Les jardins ne font pas la rentrée

Il y a quelques semaines au Jardin de Bonne

C’est la rentrée. Prenons une grande respiration pour calmer nos esprits déjà surchauffés. Oui, vraiment. Fermez les yeux si vous en avez envie et respirez profondément plusieurs fois. Pour vous reconnecter à votre corps, à ce moment. Pour arrêter la roue à hamster quelques instants. C’est un super pouvoir que nous avons toutes et tous.

Les jardins, on le sait, ne prennent pas de vacances. Ils poussent, avec ou sans nous. Pour celles et ceux qui s’occupent de jardins dans des lieux de soin, j’espère que vos jardins ont bien passé le cap de l’été et des vagues de chaleur. J’espère aussi que, pendant ces deux derniers mois, vous avez eu « votre dose » de nature, que vous avez profité de moments d’émerveillement dans un minuscule jardin urbain ou une immense forêt millénaire, que vous avez fait des découvertes étonnantes tous vos sens en éveil, que vous avez rencontré vos proches et vos amis différemment entourés de nature en promenade ou en pique-nique ou bien encore que vous avez fait une sieste dehors bercés par le chant des oiseaux. 

La nature, ce n’est pas que pendant les vacances. Rappelez-vous qu’elle est là autour de vous à tout moment, même pour les ultra-urbains. Pendant le confinement, on l’a vue se manifester plus librement et beaucoup de gens ont ressenti une attirance nouvelle pour la nature et son pouvoir ressourçant. J’en avais parlé en avril, en mai, en juin et vous avez sans doute lu pas mal d’articles un peu partout à ce sujet. Ne l’oublions pas.

Psychothérapie à l’air libre

C’est sur la force de ce constat et en me basant sur mon engagement depuis 2012 autour de la nature et de la santé que j’ai pris une décision toute naturelle. En parallèle de mon travail de psychologue à temps plein auprès de personnes âgées qui vivent chez elles, je souhaitais lancer une activité de psychothérapeute – forcément réduite en termes d’heures par semaine – auprès d’adolescents ou d’adultes. Cette activité se déroulera exclusivement dans des jardins à Paris. Il existe des jardins assez grands et procurant assez d’espaces privés pour servir de cadre à des séances qui respectent la nécessité de confidentialité. Assis ou en marche, nous utiliserons l’approche des thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles (TCC ou TCCE) à laquelle je suis formée et qui a fait ses preuves pour les personnes souffrant de nombreux troubles comme la dépression et l’anxiété, les troubles obsessionnels compulsifs, le stress post-traumatique, la douleur, les troubles du sommeil et d’autres.

Je n’invente rien. Yann Desbrosses que je vous avais présenté au début de l’été pratique en plein air et considère même que « les séances en pleine nature sont une alternative sanitaire » dans la période actuelle. Il y a deux ans, je vous avais aussi parlé de Beth Collier, une psychologue anglaise qui reçoit dans les bois. Si cette pratique n’est pas nouvelle, elle n’est pas encore très répandue. Mais elle me semble s’imposer aujourd’hui comme une évidence. Il existe sans doute d’autres exemples, que j’aimerais découvrir. En tout cas, c’est l’envie qui me porte de mon côté et qui devra forcément correspondre à l’envie de mes futurs patients. 

Deux suggestions pour nourrir l’esprit

La reprise des activités diverses, les sollicitations en tout genre nous accaparent. Le temps nous semble compté. Je ne vais pas vous submerger. Voici juste deux propositions qui ont le mérite d’ouvrir nos horizons, de nourrir nos esprits.

Mon été a été marqué par une lecture recommandée par Florence Gottiniaux. Merci, Florence. Vous connaissez peut-être déjà ce livre. Il pose beaucoup de questions qui partent du jardin potager et maraicher et ont des ramifications globales. « Permaculture, guérir la Terre, nourrir les hommes », Perrine Hervé-Gruyer et Charles Hervé-Gruyer, Actes Sud, 2017.

Je vous suggère aussi cette master classe de Gilles Clément diffusée sur France Culture en 2019. On cite souvent Gilles Clément sans l’avoir lu ou sans bien le connaître. J’avoue que c’est mon cas. Voici l’occasion en une heure de l’écouter développer sa pensée. Rien à lire, juste à écouter. « La nature vient créer avec vous, elle continue quand vous n’êtes pas là ».

Mon chêne préféré dans le Poitou

Dans les jardins et la nature, les activités thérapeutiques reprennent de plus belle

Deux papillons blancs dansent dans l’air sur une chorégraphie de l’instant présent. Le soleil joue à travers les feuilles des arbres dont le vert tendre au-dessus de nos têtes, ondulant légèrement dans le vent, gonfle mon cœur de joie et de reconnaissance. Sur le sol du sous-bois, le soleil projette des ombres changeantes. Elles me fascinent un bon moment avant que je m’en arrache pour continuer à explorer un peu plus cet univers ordinaire et mystérieux en compagnie de notre petit groupe de six personnes sous la houlette bienveillante de Christopher Le Coq, guide de bains de forêt, en ce magnifique samedi matin. Pas n’importe quel samedi, le dernier du mois de mai 2020 qui marque une nouvelle étape dans le déconfinement et un printemps qui vit sa vie sans s’occuper de nous.

Assis en cercle dans une petite clairière ou marchant à notre rythme propre dans le bois de Boulogne, nous faisons à la fois partie de la communauté des déconfinés avides de nature et de liens humains qui courent, font du vélo en famille ou marchent en petits groupes de copines dans le bois et à la fois nous sommes à part. Dans un mouvement plus conscient, une observation plus fine de notre environnement, une écoute intime de nos sensations et un moment exceptionnel de pause hors du langage. Avec des temps de partage ponctuels qui redonnent du coup plus de sens aux mots et aux échanges entre les inconnus, frères et sœurs humains, que nous sommes les uns pour les autres. 

Christopher Le Coq, guide de bains de forêt : « Le Shinrin-Yoku est une vraie co-création avec le groupe »

Wow !  24 heures plus tard, m’installant pour écrire dans le jardin partagé dont je vous ai parlé le mois dernier avec le chant des oiseaux et le lever du jour pour compagnons, je suis encore toute charmée par cette expérience, toute apaisée et toute rééchantée. Ce moment que j’anticipais et qui était à la fois un cadeau à mon mari qui fêtait son anniversaire ce weekend, à moi et à nous – ce moment résonne encore. Sûr que nous recommencerons et que nous voudrons étendre l’expérience à une pleine journée comme Christopher en propose en forêt de Fontainebleau

Après une période en pointillé dans son activité de guide de bains de forêt pour les raisons que nous connaissons bien et aussi pour un voyage au Japon à la rencontre des maitres du Shinrin-Yoku à l’automne dernier, il reprend de plus belle tout en approfondissant sa formation auprès de Bernadette Rey. Ce qui me semble un des signes prometteurs que les activités autour de la nature reprennent, portées par une envie de nature qui s’est révélée trop forte pour retomber comme un soufflé. Christopher y croit, j’y crois, nous sommes nombreux à y croire.

Comme je l’avais annoncé, mon envie ce mois-ci est justement de laisser la parole à ces hortithérapeutes ou autres professionnels qui nous relient à la nature pour qu’ils nous racontent comment leur travail reprend après le confinement. Je commence aujourd’hui et exceptionnellement, je continuerai sur ce thème le 2e lundi du mois de juin. Il a tant à dire.

Comme vous pouvez l’imaginez, la distanciation physique pendant un bain de forêt est facile. Et dans le jardin thérapeutique d’une maison de retraite ou dans un groupe d’enfants ? Un peu moins. Comme nous l’avait déjà démontré Sally Cobb le mois dernier, les ressources, la créativité et la détermination ne manquent pas.

Patricia Espi, Bourgeons et Sens : « J’ai bon espoir »

La détermination et la patience, Patricia Espi en a des stocks. En mai, elle a repris contact avec les différents établissements dans lesquels elle intervient même si elle se trouvait alors en « zone rouge » puisqu’elle est à Reims.

