Les Décliques : enfants en ville recherchent contact avec la nature

Une Escapade organisée par Les Décliques

Etudiant à HEC, Thibaut Pinsard cherchait avec une amie de promo, Camille Renard, une idée entrepreneuriale à développer. Avec son passé de scout à lui et son expérience de colonies de vacances à elle, l’idée leur est venue de proposer des colonies de vacances qui auraient plus de sens. « Actuellement, les colonies reçoivent moins de subventions des mairies, elles ne sont plus ces lieux de mixité sociale. Les colonies se sont spécialisées sur une activité, le foot, le surf ou la danse par exemple, et ne mélangent plus les enfants. De plus, les normes de sécurité ont rendu les choses compliquées. » Certes, mais mettre en place une nouvelle forme de colonies de vacances semblait ardu.

Les deux futurs entrepreneurs continuent à réfléchir. « Notre génération est touchée par le manque de contact avec la nature. Même si nous deux avons eu cette chance, on voit que cela empire. Les enfants sont déconnectés de la nature, ils ne jouent plus dehors », constatent alors les deux étudiants. « Les meilleurs moments de ma vie, je les ai passés avec mes copains scouts dans la forêt. Qu’est-ce qui me rendait si heureux ? Vivre dans la nature 24h/24, être dans le moment présent. On ne l’analyse pas comme cela lorsqu’on est enfant. Puis je me suis documenté, j’ai lu des études qui ont confirmé mon ressenti que la nature avait participé à mon épanouissement », détaille Thibaut qui est né à Paris et a grandi à Meudon. 

Résultat, le projet se forme autour de l’idée de reconnecter les petits citadins à la nature. « Nous avons décidé de proposer des activités extrascolaires en plein air, dans la nature. » En mai 2019, ils proposent leurs premiers ateliers pour tester les eaux. Puis en juillet 2019, ils créent Les Décliques, une structure ancrée dans l’économie sociale et solidaire (ESS). 

Des Escapades structurées et libres 

Toute fin août, ils lancent officiellement leurs trois premières journées d’activités dans le bois de Vincennes et le bois de Boulogne. A la Toussaint, ils ajoutent des stages de 5 jours, sans hébergement, qui ont lieu à Nanterre dans le quartier des Groues. « Pour les parents qui travaillent à La Défense, c’est pratique de nous confier leurs enfants. » C’est qu’ils appellent les Escapades. A Pâques, ils remettront ça avec des groupes d’enfants de 6-10 ans et de 10-14 ans. Et en été aussi.

En 2 ½ heures, les Escapades s’articulent en quatre temps. Une activité sur l’intelligence émotionnelle est l’occasion d’apprendre à identifier et à gérer ses émotions. Ensuite, le cœur du sujet est un jeu collaboratif sur un thème comme la biodiversité ou la consommation responsable. Troisième temps, du jeu libre prôné par tous les spécialistes pour encourager la confiance en soi, la créativité et la responsabilité. Thibaut constate d’ailleurs que les enfants sont très friands de ce temps d’exploration. Enfin, un temps d’échange conclut l’activité pour exprimer ce que l’on a aimé ou pas et aussi pour apprendre à écouter les autres.

Les animateurs sont des jeunes, souvent étudiants, avec un mix de parcours : BAFA ou pas, mais expériences avec les enfants et passion pour l’éducation. Les Décliques ont identifié plusieurs dizaines de jeunes animateurs et espèrent pouvoir faire appel à eux au fur et à mesure que les enfants affluent. A noter que les animateurs ont le statut d’auto-entrepreneurs et sont rémunérés 15 euros de l’heure.

Créer des cliques

Habituellement, on se méfie des cliques, non ? Pour les créateurs des Décliques, l’objectif est d’en créer le plus possible ! Une clique est un groupe d’environ six enfants dans un quartier, encadré par un animateur, qui se réunissent localement dans la nature, c’est-à-dire une forêt avoisinante ou un parc. « Pour l’instant, les parents viennent de toute l’Ile de France avec des lieux de prises en charge dans Paris. Nous voulons créer des activités hyper locales et récurrentes. » Des cliques existent déjà dans les 14e, 15e, 16e, 17 et 19earrondissements où les enfants se rencontrent une fois par mois respectivement au parc Montouris, au parc André-Citroën, dans la forêt de Boulogne, au parc des Batignolles et au parc des Buttes-Chaumont. Les parents sont encouragés à former des cliques dans leur quartier…Après le rythme mensuel, l’espoir est de lancer des rencontres hebdomadaires à partir de la rentrée 2020.

« Les retours des parents sont positifs, ils sont heureux de nous avoir découverts car ils ne connaissaient rien de semblable. Ils sont particulièrement contents que leurs enfants découvrent des problèmes de société en jouant. Nous accueillons principalement des enfants de 6-10 ans », explique Thibaut qui constate que les familles séduites par Les Décliques sont déjà sensibles à la nature. « Nous voudrions toucher plus d’enfants dans des familles moins sensibilisées aux bienfaits de la nature. » Et les enfants dans tout cela ? « Ils nous demandent s’ils peuvent revenir demain ou la semaine prochaine. » Pour l’instant, une centaine d’enfants ont participé à ces Escapades.

Il est un peu tôt pour faire un bilan, mais je demande tout de même à Thibaut de se prêter à cet exercice. « Pour l’instant, nous ne vivons pas du tout de cette activité. Mais nous sommes très contents de ce que nous avons accompli et heureux d’avoir choisi cette voie. Ce n’est pas facile de gagner la confiance des parents pour nous confier leurs enfants. Nous sommes peut-être arrivés un peu trop tôt en France. En Allemagne, il y a 2000 écoles forestières contre moins de cinq en France. On est en retard ici. »

La librairie se remplit

Le dernier livre de chevet de Thibaut ? L’enfant dans la nature : pour une révolution verte de l’éducation de Moïna Fauchier-Delavigne et Matthieu Chéreau paru en septembre 2019 (Fayard). Les auteurs ont d’ailleurs un site intéressant où ils déclinent concrètement leurs idées. 

