Une journée dans les jardins de soin de la région Paca

Je laisse avec grand plaisir la parole à Carole Nahon pour qu’elle nous raconte un colloque extraordinaire auquel elle a participé le 30 juin 2017. Un billet écrit « à six mains » comme le dit joliment Carole, puisque France Pringuey et Sébastien Guéret, qui présentaient eux aussi leur travail et leurs réflexions lors de ce colloque, ont apporté leur contribution. Merci à tous les trois de nous faire vivre cet événement de l’intérieur et aux organisateurs d’avoir pris l’initiative de ce rassemblement et d’avoir réalisé une capture sonore. Vous pouvez joindre Carole (nahoncarole (at) gmail.com).

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Le 30 juin dernier j’ai eu le très grand plaisir, la grande fierté aussi, d’assister et d’intervenir au premier Colloque sur les jardins thérapeutiques qui se tenait en PACA. Je pourrais dire…enfin, tant nous attendions un tel événement dans notre région.

Organisé par le CRES PACA (Comité Régional d’Education pour la Santé) à la demande de l’ARS, (Agence Régionale de la Santé), il visait à sensibiliser les personnels des établissements sanitaires et sociaux de la région aux bienfaits des jardins de soin dans ces structures. Nous avons été accueillis dans le très beau Centre gérontologique départemental, où nous attendait un petit déjeuner très sympathique.

Ce qui m’a tout de suite frappée, c’est la chaleur et la bienveillance qui régnaient dans cette assemblée. J’ai retrouvé peu à peu des visages connus, France et Dominique Pringuey, Sébastien Guéret, Bethsabée de Gunzbourg, Marthe, une amie dracénoise dont le père réside à l’Ehpad dans lequel j’interviens. Et aussi Sarah Bertolotti que j’avais accueillie au cours de son épopée des jardins de soin il y a un peu plus d’un an, avec Louise Lastérade. Sentiment d’être dans un jardin de soin c’était bon, même si j’avais les mains un peu moites à l’idée de parler devant tant de personnes inconnues, pour la première fois de ma vie !

Toute la journée je me suis promenée dans un jardin

Celui de Muriel Andrieu-Semmel, responsable du Département Santé Environnement, ARS PACA, qui a conclu son allocution d’ouverture par la lecture d’un passage d’un recueil d’Henri Michaux. Le Professeur Sambuc, Président du CRES PACA, nous a emmenés dans le jardin de Shakespeare qui écrivait « Notre corps est notre Jardin, et notre volonté en est le jardinier ».

Le jardin de France Pringuey est un paysage de Savane qui selon les études scientifiques ouvre les émotions positives, régule le niveau de stress, récupère le niveau d’attention et favorise la créativité, ce qui prouve notre ancrage profond à la Nature, inconsciemment.

https://soundcloud.com/1egal2/allocutions

 

Sébastien Guéret nous a invités dans le jardin des paradoxes, ce jardin qui nous fait du bien mais qui doit rester dangereux car vivant et qui nous incite ainsi à faire attention, à reprendre possession de nos sens.

https://soundcloud.com/1egal2/a-quoi-ressemble-un-jardin-therapeutique-sebastien-gueret-1

Dans le jardin de Valérie Montès, il faut être vigilant pour ne pas être piqué par les moustiques ! Son étude sur la typologie des jardins révèle l’intérêt d’un maintien des trois niveaux de végétation veillant à maintenir le milieu ouvert.

https://soundcloud.com/1egal2/les-precautions-sanitaires-et-environnementales

Le Docteur Carenco, médecin hygiéniste, nous accueille dans son jardin en nous rappelant que « la saleté n’est pas le milieu naturel mais au contraire un milieu complètement artificialisé, un lieu où plus rien ne vit. L’hygiène est une science des équilibres, du maintien de l’harmonie entre l’homme et son milieu. » Pas de plantes invasives, aucune plante allergisante et pas de produits phytosanitaires dans le jardin. Mais si la terre n’est pas sale, elle est porteuse de bactéries qui tuent encore trop de personnes aujourd’hui ! On se lave donc les mains après avoir travaillé au jardin, on lave les outils, on vérifie nos vaccinations anti-tétaniques. Il a enfin rappelé l’intérêt de consommer les plantes cultivées dans le jardin, ce qui peut paraître compliqué dans les établissements de soin.