Le jardin de la résidence autonomie Les Gobelins. A la mi-juin, les ateliers de jardinage thérapeutique de Patricia dans cette résidence ARFo, l’association de Résidences-Foyers à Reims, doivent reprendre. Après le confinement strict, certaines activités redémarrent doucement – coiffure, pédicure – dans cette résidence qui a été épargnée par le Coronavirus, toujours avec un protocole précis pour assurer la sécurité. Encouragés par la directrice et l’hôtesse qui vivent sur place dans la résidence, les ateliers de Patricia ont lieu environ tous les 15 jours. Depuis le début, ils donnent lieu à la visite des enfants de CP d’une école voisine à la demande de la maitresse et à de beaux échanges de connaissances sur les légumes anciens par exemple entre les enfants et les personnes âgées. Les résidents des autres foyers ARFo peuvent aussi s’y joindre s’ils le souhaitent. A la fin de la séance, Patricia pratique des petits jeux et devinettes que des neuropsychologues appelleraient techniquement de la stimulation cognitive. Cette année, la saison au jardin aura été décalée, mais elle arrive.

La prison de Châlons-en-Champagne. Pour connaître la genèse de ce beau projet, je vous invite à faire un tour sur le blog Plus de vert Less béton de Paule Lebay. « Notre dernier atelier date de février, juste avant le confinement. On avait désherbé, mis de l’engrais, arrosé et nous devions nous revoir », explique Patricia qui échange depuis quelques semaines avec le personnel de la prison pour la reprise. « Quand on sème nos graines, ça ne coûte rien. Mais nous allons devoir acheter des plantes. Et qui va financer le gel, les gants, les masques ? L’atelier a un petit budget. On parle d’un outil par personne, désinfecté avant et après l’activité. Peut-être d’une étiquette avec le nom sur chaque outil pour éviter la contamination. »

Le jardin partagé de Bezannes. En 2016, découvrant le projet immobilier Konekti de 60 logements de trois types différents, Patricia avait contacté les porteurs du projet pour y proposer un jardin pour les habitants. Recontactée un an plus tard, elle a conçu le jardin, travaillé avec une paysagiste pour le choix des végétaux et un artisan local pour le mobilier. Le confinement est passé par là et a retardé les plantations. Roulement de tambour pour annoncer que, le 19 juillet 2020, le jardin partagé sera bel et bien inauguré et présenté aux habitants. Par groupes de 10 personnes à la fois, gestes barrière obligent. Pendant le confinement, Patricia a finalisé le planning d’ateliers du samedi matin jusqu’à fin juin 2021. Quand on dit que le jardin s’inscrit dans le temps…

« Les samedis matins, nous serons au jardin d’environ 10h00 à midi avec un temps d’accueil autour d’un café et un atelier sur un thème. Une salle de convivialité est disponible en cas de mauvais temps. Ca me fait plaisir d’avoir créé ce jardin partagé du début à la fin. J’ai bon espoir. » D’autant qu’un autre projet se profile autour du nouvel écoquartier Réma Vert où Patricia est sollicitée…Une nouvelle raison d’espoir avec cet engrenage positif qui semble en mouvement.

Romane Glotain, Le jardin des Maux’passants : « Le jardin confiné pour être seul et le jardin déconfiné pour retrouver le groupe »

Romane est également une habituée du Bonheur est dans le jardin depuis 2016, année où elle avait brillé dans la catégorie Excellence du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut. Il y a quelque temps, elle a créé Le jardin des Maux’passants, pour « accompagner des publics en situation de vulnérabilité sociale, psychologique, physique résidant ou non en structure médico-sociale en utilisant le jardin, le jardinage et le végétal comme support ». Alors que le confinement s’achevait, elle reprenait un remplacement d’éducatrice technique spécialisée en horticulture dans un IME (Institut Médico-Educatif) où la création d’un jardin partagé est toujours à l’étude. Sa participation au Salon du Végétal d’Angers, événement initialement prévu pour septembre 2020, pour sensibiliser les visiteurs à l’hortithérapie est en suspens.

« Justement je pense que cette période de confinement a appuyé sur l’indispensable accès à la nature que l’Homme doit pouvoir avoir au quotidien pour son bien-être global et surtout psychologique. Ceux qui avaient des jardins se sont réjouis d’en avoir pour s’occuper, s’aérer, se recentrer, se détendre, profiter des premiers rayons du soleil printanier, prendre le temps d’observer, d’écouter. A contrario, ceux qui n’avaient pas le moindre petit carré de jardin, se sont plaints d’étouffer, de ne pas profiter de la nature », constate Romane. « Personnellement, j’ai vécu dans mon appartement deux mois, j’ai des plantes en intérieur et sur mon balcon. Elles ont été vitales vraiment et je les ai observées beaucoup plus que d’habitude. J’en ai pris soin tout simplement! Et lors de mes promenades, j’ai observé avec beaucoup plus d’émerveillement les arbres qui ouvraient leurs premières feuilles, les fleurs, à travers les jardins des habitants du quartier. Sans oublier de jeter un œil sur la mer que je trouvais plus belle que d’habitude quand le large était découvert, juste en écoutant le chant des mouettes! »

Les semaines de post-confinement ont été un temps de rencontres avec des personnes qui l’avaient contactée pour en savoir plus sur les jardins de soins. Membre de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé, elle s’est aussi activée pour lancer une antenne régionale en Pays de la Loire. « Pour mes futures actions, le confinement m’a appris à réaliser le côté communication en testant la vidéo notamment et le travail à distance. Je pense que les directives qu’a prises l’état pour le déconfinement ont été un moyen pour ceux qui ont des jardins (particuliers, institutions) de se recentrer et de profiter (en autonomie, seul) des atouts et du bien-être que peut nous procurer la nature. Car les espaces végétalisés servent aussi à se retrouver seul pour x raisons. Pour ensuite, quand le temps sera venu, s’associer et continuer les partages, expériences, échanges au sein d’un jardin qui restera indéfiniment vecteur de rencontres positives! »

Emmanuelle Lutton, Jardin de Vezenne : « Les premières séances reprennent jeudi »

Pour une présentation du Jardin de Vezenne, je vous renvoie à ce billet de juillet 2019 et au site du jardin. Qu’en est-il un an plus tard ? La crise sanitaire n’a pas été simple pour les créateurs de ce beau projet de jardin thérapeutique encore tout jeune.

Voici ce que me dit Emmanuelle ce matin même, premier jour du mois de juin : « Je reprends les séances au jardin dès cette semaine. Même si toutes les institutions ne reprennent pas les séances prévues dès ce mois-ci, on peut dire que la reprise est amorcée! Nous mettons en place les gestes protecteurs: désinfection des mains à l’arrivée et au départ du jardin, aménagement des espaces en respectant les distances de sécurité, port du masque (quand c’est possible, en fonction des publics) et désinfection des locaux entre deux groupes »

On sent que la dynamique reprend. « Nous allons également pouvoir relancer les travaux d’aménagement du jardin de soin avec la construction d’une terrasse sur pilotis sur la mare et l’implantation d’un jardin aquatique. » Et pourtant on revient de loin avec l’annulation de tous les ateliers au début du confinement, soit environ 55 ateliers entre mars et mi mai ! Toutes les structures qui viennent au jardin de Vézennes (maison de retraite, foyer résidentiel seniors, MAS, FAM) avaient annulé les sorties extérieures ainsi que les interventions des partenaires extérieurs chez elles. Seule une structure hébergeant des jeunes a bénéficié d’une dérogation pour venir au jardin pour trois ateliers avec un « protocole » à respecter. 

Les difficultés ne manquent pas comme l’ont montré ces trois ateliers pionniers. « Le port du masque s’avère parfois bien compliqué. Les masques en tissu très épais étouffent le son de la voix, empêchent la lecture labiale et causent des difficultés de compréhension et d’échanges. La mise en place de la distance physique s’avère également compliquée à respecter pour montrer, se passer une plante, câliner un chevreau, observer un poussin… »

« De plus, l’entrée en relation, avant d’être verbale, est bien souvent physique. La mise à distance entrave cette entrée en relation, essentielle avec la plupart de notre public », explique Emmanuelle. Les difficultés ne manquent pas, mais les accepter et les digérer peut faire partie des nouvelles leçons du jardin dans cette nouvelle phase du « monde d’après ».

A dans 15 jours pour de nouveaux exemples de résilience en pleine nature. D’ici là, portez-vous bien et ouvrez vos sens.

