Les jardins de l’hôpital pédiatrique Robert-Debré

juin 2019 (6)

Je parlerai principalement du jardin de la Maison de l’Enfant que j’ai pu visiter en compagnie d’Isabelle Launet et de la responsable de ce service. Isabelle suivait encore la première formation à l’agriculture urbaine de l’école du Breuil quand un ancien de la Pitié-Salpétrière où elle avait fait un long stage auprès d’Anne Ribes lui propose de participer à des animations pour les 30 ans de l’hôpital.

La Maison de l’Enfant est, au cœur de l’hôpital, un lieu différent. Comme une grande ludothèque, elle propose des activités auxquelles les petits patients viennent accompagnés de soignants ou de leurs parents et entourés par des animateurs et des éducateurs de jeunes enfants. La Maison de l’Enfant jouxte un espace ouvert transformé en jardin…

Après une longue période de bénévolat, Isabelle intervient dorénavant comme animatrice professionnelle deux fois par mois sans compter une visite hebdomadaire pour prodiguer quelques soins au jardin. A l’extérieur de l’hôpital, elle intervient dans une maison de retraite, auprès d’enfants dans un jardin dans le 20e arrondissement et à la Ferme de Paris. « L’activité rassemble les enfants et les ados, de 2 à 17 ans. Les parents sont les bienvenus car c’est un moment agréable avec leur enfant. Il n’y a pas de groupe pré-établi. A l’hôpital, c’est toujours le soin qui prime », explique-t-elle. « On commence avec quelques questions : Où vis-tu ? Qu’est-ce que tu aimes dans la nature ? Et puis je propose un atelier. Par exemple sur le vent. On écoute des enregistrements de vent dans les roseaux ou les maïs. On va toujours dans le jardin et on cueille des herbes pour la tisane. » Isabelle nous emmène faire un tour du jardin planté de vigne, de groseilles et de framboises, de pommiers et de poiriers, d’artémise, d’oreilles de lièvre, de basilic thaï, de sarriette, de verveine, de rosiers,…Il faut imaginer les petits patients déambulant dans le jardin, parfois avec leur équipement médical difficile à ignorer.

« On ne parle pas de maladie, c’est un sas de respiration. Mais le jardin fait parfois le lien avec le soin : on parle de tuteur, d’attelle, on utilise le vocabulaire du prendre soin. C’est assez rare que les enfants reviennent deux fois à un atelier. Mais ils peuvent revenir au jardin hors des ateliers. » Une extension est prévue. Le jardin petit à petit prend racine, avec l’aide des kinés qui arrosent. Un petit monde bienveillant au milieu de l’hôpital.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En fait, à l’hôpital Robert-Debré, les jardins de soin se multiplient. L’association Jardins & Santé a récemment donné une bourse qui « a permis au service de cardiologie-néphrologie-hémodialyse de bénéficier d’une très belle terrasse entièrement aménagée et végétalisée. Une précieuse bouffée d’oxygène pour les patients, leur famille et les équipes soignantes ». Dites-moi si je me trompe, mais il s’agit du jardin perché conçu par Anna Six en 2017.

Un autre projet n’est pas thérapeutique par nature, mais attire l’attention. C’est le nouveau projet de ferme florale implantée depuis peu sur les toits de l’hôpital…La nature est très présente à l’hôpital Robert-Debré.

 

In other news…

  • Vous voulez soutenir le projet « Tous au jardin » des Jardins de l’Humanité? Découvrez ce projet en visitant le site de l’association. Le projet s’adresse « en priorité aux enfants malades et à leurs parents, aux personnes atteintes d’un cancer, à celles ayant subi des violences, mais aussi aux personnes isolées par leur âge ou leur situation familiale, sociale et professionnelle. » Ce beau projet est éligible au budget participatif des Landes et vous pouvez voter! Attention, il faut voter pour au moins trois projet. « Tous au jardin » se compose déjà de deux projets (un minibus et une yourte) et plusieurs autres projets visent à financer des jardins.
  • Quand des étudiants à l’EHESP (Ecole en Hautes Etudes en Santé Publique) de Rennes se penchent sur le besoin de formation des personnels soignants pour permettre l’implantation de la nature dans les établissements socio-sanitaires, on sait qu’on est sur la bonne voie. Dans ce mémoire disponible en ligne, les étudiants listent d’abord les bénéfices directs pour les patients et indirects pour le personnel de ces espaces verts thérapeutiques ainsi que les obstacles. Puis ils proposent un cahier des charges pour une formation professionnelle à destination du personnel soignant sur l’implantation d’espaces végétalisés à visée thérapeutique.

 

  • Les résultats d’une étude sur plus de 900 000 Danois sont clairs. Plus d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance = moins de risque de troubles psychiatriques de l’adolescence à l’âge adulte ! Voici l’étude complète. Et le résumé traduit en français. Un conseil, utilisez DeepL.com si jamais l’anglais vous freine. « Grandir en milieu urbain est associé à un risque de développer des troubles psychiatriques, mais les mécanismes sous-jacents sont inconnus. Les espaces verts peuvent offrir des avantages sur le plan de la santé mentale et peut-être réduire le risque de troubles psychiatriques. Cette étude nationale couvrant plus de 900 000 personnes montre que les enfants qui ont grandi avec les niveaux les plus bas d’espaces verts avaient jusqu’à 55 % plus de risque de développer un trouble psychiatrique indépendant des effets d’autres facteurs de risque connus. Une association plus forte entre les espaces verts cumulés et le risque pendant l’enfance constitue la preuve qu’une présence prolongée d’espaces verts est importante. Nos résultats affirment que l’intégration des environnements naturels dans la planification urbaine est une approche prometteuse pour améliorer la santé mentale et réduire le fardeau croissant des troubles psychiatriques dans le monde ».

 

  • Depuis 3 ans, l’unité Flavigny du CH Le Vinatier à Lyon propose un groupe thérapeutique “Jardin et Nature”. Une expérience que Jérémie Cambon, infirmier dans cette unité de pédopsychiatrie, raconte dans ce texte.

 

Des arbres et des hommes

 

Le bonheur est dans le jardin, mais aussi dans la forêt. Ce blog a déjà fait des détours par la forêt, notamment début 2018 quand on a vu paraître en France plusieurs livres sur les bains de forêt, puis un an plus tard quand j’ai cédé moi-même à la tentation en écrivant un livre sur ce sujet pour les familles. Depuis quelques mois, j’ai de nouveau l’impression que les arbres sont partout. Alors parlons-en de nouveau.

Ergothérapie, hortithérapie et oncologie

Mais tout d’abord, je vous signale ce travail de six étudiants en ergothérapie qui ont planché sur la mise en place d’une activité jardin à l’Oncopôle de Toulouse où existait déjà un jardin de bien-être depuis 2016. Vous pouvez lire leur rapport complet si le croisement de l’ergothérapie, de l’hortithérapie et de l’oncologie vous intéresse.

Voici une partie de leur conclusion : « D’après les données recueillies, le jardin thérapeutique est un environnement qui permet à l’usager de reconstruire une identité occupationnelle et de se réengager dans une participation occupationnelle grâce à des activités au sein du jardin, qu’elles soient individuelles ou en groupe. Nous avons également remarqué que le jardin peut être un espace de repos, de rencontre et de réunion avec la famille qui est tout autant important dans le processus de changement du patient. »

Témoignage d’un arboriste : « Je gère la relation entre les humains et les arbres en ville »

Ben Wooldridge est un membre de ma famille même si je ne l’ai pas vu depuis qu’il était ado. Ses parents avec qui j’ai passé une partie de l’été me parlait de son job : tree surgeon ou arboriste en français. Cela m’a intriguée. Après un coup de fil avec Ben cette semaine, j’en sais un peu plus.  « Après quelques années dans le paysagisme, j’ai eu envie de changer. Mon père et mon frère s’intéressaient aux arbres et c’est comme cela que j’ai commencé à me former. En Angleterre, nous avons un système de formation et de certification très avancé dans cette discipline. » Après avoir travaillé à Londres, le voilà depuis quelques mois à Cologne en Allemagne avant peut-être la Nouvelle Zélande qui le tente.

Alors quelle est la mission des arboristes? « Nous avons plusieurs missions : les réductions d’arbres car on ne peut pas les laisser grossir en ville et il faut les débarrasser de parties mortes, le renforcement pour empêcher des branches de tomber surtout en ville près des immeubles, les traitements contre les maladies en enlevant les nuisibles et l’abattage d’arbres morts. Chaque arbre est différent et chaque mission est différente. C’est pourquoi j’aime ce métier qui est aussi un métier dangereux. Il y a beaucoup d’adrénaline. » Ben explique qu’il y a deux types de réductions : des réductions radicales où on étête l’arbre qui parait nu et dépouillé pendant un an (c’est plus économique pour une ville) et des réductions plus soigneuses qui ne mettent pas l’arbre à nu, mais sont plus chronophages.

« Je suis d’accord qu’on devrait laisser les arbres tranquilles. Mais en ville, on veut des arbres et du vert et en même temps, il faut protéger les bâtiments et les gens. Il faut donc gérer la relation entre les humains et les arbres. Les arbres en ville vivent dans de mauvaises conditions : le sol est mauvais, l’air est pollué. En Angleterre, nous avons de la chance car les arbres sont protégés. Avant de toucher à un arbre, il faut demander la permission. A Swansea au Pays de Galles, un promoteur vient d’être condamné pour avoir illégalement coupé des dizaines d’arbres dont un redwood de 200 ans, » explique Ben qui est sensible aux cerisiers en fleur et aux sycomores. « Il faut respecter l’arbre. »

 

Un guide de forêt sur le chemin de la formation

Capture d’écran 2019-10-13 à 18.37.31

Cette semaine, j’ai aussi discuté avec Christopher Le Coq. Ce Franco-Américain est en train de se former aux bains de forêt pour guider des groupes en région parisienne. Après une formation en Belgique avec Bernadette Rey, spécialiste canadienne du sujet, il s’apprêtait à s’envoler pour le Japon où il a notamment rendez-vous avec le Dr. Qing Li. Autant dire un parcours de formation très sérieux pour faire évoluer une pratique qu’il a commencée par intérêt personnel dans la forêt de Fontainebleau en s’installant en France. Devant les bienfaits que ressentaient les participants à ses groupes, il a voulu aller plus loin. Déjà ses cours en Belgique lui ont donné des idées pour modifier les parcours proposés. On reparlera sûrement de lui  bientôt. Il nous apprend aussi l’existence de l’association francophone de shinrin-yoku.