Dans la rubrique livres, on peut aussi se réjouir de la publication en français du livre culte de Richard Louv sur le syndrome du manque de nature (Last Child in the Woods, Saving our children from nature-deficit disorder, 2008). En français, il s’appelle Une enfance en liberté, protégeons nos enfants du syndrome de manque de nature. Toutes les infos sur le site de l’éditeur. Et je ne n’hésite pas à faire mon auto-promo en vous renvoyant vers le billet sur mon livre Le Shinrin-yoku en famille paru en 2019.

Effervescence hivernale dans les jardins de soin

Il y a trois jours, la Fédération Française Jardins, Nature et Santé (FFJNS) se réunissait au CH Théophile Roussel à Montesson, notre siège depuis le début de l’aventure et sans doute l’hôpital français le plus investi dans l’accès des patients à la nature. Après une frénésie d’échanges électroniques entre membres et des premiers contacts téléphoniques avec de nouveaux venus toute l’année, enfin des rencontres physiques, des échanges multiples, des expériences sensorielles, un repas partagé. Ca redonne de l’énergie, ça regonfle pour continuer à militer pour plus de nature dans les lieux de santé en France. Beaucoup de chemin parcouru depuis notre première assemblée générale il y a un an. Beaucoup de chemin à parcourir encore. Précisons que, quand je dis « nous » pour parler de cette aventure, c’est en tant que membre fondatrice parmi une vingtaine de membres fondateurs et actuelle présidente de la FFJNS.

La CDC Biodiversité se penche sur la question de la santé

Un des signes concrets que notre message commence à être entendu est le fait que CDC Biodiversité nous ait repéré cet été et nous ait demandé de participer à un rapport qui vient de sortir le 21 janvier. Repartons du début. CDC Biodiversité, c’est une filiale à 100% de la Caisse des Dépôts dont l’objectif est « d’agir pour la biodiversité, en identifiant et en développant des leviers économiques (réglementaires, volontaires,…) pour financer la préservation et la restauration de la nature. »

Ce rapport, « Santé et Biodiversité : nécessité d’une approche commune », est désormais disponible en ligne. Lors du colloque « Biodiversité et Humanité : une seule santé », des intervenants intéressants se sont succédés et en voici un résumé. Par le bout de ma lorgnette, je retiens que pour une Thérèse Jonveaux venue raconter comment elle a ouvert le jardin à ses patients et ses équipes qu’elle accompagne également dans des sorties en forêt, combien de sceptiques comme Dominique Belpomme, professeur de cancérologie à l’Université Paris-Descartes et défenseur de la biodiversité, qui balaie pourtant d’un revers de la main l’intérêt des jardins de soin. Il y a encore du travail ! Espérons que les membres du ministère de la Santé présents dans la salle ont été plus attentifs aux explications posées du Dr. Jonveaux qu’au sentiment peu réfléchi du Dr. Belpomme.

Jardins & Santé réunit de nouveau son symposium

Pas de temps à perdre pour s’inscrire (y compris au titre de la formation continue) au 6e symposium international de Jardins & Santé qui aura lieu les lundi 30 mars et mardi 31 mars 2020 au siège de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF) à Paris. Le thème choisi cette année : Les jardins à but thérapeutique en milieu hospitalier et médico-social, de l’exclusion à l’inclusion. La Fédération Française Jardins, Nature et Santé a eu le plaisir de participer à l’élaboration du programme pendant plusieurs mois et sera bien sûr représentée en force au symposium. Que vous soyez un habitué ou nouveau dans ce domaine, le symposium de Jardins & Santé est toujours un grand moment de rencontres. Pour ma part, je le fréquente depuis 2012 (tapez symposium Jardins & Santé dans l’outil de recherche pour retrouver les comptes-rendus des éditions passées). Encore un moment qui recharge les batteries.

Trois partenaires pour un guide des jardins en établissements

Ils ont uni leur force : la Fondation Médéric Alzheimer, l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles et l’association Jardins & Santé (encore elle). Voici un guide pratique qui va accompagner les responsables d’établissements sociaux, médico-sociaux et sanitaires « pour réaliser un jardin adapté, pérenne et durable, bénéfique à la fois au fonctionnement de l’établissement et aux personnes accueillies ». Il répondra aux questions de ces responsables et de tous les acteurs qui veulent se lancer dans la conception – participative idéalement  – de ces jardins particuliers. Un guide composé de quatre grands chapitres :

1. Un jardin dans l’établissement : comprendre et argumenter.

2. Construire et porter le projet de jardin dans une démarche participative.

3. Concevoir le jardin:recommandations pour des jardins à visée thérapeutique «éco-logiques».

4. Faire vivre le jardin, vers une pérennisation évolutive.

Bravo aux auteurs de ce guide qui viendra utilement compléter l’ouvrage de Jérôme Pellissier paru en 2017

Une ressource pleine d’exemples inspirants

Merci à Anne Surdon qui en nous signalant sur le groupe Facebook Jardins de soin cet article dédié à son jardin à l’hôpital Cognac-Jay m’a permis de découvrir le site Solidarum. Publication de la Fondation Cognac-Jay, ce site est une base de connaissances pour l’invention sociale et solidaire. On y trouve des articles qui font rêver comme celui-ci sur deux hôpitaux norvégiens qui ont construit un pavillon de répit ouvert sur la forêt pour que les patients et leurs proches puissent échapper quelques heures à l’univers médical. 

Et un grand merci à WordPress qui a fait évoluer son outil et a rendu très difficile des tâches qui étaient familières et faciles depuis des années. Vraiment merci d’ajouter des heures de complications à ce travail déjà chronophage.

Heidi Rotteneder en reportage à Vienne

Je vous souhaite une très belle année 2020. Quel beau chiffre! 20/20 : l’année de la vision parfaite?

14670805_353151611685843_4962078669002735500_nNous avions déjà rencontré Heidi Rotteneder en juillet 2018 à travers ce billet. Quel plaisir ce fut d’apprendre il y a quelques mois que cette femme extraordinaire, diplômée en hortithérapie en Autriche ET aux Etats-Unis, s’installait à Grenoble avec sa famille ! Ce sera un moment fort de l’année de la rencontrer en personne dans quelques semaines lors de l’assemblée générale de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé qu’elle va rejoindre.