https://soundcloud.com/1egal2/sssssss

 

Et puis on est entrés dans le Jardin des Sens de Danielle Barilla, art thérapeute et responsable du jardin thérapeutique du Centre qui nous accueillait. Un jardin extraordinaire ! Son travail l’est aussi. Ce n’est d’ailleurs pas son jardin, tant chaque espace est investi de la présence des résidents qui y travaillent.

 

Les jardins d’Amel Daoud, éducatrice à l’atelier thérapeutique de la Belle de Mai, sont nombreux. Elle y accompagne des personnes en souffrance psychique, orientées et suivies par le personnel soignant et elle les aide ainsi à retrouver un sens à leur vie.

https://soundcloud.com/1egal2/amel-daoud

 

En ce qui me concerne, les personnes âgées, parfois désorientées, embellissent leur jardin et retrouvent, le temps d’un atelier, les joies du partage et de la convivialité.

https://soundcloud.com/1egal2/carolenahon

Les Jardins d’hospitalité de Loïc Panzani, éducateur et directeur du Naturoscope, sont vastes et pas toujours autonomes, comme il nous l’a expliqué. Grâce à lui nous avons compris, si nous ne le savions pas encore, qu’un jardin a besoin d’une personne dédiée à son animation (intervenant extérieur ou interne). Il en va de sa pérennité.

https://soundcloud.com/1egal2/loicpanzani

Après le repas pris dans les jardins du Centre, nous avons poursuivi notre visite par les jardins de l’Association Jardin &Santé. Bethsabée de Gunzbourg est revenue sur les dix ans d’appels à projet de l’association et sur son action en faveur des jardins thérapeutiques en évoquant les réussites, les difficultés, les critères de choix d’attribution des bourses.

https://soundcloud.com/1egal2/le-jardin-a-but-therapeutique-contemporain

Enfin, nous sommes entrés dans les jardins de soin de l’Armillaire, du Fil d’argent et celui, en devenir, des Hirondelles à Biot.

Le Jardin de l’Armillaire est un jardin conçu par France Pringuey dans le cloître de l’ancienne abbaye de Saint Pons. Comme tous les jardins que nous avons visités aujourd’hui, c’est un jardin qui apaise, qui aide à la restauration de l’estime de soi. Dans ce jardin, on évalue aussi, scientifiquement, les effets du jardin sur les patients. Le Professeur Dominique Pringuey insiste sur l’importance des évaluations, de la concertation, de l’implication des soignants, des dirigeants des établissements pour la réussite ainsi que sur la nécessité de publier dans les revues scientifiques et médicales pour créer une saine émulation entre les différents acteurs de ce sujet.

https://soundcloud.com/1egal2/temoignages-regionaux

Le Jardin de Philippe Duval, directeur du Centre d’Etude et d’Action sociale du Var, est comme un jardin collectif. Accueil de jour, il est né du constat que beaucoup de personnes soutenues par les services d’aide à la personne de l’association étaient touchées par la maladie d’Alzheimer. Je dis que c’est un jardin collectif, tant il est le fruit de l’entraide, de la générosité, de l’empathie de tous ses acteurs. Au cours de la promenade, Philippe Duval nous explique qu’il est parvenu à organiser et à coordonner trois journées de chantier collectifs avec une soixantaine de bénévoles pour sa réalisation!! Dans ce jardin, on organise des fêtes, on cultive des légumes. Le bâti est en bois, tout est magnifique et nous a semblé à la fois léger et opérationnel.