Nous les Arbres

UNADJUSTEDNONRAW_thumb_1ad7aL’expo Nous les Arbres a investi la Fondation Cartier pour l’art contemporain boulevard Raspail à Paris jusqu’au 5 janvier 2020. Cela vous laisse du temps, mais ne tardez pas trop. Laissons aux commissaires de l’exposition le soin de nous la présenter. « Nous les Arbres réunit les témoignages, artistiques ou scientifiques, de ceux qui portent sur le monde végétal un regard émerveillé et qui nous révèlent que, selon la formule du philosophe Emanuele Coccia, « il n’y a rien de purement humain, il y a du végétal dans tout ce qui est humain, il y a de l’arbre à l’origine de toute expérience ». »

Voici quelques parties de l’expo qui m’ont plus particulièrement touchée lors de ma visite cet été. Le botaniste Stefano Mancuso, pionnier de la neuro-biologie végétale, explique que les plantes sont intelligentes car elles savent résoudre des problèmes dans leur environnement. Avec Thijs Biersteker, il a imaginé une installation qui « donne la parole » aux arbres grâce à une série de capteurs : leur réaction à l’environnement ou à la pollution, le phénomène de la photosynthèse, la communication racinaire ou l’idée d’une mémoire végétale sont rendus visibles

Le botaniste Francis Hallé partage ses carnets qui « conjuguent l’émerveillement du dessinateur face aux arbres et la précision de l’intime connaissance du végétal ».

Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret montre les relations fortes entre les humains et les arbres. Ces portraits de platanes ou de chênes sont aussi les portraits de ceux et celles qui les côtoient tous les jours.

Plus loin de nous géographiquement, des artistes de communautés indigènes comme les Nivaklé et Guaranídu Gran Chaco au Paraguay et des Indiens Yanomami d’Amazonie apportent leur vision des arbres et de la forêt.

 

A.R.B.R.E.S. et les arbres remarquables

Depuis 1994, l’association A.R.B.R.E.S. (Arbres Remarquables: Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde) milite pour la reconnaissance des arbres remarquables. Remarquables par leur âge, leur taille, leur valeur historique ou esthétique. Sorties de terrain, création du label arbres remarquables (une carte interactive vous permet de les identifier), encouragement aux recherches, l’association est très active sous la direction de son président, Georges Feterman, professeur agrégé de sciences naturelles et auteur de nombreux ouvrages sur les arbres et les végétaux. Il a également réalisé un film projeté dans de nombreuses salles en France depuis le printemps.

Et pour finir, un lien recommandé par Jérôme Pellissier.

Une hortithérapeute péruvienne…à Paris

Fut un temps, Rebecca Haller et Christine Capra m’avaient gentiment demandé d’écrire le blog du Horticultural Therapy Institute. Ce fut un plaisir pendant plusieurs années. Puis le temps vint à manquer. Récemment, le blog du HTI a connu une nouvelle évolution avec la mise en place d’un binôme d’auteures. Colleen Griffin, HTR, habite dans l’état du Maine, son activité d’hortithérapeute consiste à accompagner des enfants avec des besoins particuliers ainsi que des adultes et des enfants se battant contre un cancer (voici son premier billet, passionnant, sur les explications qu’elle donne quand on lui demande ce qu’est l’hortithérapie). La deuxième membre du binôme est Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi qui vit au Pérou. Avec l’autorisation du HTI, je reproduis ce mois-ci son billet sur l’introduction de l’HT dans son pays et ses projets. Il est encourageant de savoir que Daniela couvrira l’hortithérapie dans le reste du monde pour le blog.

Voici le billet de Daniela en VO et en français ci-dessous. Ce soir, je l’ai rencontrée au Jardin du Luxembourg pour une conversation à bâtons rompus. Voici le résumé en 2 minutes.

Pour la joindre, daniela (at) horticulturaterapeutica.pe ou le site de son Instituto de Horticultura Terapéutica – Péru.

Par Daniela Silva-Rodriguez

daniela-624x832Ma relation avec les plantes a commencé à l’âge de 8 ans.  Après avoir brusquement perdu mon père d’un anévrisme, j’ai trouvé du réconfort dans le jardin de ma grand-mère.  Il y avait tellement d’espèces de plantes et de fleurs dans ce jardin de 6 000 m2 ! Bientôt, j’ai commencé à apprendre leurs noms et prénoms, ainsi que leurs préférences. J’ai été émerveillée par les formes, les textures et les odeurs des feuilles et des fleurs, qui m’ont inspirée à apporter la nature à l’intérieur en créant des arrangements floraux pour chaque pièce de notre maison.  Mais le plus grand plaisir pour moi était d’arroser les plantes, de voir les feuilles sans la moindre trace de poussière et de sentir l’odeur de terre humide !

Le temps a passé et il était clair pour moi que je devais faire une carrière dans un domaine lié aux plantes. J’ai étudié la biologie et les sciences de l’environnement à l’American University à Washington D.C. Quand je suis revenue au Pérou, j’ai obtenu mon premier emploi au Centre international de la pomme de terre comme assistante scientifique et, en même temps, j’ai obtenu une maîtrise en Sélection et Amélioration des Plantes.

Après 6 ans de travail en laboratoire, j’ai démarré une entreprise dédiée à la production de salades vertes pour les supermarchés au Pérou. Au cours des 25 années suivantes, j’ai acquis des connaissances et de l’expérience en agriculture, en lutte intégrée contre les ravageurs, en bonnes pratiques agricoles et en assurance qualité. Mais mon amour pour les plantes était trop fort et j’ai gardé le contact avec elles à travers des projets d’aménagement paysager.

En 2010, j’ai découvert la pratique de l’hortithérapie ! J’ai contacté le Horticultural Therapy Institute et mon voyage pour obtenir un certificat en hortithérapie a commencé. J’ai obtenu mon certificat en 2016.

Entre 2011 et 2013, j’ai commencé un petit programme dans un centre de réadaptation pour les toxicomanes (cocaïne, marijuana et alcool) et les personnes souffrant de dépression. Les âges varient principalement de 14 à 30 ans. Pendant cette courte période, j’ai mis en évidence la capacité des plantes à changer la vie des gens, en particulier chez deux patients. Un patient de sexe masculin, âgé de 30 ans, a reçu un diagnostic de dépression grave.  La première fois que je l’ai rencontré, il n’a eu aucun contact visuel et a répondu avec des monosyllabes. Trois semaines après avoir participé au programme, il était une personne complètement différente : ses yeux brillaient, il demandait des tâches et était impatient d’apprendre d’autres techniques de jardinage. Après sa sortie, il a lancé une entreprise autour des plantes à l’étranger, changeant son centre d’intérêt de l’économie vers les plantes.

L’autre patient était une jeune femme de 18 ans, atteinte de dépression et consommant de la marijuana. Après 6 mois de participation au programme d’HT avec des sautes d’humeur et des automutilations, j’ai remarqué quelque chose qu’elle avait fait à la plante qu’elle avait adoptée et qui m’a fait penser que quelque chose de vraiment sérieux se passait avec elle. Ce fut un tournant dans son traitement : elle pouvait enfin parler de ce qui la troublait vraiment.

Ces deux expériences m’ont fait réaliser que je voulais consacrer le reste de ma vie à aider les gens à travers une de mes passions : les plantes.

Entre 2014 et 2017, j’ai fait un travail de sensibilisation aux avantages de l’HT pour le bien-être des gens par le biais d’ateliers et de programmes de courte durée pour des groupes spécifiques comme les enfants atteints de cancer ou les enfants brûlés.

Sensibiliser dans un pays où il n’existe pas de carrière en horticulture et où de nombreux professionnels n’aiment pas qu’on les fasse sortir de leur zone de confort est difficile mais pas impossible. Il faut du temps pour leur faire comprendre que l’hortithérapie est leur alliée, que les activités de jardinage servent d’outil pour faciliter leur travail. Nous devons utiliser l’attribut le plus précieux que possèdent les jardiniers : la patience.

 

garden before-624x468

Site du jardin de soins (healing garden) – Orphelinat au Pérou, mars 2019

En octobre 2018, on m’a commandé la conception d’un jardin de soins et d’un programme d’HT pour un orphelinat à Lima, au Pérou. C’était un grand défi en raison des conditions du site, qui était à l’abandon complet (voir photos) et du budget qui était limité. Après 4 mois de planification et de brainstorming, la conception était prête. La mise en œuvre a eu lieu en avril de cette année. Une équipe de 130 jeunes volontaires s’est chargée de planter, de peindre les murs, de créer un jeu d’eau et un mur vert, d’enlever les pierres et de décorer, sous ma direction. Le travail a été fait en 5 jours. Le jardin a été baptisé par les enfants de l’institution le « Jardin des Rêves ».

 

garden after-624x468

Site du jardin de soins – Avril 2019

Une semaine plus tard, nous avons commencé à travailler avec 40 enfants placés en institution, âgés de 5 à 14 ans. La fréquence de notre programme est de deux fois par semaine. Travailler avec des enfants placés est un énorme défi. La plupart des enfants ont été séparés de leurs parents en raison de violences physiques et/ou psychologiques. Cette situation a provoqué de graves problèmes émotionnels et comportementaux chez les enfants. L’objectif principal du jardin de guérison est de les aider à canaliser ces émotions : colère, peur, tristesse, agressivité, manque d’attention et comportement perturbateur grâce à l’amour et aux soins.