Profitons-en pour nous arrêter une minute sur cette assemblée générale programmée pour le vendredi 31 janvier à l’hôpital Théophile Roussel à Montesson (78). Voici la Convocation à l’AG de la FFJNS. Les curieux sont invités à se joindre à nous. Pour plus d’information, n’hésitez pas à nous écrire à contact@f-f-jardins-nature-sante.org

Egalement dans l’esprit du billet de Heidi, je vous signale la parution d’un livre écrit par Fiona Thackeray de Trellis en Ecosse : Plastic-free Gardening ou Jardiner sans plastique, tout un programme très logique.

Et maintenant la parole à Heidi qui nous rapporte ses impressions d’une conférence dédiée à l’hortithérapie à Vienne en décembre 2019. Merci à elle. 

Qu’est-ce qui rend l’hiver si spécial pour nous qui sommes attirés par les plantes, la nature et le jardinage ? Est-ce le changement fondamental dans notre environnement extérieur? Est-ce le calme et la tranquillité qui remplacent la saison automnale chargée? Les premières neiges et le froid? Ou est-ce la promesse que, sous la neige et les feuilles tombées, il y a une nouvelle vie, un nouveau départ qui attend le bon moment pour percer. Ce sont les réflexions que je me faisais alors que je me rendais de France à Vienne pour assister à la Conférence sur l’hortithérapie au Collège universitaire pour la pédagogie agraire et environnementale le mois dernier. J’étais très enthousiaste à l’idée de renouer avec mes estimés collègues ainsi que de rencontrer de nouvelles personnes qui travaillent dans le domaine de l’hortithérapie.

Jardins thérapeutiques et entretien durable

La journée a débuté avec l’orateur principal Katja Dienemann. Elle a présenté son travail en tant que coach nature. Le coaching nature est une méthode de conseil dans laquelle la nature joue un rôle important en soutenant les processus de résolution de problèmes et de prise de décision.

Après ce premier apport, il était temps pour moi aussi de prendre des décisions. Quels étaient les ateliers auxquels je voulais participer? Un choix difficile puisque le programme offrait beaucoup de sujets intéressants.

J’ai décidé de commencer par un sujet qui touche tous ceux qui travaillent dans la nature : « L’entretien durable des jardins en horticulture thérapeutique ». Doris Zeilinger, récemment diplômée en hortithérapie, a mené une étude sur l’utilisation et la connaissance des méthodes de jardinage durable chez les praticiens de l’hortithérapie. En commençant par quelques pensées et faits généraux concernant les multiples connexions de chaque élément dans la nature, ses conclusions nous ont encouragés à réfléchir sur les méthodes que nous utilisons dans notre propre pratique de jardinage ; comment nous pouvons les améliorer pour qu’elles soient plus durables et comment nous pouvons créer des environnements avec plus de diversité et ainsi améliorer leurs qualités soignantes pour nos clients. Doris avait une énigme pour nous : combien d’insectes – en kilogrammes – faut-il à une paire de mésanges pour nourrir ses bébés jusqu’à ce qu’ils soient adultes ? Doris a apporté des sacs de grains qu’elle a versés sur le sol pour montrer la taille de la pile d’insectes nécessaires pour nourrir leurs petits pendant une saison.

En versant, elle nous a fait deviner combien de kilos sont nécessaires – la plupart d’entre nous ont deviné quelque chose entre 10 et 20 kilos. Nous avons tous été surpris d’apprendre qu’un couple de mésanges donne jusqu’à 50 kilogrammes d’insectes à leurs oisillons pendant une saison. Le tas de grain que Doris a versé pour nous était vraiment impressionnant. Nous avons réalisé à quel point notre réseau alimentaire écologique est fragile et à quel point notre rôle dans le soin de la biodiversité est important. L’atelier a été complété par une opportunité de tester nos connaissances sur la connection entre les bons et les mauvais insectes, ou de construire une simple mangeoire à oiseaux ou un hôtel à insectes dans une boîte de conserve.

Hortithérapie et traumatismes de guerre en Bosnie-Herzégovine

Après ces idées très pratiques, j’ai eu la chance d’obtenir une place pour l’atelier de Mme Branka Antic-Stauber. Elle est à la tête de l’association « Snaga žene » (le pouvoir d’une femme) en Bosnie-Herzégovine. Au cours de son atelier extraordinaire, j’ai eu la chance de découvrir une organisation qui utilise la thérapie horticole dans son travail avec les femmes qui ont subi de multiples traumatismes pendant la guerre dans les années 1990. Snaga žene est située à Srebrenica et dans plusieurs autres villes de Bosnie-Herzégovine. C’était très instructif d’entendre comment l’association a commencé son travail en utilisant des méthodes thérapeutiques établies pour aider les femmes et comment les résultats n’étaient pas du tout satisfaisants. Les thérapeutes se désespéraient car, malgré leur engagement, la vie des femmes ne s’améliorait pas du tout. Après un certain temps, les thérapeutes ont réalisé quelque chose qui a conduit à un changement dans leur approche. Toutes les femmes se trouvaient dans un état mental et médical difficile. Elles étaient pauvres, n’avaient pas de travail, leurs maisons étaient détruites, elles avaient perdu des membres bine-aimés de leur famille et elles avaient subi des cruautés incroyables, mais elles avaient une ressource incroyable : les femmes avaient leur propre terre et elles savaient comment travailler avec elle. L’association a commencé à créer des serres et a aidé à restaurer les champs. Les femmes ont été encouragées à cultiver des plantes médicinales et des légumes à grande échelle.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est cvijetna_dolina40.jpgAvec le temps, l’association a développé un système de soutien holistique qui reconnaît la femme avec tous ses besoins. Aujourd’hui, l’association offre non seulement un soutien psychologique, mais aussi un soutien médical, juridique, économique et social. Ce système de soutien est appelé « Système Thérapeutique Ecologique ». Dans 72 serres productives et dans des champs, on cultive la lavande, le calendula et d’autres plantes médicinales. Un réseau de différentes professions soutient les femmes dans leurs efforts pour transformer et vendre leurs produits et ainsi améliorer leur vie. L’association a mené une étude qui montre comment l’utilisation de la thérapie horticole a amélioré la vie des personnes vivant dans ces communautés touchées par la guerre. Vous trouverez plus d’informations ici.

