutiques. Un nouveau psychiatre 100% convaincu de la place des jardins dans le soin des patients !

Le projet de jardin à l’IME des Hirondelles de Biot avance, lui, moins rapidement. Mais l’espoir de le réaliser est toujours vivant. Cette expérience et les difficultés rencontrées pour la réalisation du Jardin thérapeutique de l’hôpital de Tende qui dépend du CHU de Nice en très grosses difficultés financières ont conduit France Pringuey à changer d’approche. « Je reviens à mes premiers objectifs : soutenir le personnel, le former, lui donner les moyens ».

L’indispensable formation : personnels soignants, paysagistes et entreprises

France Pringuey s’y investit sur plusieurs fronts. Tout d’abord, elle continue à former des personnels soignants aux concepts scientifiques qui sous-tendent les bénéfices de la relation à la nature (en particulier biophilie et phyto-résonance qui lui sont chères) et leurs applications pratiques au quotidien dans les établissements de soin. « C’est peut être finalement le point le plus important et j’essaie de le développer autant que possible. Je suis soutenue et portée par l’association Recherche et Formation-LIFT dans ce domaine », explique-t-elle. Ainsi au CHU de Tende dans les Alpes-Maritimes, le projet d’aménagement de jardin thérapeutique est en souffrance pour des raisons budgétaires. Mais cela n’a pas empêché une formation pour les personnels soignants en EHPAD et SSR (service de Suite de Soins et Réadaptation accueillant des personnes âgées souffrant de multiples pathologies et dépendantes ou à risque de le devenir).

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Le groupe formé au CHU de Tende dans les Alpes-Maritimes (France Pringuey en tee shirt blanc au centre)

 

« Le groupe projet reste mobilisé et motivé. Il a pris conscience des ressources déjà en place (Jardin de l’hôpital et salle « comme chez soi ») et de leur potentiel pour le soin au quotidien », explique France Pringuey. « Deux sessions de formation axées sur le concept de Biophilie ont permis aux participants de mieux comprendre les bénéfices de la relation à la nature pour l’être humain et ses applications pour améliorer la prise en charge et la qualité de vie à l’hôpital. S’appuyer sur des actions à caractère biophilique stimule les émotions positives et la vitalité, régule le niveau de stress, améliore les capacités d’attention, favorise la créativité au quotidien. » Les soignants sont encouragés à proposer des sorties au jardin aux patients. Pour les plus fragilisés il s’agit de rétablir une prise de contact vitale avec la réalité. Dans les services ils sont stimulés par l’exposition à la lumière du jour, les vues par la fenêtre, l’aération naturelle des chambres, une relation personnalisée au végétal, une installation intentionnée dans la salle « comme chez soi ». « Chez le soignant les actions biophiliques soutiennent l’ouverture à l’autre, une meilleure disposition à l’accueil et au « prendre soin » », conclut la formatrice pour qui il s’agit de faire avancer des projets, mais aussi d’ouvrir les esprits.

Par ailleurs, elle a mené des formations auprès de paysagistes pour les sensibiliser au concept de jardin thérapeutique, aux fondements scientifiques et aux principes de la conception participative à travers des rencontres soignants/paysagistes au CFPPA de Vaucluse. De nouvelles sessions sont prévues en 2017 avec deux niveaux, initiation et perfectionnement. Elle mène également des formations intra-entreprise et des consultations/conceptions de projets pour les jardins de bien-être en entreprise.

Publier et faire connaitre

Fin 2015, France Pringuey intervenait dans une conférence au Salon de l’immobilier d’Entreprise Porte Maillot sur le thème Biophilie et Santé. Oyez, chers lecteurs du Sud. France Pringuey signale un colloque sur les jardins thérapeutiques organisé par le CRES (Centre régional d’éducation pour la santé) le 30 juin 2017 à Marseille : l’appel à poster auprès des équipes soignantes de la région PACA est ouvert jusqu’au 15 avril. Elle y interviendra sur le thème général de l’intérêt du jardin au sein des établissements de soins ainsi que dans une table ronde « Pour la pérennité des jardins thérapeutiques, les différentes animations qui participent aux soins ».

Avec son mari, le psychiatre Dominique Pringuey, elle mène un travail de recherche pour sensibiliser les médecins psychiatres au monde des jardins thérapeutiques. On peut retrouver leurs articles sur Google Scholar (une recherche sur France Pringuey Jardin produit plusieurs articles et posters, dont certains en libre accès).

 

Carole Nahon, des enfants aux personnes âgées

Billets d’origine : le Jardin des (S)ages lancé en 2013 et déjà un retour d’expérience en 2015.

Je reproduis in extenso les commentaires que Carole Nahon m’a fait parvenir sur ses activités de l’année dernière et ses projets de cette année. Une période riche d’ateliers, de partages et d’initiatives du côté de Draguignan.