Une année riche

Est-ce que j’ai tellement le nez dans le guidon que je perds tout recul ? Ou bien constate-t-on une réelle accélération du nombre d’études sur le lien entre nature et santé, doublée d’un intérêt médiatique de plus en plus marqué pour le sujet ?

En tout cas, pour clore cette année qui restera pour moi marquée par la création de la Fédération Française Jardins Nature et Santé, voici quelques pistes et autres arguments, un peu d’eau apportée à notre moulin.

 

Exposition à la nature et santé mentale

Le mois dernier, je vous parlais d’une étude danoise qui avait montré que plus d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance se traduisait par moins de risque de troubles psychiatriques à l’adolescence et à l’âge adulte. Elle est loin d’être la seule à établir cette corrélation.

Cette autre étude publiée en 2019 rapporte des résultats similaires en analysant des données issues de quatre villes en Espagne, Hollande, Lituanie et Angleterre. « Notre étude a montré que de faibles niveaux d’exposition à des milieux naturels extérieurs chez les enfants sont associés à une mauvaise santé mentale à l’âge adulte, ce qui appuie l’appel lancé aux décideurs pour qu’ils améliorent la disponibilité des milieux naturels extérieurs pour les enfants », concluent les auteurs de cette étude parue dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health.

 

Mindfulness et nature

Dorthe Djernis (photo Tina Agnew)

 

« Nature-based mindfulness – Investigation of bringing mindfulness into natural settings ». C’est le titre de la thèse défendue par Dorthe Djernis, sous la direction d’Ulrika Stigsdotter qui travaille à Therapy Garden Nacadia. Si on ne peut pas accéder à la thèse, on peut cependant lire cette revue systématique et méta-analyse de 25 études sur l’intégration de la pleine conscience dans un environnement naturel qui en est la base. « La pleine conscience dans la nature sauvage semble être plus bénéfique que la pleine conscience dans les milieux plus cultivés, mais l’importance du lieu doit être étudiée plus en profondeur. »

 

Nature Sacred

Une ressource anglo-saxonne intéressante. Est-ce que Nature Sacred peut nous donner des idées en France ? Mais d’abord qu’est-ce que c’est ? « Nature Sacred existe pour inspirer, informer et guider les communautés dans la création d’espaces verts publics appelés Sacred Places, conçus pour améliorer la santé mentale, unifier les communautés et engendrer la paix. Depuis plus de 25 ans, Nature Sacred s’est associé à plus de 130 communautés à travers le pays pour infuser la nature proche dans des endroits où la guérison est souvent la plus nécessaire : quartiers urbains en détresse, écoles, hôpitaux, prisons et plus encore. Grâce à un processus de collaboration communautaire et à un modèle de conception fondé sur des données probantes, chaque Sacred Place est lié par un objectif commun : reconnecter les gens à la nature de manière à favoriser la réflexion, à rétablir la santé mentale et à renforcer les collectivités. »

En octobre, Nature Sacred a publié un rapport, « The Healing Power of Nature », qui compile les preuves scientifiques les plus récentes et les plus puissantes qui soulignent les bienfaits de la nature pour la santé.

 

Deux heures par semaine dans la nature

Mathew White

« Passer deux heures par semaine dans la nature est bon pour la santé et le bien-être ». C’est le titre de cet article publié sur le site The Conversation par Mathew White, professeur de psychologie de l’environnement à l’Université d’Exeter et co-auteur d’une étude en cours sur 20 000 sujets.

« Nous avons découvert que ceux qui consacrent au moins deux heures par semaine dans la nature ont tendance à se trouver davantage « en bonne santé » ou encore d’éprouver un plus haut niveau de bien-être que ceux qui ne passent pas de temps dans la nature. Ceux qui y passent un peu de temps, mais moins de deux heures, ne sont pas plus susceptibles de se sentir en bonne santé et d’éprouver un bien-être que ceux qui ne s’y exposent pas du tout….Plus significatif peut-être, cette tendance du « seuil des deux heures » se retrouve dans tous les échantillons examinés: vieux comme jeunes adultes, hommes et femmes, urbains et campagnards, pauvres comme riches, et même chez ceux atteints d’une maladie à long terme ou d’un handicap. »

 

Un jardin pour des personnes fragiles vivant à domicile

Ce jardin thérapeutique, créé par l’AMSAD de la Haute-Gironde, une association de maintien à domicile, est original. Ce qui frappe également, c’est que le projet est décrit sur un site animé par la région Aquitaine et l’ARS. « 750 personnes, tous publics confondus, ont fréquenté ce jardin 2018 et j’ai animé 200 séances accompagnées, plutôt en individuel, et dans une logique de projet personnalisé. Venir au jardin, c’est se mettre en activité, en éveil, en lien social… », explique Pascal Pennec, le responsable du jardin d’Oreda qui est à la fois éducateur spécialisé, paysan et jardinier. Allez lire la suite. Et pour en savoir plus, le site de l’AMSAD.

 

Comment une personne handicapée perçoit-elle un jardin ?

Cette vidéo de 30 minutes vous le fait découvrir de l’intérieur. Le YouTubeur Zygop s’est promené dans le parc de la Tête d’Or à Lyon avec Fannie qui est en fauteuil roulant. Elle explique comment se déplacer et apprécier les plantes lui est difficile dans un espace dont la conception n’est pas adaptée.

 

Etes-vous un « néotransitionneur »?

Le jargon est un peu marketing, mais cet article pourrait vous « parler ». Est-ce que la solastalgie ou l’éco-anxiété, une forme de détresse psychique et existentielle causée par les changements environnementaux, est en train de devenir un sujet de santé publique?

 

Oliver Sacks parle de jardins

Oliver Sacks au New York Botanical Gardens (photo de Billy Hayes)

 

Je ne me lasse jamais de citer Oliver Sacks, ici et . Grâce à cet article de Brainpickings, laissons-lui le mot de la fin pour cette année.

« En tant qu’écrivain, je trouve les jardins essentiels au processus créatif ; en tant que médecin, j’emmène mes patients dans les jardins autant que possible. Nous avons tous eu l’expérience d’errer dans un jardin luxuriant ou un désert intemporel, de marcher au bord d’une rivière ou d’un océan, ou d’escalader une montagne et de nous retrouver à la fois calmes et revigorés, engagés dans notre esprit, rafraîchis dans notre corps et notre esprit. L’importance de ces états physiologiques sur la santé individuelle et communautaire est fondamentale et de grande portée. En quarante ans de pratique médicale, je n’ai trouvé que deux types de « thérapie » non pharmaceutique d’une importance vitale pour les patients atteints de maladies neurologiques chroniques : la musique et les jardins. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une hortithérapeute péruvienne…à Paris

Fut un temps, Rebecca Haller et Christine Capra m’avaient gentiment demandé d’écrire le blog du Horticultural Therapy Institute. Ce fut un plaisir pendant plusieurs années. Puis le temps vint à manquer. Récemment, le blog du HTI a connu une nouvelle évolution avec la mise en place d’un binôme d’auteures. Colleen Griffin, HTR, habite dans l’état du Maine, son activité d’hortithérapeute consiste à accompagner des enfants avec des besoins particuliers ainsi que des adultes et des enfants se battant contre un cancer (voici son premier billet, passionnant, sur les explications qu’elle donne quand on lui demande ce qu’est l’hortithérapie). La deuxième membre du binôme est Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi qui vit au Pérou. Avec l’autorisation du HTI, je reproduis ce mois-ci son billet sur l’introduction de l’HT dans son pays et ses projets. Il est encourageant de savoir que Daniela couvrira l’hortithérapie dans le reste du monde pour le blog.

Voici le billet de Daniela en VO et en français ci-dessous. Ce soir, je l’ai rencontrée au Jardin du Luxembourg pour une conversation à bâtons rompus. Voici le résumé en 2 minutes.

Pour la joindre, daniela (at) horticulturaterapeutica.pe ou le site de son Instituto de Horticultura Terapéutica – Péru.

Par Daniela Silva-Rodriguez

daniela-624x832Ma relation avec les plantes a commencé à l’âge de 8 ans.  Après avoir brusquement perdu mon père d’un anévrisme, j’ai trouvé du réconfort dans le jardin de ma grand-mère.  Il y avait tellement d’espèces de plantes et de fleurs dans ce jardin de 6 000 m2 ! Bientôt, j’ai commencé à apprendre leurs noms et prénoms, ainsi que leurs préférences. J’ai été émerveillée par les formes, les textures et les odeurs des feuilles et des fleurs, qui m’ont inspirée à apporter la nature à l’intérieur en créant des arrangements floraux pour chaque pièce de notre maison.  Mais le plus grand plaisir pour moi était d’arroser les plantes, de voir les feuilles sans la moindre trace de poussière et de sentir l’odeur de terre humide !

