Le Jardin des Vents : un jardin pour plusieurs établissements

Le terrain nu avant les travaux de cette semaine

Le terrain nu avant les travaux de cette semaine

Voici plus de 10 ans que l’idée trotte dans la tête de John Riddel. Cette semaine, le réseau d’irrigation sera installé. La semaine prochaine, les jeunes résidents du foyer « Les Hirondelles » planteront…le Jardin des Vents sort enfin de terre. « On avait essayé il y a une dizaine d’années d’aménager ce terrain en friche derrière l’hôpital, sans même parler de jardin thérapeutique. C’était une époque où les hôpitaux de campagne étaient menacés de disparition. A l’époque, le directeur nous avait dit non. » Mais en 2010, John Riddel revient à l’attaque auprès du nouveau directeur avec le soutien du Lions Club doyen de Castelnaudary et la réponse change. Il faudra encore plusieurs années pour concevoir le jardin et récolter les fonds, soit la somme de 200 000 euros dont une partie a déjà permis de réaliser les chemins en sable compacté. Les fonds sont principalement venus d’EDF, d’AG2R, du Lions Club doyen de Castelnaudary, de la Caisse d’Epargne et de Jardins et Santé. Nous reviendrons dans un autre billet sur le financement de ce projet et d’autres initiatives car c’est un sujet à part entière.

Un patchwork de jardiniers

L’emplacement du terrain de 6 000 m2 est une aubaine puisqu’il est situé entre le Centre Hospitalier Jean-Pierre Cassabel, le foyer « Les Hirondelles » géré par l’AFDAIM (Association Familiale Départementale pour l’Aide aux Personnes Handicapées Mentales) et le foyer « Bel Oustal » de l’association départementale d’aide aux femmes et familles (l’ADAPE) sans parler de l’EHPAD « Le Castelou ». L’AFDAIM est devenu un partenaire important dans le projet : ce foyer héberge une soixantaine de jeunes travaillant en ESAT, dont certains dans des activités de jardinage. Ces résidents, qui ont d’ores et déjà investi les deux terrains de pétanque pour des parties effrénées, vont donc participer à la plantation la semaine prochaine avec l’aide de Bethsabée de Gunzbourg de Jardins & Santé, d’élèves du lycée agricole de Castelnaudary, d’une étudiante en architecture paysagiste de la Cités des Sciences Vertes de Toulouse et de bénévoles locaux.

Avant d’en arriver là, il y a eu tout un travail de conception. « Martine Brulé est venue faire deux jours de formation et a dessiné les jardins en grande partie. Mélanie Guesdon, une jeune paysagiste, aujourd’hui diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et du Paysage de Bordeaux, a passé trois mois sur le projet », explique John, le président de l’association du Jardin des Vents.

Le tour du propriétaire

Le plan du jardin

Le plan du jardin

Le jardin se compose de plusieurs parties : un jardin thérapeutique pour des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, un potager pour le foyer « Les Hirondelles », un parcours de santé créé avec le kiné de l’hôpital et adapté à la rééducation des patients en moyen et long séjour (le mobilier en bois massif et les agrès ont été achetés à l’ONF), le Jardin des Oiseaux conçu avec la LPO pour attirer les oiseaux qui se font de plus en plus rares et que les résidents des foyers seront chargés de compter et enfin la Place du Noyer qui sera un point central du jardin et accueillera sans doute de nombreux personnels des établissements. Sans compter les deux terrains de pétanque et la place pour un troisième.