« Concernant les ateliers en 2016,

  • J’ai poursuivi les ateliers avec les résidents de l’Ehpad. Nous avons organisé une première fête des plantes en mai, proposant à la vente des réalisations de potées fleuries et de plants de basilics et de tomates, la recette étant destinée au budget du jardin du secteur protégé. Petite recette (180 euros) mais fière d’avoir lancé cette journée. Nous avons pu rencontrer les familles, les amis de l’association et leur faire visiter le jardin, leur présenter les résidents qui participaient à l’ateliers.
  • Les activités ont été élargies à la crèche qui accueillaient ma petite fille. Là, l’accueil de très jeunes enfants m’a montré que je ne me trompais pas en créant cette activité. Si certains comportements m’ont rappelé les résidents plus âgés, j’ai pu constaté le grand intérêt des tous petits pour le jardinage. Mettre les mains dans la terre, toucher l’eau, arroser les plantes, les voir pousser, grandir et les déguster est très enrichissant. Chaque enfant est reparti avec un bouquet de basilic à la maison. Les retours des éducatrices ont été très positifs, attente de l’atelier, rappel pour certains de l’activité jardin montrent à quel point cela leur faisait du bien. Du côté des éducatrices, l’activité est un grand bonheur pour elles, elles observent les enfants avec un autre oeil et ont constaté que certains, parfois réservés, pouvaient être très présents dans l’activité. Ces ateliers sont aussi bénéfiques pour elles!

 

  • Concernant le projet d’amélioration du jardin de l’unité protégée, c’est un peu moins bien. Il n’a pas beaucoup avancé, enfin pas dans le sens que nous aurions voulu, les animateurs et moi. La direction a répondu à un appel à projet (qu’elle a décroché) très contraignant dans la mesure où les  travaux engagés se feraient à condition qu’ils soient fait en dur. Ce qui a profondément modifié l’aspect du jardin. Plus de kiosque en fer forgé, plus de pergola légère…Ne maîtrisant pas ce budget, j’attends que les travaux soient terminés (ils ont commencé en janvier) pour revoir ceux du jardin, à proprement parlé. Nous envisageons de faire une fête de ce jardin avec les partenaires. Le crédit agricole, mes amies Soroptimist qui nous ont remis un chèque de 1115 euros et mon ami pépiniériste qui nous fournira les plantes et les représentants de la commune, bien entendu.
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Travaux au jardin

Depuis septembre, j’interviens au PASA. Les ateliers sont très intéressants parce que le suivi est efficace; l’arrosage, le désherbage font l’objet d’activités entre les ateliers et pour certaines des résidentes, ce sont des moments précieux et apaisants.

En novembre, accompagnées des Soroptimists et d’un bénévole de l’association de visiteurs de malades, nous avons désherbé puis végétalisé un mur que les résidents pourront voir fleurir, un peu je l’espère au printemps et en été. Jusque là ce n’était qu’un mur gris envahi de mauvaise herbe…

Et en 2017

A la fin du mois de février, j’ai commencé une activité dans une résidence pour personnes âgées. J’interviendrai une fois par mois, sur la journée. Je me réjouis d’avance car ces personnes sont plus valides, donc plus mobiles. Nous pourrons les emmener acheter les plantes qu’elles auront choisies, et j’envisage aussi la visite dans un beau jardin de la région.

Nous allons réitérer la journée des plantes fin mai, en élargissant le cercle aux autres associations qui interviennent dans la structure, avec repas et goûter pour les familles.

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Le jardin de la crèche. Les enfants ont la main verte!

Et enfin, la crèche m’a proposé de réfléchir à des interventions dans d’autres crèches du réseau « La maison bleue ». Je formerais les éducateurs-trices aux ateliers de jardinage. Challenge intéressant, non?

 

Jeannine Lafrenière inaugure un mur vivant au Québec

Billet d’origine : présentation de la Fondation Oublie pour un instant en 2015.

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Jeannine Lafrenière entourée de partenaires qui ont permis la réalisation du premier mur vivant québécois en milieu de santé.

Jeannine Lafrenière continue à puiser dans son expérience personnelle pour guider ses projets. C’est en accompagnant sa mère en maison de retraite qu’elle se rend compte de l’importance d’amener la nature à l’intérieur à cause des hivers canadiens très froids. Dans un très beau billet intitulé La dernière leçon de ma mère, elle raconte la création d’un mur végétal au Centre Bon Séjour à Gatineau au Québec. L’inauguration a eu lieu le 2 mars. Le projet est présenté sur le site de la Fondation et dans un article suite à l’inauguration.

« Les personnes du Centre Bon Séjour à Gatineau (Québec) pourront pour la première fois profiter de la Nature auprès d’elles sans avoir à se risquer dehors. Et malgré les rigueurs de l’hiver, elles pourront apprécier jour après jour tous les bienfaits que seule la Nature peut leur apporter. Leur saison d’hiver sera différente cette année et toutes les années à venir », se félicite Jeannine Lafrenière. Sa mère ne pourra pas en profiter, elle s’en est allée il y a quelques semaines. Mais elle serait fière du projet de sa fille.

Beaucoup de beaux projets, beaucoup d’énergie et beaucoup de personnes touchées grâce aux efforts de ces pionnières passionnées. Au mois prochain pour la suite.

 

 

 

Création d’un jardin : le point de vue institutionnel

« Intégration d’un jardin thérapeutique en établissement accueillant des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer et troubles apparentés ». C’est le titre du mémoire de Master 1 en Promotion et Gestion de la Santé soutenu par Arnaud Kowalczyk à l’Université de Tours en juin 2016. Vous pouvez le lire en intégralité ici.

Lorsque Paule Lebay m’a parlé du travail en cours d’Arnaud Kowalczyk, mon intérêt a été immédiat. Car si les étudiants en paysagisme se penchent de plus en plus sur les jardins thérapeutiques, c’était la première fois que j’entendais parler d’un étudiant issu du monde de l’administration des établissements intéressé par le sujet. Précisément, ce master prépare « des professionnels capables d’initier, de développer ou d’évaluer des programmes d’action en prévention et promotion de la santé efficaces et efficients » et « des professionnels sachant mettre en œuvre une gestion et un management performants au niveau de structures sanitaires et/ou sociales. » Nous aimons à dire que les animateurs de jardin devraient idéalement combiner une approche du soin et une approche du végétal. Bien sûr, mais les responsables d’établissements ont évidemment un poids très important dans la création et le succès des projets de jardins. Arnaud Kowalczyk plaide pour le besoin d’une reconnaissance institutionnelle.