Le temps a passé et il était clair pour moi que je devais faire une carrière dans un domaine lié aux plantes. J’ai étudié la biologie et les sciences de l’environnement à l’American University à Washington D.C. Quand je suis revenue au Pérou, j’ai obtenu mon premier emploi au Centre international de la pomme de terre comme assistante scientifique et, en même temps, j’ai obtenu une maîtrise en Sélection et Amélioration des Plantes.

Après 6 ans de travail en laboratoire, j’ai démarré une entreprise dédiée à la production de salades vertes pour les supermarchés au Pérou. Au cours des 25 années suivantes, j’ai acquis des connaissances et de l’expérience en agriculture, en lutte intégrée contre les ravageurs, en bonnes pratiques agricoles et en assurance qualité. Mais mon amour pour les plantes était trop fort et j’ai gardé le contact avec elles à travers des projets d’aménagement paysager.

En 2010, j’ai découvert la pratique de l’hortithérapie ! J’ai contacté le Horticultural Therapy Institute et mon voyage pour obtenir un certificat en hortithérapie a commencé. J’ai obtenu mon certificat en 2016.

Entre 2011 et 2013, j’ai commencé un petit programme dans un centre de réadaptation pour les toxicomanes (cocaïne, marijuana et alcool) et les personnes souffrant de dépression. Les âges varient principalement de 14 à 30 ans. Pendant cette courte période, j’ai mis en évidence la capacité des plantes à changer la vie des gens, en particulier chez deux patients. Un patient de sexe masculin, âgé de 30 ans, a reçu un diagnostic de dépression grave.  La première fois que je l’ai rencontré, il n’a eu aucun contact visuel et a répondu avec des monosyllabes. Trois semaines après avoir participé au programme, il était une personne complètement différente : ses yeux brillaient, il demandait des tâches et était impatient d’apprendre d’autres techniques de jardinage. Après sa sortie, il a lancé une entreprise autour des plantes à l’étranger, changeant son centre d’intérêt de l’économie vers les plantes.

L’autre patient était une jeune femme de 18 ans, atteinte de dépression et consommant de la marijuana. Après 6 mois de participation au programme d’HT avec des sautes d’humeur et des automutilations, j’ai remarqué quelque chose qu’elle avait fait à la plante qu’elle avait adoptée et qui m’a fait penser que quelque chose de vraiment sérieux se passait avec elle. Ce fut un tournant dans son traitement : elle pouvait enfin parler de ce qui la troublait vraiment.

Ces deux expériences m’ont fait réaliser que je voulais consacrer le reste de ma vie à aider les gens à travers une de mes passions : les plantes.

Entre 2014 et 2017, j’ai fait un travail de sensibilisation aux avantages de l’HT pour le bien-être des gens par le biais d’ateliers et de programmes de courte durée pour des groupes spécifiques comme les enfants atteints de cancer ou les enfants brûlés.

Sensibiliser dans un pays où il n’existe pas de carrière en horticulture et où de nombreux professionnels n’aiment pas qu’on les fasse sortir de leur zone de confort est difficile mais pas impossible. Il faut du temps pour leur faire comprendre que l’hortithérapie est leur alliée, que les activités de jardinage servent d’outil pour faciliter leur travail. Nous devons utiliser l’attribut le plus précieux que possèdent les jardiniers : la patience.

 

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Site du jardin de soins (healing garden) – Orphelinat au Pérou, mars 2019

En octobre 2018, on m’a commandé la conception d’un jardin de soins et d’un programme d’HT pour un orphelinat à Lima, au Pérou. C’était un grand défi en raison des conditions du site, qui était à l’abandon complet (voir photos) et du budget qui était limité. Après 4 mois de planification et de brainstorming, la conception était prête. La mise en œuvre a eu lieu en avril de cette année. Une équipe de 130 jeunes volontaires s’est chargée de planter, de peindre les murs, de créer un jeu d’eau et un mur vert, d’enlever les pierres et de décorer, sous ma direction. Le travail a été fait en 5 jours. Le jardin a été baptisé par les enfants de l’institution le « Jardin des Rêves ».

 

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Site du jardin de soins – Avril 2019

Une semaine plus tard, nous avons commencé à travailler avec 40 enfants placés en institution, âgés de 5 à 14 ans. La fréquence de notre programme est de deux fois par semaine. Travailler avec des enfants placés est un énorme défi. La plupart des enfants ont été séparés de leurs parents en raison de violences physiques et/ou psychologiques. Cette situation a provoqué de graves problèmes émotionnels et comportementaux chez les enfants. L’objectif principal du jardin de guérison est de les aider à canaliser ces émotions : colère, peur, tristesse, agressivité, manque d’attention et comportement perturbateur grâce à l’amour et aux soins.

 

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Masque en pétales de fleurs – stimulation créative

 

Après la première séance chaotique où nous avons travaillé avec des groupes de 10 enfants toutes les 30 minutes pendant 2 heures, nous avons décidé de restructurer la dynamique pour la séance suivante. Nous devions enseigner aux enfants qu’il y avait des « règles du jardin » qu’il fallait suivre et que nous devions les « calmer » avant de leur proposer l’activité prévue. Les règles du jardin ont été établies par chacun d’entre eux et ont ensuite été imprimées sur une grande bannière. Nous les lisons au début de chaque session. Pour « calmer » leur esprit, nous utilisons une technique de respiration qui les amène au moment présent, à écouter les instructions et les métaphores et à s’engager dans l’activité prévue en mode « calme ». En plus de ces deux stratégies, nous avons mis en place quatre tables distinctes qui nous aident à travailler en petits groupes.

 

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Créer des « amis du jardin »

Dans chaque session, nous avons un « plan B » pour les enfants qui ne s’impliquent pas dans l’activité dès le début. Ce « plan B » consiste à créer des bouquets d’herbes. La stimulation de l’odorat, en particulier chez les enfants présentant ces caractéristiques, a un effet puissant ainsi que le travail du sol.

Plusieurs semaines ont passé et nous commençons à voir des résultats : les enfants sont plus calmes, fiers de leur travail dans le jardin et commencent à montrer le même amour et le même respect envers les plantes que nous. Certains d’entre eux sont même fiers de montrer à leurs frères et sœurs le même amour et le même respect. Ils savent que leur « Dream Garden » est un environnement non menaçant, où ils se sentent en sécurité. Les enfants prennent conscience de l’effet puissant du jardinage comme outil pour canaliser leurs émotions.

Maintenant que nous avons introduit les enfants dans le jardin, notre prochain défi est de créer des tipis en saule pour que les frères et sœurs puissent « cultiver » une relation entre eux. Le tipi en saule symbolisera leur « maison », un lieu sûr entouré de plantes qu’ils apprendront à cultiver avec amour.

Traduit avec l’aide de http://www.DeepL.com/Translator

Récit de voyage en Scandinavie biophilique

 

Ce mois-ci, la parole est à Philippe Walch, paysagiste pendant 30 ans et aujourd’hui formateur en jardins à but thérapeutique (le terme qu’il préfère) dans des unités de soin en Ehpad, hôpitaux et ailleurs. Nouveau membre de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé, il nous invite à partager l’expérience d’un récent voyage au Danemark plein de découvertes. Merci, Philippe. Vous pouvez le joindre à phwalch (at) lesjardinsavie.com. 

En parlant de voyager, je vous suggère un voyage sur la Costa Brava avec le projet très sympa de mes amis Louise Brody et Charles Poisay. Car il touche aussi à notre rapport à la nature et à l’invention d’une nouvelle vie. Jetez un oeil sur leur Kickstarter qui décrit leur vision et leur projet  :  www.kickstarter.com/projects/santelm66

 

 

Quand tant d’autres de nos concitoyens courent après quelques heures de chaleur et de farniente – et on les comprend, j’ai eu l’occasion de passer quelques jours au nord de Copenhague, Danemark, au mois de janvier 2019.

