Quand les confinés redécouvrent la nature, la biophilie explose

Sous les pavés, le jardin urbain

Un mois plus tard, nous sommes toujours en mode #restezchezvous. Confinés à la maison à plein temps ou confinés chez nous après des expéditions à l’extérieur pour aller travailler. Certains se sont adaptés à ce rythme étonnant et y trouvent même des avantages (« Nous avons récupéré beaucoup plus de sérénité en famille et une vraie vie collective », m’explique une connaissance qui télétravaille et dont le mari s’occupe à 100% des enfants en ce moment). D’autres sont sans doute en train de cocher les jours sur le calendrier comme les prisonniers dans les films ou pire de péter les plombs en attendant la date du 11 mai qui ne sera pas magique. 

Ca dépend de beaucoup de facteurs, n’est-ce pas ? Je ne passerai pas en revue toutes les conditions psycho-sociales qui font que cette crise et ce confinement représentent une période plus ou moins agréable, plus ou moins supportable, plus ou moins déstabilisante, plus ou moins anxiogène. Ce serait impossible car nous sommes toutes et tous dans des situations particulières.

Mais je me rends compte que dans mon cercle familial, amical et professionnel, il y a un truc qui se passe. Pour celles et ceux qui ont la chance de pouvoir s’immerger dans la nature – d’une manière ou d’une autre – la rencontre est intensifiée, renouvelée. Comme si nous redécouvrions la simple joie d’être en contact avec le vivant avec une force neuve lorsque nous sommes moins distraits par tout le « bruit » habituel.

Fascination biophilique

Pour me rendre à mon job actuel, je fais à la louche 5 minutes de marche, puis 20 minutes de RER et encore 15 minutes de marche agréable le long d’une rue tranquille bordée de glycines, de lilas et de roses. Depuis presque deux ans que j’emprunte ce chemin, j’apprécie cette nature urbaine sur fond de chants d’oiseaux. Il m’arrive même de faire un exercice de pleine conscience, en me concentrant sur un de mes sens par exemple. Mais alors là en ce moment, c’est carrément une explosion de sensations. Au début et à la fin de mes journées intenses, j’anticipe avec délice cette marche. 

En sortant de chez moi, dans la fraicheur du matin, je regarde mon quartier avec un œil nouveau et je lève les yeux comme jamais. C’est plus facile car il y a très peu de monde et on ne risque pas de percuter un autre passant. Je découvre des balcons fleuris que je n’avais jamais remarqués. L’air est frais. Les oiseaux chantent et c’est un mystère de savoir où ils sont perchés. A ma destination, même expérience jubilatoire. Et à la fin de la journée, les glycines en fleur m’ont donné tellement de plaisir que c’est presque indécent. Je traversais la rue pour profiter du parfum de chaque treille et les laisser frôler mon visage. Las, leurs pétales séchés commencent à joncher le sol et leur vie fleurie s’achève. Mais les roses prennent le relais. Et les oiseaux ! Mais ils sont dingues de joie. OK, j’anthropomorphise beaucoup. Peut-être devrais-je dire plutôt que leurs chants me remplissent de joie.

Sur mon balcon, jamais mes radis et mes autres semis n’ont reçu autant d’attention. Je guette la pousse comme un miracle. Parce que le temps ralenti permet cette attention ? Parce que les voir sortir de terre donne comme une injection d’espoir ? Même chose dans le minuscule jardin partagé dans notre rue dont nous prenons un soin assez léger à tour de rôle. Son petit côté sauvage me plait de plus en plus. Le géranium herbe à Robert prend ses aises. La sauge et la monnaie du pape commencent à s’entremêler joyeusement. La promesse des fraises parisiennes et des framboises poitevines est déjà visible. Les hortensias exhibent un feuillage si vigoureux et des futures fleurs si prometteuses elles aussi. Le jardin fait sa vie. Les passants sont moins nombreux en ce moment, mais je les observe alors qu’ils reçoivent aussi en plein cœur ce message du vivant. Beaucoup d’entre eux sont attirés par le jardin comme « comme des phalènes vers une lampe » selon l’expression de E. O. Wilson.

D’ailleurs, c’est comme si, après avoir lu E.O. Wilson dans la théorie, je passais à la pratique en immersion. Tiens, ce billet avait été écrit après l’attentat du 13 novembre 2015 : je remarque en passant que tous les bouleversements potentiellement traumatiques ramènent certains, dont moi, à la nature. Un peu comme un enfant qui revient à sa figure d’attachement comme l’a décrit John Bolwby

« Je définirais la “biophilie” comme la tendance innée à se concentrer sur la vie et les processus biologiques. Depuis notre prime enfance, nous nous préoccupons avec bonheur de nous-mêmes et des autres organismes. Nous apprenons à faire le départ entre le vivant et l’inanimé et nous nous dirigeons vers le premier comme des phalènes vers une lampe. » E. O. Wilson

Une nouvelle connexion plus profonde

« Au début, j’ai fait du jardinage », m’explique une amie qui, aujourd’hui plus que jamais, éprouve une grande gratitude pour son jardin urbain. Et puis elle a fait une expérience qui l’a bouleversée : elle s’est sentie attirée par les plantes de son jardin d’une manière tout à fait différente de l’utilitaire et de l’habituel. Elle a pratiqué une observation détaillée, une immersion et vécu des moments de fascination qu’elle avait oubliées et qui lui ont rappelé des expériences d’enfance. D’ailleurs devant un iris venu de son jardin d’enfance et qui est en train de fleurir pour la première fois depuis longtemps, elle a ressenti des émotions intenses qu’elle a eu envie de partager.