Le mémoire d’Arnaud Kowalczyk commence très bien. J’ai été sensible à son rappel de la définition de la santé selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : « un état complet de bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ». Comme il l’écrit, « Il est important de rappeler cette définition qui va nous permettre de nous focaliser non pas sur la maladie d’Alzheimer ou des troubles apparentés de façon médicale et scientifique en institution, mais plutôt de l’amélioration du bien-être chez les personnes souffrant de cette pathologie et troubles associés. Ainsi, la santé environnementale définie par l’OMS, nous rappelle le rôle des facteurs environnementaux, de la qualité de vie, dans la maladie et dans l’amélioration de celle-ci ou du moins, du maintien du bien-être. »

Le mémoire s’articule autour de deux axes : les dimensions et finalités du jardin thérapeutique au niveau institutionnel pour lesquels l’auteur s’est appuyé sur la littérature et des entretiens, et la réflexion sur un jardin thérapeutique en établissement menée dans le cadre de son stage en accueil de jour.

L’auteur rappelle les différents plans qui peuvent servir de leviers d’action :

  • le plan Alzheimer de 2008-2012 dont la mesure 33 prévoit l’amélioration de l’évaluation des thérapies non médicamenteuses
  • le plan maladies neurodégénératives 2014-2019 et sa mesure 83 qui encourage une prise en charge « tournée vers des liens sociaux conservés évitant un sentiment de frustration, d’isolement pour les personnes atteintes de maladies neurodégénératives »
  • la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement qui doit favoriser la modernisation des établissements avec des bâtiments lumineux, végétalisés, dans le respect des besoins des personnes âgées et du personnel soignant…

 

Ambigüité législative et institutionnelle

L’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM) souffle le chaud et le froid : ses bonnes pratiques mentionnent « la liberté d’aller et venir, précisant que l’accès libre à un espace extérieur sécurisé et clos (jardin, terrasse) est recommandé et permet la déambulation en toute sécurité ». Mais en parallèle, l’agence rappelle qu’aucune intervention non médicamenteuse n’a apporté la preuve de son efficacité sur l’évolution de la maladie et elle se garde de mentionner explicitement le recours aux jardins thérapeutiques. Même chose du côté de la Haute Autorité de Santé. « Nous apercevons ici l’ambigüité législative, institutionnelle, quand il s’agit d’évoquer le jardin. Institutionnaliser le jardin de soin permettrait de légitimer la pratique et d’encourager les décideurs à plus de vigilance sur l’importance d’un espace pour que s’expriment les émotions, les besoins, les envies des bénéficiaires mais aussi des soignants parfois frileux à l’idée de pénétrer dans un espace non médicalisé. La rigueur de l’évaluation des traitements médicamenteux ne permet pas d’exposer aujourd’hui les évaluations souvent qualitatives des thérapies non-médicamenteuses », écrit Arnaud Kowalczyk. Ces approches sont encouragées, mais de fait marginalisées faute d’avoir fait la preuve de leur efficacité…

Après avoir fait état des associations qui œuvrent dans ce domaine – l’incontournable Belles Plantes d’Anne et Jean-Paul Ribes, la Fondation Truffaut, l’association Jardins & Santé, la Fondation de France et la fondation Médéric Alzheimer -, l’auteur s’est lancé dans un recensement des établissements accueillant des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer qui offrent un jardin thérapeutique dans le département d’Indre-et-Loire. Sur 48 établissements figurant dans le Fichier National des Établissements Sanitaires et Sociaux (FINESS), il a réussi grâce à des appels téléphoniques à identifier 15 établissements possédant un jardin thérapeutique (souvent mal connu). Signe d’espoir, plusieurs établissements lui ont répondu qu’un projet était en phase de conception. Cette méconnaissance est-elle due à au manque de visibilité des jardins thérapeutiques et la formation pourrait-elle aider ? C’est la question que l’auteur se pose en constatant, comme nous tous, que la formation est encore très embryonnaire en France. Parmi les finalités du jardin (ce que nous aurions tendance à appeler les bienfaits), Arnaud Kowalczyk liste la sociabilité, le sentiment d’utilité sociale, la spiritualité et l’imaginaire, la thérapeutique cognitive et la thérapeutique physique et sensorielle.

Réflexion dans un accueil de jour en Touraine

Dans la seconde partie du mémoire, l’auteur partage l’expérience de son stage d’un mois au sein de l’accueil de jour Relais Cajou à Ballan-Miré près de Tours qui accueille des personnes présentant des troubles mnésiques et vivants à domicile. Les Relais Cajou, gérés par la Mutualité Française, ont pour objectif d’offrir une ambiance conviviale, non médicalisée et non stigmatisante. Alors qu’un autre Relais Cajou proche (Chambray-Lès-Tours) possède déjà un jardin potager, celui de Ballan-Miré, direction et personnel confondu, a exprimé la volonté de concevoir un jardin thérapeutique dans un espace vert existant. Dans le cadre de son stage, l’auteur a participé à l’élaboration du projet. Avec l’équipe, il identifie plusieurs objectifs généraux :

  • Stimulation des cinq sens, le renforcement de la proprioception et la consolidation des conduites motrices.
  • Proposer un espace de déambulation extérieur, un but de sortie.
  • Favoriser le lien social entre l’équipe professionnelle et les bénéficiaires.