Le Danemark, petit voisin de la Suède référence européenne du concept de biophilie, n’échappe pas à cet amour de la nature que l’on voit à tout moment en se promenant ou en roulant. Certes, ce plat pays nordique et islien de 5,5 millions d’âmes ne souffre pas de sècheresse, mais on remarque vite que les forêts et bois le long des routes sont gérés avec un respect de la biodiversité et des cycles de croissance et de dégradation naturelle : on coupe ce qui est mort et on le laisse sur place.

Les cimetières sont de cette même veine verte, domestiquée mais foisonnante, avec une minéralité minimisée. J’ai même vu un local de poubelles planté d’un bouleau bien vivant!

 

Un musée d’art moderne en plein air

Une visite au musée d’art moderne de l’île Seeland, Louisiana à 30 km au Nord de la capitale, vous laisse pantois car ce musée est autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.le jardin est parsemé d’œuvres sculpturales ou architecturales, et ce en bordure de mer. Il a beau eu fait 1°C avec un ciel bas, on ne peut que déambuler avec joie dans ce parc–musée, entre deux visites de salles !

 

Dans un arborétum royal, sylvothérapie et hortithérapie en action

Et puis…il y eut cette douce révélation non préméditée avec la découverte de cet arboretum royal (le Danemark est encore un royaume ), réaménagé à partir d’un patrimoine végétal par la chaire « Forêt et Environnement » de l’Université de Copenhague par Ulrika Stigdotter et son équipe, dont Ulrik Sidenius. Cet arboretum qui n’est jamais dénommé parc (connotation trop paysagère) est depuis 2004 une forêt de santé (Helserskov en danois)  nommée « Octovia », se voulant un concept modèle de sylvothérapie et au sein de laquelle est inclus le jardin de thérapie « Nacadia ».

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L’entrée de la serre de séances hortithérapeutiques : invitation au repos « restauratif »

« Octavia « fourmille de 2000 espèces et cultivars de ligneux, arbres et arbustes et c’est en effet une gourmandise botanique étonnante, traversée de sentes et allées.

Le jardin « Nacadia », ouvert à tous l’après-midi, est dédié le matin à l’expérimentation de besoin de nature pour des patients (c’est ce terme qui est utilisé dans les séances guidées) psychiquement et mentalement fatigués. Les séances commencent dans une serre fermée de 170 m2, aménagée en salle spacieuse toute de bois au sol avec des recoins , mini-pièces végétalisées où l’on vient respirer, poser son regard (suivant la théorie « Attractive Restoration Therapy » des Kaplan), fermer les yeux, faire quelques pas, dire quelques mots à son voisin… puis sortir au dehors pour flâner lentement, toucher les troncs, contempler, le long des chemins parsemés de bancs de bois et d’espaces naturels peu encombrés mais tout de vert vêtus, enfin dans la belle saison : Bouleaux, Chênes , Tilleuls, Noyers cendrés, Sorbiers, Erables, Hêtres, Magnolias soulangeana… et bien d’autres espèces plus rares mais comme chez elles !

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Les danois appellent ces perspectives ouvertes et lointaines « fields ».Une ouverture paysagère lorsque les patients entrent dans le mouvement physique et celui du regard . »Nacadia » en est pourvu de nombreuses !

Le fait d’avoir visité le Danemark en janvier appelle à revenir en mai ou en juin…pour profiter de la même expérience en robe de verdure et en fleurs au sol comme sur les arbres. Les Vikings qui n’ont peur de rien, aiment tellement le vert qu’ils ont osé nommer le palais arctique Groenland, c’est-à-dire le « pays vert », pour donner envie d’y venir !

 

Une fédération est née

La biophilie à l’oeuvre (photo Florence Gottiniaux/Outside)

 

 

La Fédération Française Jardins, Nature et Santé est un beau bébé qui fêtera bientôt son premier anniversaire officiel, sans compter les longs mois de gestation. Pour la faire très courte, c’est une bande de gens très sympas qui aident, certains depuis de longues années, à connecter des personnes fragiles avec la nature et le jardin pour qu’elles retrouvent un certain équilibre, un certain bien-être, une certaine qualité de vie. Des gens de partout en France qui ont décidé de s’unir pour mieux partager leurs convictions et leurs pratiques.

Genèse

Les 13 et 14 novembre 2017, l’association Jardins & Santé tenait son 5e symposium à Paris. Comme pour chaque symposium, de nombreux acteurs étaient venus de partout en France, avides de discussions et d’échanges, entre eux et avec les intervenants internationaux. Tous convaincus que certains jardins, et la nature plus largement, possèdent des vertus thérapeutiques. Déjà l’idée de créer une nouvelle association – ou plutôt une fédération – circulait depuis quelque temps. Au symposium précédent, des conversations avaient commencé. Sans lendemain, une fois tout le monde rentré chez eux. Mais là, on sentait une envie palpable de se rassembler. A la fin du symposium, quelques personnes ont commencé à discuter au pied de l’estrade. Notamment Anne Chahine, la présidente de Jardins & Santé, et Jérôme Pellissier, auteur d’un ouvrage marquant en français sur l’hortithérapie…

Et puis, la conversation a continué dans un café à côté. C’est ce soir-là que tout a commencé…Autour de plusieurs constats.

Ensemble, plus forts et mieux entendus

Depuis quelques années, les jardins de soins se déploient en France, dans des maisons de retraite, dans des hôpitaux psychiatriques et ailleurs. Les média sont pris d’engouement pour l’hortithérapie et y consacrent articles et émissions. Les jardins de soin semblent dans l’air du temps. Et pourtant à chaque fois qu’un infirmier, un interne en psychiatrie ou une psychomotricienne a envie de créer un jardin dans son établissement, il lui faut convaincre les décideurs en glanant ici et là des arguments. Les formations restent peu nombreuses et aucune ne débouche sur une certification ou un diplôme. Chacun doit réinventer la roue, sans soutien, avec l’énergie et l’enthousiasme des passionnés. C’est usant.

Malgré des décennies d’expérience dans d’autres pays et des études démontrant les bienfaits de cette médiation non médicamenteuse, la pratique cherchait encore légitimité et reconnaissance en France. C’est cette situation qui a donné envie à une trentaine de membres fondateurs de se retrousser les manches pour se fédérer, promouvoir leurs diverses pratiques et se soutenir entre professionnels.

Une fédération ne se fait pas en un jour

Assemblée constituante

La fédération en plein chantier de construction (photo CH Théophile Roussel)

En janvier 2018, première réunion de travail au cœur de l’hiver, saison où les jardiniers aiment cogiter à l’intérieur. Des groupes de travail ont œuvré pendant des mois pour faire avancer divers chantiers – une charte et un règlement intérieur, des outils pour communiquer – malgré la distance géographique et les emplois du temps chargé. En avril 2018, assemblée constituante pour élire un conseil d’administration et un bureau certes, mais surtout pour avancer. Il y a tant à faire et à penser. Le Centre Hospitalier Théophile Roussel à Montesson (78) est naturellement devenu le siège de la FFJNS grâce à la conviction de son Coordonnateur général des activités de soins, Didier Sigler et au soutien de son directeur, Jacques Lahely.

Le 25 janvier 2019, la FFJNS tenait sa première assemblée générale annuelle et ouvrait officiellement ses portes à de nouveaux membres. Quelques nouveaux sont venus, attirés par une énergie proche de la leur. Qui peut rejoindre cette fédération ? Toutes les actrices et tous les acteurs « concerné.e.s par la création, la mise en œuvre, le développement, les usages, des jardins thérapeutiques et/ou des pratiques de prévention, de soin et prendre-soin par la relation à la nature ou à des éléments naturels (dont les écothérapies et l’hortithérapie) » sont les bienvenu.e.s.

Pour en savoir plus sur la FFJNS

Ruez-vous sur le site flambant neuf de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé. Vous pourrez y lire la charte récemment approuvée (mais toujours perfectible), la composition du CA et du bureau, la procédure d’adhésion (attention, nous avons décidé d’avoir des membres sympathisants et des membres actifs), des définitions, une liste non-exhaustive des formations disponibles en France, un appel aux dons et plus encore.