Le mois dernier, j’ai parlé de Philippe Walch qui vient de publier le très beau et utile Et au milieu de l’hôpital fleurit un jardin. Si vous suivez Philippe sur les réseaux sociaux, vous savez qu’il aime partager des vidéos de jardins et de plantes. Avant le confinement, je les regardais déjà. Mais là, ses vidéos prennent une autre dimension. Son jardin après la pluie, un nid d’oiseau, un rosier absolument extraordinaire, ses vidéos nous plongent dans une sorte de ravissement. Voici une de ses vidéos. Merci à lui pour ce partage.

Beaucoup de gens à qui je parle en ce moment mentionnent la vue depuis leur domicile, leurs chères plantes d’intérieur qui absorbent les rayons du soleil ou bien leur bonheur d’avoir un jardin où ils peuvent se promener parmi les roses qui donnent aussi du plaisir aux passants ou bien pour certains jardiner, être actif, bouger leur corps. 

Dans toute situation stressante, nous nous appuyons sur les ressources à notre disposition en nous et dans notre environnement pour faire face. Aux ressources et comportements dysfonctionnels (violence, auto-agressivité, substances,…) peuvent répondre des ressources hyper adaptées comme la connexion au vivant. Au lieu de deux heures sur BFM, prescrivons-nous à nous-mêmes une petite dose de nature dans la mesure du possible, avec un esprit aussi ouvert que possible. Et observons avec curiosité ce qui se passe en nous (peut-être rien d’ailleurs). 

Les hortithérapeutes ne sont pas des Belles au bois dormant… 

Pendant le confinement, ceux et celles qui pratiquent l’hortithérapie ou l’écothérapie professionnellement continuent, dans le meilleur des cas, à prendre soin de leurs jardins même si les activités sont suspendues à cause des mesures actuelles. Un crève-cœur en plein printemps et à un moment où le besoin de nature et de dehors peut se révéler très fort comme on vient de le voir.

Les lecteurs très réguliers du Bonheur est dans le jardin se souviennent peut-être de Sally Cobb, une hortithérapeute américaine qui travaille dans le domaine de la fin de vie et des soins palliatifs (un lieu d’hospitalisation et l’accompagnement de patients à domicile à Greensboro, Caroline du nord). A 68 ans, elle déclare ne pas avoir l’intention de prendre la retraite tout en préparant sa relève. Elle s’occupe activement  des « healing gardens », l’espace autour de l’établissement hospitalier de 14 lits et d’un magnifique Children’s Garden, ainsi que de nombreux pots et conteneurs. Nous bavardons depuis quelques jours et je vous rapporte, avec sa permission, comment elle vit cette période de confinement dans l’état de la Caroline du nord. 

« Travaillant en extérieur, je peux continuer à venir travailler avec les restrictions liées au COVID-19! J’ai aussi appelé les patients que je visitais avant que cela n’arrive, et j’ai proposé d’apporter des fleurs fraîches coupées à laisser sur leur porche – les sept ont accepté. Je le fais une fois par mois parce que leurs maisons sont éparpillées dans toute la ville ! Je fais également attention aux patients ici sur notre terrain, en remplissant les mangeoires à oiseaux à l’extérieur de leurs chambres, et en m’assurant qu’ils ont des fleurs – pas de contact face à face en ce moment. »

« Je vous envoie des photos de Pâques. Pour les patients ici pour qui Pâques avait un sens – leurs familles ne pouvaient pas leur rendre visite, alors j’ai pensé que ce serait bien d’avoir le symbole des fleurs sur la croix. »

Le mois prochain, je vous parlerai d’autres hortithérapeutes qui nous raconteront comment ils se préparent au « monde d’après ». D’ici là, j’espère que vous aurez l’occasion de sentir les roses ou d’observer un ballet d’oiseaux dans le ciel…

Vue depuis une chambre d’AuthoraCare – Hospice &Palliative Care
Dans le jardin des enfants, la très touchante sculpture « Come take my hand ».

Confinés dans nos corps, pas dans nos têtes

News update : voici un texte que nous venons de publier sur le site de la Fédération Française Jardins Nature et Santé. Confinement : la nature nous fait du bien…même en photo.

Wow ! Que de bouleversements en un mois ! Depuis le 17 mars, nous voici confinés par le coronavirus qui, comme un rouleau compresseur, a chamboulé nos vies, notre santé, notre capacité à être au jardin ou dans la nature et bien plus encore. 

Sans compter que certaines personnes à qui s’adressent en premier lieu les jardins thérapeutiques sont parmi les plus touchées par cette pandémie : les personnes âgées particulièrement vulnérables, les personnes souffrant de maladies mentales malmenées par l’incertitude actuelle, les malades chroniques eux aussi mis à mal. 

Les personnels soignants qui, en réalité, font vivre les jardins thérapeutiques tous les jours dans leurs établissements sont aujourd’hui accaparés et en première ligne pour contenir le coronavirus. Le jardin est sans doute le cadet de leurs soucis en ce moment. Et pourtant les jardins se tiennent prêts à accueillir tout l’épuisement, le mal-être et la douleur qu’ils auront besoin de déposer un jour.

Je vous le dis parce que j’en suis convaincue : nos corps sont confinés, mais nos pensées et nos esprits sont libres. Libres d’imaginer, de rêver, d’anticiper, d’inventer mille façons d’être solidaires. Comme cette initiative qui m’a particulièrement touchée : 1lettre 1 sourire est une plateforme pour envoyer très facilement une lettre à une personne âgée vivant dans une maison de retraite. En quelques minutes, avec votre compassion, votre humour, votre gentillesse, vous pouvez égayer la journée d’une personne âgée confinée sans possibilité de recevoir de visite « jusqu’à nouvel ordre ». 