Et plusieurs objectifs spécifiques :

  • Stimuler la motricité par le travail de la terre et des outils et la marche.
  • Stimulation cognitive avec l’activité calendrier et le rappel des noms de plantes, fleurs, ce qui a été planté.
  • Stimulation visuelle et orientation temporo-spatial par cet espace de déambulation.
  • Travailler sur la réminiscence.

 

Après avoir défini les points à couvrir dans l’étude de faisabilité technique, financière et environnementale, l’auteur regrette que l’avancée du projet ait été limitée par la durée du stage même si un potager a bien été planté au printemps. Dans la dernière partie du mémoire, il s’attarde sur quelques limites humaines (la légitimité du jardin comme support au sein, l’absence de formation, le manque de temps, la peur d’un support que les soignants ne maitrisent pas) et organisationnelles (le financement, implication au long terme du personnel, les normes de sécurité et d’hygiène imposées, les freins à la consommation de la production hors d’une cuisine thérapeutique).

Et le mémoire se conclut sur ce constat. « Car, en dépit du mouvement engagé pour l’intégration des jardins dans les établissements, la dichotomie entre le soin et la nature freine l’investissement dans les formations et l’implantation en structure. Notre travail ne s’inscrit pas dans la médicalisation du jardin thérapeutique car une banalisation dans la création des jardins qui se voudrait standardisée et normée ferait perdre tout le potentiel de cet espace. L’intégration d’un jardin thérapeutique vient donc par son essence même accompagner le soigné et prendre soin de celui-ci. »

En conclusion, on sent qu’Arnaud Kowalczyk veut croire au futur des jardins thérapeutiques tout en restant conscient des obstacles à leur acceptation institutionnelle.

Patchwork

Au fil des semaines, j’accumule des références d’articles qui touchent, de plus ou moins près, au jardin de soin, à l’hortithérapie ou à la place de la nature pour les urbains. Beaucoup de ces liens circulent sur le groupe Facebook Jardins de soin ou me sont envoyés par des connaissances au courant de mon intérêt pour le sujet (merci Cléa, Nicole, Stew, Elise,…). Aujourd’hui, je les partage avec vous. Un peu en vrac. A vous de piocher dans ce qui vous intéresse.

Les Jardins de l’Humanité ont besoin de votre soutien

Les jardins de l'Humanité

Les jardins de l’Humanité

Estelle Alquier, présidente de l’association Terres Océanes, donne régulièrement des nouvelles des Jardins de l’Humanité. Voici son appel. « Les jardins de l’Humanité (19 jardins à vocation thérapeutique, historique, conservatoire, pédagogique et sociale) sont en cours de réalisation depuis septembre dernier (2015) dans le sud des Landes. Ce projet ambitieux est porté par l’association « terres océanes, cultures d’humanité » et avance grâce à l’implication de nombreux bénévolesvenus de toute la France. Nous arrivons au bout du budget de départ et pour continuer, nous faisons appel aux fondations, au financement public et à tous! Aucun doute qu’il verra le jour, cependant nous avons besoin de tous pour continuer. Une campagne de dons a démarré la semaine dernière sur le site helloasso, chaque don, dès 5 euros, est déductible des impôts et contribue à l’aboutissement de ce lieu hautement humain et écologique. Vous trouverez plus de détails sur notre site internet, accessible depuis le site de financement. »

Un jardin de soin à l’Institut Mutualiste Montsouris

Les acteurs en présence autour de ce jardin de soin inauguré en 2014: l’Institut Mutualiste Montsouris (département hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte de l’Université Paris Descartes), l’association Jardin Art et Soin d’Alain Calender et le paysagiste Louis Benech.

Quantifier les bienfaits des espaces verts en ville

« Quand les élus, ou les promoteurs, regardent le budget d’un espace vert, c’est plutôt en termes de coûts que de recettes. Vu au mieux comme un plaisir apporté à l’habitant, au pire comme une onéreuse danseuse, le jardin n’est jamais crédité de ses bienfaits. Ils existent pourtant et peuvent même être chiffrés. Pour en avoir le cœur net, l’Union nationale des entreprises du paysage a demandé à l’institut Asterès de les recenser et, mieux encore, d’en faire une traduction monétaire. De cet exercice inédit se dégagent deux informations majeures : le jardin fait faire des économies en dépenses de santé et rapporte des rentrées en recettes liées à l’attractivité. » Lire l’article de Sybille Vincendon dans Libération.

Potagers en pied d’immeuble, jardins thérapeutiques en maisons de retraite

Une émission de Périphéries sur France Inter dédié à un jardin vivrier dans le quartier Bel Air de Montreuil. Montreuil, cela vous rappellera peut-être le projet de Yves-Aubert Alonzeau, l’un des gagnants du concours d’Avenir de la Fondation Truffaut en 2016. Décidemment, on jardine beaucoup à Montreuil.

Le site Ehpadeo, créé par deux frères pour aider les personnes âgées et leurs familles, dédie une rubrique aux jardins thérapeutiques en mettant en avant des projets dans plusieurs maisons de retraite.

Des jardins qui rapprochent

En Suisse, cette initiative qui date de 2011 permet à des migrants et à des réfugiés de s’insérer au travers d’une parcelle de jardin. En Alsace-Lorraine, j’ai entendu parler de trois jardins interreligieux de la Meinau, de Valff et de Saverne. Mais peu d’information filtre sur Internet malheureusement.