« J’ai beaucoup appris en allant voir le jardin de Nancy du professeur Jonveaux et d’autres. Entre autres, j’ai appris que le personnel appréciait beaucoup le jardin, pour prendre son déjeuner par exemple. J’ai aussi appris que les chemins devaient être adaptés aux fauteuils avec moins de 6% de pente et 2 mètres de large pour se croiser. Une maison de retraite de Valence qui a fait un jardin avec des chemins trop étroits m’a dit que c’était une piste de Formule 1 où tout le monde doit aller dans le même sens…. », raconte John. D’où l’intérêt de se renseigner, de visiter d’autres jardins, de parler avec leurs concepteurs et leurs utilisateurs….Un emplacement a été ménagé pour une serre. Les fondations sont là, pas le financement. Là encore, des contacts lui donnent des idées. « Il y a un hôpital psychiatrique où un jeune Hollandais s’occupe de la serre. Des patients y sont envoyés par les médecins. Il dit qu’on peut comprendre l’état du patient en voyant l’état de sa plante. »

Un jardin pour quoi faire ?

« Au début, nous avions le soutien de l’hôpital, mais sans aucun apport financier. Les médecins n’étaient pas intéressés. Mais le docteur Philippe Sol, gérontologue et responsable de l’unité de soins de longue durée, est devenu un passionné du projet. Nous avons une réunion prochainement pour proposer des journées de formation avec Martine Brûlé aux personnels de l’hôpital qui seront choisis comme responsables. Nous allons passer le relais. »

Il précise que le jardin sera ouvert à tous. « Quand on me demande comment on va gérer tout ce monde, je réponds que s’il y a des gens partout dans le jardin, c’est qu’on aura réussi », espère John Riddel. Une école primaire proche a déjà contacté l’association et aimerait amener les élèves pour jardiner avec les autres jardiniers, jeunes et moins jeunes. « Le docteur Sol nous a dit qu’il aimerait entendre des cris d’enfants sous les chambres de ses patients. » Un rêve qui va peut-être devenir réalité.

Mais comment a évolué le projet pour prendre une dimension thérapeutique ? « Au début, je voulais juste faire un jardin pour que cet espace ne devienne pas un parking. Puis on s’est rendu compte que le jardin pouvait servir un établissement de santé. J’ai lu le livre de Clare Cooper Marcus qui a déclenché l’envie. » Ces années de travail vont enfin aboutir et les premiers jardiniers occuper le terrain, en attendant une inauguration officielle prévue pour le printemps.

Pour découvrir le projet en détails, le voici en trois parties : Partie 1Partie 2 et Partie 3.

Des nouvelles du Jardin des Vents

Mise à jour le 28 août 2018. John Riddel m’écrit un message où il donne des nouvelles. « Le Jardin des Vents, que vous connaissez bien, est beau en ce moment. Il est très apprécié autant par les habitants du quartier que par les résidents des foyers qui l’entourent. Pendant l’année scolaire nous recevons des jeunes de trois établissements scolaires 2 fois par semaine. Ils viennent d’un lycée agricole, d’un collège avec des classes pour des jeunes handicapés et un établissement pour des jeunes en difficulté avec la société. Les résultats sont très encourageants. Le jardin est aussi utilisé par l’hôpital, par un foyer de convalescence et par un établissement de soin pour des enfants avec des problèmes psychiatriques. Heureusement il est assez grand. »

 

 

Pendant l’hiver, on ne se tourne pas les pouces

Formation

La dernière session de formation en novembre dernier a rassemblé 21 stagiaires (éducatrices spécialisées, ingénieurs agronomes, AMP, art-thérapeutes, une étudiante en master, un prof de LPA, des animateurs, des jardiniers…). En mars 2016, l’équipe de formation remet ça…

Sébastien Guéret et sa bande (Viviane Cronier, Anne Ribes, Alfredo Ferreruela, Catherine Legrand) proposent une formation « Découverte de l’horticulture thérapeutique » du 7 au 10 mars à Marseille et à La Ciotat. Le deadline pour s’inscrire est le 7 février et, aux dernières nouvelles, il restait quelques places. En résumé, les objectifs sont de comprendre comment l’activité de jardinage peut s’intégrer dans un processus de soin, de lutte contre l’exclusion ou le vieillissement, de découvrir l’hortithérapie, d’être capable de construire des objectifs adaptés aux publics vises et de définir un projet d’hortithérapie. Cette formation s’adresse aux personnels soignants, éducatifs, pédagogiques. Pour plus de renseignements et pour les modalités d’inscription, voir ici.

