Symposium Jardins & Santé : 13-14 novembre 2017 à Paris

Les Américains ont le congrès de l’American Horticultural Therapy Association (il s’est tenu il y a quelques jours dans le Vermont). Les Français ont le symposium de Jardins & Santé. A ma connaissance, c’est la seule rencontre en France qui concentre autant de convaincus du jardin de soin, du jardin à visée thérapeutique, tout simplement de la nature comme médiation thérapeutique. Il n’existe pas d’autre forum où se retrouve cette discipline extrêmement dispersée en termes de géographie, de lieux d’intervention, de typologies de bénéficiaires et d’animateurs,…Une discipline qui peine toujours à jouir d’une pleine reconnaissance malgré un corpus impressionnant d’études sur l’efficacité et un engouement qui continue à monter en puissance depuis des années en France.

Le symposium se tient traditionnellement tous les deux ans. En 2016, il avait fallu en faire son deuil. Jardins & Santé n’avait pas pu organiser de symposium cette année-là, faute de ressources humaines suffisantes. Il faut dire que mettre sur pied un rendez-vous pour 170 participants et 40 intervenants français et étrangers (les chiffres de l’édition 2014) n’est pas une mince affaire. C’est donc avec une certaine impatience que j’attends la version 2017 qui se tiendra à Paris les 13 et 14 novembre. En toute transparence, je précise que j’ai été invitée à intervenir sur le thème de l’évaluation des jardins thérapeutiques.

Voici le programme.

Côté pratique, le coût de l’inscription est de 250 euros (possibilité d’inscription au titre de la formation continue – entreprise et administration), avec un certain nombre de places à 50 euros disponibles pour les étudiants.  Le symposium se tiendra au 6 rue Albert de Lapparent, dans le 7e arrondissement. Inscriptions en ligne.

 

 

Dans les Yvelines, le CH Théophile Roussel multiplie les jardins

Montesson jardin

Une partie du parc et jardin de soin au CH Théophile Roussel à Montesson, en fin de journée cet été.

 

Pour ce billet de rentrée, je vais laisser la parole à Didier Sigler. J’ai rencontré Didier pour la première fois à l’automne 2012 chez Anne et Jean-Paul Ribes. Ce charmant déjeuner, suivi d’une visite au jardin d’Epi Cure à la Maison des Aulnes, incluait également Rebecca Haller, la directrice du Horticultural Therapy Institute de Denver. Depuis, je croise Didier régulièrement, en particulier lors de la finale du concours de la Fondation Truffaut et il me donne des nouvelles des initiatives de jardins de soin qui se multiplient au sein du Centre Hospitalier Théophile Roussel à Montesson (78) où il est – attention, prenez votre souffle – coordonnateur général des activités de soins et directeur de la qualité et de la gestion des risques, sécurité et standard.

Pour présenter ce qui se fait aujourd’hui au CH Théophile Roussel, Didier Sigler m’a donné la permission de partager cet article publié dans le Théophilien, le journal interne de l’hôpital. Vous allez voir qu’il s’en passe des choses à Montesson ! Vous pouvez aussi lire cet article sur le site 66 millions d’impatients, émanation de l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé.

Il est intéressant de noter que l’hôpital est par ailleurs actif en matière de politique culturelle. Il est en effet de nouveau lauréat pour l’édition 2016-2018 du « Label Culture et Santé» qui est décerné par l’Agence Régionale de Santé et la Direction Régionale des Affaires Culturelles Ile-de-France.

Pour une mise à jour de toute dernière minute, sachez également que Didier Sigler donnera une présentation sur la place de l’hortithérapie au CH Théophile Roussel lors de la 16e édition du Congrès de L’Encéphale en janvier 2018 au Palais des Congrès à Paris. A côté des thérapeutiques du futur, de l’homme augmenté, des applications des nouvelles technologies, de la place des start-up, de l’apport du neuro-feedback ou encore de l’identification de nouveaux bio-marqueurs cérébraux, on parlera donc aussi de jardins qui soignent les patients à ce prestigieux congrès de psychiatrie.