L’intelligence émotionnelle des plantes

« Est-ce que les plantes sont en résonnance avec l’Homme et le règne du vivant ? » C’est la question posée dans l’émission de radio Retour aux Sources à partir du livre « L’intelligence émotionnelle des plantes » de Cleve Backster avec deux invités autour de la table de Joëlle Vérai : Bénédicte Fumey qui est porte-parole du Pacte civique et Jacques Collin, ingénieur, écrivain et conférencier. J’avoue que je n’ai pas encore écouté l’émission jusqu’au bout…

Encore plus méconnue que l’hortithérapie, la bibliothérapie

« Inspirée par la philosophie grecque, plébiscitée par Marcel Proust à la fin du XIXè siècle et complètement reconnue aujourd’hui en Grande Bretagne, la bibliothérapie se fait attendre en France. Pourtant, l’apaisement des maux de l’âme ou le renforcement du bien-être psychologique par la lecture résonnent presque comme des effets on ne peut plus évidents. Il faut dire que ces pouvoirs prêtés au livre ont des origines très anciennes et sont désormais scientifiquement prouvés. » Cet article très complet fait un bilan historique et contemporain de la lecture comme acte thérapeutique.

Le coin anglophone : une maternelle dans les arbres, des ordonnances de nature et un nouveau livre

Une jeune élève à la Fiddleheads Forest School à Seattle (photo du New York Times).

Une jeune élève à la Fiddleheads Forest School à Seattle (photo du New York Times).

A Seattle, une maternelle installée dans University of Washington Botanic Gardens fait classe dans la forêt. Un article du New York Times raconte l’expérience de Fiddleheads Forest School. On dirait que l’appel de Richard Louv dans son célèbre livre Last kid in the woods a été entendu.

De San Francisco à Washington, des médecins américains prescrivent des marches dans la nature à leurs patients. Pas seulement pour faire de l’exercice, mais aussi pour raviver leur connexion avec la nature et stimuler leur cerveau. La pratique existe aussi en Angleterre. En France, j’ai entendu une professionnelle de la santé conseiller à une patiente de marcher en pleine conscience à travers un parc qui se trouve quotidiennement sur son chemin…

David Kamp a fondé Dirtworks Landscape Architecture à New York pour explorer l’interaction de la nature, de la santé et du bien-être. Il vient juste de publier Healing Garden, un livre qui mêle théorie et pratique. Je ne l’ai pas lu. La description du livre n’est pas sans rappeler Therapeutic Landscapes de Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs.

Rétrospective

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Je vous souhaite une belle année, pleine de projets et de bonheur, de sérénité et de victoires. Avant de rentrer pleinement dans la nouvelle année, jetons un œil sur les 12 derniers mois. J’ai choisi deux thèmes pour me souvenir de 2015 sur le Bonheur est dans le jardin : les pays que nous avons visités ensemble et les contributeurs qui nous ont fait le plaisir de partager leur expérience. Un grand merci à eux et avis à ceux qui voudraient suivre leur exemple. La porte est ouverte…Merci aussi aux plus de 19 000 lecteurs qui ont visité le blog l’année dernière.

En 2015, nous avons rencontré Fiona Thackeray et son association Trellis en Ecosse, nous sommes retournés aux Etats-Unis pour faire un état des lieux de la thérapie horticole, nous avons découvert la discipline telle qu’on la pratique et qu’on l’enseigne au Japon, un projet de mur végétal dans un hôpital pour enfants au Canada, un grand jardin dans un hôpital psychiatrique en Belgique, l’association Thrive en Angleterre, un jardinier français installé en Suisse, une infirmière qui parle de deuil et de nature aux Etats-Unis et un tas d’initiatives en Suisse, Suède et Belgique grâce à une lectrice partageuse.

Du côté des contributeurs, nous avons rencontré Romain Rioult, ingénieur en paysage sensible aux vertus thérapeutiques du jardin en particulier grâce à son expérience à la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, Carole Nahon et son association Le Jardin des (S)âges à Draguignan, Tamara Singh, horticultural therapist formée à New York qui nous a raconté son expérience en plusieurs épisodes, y compris son travail au Rusk Institute, Nicole Brès qui combine art thérapie et hortithérapie et qui nous a également fait découvrir un healing garden à Philadelphie, Stéphane Lanel qui nous a parlé de sa formation en parallèle de son travail à la maison des Aulnes et Romain Pommier qui a lancé tambour battant un jardin thérapeutique au CHU de Saint-Etienne.

La semaine prochaine…

A la maison de retraite d’Onzain, les résidents s’approprient leur jardin

Paule Lebay (gauche) et Gisèle Rousseau au jardin.

Paule Lebay (gauche) et Gisèle Rousseau au jardin.

Infirmière coordinatrice de l’accueil de jour à la maison de retraite de La Treille à Onzain (Loir-et-Cher), Paule Lebay nourrit un projet de jardin depuis longtemps, deux ans au bas mot. Dans ce billet de mai 2013, elle racontait les débuts de l’association Graine de Jardins qu’elle a créée avec ses collègues Gisèle Rousseau qui est aide soignante (secrétaire de l’association) et Martine Carlet qui est aide médico-psychologique (trésorière) pour donner corps au projet de jardin. L’équipe s’est aussi étoffée d’une paysagiste, Fabienne Peyron, qui a apporté ses conseils. En mai 2014, Graines de jardin recevait le prix du jardin thérapeutique de la Fondation Truffaut qui a beaucoup soutenu le projet depuis le départ.

Travaux de terrassement, le chantier.