https://soundcloud.com/1egal2/lefildargent

Fernand Mateo, Directeur de l’Institut médico-éducatif pour enfants polyhandicapés des Hirondelles, à Biot ne nous a pas fait visiter son jardin. Enfin si, il nous a présenté le très beau projet qui n’a pas encore vu le jour, en raison d’un manque de fonds. Avec lui, nous avons touché du doigt les difficultés que les directeurs d’établissements rencontrent pour financer les jardins de soins, malgré le sérieux, la concertation et l’engagement de tous les intervenants. Alors qu’il serait plus logique et confortable pour tous de réaliser le jardin en une seule fois, il envisage aujourd’hui de procéder par tranche.

La journée s’est terminée dans le Jardin des Sens, avec Danielle Barilla. Après toutes ces visites virtuelles de beaux jardins, nous nous sommes réjouis de nous promener pour de bon dans ce jardin merveilleux.

Je remercie chaleureusement France Pringuey et Sébastien Guéret qui m’ont aidée à la rédaction de cet article. Ils ont apporté leur vision de tous ces beaux jardins et m’ont permis d’être la plus complète possible. Allez vous aussi vous promener dans les jardins de soin de ce très beau colloque.

Enfin je dois saluer chaleureusement le CRES PACA ainsi que l’ARS pour la qualité de ce premier colloque. Elodie Pétard, chargée de projets en santé environnementale au sein du CRES a coordonné cette journée avec efficacité et douceur. Chacun de nous est reparti avec un document très complet sur les jardins de soin, réalisé par les documentalistes du CRES.

Vous trouverez ci-dessous le lien qui vous permettra de consulter tous les diaporamas qui accompagnaient les interventions.

http://www.cres-paca.org/r/127/colloque-un-jardin-pour-accompagner-le-soin-juin-2017/

 

Le Jardin des Vents : un jardin pour plusieurs établissements

Le terrain nu avant les travaux de cette semaine

Le terrain nu avant les travaux de cette semaine

Voici plus de 10 ans que l’idée trotte dans la tête de John Riddel. Cette semaine, le réseau d’irrigation sera installé. La semaine prochaine, les jeunes résidents du foyer « Les Hirondelles » planteront…le Jardin des Vents sort enfin de terre. « On avait essayé il y a une dizaine d’années d’aménager ce terrain en friche derrière l’hôpital, sans même parler de jardin thérapeutique. C’était une époque où les hôpitaux de campagne étaient menacés de disparition. A l’époque, le directeur nous avait dit non. » Mais en 2010, John Riddel revient à l’attaque auprès du nouveau directeur avec le soutien du Lions Club doyen de Castelnaudary et la réponse change. Il faudra encore plusieurs années pour concevoir le jardin et récolter les fonds, soit la somme de 200 000 euros dont une partie a déjà permis de réaliser les chemins en sable compacté. Les fonds sont principalement venus d’EDF, d’AG2R, du Lions Club doyen de Castelnaudary, de la Caisse d’Epargne et de Jardins et Santé. Nous reviendrons dans un autre billet sur le financement de ce projet et d’autres initiatives car c’est un sujet à part entière.

Un patchwork de jardiniers

L’emplacement du terrain de 6 000 m2 est une aubaine puisqu’il est situé entre le Centre Hospitalier Jean-Pierre Cassabel, le foyer « Les Hirondelles » géré par l’AFDAIM (Association Familiale Départementale pour l’Aide aux Personnes Handicapées Mentales) et le foyer « Bel Oustal » de l’association départementale d’aide aux femmes et familles (l’ADAPE) sans parler de l’EHPAD « Le Castelou ». L’AFDAIM est devenu un partenaire important dans le projet : ce foyer héberge une soixantaine de jeunes travaillant en ESAT, dont certains dans des activités de jardinage. Ces résidents, qui ont d’ores et déjà investi les deux terrains de pétanque pour des parties effrénées, vont donc participer à la plantation la semaine prochaine avec l’aide de Bethsabée de Gunzbourg de Jardins & Santé, d’élèves du lycée agricole de Castelnaudary, d’une étudiante en architecture paysagiste de la Cités des Sciences Vertes de Toulouse et de bénévoles locaux.