Atelier appliqué dans la nature

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Katja Dienemann

Après toutes ces heures passées à l’intérieur, j’ai pris l’occasion de prendre l’air et d’essayer certaines des méthodes de coaching nature de Katja Dienemanns. Nous nous sommes promenés dans le beau jardin de l’école et Katja nous a guidés dans notre voyage intérieur. Dans un exercice, Katja nous a encouragés à laisser la nature nous approcher au lieu de marcher activement dans la nature. Cela ne semble pas être une si grande chose, mais j’ai réalisé à quel point cela a changé ma perspective. Je n’approchais pas activement la nature, mais je devais attendre que la nature vienne vers moi. C’était tout un défi, mais cet exercice a aussi fait place à de nouvelles pensées et à de nouveaux points de vue. C’était vraiment impressionnant pour moi de me rendre compte à quel point la nature peut m’aider à me concentrer et à trouver de nouvelles idées si je prends le temps de m’y engager pleinement. Katja a une très bonne page d’accueil où vous pouvez trouver plus d’informations.

Ce dernier atelier m’a donné l’occasion de découvrir de nouveaux outils utiles pour mon propre travail et en même temps de réfléchir sur une journée qui a été remplie de tant d’expériences et de rencontres nouvelles et enrichissantes. Sur le chemin du retour en France, je me sentais à la fois bénie et fatiguée. J’avais l’impression que les expériences que j’avais faites ce jour-là subissaient une transformation similaire à celle que la nature subit en hiver. Elles se retiraient et prennaient des forces pour être prêtes à germer lorsque les conditions seraient favorables. 

 

 

Une année riche

Est-ce que j’ai tellement le nez dans le guidon que je perds tout recul ? Ou bien constate-t-on une réelle accélération du nombre d’études sur le lien entre nature et santé, doublée d’un intérêt médiatique de plus en plus marqué pour le sujet ?

En tout cas, pour clore cette année qui restera pour moi marquée par la création de la Fédération Française Jardins Nature et Santé, voici quelques pistes et autres arguments, un peu d’eau apportée à notre moulin.

 

Exposition à la nature et santé mentale

Le mois dernier, je vous parlais d’une étude danoise qui avait montré que plus d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance se traduisait par moins de risque de troubles psychiatriques à l’adolescence et à l’âge adulte. Elle est loin d’être la seule à établir cette corrélation.

Cette autre étude publiée en 2019 rapporte des résultats similaires en analysant des données issues de quatre villes en Espagne, Hollande, Lituanie et Angleterre. « Notre étude a montré que de faibles niveaux d’exposition à des milieux naturels extérieurs chez les enfants sont associés à une mauvaise santé mentale à l’âge adulte, ce qui appuie l’appel lancé aux décideurs pour qu’ils améliorent la disponibilité des milieux naturels extérieurs pour les enfants », concluent les auteurs de cette étude parue dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health.

 

Mindfulness et nature

Dorthe Djernis (photo Tina Agnew)

 

« Nature-based mindfulness – Investigation of bringing mindfulness into natural settings ». C’est le titre de la thèse défendue par Dorthe Djernis, sous la direction d’Ulrika Stigsdotter qui travaille à Therapy Garden Nacadia. Si on ne peut pas accéder à la thèse, on peut cependant lire cette revue systématique et méta-analyse de 25 études sur l’intégration de la pleine conscience dans un environnement naturel qui en est la base. « La pleine conscience dans la nature sauvage semble être plus bénéfique que la pleine conscience dans les milieux plus cultivés, mais l’importance du lieu doit être étudiée plus en profondeur. »

 

Nature Sacred

Une ressource anglo-saxonne intéressante. Est-ce que Nature Sacred peut nous donner des idées en France ? Mais d’abord qu’est-ce que c’est ? « Nature Sacred existe pour inspirer, informer et guider les communautés dans la création d’espaces verts publics appelés Sacred Places, conçus pour améliorer la santé mentale, unifier les communautés et engendrer la paix. Depuis plus de 25 ans, Nature Sacred s’est associé à plus de 130 communautés à travers le pays pour infuser la nature proche dans des endroits où la guérison est souvent la plus nécessaire : quartiers urbains en détresse, écoles, hôpitaux, prisons et plus encore. Grâce à un processus de collaboration communautaire et à un modèle de conception fondé sur des données probantes, chaque Sacred Place est lié par un objectif commun : reconnecter les gens à la nature de manière à favoriser la réflexion, à rétablir la santé mentale et à renforcer les collectivités. »

En octobre, Nature Sacred a publié un rapport, « The Healing Power of Nature », qui compile les preuves scientifiques les plus récentes et les plus puissantes qui soulignent les bienfaits de la nature pour la santé.

 

Deux heures par semaine dans la nature

Mathew White

« Passer deux heures par semaine dans la nature est bon pour la santé et le bien-être ». C’est le titre de cet article publié sur le site The Conversation par Mathew White, professeur de psychologie de l’environnement à l’Université d’Exeter et co-auteur d’une étude en cours sur 20 000 sujets.

« Nous avons découvert que ceux qui consacrent au moins deux heures par semaine dans la nature ont tendance à se trouver davantage « en bonne santé » ou encore d’éprouver un plus haut niveau de bien-être que ceux qui ne passent pas de temps dans la nature. Ceux qui y passent un peu de temps, mais moins de deux heures, ne sont pas plus susceptibles de se sentir en bonne santé et d’éprouver un bien-être que ceux qui ne s’y exposent pas du tout….Plus significatif peut-être, cette tendance du « seuil des deux heures » se retrouve dans tous les échantillons examinés: vieux comme jeunes adultes, hommes et femmes, urbains et campagnards, pauvres comme riches, et même chez ceux atteints d’une maladie à long terme ou d’un handicap. »

 

Un jardin pour des personnes fragiles vivant à domicile

Ce jardin thérapeutique, créé par l’AMSAD de la Haute-Gironde, une association de maintien à domicile, est original. Ce qui frappe également, c’est que le projet est décrit sur un site animé par la région Aquitaine et l’ARS. « 750 personnes, tous publics confondus, ont fréquenté ce jardin 2018 et j’ai animé 200 séances accompagnées, plutôt en individuel, et dans une logique de projet personnalisé. Venir au jardin, c’est se mettre en activité, en éveil, en lien social… », explique Pascal Pennec, le responsable du jardin d’Oreda qui est à la fois éducateur spécialisé, paysan et jardinier. Allez lire la suite. Et pour en savoir plus, le site de l’AMSAD.