Travaux de terrassement, le chantier.

Dans le projet, le terrassement représentait un gros morceau pour rendre le terrain argileux propice au jardin. « J’ai demandé trois devis qui ont atteint 20 000 euros. Une difficulté était que les entreprises ne voulaient pas diviser le travail en deux lots : les bacs/le potager et la noue. Heureusement on a trouvé une entreprise du coin, l’entreprise Girard Paysage de Dame Marie, qui a proposé des tarifs plus abordables. » L’entrepreneur dont le père a été touché par la maladie d’Alzheimer a sans doute été sensible au projet. Il s’est aussi montré flexible dans le cas des fondations qui débloquent les aides sur présentation des factures acquittées, une difficulté supplémentaire pour une petite association sans trésorerie. Jusque là, Paule estime que le budget du jardin ne dépasse pas 8 000 euros, terrassement, équipements, mobilier compris. Elle aborde son premier bilan comptable avec sérénité grâce notamment aux sommes reçues par le Prix Truffaut (5 000 euros) et au prix des internautes de NotreTemps.com qui a beaucoup touché l’équipe (2 000 euros).

Un jardin ouvert dans un monde protégé

« Notre objectif était de ne pas crouler sous l’aspect sécurité. Avec Fabienne, on a voulu éviter les barrières. On a aussi choisi des plantes comme le chèvrefeuille et le muguet qui sont toxiques, mais qui sentent bon et que les résidents ne vont pas manger. Nous avons aussi des seringas, des lilas et des fleurs classiques pour des gens de cet âge, des dahlias, des glaïeuls, des capucines. Je voulais aussi des choses à picorer: framboises, cassis, groseilles, fraises. Céline du domaine de Chaumont nous a également orientés pour le choix des plantes qui parlent aux personnes âgées. »

En avril pendant la journée de plantation, rencontre entre les âges.

En avril pendant la journée de plantation, rencontre entre les âges.

Un beau samedi d’avril, les membres de l’association, des patients et des familles se sont retrouvés pour faire les plantations. Les familles sont très demandeuses et prêtes à aider car elles sont convaincues des bienfaits pour leurs proches. Les soignants sont plus réticents car ils pensent que le jardin représente un travail supplémentaire et ils ne voient pas toujours son intérêt. « Mais les choses changent. Une soignante me demande où est une résidente. Quand je lui dis qu’elle est avec nous au jardin, la soignante vient voir… », raconte Paule qui organise des réunions avec la psychologue et l’animatrice pour que chacun s’approprie le jardin.

Le jardin est un lieu de vie

Les jardiniers investissent leur espace.

Les jardiniers investissent leur espace.

Car les personnes de l’accueil de jour et les résidents de l’unité Alzheimer ont investi les lieux. D’ailleurs ouvrir la porte entre les deux espaces a incité les résidents de l’unité protégée à venir spontanément dans le jardin. Pour la lecture du journal le matin, pour le café après le déjeuner, pour le goûter, le jardin est devenu un réflexe. « On fait un tour, on arrose. Dans l’après-midi, on plante ou en rempote. On voit qu’ils sont plus détendus. » Du coup, Paule pense à la suite. « J’aimerais proposer des grandes jardinières devant les 30 chambres. Ce serait un espace d’expression libre qu’ils pourraient aménager comme ils le voudraient. A leur arrivée, ils recevraient un kit de jardinage avec chapeau, tablier et petits outils. J’ai chiffré le projet à 6 000 euros. Je cherche des sponsors et j’ai des rendez-vous. »

Paule énumère les aides, financières ou non, qui ont permis au projet d’avancer : la Fondation Truffaut, AGR2 La Mondiale, la caisse de retraite Ircem, Gamm Vert, Véolia et le regroupement de communes. Le projet a aussi une marraine à la dimension à la fois locale et nationale en la personne de Coline Serreau. Engagée en écologie, la réalisatrice a mis Paule en relation avec Philippe Desbrosses de la ferme de Sainte Marthe qui a fourni au jardin quelques-unes de ses graines bio. L’implication de Paule dans la formation sur les jardins de soin donnée deux fois par an à Chaumont-sur-Loire et animée par Anne et Jean-Paul Ribes est une source régulière d’enrichissement et de rencontres.

Elle a récemment reçu un collègue du CH de Brives qui se lance dans un projet de jardin thérapeutique et rencontré une infirmière-puéricultrice qui veut monter un projet dans une crèche en milieu hospitalier, histoire de leur faire profiter de son expérience et de répondre à leurs questions. Le journal local a écrit un article sur cette initiative locale récompensée par un prix national. Paule a aussi frappé à la porte de Maurice Leroy, élu local et ancien ministre. Elle attend une réponse de la Fondation Kronenbourg pour le mois de novembre….A Onzain, on se démène pour que les résidents puissent profiter des bienfaits du jardin. Au point de devenir une source d’inspiration pour d’autres projets dans toute la France.

Je vous dis à la rentrée pour de nouvelles découvertes. Pour les quelques semaines à venir, Le Bonheur est en vacance.

Jacqueline tient des étiquettes pour les plantes que l’association prépare et vend pour quelques centimes au sein de la maison de retraite.

Jacqueline tient des étiquettes pour les plantes que l’association prépare et vend pour quelques centimes au sein de la maison de retraite.

Guy, qui a choisi de venir vivre dans la maison de retraite, est l’aide jardinier le plus dédié.

Guy, qui a choisi de venir vivre dans la maison de retraite, est l’aide jardinier le plus dédié.