De plus, Didier a œuvré une bonne partie de l’été avec la Fédération Hospitalière de France pour que le CH Théophile Roussel accueille des jeunes volontaires en Service Civique. Avec en particulier deux fiches de mission, l’une fléchée écothérapie (animation autour d’un parcours santé – observations, découverte de la nature, la flore et la faune au sein du parc de 30 hectares de l’hôpital) et l’autre hortithérapie (accompagnement, animation du jardin de soins Hortithérapie). Un moyen de démultiplier les effets des jardins et de la nature, dans la lignée de l’expérience de Romane Glotain (elle nous racontera cela dans un billet très prochainement). Didier Sigler déborde d’idées et il a la particularité de les mettre en œuvre rapidement, avec une persévérance de longue haleine remarquable.

En conclusion (temporaire, car nous reparlerons très certainement de Didier et de l’hôpital de Montesson), il note que les jardins participent grandement au rapprochement entre les patients, les soignants et les jardiniers. « Le jardinier référent de l’hortithérapie, un homme très réservé, est très content. Il m’a dit récemment : « Je me sens utile pour les patients et ils viennent me parler » ».

Et cette photo pour le côté souvenirs et nostalgie.

Rencontre Maule 2012

Belle rencontre à Maule en 2012. De gauche à droite : Stéphane Lanel, Jean-Paul Ribes, Anne Ribes, moi de dos, Rebecca Haller, Didier Sigler (avec le fils de Rebecca et le mien…).

 

L’esprit qui anime Nicole Brès

Depuis notre première rencontre en 2014, Nicole Brès est intervenue plusieurs fois pour rapporter des rencontres et pour nous parler de sa propre pratique. Un exemple avec ce billet où elle décrivait comment elle fusionne l’art-thérapie et l’hortithérapie. Si je devais répertorier les effets positifs de ce blog depuis cinq ans, devenir amie avec Nicole serait sans aucun doute en haut de la liste. Dans ce nouveau billet, elle revient sur sa pratique actuelle dans quatre lieux franciliens. Nicole Brès est joignable à natureenvilletherapie (at)gmail.com.

Faire le point à Simon de Cyrène : J’ai passé la phase d’adaptation à cette structure pilote de lieux de vie pour personnes handicapées cérébro-lésées. Adaptation des deux côtés : eux à moi et moi à eux. Elle a été facilitée par les déjeuners communautaires du lundi où je suis invitée. J’y rencontre tous ceux qui participent à ce projet pilote et je réponds volontiers à ceux qui me demandent « ce qui se passe dans le jardin ». Et « C’était pas gagné d’avance », comme m’a dit le responsable médico-social il y a un an.

Les ateliers ont un cadre fixe : la périodicité (hebdomadaire), le jour (lundi), l’heure 10h-11h30 et 14h-15h30), le nombre maximum de soignés par groupe (5) et la présence à mes côtés d’une assistante travaillant dans l’établissement. Les comptes-rendus hebdomadaires (texte et photos), envoyés aux responsables, ne sont pas des récits de ce que l’on a fait au jardin, mais des observations phénoménologiques sur les soignés. Ils sont le lien entre moi, prestataire extérieure, et l’équipe. Ils viennent nourrir la prise en charge 24 heures sur 24 qu’assurent les jeunes services civiques, les stagiaires et les salariés de Simon de Cyrène Vanves. J’y mets des questions sur les soignés et des informations sur « ce qui se passe au jardin ». Je reçois des réponses orales ou écrites. En juillet et en décembre, une réunion avec l’équipe de direction permet de parler des objectifs et de l’organisation de mes interventions.

Les plus sont les sorties (une par saison, un lundi) et les invités que l’on reçoit. Ils découvrent le jardin et/ou viennent nous aider ponctuellement (construction de la cabane, arrachage de buissons, montage de la pergola).

Pendant mes ateliers, c’est notre lien avec la Nature qui est visité, dans toutes ses dimensions : observation, plantation et compréhension des écosystèmes mais aussi landart. L’hiver, confection de tablier de jardiniers, de terrarium, d’empreintes de végétaux dans du plâtre et temps d’imprégnation de la Nature qui nous entoure quelque soit la saison. S’émerveiller est pour moi l’objectif à atteindre, celui qui ouvre la porte sur la santé au sens de la Salutogenèse (1).