 

Comment une personne handicapée perçoit-elle un jardin ?

Cette vidéo de 30 minutes vous le fait découvrir de l’intérieur. Le YouTubeur Zygop s’est promené dans le parc de la Tête d’Or à Lyon avec Fannie qui est en fauteuil roulant. Elle explique comment se déplacer et apprécier les plantes lui est difficile dans un espace dont la conception n’est pas adaptée.

 

Etes-vous un « néotransitionneur »?

Le jargon est un peu marketing, mais cet article pourrait vous « parler ». Est-ce que la solastalgie ou l’éco-anxiété, une forme de détresse psychique et existentielle causée par les changements environnementaux, est en train de devenir un sujet de santé publique?

 

Oliver Sacks parle de jardins

Oliver Sacks au New York Botanical Gardens (photo de Billy Hayes)

 

Je ne me lasse jamais de citer Oliver Sacks, ici et . Grâce à cet article de Brainpickings, laissons-lui le mot de la fin pour cette année.

« En tant qu’écrivain, je trouve les jardins essentiels au processus créatif ; en tant que médecin, j’emmène mes patients dans les jardins autant que possible. Nous avons tous eu l’expérience d’errer dans un jardin luxuriant ou un désert intemporel, de marcher au bord d’une rivière ou d’un océan, ou d’escalader une montagne et de nous retrouver à la fois calmes et revigorés, engagés dans notre esprit, rafraîchis dans notre corps et notre esprit. L’importance de ces états physiologiques sur la santé individuelle et communautaire est fondamentale et de grande portée. En quarante ans de pratique médicale, je n’ai trouvé que deux types de « thérapie » non pharmaceutique d’une importance vitale pour les patients atteints de maladies neurologiques chroniques : la musique et les jardins. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les jardins de l’hôpital pédiatrique Robert-Debré

juin 2019 (6)

Je parlerai principalement du jardin de la Maison de l’Enfant que j’ai pu visiter en compagnie d’Isabelle Launet et de la responsable de ce service. Isabelle suivait encore la première formation à l’agriculture urbaine de l’école du Breuil quand un ancien de la Pitié-Salpétrière où elle avait fait un long stage auprès d’Anne Ribes lui propose de participer à des animations pour les 30 ans de l’hôpital.

La Maison de l’Enfant est, au cœur de l’hôpital, un lieu différent. Comme une grande ludothèque, elle propose des activités auxquelles les petits patients viennent accompagnés de soignants ou de leurs parents et entourés par des animateurs et des éducateurs de jeunes enfants. La Maison de l’Enfant jouxte un espace ouvert transformé en jardin…

Après une longue période de bénévolat, Isabelle intervient dorénavant comme animatrice professionnelle deux fois par mois sans compter une visite hebdomadaire pour prodiguer quelques soins au jardin. A l’extérieur de l’hôpital, elle intervient dans une maison de retraite, auprès d’enfants dans un jardin dans le 20e arrondissement et à la Ferme de Paris. « L’activité rassemble les enfants et les ados, de 2 à 17 ans. Les parents sont les bienvenus car c’est un moment agréable avec leur enfant. Il n’y a pas de groupe pré-établi. A l’hôpital, c’est toujours le soin qui prime », explique-t-elle. « On commence avec quelques questions : Où vis-tu ? Qu’est-ce que tu aimes dans la nature ? Et puis je propose un atelier. Par exemple sur le vent. On écoute des enregistrements de vent dans les roseaux ou les maïs. On va toujours dans le jardin et on cueille des herbes pour la tisane. » Isabelle nous emmène faire un tour du jardin planté de vigne, de groseilles et de framboises, de pommiers et de poiriers, d’artémise, d’oreilles de lièvre, de basilic thaï, de sarriette, de verveine, de rosiers,…Il faut imaginer les petits patients déambulant dans le jardin, parfois avec leur équipement médical difficile à ignorer.

« On ne parle pas de maladie, c’est un sas de respiration. Mais le jardin fait parfois le lien avec le soin : on parle de tuteur, d’attelle, on utilise le vocabulaire du prendre soin. C’est assez rare que les enfants reviennent deux fois à un atelier. Mais ils peuvent revenir au jardin hors des ateliers. » Une extension est prévue. Le jardin petit à petit prend racine, avec l’aide des kinés qui arrosent. Un petit monde bienveillant au milieu de l’hôpital.

 

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En fait, à l’hôpital Robert-Debré, les jardins de soin se multiplient. L’association Jardins & Santé a récemment donné une bourse qui « a permis au service de cardiologie-néphrologie-hémodialyse de bénéficier d’une très belle terrasse entièrement aménagée et végétalisée. Une précieuse bouffée d’oxygène pour les patients, leur famille et les équipes soignantes ». Dites-moi si je me trompe, mais il s’agit du jardin perché conçu par Anna Six en 2017.

Un autre projet n’est pas thérapeutique par nature, mais attire l’attention. C’est le nouveau projet de ferme florale implantée depuis peu sur les toits de l’hôpital…La nature est très présente à l’hôpital Robert-Debré.