Des mots

Nous ne pouvons plus courir à droite et à gauche comme des dératés. Il s’en suit que nous avons normalement plus de temps libre. Du temps par exemple pour plonger dans de délicieuses lectures. Voici mes recommandations, les livres que j’aime lire et relire. N’hésitez à rajouter les vôtres dans les commentaires…

Un petit monde, un monde parfait de Marco Martella

Les Français et la nature, pourquoi si peu d’amour de Valérie Chansigaud

Une enfance en liberté, protégeons nos enfants du syndrome de manque de nature de Richard Louv qui a écrit il y a quelques jours un texte passionnant sur la connexion à la nature en temps de pandémie

Natura de Pascale d’Erm

Le Shinrin-Yoku en famille d’Isabelle Boucq (oui, j’ose cette auto-promo car je suis persuadée que c’est le moment de donner envie aux familles de se retrouver dans la nature quand le confinement sera terminé)

Et je suis en train de lire un nouveau livre publié très récemment par Philippe Walch, paysagiste et membre de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé : Et au milieu de l’hôpital fleurit un jardin. De sa très belle plume, il nous raconte sa métamorphose de paysagiste « classique » qui décide de mettre ses compétences au service des jardins en milieu de soin. « On ne répètera jamais assez que le jardin de soin est d’abord un jardin de vie. Le soin vient vers la vie et non le contraire. Le jardin de soin est un jardin où la vie est présente sous toutes ses formes, et dans lequel le soin s’invite de lui-même pour faire son œuvre de réparation psychique, physique et mentale. » Philippe passe en revue les théories scientifiques qui sous-tendent les jardins de soin et les étapes de la conception en illustrant d’exemples, d’histoires vécues et de photos. Un beau livre et le premier à ma connaissance écrit du point de vue d’un paysagiste. Pour se le procurer, contactez Philippe : phwalch (at) lesjardinsavie.com ou06 61 23 87 33 (20 € + 5 euros de frais d’envoi) et retrouvez-le sur son site : www.lesjardinsavie.com

Des images

On sait que la nature nous fait du bien. Et même que la vue de la nature nous fait du bien. Et même que des images de la nature nous font du bien. C’est dans cet esprit que je partage ces photos de mon album de famille qui me font du bien. Certes s’y attachent pour moi des souvenirs, des ressentis, des sensations, des odeurs. Mais j’espère qu’à vous aussi, ces photos où la nature est toujours présente, seule ou comme écrin, vous apporteront de l’apaisement et de l’émerveillement.

Les Décliques : enfants en ville recherchent contact avec la nature

Une Escapade organisée par Les Décliques

Etudiant à HEC, Thibaut Pinsard cherchait avec une amie de promo, Camille Renard, une idée entrepreneuriale à développer. Avec son passé de scout à lui et son expérience de colonies de vacances à elle, l’idée leur est venue de proposer des colonies de vacances qui auraient plus de sens. « Actuellement, les colonies reçoivent moins de subventions des mairies, elles ne sont plus ces lieux de mixité sociale. Les colonies se sont spécialisées sur une activité, le foot, le surf ou la danse par exemple, et ne mélangent plus les enfants. De plus, les normes de sécurité ont rendu les choses compliquées. » Certes, mais mettre en place une nouvelle forme de colonies de vacances semblait ardu.

Les deux futurs entrepreneurs continuent à réfléchir. « Notre génération est touchée par le manque de contact avec la nature. Même si nous deux avons eu cette chance, on voit que cela empire. Les enfants sont déconnectés de la nature, ils ne jouent plus dehors », constatent alors les deux étudiants. « Les meilleurs moments de ma vie, je les ai passés avec mes copains scouts dans la forêt. Qu’est-ce qui me rendait si heureux ? Vivre dans la nature 24h/24, être dans le moment présent. On ne l’analyse pas comme cela lorsqu’on est enfant. Puis je me suis documenté, j’ai lu des études qui ont confirmé mon ressenti que la nature avait participé à mon épanouissement », détaille Thibaut qui est né à Paris et a grandi à Meudon. 

Résultat, le projet se forme autour de l’idée de reconnecter les petits citadins à la nature. « Nous avons décidé de proposer des activités extrascolaires en plein air, dans la nature. » En mai 2019, ils proposent leurs premiers ateliers pour tester les eaux. Puis en juillet 2019, ils créent Les Décliques, une structure ancrée dans l’économie sociale et solidaire (ESS). 

Des Escapades structurées et libres 

Toute fin août, ils lancent officiellement leurs trois premières journées d’activités dans le bois de Vincennes et le bois de Boulogne. A la Toussaint, ils ajoutent des stages de 5 jours, sans hébergement, qui ont lieu à Nanterre dans le quartier des Groues. « Pour les parents qui travaillent à La Défense, c’est pratique de nous confier leurs enfants. » C’est qu’ils appellent les Escapades. A Pâques, ils remettront ça avec des groupes d’enfants de 6-10 ans et de 10-14 ans. Et en été aussi.

En 2 ½ heures, les Escapades s’articulent en quatre temps. Une activité sur l’intelligence émotionnelle est l’occasion d’apprendre à identifier et à gérer ses émotions. Ensuite, le cœur du sujet est un jeu collaboratif sur un thème comme la biodiversité ou la consommation responsable. Troisième temps, du jeu libre prôné par tous les spécialistes pour encourager la confiance en soi, la créativité et la responsabilité. Thibaut constate d’ailleurs que les enfants sont très friands de ce temps d’exploration. Enfin, un temps d’échange conclut l’activité pour exprimer ce que l’on a aimé ou pas et aussi pour apprendre à écouter les autres.

Les animateurs sont des jeunes, souvent étudiants, avec un mix de parcours : BAFA ou pas, mais expériences avec les enfants et passion pour l’éducation. Les Décliques ont identifié plusieurs dizaines de jeunes animateurs et espèrent pouvoir faire appel à eux au fur et à mesure que les enfants affluent. A noter que les animateurs ont le statut d’auto-entrepreneurs et sont rémunérés 15 euros de l’heure.