Prendre le temps de ressentir, et parfois de dire ou d’écrire ce que nous fait cette visite à Dame Nature. S’ancrer ainsi dans le réel quand la maladie ou le handicap vous est tombé dessus, vous déracinant de votre quotidien et vous interrogeant sur le sens de la vie. Voir dans les cycles de la nature que chacun a sa place et que « rien ne se perd, tout se recycle ». Toucher au jardin le sol qui vit des végétaux et insectes morts pour nourrir une autre vie. La Nature est un livre ouvert, un livre vivant et bienveillant qui donne sens à notre propre vie. Au jardin, c’est le plaisir qui est convoqué, certainement pas le labeur subi ou l’endroit où « rien ne va comme je veux ». Dans notre jardin on essaye, on cherche, on regarde et on se réjouit de ce que l’on a créé avec le végétal. Cela demande de collaborer avec la nature, de reconnaître ses dons et de la laisser faire. Nous construisons ensemble petit à petit un jardin naturel, sans intrants (éléments venus de l’extérieur).

Pas facile pour nos esprits cartésiens qui ont peur de s’en remettre à un élément qu’ils ne maîtrisent pas ! La fréquentation depuis deux ans de têtes qui ne fonctionnent plus « dans la norme » m’a aidée à lâcher prise. Je continue à m’émerveiller de leurs réponses à mes sollicitations, je me nourris de leurs sourires et de leur incroyable vitalité.

A part quelques pieds de tomates l’été, nous ne plantons pas de légumes mais des fleurs pour l’agrément de tous. Un jour peut-être il y aura une serre et des semis et un lien avec la cuisine. Pour l’instant le compost se met en place. Le lundi avec moi, le jeudi les résidents s’impliquent sans moi dans cette tâche : c’est un grand pas vers l’appropriation du jardin.

Savoir, comme les plantes, s’adapter à son milieu tout en gardant son ADN 

La première année fût celle de l’installation, la deuxième est celle de l’appropriation. La troisième, je crois bien, sera celle de l’aménagement puisqu’un budget d’investissement a été demandé. Nous attendons la réponse du Conseil général pour des travaux de terrassement qui permettront une circulation aisée et un boulodrome.

En mars 2015, ma proposition d’aménagement a un peu affolé la direction. Les ateliers jardin devaient s’organiser dans le lieu tel qu’il était, avec ce qui était. J’ai squatté un premier espace et montré le bénéfice de ce temps d’atelier. Faire et faire savoir, chercher l’aval de tous et avancer lentement est ma méthode. Tout en tenant le cap, ce premier plan d’aménagement est revisité, questionné et parfois changé : je le reprends régulièrement en me posant des questions et en y marquant ce qui a été installé : la cabane, un premier bac de plantation inamovible, deux bancs, les deux bacs à compost, etc. Savoir, comme les plantes, s’adapter à son milieu tout en gardant son ADN ! Ce jardin existait quand je suis arrivée, il est modifié petit à petit pour devenir un lieu où l’on a envie d’être. Et être est déjà tout un programme.

Dans toute la France s’ouvrent des maisons Simon de Cyrène. A Rungis et à Angers je suis allée parler des bienfaits des ateliers jardin et expliquer que le dehors peut être pensé avec les bâtiments, pas après comme un plus que l’on rajoute… ou que l’on doit modifier parce que, à l’usage, le chemin est impraticable en fauteuil ou le terrain est fait de trous et de bosses.

L’ESAT Ecodair

J’ai d’autres ateliers jardin avec d’autres populations.

A l’ESAT Ecodair (Paris, porte d’Aubervilliers), j’emmène un petit groupe de travailleurs avec des handicaps psychiques retrouver la Nature au square Rosa Luxemburg, dans le jardin partagé géré par l’association Vergers Urbains. Là, nous avons un bout de terrain et plantons des fleurs et des légumes à côté d’autres groupes. Ce jardinage dans un lieu public se fait au contact d’enfants, de curieux, de jeunes qui se promènent, qui viennent voir ce qui pousse et nous poser des questions. Cet atelier type 2 (2) sort les travailleurs de leur contexte : ils marchent jusqu’au jardin et ils acceptent de s’exposer à l’inconnu.