«Jardins, médecines et santé» à Port-Royal des Champs

Une vue de Port-Royal des Champs.

Une vue de Port-Royal des Champs.

Port-Royal des Champs, quelle découverte ! Je ne m’aventurerai pas à raconter les 800 ans d’histoire de cet endroit connu comme un haut lieu du jansénisme aujourd’hui transformé en musée national. Un lieu chargé d’histoire et noyé dans la verdure au cœur de la vallée de Chevreuse, un miracle presqu’inimaginable à 30 minutes de la Place de l’Etoile. De notre point de vue, il suffit de savoir que Port-Royal en tant qu’abbaye a une longue tradition de jardins et du soin de la personne par le jardin. Jardins de médecine considérés comme une « pharmacie à ciel ouvert », dès le Moyen-Age. « Au 17e siècle, c’est un lieu qui questionne et on y voit l’élaboration des modes de pensées actuelles. C’est un lieu qui participe à l’évolution de la pensée médicale et horticole », explique Sylvain Hilaire, historien affilié au Centre de ressources et d’interprétation du Musée et organisateur de ces rencontres. Sur le thème « Jardins, Médecines et santé », il avait assemblé le samedi 24 mai des intervenants qui ont fait le grand écart entre la médecine médiévale et la pratique contemporaine des jardins de soin.

Le pouvoir des plantes au Moyen-Age

Mandragore dans le Tacuinum Sanitatis, un manuel médiéval sur la santé basé sur un traité médical arabe.

La mandragore dans le Tacuinum Sanitatis, un manuel médiéval sur la santé basé sur un traité médical arabe.

Bernard Beck, professeur d’histoire de l’art à l’université de Caen, a débuté avec une présentation intitulée « L’herboriste, l’apothicaire et la sorcière », une exposition savante sur les abbayes en tant que centres de diffusion de savoir médical et botanique au Moyen-Age. Les plantes médicinales sont alors connues sous le nom de simples ou simples médecines. Il a par exemple évoqué Hildegarde de Bingen, religieuse bénédictine et médecin du 12e siècle, qui a recensé les utilisations de 300 plantes, indigènes et importées, en cuisine et en pharmacie. « Mettre la nature au service des hommes est un souci de Dieu qui donne la possibilité de soigner », explique-t-il. Mandragore, sauge, encolie, racine de lys, rue, fenouil, chaque plante a ses applications. La sauge est particulièrement versatile, d’ailleurs son nom ne vient-il pas du latin salvare (guérir, sauver) ?

« Les jardins thérapeutiques ne sont pas des machines à guérir »

Béatrice Saurel et Michel Racine

Béatrice Saurel et Michel Racine

Michel Racine et Béatrice Saurel ont pris la relève de l’historien. Michel Racine, architecte et urbaniste de formation, a déploré la vision mécaniste de la médecine qui a mené à « un urbanisme des lieux de soin oublieux de notre désir de contact avec la nature ». Pour expliquer son intérêt pour le jardin de soin, il relate plusieurs expériences personnelles : un réveil à l’hôpital après un coma, des cours d’urbanisme à des infirmières, un premier projet dans une maison de retraite qui n’aboutira pas, l’hospitalisation en psychiatrie d’un proche dans un établissement où le jardin a disparu sous un parking et enfin l’histoire de sa propre mère qui, à 100 ans, entretient encore des dizaines de plantes et ne songerait pas à abandonner sa garden party. « Ehpad et pas d’jardin », lance-t-il. Il décrit avec horreur ces ensembles de type hôtelier avec une pelouse, un grillage, un interphone, un parking et la télé. « Les Ehpad investissent 30 000 euros dans des salles de stimulation sensorielle sans compter la formation. A ce prix-là, on peut se payer des jardins et des jardiniers », ironise-t-il.

Lui aussi remonte plusieurs siècles dans le passé pour évoquer les hôpitaux et les hospices avec leurs vergers, leurs potagers et leurs élevages qui étaient cependant des antichambres de la mort où les patients vivaient dans des conditions effroyables. « Au 17e siècle, le regard sur le corps humain a changé avec les progrès des sciences et de la médecine. » Il cite Tenon et son mémoire sur les hôpitaux de Paris et l’ouvrage « Les machines à guérir, aux origines de l’hôpital moderne » de Foucault. Mais depuis les années 90, l’architecte perçoit une renaissance du jardin dans les établissements de santé aux Etats-Unis et en Angleterre (les healing gardens, « Cultivating Sacred Space : Gardening for the Soul » d’Elizabeth Murray, les travaux de Clare Marcus Cooper). Pourtant il prévient que les jardins de soin ne sont pas des outils, pas de nouvelles machines à guérir…

« Bien sûr nous devons concevoir des jardins adaptés aux handicaps, mais il faut se méfier des  termes de jardin « thérapeutique » ou « de soin ». Ces termes peuvent être utiles pour alerter sur la nécessité d’une prise en compte du soin, mais à l’intérieur d’une réflexion sur des espaces de vie, en évitant les dérives fonctionnalistes. On ne devrait les utiliser que pour souligner une dimension du jardin à prendre en compte à l’intérieur d’une réflexion sur le temps et l’espace des maisons de retraite et les établissements de santé », m’avait-il expliqué par email il y a quelques semaines, avant cette rencontre à Port-Royal.