Créer des cliques

Habituellement, on se méfie des cliques, non ? Pour les créateurs des Décliques, l’objectif est d’en créer le plus possible ! Une clique est un groupe d’environ six enfants dans un quartier, encadré par un animateur, qui se réunissent localement dans la nature, c’est-à-dire une forêt avoisinante ou un parc. « Pour l’instant, les parents viennent de toute l’Ile de France avec des lieux de prises en charge dans Paris. Nous voulons créer des activités hyper locales et récurrentes. » Des cliques existent déjà dans les 14e, 15e, 16e, 17 et 19earrondissements où les enfants se rencontrent une fois par mois respectivement au parc Montouris, au parc André-Citroën, dans la forêt de Boulogne, au parc des Batignolles et au parc des Buttes-Chaumont. Les parents sont encouragés à former des cliques dans leur quartier…Après le rythme mensuel, l’espoir est de lancer des rencontres hebdomadaires à partir de la rentrée 2020.

« Les retours des parents sont positifs, ils sont heureux de nous avoir découverts car ils ne connaissaient rien de semblable. Ils sont particulièrement contents que leurs enfants découvrent des problèmes de société en jouant. Nous accueillons principalement des enfants de 6-10 ans », explique Thibaut qui constate que les familles séduites par Les Décliques sont déjà sensibles à la nature. « Nous voudrions toucher plus d’enfants dans des familles moins sensibilisées aux bienfaits de la nature. » Et les enfants dans tout cela ? « Ils nous demandent s’ils peuvent revenir demain ou la semaine prochaine. » Pour l’instant, une centaine d’enfants ont participé à ces Escapades.

Il est un peu tôt pour faire un bilan, mais je demande tout de même à Thibaut de se prêter à cet exercice. « Pour l’instant, nous ne vivons pas du tout de cette activité. Mais nous sommes très contents de ce que nous avons accompli et heureux d’avoir choisi cette voie. Ce n’est pas facile de gagner la confiance des parents pour nous confier leurs enfants. Nous sommes peut-être arrivés un peu trop tôt en France. En Allemagne, il y a 2000 écoles forestières contre moins de cinq en France. On est en retard ici. »

La librairie se remplit

Le dernier livre de chevet de Thibaut ? L’enfant dans la nature : pour une révolution verte de l’éducation de Moïna Fauchier-Delavigne et Matthieu Chéreau paru en septembre 2019 (Fayard). Les auteurs ont d’ailleurs un site intéressant où ils déclinent concrètement leurs idées. 

Dans la rubrique livres, on peut aussi se réjouir de la publication en français du livre culte de Richard Louv sur le syndrome du manque de nature (Last Child in the Woods, Saving our children from nature-deficit disorder, 2008). En français, il s’appelle Une enfance en liberté, protégeons nos enfants du syndrome de manque de nature. Toutes les infos sur le site de l’éditeur. Et je ne n’hésite pas à faire mon auto-promo en vous renvoyant vers le billet sur mon livre Le Shinrin-yoku en famille paru en 2019.

Effervescence hivernale dans les jardins de soin

Il y a trois jours, la Fédération Française Jardins, Nature et Santé (FFJNS) se réunissait au CH Théophile Roussel à Montesson, notre siège depuis le début de l’aventure et sans doute l’hôpital français le plus investi dans l’accès des patients à la nature. Après une frénésie d’échanges électroniques entre membres et des premiers contacts téléphoniques avec de nouveaux venus toute l’année, enfin des rencontres physiques, des échanges multiples, des expériences sensorielles, un repas partagé. Ca redonne de l’énergie, ça regonfle pour continuer à militer pour plus de nature dans les lieux de santé en France. Beaucoup de chemin parcouru depuis notre première assemblée générale il y a un an. Beaucoup de chemin à parcourir encore. Précisons que, quand je dis « nous » pour parler de cette aventure, c’est en tant que membre fondatrice parmi une vingtaine de membres fondateurs et actuelle présidente de la FFJNS.

La CDC Biodiversité se penche sur la question de la santé

Un des signes concrets que notre message commence à être entendu est le fait que CDC Biodiversité nous ait repéré cet été et nous ait demandé de participer à un rapport qui vient de sortir le 21 janvier. Repartons du début. CDC Biodiversité, c’est une filiale à 100% de la Caisse des Dépôts dont l’objectif est « d’agir pour la biodiversité, en identifiant et en développant des leviers économiques (réglementaires, volontaires,…) pour financer la préservation et la restauration de la nature. »

Ce rapport, « Santé et Biodiversité : nécessité d’une approche commune », est désormais disponible en ligne. Lors du colloque « Biodiversité et Humanité : une seule santé », des intervenants intéressants se sont succédés et en voici un résumé. Par le bout de ma lorgnette, je retiens que pour une Thérèse Jonveaux venue raconter comment elle a ouvert le jardin à ses patients et ses équipes qu’elle accompagne également dans des sorties en forêt, combien de sceptiques comme Dominique Belpomme, professeur de cancérologie à l’Université Paris-Descartes et défenseur de la biodiversité, qui balaie pourtant d’un revers de la main l’intérêt des jardins de soin. Il y a encore du travail ! Espérons que les membres du ministère de la Santé présents dans la salle ont été plus attentifs aux explications posées du Dr. Jonveaux qu’au sentiment peu réfléchi du Dr. Belpomme.

Jardins & Santé réunit de nouveau son symposium

Pas de temps à perdre pour s’inscrire (y compris au titre de la formation continue) au 6e symposium international de Jardins & Santé qui aura lieu les lundi 30 mars et mardi 31 mars 2020 au siège de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF) à Paris. Le thème choisi cette année : Les jardins à but thérapeutique en milieu hospitalier et médico-social, de l’exclusion à l’inclusion. La Fédération Française Jardins, Nature et Santé a eu le plaisir de participer à l’élaboration du programme pendant plusieurs mois et sera bien sûr représentée en force au symposium. Que vous soyez un habitué ou nouveau dans ce domaine, le symposium de Jardins & Santé est toujours un grand moment de rencontres. Pour ma part, je le fréquente depuis 2012 (tapez symposium Jardins & Santé dans l’outil de recherche pour retrouver les comptes-rendus des éditions passées). Encore un moment qui recharge les batteries.