La Nature est un sujet d’observation et d’émerveillement, et un bol d’oxygène dans leur journée de travail. Le temps d’atelier se termine toujours par une infusion et un temps de mémorisation de ce que l’on a fait. Régulièrement je remplace l’atelier par une balade dans la ville, le plan de Paris en poche et les yeux grands ouverts. Nous cherchons les clins d’œil que la Nature nous fait dans la ville : à chaque coin de rue, à chaque interstice entre deux pavés, dans chaque craquelure de béton, sur les façades des bâtiments. L’un des participants m’a dit récemment : « Ce que j’aime c’est qu’on fait pas toujours la même chose. » Et un autre : « Maintenant je remarque plein de choses quand je marche dans la rue. » Ils vivent le contact avec la terre et les végétaux dans la ville comme un temps d’oxygénation pour le corps et l’esprit.

En mars, nous avons fait, dans l’ESAT, nos premiers semis en serre-bouteille parce qu’un encadrant de l’ESAT nous a apporté des graines de son jardin. C’est un premier lien entre la structure et mon petit groupe appelé « les courageux qui sortent même quand il pleut ». Ces graines germées en serre-bouteille seront replantées dans des jardinières que nous sommes en train d’installer sur une petite terrasse de leur bâtiment. Et nous y mettrons des graines données par Rustica dont les bureaux sont…devant cette terrasse !

Le potager de la ferme du Parc des Chanteraines

Dans le potager de la ferme du Parc des Chanteraines (à Villeneuve-la-Garenne) depuis septembre 2016, je retrouve régulièrement Claude Drothière (voir ce billet de juin 2016) et deux groupes d’adultes venant de CME (centre médico éducatif). Je co-anime les 2 ateliers au potager avec Claude. Tous sortent de leur centre pour venir jardiner, c’est une autre démarche. Nous ne sommes pas « chez eux » mais dans un lieu qu’ils investissent puis quittent.

Avec Claude, j’apprends les gestes classiques au jardin : faire des semis, préparer le sol pour des plantations etc.. A côté de nous, les jardiniers de la ferme apprennent à faire des buttes de permacultures, à tailler les fruitiers d’une autre manière, à gérer leurs plantations dans la serre autrement. Et c’est ce qui m’intéresse : voir plusieurs façons de jardiner et vivre une période de questionnement sur l’organisation des ateliers et la création d’un potager pédagogique ou/et thérapeutique. L’association Terr’happy a été mandatée pour y évaluer les bénéfices et présenter des pistes d’orientation.

La Pitié-Salpêtrière

Et puis, il y a mes rendez-vous à la Pitié-Salpêtrière dans la cour de pédopsychiatrie avec Anne Ribes. J’y suis nommée stagiaire depuis trois ans. La magie continue d’opérer quand j’arrive dans ce vieil hôpital qui est, en plein Paris, un jardin immense. Je le vis comme un pèlerinage qui passe devant le lieu où enseignait Charcot, devant les maisonnettes où étaient enfermés les « fous », puis je rentre avec Anne dans le bâtiment moderne de pédopsychiatrie pour accéder dans la grande cour au jardin qu’elle a créé il y a 19 ans. Il est comme la relique du lien qui unissait autrefois Nature et psychiatrie. Quand retrouverons-nous une médecine qui intègre les bienfaits du contact avec la Nature?

Ces ateliers m’ont appris la patience et la juste présence qu’il faut pour être disponible aux enfants autistes qui viennent dans ce jardin clos. Être aux côtés d’Anne avec l’équipe encadrante me donne des pistes et nourrit ma réflexion. C’est souvent un échange sur l’actualité des jardins de soin et sur nos pratiques holistiques. Je mesure la chance que j’ai de pouvoir venir et d’être intégrée par l’équipe du centre de jour pour ce temps dans le jardin d’Anne. Sur place Stéphane, éducateur, a aussi la clef du jardin et ouvre parfois la porte du jardin pour d’autres moments « sans Anne ».