Trois jardins de soin de l’équipe Racine-Saurel

Après la théorie, il laisse à Béatrice Saurel, une plasticienne qui est sa collaboratrice et sa compagne, le soin de parler de leurs réalisations communes. Il y a d’abord eu un premier projet, Le Jardin des 4 saisons à Auxonne, où la demande venait d’un animateur dans un foyer de vie. Grillages qui se font oublier derrière des éléments colorés, jardinières fabriquées avec les résidents, buttes et bosquets pour se réfugier, cabanes pour les oiseaux, espaces pour s’asseoir et converser ou au contraire être seul. Ce jardin qui veut changer le regard sur le handicap s’ouvre vers l’extérieur, en particulier grâce au parrainage des Jardins de Barbirey tout proches. C’est l’époque de Jardin, Art et Soin.

Le Jardin des Portes Vertes de Chailles (photo Béatrice Saurel)

Le Jardin des Portes Vertes de Chailles (photo Béatrice Saurel)

Depuis, les deux partenaires ont animé en juillet 2011 une formation à Chaumont sur Loire qui débouchera sur le Jardin des Portes Vertes de Chailles dont j’ai déjà parlé. Ils sont aujourd’hui engagés dans un nouveau projet, le Fruticetum à Saint Valery sur Somme. « C’est une extension de l’Herbarium, jardin créé par des retraités sur l’emplacement de l’ancien jardin de l’hôpital (classé jardin remarquable) », m’avait écrit Michel Racine il y a quelque temps. « Le Fruticetum comportera un espace spécifique pour le jardinage des personnes handicapées mais c’est la totalité de ce nouveau jardin, avec sa pergola, son cloître de verdure, ses arbres fruitiers bien sûr, sa « bâche » (un bassin évoquant les bassins de la Baie de Somme), ses différents coins abrités, qui sera à la fois le jardin des résidents de l’EHPAD et des convalescents de l’hôpital (situés de l’autre côté de la rue) et celui des visiteurs. Le jardin sera pour les résidents une occasion de sortir et de socialisation, deux objectifs essentiels, donc un jardin, à part entière, un vrai jardin. »

Anne et Jean-Paul Ribes me pardonneront de ne pas trop m’étendre sur leur présentation car de nombreux billets ont déjà relaté leur conception des jardins de soin, leurs réalisations de la Pitié-Salpétrière à la Maison des Aulnes, et leur formation à Chaumont. Je voudrais simplement dire que l’un des plaisirs de ces rencontres de Port-Royal a justement été d’assister à un véritable échange entre ces deux couples emblématiques dont les idées divergent parfois sur l’approche du jardin de soin.

Expériences locales : Marcel Rivière, Jardin de Cocagne et Centre Athena

Le jardin de l'Institut Marcel Rivière à Port-Royal des Champs.

Le jardin de l’Institut Marcel Rivière à Port-Royal des Champs.

Une table ronde finale a permis de raconter trois expériences locales. L’Institut Marcel Rivière à la Verrière (Yvelines) est un établissement psychiatrique fondé sur les principes de l’hôpital ouvert, de la thérapie active et de la psychothérapie institutionnelle. Dans le parc du château qui héberge l’Institut Marcel Rivière, il y a des jardins. Ce sont des soignants qui aiment jardiner (des ergothérapeutes, des sociothérapeutes,…) qui s’en occupent. Les patients circulent, rencontrent les jardiniers. Il y a une dizaine d’années, des patients de Marcel Rivière ont commencé à prendre leurs vélos pour traverser la forêt et venir à Port-Royal où, avec le concours de Sylvain Hilaire et des bénévoles de l’association les Amis du Dehors, ils jardinent. A partir d’un no-man’s land envahi d’orties et de ronces, un projet de carré clos avec quatre portes aux points cardinaux a été élaboré. « On construit un jardin pour se reconstruire. Ici, on travaille sur le symbolique. Le rapport aux bénévoles est moteur pour les patients », expliquent les représentantes de l’institut. Tous les ans, un nouveau groupe entretient le jardin et travaille sur un nouveau projet.

Alain Gérard est le directeur des Jardins de Cocagne de Saint-Quentin-Buloyer. On connaît le principe de ces jardins d’insertion. Il rappelle que les jardiniers des Jardins de Cocagne se heurtent à des blocages intérieurs. « Le jardin est un moyen car il ne juge pas. » Récemment, il a lancé une initiative avec des salariés (un grand labo français à essuyer les plâtres) qui se retrouvent au Jardin de Cocagne pour recréer de la cohésion entre eux, avec les jardiniers comme facilitateurs. Quant au Centre Athena, il propose à des jeunes en difficulté de Saint-Quentin-en-Yvelines un éveil à la citoyenneté. Depuis 2010, le centre a son jardin à Port-Royal, une activité pour découvrir la nature et s’ancrer. En pleine transformation, le jardin sera bientôt capable d’accueillir des fauteuils roulants et comprendra un jardin de plantes médicinales. La boucle est bouclée…

Le jardin des Amis du Dehors à Port-Royal des Champs. C'est une interprétation des jardins médiévaux, pas une reproduction. Mais on n'y trouve aucune plante postérieure au 17e siècle!

Dans les jardins entretenus par les Amis du Dehors à Port-Royal des Champs, aucune plante inconnue des résidents au 17e siècle!

En conclusion, Edith Heurgon, directrice du Centre culturel international de Cerisy, a fait un bilan de la journée. « Les jardins ont une capacité à soigner la société en apportant sérénité et équilibre. Ils sont aussi un facteur d’intégration sociale et de liens. Ce sont des oasis de décélération et une école de la patience. » Puis les participants ont fait un tour au jardin, sous le soleil enfin revenu, avant de se retrouver autour d’une tisane apaisante.