Trois partenaires pour un guide des jardins en établissements

Ils ont uni leur force : la Fondation Médéric Alzheimer, l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et l’association Jardins & Santé (encore elle). Voici un guide pratique qui va accompagner les responsables d’établissements sociaux, médico-sociaux et sanitaires « pour réaliser un jardin adapté, pérenne et durable, bénéfique à la fois au fonctionnement de l’établissement et aux personnes accueillies ». Il répondra aux questions de ces responsables et de tous les acteurs qui veulent se lancer dans la conception – participative idéalement  – de ces jardins particuliers. Un guide composé de quatre grands chapitres :

1. Un jardin dans l’établissement : comprendre et argumenter.

2. Construire et porter le projet de jardin dans une démarche participative.

3. Concevoir le jardin:recommandations pour des jardins à visée thérapeutique «éco-logiques».

4. Faire vivre le jardin, vers une pérennisation évolutive.

Bravo aux auteurs de ce guide qui viendra utilement compléter l’ouvrage de Jérôme Pellissier paru en 2017

Une ressource pleine d’exemples inspirants

Merci à Anne Surdon qui en nous signalant sur le groupe Facebook Jardins de soin cet article dédié à son jardin à l’hôpital Cognac-Jay m’a permis de découvrir le site Solidarum. Publication de la Fondation Cognac-Jay, ce site est une base de connaissances pour l’invention sociale et solidaire. On y trouve des articles qui font rêver comme celui-ci sur deux hôpitaux norvégiens qui ont construit un pavillon de répit ouvert sur la forêt pour que les patients et leurs proches puissent échapper quelques heures à l’univers médical. 

Et un grand merci à WordPress qui a fait évoluer son outil et a rendu très difficile des tâches qui étaient familières et faciles depuis des années. Vraiment merci d’ajouter des heures de complications à ce travail déjà chronophage.

Heidi Rotteneder en reportage à Vienne

Je vous souhaite une très belle année 2020. Quel beau chiffre! 20/20 : l’année de la vision parfaite?

14670805_353151611685843_4962078669002735500_nNous avions déjà rencontré Heidi Rotteneder en juillet 2018 à travers ce billet. Quel plaisir ce fut d’apprendre il y a quelques mois que cette femme extraordinaire, diplômée en hortithérapie en Autriche ET aux Etats-Unis, s’installait à Grenoble avec sa famille ! Ce sera un moment fort de l’année de la rencontrer en personne dans quelques semaines lors de l’assemblée générale de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé qu’elle va rejoindre.

Profitons-en pour nous arrêter une minute sur cette assemblée générale programmée pour le vendredi 31 janvier à l’hôpital Théophile Roussel à Montesson (78). Voici la Convocation à l’AG de la FFJNS. Les curieux sont invités à se joindre à nous. Pour plus d’information, n’hésitez pas à nous écrire à contact@f-f-jardins-nature-sante.org

Egalement dans l’esprit du billet de Heidi, je vous signale la parution d’un livre écrit par Fiona Thackeray de Trellis en Ecosse : Plastic-free Gardening ou Jardiner sans plastique, tout un programme très logique.

Et maintenant la parole à Heidi qui nous rapporte ses impressions d’une conférence dédiée à l’hortithérapie à Vienne en décembre 2019. Merci à elle. 

Qu’est-ce qui rend l’hiver si spécial pour nous qui sommes attirés par les plantes, la nature et le jardinage ? Est-ce le changement fondamental dans notre environnement extérieur? Est-ce le calme et la tranquillité qui remplacent la saison automnale chargée? Les premières neiges et le froid? Ou est-ce la promesse que, sous la neige et les feuilles tombées, il y a une nouvelle vie, un nouveau départ qui attend le bon moment pour percer. Ce sont les réflexions que je me faisais alors que je me rendais de France à Vienne pour assister à la Conférence sur l’hortithérapie au Collège universitaire pour la pédagogie agraire et environnementale le mois dernier. J’étais très enthousiaste à l’idée de renouer avec mes estimés collègues ainsi que de rencontrer de nouvelles personnes qui travaillent dans le domaine de l’hortithérapie.

Jardins thérapeutiques et entretien durable

La journée a débuté avec l’orateur principal Katja Dienemann. Elle a présenté son travail en tant que coach nature. Le coaching nature est une méthode de conseil dans laquelle la nature joue un rôle important en soutenant les processus de résolution de problèmes et de prise de décision.

Après ce premier apport, il était temps pour moi aussi de prendre des décisions. Quels étaient les ateliers auxquels je voulais participer? Un choix difficile puisque le programme offrait beaucoup de sujets intéressants.

J’ai décidé de commencer par un sujet qui touche tous ceux qui travaillent dans la nature : « L’entretien durable des jardins en horticulture thérapeutique ». Doris Zeilinger, récemment diplômée en hortithérapie, a mené une étude sur l’utilisation et la connaissance des méthodes de jardinage durable chez les praticiens de l’hortithérapie. En commençant par quelques pensées et faits généraux concernant les multiples connexions de chaque élément dans la nature, ses conclusions nous ont encouragés à réfléchir sur les méthodes que nous utilisons dans notre propre pratique de jardinage ; comment nous pouvons les améliorer pour qu’elles soient plus durables et comment nous pouvons créer des environnements avec plus de diversité et ainsi améliorer leurs qualités soignantes pour nos clients. Doris avait une énigme pour nous : combien d’insectes – en kilogrammes – faut-il à une paire de mésanges pour nourrir ses bébés jusqu’à ce qu’ils soient adultes ? Doris a apporté des sacs de grains qu’elle a versés sur le sol pour montrer la taille de la pile d’insectes nécessaires pour nourrir leurs petits pendant une saison.