 

sunflower-face-1024x769

Masque en pétales de fleurs – stimulation créative

 

Après la première séance chaotique où nous avons travaillé avec des groupes de 10 enfants toutes les 30 minutes pendant 2 heures, nous avons décidé de restructurer la dynamique pour la séance suivante. Nous devions enseigner aux enfants qu’il y avait des « règles du jardin » qu’il fallait suivre et que nous devions les « calmer » avant de leur proposer l’activité prévue. Les règles du jardin ont été établies par chacun d’entre eux et ont ensuite été imprimées sur une grande bannière. Nous les lisons au début de chaque session. Pour « calmer » leur esprit, nous utilisons une technique de respiration qui les amène au moment présent, à écouter les instructions et les métaphores et à s’engager dans l’activité prévue en mode « calme ». En plus de ces deux stratégies, nous avons mis en place quatre tables distinctes qui nous aident à travailler en petits groupes.

 

creating-garden-friends-624x832

Créer des « amis du jardin »

Dans chaque session, nous avons un « plan B » pour les enfants qui ne s’impliquent pas dans l’activité dès le début. Ce « plan B » consiste à créer des bouquets d’herbes. La stimulation de l’odorat, en particulier chez les enfants présentant ces caractéristiques, a un effet puissant ainsi que le travail du sol.

Plusieurs semaines ont passé et nous commençons à voir des résultats : les enfants sont plus calmes, fiers de leur travail dans le jardin et commencent à montrer le même amour et le même respect envers les plantes que nous. Certains d’entre eux sont même fiers de montrer à leurs frères et sœurs le même amour et le même respect. Ils savent que leur « Dream Garden » est un environnement non menaçant, où ils se sentent en sécurité. Les enfants prennent conscience de l’effet puissant du jardinage comme outil pour canaliser leurs émotions.

Maintenant que nous avons introduit les enfants dans le jardin, notre prochain défi est de créer des tipis en saule pour que les frères et sœurs puissent « cultiver » une relation entre eux. Le tipi en saule symbolisera leur « maison », un lieu sûr entouré de plantes qu’ils apprendront à cultiver avec amour.

Traduit avec l’aide de http://www.DeepL.com/Translator

The Profession and Practice of Horticultural Therapy : un nouveau livre indispensable


De temps en temps, je m’enthousiasme pour la sortie d’un livre. J’ai sauté de joie quand Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs ont mis à jour Therapeutic Landscapes en 2014. Quand Jérôme Pellissier a fait paraître son Jardins thérapeutiques et hortithérapie en 2017, le premier livre complet en français sur le sujet, j’ai pensé qu’on avait franchi une étape extrêmement importante. Tous les francophones intéressés par l’hortithérapie tenaient enfin entre leurs mains un livre en français qui leur donnait des bases solides.

Et maintenant voici que Christine Capra, Rebecca Haller et Karen Kennedy viennent de sortir The Profession and Practice of Horticultural Therapy ! Alors oui, leur livre est en anglais bien sûr, peut-être une source de motivation pour se remettre à cette langue si utile. Comparé avec leur Horticultural Therapy Methodsparu en 2006 et découvert quand je suivais leurs cours il y a plusieurs années, ce nouveau livre se fixe une mission claire : poser l’hortithérapie comme une pratique professionnelle basée sur les preuves scientifiques. Et en plus de leurs trois plumes, elles ont assemblé un panel d’auteurs respectés pour apporter de l’eau à ce moulin qui leur tient à cœur depuis plus de 30 ans (Matt Wichrowski, Gwenn Fried , Jay Rice, Barbara Kreski,…).

 

Reconnaître les pionniers

Richard Mattson pendant une séance d’hortithérapie au Big Lakes Development Center (Manhattan, Kansas) en 2010. Il enseigna pendant 45 ans à Kansas State University.

Parce que la pratique de l’hortithérapie a des racines profondes, les auteures commencent par remercier leurs maitres et pionniers américains. Ainsi, le livre est dédié au regretté Richard Mattson qui a développé le curriculum d’hortithérapie à Kansas State University où Rebecca Haller a reçu son master, un curriculum qui a servi d’inspiration et de modèle à de nombreux programmes d’enseignement dans le monde.

Il est également dédié à la très active retraitée Diane Relf qui apporte ce rappel important dans sa préface. Lorsqu’elle lisait Therapy through Horticulture, le premier manuel publié par Alice Burlingame en 1960, elle était encore au lycée et avait déjà la certitude qu’elle deviendrait hortithérapeute professionnelle. Mais elle dut vite déchantée car la pratique était alors principalement bénévole et considérée comme une occupation récréationnelle pour les patients. Pas encore comme une médiation thérapeutique à part entière, ni comme une profession digne d’une formation adéquate. Cela vous rappelle quelque chose sur la situation actuelle en France ?

Déterminée à changer les choses, Diane Relf a écrit une des premières dissertations doctorales sur l’hortithérapie à l’Université du Maryland, créé un programme d’enseignement à Virginia Tech et participé à la fondation de l’ancêtre de l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) en 1973. Elle a également été très active dans la création du International People-Plant Council connus pour ses symposia internationaux.

Aux Etats-Unis, la place de l’hortithérapie a évolué depuis les années 1960 entre autres grâce à Richard Mattson, Diane Relf et les nombreux auteurs de The Profession and Practice of Horticultural Therapy. Ils vous expliqueraient sans doute qu’il reste encore beaucoup à faire. Savourons l’instant présent. Ce livre explique pourquoi l’hortithérapie est aujourd’hui une profession reconnue aux Etats-Unis et peut être une source d’inspiration pour la France.

 

Un livre pour qui ?

Rebecca Haller (gauche) et Christine Capra co-dirigent le Horticultural Therapy Institute.

 A qui s’adresse le livre de Christine, Rebecca et Karen ? Son objectif est « d’améliorer la compréhension et la vision de la profession, tant pour les nouveaux praticiens que pour les praticiens chevronnés. Il s’adresse aux étudiants dans le domaine, ainsi qu’aux professionnels de la santé et des services sociaux, afin d’élaborer et de gérer avec succès des programmes d’hortithérapie. » Si vous lisez ce blog régulièrement, il s’adresse à vous.

Les auteures ont organisé le livre en quatre sections : synthèse des pratiques en hortithérapie, théories soutenant l’efficacité et la pratique de l’hortithérapie, pratique selon trois modèles (thérapeutique, insertion professionnelle et bien-être) et outils pour le thérapeute.

 

Section 1 : « L’hortithérapie peut littéralement changer le monde »

C’est l’affirmation qui ouvre le premier chapitre dont lequel on trouve quelques définitions et le chemin qui a mené l’hortithérapie d’une activité bénévole auxiliaire à sa reconnaissance comme médiation et profession. Malgré des définitions différentes, trois éléments sont indispensables aux yeux des auteures pour parler d’hortithérapie : un thérapeute professionnel formé, un « client » (tournure américaine commune, Carl Rogers l’emploie aussi même si le mot choque nos oreilles françaises) qui reçoit un traitement avec des objectifs définis et la culture de plantes. Le thérapeute est en capacité de faire émerger des processus thérapeutiques ou de réhabilitation en s’appuyant sur les plantes. Diane Relf a ajouté les bénéfices pour les participants : émotionnels/psychologiques, sociaux, intellectuels/cognitifs et physiques. Par contraste, d’autres activités basées sur les plantes ne sont pas de l’hortithérapie : des programmes dans les écoles, pour améliorer le bien-être, tous les programmes qui ne visent pas des objectifs cliniques en somme.

Affirmant que l’hortithérapie est une profession distincte, les auteures lui reconnaissent des similarités et des liens avec d’autres approches comme l’écothérapie, le soin par les animaux, les programmes agricoles dans les fermes qui peuvent être utilisés de manière complémentaire. Cette section peut sembler très américano-américaine, malgré de nombreux exemples puisés à l’étranger. Cependant, ses réflexions éclairent aussi ce qui se passe en France.

 

Section 2 : la richesse des théories

« En tant qu’espèce, le cerveau humain est programmé pour vivre dans la nature ». Que vous les découvriez ou que vous les connaissiez déjà, ces nombreuses théories vont vous scotcher. La « Prospect-Refuge Theory » de Jay Appleton (Perspective et refuge dans l’environnement), la restauration de l’attention de Rachel et Steve Kaplan, la biophilie d’E.O. Wilson, l’écopsychologie conceptualisée par plusieurs auteurs, l’apport des neurosciences sur la connaissance des réactions cérébrales, la résilience, la mindfulness, la psychologie positive…

Comme le rappelle Matt Wichrowski qui a contribué un chapitre à cette section, « De nombreuses disciplines différentes fournissent des connaissances et des informations qui peuvent être utiles dans la pratique de l’hortithérapie. La façon dont elle est finalement pratiquée dépend du contexte, du praticien, du patient et des objectifs du programme. Le style et la technique du praticien ont également tendance à varier considérablement en fonction de son expérience éducative, professionnelle et personnelle antérieure. La variété des milieux dans lesquels l’hortithérapie est pratiquée, depuis les visites en chambre avec un chariot à plantes jusqu’aux salles de classe et aux solariums, en passant par les serres et les grands espaces extérieurs, exige également une diversité des compétences nécessaires à la réussite. » Un rappel utile que la diversité est vitale dans cette pratique…et qu’un jardin n’est pas indispensable.

Pour s’attarder sur les caractéristiques du thérapeute qui ont un impact positif sur l’alliance thérapeutique, ici ou ailleurs, Matt Wichrowski rappelle les résultats de la recherche : flexibilité, expérience, honnêteté, respect, fiabilité, confiance en soi, intérêt, vivacité d’esprit et convivialité avec un aspect chaleureux et ouvert et une bonne capacité d’écoute. La recherche en psychologie a montré que 30% des améliorations chez les patients sont dues à des « facteurs communs » présents dans toutes les relations thérapeutiques, comme l’empathie, la compréhension, l’implication, la chaleur et la convivialité.