 

In other news…

  • Vous voulez soutenir le projet « Tous au jardin » des Jardins de l’Humanité? Découvrez ce projet en visitant le site de l’association. Le projet s’adresse « en priorité aux enfants malades et à leurs parents, aux personnes atteintes d’un cancer, à celles ayant subi des violences, mais aussi aux personnes isolées par leur âge ou leur situation familiale, sociale et professionnelle. » Ce beau projet est éligible au budget participatif des Landes et vous pouvez voter! Attention, il faut voter pour au moins trois projet. « Tous au jardin » se compose déjà de deux projets (un minibus et une yourte) et plusieurs autres projets visent à financer des jardins.
  • Quand des étudiants à l’EHESP (Ecole en Hautes Etudes en Santé Publique) de Rennes se penchent sur le besoin de formation des personnels soignants pour permettre l’implantation de la nature dans les établissements socio-sanitaires, on sait qu’on est sur la bonne voie. Dans ce mémoire disponible en ligne, les étudiants listent d’abord les bénéfices directs pour les patients et indirects pour le personnel de ces espaces verts thérapeutiques ainsi que les obstacles. Puis ils proposent un cahier des charges pour une formation professionnelle à destination du personnel soignant sur l’implantation d’espaces végétalisés à visée thérapeutique.

 

  • Les résultats d’une étude sur plus de 900 000 Danois sont clairs. Plus d’espaces verts autour de chez soi pendant l’enfance = moins de risque de troubles psychiatriques de l’adolescence à l’âge adulte ! Voici l’étude complète. Et le résumé traduit en français. Un conseil, utilisez DeepL.com si jamais l’anglais vous freine. « Grandir en milieu urbain est associé à un risque de développer des troubles psychiatriques, mais les mécanismes sous-jacents sont inconnus. Les espaces verts peuvent offrir des avantages sur le plan de la santé mentale et peut-être réduire le risque de troubles psychiatriques. Cette étude nationale couvrant plus de 900 000 personnes montre que les enfants qui ont grandi avec les niveaux les plus bas d’espaces verts avaient jusqu’à 55 % plus de risque de développer un trouble psychiatrique indépendant des effets d’autres facteurs de risque connus. Une association plus forte entre les espaces verts cumulés et le risque pendant l’enfance constitue la preuve qu’une présence prolongée d’espaces verts est importante. Nos résultats affirment que l’intégration des environnements naturels dans la planification urbaine est une approche prometteuse pour améliorer la santé mentale et réduire le fardeau croissant des troubles psychiatriques dans le monde ».

 

  • Depuis 3 ans, l’unité Flavigny du CH Le Vinatier à Lyon propose un groupe thérapeutique “Jardin et Nature”. Une expérience que Jérémie Cambon, infirmier dans cette unité de pédopsychiatrie, raconte dans ce texte.

 

Des arbres et des hommes

 

Le bonheur est dans le jardin, mais aussi dans la forêt. Ce blog a déjà fait des détours par la forêt, notamment début 2018 quand on a vu paraître en France plusieurs livres sur les bains de forêt, puis un an plus tard quand j’ai cédé moi-même à la tentation en écrivant un livre sur ce sujet pour les familles. Depuis quelques mois, j’ai de nouveau l’impression que les arbres sont partout. Alors parlons-en de nouveau.

Ergothérapie, hortithérapie et oncologie

Mais tout d’abord, je vous signale ce travail de six étudiants en ergothérapie qui ont planché sur la mise en place d’une activité jardin à l’Oncopôle de Toulouse où existait déjà un jardin de bien-être depuis 2016. Vous pouvez lire leur rapport complet si le croisement de l’ergothérapie, de l’hortithérapie et de l’oncologie vous intéresse.

Voici une partie de leur conclusion : « D’après les données recueillies, le jardin thérapeutique est un environnement qui permet à l’usager de reconstruire une identité occupationnelle et de se réengager dans une participation occupationnelle grâce à des activités au sein du jardin, qu’elles soient individuelles ou en groupe. Nous avons également remarqué que le jardin peut être un espace de repos, de rencontre et de réunion avec la famille qui est tout autant important dans le processus de changement du patient. »

Témoignage d’un arboriste : « Je gère la relation entre les humains et les arbres en ville »

Ben Wooldridge est un membre de ma famille même si je ne l’ai pas vu depuis qu’il était ado. Ses parents avec qui j’ai passé une partie de l’été me parlait de son job : tree surgeon ou arboriste en français. Cela m’a intriguée. Après un coup de fil avec Ben cette semaine, j’en sais un peu plus.  « Après quelques années dans le paysagisme, j’ai eu envie de changer. Mon père et mon frère s’intéressaient aux arbres et c’est comme cela que j’ai commencé à me former. En Angleterre, nous avons un système de formation et de certification très avancé dans cette discipline. » Après avoir travaillé à Londres, le voilà depuis quelques mois à Cologne en Allemagne avant peut-être la Nouvelle Zélande qui le tente.

Alors quelle est la mission des arboristes? « Nous avons plusieurs missions : les réductions d’arbres car on ne peut pas les laisser grossir en ville et il faut les débarrasser de parties mortes, le renforcement pour empêcher des branches de tomber surtout en ville près des immeubles, les traitements contre les maladies en enlevant les nuisibles et l’abattage d’arbres morts. Chaque arbre est différent et chaque mission est différente. C’est pourquoi j’aime ce métier qui est aussi un métier dangereux. Il y a beaucoup d’adrénaline. » Ben explique qu’il y a deux types de réductions : des réductions radicales où on étête l’arbre qui parait nu et dépouillé pendant un an (c’est plus économique pour une ville) et des réductions plus soigneuses qui ne mettent pas l’arbre à nu, mais sont plus chronophages.

« Je suis d’accord qu’on devrait laisser les arbres tranquilles. Mais en ville, on veut des arbres et du vert et en même temps, il faut protéger les bâtiments et les gens. Il faut donc gérer la relation entre les humains et les arbres. Les arbres en ville vivent dans de mauvaises conditions : le sol est mauvais, l’air est pollué. En Angleterre, nous avons de la chance car les arbres sont protégés. Avant de toucher à un arbre, il faut demander la permission. A Swansea au Pays de Galles, un promoteur vient d’être condamné pour avoir illégalement coupé des dizaines d’arbres dont un redwood de 200 ans, » explique Ben qui est sensible aux cerisiers en fleur et aux sycomores. « Il faut respecter l’arbre. »

 

Un guide de forêt sur le chemin de la formation

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Cette semaine, j’ai aussi discuté avec Christopher Le Coq. Ce Franco-Américain est en train de se former aux bains de forêt pour guider des groupes en région parisienne. Après une formation en Belgique avec Bernadette Rey, spécialiste canadienne du sujet, il s’apprêtait à s’envoler pour le Japon où il a notamment rendez-vous avec le Dr. Qing Li. Autant dire un parcours de formation très sérieux pour faire évoluer une pratique qu’il a commencée par intérêt personnel dans la forêt de Fontainebleau en s’installant en France. Devant les bienfaits que ressentaient les participants à ses groupes, il a voulu aller plus loin. Déjà ses cours en Belgique lui ont donné des idées pour modifier les parcours proposés. On reparlera sûrement de lui  bientôt. Il nous apprend aussi l’existence de l’association francophone de shinrin-yoku.