En versant, elle nous a fait deviner combien de kilos sont nécessaires – la plupart d’entre nous ont deviné quelque chose entre 10 et 20 kilos. Nous avons tous été surpris d’apprendre qu’un couple de mésanges donne jusqu’à 50 kilogrammes d’insectes à leurs oisillons pendant une saison. Le tas de grain que Doris a versé pour nous était vraiment impressionnant. Nous avons réalisé à quel point notre réseau alimentaire écologique est fragile et à quel point notre rôle dans le soin de la biodiversité est important. L’atelier a été complété par une opportunité de tester nos connaissances sur la connection entre les bons et les mauvais insectes, ou de construire une simple mangeoire à oiseaux ou un hôtel à insectes dans une boîte de conserve.

Hortithérapie et traumatismes de guerre en Bosnie-Herzégovine

Après ces idées très pratiques, j’ai eu la chance d’obtenir une place pour l’atelier de Mme Branka Antic-Stauber. Elle est à la tête de l’association « Snaga žene » (le pouvoir d’une femme) en Bosnie-Herzégovine. Au cours de son atelier extraordinaire, j’ai eu la chance de découvrir une organisation qui utilise la thérapie horticole dans son travail avec les femmes qui ont subi de multiples traumatismes pendant la guerre dans les années 1990. Snaga žene est située à Srebrenica et dans plusieurs autres villes de Bosnie-Herzégovine. C’était très instructif d’entendre comment l’association a commencé son travail en utilisant des méthodes thérapeutiques établies pour aider les femmes et comment les résultats n’étaient pas du tout satisfaisants. Les thérapeutes se désespéraient car, malgré leur engagement, la vie des femmes ne s’améliorait pas du tout. Après un certain temps, les thérapeutes ont réalisé quelque chose qui a conduit à un changement dans leur approche. Toutes les femmes se trouvaient dans un état mental et médical difficile. Elles étaient pauvres, n’avaient pas de travail, leurs maisons étaient détruites, elles avaient perdu des membres bine-aimés de leur famille et elles avaient subi des cruautés incroyables, mais elles avaient une ressource incroyable : les femmes avaient leur propre terre et elles savaient comment travailler avec elle. L’association a commencé à créer des serres et a aidé à restaurer les champs. Les femmes ont été encouragées à cultiver des plantes médicinales et des légumes à grande échelle.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est cvijetna_dolina40.jpgAvec le temps, l’association a développé un système de soutien holistique qui reconnaît la femme avec tous ses besoins. Aujourd’hui, l’association offre non seulement un soutien psychologique, mais aussi un soutien médical, juridique, économique et social. Ce système de soutien est appelé « Système Thérapeutique Ecologique ». Dans 72 serres productives et dans des champs, on cultive la lavande, le calendula et d’autres plantes médicinales. Un réseau de différentes professions soutient les femmes dans leurs efforts pour transformer et vendre leurs produits et ainsi améliorer leur vie. L’association a mené une étude qui montre comment l’utilisation de la thérapie horticole a amélioré la vie des personnes vivant dans ces communautés touchées par la guerre. Vous trouverez plus d’informations ici.

Atelier appliqué dans la nature

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Katja Dienemann

Après toutes ces heures passées à l’intérieur, j’ai pris l’occasion de prendre l’air et d’essayer certaines des méthodes de coaching nature de Katja Dienemanns. Nous nous sommes promenés dans le beau jardin de l’école et Katja nous a guidés dans notre voyage intérieur. Dans un exercice, Katja nous a encouragés à laisser la nature nous approcher au lieu de marcher activement dans la nature. Cela ne semble pas être une si grande chose, mais j’ai réalisé à quel point cela a changé ma perspective. Je n’approchais pas activement la nature, mais je devais attendre que la nature vienne vers moi. C’était tout un défi, mais cet exercice a aussi fait place à de nouvelles pensées et à de nouveaux points de vue. C’était vraiment impressionnant pour moi de me rendre compte à quel point la nature peut m’aider à me concentrer et à trouver de nouvelles idées si je prends le temps de m’y engager pleinement. Katja a une très bonne page d’accueil où vous pouvez trouver plus d’informations.

Ce dernier atelier m’a donné l’occasion de découvrir de nouveaux outils utiles pour mon propre travail et en même temps de réfléchir sur une journée qui a été remplie de tant d’expériences et de rencontres nouvelles et enrichissantes. Sur le chemin du retour en France, je me sentais à la fois bénie et fatiguée. J’avais l’impression que les expériences que j’avais faites ce jour-là subissaient une transformation similaire à celle que la nature subit en hiver. Elles se retiraient et prennaient des forces pour être prêtes à germer lorsque les conditions seraient favorables. 

 

 

Une année riche

Est-ce que j’ai tellement le nez dans le guidon que je perds tout recul ? Ou bien constate-t-on une réelle accélération du nombre d’études sur le lien entre nature et santé, doublée d’un intérêt médiatique de plus en plus marqué pour le sujet ?

En tout cas, pour clore cette année qui restera pour moi marquée par la création de la Fédération Française Jardins Nature et Santé, voici quelques pistes et autres arguments, un peu d’eau apportée à notre moulin.

 

Exposition à la nature et santé mentale

Le mois dernier, je vous parlais d’une étude danoise qui avait montré que plus d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance se traduisait par moins de risque de troubles psychiatriques à l’adolescence et à l’âge adulte. Elle est loin d’être la seule à établir cette corrélation.

Cette autre étude publiée en 2019 rapporte des résultats similaires en analysant des données issues de quatre villes en Espagne, Hollande, Lituanie et Angleterre. « Notre étude a montré que de faibles niveaux d’exposition à des milieux naturels extérieurs chez les enfants sont associés à une mauvaise santé mentale à l’âge adulte, ce qui appuie l’appel lancé aux décideurs pour qu’ils améliorent la disponibilité des milieux naturels extérieurs pour les enfants », concluent les auteurs de cette étude parue dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health.