 

Section 3 : la richesse des programmes

Dans la 3esection, l’ouvrage plonge les mains dans la terre, avec de très nombreux exemples de programmes aux Etats-Unis et ailleurs. Les Américains ont divisé le monde en trois :

  • Le modèle thérapeutique. « Les séances mettent l’accent sur le rétablissement à la suite d’une maladie ou d’une blessure et sur le traitement des problèmes de santé mentale. Les séances se déroulent souvent selon le modèle médical des soins, qui met l’accent sur les aspects physiques, mentaux ou biologiques de la maladie….Les participants ne sont pas définis par la maladie, le diagnostic ou l’invalidité. » Les programmes décrits à titre d’exemples sont extrêmement variés: enfant affectés par des troubles du développement ou hospitalisés dans des hôpitaux pédiatriques, personnes souffrant d’addictions, patients en psychiatrie résidentielle ou ambulatoire, personnes souffrant de traumatismes, enfants,…
  • Le modèle professionnel (« vocational »). Selon la définition de l’AHTA citée dans le livre, « un programme d’horticulture professionnelle, qui est souvent une composante majeure d’un programme d’hortithérapie, vise à offrir une formation qui permet aux individus de travailler dans l’industrie horticole de façon professionnelle, de façon indépendante ou semi-indépendante. Ces personnes peuvent avoir ou non un certain type de handicap. Les programmes d’horticulture professionnelle peuvent être offerts dans les écoles, les établissements résidentiels ou les établissements de réadaptation, entre autres. »
  • L’hortithérapie fondée sur des modèles de bien-être. « L’hortithérapie est particulièrement bien adaptée pour soutenir les programmes axés sur le bien-être. Le travail avec les plantes est une approche holistique qui implique de multiples domaines fonctionnels, y compris l’activité physique, l’engagement cognitif/intellectuel, l’investissement émotionnel et l’interaction sociale. Elle engage le corps, l’esprit et l’âme. » Dans ce domaine, les exemples sont tirés de programmes menés en prison ou encore avec des personnes réfugiées.

 

Section 4 : des outils pour le thérapeute

Concrètement, cette dernière partie fournit des méthodes et des techniques, des outils et des idées d’équipements pour s’adapter aux capacités des participants (comment accompagner des personnes atteintes de démence ? que créer avec des étudiants non-voyants ?) et à leurs héritages culturels. On rentre là dans les caractéristiques qui rendent un environnement thérapeutique (la conception biophilique, l’accessibilité, la sécurité,…). Ce chapitre fera tout particulièrement le bonheur de Florence Gottiniaux ! Un autre chapitre s’intéresse à l’importance de documenter l’activité, depuis la note d’évaluation décrivant un nouveau participant à des comptes-rendus réguliers d’activité au regard des objectifs fixés. L’auteure de ce chapitre rappelle la nécessité de veiller au respect des règlements en vigueur sur la protection de la confidentialité.

Enfin, le dernier chapitre est consacré à la recherche. Il est assez succinct et ne vous aidera pas à monter un projet de recherche de A à Z, mais il vous y encouragera. Barbara Kreski, responsable des formations à l’hortithérapie au Chicago Botanical Garden, nous rappelle que toutes les études ne sont pas crées égales et que citer une recherche de qualité médiocre est finalement contre-productif.

Les contributions francophones

Lors de sa venue au symposium Jardins et Santé en 2012, Rebecca Haller rencontre Anne Ribes.

Ce livre est bien sûr ancré dans l’histoire et la pratique américaines. Pourtant il s’ouvre largement sur le reste du monde, faisant figurer des définitions différentes (celle utilisée dans les pays germanophones par exemple, p. 7), l’existence d’organisations internationales dont la Fédération Française Jardins, Nature et Santé (p. 16) et des exemples internationaux. On notera la contribution de Tamara Singh sur la technique de la mindfulness appliquée à l’hortithérapie (p. 163-164). Et l’exemple du programme du Jardin d’Epi Cure à la Maison des Aulnes (p. 209-210). J’ai eu le plaisir d’aider son créateur, Stéphane Lanel, à écrire cette vignette.

Pour avoir suivi de loin la naissance de ce livre à partir de l’été 2017, j’ai une petite idée de l’énorme quantité de travail et de coordination qu’il a demandée. Bravo Christine, Rebecca et Karen.

 

The Profession and Practice of Horticultural Therapy, Rebecca L. Haller, Karen L. Kennedy et Christine L. Capra, CRC Press, 2019. Disponible dans les librairies en ligne françaises ou sur commande chez votre libraire, à partir de 39 euros.

Le Jardin de Vezenne : un jardin éducatif et thérapeutique « hors les murs »

Mise à jour, le 5 septembre 2019. Le Jardin de Vezenne ouvre ses portes le 14 septembre. Allez leur dire bonjour si vous êtes dans le coin.

image.png

En octobre 2012, je vous avais parlé du Ability Garden implanté en Caroline du Nord aux Etats-Unis. Cela fait une vingtaine d’années que ce jardin thérapeutique installé dans un lieu public accueille des participants venus de toute la région. Après avoir survécu à la retraite de sa fondatrice, il est plus actif que jamais. En France, les jardins thérapeutiques « hors des murs » ne courent pas les rues non plus. Il y a bien les Jardins de l’Humanité dans les Landes et le projet longuement muri de Romane Glotain en Loire-Atlantique.

Depuis quelques mois, le Jardin de Vezenne dans le Loiret ouvre de nouvelles perspectives, porté par une équipe formée d’Emmanuelle Lutton (travailleuse sociale), Bastien Fouchez (éducateur spécialisé) et Céline Gillot (psychologue clinicienne). Propriétaires des lieux depuis 10 ans, ils ont créé une association et dédié 4 000 m2 à ce projet très original implanté à Lailly en Val en Sologne.

Une respiration pour les institutions

Emmanuelle Lutton

Emmanuelle Lutton s’occupe des chèvres du Jardin de Vezenne

Lorsqu’Emmanuelle était chef de service socio-éducatif pour un institut médico-éducatif (IME) auprès d’enfants et de jeunes adultes en situation de handicaps, elle constatait tous les jours la difficulté à trouver des lieux adaptés hors établissement. « La politique est de faire des projets et de sortir, mais on ne trouvait pas de lieux appropriés. Dans les fermes pédagogiques par exemple, il manque parfois cette fibre sociale, cette flexibilité nécessaire dans l’approche avec ce public », explique-t-elle. « Un retard de quinze minutes devient un problème alors que convaincre un enfant en situation de handicap de monter dans le bus peut être très long, par exemple. »

Le manque de lieux permettant le contact avec la nature combiné avec le besoin d’apporter du sens à sa carrière ont mené à un an de réflexion avec ses deux partenaires pour aboutir au Jardin de Vezenne tel qu’il a été inauguré en avril 2019. « Nous avons mûri le projet à l’écrit pour avoir des objectifs précis. Puis, nous l’avons fait relire par plusieurs corps de métier dans le social et le médico-social », précise-t-elle. De son côté, elle s’est également formée au domaine de Chaumont-sur-Loire où je l’ai rencontrée pour la première fois.

Et voici le résultat. Un jardin extra-institutionnel qui « s’adresse à toutes personnes en difficulté et/ou vulnérables qui recherchent un lieu ressource, dédié à des activités éducatives et thérapeutiques autour du vivant. Nous proposons des activités à destination des institutions sociales et médico-sociales  et des familles ».

Ailleurs sur leur site, le trio décrit le Jardin de Vezenne comme « un lieu ressource, où la respiration est possible, une pause dans l’univers des collectivités et des institutions. Un endroit refuge, ressource, extra institutionnel qui permet à chacun (enfants, parents, accompagnateurs, équipe, aidants…) de s’extraire d’un quotidien institutionnel. Nous voulions aller au delà de la création d’un « joli » jardin où il ferait bon se promener, et nous appuyer sur la richesse que nous offre la nature, sur ses dons pour créer un « jardin-outil », un « jardin-support » pour le soin des personnes. »

53F0FC31-E2C6-43FB-B2C5-BE16305F0AA8

Depuis des mois, l’association se préparait à l’ouverture. Travaux, terrassement, serre de récupération, bois récolté dans la forêt. Et travail de « démarchage » pour Emmanuelle avec des appels et des rendez-vous dans les structures des environs. « Quand je parle de jardin thérapeutique, je sens une écoute. Il y a beaucoup de travail d’explication. En plus des bienfaits du jardin, je leur parle beaucoup du bien que cela fait de sortir de l’institution, autant pour les personnes que pour les équipes. »

Les premiers jardiniers de Vezenne

Depuis l’ouverture à la mi-avril, le jardin a accueilli plusieurs groupes : MECS (maison d’enfants à caractère social, FAM (foyer d’accueil médicalisé) et maison de retraite. Des projets sont en cours avec des IME et des MAS (maison d’accueil spécialisée).

Avec les jeunes enfants de la MECS, les objectifs sont plus éducatifs que thérapeutiques : cycle de vie, responsabilité, conséquences des actions, attention, patience, cohésion de groupe sont mises en œuvre. Autour d’un projet rédigé avec les éducateurs et validé par la direction de l’établissement, les enfants fréquentent le jardin qui devient aussi un lien avec les familles. « Nous avons fait des mini jardins aromatiques que les enfants ramènent chez eux puisqu’ils rentrent dans leur famille le weekend. »

gpe 2

Les jardiniers du FAM sont des adultes porteurs de plusieurs handicaps. « C’est à la fois un projet de groupe et un projet individuel qui s’appuie sur le projet d’accompagnement individualisé. Pour une personne qui n’arrive pas à se poser et exprime sa frustration par des troubles du comportement, on a travaillé la concentration et la patience avec des semis de radis qui poussent relativement vite. Pour une autre personne malvoyante, le maïs qui est une grosse graine douce a été semé au godet avec le plaisir sensoriel de plonger les mains dans les graines. Un projet est de tracer un chemin planté de maïs pour le suivre au toucher. »

Plusieurs groupes de personnes âgées fréquentent le Jardin de Vezenne. « Les anciens nous disent en catimini qu’ils sont bien contents de sortir de la maison de retraite et de respirer un nouvel air. Bernard nous raconte ses plantations de citrouille d’avant… Françoise sème une « forêt » de concombre en éclatant de rire », raconte Emmanuelle et ses partenaires sur leur page Facebook. En général, ces jardiniers ne sont pas autonomes dans les gestes de la vie quotidienne. Eux aussi rapportent des plantes chez eux, notamment ceux qui ont un balcon prêt à les accueillir. En sens inverse, Emmanuelle intervient dans une maison de retraite où le jardin existant était peu utilisé. « L’objectif pour ces personnes très âgées qui sortent peu de leur chambre, voire de leur lit, est de sortir pour aller au jardin. »

Une place pour les particuliers

« Nous ne sommes pas uniquement un lieu qui accueille des personnes en situation de handicap. Nous accueillons aussi des particuliers. Ainsi, une jeune fille souffrant de phobie scolaire a pu travailler la confiance, l’autonomie et la prise d’initiative. D’autres parents commencent à nous appeler. Un golf local nous a également sollicités pour des ateliers avec les enfants. C’est en réflexion. Car nous ne sommes pas animateurs, ni orientés vers l’occupationnel. » En tant que jeune association, le Jardin de Vezenne étudie toutes les pistes dans le respect de ses objectifs de départ.