Quoi faire au jardin en janvier et février?

En plus de se former et de lire au coin du feu, on peut poursuivre quelques activités même au cœur de l’hiver. Pour glaner des idées, faisons de nouveau appel au livre « Growing with gardening : a 12-month guide for therapy, recreation and education » par Bibby Moore dont j’avais déjà parlé.

Voici des suggestions de Bibby Moore pour le mois de janvier :

  • Se procurer des catalogues de graines
  • Faire germer des graines
  • Visiter la bibliothèque (ou Internet) pour lire des livres de jardinage
  • Etudier les brindilles
  • Fabriquer des étiquettes pour les arbres
  • Entretenir ses outils de jardinage
  • Transplanter des légumes de printemps
  • Construire une mangeoire pour les oiseaux
  • Faire germer une graine d’avocat
  • S’intéresser aux cactus et aux plantes succulentes
  • Regarder des films (pour des suggestions du moment, on pense aux documentaires Demain déjà sur les écrans et Les Saisons qui sort le 27 janvier)

Et pour février :

  • Lancer les bulbes de caladium (oreilles d’éléphant, cœur de Jésus, ailes d’ange,…)
  • Garder les peaux d’orange pour faire des concoctions, pots pourris,…
  • Bouturer des arbustes persistants
  • Planifier un jardin de printemps
  • Semer de la laitue en extérieur et des graines de chou-fleur en intérieur
  • Habituer les plants de brocoli et de choux en les sortant quelques heures par jour, puis toute la journée, puis en permanence
  • Planter des graines dans une éponge.
  • Commencer un jardin d’herbes
  • Choisir des plantes pour réaliser des activités plus tard
  • Fabriquer un terrarium
  • Préparer un jardin de fleurs

En prime, quelques autres idées de jardinage et de fabrication maison « repiquées » à Paule Lebay, Anne Babin et d’autres : une serre en bouteilles, le magazine en ligne Jardiner Malin pour son calendrier lunaire et ses conseils et encore des suggestions de saison sur le site consoGlobe.

 

Jardiner est-il bon pour notre santé mentale ?

National Geographic

Un hôtel à Singapour (photo de Lucas Foglia dans l’article de National Geographic)

 

Vous voulez créer un jardin de soin ? Vous avez besoin d’arguments sur les bienfaits de la nature sur la santé mentale des être humains, si possible ancrés dans des recherches scientifiques ? Voici quelques études récentes, glanées ici et là. Attention, la plupart de ces articles scientifiques sont en anglais et ils sont payants si on souhaite lire l’intégralité de l’article. Certaines études prennent le jardin pour cadre, d’autres la nature plus largement.

 

Bonjour estime de soi, adieu dépression

Cette étude anglaise publiée en 2015 a pu mesurer que les personnes ayant une parcelle dans un jardin familial (« allotments ») avaient une meilleure estime de soi, étaient moins dépressives, moins fatiguées et avaient plus de vigueur qu’un groupe contrôle sans jardin familial. Les chercheurs en concluent que ces jardins familiaux (ou collectifs ou jardins ouvriers), pour lesquels il y a de longues listes d’attente, peuvent jouer un rôle important dans la santé mentale et devraient être utilisés comme un moyen de prévention. Lire le résumé de l’étude.

 

L’exercice physique stimule les fonctions cognitives

Cet article énumère plusieurs études qui démontrent que l’exercice physique a des effets positifs sur les fonctions cognitives : des enfants qui faisaient régulièrement de l’exercice amélioraient leurs fonctions exécutives et en particulier leur « inhibition attentionnelle », des adultes âgés souffrant d’un léger déclin cognitif avaient améliorer leurs mémoires spatiale et verbale grâce à certains exercices physiques, d’autres réussissaient à lutter contre la mort neuronale grâce à des exercices avec des poids et des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer voyaient aussi une amélioration cognitive en pratiquant régulièrement la marche. Aucune de ces études n’avaient pour cadre le jardin ou la nature, mais il me semble que les résultats pourraient être extrapolés. Lire l’article de vulgarisation menant aux diverses études.