Etre en communion avec le lieu reste primordial pour moi et j’aime la diversité de ma pratique. Habitant dans Paris, je vais y chercher le végétal et j’accompagne et j’aide des personnes porteuses de handicaps à s’imprégner de la Nature solide, vivante et généreuse, à interagir avec elle et à exprimer leur ressenti. Et c’est aujourd’hui cette sève qui m’épanouit.

Chaque atelier fonctionne quand il intègre deux pôles : un dispositif (regroupant la définition des objectifs et l’organisation des conditions matérielles) et la disposition interne de chaque personne soignée comme soignante. On vient avec ce que l’on est et l’on s’imprègne du lieu et du groupe avant de commencer. Parfois, il suffit de franchir en conscience la porte du jardin.

3 livres : « La sagesse du jardinier » de Gilles Clément, « La révolution d’un seul brin de paille » de Masanobu Fukuoka et « La part de la Terre » de Louise Browaeys et Henri de Pazzis.

3 sites web : Jardiner malin, Rustica et Le bonheur est dans le jardin.

3 lieux : Les Granges de l’Abbaye de Port-Royal des Champs (Magny-les-Hameaux, 78), la maison du jardinage du parc de Bercy (12e arrondissement) et le Parc Martin Luther King (17e arrondissement).

(1) La salutogenèse, Petit guide pour promouvoir la santé. B. Lindström et M. Eriksson. 4ème tirage 2014, Presse universitaire de Laval. La salutogenèse cherche l’origine de la santé en se concentrant sur les facteurs favorisant la santé et le bien-être (physique, mental, social, etc…) et sur les ressources de la personne, plutôt que d’étudier les causes des maladies (pathogenèse).

(2) Un atelier type 2 en ESAT a pour but l’épanouissement social du travailleur handicapé et son intégration dans la société en relation avec son projet personnalisé.

 

Le bonheur change de rythme

C’est l’été. Il est temps de prendre des vacances, un peu de distance. Au mois de mai, j’ai fini ma licence de psychologie à Paris 8. A la rentrée, j’embraye sur un master de psychologie clinique à Paris Nanterre où j’ai décidé de consacrer mon projet de recherche de M1 aux jardins de soin. Je vais travailler avec Antonia Csillik, une enseignant-chercheur qui s’intéresse aux mécanismes d’efficacité des thérapies et qui s’inscrit dans le courant de la psychologie positive. D’ailleurs, pour me mettre dans le bain, j’ai assisté sur ses conseils à la 8ème édition de l’European Conference on Positive Psychology (ECPP) qui se déroulait la semaine dernière à Angers. La découverte d’un monde foisonnant de recherche et d’expériences s’appuyant sur les notions de bonheur, de bien-être, d’émotions positives, de gratitude, d’optimisme, de développement post-traumatique et bien sûr de pleine conscience. Car l’hypothèse de mon projet de recherche, qui se déroulera dans un jardin qui reste encore à déterminer, va tourner autour de l’idée que les bienfaits du jardin de soin sont ancrés dans le fait d’être présent dans le moment, dans la pleine conscience. Je suis également à la recherche d’un stage de 250 heures supervisé par un ou une psychologue clinicien(ne).

Le constat est donc que les deux années à venir seront très intéressantes, mais également très chargées. Après avoir passé le relais à Susan Morgan pour le blog du Horticultural Therapy Institute que je vous encourage à suivre pour une vision américaine de l’hortithérapie, je devais aussi examiner mon engagement dans Le bonheur est dans le jardin. Parce que nous avons souvent des œillères invisibles, j’ai d’abord pensé, bien à regret, à l’arrêter complètement pour récupérer quelques précieuses heures. Mais une lectrice fidèle m’a soufflé une solution plus satisfaisante : pourquoi ne pas passer d’un rythme hebdomadaire à un rythme mensuel ? Evidemment ! Si j’avais encore des doutes, une rencontre en clôture de la conférence sur la psychologie positive m’a convaincue que je veux continuer. Une doctorante en Sciences de l’homme et de l’environnement à l’université de la Réunion avec qui je parlais de sa recherche sur les activités de pleine nature et la passion me dit qu’elle connaît mon blog et s’en est servi. Un de ces micro-moments où je me sens reliée par des liens souvent invisibles, parfois révélés, à des lecteurs que je ne connais pas. C’est décidé : à la rentrée, Le bonheur devient mensuel.