Le Jardin de Vezenne vit aussi autour d’animations ouvertes à tous, comme ce récent atelier autour des plantes sauvages et comestibles avec un temps de cueillette et un temps de dégustation. Notons en passant que le Jardin de Vezenne a fait l’objet d’une campagne de financement participatif sur le site Tudigo et a reçu des financements locaux, notamment du Crédit Agricole.

Il est encore un peu tôt pour parler de bilan. Dix semaines, c’est une goutte d’eau dans la vie d’un jardin. Emmanuelle et ses partenaires ont le plaisir d’avoir concrétisé leur rêve et d’y accueillir des personnes dont le visage s’illumine souvent au contact de la nature et des animaux (canards, chèvres). Emmanuelle constate qu’il n’est pas toujours facile de travailler en collaboration avec les équipes déjà surmenées. Ainsi, sa proposition de fournir des écrits d’évaluation et de synthèse ne semble pas susciter beaucoup d’intérêt. Mais l’idée que le contact avec la nature apporte des bienfaits fait son chemin auprès de ses interlocuteurs. Et le Jardin de Vezenne est désormais un lieu où des personnes vulnérables font l’expérience de ce contact.

Pour contacter l’équipe du Jardin de Vezenne :

jardindevezenne@gmail.com

http://www.jardindevezenne.fr/

https://www.facebook.com/jardindevezenne/

 

« Des jardins pour prendre soin » au CHU de Saint-Etienne : une journée énergisante

Mise à jour le 13 octobre 2019. Dr. Pommier et son équipe viennent de mettre en ligne les vidéos du colloque. Prenez le temps de les visionner une par une ou lisez mon compte-rendu ci-dessous.

 

 

Ce jour tant attendu a tenu toutes ses promesses autour d’un programme bien équilibré.

Un Jardin des Mélisses au top de sa forme pour un déjeuner sur l’herbe convivial, 175 participants pleins de dynamisme, des intervenants enthousiasmants des premiers aux derniers, une belle rencontre avec Roger Ulrich que nous avons tous cité un jour ou l’autre et avec qui nous pouvions enfin échanger en chair et en os.

Un invité qu’on ne présente plus…

UNADJUSTEDNONRAW_thumb_1ab08

Roger Ulrich (gauche) et Romain Pommier dans le Jardin Remarquable de Saint-Chamond.

L’invité exceptionnel de cette journée, Roger Ulrich, avait répondu immédiatement présent à l’invitation du Dr. Romain Pommier et de toute l’équipe organisatrice du CHU de Saint-Etienne et du Centre de Réhabilitation Psychosociale REHAlise (un grand bravo aux organisateurs, Yann Boulon et tous les autres !). Oui, par curiosité, par envie de découvrir la psychiatrie en France, sans doute aussi en réaction à l’enthousiasme de l’invitation. Profitant d’une semi-retraite en Scandinavie où il est professeur d’architecture au Center for Healthcare Building Research à l’Université de technologie Chalmers en Suède et professeur adjoint d’architecture à l’Université d’Aalborg au Danemark, il est venu en voisin.

Prenons une minute pour retracer sa riche carrière. A l’échelle internationale, Roger Ulrich est le chercheur le plus souvent cité dans le domaine de la conception d’établissements de santé fondée sur les données de la recherche. Il a d’ailleurs contribué à créer ce terme, « evidence-based design » et la certification EDAC (Evidence-Based Design Accreditation and Certification) qui reconnaît les connaissances dans ce domaine. En résumé, il s’agit de documenter les effets du design dans toutes ses dimensions (les espaces, les objets, les applications) sur la santé en utilisant les méthodologies issues du domaine médical (« evidence-based medecine »). On a ainsi aujourd’hui apporté la démonstration scientifique que la conception des établissements de santé, l’intérieur et l’extérieur, influence la durée des séjours et réduit le temps de guérison dans les hôpitaux somatiques, diminue l’agressivité en psychiatrie, mais aussi combat le burnout chez les soignants.

Après des études d’économie et de psychologie environnementale notamment auprès de Steve et Rachel Kaplan à l’Université du Michigan, Roger Ulrich a fondé et co-dirigé à partir de 1993 le Center for Health Systems and Design de la Texas A&M University, un centre interdisciplinaire hébergé conjointement dans les écoles d’architecture et de médecine. De 2005-2006, il est sorti du cocon académique à l’invitation du National Health Service anglais pour servir en tant que conseiller principal sur les environnements de soins aux patients dans le cadre d’un programme britannique de création de nombreux nouveaux hôpitaux. Au total, son travail a eu un impact direct sur la conception de milliards de dollars de projets de construction d’hôpitaux et a amélioré la santé et la sécurité de patients dans le monde entier.

Même si nous citons tous son célèbre « La vue à travers la fenêtre peut influencer le rétablissement suite à une opération chirurgicale » paru dans Science en 1984, la bibliographie de Roger Ulrich est très vaste et continue de s’étoffer. Ses travaux ont notamment porté sur les effets des chambres à un lit ou à plusieurs lits sur la transmission des infections, les effets négatifs du bruit dans les hôpitaux sur les patients et les infirmières, et sur comment la nature, les jardins et l’art peuvent réduire la douleur, le stress et les coûts des soins de santé.

Pour en revenir aux jardins, il a publié récemment deux nouvelles études : l’une en 2017 sur l’impact d’un jardin à l’hôpital sur des femmes enceintes et leurs partenaires et une autre en 2018 sur l’impact d’une pause dans un jardin vs. dans une salle de repos sur l’épuisement professionnel chez des infirmières en soins intensifs.

 

Prélude à la journée « Des jardins pour prendre soin »

En préambule à la journée organisée le 24 mai à la Faculté de Médecine Jacques Lisfranc sur le campus du CHU de Saint-Etienne, Roger Ulrich a profité d’une journée de découvertes. Dans le Jardin Remarquable de Michel Manevy à Saint-Chamond d’abord pour des échanges « noyés dans la nature » et éminemment biophiliques avec le jardinier des lieux, Romain Pommier et France Pringuey, co-conceptrice du Jardin des Mélisses. Puis dans le service de psychiatrie du CHU avec pour guide la professeure Catherine Massoubre, chef du pôle de psychiatrie, et pour compagnons l’équipe d’architectes et paysagiste chargé de la construction d’un nouveau bâtiment qui d’ici 2020 va venir s’accoler au Jardin des Mélisses et accueillir plusieurs unités dont une consacrée aux patients souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA). De cette visite dans les coulisses, Roger Ulrich a partagé plusieurs remarques et conseils avec les équipes. Entre autres, il s’est dit impressionné par les chambres individuelles systématiques, un point essentiel à ses yeux en terme de qualité de l’environnement.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le Jardin des Mélisses est accessible à quatre unités psychiatrique au CHU de Saint-Etienne et accueille des séances de médiation deux fois par semaine.

 

Des bâtiments bas avec accès direct au jardin sont aussi un facteur positif selon toutes les études. La visite du jardin lui a inspiré des louanges qu’il a répétées pendant le reste de son séjour. « Un jardin en psychiatrie qui mélange ainsi une utilisation à volonté et une médiation active est tout à fait innovant et unique à ma connaissance », a dit et redit Roger Ulrich aux équipes. Et il est vrai qu’il est extraordinaire ce jardin où se promènent des patients s’entraidant et commentant les plantations au potager, cueillant des aromatiques pour la tisane du soir, recevant des visiteurs dont des jeunes enfants dont les cris de joie pendant une partie de foot improvisée sur l’herbe font résonner la vie. « Améliorer l’accueil des patients et de leur famille et contribuer à porter un autre regard sur les soins dispensés en psychiatrie » fait le premier objectif du Jardin des Mélisses. Mission accomplie.

 

Dans le vif du sujet : recherches récentes en psychiatrie

Vous m’excuserez si le compte-rendu de la journée n’est pas exhaustif. Servir d’interprète à Roger Ulrich aux côtés d’Alexia Le Poulain, infirmière en psychiatrie venue du monde du cinéma, pour que son intervention soit traduite, mais aussi pour qu’il profite lui aussi des présentations, a sollicité mes neurones à 100%. Les présentations ayant été filmées, j’espère que nous pourrons partager bientôt des vidéos qui seront plus parlantes que des écrits.

De la présentation de Roger Ulrich, je retiens la théorie du rétablissement du stress, une extension de l’hypothèse biophilique de E. O. Wilson. En tant qu’humains modernes, nous avons gardé des vestiges d’une adaptation génétique qui comprend un mécanisme de réduction du stress au contact de certains éléments de la nature (végétation, fleurs, eau). Nous n’avons pas cette attirance pour lesmatériaux employés dans les constructions(béton, métal, verre). Il en découle qu’il serait judicieux d’utiliser ces mécanismes bienfaisants qui réduisent le stress pour créer des établissements de soin plus apaisants et plus guérisseurs.

Les données sur la conception des hôpitaux somatiques sont maintenant très nombreuses. Elles ont mené à s’intéresser aux hôpitaux psychiatriques, lieux d’enfermement souvent imposé où le stress et l’agressivité ont du coup tendance à monter en flèche. En 2010, la recherche d’une ancienne étudiante de Roger Ulrich, Upali Nanda, a démontré qu’afficher une grande photo montrant une nature réaliste dans une salle commune en service psychiatrique permettait de diminuer le nombre d’injections d’anxiolytiques (comparé à un mur blanc, à de l’art abstrait ou un tableau abstrait de nature comme un Van Gogh par exemple). Pour le dire en termes économiques, on avait économisé 23,845 euros de médicaments en un an grâce à une photo de nature coûtant 25 euros comparé à un mur blanc.