 

Le retour d’expérience du CHU de Nancy

L’équipe de Thérèse Rivasseau-Jonveaux à Nancy a publié une étude intitulée « Un jardin comme outil de soins en unité cognitivo-comportementale » dans Soins Gérontologie (2014). Le résumé est succinct, mais conclut que « Pour stabiliser les troubles du comportement, dans le cadre d’une prise en charge non médicamenteuse, le jardin thérapeutique a toute sa place. » Lire le résumé de l’article.

 

La bactérie Mycobacterium vaccae combat la dépression

Dans une étude publiée en 2007, des chercheurs anglais avaient démontré sur des souris que cette bactérie que l’on trouve dans la terre avait la capacité d’activer les neurones qui sécrètent la sérotonine, l’hormone responsable de réguler l’humeur et dont le manque peut causer la dépression. Lire le communiqué de l’université de Bristol.

 

Le cerveau dans la nature

Que se passe-t-il dans un cerveau exposé à la nature ? Cet article de National Geographic est un vrai bonheur, des études racontées comme un voyage. On rencontre David Strayer, un psychologue cognitif de l’université de l’Utah dont l’hypothèse est que le cortex préfrontal peut se reposer, comme un muscle fatigué, au bout de quelques jours dans la nature. Des chercheurs de l’école de médecine de l’université d’Exeter qui ont découvert que les urbains qui vivaient près de plus d’espaces verts ressentaient moins de détresse mentale. Des chercheurs japonais qui ont montré que des participants qui marchaient dans des forêts, comparés à des marcheurs en ville, voyaient des bénéfices bien réels : une baisse de 16% de leur niveau de cortisol (hormone du stress), une baisse de 2% de leur tension et une baisse de 4% de leur rythme cardiaque. Lire et regarder l’article.

 

Rétrospective

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Je vous souhaite une belle année, pleine de projets et de bonheur, de sérénité et de victoires. Avant de rentrer pleinement dans la nouvelle année, jetons un œil sur les 12 derniers mois. J’ai choisi deux thèmes pour me souvenir de 2015 sur le Bonheur est dans le jardin : les pays que nous avons visités ensemble et les contributeurs qui nous ont fait le plaisir de partager leur expérience. Un grand merci à eux et avis à ceux qui voudraient suivre leur exemple. La porte est ouverte…Merci aussi aux plus de 19 000 lecteurs qui ont visité le blog l’année dernière.

En 2015, nous avons rencontré Fiona Thackeray et son association Trellis en Ecosse, nous sommes retournés aux Etats-Unis pour faire un état des lieux de la thérapie horticole, nous avons découvert la discipline telle qu’on la pratique et qu’on l’enseigne au Japon, un projet de mur végétal dans un hôpital pour enfants au Canada, un grand jardin dans un hôpital psychiatrique en Belgique, l’association Thrive en Angleterre, un jardinier français installé en Suisse, une infirmière qui parle de deuil et de nature aux Etats-Unis et un tas d’initiatives en Suisse, Suède et Belgique grâce à une lectrice partageuse.

Du côté des contributeurs, nous avons rencontré Romain R., ingénieur en paysage sensible aux vertus thérapeutiques du jardin en particulier grâce à son expérience à la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, Carole Nahon et son association Le Jardin des (S)âges à Draguignan, Tamara Singh, horticultural therapist formée à New York qui nous a raconté son expérience en plusieurs épisodes, y compris son travail au Rusk Institute, Nicole Brès qui combine art thérapie et hortithérapie et qui nous a également fait découvrir un healing garden à Philadelphie, Stéphane Lanel qui nous a parlé de sa formation en parallèle de son travail à la maison des Aulnes et Romain Pommier qui a lancé tambour battant un jardin thérapeutique au CHU de Saint-Etienne.

La semaine prochaine…