Roger Ulrich et Teresia Hazen, trois nouvelles études dans les cartons

Pour vous laisser sur une note positive à savourer cet été, sachez que Roger Ulrich, l’auteur de la fameuse étude View through a window may influence recovery from surgery publiée dans Science en 1984, travaille avec l’hortithérapeute Teresia Hazen sur trois nouvelles études ancrées dans les jardins de l’hôpital Legacy Health de Portland en Oregon. Au carrefour du stress, de la nature et des soins, les trois études se penchent sur des futures mères et leurs bébés, sur les proches qui visitent un malade en soins intensifs et sur les infirmières. La dernière fois que j’ai vérifié, les résultats n’avaient pas encore été publiés. En attendant, on peut écouter Roger Ulrich qui est aujourd’hui professeur d’architecture au Center for Healthcare Building Research de l’université de technologie de Chalmers en Suède, exposer ses idées sur la conception de meilleurs hôpitaux dans cette interview radio sur OPB. Et lire cette interview de Teresia Hazen sur le site de Nature Sacred qui a participé au financement de l’étude lancée en 2013.

 

Terrace-Garden-at-Legacy-Emanuel

Un des jardins à Legacy Health à Portland, accessible aux futures mamans et à leurs visiteurs.

 

Je vous souhaite un bel été.

Financer un jardin de soin : quelques conseils

Au Jardin d'Olt, des bénévoles ont relevé le défi pour préparer le jardin à sa création.

Au Jardin d’Olt (Aveyron), des bénévoles ont donné un coup de main pour préparer le jardin lors de sa création en 2013.

Au fil des billets, la question du financement revient souvent. C’est un sujet incontournable pour tout porteur de projet qui se lance et veut pérenniser son programme. Du coup, j’ai eu envie de rassembler les réflexions de plusieurs personnes expérimentées en la matière. Il y a tellement à dire sur le sujet que nous allons procéder en deux, voire en trois temps. Cette semaine, John Riddell du Jardin des Vents nous livre ses réflexions sur le financement de ce jardin ambitieux qui a mis plus de 10 ans à voir le jour comme il nous le racontait il y a quelques semaines. J’ai glané d’autres conseils ici et là.

« On devient un peu mendiant », constate John Riddell, le président de l’association du Jardin des Vents. « Il faut avoir un beau dossier. Grâce à notre stagiaire, notre dossier était plein de croquis pour faire rêver de ce pourrait être le jardin. J’ai constaté que le projet provoquait toujours des réponses positives. Le jardin thérapeutique est très consensuel. EDF nous a donné 45 000 euros, AG2R 37 000 euros, le Lions Club doyen de Castelnaudary 7 500 euros. Nous avons reçu une bourse de 3 000 euros de Jardins & Santé. La Caisse d’Epargne a aussi contribué. »

« Il y a 10 ou 20 ans, on aurait cherché du côté des collectivités, mais elles n’ont plus d’argent. Je précise quand même que le département de l’Aube nous a donné des végétaux. Par contre, la Fondation Truffaut a répondu non », continue-t-il en énumérant d’autres aides en nature. « Une coopérative agricole a aidé à désherber le terrain. Les élèves du lycée agricole de Castelnaudary et leurs professeurs ont aidé à la plantation ainsi que Bethsabée de Gunzbourg de Jardins & Santé. Et il y a sans doute de nombreux autres partenaires et bénévoles qu’il serait long de citer, mais qui ont rendu le projet possible.

« Les donateurs ne posent pas vraiment de question sur les bienfaits du jardin. Mais c’est important pour la suite et j’aimerais que des médecins ou des étudiants essaient de montrer des résultats réels. Avec la crise financière, ce serait utile de montrer comment les jardins peuvent avoir un impact », conclut-il. Il parle bien sûr d’un impact financier, en économie de médicaments ou d’autres services. Une approche comptable qui pourrait s’avérer productive devant certains interlocuteurs, des acteurs publics aux gestionnaires d’établissements privés.