Dans une étude publiée en 2018, Roger Ulrich et plusieurs collaborateurs ont pu démontrer que « La conception des services psychiatriques peut réduire les comportements agressifs». Des études précédentes suggéraient que la conception psychiatrique traditionnelle est cause de stress et déclenche l’agressivité des patients. En comparant trois hôpitaux psychiatriques suédois (un hôpital ayant déménagé dans de nouveaux locaux et un hôpital contrôle), l’étude met à l’épreuve la théorie que des unités conçues avec des caractéristiques réduisant le stress (jardins, chambres individuelles, meilleure insonorisation notamment) réduiront le comportement agressif. Résultat ? Le nombre d’injections sous contrainte, le nombre d’injections par patient et le nombre de contentions physiques baissent ! Les faits sont éloquents ! Ecoutons-les.

Capture d’écran 2019-06-02 à 12.55.39

Hôpital psychiatrique d’Östra à Göteborg en Suède

 

 

 

Le Jardin des Mélisses, terrain de recherche

Dans la lignée du « evidence based design » et « evidence based medecine », au Jardin des Mélisses, les équipes savent que la recherche fera avancer la reconnaissance des jardins de soin dans la prise en charge des patients. C’est pourquoi les équipes soignantes en psychiatrie adulte se sont lancées dans un PHRIP. Un Programme hospitalier de recherche infirmière et paramédicale financé par le ministère de la Santé pour évaluer la médiation jardin sur l’anxiété des patients. Blandine Cherrier et Valérie Suraud ont décrit le protocole de la recherche de la lettre d’intention à l’état actuel de la recherche.

La médiation d’abord. Elle consiste en deux séances hebdomadaires au jardin pour des groupes de 6 à 8 patients. Les séances sont encadrées par deux infirmiers d’unités différentes qui tournent (un plus pour la cohésion des personnels qui se connaissaient peu et un dispositif qui fait des patients les fils conducteurs). Un rituel bien défini rythme chaque séance : présentation autour d’une boisson, discussion des attentes de chacun, tour du jardin après un échauffement physique et activités adaptées aux besoins du jardin et aux envies de chacun. Tout au long, la participation est notée dans le dossier médical des patients et discutée en équipe. Avant et après la séance, les patients jardiniers remplissent le questionnaire PANAS qui mesure les affects positifs et négatifs.

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Pendant les présentations, il faut bien être à l’intérieur pour parler de la nature et du jardin.

Pour ce qui est du protocole, il se base sur une inclusion randomisée par tirage au sort dans le groupe jardin ou dans un groupe contrôle participant à la thérapie habituelle (pas une mince affaire pour des infirmières de « priver » certains patients d’une médiation qu’elles jugent efficace). Les patients inclus participent à 8 séances et remplissent avant et après chacune un auto-questionnaire HADS qui évalue la dépression et l’anxiété. Une fiche de synthèse générale est remplie à l’issue des 8 séances. L’objectif est de recruter 190 patients, un objectif à moitié rempli à ce jour. Des résultats préliminaires ont déjà été exposés dans plusieurs conférences et notamment à l’ICEPS, un congrès consacrés aux interventions non-médicamenteuses en mars 2019 à Montpellier.

L’objectif à terme au-delà de la publication des résultats est de donner accès à la médiation du jardin à plus de patients grâce à un poste infirmier dédié, de diffuser cette médiation auprès d’autres spécialités au sein du CHU, mais aussi auprès d’autres types de structures au niveau du département. Et pourquoi de créer un jour un réseau national des jardins thérapeutiques dans les CHU et de proposer une formation dans ce domaine. Pour contacter l’association Le Jardin des Mélisses et les soutenir, voici leur adresse jdm (at) chu-st-etienne.fr

Des initiatives locales au CHU et au-delà

Après deux heures de déambulations gourmandes au Jardin des Mélisses, un moment de détente et de restauration productif, il était temps de reprendre le fil des présentations. Idée de génie secondée par une météo parfaite.

 

 

 

Deux infirmières et un infirmier de l’hôpital de jour TCA, aujourd’hui délocalisé du campus principal mais qui le rejoindra bientôt dans le nouveau bâtiment en préparation, ont présenté leur travail sensoriel dans la prise en charge des TCA. L’équipe comprend Céline Brun, une ancienne soignante qui a participé au Jardin des Mélisses. Leur approche se centre sur les parallèles entre le développement des plantes et le processus de soin.

Romain Pommier a évoqué le jardin comme pratique orientée vers le rétablissement. Citant Patricia Deegan, une psychologue américaine qui a fait du rétablissement pour les patients en santé mentale sa mission après avoir reçu un diagnostic stigmatisant de schizophrénie, il explique que le rétablissement est un processus autogéré de guérison et de transformation. Rétablissement social et fonctionnel, il fait du patient un acteur de sa guérison à travers l’éducation thérapeutique du patient (ETP). « Il s’agit d’inscrire d’emblée la prise en charge dans une évolution, de miser sur le potentiel des individus dans une approche communautaire », explique-t-il. « Le jardin permet de travailler sur l’institution comme espace de soin et de lutter contre une ambiance défavorable. »  Et en passant, je veux dire que Romain Pommier me frappe comme l’un des psychiatres les plus bienveillants et les plus sensibles croisés dans ma nouvelle vie de psychologue ou dans la précédente. Il profite de sa tribune pour annoncer un évènement programmé pour le 6 juin dans le cadre d’un réseau local Jardins de santé par Anne de Beaumont (adebeaumont (at) free.fr, pour toute information). Le Dr. Pommier dont la propre thèse adoptait une approche qualitative a milité pour cette méthodologie complémentaire des études quantitatives indispensables.

Si vous avez encore un peu d’énergie, restez encore un instant pour entendre l’expérience du Dr. Adeline Frankhauser qui a participé à des ateliers thérapeutiques horticoles comme espace de transition entre soins et inclusion sociale à l’hôpital du Vinatier et au centre de réhabilitation psychosociale de Lyon. Dans ces ateliers, les patients peuvent rester de quelques mois à deux ans. Ils ne sont plus des patients d’ailleurs, mais des stagiaires en train d’acquérir des connaissances sur les plantes et leur cycle de vie. « Les ateliers thérapeutiques horticoles agissent sur les angoisses psychotiques en permettant à la pensée de se focaliser sur la tâche et sur les symptômes dépressifs en augmentant la confiance en soi et l’estime de soi. De plus, on constate une remobilisation qui replace dans l’action, des symptômes qui sont difficiles à traiter avec des médicaments. » Parmi les autres mécanismes d’action, l’ancrage dans un quotidien vivant, une dynamique avec un rythme qui faisait défaut dans la maladie, une empathie ou un accordage dans le prendre soin de la plante qui permet aussi de porter un regard différent sur ses propres fragilités et sans doute aussi la reprise de la créativité psychique.

Pour conclure cette belle journée, la parole est revenue à Julie Sauzedde, administratrice du GEM (Groupe d’Entraide Mutuelle) Les Moyens du Bord qui cultive deux parcelles dans un jardin collectif local – Saint-Etienne étant très bien pourvu en jardins collectifs dans la tradition du prêtre jésuite Félix Volpette initiée au 19esiècle. L’association organise une saison culturelle et participe à la Fête des Plantes, une façon de se faire connaître et là encore de changer le regard. « Le jardin, c’est un bol d’air, une vue imprenable, un espace de sevrage de la psychiatrie, une passerelle de la guérison, une petite famille », explique Julie Sauzedde dans un beau texte délivré avec une grande émotion.

Merci à tous les organisateurs, intervenants et participants pour cette journée qui a donné des forces à tous. Et si elle devenait un rendez-vous annuel?

Reconversions : l’appel de la nature

Il y a quelques jours, nous célébrions la fête du travail. Pas entièrement satisfaites dans leurs anciens métiers ou poussées par des expériences personnelles, les trois femmes qui vous racontent leur parcours ce mois-ci ont entrepris de donner un nouveau sens à leur travail et à leur vie. Leurs réflexions les ont toutes les trois menées vers la nature, la terre et les jardins. Je leur ai demandé de partager leurs témoignages pour vous apporter une image authentique et équilibrée de reconversions en cours. Avec leurs bonheurs et leurs questionnements, leurs lignes droites et leurs zigzags. Merci à Christine, à Patricia et à Aude d’avoir pris le temps de partager leurs réflexions avec nous. Surtout avec celles et ceux parmi nous qui envisagent une nouvelle voie.

 

 

Christine Butin : une fleuriste humaniste

Christine Butin et al

Christine Butin (à gauche) lors d’une visite au Jardin de la Bonne Maison près de Lyon avec Sandra Marianelli, Odile Masquelier (créatrice du jardin) et Pauline de Gorostarzu. Crédit photo Philippe Walch

 

Je m’appelle Christine Butin,  J’ai commencé ma carrière en ayant étudié, puis travaillé plusieurs années dans l’univers attrayant et brillant de la publicité et du marketing en agence sur Lyon.

Puis j’ai souhaité voler de mes propres ailes dans un tout autre environnement. J’ai quitté l’univers des paillettes pour celui du végétal et des fleurs. Rien à voir, mais mes valeurs étaient plus en harmonie avec mes aspirations. L’entreprenariat a eu raison de ce changement professionnel et a duré 20 ans à la direction d’une boutique de fleurs et décoration.

20 ans d’une vie pleine de rebondissements, de résilience de passion et d’amour de ce beau métier d’artisan fleuriste décorateur. Puis la fabuleuse histoire de la boutique Couleurs Nature à Bourgoin-Jallieu dans l’Isère s’est terminée, c’était la fin d’une très belle aventure et le début d’une autre alors inconnue.

J’ai cédé la place en octobre 2016 à une jeune femme (ancienne apprentie revenue me voir 15 ans plus tard, et à qui j’ai souhaité offrir l’opportunité de voler de ses propres ailes à son tour). Elle  a repris la suite pour écrire  son histoire de fleuriste passionnée comme moi 20 ans plus tôt. Une chose est sûre pour moi le végétal restera le fil conducteur de la suite de l’aventure…

Je fais alors une pause d’un peu plus d’un an. Pause à la fois souhaitée mais  aussi un peu forcée à la suite d’un accident de vélo qui me fait perdre l’usage de mon bras droit pendant de longs mois.