Nous les Arbres

UNADJUSTEDNONRAW_thumb_1ad7aL’expo Nous les Arbres a investi la Fondation Cartier pour l’art contemporain boulevard Raspail à Paris jusqu’au 5 janvier 2020. Cela vous laisse du temps, mais ne tardez pas trop. Laissons aux commissaires de l’exposition le soin de nous la présenter. « Nous les Arbres réunit les témoignages, artistiques ou scientifiques, de ceux qui portent sur le monde végétal un regard émerveillé et qui nous révèlent que, selon la formule du philosophe Emanuele Coccia, « il n’y a rien de purement humain, il y a du végétal dans tout ce qui est humain, il y a de l’arbre à l’origine de toute expérience ». »

Voici quelques parties de l’expo qui m’ont plus particulièrement touchée lors de ma visite cet été. Le botaniste Stefano Mancuso, pionnier de la neuro-biologie végétale, explique que les plantes sont intelligentes car elles savent résoudre des problèmes dans leur environnement. Avec Thijs Biersteker, il a imaginé une installation qui « donne la parole » aux arbres grâce à une série de capteurs : leur réaction à l’environnement ou à la pollution, le phénomène de la photosynthèse, la communication racinaire ou l’idée d’une mémoire végétale sont rendus visibles

Le botaniste Francis Hallé partage ses carnets qui « conjuguent l’émerveillement du dessinateur face aux arbres et la précision de l’intime connaissance du végétal ».

Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret montre les relations fortes entre les humains et les arbres. Ces portraits de platanes ou de chênes sont aussi les portraits de ceux et celles qui les côtoient tous les jours.

Plus loin de nous géographiquement, des artistes de communautés indigènes comme les Nivaklé et Guaranídu Gran Chaco au Paraguay et des Indiens Yanomami d’Amazonie apportent leur vision des arbres et de la forêt.

 

A.R.B.R.E.S. et les arbres remarquables

Depuis 1994, l’association A.R.B.R.E.S. (Arbres Remarquables: Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde) milite pour la reconnaissance des arbres remarquables. Remarquables par leur âge, leur taille, leur valeur historique ou esthétique. Sorties de terrain, création du label arbres remarquables (une carte interactive vous permet de les identifier), encouragement aux recherches, l’association est très active sous la direction de son président, Georges Feterman, professeur agrégé de sciences naturelles et auteur de nombreux ouvrages sur les arbres et les végétaux. Il a également réalisé un film projeté dans de nombreuses salles en France depuis le printemps.

Et pour finir, un lien recommandé par Jérôme Pellissier.

Une hortithérapeute péruvienne…à Paris

Fut un temps, Rebecca Haller et Christine Capra m’avaient gentiment demandé d’écrire le blog du Horticultural Therapy Institute. Ce fut un plaisir pendant plusieurs années. Puis le temps vint à manquer. Récemment, le blog du HTI a connu une nouvelle évolution avec la mise en place d’un binôme d’auteures. Colleen Griffin, HTR, habite dans l’état du Maine, son activité d’hortithérapeute consiste à accompagner des enfants avec des besoins particuliers ainsi que des adultes et des enfants se battant contre un cancer (voici son premier billet, passionnant, sur les explications qu’elle donne quand on lui demande ce qu’est l’hortithérapie). La deuxième membre du binôme est Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi qui vit au Pérou. Avec l’autorisation du HTI, je reproduis ce mois-ci son billet sur l’introduction de l’HT dans son pays et ses projets. Il est encourageant de savoir que Daniela couvrira l’hortithérapie dans le reste du monde pour le blog.

Voici le billet de Daniela en VO et en français ci-dessous. Ce soir, je l’ai rencontrée au Jardin du Luxembourg pour une conversation à bâtons rompus. Voici le résumé en 2 minutes.

Pour la joindre, daniela (at) horticulturaterapeutica.pe ou le site de son Instituto de Horticultura Terapéutica – Péru.

Par Daniela Silva-Rodriguez

daniela-624x832Ma relation avec les plantes a commencé à l’âge de 8 ans.  Après avoir brusquement perdu mon père d’un anévrisme, j’ai trouvé du réconfort dans le jardin de ma grand-mère.  Il y avait tellement d’espèces de plantes et de fleurs dans ce jardin de 6 000 m2 ! Bientôt, j’ai commencé à apprendre leurs noms et prénoms, ainsi que leurs préférences. J’ai été émerveillée par les formes, les textures et les odeurs des feuilles et des fleurs, qui m’ont inspirée à apporter la nature à l’intérieur en créant des arrangements floraux pour chaque pièce de notre maison.  Mais le plus grand plaisir pour moi était d’arroser les plantes, de voir les feuilles sans la moindre trace de poussière et de sentir l’odeur de terre humide !

Le temps a passé et il était clair pour moi que je devais faire une carrière dans un domaine lié aux plantes. J’ai étudié la biologie et les sciences de l’environnement à l’American University à Washington D.C. Quand je suis revenue au Pérou, j’ai obtenu mon premier emploi au Centre international de la pomme de terre comme assistante scientifique et, en même temps, j’ai obtenu une maîtrise en Sélection et Amélioration des Plantes.