Une simple lettre de sollicitation assure le budget plantes d’un projet

Carole Nahon de l’association le Jardin des (S)âges nous raconte une partie de son aventure de financement. « J’ai appris que le Crédit Agricole aidait des projets associatifs. J’ai fait un courrier dans lequel j’exposais le projet, brièvement, et j’ai demandé la somme qui correspondait au poste des plantes dans le projet, sachant que le Crédit Agricole ne nous donnerait qu’une bourse qui avait une attribution spécifique, ici les plantes. J’ai envoyé le courrier, j’avoue que je n’y croyais plus. Ma surprise en a donc été plus grande! Nous avons aussi déposé un dossier à Jardins & Santé…Là, je suis bien plus perplexe, vu le nombre de demandes cette année. »

Organiser une vente de plantes

Lorsque j’ai commencé ce blog en Californie il y a bientôt 4 ans, j’entendais beaucoup parler de ventes de plantes pour lever des fonds pour tel ou tel programme. Le concept peut être adopté en France comme le démontre le Jardin d’Olt. Cécile Ratsavong-Deschamps, la présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages qui soutient ce jardin dans un hôpital-maison de retraite, l’a mis en œuvre. A l’approche de l’événement, elle en faisait la promotion sur le blog de son association avec tous les détails nécessaires pour encourager la participation.

Des idées dont on peut prendre de la graine ! A suivre la semaine prochaine…

Pendant l’hiver, on ne se tourne pas les pouces

Formation

La dernière session de formation en novembre dernier a rassemblé 21 stagiaires (éducatrices spécialisées, ingénieurs agronomes, AMP, art-thérapeutes, une étudiante en master, un prof de LPA, des animateurs, des jardiniers…). En mars 2016, l’équipe de formation remet ça…

Sébastien Guéret et sa bande (Viviane Cronier, Anne Ribes, Alfredo Ferreruela, Catherine Legrand) proposent une formation « Découverte de l’horticulture thérapeutique » du 7 au 10 mars à Marseille et à La Ciotat. Le deadline pour s’inscrire est le 7 février et, aux dernières nouvelles, il restait quelques places. En résumé, les objectifs sont de comprendre comment l’activité de jardinage peut s’intégrer dans un processus de soin, de lutte contre l’exclusion ou le vieillissement, de découvrir l’hortithérapie, d’être capable de construire des objectifs adaptés aux publics vises et de définir un projet d’hortithérapie. Cette formation s’adresse aux personnels soignants, éducatifs, pédagogiques. Pour plus de renseignements et pour les modalités d’inscription, voir ici.

Quoi faire au jardin en janvier et février?

En plus de se former et de lire au coin du feu, on peut poursuivre quelques activités même au cœur de l’hiver. Pour glaner des idées, faisons de nouveau appel au livre « Growing with gardening : a 12-month guide for therapy, recreation and education » par Bibby Moore dont j’avais déjà parlé.

Voici des suggestions de Bibby Moore pour le mois de janvier :

  • Se procurer des catalogues de graines
  • Faire germer des graines
  • Visiter la bibliothèque (ou Internet) pour lire des livres de jardinage
  • Etudier les brindilles
  • Fabriquer des étiquettes pour les arbres
  • Entretenir ses outils de jardinage
  • Transplanter des légumes de printemps
  • Construire une mangeoire pour les oiseaux
  • Faire germer une graine d’avocat
  • S’intéresser aux cactus et aux plantes succulentes
  • Regarder des films (pour des suggestions du moment, on pense aux documentaires Demain déjà sur les écrans et Les Saisons qui sort le 27 janvier)

Et pour février :

  • Lancer les bulbes de caladium (oreilles d’éléphant, cœur de Jésus, ailes d’ange,…)
  • Garder les peaux d’orange pour faire des concoctions, pots pourris,…
  • Bouturer des arbustes persistants
  • Planifier un jardin de printemps
  • Semer de la laitue en extérieur et des graines de chou-fleur en intérieur
  • Habituer les plants de brocoli et de choux en les sortant quelques heures par jour, puis toute la journée, puis en permanence
  • Planter des graines dans une éponge.
  • Commencer un jardin d’herbes
  • Choisir des plantes pour réaliser des activités plus tard
  • Fabriquer un terrarium
  • Préparer un jardin de fleurs

En prime, quelques autres idées de jardinage et de fabrication maison « repiquées » à Paule Lebay, Anne Babin et d’autres : une serre en bouteilles, le magazine en ligne Jardiner Malin pour son calendrier lunaire et ses conseils et encore des suggestions de saison sur le site consoGlobe.