Cette période est alors  une super opportunité d’avoir du temps,  de lire, de faire des recherches sur Internet, et de découvrir l’hortithérapie et les jardins de soins. (C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai découvert le blog d’Isabelle Boucq sur lequel vous lisez aujourd’hui cet article).

J’ai aussi rencontré des personnes pour échanger sur les formations, les débouchés, les avantages mais pas que. C’est important de ne pas rester seulement derrière son écran ou dans les livres, mais d’échanger avec des personnes déjà dans cet univers pour en découvrir toutes les facettes. Pas seulement celles qui nous font rêver.  La réalité économique nous rattrape vite et quelque fois cela peut être un peu déroutant. Ne surtout pas briser ses rêves mais rester réaliste, même si on met du temps à réaliser ses  rêves. Restez déterminés et patients.

Pour moi ça a été retour sur les bancs de la fac et reprise d’études universitaires afin de clarifier mon projet professionnel à la lumière de mon parcours de vie à travers un DUP (Diplôme Universitaire de Professionnalisation) mis en place par l’Université de Lyon. Rien à voir avec l’hortithérapie mais cette formation m’a permis de clarifier mon projet.

Dans le cadre de cette formation, j’ai alors décidé d’intégrer, en tant que stagiaire universitaire, un EHPAD à Saint-Etienne dans la Loire pendant 6 mois pour réunir deux mondes, celui du végétal et celui de l’humain dans un lieu de vie où l’on soigne.

Cette expérience professionnelle m’aura permis de me conforter dans mes choix, mes envies, mes idées. Cela aura été révélateur de la suite que je souhaite donner à ce projet. Il est maintenant évident que c’est dans cette direction que je souhaite m’orienter.

Les choses deviennent alors plus claires et mes valeurs profondes m’orienteront tout naturellement vers l’accompagnement végétal, floral et les jardins de soin même si je ne sais pas encore comment.

A la fin de cette fabuleuse expérience, les modalités ne sont pas encore précises (salariat, entreprenariat ou peut être les deux combinés…. l’avenir le dira …..).  Comment appréhender les réalités économiques ?

Les expériences, les échanges, les rencontres ont été très bénéfiques, nécessaires et éclairantes.   Mes suggestions ? Ne restez pas seul(e) face à vos questionnements. Posez-vous les bonnes questions sur ce que vous voulez vraiment. Prenez le temps qu’il faut pour mener à bien vos réflexions.

Pour moi, la forme que prendra la suite reste encore floue, à définir, préciser, affiner, découvrir, inventer. Comment trouver ma place dans cet univers où les personnes en place ont des parcours très différents (jardiniers, médecins, soignants, éducateurs …..) ? Tout cela est un peu déroutant, mais je retiens que c’est cette richesse d’expériences et de parcours qui aide à trouver sa propre place.

En septembre 2018, j’avais un peu perdu ma boussole…Puis j’ai été rattrapée par l’envie de créer à nouveau…

Aujourd’hui’ hui, je vous annonce la création de  la toute nouvelle entreprise « Jardins, Fleurs et Nature » qui est en cours et qui portera le projet d’accompagnements, de créations et d’animations d’ateliers végétal et floral à visée thérapeutique dans des lieux de vie où l’on soigne mais aussi dans les entreprises où la reconnexion au végétal devient de plus en plus nécessaire dans le cadre de l’amélioration de la qualité de vie au travail.

Partagée entre enthousiasme et fébrilité, je suis heureuse de témoigner aujourd’hui  de ces questionnements qui m’ont accompagnée ces derniers mois.

C’est le début d’une nouvelle aventure passionnante avec le soutien de la Fédération Française Jardin, Nature et Santé que je vous invite à découvrir à travers son site internet, véritable mine d’information au service des jardins de soin.

Déjà  de nouvelles idées pour la suite. Mais « chut » une chose après l’autre.  Je ne souhaite pas repartir dans la spirale du toujours plus et toujours plus vite ……… mais le cheminement continue et la direction est prise….

J’aime une citation que je me répète et dont j’ai oublié le nom de l’auteur : « Le pessimisme de la connaissance n’empêche pas l’optimisme de la volonté ». Cette phrase m’accompagne dans les moments de doute.

J’espère que ce témoignage servira à celles  et ceux qui comme moi ont envie de rejoindre cet univers.

Christine Butin

Pour joindre Christine :

christinebutin69007 (at) gmail.com

https://www.facebook.com/jardinsfleursetnature

 

 

Patricia Espi, Bourgeons et Sens : une pharmacienne qui voulait prendre soin

Patricia au Jardin Coup de Pousse

Patricia Espi en action avec un groupe de jeunes jardiniers au Jardin Coup de Pousse à Reims.

 

Pharmacienne depuis 37ans, j’ai exercé en officine pendant 33 ans. Mais les dernières années, je ne retrouvais plus ce qui m’avait attiré dans ce métier : les conseils aux clients et le relationnel, la possibilité de prendre soin, les préparations de pommades, sirops, gouttes, poudres, etc… et surtout tisanes. Je sentais qu’il me manquait quelque chose et je me suis donc lancée à l’aventure en septembre 2015, afin de redonner du sens à mon métier…

J’ai très rapidement été attirée par une annonce du réseau Terramie qui recherchait des conseillers en conception de jardins à visée thérapeutique. Pour moi, ce terme « Jardins à visée thérapeutique » me permettait de faire le lien entre le médicamenteux (mon métier de pharmacienne) et le non-médicamenteux (les plantes et autres soins).

Passionnée depuis toujours par la nature et ses bienfaits, ce concept m’a tout de suite séduite et après un test d’entrée, j’ai été admise dans le réseau. Il s’agit d’un test nommé « Profil Arc-en-Ciel » qui permet de déterminer si l’on est en adéquation avec l’activité proposée. Il permet de connaître les forces et les faiblesses de la personne, ses valeurs, ses clés de motivation, ses capacités d’adaptation au public qu’elle côtoie,…

Ensuite il m’a fallu créer ma propre entreprise, que j’ai nommée « Bourgeons et Sens » : Bourgeons, car je voulais faire naître de la vie, du bien-être et Sens pour donner du sens à la vie et aussi évoquer les cinq sens…J’ai choisi le statut de SARL afin de pouvoir récupérer la TVA sur les droits d’entrée dans la franchise et amortir ces droits d’entrée (28 000€ HT) sur cinq ans. Je fus formée par le réseau dans différents domaines : la gestion d’entreprise, le commercial et le relationnel, la création de plans de jardins sur un logiciel, un peu le médical et le domaine du végétal.

En deux ans j’ai ainsi réalisé une douzaine de jardins en Ehpad, Centre Hospitalier, résidences autonomie, espace intergénérationnel pour un bailleur social et établissement pénitentiaire.

A l’issue de la réalisation de ces jardins, je propose des formations pour les soignants afin qu’ils sachent comment utiliser ce type de jardin et en récolter le maximum de bénéfices. Je suis inscrite sur le référentiel DataDock en tant qu’organisme de formation.

Mais je me suis très vite aperçue que les équipes soignantes, ayant beaucoup de travail, ont peu de temps et ne sont pas toujours motivées par ce type de projet. Dans ce contexte, j’ai réalisé que quelques formations ne sont pas suffisantes pour faire vivre un jardin. Des ateliers réguliers sont nécessaires afin que le personnel soignant reste motivé grâce à un projet d’équipe.

J’ai donc quitté le réseau Terramie en juillet 2018, pour essayer d’enrichir à nouveau ma vie professionnelle.

Mon souhait le plus cher est d’apporter rapidement les bienfaits physiques, psychologiques et relationnels de la nature aux enfants ou aux personnes fragilisées par l’âge, la maladie ou les aléas de la vie. Mais la conception et la réalisation d’un Jardin à visée thérapeutique, élaboré comme il se doit avec toutes les personnes concernées par le projet, demande plus d’un an…

C’est pourquoi, depuis six mois je propose également aux établissements ou collectivités des ateliers de jardinage, d’initiation au jardin au naturel, aux plantes et à leurs utilisations mais aussi d’hortithérapie pour introduire la notion d’accompagnement au soin. Et cela avec leur espace extérieur ou jardin déjà existant.

J’ai reçu des demandes en intergénérationnel avec la ville de Reims (écoles, séniors, IME), en résidences autonomie en partenariat avec des écoles ou des centres sociaux, mais aussi en Ehpad et pour la deuxième année avec la prison de Châlons-en-Champagne. De plus, en quelques mois, ces ateliers ont débouché sur des demandes d’aménagement de jardins, en Ehpad et résidence autonomie, qui sont maintenant en cours.

« La Santé, c’est plus que l’absence de maladie, c’est un état de complet bien-être physique, mental et social » (définition de l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS). Le jardin apporte tous ces bénéfices, mais les études quantitatives sont difficiles à réaliser. Un Centre Hospitalier dans lequel j’ai implanté un jardin, a néanmoins commencé une évaluation sur les bienfaits et la diminution de certains médicaments grâce au jardin. Dans ce même établissement, dans le cadre de son Master of Business Administration, l’adjointe de direction a présenté une thèse sur « les jardins à visée thérapeutique au cœur des thérapies non médicamenteuses ». J’étais sa directrice de thèse et ce fut une belle expérience. Joëlle Ferrand est d’ailleurs heureuse de partager son travail mis à disposition en ligne et de répondre aux questions (joelle.ferrand02 (at) gmail.com). Attention de bien indiquer votre source si vous la citez bien sûr.

Je suis pleinement satisfaite de ma nouvelle orientation professionnelle. Cette activité me permet de voir fleurir des sourires sur le visage des personnes, même les plus fragiles, en leur permettant de trouver ou de retrouver le plaisir des choses simples apportées par la nature.

Cependant, se lancer dans ce domaine n’est pas toujours évident. Il y a parfois des obstacles : budget des établissements ou des collectivités, motivation des participants au projet, suivi du jardin, connaissances à avoir dans différents domaines, énormément de temps et de travail à consacrer à sa vie professionnelle notamment.