Avant d’en arriver là, il y a eu tout un travail de conception. « Martine Brulé est venue faire deux jours de formation et a dessiné les jardins en grande partie. Mélanie Guesdon, une jeune paysagiste, aujourd’hui diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et du Paysage de Bordeaux, a passé trois mois sur le projet », explique John, le président de l’association du Jardin des Vents.

Le tour du propriétaire

Le plan du jardin

Le plan du jardin

Le jardin se compose de plusieurs parties : un jardin thérapeutique pour des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, un potager pour le foyer « Les Hirondelles », un parcours de santé créé avec le kiné de l’hôpital et adapté à la rééducation des patients en moyen et long séjour (le mobilier en bois massif et les agrès ont été achetés à l’ONF), le Jardin des Oiseaux conçu avec la LPO pour attirer les oiseaux qui se font de plus en plus rares et que les résidents des foyers seront chargés de compter et enfin la Place du Noyer qui sera un point central du jardin et accueillera sans doute de nombreux personnels des établissements. Sans compter les deux terrains de pétanque et la place pour un troisième.

« J’ai beaucoup appris en allant voir le jardin de Nancy du professeur Jonveaux et d’autres. Entre autres, j’ai appris que le personnel appréciait beaucoup le jardin, pour prendre son déjeuner par exemple. J’ai aussi appris que les chemins devaient être adaptés aux fauteuils avec moins de 6% de pente et 2 mètres de large pour se croiser. Une maison de retraite de Valence qui a fait un jardin avec des chemins trop étroits m’a dit que c’était une piste de Formule 1 où tout le monde doit aller dans le même sens…. », raconte John. D’où l’intérêt de se renseigner, de visiter d’autres jardins, de parler avec leurs concepteurs et leurs utilisateurs….Un emplacement a été ménagé pour une serre. Les fondations sont là, pas le financement. Là encore, des contacts lui donnent des idées. « Il y a un hôpital psychiatrique où un jeune Hollandais s’occupe de la serre. Des patients y sont envoyés par les médecins. Il dit qu’on peut comprendre l’état du patient en voyant l’état de sa plante. »

Un jardin pour quoi faire ?

« Au début, nous avions le soutien de l’hôpital, mais sans aucun apport financier. Les médecins n’étaient pas intéressés. Mais le docteur Philippe Sol, gérontologue et responsable de l’unité de soins de longue durée, est devenu un passionné du projet. Nous avons une réunion prochainement pour proposer des journées de formation avec Martine Brûlé aux personnels de l’hôpital qui seront choisis comme responsables. Nous allons passer le relais. »

Il précise que le jardin sera ouvert à tous. « Quand on me demande comment on va gérer tout ce monde, je réponds que s’il y a des gens partout dans le jardin, c’est qu’on aura réussi », espère John Riddel. Une école primaire proche a déjà contacté l’association et aimerait amener les élèves pour jardiner avec les autres jardiniers, jeunes et moins jeunes. « Le docteur Sol nous a dit qu’il aimerait entendre des cris d’enfants sous les chambres de ses patients. » Un rêve qui va peut-être devenir réalité.

Mais comment a évolué le projet pour prendre une dimension thérapeutique ? « Au début, je voulais juste faire un jardin pour que cet espace ne devienne pas un parking. Puis on s’est rendu compte que le jardin pouvait servir un établissement de santé. J’ai lu le livre de Clare Cooper Marcus qui a déclenché l’envie. » Ces années de travail vont enfin aboutir et les premiers jardiniers occuper le terrain, en attendant une inauguration officielle prévue pour le printemps.

Pour découvrir le projet en détails, le voici en trois parties : Partie 1Partie 2 et Partie 3.