 

Mindfulness et nature

Dorthe Djernis (photo Tina Agnew)

 

« Nature-based mindfulness – Investigation of bringing mindfulness into natural settings ». C’est le titre de la thèse défendue par Dorthe Djernis, sous la direction d’Ulrika Stigsdotter qui travaille à Therapy Garden Nacadia. Si on ne peut pas accéder à la thèse, on peut cependant lire cette revue systématique et méta-analyse de 25 études sur l’intégration de la pleine conscience dans un environnement naturel qui en est la base. « La pleine conscience dans la nature sauvage semble être plus bénéfique que la pleine conscience dans les milieux plus cultivés, mais l’importance du lieu doit être étudiée plus en profondeur. »

 

Nature Sacred

Une ressource anglo-saxonne intéressante. Est-ce que Nature Sacred peut nous donner des idées en France ? Mais d’abord qu’est-ce que c’est ? « Nature Sacred existe pour inspirer, informer et guider les communautés dans la création d’espaces verts publics appelés Sacred Places, conçus pour améliorer la santé mentale, unifier les communautés et engendrer la paix. Depuis plus de 25 ans, Nature Sacred s’est associé à plus de 130 communautés à travers le pays pour infuser la nature proche dans des endroits où la guérison est souvent la plus nécessaire : quartiers urbains en détresse, écoles, hôpitaux, prisons et plus encore. Grâce à un processus de collaboration communautaire et à un modèle de conception fondé sur des données probantes, chaque Sacred Place est lié par un objectif commun : reconnecter les gens à la nature de manière à favoriser la réflexion, à rétablir la santé mentale et à renforcer les collectivités. »

En octobre, Nature Sacred a publié un rapport, « The Healing Power of Nature », qui compile les preuves scientifiques les plus récentes et les plus puissantes qui soulignent les bienfaits de la nature pour la santé.

 

Deux heures par semaine dans la nature

Mathew White

« Passer deux heures par semaine dans la nature est bon pour la santé et le bien-être ». C’est le titre de cet article publié sur le site The Conversation par Mathew White, professeur de psychologie de l’environnement à l’Université d’Exeter et co-auteur d’une étude en cours sur 20 000 sujets.

« Nous avons découvert que ceux qui consacrent au moins deux heures par semaine dans la nature ont tendance à se trouver davantage « en bonne santé » ou encore d’éprouver un plus haut niveau de bien-être que ceux qui ne passent pas de temps dans la nature. Ceux qui y passent un peu de temps, mais moins de deux heures, ne sont pas plus susceptibles de se sentir en bonne santé et d’éprouver un bien-être que ceux qui ne s’y exposent pas du tout….Plus significatif peut-être, cette tendance du « seuil des deux heures » se retrouve dans tous les échantillons examinés: vieux comme jeunes adultes, hommes et femmes, urbains et campagnards, pauvres comme riches, et même chez ceux atteints d’une maladie à long terme ou d’un handicap. »

 

Un jardin pour des personnes fragiles vivant à domicile

Ce jardin thérapeutique, créé par l’AMSAD de la Haute-Gironde, une association de maintien à domicile, est original. Ce qui frappe également, c’est que le projet est décrit sur un site animé par la région Aquitaine et l’ARS. « 750 personnes, tous publics confondus, ont fréquenté ce jardin 2018 et j’ai animé 200 séances accompagnées, plutôt en individuel, et dans une logique de projet personnalisé. Venir au jardin, c’est se mettre en activité, en éveil, en lien social… », explique Pascal Pennec, le responsable du jardin d’Oreda qui est à la fois éducateur spécialisé, paysan et jardinier. Allez lire la suite. Et pour en savoir plus, le site de l’AMSAD.

 

Comment une personne handicapée perçoit-elle un jardin ?

Cette vidéo de 30 minutes vous le fait découvrir de l’intérieur. Le YouTubeur Zygop s’est promené dans le parc de la Tête d’Or à Lyon avec Fannie qui est en fauteuil roulant. Elle explique comment se déplacer et apprécier les plantes lui est difficile dans un espace dont la conception n’est pas adaptée.

 

Etes-vous un « néotransitionneur »?

Le jargon est un peu marketing, mais cet article pourrait vous « parler ». Est-ce que la solastalgie ou l’éco-anxiété, une forme de détresse psychique et existentielle causée par les changements environnementaux, est en train de devenir un sujet de santé publique?

 

Oliver Sacks parle de jardins

Oliver Sacks au New York Botanical Gardens (photo de Billy Hayes)

 

Je ne me lasse jamais de citer Oliver Sacks, ici et . Grâce à cet article de Brainpickings, laissons-lui le mot de la fin pour cette année.

« En tant qu’écrivain, je trouve les jardins essentiels au processus créatif ; en tant que médecin, j’emmène mes patients dans les jardins autant que possible. Nous avons tous eu l’expérience d’errer dans un jardin luxuriant ou un désert intemporel, de marcher au bord d’une rivière ou d’un océan, ou d’escalader une montagne et de nous retrouver à la fois calmes et revigorés, engagés dans notre esprit, rafraîchis dans notre corps et notre esprit. L’importance de ces états physiologiques sur la santé individuelle et communautaire est fondamentale et de grande portée. En quarante ans de pratique médicale, je n’ai trouvé que deux types de « thérapie » non pharmaceutique d’une importance vitale pour les patients atteints de maladies neurologiques chroniques : la musique et les jardins. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les jardins de l’hôpital pédiatrique Robert-Debré

juin 2019 (6)

Je parlerai principalement du jardin de la Maison de l’Enfant que j’ai pu visiter en compagnie d’Isabelle Launet et de la responsable de ce service. Isabelle suivait encore la première formation à l’agriculture urbaine de l’école du Breuil quand un ancien de la Pitié-Salpétrière où elle avait fait un long stage auprès d’Anne Ribes lui propose de participer à des animations pour les 30 ans de l’hôpital.