Je passe au « nous » car, à ce stade, vous aurez compris que je suis impliquée dans cette aventure en tant que présidente, pour un mandat de trois ans. De nombreux signes autour de nous au quotidien nous donnent l’espoir que les bienfaits de la nature sont de plus en plus reconnus. Que, comme le dit notre secrétaire Tamara Singh, nous sommes des être(s) de nature.

En mars, la FFJNS déroulera une série d’événements locaux, à l’initiative des membres disséminés de Brest à Bezannes à Draguignan à Saint-Péray à Saint-Vincent-de-Tyrosse et un peu partout en France. Stay tuned… 

 

Trois actus à chaud de membres fondateurs de la FFJNS

 A Montpellier. Sonia Trinquier de l’association Mosaïque des Hommes et des Jardins est également membre fondatrice et membre active de la FFJNS. Ce samedi 9 février, elle organise une journée découverte des différentes approches de l’hortithérapie, entre écologie humaine et écologie environnementale. Ca se passe de 10h00 à 16h30 à la Maison Pour Tous Michel Colluci. Sonia a prévu des mises en situation concrètes et des retours d’expérience d’Ateliers Jardin adaptés à un public fragile. Infos sur le site de Mosaïque.

A Versailles et autour. Kevin Charras de la Fondation Médéric Alzheimer et Véronique Laulier de l’École nationale supérieure de paysage (ENSP) sont tous les deux membres fondateurs de cette nouvelle fédération. Le 29 janvier, leurs deux institutions ont signé une convention de partenariatdont l’objectif est d’améliorer le quotidien des personnes atteintes de troubles cognitifs liés au vieillissement grâce au contact avec la nature.

A Saint-Etienne. Le 24 mai se tiendra à la Faculté de Médecine Jacques Lisfranc le colloque « Des jardins pour prendre soin » organisé par le centre de réhabilitation sociale Réhacoor 42 et impulsé par un de ses psychiatres Romain Pommier, membre fondateur de la fédération. Plusieurs autres membres de la fédération au programme aux côtés d’intervenants en psychiatrie et – roulement de tambour – de Roger Ulrich dont la présentation portera sur « Les jardins et la nature dans les structures de soin ».  Un colloque à ne pas manquer! On en reparlera. Voici l’affiche du colloque.

 

 

 

 

Heidi Rotteneder : une hortithérapeute certifiée des deux côtés de l’Atlantique

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Heidi Rotteneder est hortithérapeute en Californie après une formation en Europe.

« My name is Heidi Rotteneder, I’m an HTR working in the Bay Area and I’m a member of the Horticultural Therapy Association of California. We are a group of Northern Californian Horticultural Therapists forming a new networking group for people working in this field….We organize network meetings, where we share our experiences, exchange ideas and discuss the progression of the profession. We also have created a Google group to share information and ideas. » Quand j’ai reçu ce message électronique de Heidi il y a quelques semaines, en tant qu’ancienne étudiante du Horticultural Therapy Institute, j’ai été intriguée en réalisant grâce à un rapide tour sur LinkedIn que Heidi était une hortithérapeute formée en Autriche et qu’elle travaillait dans la même clinique que Suzanne Redell près de San Francisco. Quelques jours plus tard, nous étions en train de discuter sur Skype.

« Cela faisait 15 ans que j’étais travailleuse sociale en Autriche. Je travaillais avec des adultes connaissant des problèmes financiers et d’autres problèmes. Je me suis rendue compte que je n’avais pas envie de faire toute ma carrière dans un bureau. Ayant grandi dans un milieu rural avec des grands-parents paysans, je ressentais l’appel de la nature. Je jardine depuis toujours », commence Heidi. « En Autriche, j’avais entendu parler de l’hortithérapie, un peu par accident. Mais j’ai vraiment appris qu’on pouvait se former en 2010 et je me suis lancée en 2013. » La formation qu’a suivie Heidi est une collaboration entre deux institutions universitaires : l’Université du Danube Krems qui est spécialisée dans la formation continue et le Collège universitaire pour la pédagogie agraire et environnementale. On peut trouver des informations sur leur programme conjoint en anglais et en allemand (plus détaillé). « Pour postuler, il faut déjà avoir un diplôme dans le domaine des sciences sociales, de la santé ou de l’horticulture. Les cours ont lieu un weekend par mois pendant deux ans. J’ai ensuite rédigé un mémoire final et j’ai effectué un stage de 150 heures dans plusieurs endroits », explique Heidi.

« Les cours sont un mélange de concepts en éducation, en sciences sociales, en horticulture et en santé. Pour mes stages, j’ai travaillé dans un accueil pour les réfugiés. Ils avaient chacun leur lopin de terre pour cultiver des plantes de chez eux et des plantes qu’on trouve en Autriche. Le deuxième stage était dans un programme résidentiel auprès d’adolescents et d’adultes souffrant de problèmes de santé mentale avec une composante de formation car ils devaient travailler soit dans la cuisine, soit dans le jardin pour produire des ingrédients pour la cuisine. De plus, j’ai créé un jardin dans un foyer pour enfants avec un processus participatif entre les aidants et les enfants. » En juin 2015, Heidi termine sa formation.

Go west, young woman

Et en août 2015, elle déménage avec sa famille en Californie où son mari vient de trouver un travail dans la Silicon Valley. « C’était un peu effrayant car j’étais nouvelle dans ce métier, il y avait la barrière de la langue et je ne connaissais personne. » Assez vite, Heidi rencontre Suzanne Redell qui l’aiguille sur la voie de la certification américaine pour qu’elle obtienne le titre de HTR (Horticultural Therapist Registered). Elle se lance dans cette certification : il lui faut valider 480 heures de stage qu’elle effectue au Cordilleras Mental Health Center dans la ville de Redwood City et suivre des formations complémentaires en horticulture qu’elle suit au Foothill College. C’est un peu un parcours du combattant car l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) ne lui fournit pas d’information précise. En parallèle, Heidi a également obtenu une certification en Europe à l’IGGT, l’équivalent allemand de l’AHTA, car elle est persuadée qu’elle reviendra un jour…

IMG_2791« Aujourd’hui je travaille toujours à Cordilleras avec un groupe de passionnés d’hortithérapie. Suzanne et moi sommes toutes les deux HTR, une autre personne est en cours de certification et il y a une stagiaire » Car depuis 2012 quand j’avais évoqué ce programme et son démarrage ici, il a pris de l’importance avec le soutien de la direction. A l’époque, Suzanne intervenait trois jours par semaine auprès de deux groupes. Aujourd’hui, le programme fonctionne tous les jours avec des activités de groupe et/ou des séances individuelles. Les hortithérapeutes forment une équipe avec les ergothérapeutes et les travailleurs sociaux. Tous les résidents peuvent intégrer un groupe. Pour les séances individuelles, l’équipe a mis en place un système de recommandation. En tout état de cause, les hortithérapeutes sont au courant du diagnostic et des objectifs de chaque patient.

Heidi travaille le plus souvent avec des patients dans les unités fermés où ils sont hospitalisés entre trois et six mois. Ses patients ont reçu des diagnostics de personnalité borderline, de schizophrénie ou d’autres troubles psychiques. Ils arrivent dans un état stabilisé, parfois après un passage dans un hôpital public, même si de nouvelles phases aiguës peuvent les ramener à l’hôpital. « Un objectif peut être de terminer une activité pendant la séance, en les aidant à se concentrer, à avancer pas à pas et à finir. On peut aussi avoir pour objectif qu’ils aient une réflexion sur l’activité pour développer leurs capacités à s’exprimer et à interagir socialement », explique Heidi. En plus de ce travail à Cordilleras, Heidi accompagne des jeunes adultes qui ont différentes difficultés dans une activité de jardinage. C’est le programme SNAP (Redwood City Special Needs Program).

La volonté de rassembler les hortithérapeutes

Quant au groupe de professionnels qu’Heidi cherche à étoffer, il s’agit d’un groupe que Suzanne et d’autres hortithérapeutes de longue date avaient envie de relancer. « Nous nous rencontrons, notre prochaine rencontre est d’ailleurs en septembre. Nous voulons nous apporter du soutien, développer des outils professionnels et partager nos expériences. » La Californie avait à une époque un gros contingent de membres de l’AHTA. Mais il faut de nouvelles énergies parfois pour relancer les choses. « Les hortithérapeutes travaillent le plus souvent dans des institutions où ils sont seuls. Je ne connais pas d’autres endroits que Cordilleras qui emploient plusieurs hortithérapeutes. Ils ont donc besoin d’échanger », constate Heidi.