 

Jardiner est-il bon pour notre santé mentale ?

National Geographic

Un hôtel à Singapour (photo de Lucas Foglia dans l’article de National Geographic)

 

Vous voulez créer un jardin de soin ? Vous avez besoin d’arguments sur les bienfaits de la nature sur la santé mentale des être humains, si possible ancrés dans des recherches scientifiques ? Voici quelques études récentes, glanées ici et là. Attention, la plupart de ces articles scientifiques sont en anglais et ils sont payants si on souhaite lire l’intégralité de l’article. Certaines études prennent le jardin pour cadre, d’autres la nature plus largement.

 

Bonjour estime de soi, adieu dépression

Cette étude anglaise publiée en 2015 a pu mesurer que les personnes ayant une parcelle dans un jardin familial (« allotments ») avaient une meilleure estime de soi, étaient moins dépressives, moins fatiguées et avaient plus de vigueur qu’un groupe contrôle sans jardin familial. Les chercheurs en concluent que ces jardins familiaux (ou collectifs ou jardins ouvriers), pour lesquels il y a de longues listes d’attente, peuvent jouer un rôle important dans la santé mentale et devraient être utilisés comme un moyen de prévention. Lire le résumé de l’étude.

 

L’exercice physique stimule les fonctions cognitives

Cet article énumère plusieurs études qui démontrent que l’exercice physique a des effets positifs sur les fonctions cognitives : des enfants qui faisaient régulièrement de l’exercice amélioraient leurs fonctions exécutives et en particulier leur « inhibition attentionnelle », des adultes âgés souffrant d’un léger déclin cognitif avaient améliorer leurs mémoires spatiale et verbale grâce à certains exercices physiques, d’autres réussissaient à lutter contre la mort neuronale grâce à des exercices avec des poids et des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer voyaient aussi une amélioration cognitive en pratiquant régulièrement la marche. Aucune de ces études n’avaient pour cadre le jardin ou la nature, mais il me semble que les résultats pourraient être extrapolés. Lire l’article de vulgarisation menant aux diverses études.

 

Le retour d’expérience du CHU de Nancy

L’équipe de Thérèse Rivasseau-Jonveaux à Nancy a publié une étude intitulée « Un jardin comme outil de soins en unité cognitivo-comportementale » dans Soins Gérontologie (2014). Le résumé est succinct, mais conclut que « Pour stabiliser les troubles du comportement, dans le cadre d’une prise en charge non médicamenteuse, le jardin thérapeutique a toute sa place. » Lire le résumé de l’article.

 

La bactérie Mycobacterium vaccae combat la dépression

Dans une étude publiée en 2007, des chercheurs anglais avaient démontré sur des souris que cette bactérie que l’on trouve dans la terre avait la capacité d’activer les neurones qui sécrètent la sérotonine, l’hormone responsable de réguler l’humeur et dont le manque peut causer la dépression. Lire le communiqué de l’université de Bristol.

 

Le cerveau dans la nature

Que se passe-t-il dans un cerveau exposé à la nature ? Cet article de National Geographic est un vrai bonheur, des études racontées comme un voyage. On rencontre David Strayer, un psychologue cognitif de l’université de l’Utah dont l’hypothèse est que le cortex préfrontal peut se reposer, comme un muscle fatigué, au bout de quelques jours dans la nature. Des chercheurs de l’école de médecine de l’université d’Exeter qui ont découvert que les urbains qui vivaient près de plus d’espaces verts ressentaient moins de détresse mentale. Des chercheurs japonais qui ont montré que des participants qui marchaient dans des forêts, comparés à des marcheurs en ville, voyaient des bénéfices bien réels : une baisse de 16% de leur niveau de cortisol (hormone du stress), une baisse de 2% de leur tension et une baisse de 4% de leur rythme cardiaque. Lire et regarder l’article.