La Maison de l’Enfant est, au cœur de l’hôpital, un lieu différent. Comme une grande ludothèque, elle propose des activités auxquelles les petits patients viennent accompagnés de soignants ou de leurs parents et entourés par des animateurs et des éducateurs de jeunes enfants. La Maison de l’Enfant jouxte un espace ouvert transformé en jardin…

Après une longue période de bénévolat, Isabelle intervient dorénavant comme animatrice professionnelle deux fois par mois sans compter une visite hebdomadaire pour prodiguer quelques soins au jardin. A l’extérieur de l’hôpital, elle intervient dans une maison de retraite, auprès d’enfants dans un jardin dans le 20e arrondissement et à la Ferme de Paris. « L’activité rassemble les enfants et les ados, de 2 à 17 ans. Les parents sont les bienvenus car c’est un moment agréable avec leur enfant. Il n’y a pas de groupe pré-établi. A l’hôpital, c’est toujours le soin qui prime », explique-t-elle. « On commence avec quelques questions : Où vis-tu ? Qu’est-ce que tu aimes dans la nature ? Et puis je propose un atelier. Par exemple sur le vent. On écoute des enregistrements de vent dans les roseaux ou les maïs. On va toujours dans le jardin et on cueille des herbes pour la tisane. » Isabelle nous emmène faire un tour du jardin planté de vigne, de groseilles et de framboises, de pommiers et de poiriers, d’artémise, d’oreilles de lièvre, de basilic thaï, de sarriette, de verveine, de rosiers,…Il faut imaginer les petits patients déambulant dans le jardin, parfois avec leur équipement médical difficile à ignorer.

« On ne parle pas de maladie, c’est un sas de respiration. Mais le jardin fait parfois le lien avec le soin : on parle de tuteur, d’attelle, on utilise le vocabulaire du prendre soin. C’est assez rare que les enfants reviennent deux fois à un atelier. Mais ils peuvent revenir au jardin hors des ateliers. » Une extension est prévue. Le jardin petit à petit prend racine, avec l’aide des kinés qui arrosent. Un petit monde bienveillant au milieu de l’hôpital.

 

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En fait, à l’hôpital Robert-Debré, les jardins de soin se multiplient. L’association Jardins & Santé a récemment donné une bourse qui « a permis au service de cardiologie-néphrologie-hémodialyse de bénéficier d’une très belle terrasse entièrement aménagée et végétalisée. Une précieuse bouffée d’oxygène pour les patients, leur famille et les équipes soignantes ». Dites-moi si je me trompe, mais il s’agit du jardin perché conçu par Anna Six en 2017.

Un autre projet n’est pas thérapeutique par nature, mais attire l’attention. C’est le nouveau projet de ferme florale implantée depuis peu sur les toits de l’hôpital…La nature est très présente à l’hôpital Robert-Debré.

 

In other news…

  • Vous voulez soutenir le projet « Tous au jardin » des Jardins de l’Humanité? Découvrez ce projet en visitant le site de l’association. Le projet s’adresse « en priorité aux enfants malades et à leurs parents, aux personnes atteintes d’un cancer, à celles ayant subi des violences, mais aussi aux personnes isolées par leur âge ou leur situation familiale, sociale et professionnelle. » Ce beau projet est éligible au budget participatif des Landes et vous pouvez voter! Attention, il faut voter pour au moins trois projet. « Tous au jardin » se compose déjà de deux projets (un minibus et une yourte) et plusieurs autres projets visent à financer des jardins.
  • Quand des étudiants à l’EHESP (Ecole en Hautes Etudes en Santé Publique) de Rennes se penchent sur le besoin de formation des personnels soignants pour permettre l’implantation de la nature dans les établissements socio-sanitaires, on sait qu’on est sur la bonne voie. Dans ce mémoire disponible en ligne, les étudiants listent d’abord les bénéfices directs pour les patients et indirects pour le personnel de ces espaces verts thérapeutiques ainsi que les obstacles. Puis ils proposent un cahier des charges pour une formation professionnelle à destination du personnel soignant sur l’implantation d’espaces végétalisés à visée thérapeutique.

 

  • Les résultats d’une étude sur plus de 900 000 Danois sont clairs. Plus d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance = moins de risque de troubles psychiatriques de l’adolescence à l’âge adulte ! Voici l’étude complète. Et le résumé traduit en français. Un conseil, utilisez DeepL.com si jamais l’anglais vous freine. « Grandir en milieu urbain est associé à un risque de développer des troubles psychiatriques, mais les mécanismes sous-jacents sont inconnus. Les espaces verts peuvent offrir des avantages sur le plan de la santé mentale et peut-être réduire le risque de troubles psychiatriques. Cette étude nationale couvrant plus de 900 000 personnes montre que les enfants qui ont grandi avec les niveaux les plus bas d’espaces verts avaient jusqu’à 55 % plus de risque de développer un trouble psychiatrique indépendant des effets d’autres facteurs de risque connus. Une association plus forte entre les espaces verts cumulés et le risque pendant l’enfance constitue la preuve qu’une présence prolongée d’espaces verts est importante. Nos résultats affirment que l’intégration des environnements naturels dans la planification urbaine est une approche prometteuse pour améliorer la santé mentale et réduire le fardeau croissant des troubles psychiatriques dans le monde ».

 

  • Depuis 3 ans, l’unité Flavigny du CH Le Vinatier à Lyon propose un groupe thérapeutique “Jardin et Nature”. Une expérience que Jérémie Cambon, infirmier dans cette unité de pédopsychiatrie, raconte dans ce texte.