« Le mouvement pour se reconnecter à la nature est fort en ce moment », se réjouit-elle. « Mon rêve serait de créer une ferme thérapeutique avec des animaux, des légumes, des fleurs. J’aimerais travailler avec différents groupes. Cela pourrait être n’importe où, le futur est imprévisible. » Avec sa double certification aux Etats-Unis et en Europe, Heidi est dans une position unique d’aider des personnes qui souffrent et de faire avancer cette jeune profession. Ayant géographiquement fait le chemin inverse de Tamara Singh, Heidi a beaucoup à apporter à l’hortithérapie. Peut-être la retrouverons-nous un jour de ce côté de l’Atlantique…

Calliope Correia, une hortithérapeute californienne derrière les barreaux

Calliope Correia

Calliope Correia travaille dans le département de sciences des plantes à l’université de Fresno State.

Il y a 7 ans, j’ai rencontré Calliope Correia dans les cours du Horticultural Therapy Institute que nous suivions toutes les deux à Walnut Creek en Californie. Depuis nous sommes restées en contact via Facebook et j’ai pu suivre ses projets dans le monde de l’hortithérapie, y compris sa dernière aventure avec le projet Insight Garden Program qui crée des jardins dans les prisons américaines. Il y a quelques jours, j’ai profité d’un rare moment où Calliope était tranquille chez elle – en train de récupérer d’une opération de la hanche – pour discuter avec elle. « J’ai l’impression d’avoir tellement de chance de faire ce travail d’hortithérapeute », dit-elle. Tour d’horizon des projets à travers lesquels Calliope partage son amour des plantes et de la nature.

Le job de Calliope grignoté par l’hortithérapie

Le travail à temps plein de Calliope consiste à gérer la pépinière du département de sciences des plantes à l’université de Fresno State dans le centre de la Californie. Pendant sa convalescence, être loin de ses plantes s’est révélé une torture pour elle. Depuis environ sept ans, elle s’occupe de HIP pour Horticulture Initiative Program. C’est un programme qu’elle a lancé dans le cadre de son master à Fresno State, un master interdisciplinaire mêlant « rehabilitation counseling » et « plant science » qu’elle a obtenu en 2015. « HIP est un cours d’horticulture pour des jeunes gens qui ont des troubles du développement et sont en train de faire la transition vers l’âge adulte. Les jeunes viennent à la pépinière qui se trouve à la ferme sur notre campus. Ils font pousser des fleurs et des légumes et ils acquièrent des compétences sociales et professionnelles, des compétences pour la vie ». Voici un portrait de Calliope dans le journal de Fresno State.

En parallèle, elle organise des « farm camps » pour les enfants pendant les vacances : les enfants découvrent les secrets des plantes sur la ferme de l’université au détour de nombreuses activités.

En parallèle, elle fait du bénévolat dans un jardin thérapeutique au Valley Children’s Hospital de Madera. « Le jardin thérapeutique sert aux patients qui suivent un programme de kiné ainsi que d’espace de répit pour les familles et le personnel dans un environnement souvent stressant », explique Calliope. « Ce sont des kinés et des ergothérapeutes qui gèrent le programme. Je viens avec des étudiants et d’autres bénévoles pour faire de l’entretien et pour construire des petits jardins de fées, des petites maisons miniatures cachées sous les feuilles. »

En parallèle, elle espère terminer cette année le stage qui lui permettra d’accoler trois petites lettres magiques à son nom, HTR pour Horticultural Therapy Registered. En plus, elle répond aux nombreux appels qu’elle reçoit pour parler de l’hortithérapie à l’université, dans des cours pour seniors, devant les groupes de « master gardeners » ou dans des manifestations diverses et variées autour de Fresno. « Beaucoup de gens en ont entendu parler, mais ne savent pas exactement de quoi il s’agit, ni qui le pratique. » Calliope leur explique.

 

Insight Garden Program : des plantes et des prisonniers

Toutes ces activités remplissent Calliope de joie. Mais quand elle parle d’Insight Garden Program, son regard s’illumine. Lancé il y a une quinzaine d’année dans la prison de San Quentin près de San Francisco, IGP est un programme qui combine jardinage et formation professionnelle pour permettre aux détenus de renouer avec eux-mêmes, la collectivité et le monde naturel (je l’avais rapidement évoqué en 2012). Depuis le programme a pris de l’ampleur : il est présent dans huit prisons en Californie, deux prisons dans l’Indiana et collabore avec deux programmes facilitant la sortie de prison dans l’état de New York.

« En juin, IGP a fait une présentation à Fresno State après avoir obtenu des fonds pour lancer des jardins dans des zones rurales où les prisonniers ont moins accès à des programmes proposés par des bénévoles. Ils cherchaient des personnes intéressées », se souvient Calliope. « Il s’agit d’un curriculum d’un an pour un groupe de 25 participants maximum, tous volontaires pour participer. Les plantes et le jardin sont une métaphore pour la croissance personnelle. » La fondatrice d’IGP, Beth Waitkus, affirme que le taux de récidive chez les participants à ses programmes est de 10% contre 70% dans le système pénitentiaire californien en général! « Et finalement, je fais ce travail parce que j’ai observé de mes propres yeux le pouvoir de transformation par la connexion au monde naturel. C’est ce qui m’a donné confiance dans la capacité humaine à changer, à maintes reprises », explique-t-elle sur son blog.

Quant à Calliope, elle n’hésite pas une seconde et s’implique immédiatement dans un programme qui démarre à Avenal State Prison à une centaine de kilomètres de chez elle. « Chaque séance de deux heures commence par une séance de méditation pour réduire le stress et par la lecture de poèmes, parfois écrits par les participants. Nous sommes en cercle et nous créons une atmosphère d’égalité. Une partie de la séance se fait à l’intérieur, nous parlons du cosmos, de la provenance de notre nourriture, de la croissance des plantes, de la biodiversité. C’est une approche holistique. Puis, les participants ont repéré le terrain et l’exposition au soleil. Ils ont dessiné les plans et choisi les plantes. L’installation va se faire ce mois-ci (en mars) », décrit Calliope qui se rend pour l’instant à Avenal une fois par mois, avant de passer à une fois par semaine à partir de mai. Car elle vient d’être chargée de commencer un deuxième jardin dans la même prison (seul le manager du programme est salarié, le reste de l’équipe est bénévole).

La prison impose des contraintes particulières.  » Ce sont les surveillants qui décident au final. Ils sont très réceptifs à notre programme qui est très bien perçu grâce à l’implication de bénévoles extérieurs et au fait que ce soit une occupation qui crée un environnement agréable », constate-t-elle. « Mais il y des règles : il ne faut pas être trop près des clôtures, on ne peut pas utiliser de plantes toxiques et les plantes ne peuvent pas dépasser une certaine hauteur pour qu’on ne puisse pas se cacher derrière. A cause de la « fièvre de la vallée » causée par un champignon dans le sol qui attaque les poumons, on est obligé de cultiver dans des bacs. Nous allons utiliser des plantes indigènes de Californie qui résistent au gel et aux fortes températures, comme les salvia que les abeilles et les oiseaux-mouches adorent, la lavande, le romarin. »

10 ans sans voir et toucher de plantes

« Les gars sont incroyables. Créer de la beauté leur donne un sentiment de fierté et d’estime de soi. Beaucoup d’entre eux éprouvent de la nostalgie pour les plantes, les fleurs. Pour certains, cela fait 10 ans qu’ils n’ont pas vu et pas touché de plantes à part le gazon », continue Calliope qui est entourée d’autres bénévoles dont un professeur de criminologie de Fresno State et un ancien détenu qui, après 25 ans de prison, a repris un master pour devenir travailleur social.

« Avant de commencer, j’avais des doutes, des idées reçues, des jugements. Je me demandais si je serais en sécurité », avoue Calliope. « Mais la beauté de ce qui peut se passer avec les plantes est une expérience extraordinaire pour les gars et pour moi. C’est une expérience intense de rentrer dans la prison, avec les portes et la sécurité. Mais une fois à l’intérieur, on oublie presque où l’on est grâce à la connexion à travers les plantes. » Pour comprendre un peu mieux cette expérience, elle conseille de regarder la vidéo de Insight Garden Program tournée à San Quentin.