D’autre part concernant la rentabilité de mon activité, je dois tenir compte de l’amortissement des droits de franchise qui courent encore, même si je suis sortie du réseau. Ceci a pour conséquence de diminuer fortement mes revenus. Le passage par la case franchise m’a permis de découvrir les « Jardins à visée thérapeutique » et de me lancer dans cette activité. Mais ce choix de statut de franchisé doit être fait en toute connaissance de cause, car il peut mettre en péril la pérennité financière de l’entreprise…

Mon changement d’orientation professionnelle (pharmacienne, conceptrice de jardins à visée thérapeutique, animatrice d’ateliers) a été progressif sur plusieurs années, et rien ne dit que les choses sont définitivement arrêtées…Pour ma part, j’expérimente à fond mon idée du moment et la fait évoluer en fonction de mon propre ressenti.

Le jardin en tant qu’accompagnement au soin et à la qualité de vie a de l’avenir… Je pense que nous devons recréer ce lien inné et essentiel avec la nature, cette connexion entre tous les êtres vivants…la biophilie comme l’explique si bien Edward Osborne Wilson…Mais, en premier lieu, il faut être convaincu des bienfaits de la nature, car pour faire passer ce type de message il faut le vivre et le ressentir en soi !

Patricia Espi

Pour joindre Patricia :

patricia.espi (at) bourgeonsetsens.fr

https://www.facebook.com/Bourgeons-et-Sens-1647732338835972/

 

Aude Beaini : du bureau aux jardins

58384139_10157213497219324_5329069509615550464_o

Aude Beaini au jardin

 

Je m’appelle Aude, j’ai 26 ans et j’habite en région parisienne. J’ai fait une école de commerce il y a trois ans puis j’ai travaillé dans des domaines variés : contrôle de gestion, gestion de projet et animation de formation, communication et commercial.

J’ai fait mes premiers choix d’orientation en étant guidée par un besoin important de sécurité (quels débouchés et quelle stabilité ?). Mais avec mes premières années de travail, j’ai appris à tempérer ce mode de fonctionnement initial, pour que d’autres paramètres rentrent en compte. Aujourd’hui l’épanouissement au quotidien, l’adéquation avec mes valeurs et le sens sont des points aussi importants dans mes choix.

Avant de penser reconversion, j’ai d’abord voulu mettre mes compétences au service de la transition écologique et sociale. A cette époque, j’étais chargée de communication dans un grand groupe de l’IT, domaine qui ne me parlait pas spécialement. J’ai eu en parallèle un souci de santé qui m’a forcée à revoir mon alimentation, notamment en apprenant à me cuisiner des choses moi-même. Frustrée par toutes les épluchures que je me suis mise à jeter toutes les semaines, j’ai voulu savoir si je pouvais les valoriser. J’ai découvert le compostage ! J’ai alors mis le doigt dans un engrenage vertueux : si je composte, pourquoi ne pas acheter en vrac, utiliser des cosmétiques solides … et ainsi de suite. Peu à peu, cela a pris beaucoup de place dans ma vie personnelle, jusqu’à ce que cela devienne une évidence pour moi d’emmener le professionnel dans le même sens.

Pour autant, je n’avais pas de vocation. J’ai donc fait le point avec une coach : je voulais savoir quels métiers pouvaient me convenir pour me lancer dans des recherches et postuler. En fait, cela a été un superbe coaching parce que je n’en suis pas du tout ressortie avec ce que je cherchais. Je n’avais pas plus de nom de métier en tête mais cet accompagnement m’a mise dans une disposition où je n’avais absolument pas besoin de cela pour me mettre en mouvement. J’étais au clair sur les valeurs qui m’animaient, j’avais envie de me sentir utile et j’étais branchée sur un enthousiasme débordant face à cette nouvelle page à dessiner. J’ai donc enclenché des actions pour nourrir ma réflexion et mes envies, guidée par les sujets qui m’enthousiasmaient. Beaucoup de lectures, de conférences, de salons, de personnes contactées pour qu’elles me parlent de leur métier… autour de l’économie sociale et solidaire, de l’économie circulaire, de la permaculture, du zéro déchet… Et une fois le pied à l’étrier, une action en amenant une autre, les choses se sont dessinées d’elles-mêmes. C’est donc sur un salon que j’ai rencontré mon employeur suivant, qui recrutait.

Pour moi, c’est un point extrêmement important : on n’est pas obligé d’avoir un point d’arrivée précis pour se mettre en route. Pour ceux qui n’ont pas de vocation et qui ont envie de changement, je dirais que le risque c’est de ne jamais s’y mettre si on attend de connaitre une destination figée. Se donner du temps pour travailler à mieux se connaître, comprendre ce qui constitue son moteur personnel est essentiel, faire le plein d’inspiration par des petits pas et en osant rencontrer… le plus important c’est d’être en mouvement et de se faire confiance, parce qu’après ça se déroule. En tout cas, je l’ai vécu comme ça.

Ensuite, mon expérience m’a amenée à vouloir pousser le bouchon plus loin. Mon dernier job était dans une entreprise qui confectionne des accessoires en coton bio et équitable. Tout dans l’entreprise ne correspondait pas à 100% avec ce que je souhaitais. Exemple : un coton certes bio, mais neuf alors que j’aurais plus tendance à défendre l’utilisation de matières existantes dans une logique circulaire. Pour autant, j’avais eu un gros coup de cœur pour cette boite et en plus, c’était déjà un premier virage vers plus de sens. Pendant les 9 mois passés à ce poste, mon cheminement s’est poursuivi avec l’envie d’un quotidien moins centré sur le bureau, l’envie d’autre chose, mais sans évidence pour un métier ou une vocation. J’étais en CDD. J’ai donc longuement hésité entre rester et aller creuser cette autre envie. On m’a proposé de prolonger le CDD, mais la seconde option l’a emporté. J’ai choisi de prendre un temps de recul sur ces 3 premières années de travail pour faire le point et rediriger les choses au besoin. J’ai voulu profiter du temps alors libéré pour pratiquer une activité nouvelle et qui nourrirait mes réflexions. J’ai donc commencé un bénévolat, pour entretenir un terrain en permaculture, en banlieue parisienne. En effet, la permaculture, en tant que mode de conception, a été une découverte forte dans mon cheminement et cela m’intéressait de commencer à me familiariser avec en m’appuyant sur une pratique appliquée au jardin. Après les premières semaines de bénévolat hebdomadaire, j’avais un voyage de 3 semaines prévu. Prendre du temps pour moi et mettre mes questionnements pro sur pause pendant ces quelques semaines m’a aidée à y voir plus clair au retour et m’a fait me rendre compte qu’il se passait quelque chose quand j’étais à ce bénévolat (que je poursuis aujourd’hui) et que je tenais de plus en plus à être en contact avec la nature et à pouvoir observer ses cycles.

Je pense qu’il est important d’accepter de prendre des temps de pause et de s’aérer la tête car ce sont des temps fertiles, cela m’a aidée à lire plus clairement mes priorités dans ma recherche, qui était donc en train de devenir une reconversion. En étant au chômage, même choisi pour faire le point sur mes envies professionnelles, la tentation est grande de multiplier les actions jusqu’à m’essouffler, pour que tout se concrétise au plus vite. Mais en fait, les pauses sont aussi bénéfiques dans le processus. Il y a un équilibre à trouver, toujours en se faisant confiance.

Cette pause et ce bénévolat m’ont donc fait comprendre que j’aspirais à mettre plus de rapport à la terre dans mon quotidien, pour profiter de ses bienfaits, et aider d’autres personnes à en profiter également. Etant très empathique et portée sur l’humain, j’aimerais joindre à ce rapport à la terre une dimension sociale, que cela soit pour l’inclusion, l’insertion, le lien social ou le bien-être/l’aspect thérapeutique. De plus, mon poste en formation est celui qui m’a le plus épanouie parce qu’au-delà de me faire sortir de ma zone de confort en me forçant à m’exprimer devant un public parfois nombreux, chose que je redoutais, j’étais dans la transmission et l‘accompagnement. Et ce sont deux notions très importantes pour moi, que je voudrais transposer dans mon avenir professionnel également, autour du rapport à la terre.

En suivant ce qui m’enthousiasmait, petit à petit des évidences se sont finalement dégagées, m’amenant à m’intéresser à l’animation d’ateliers, l’accompagnement thérapeutique basé sur le jardin ou le potager, l’entretien des espaces associés, etc. Tout l’enjeu en cours est donc d’explorer les domaines et formats (salarié, à mon compte, les deux ?) qui pourraient me permettre de réunir tous les points qui ont émergé et de continuer à affiner mon projet. J’ai identifié la médiation thérapeutique par le jardin et l’agriculture urbaine dans ce sens. Actuellement, je me forme et me teste autour de ces domaines. Pour cela, j’ai réalisé une première PMSMP (« période de mise en situation en milieu professionnel »,une sorte de stage court conventionné par Pôle Emploi pour tester un nouveau domaine, métier, ou initier un recrutement) dans une association de l’agriculture urbaine. Une deuxième PMSMP est prévue en juin dans une entreprise de la médiation thérapeutique par le jardin. J’ai effectué une initiation à la permaculture et pour mai, je suis inscrite à un Cours certifié en permaculture.

Cela m’amène à deux autres points importants dans la démarche de reconversion, à mon sens : si on sent que cela pourrait aider, ne pas hésiter à faire appel à des structures d’accompagnement comme l’APEC ou une antenne locale de l’emploi dans sa ville. Un seul rendez-vous peut suffire pour présenter sa situation et repartir avec des idées extérieures et adaptées à sa configuration. Le second est de se renseigner sur les possibilités de financement de formation par son CPF, Pôle Emploi ou les autres organismes financeurs, selon les cas. Tout ce que j’ai entrepris jusqu’ici, de rencontres et d’apprentissages, ne fait que me confirmer l’envie de poursuivre dans cette voie, pour continuer à affiner et faire éclore ce parcours qui m’enthousiasme tellement.

J’en profite pour faire un clin d’œil aux belles personnes et équipes que j’ai pu croiser sur ma route.

Aude Beaini

beaini.aude (at) gmail.com