Après 6 ans de travail en laboratoire, j’ai démarré une entreprise dédiée à la production de salades vertes pour les supermarchés au Pérou. Au cours des 25 années suivantes, j’ai acquis des connaissances et de l’expérience en agriculture, en lutte intégrée contre les ravageurs, en bonnes pratiques agricoles et en assurance qualité. Mais mon amour pour les plantes était trop fort et j’ai gardé le contact avec elles à travers des projets d’aménagement paysager.

En 2010, j’ai découvert la pratique de l’hortithérapie ! J’ai contacté le Horticultural Therapy Institute et mon voyage pour obtenir un certificat en hortithérapie a commencé. J’ai obtenu mon certificat en 2016.

Entre 2011 et 2013, j’ai commencé un petit programme dans un centre de réadaptation pour les toxicomanes (cocaïne, marijuana et alcool) et les personnes souffrant de dépression. Les âges varient principalement de 14 à 30 ans. Pendant cette courte période, j’ai mis en évidence la capacité des plantes à changer la vie des gens, en particulier chez deux patients. Un patient de sexe masculin, âgé de 30 ans, a reçu un diagnostic de dépression grave.  La première fois que je l’ai rencontré, il n’a eu aucun contact visuel et a répondu avec des monosyllabes. Trois semaines après avoir participé au programme, il était une personne complètement différente : ses yeux brillaient, il demandait des tâches et était impatient d’apprendre d’autres techniques de jardinage. Après sa sortie, il a lancé une entreprise autour des plantes à l’étranger, changeant son centre d’intérêt de l’économie vers les plantes.

L’autre patient était une jeune femme de 18 ans, atteinte de dépression et consommant de la marijuana. Après 6 mois de participation au programme d’HT avec des sautes d’humeur et des automutilations, j’ai remarqué quelque chose qu’elle avait fait à la plante qu’elle avait adoptée et qui m’a fait penser que quelque chose de vraiment sérieux se passait avec elle. Ce fut un tournant dans son traitement : elle pouvait enfin parler de ce qui la troublait vraiment.

Ces deux expériences m’ont fait réaliser que je voulais consacrer le reste de ma vie à aider les gens à travers une de mes passions : les plantes.

Entre 2014 et 2017, j’ai fait un travail de sensibilisation aux avantages de l’HT pour le bien-être des gens par le biais d’ateliers et de programmes de courte durée pour des groupes spécifiques comme les enfants atteints de cancer ou les enfants brûlés.

Sensibiliser dans un pays où il n’existe pas de carrière en horticulture et où de nombreux professionnels n’aiment pas qu’on les fasse sortir de leur zone de confort est difficile mais pas impossible. Il faut du temps pour leur faire comprendre que l’hortithérapie est leur alliée, que les activités de jardinage servent d’outil pour faciliter leur travail. Nous devons utiliser l’attribut le plus précieux que possèdent les jardiniers : la patience.

 

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Site du jardin de soins (healing garden) – Orphelinat au Pérou, mars 2019

En octobre 2018, on m’a commandé la conception d’un jardin de soins et d’un programme d’HT pour un orphelinat à Lima, au Pérou. C’était un grand défi en raison des conditions du site, qui était à l’abandon complet (voir photos) et du budget qui était limité. Après 4 mois de planification et de brainstorming, la conception était prête. La mise en œuvre a eu lieu en avril de cette année. Une équipe de 130 jeunes volontaires s’est chargée de planter, de peindre les murs, de créer un jeu d’eau et un mur vert, d’enlever les pierres et de décorer, sous ma direction. Le travail a été fait en 5 jours. Le jardin a été baptisé par les enfants de l’institution le « Jardin des Rêves ».

 

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Site du jardin de soins – Avril 2019

Une semaine plus tard, nous avons commencé à travailler avec 40 enfants placés en institution, âgés de 5 à 14 ans. La fréquence de notre programme est de deux fois par semaine. Travailler avec des enfants placés est un énorme défi. La plupart des enfants ont été séparés de leurs parents en raison de violences physiques et/ou psychologiques. Cette situation a provoqué de graves problèmes émotionnels et comportementaux chez les enfants. L’objectif principal du jardin de guérison est de les aider à canaliser ces émotions : colère, peur, tristesse, agressivité, manque d’attention et comportement perturbateur grâce à l’amour et aux soins.

 

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Masque en pétales de fleurs – stimulation créative

 

Après la première séance chaotique où nous avons travaillé avec des groupes de 10 enfants toutes les 30 minutes pendant 2 heures, nous avons décidé de restructurer la dynamique pour la séance suivante. Nous devions enseigner aux enfants qu’il y avait des « règles du jardin » qu’il fallait suivre et que nous devions les « calmer » avant de leur proposer l’activité prévue. Les règles du jardin ont été établies par chacun d’entre eux et ont ensuite été imprimées sur une grande bannière. Nous les lisons au début de chaque session. Pour « calmer » leur esprit, nous utilisons une technique de respiration qui les amène au moment présent, à écouter les instructions et les métaphores et à s’engager dans l’activité prévue en mode « calme ». En plus de ces deux stratégies, nous avons mis en place quatre tables distinctes qui nous aident à travailler en petits groupes.

 

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Créer des « amis du jardin »

Dans chaque session, nous avons un « plan B » pour les enfants qui ne s’impliquent pas dans l’activité dès le début. Ce « plan B » consiste à créer des bouquets d’herbes. La stimulation de l’odorat, en particulier chez les enfants présentant ces caractéristiques, a un effet puissant ainsi que le travail du sol.

Plusieurs semaines ont passé et nous commençons à voir des résultats : les enfants sont plus calmes, fiers de leur travail dans le jardin et commencent à montrer le même amour et le même respect envers les plantes que nous. Certains d’entre eux sont même fiers de montrer à leurs frères et sœurs le même amour et le même respect. Ils savent que leur « Dream Garden » est un environnement non menaçant, où ils se sentent en sécurité. Les enfants prennent conscience de l’effet puissant du jardinage comme outil pour canaliser leurs émotions.

Maintenant que nous avons introduit les enfants dans le jardin, notre prochain défi est de créer des tipis en saule pour que les frères et sœurs puissent « cultiver » une relation entre eux. Le tipi en saule symbolisera leur « maison », un lieu sûr entouré de plantes qu’ils apprendront à cultiver avec amour.

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