En lançant un appel pour des bénévoles pour le second jardin à Avenal State Prison, Calliope écrivait récemment : « Mon programme commence en mai. Nous allons concevoir et construire un jardin à partir de la case départ. Mais surtout, nous créerons un espace de croissance, de connexion et de changement dans l’un des environnements les plus hostiles. Je suis encore volontaire un samedi par mois sur le Ward D parce que je ne veux pas laisser tomber les gars là-bas, ils sont incroyables. Ça me prend beaucoup de temps? Oui, oui. Est-ce que ça vaut le coup? Absolument. »

 

(Ces photos sont fournies par le California Department of Corrections and Rehabilitation, les bénévoles et les responsables de projet ne pouvant pas faire de photos à l’intérieur des prisons où ils interviennent).

Garden Installation at Folsom Women_s Prison credit CDCR (California Department of Corrections and Rehabilitation)

Création du jardin à la Folsom’s Women Prison (la prison de Folsom rendue célèbre par Johnny Cash) (photo California Department of Corrections and Rehabilitation)

 

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Un participant plante une sauge à la prison de Solano  (photo California Department of Corrections and Rehabilitation)

 

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Les participants collaborent dans le jardin de la prison de Solano (photo California Department of Corrections and Rehabilitation)

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L’équipe des participants à la prison de Los Angeles County, Yard B (photo California Department of Corrections and Rehabilitation)

 

Quelques pistes autour des jardins en prison

Les jardins dans les lieux de privation de liberté fleurissent, quelques exemples.

 

Connexion californienne à travers Calliope

En aparté, je vous donne des nouvelles d’une rencontre avec Ariel Schneider et sa sœur Aliyah la semaine dernière à Paris…grâce à Calliope qui avait fait les présentations en ligne. Ariel est « clinical social worker », une travailleuse sociale avec une pratique clinique et psychiatrique. Elle travaille au UCLA Resnick Neuropsychiatric Hospital à Los Angeles qui propose un jardin à des patients adultes hospitalisés en phase aiguë (retrouver un article qu’elle a écrit pour un magazine professionnel). Ariel suit en ce moment la formation du Horticultural Therapy Institute et, comme Calliope, a l’intention de devenir HTR (horticultural therapist registered) ce qui demande un stage de 480 heures sous la supervision d’une personne qui a le titre de HTR. Sa sœur Aliyah a travaillé à Prospect Meadow Farm dans le Massachusetts, une ferme gérée par un service de santé mentale. Toutes les deux ont envie de créer un espace dans la région de Los Angeles où des usagers pourraient venir pratiquer l’hortithérapie, des enfants aux adultes. Cela m’a fait penser au projet de Romane Glotain. En tout cas, très heureuse de renouer avec les racines californiennes de mon intérêt pour les jardins qui soignent. Quelle énergie, ces hortithérapeutes !

 

Symposium Jardins & Santé : 13-14 novembre 2017 à Paris

Les Américains ont le congrès de l’American Horticultural Therapy Association (il s’est tenu il y a quelques jours dans le Vermont). Les Français ont le symposium de Jardins & Santé. A ma connaissance, c’est la seule rencontre en France qui concentre autant de convaincus du jardin de soin, du jardin à visée thérapeutique, tout simplement de la nature comme médiation thérapeutique. Il n’existe pas d’autre forum où se retrouve cette discipline extrêmement dispersée en termes de géographie, de lieux d’intervention, de typologies de bénéficiaires et d’animateurs,…Une discipline qui peine toujours à jouir d’une pleine reconnaissance malgré un corpus impressionnant d’études sur l’efficacité et un engouement qui continue à monter en puissance depuis des années en France.

Le symposium se tient traditionnellement tous les deux ans. En 2016, il avait fallu en faire son deuil. Jardins & Santé n’avait pas pu organiser de symposium cette année-là, faute de ressources humaines suffisantes. Il faut dire que mettre sur pied un rendez-vous pour 170 participants et 40 intervenants français et étrangers (les chiffres de l’édition 2014) n’est pas une mince affaire. C’est donc avec une certaine impatience que j’attends la version 2017 qui se tiendra à Paris les 13 et 14 novembre. En toute transparence, je précise que j’ai été invitée à intervenir sur le thème de l’évaluation des jardins thérapeutiques.

Voici le programme.

Côté pratique, le coût de l’inscription est de 250 euros (possibilité d’inscription au titre de la formation continue – entreprise et administration), avec un certain nombre de places à 50 euros disponibles pour les étudiants.  Le symposium se tiendra au 6 rue Albert de Lapparent, dans le 7e arrondissement. Inscriptions en ligne.

 

 

Dans les Yvelines, le CH Théophile Roussel multiplie les jardins

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Une partie du parc et jardin de soin au CH Théophile Roussel à Montesson, en fin de journée cet été.

 

Pour ce billet de rentrée, je vais laisser la parole à Didier Sigler. J’ai rencontré Didier pour la première fois à l’automne 2012 chez Anne et Jean-Paul Ribes. Ce charmant déjeuner, suivi d’une visite au jardin d’Epi Cure à la Maison des Aulnes, incluait également Rebecca Haller, la directrice du Horticultural Therapy Institute de Denver. Depuis, je croise Didier régulièrement, en particulier lors de la finale du concours de la Fondation Truffaut et il me donne des nouvelles des initiatives de jardins de soin qui se multiplient au sein du Centre Hospitalier Théophile Roussel à Montesson (78) où il est – attention, prenez votre souffle – coordonnateur général des activités de soins et directeur de la qualité et de la gestion des risques, sécurité et standard.

Pour présenter ce qui se fait aujourd’hui au CH Théophile Roussel, Didier Sigler m’a donné la permission de partager cet article publié dans le Théophilien, le journal interne de l’hôpital. Vous allez voir qu’il s’en passe des choses à Montesson ! Vous pouvez aussi lire cet article sur le site 66 millions d’impatients, émanation de l’Union nationale des associations agréées d’usagers du système de santé.

Il est intéressant de noter que l’hôpital est par ailleurs actif en matière de politique culturelle. Il est en effet de nouveau lauréat pour l’édition 2016-2018 du « Label Culture et Santé» qui est décerné par l’Agence Régionale de Santé et la Direction Régionale des Affaires Culturelles Ile-de-France.

Pour une mise à jour de toute dernière minute, sachez également que Didier Sigler donnera une présentation sur la place de l’hortithérapie au CH Théophile Roussel lors de la 16e édition du Congrès de L’Encéphale en janvier 2018 au Palais des Congrès à Paris. A côté des thérapeutiques du futur, de l’homme augmenté, des applications des nouvelles technologies, de la place des start-up, de l’apport du neuro-feedback ou encore de l’identification de nouveaux bio-marqueurs cérébraux, on parlera donc aussi de jardins qui soignent les patients à ce prestigieux congrès de psychiatrie.

De plus, Didier a œuvré une bonne partie de l’été avec la Fédération Hospitalière de France pour que le CH Théophile Roussel accueille des jeunes volontaires en Service Civique. Avec en particulier deux fiches de mission, l’une fléchée écothérapie (animation autour d’un parcours santé – observations, découverte de la nature, la flore et la faune au sein du parc de 30 hectares de l’hôpital) et l’autre hortithérapie (accompagnement, animation du jardin de soins Hortithérapie). Un moyen de démultiplier les effets des jardins et de la nature, dans la lignée de l’expérience de Romane Glotain (elle nous racontera cela dans un billet très prochainement). Didier Sigler déborde d’idées et il a la particularité de les mettre en œuvre rapidement, avec une persévérance de longue haleine remarquable.

En conclusion (temporaire, car nous reparlerons très certainement de Didier et de l’hôpital de Montesson), il note que les jardins participent grandement au rapprochement entre les patients, les soignants et les jardiniers. « Le jardinier référent de l’hortithérapie, un homme très réservé, est très content. Il m’a dit récemment : « Je me sens utile pour les patients et ils viennent me parler » ».

Et cette photo pour le côté souvenirs et nostalgie.

Rencontre Maule 2012

Belle rencontre à Maule en 2012. De gauche à droite : Stéphane Lanel, Jean-Paul Ribes, Anne Ribes, moi de dos, Rebecca Haller, Didier Sigler (avec le fils de Rebecca et le mien…).