A Angers, une association milite pour l’hortithérapie

Nous avions fait la connaissance de Romane Glotain en mai 2016 lorsqu’elle avait remporté le Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut. Nous en avions appris un peu plus sur cette jeune passionnée dans un texte qu’elle avait écrit sur son expérience. Aujourd’hui, elle reprend la plume pour nous présenter l’Association sur le Développement de l’Hortithérapie (A.D.H T) qui vient de se créer à Angers et sa fondatrice Béatrice Marteau.

 

Elle a grandi au rythme des crues du Louet dans le Maine et Loire, au son du chant du vent dans les peupliers et s’est nourrie des fruits et légumes que son père cultivait. La plupart des membres de sa famille ont travaillé dans le domaine agricole au sud d’Angers, dans un petit village qui se nomme Denée. Elle a longtemps hésité entre le métier d’horticultrice et celui d’infirmière. La curiosité de savoir comment l’Homme fonctionnait l’a emporté. Puis elle s’est installée en ville avec son époux qui ne se voyait pas vivre à la campagne…

Mais la nature l’a rattrapée à une période de sa vie où elle ne se sentait pas bien. Elle s’est souvenue de son enfance à la campagne qui la ressourçait et a compris que Dame nature était la docteure des maux : « J’ai fait des recherches sur l’impact des plantes sur la santé et découvert l’hortithérapie et le retard que la France avait sur les autres pays. »

En 2006, elle reprend le chemin de l’école et obtient son BTSA en production horticole. Elle se nourrit d’expériences comme son premier stage chez un horticulteur en bio « une encyclopédie vivante des plantes de santé et de bien-être ». Puis sept mois dans un GAEC sur l’île de Chalonnes-sur-Loire où elle découvre aussi la filière des plantes médicinales. Au final, l’effet boomerang la ramène dans la filière de la santé où elle a travaillé en gérontologie, à domicile dans un quartier dit  « difficile », en psychiatrie. Partout où elle est passée, elle a communiqué sur l’hortithérapie en émettant des idées et en proposant des projets avant de créer une auto-entreprise aujourd’hui fermée qui donnait des conseils sur les plantes. Elle a pu donner des cours au Centre National de Promotion Horticole à Angers, assistée à des conférences, des formations…

Aujourd’hui, Béatrice Marteau est infirmière en psychiatrie dans l’Anjou et a rétiré de son expérience deux certitudes :

  • Les êtres humains ont besoin des plantes (et de les cultiver) pour se sentir bien mais en parallèle, ils manquent cruellement d’informations
  • L’hortithérapie ne pourra émerger en France que si l’on se regroupe, que l’on travaille ensemble au sein d’une association.

Suite à cette prise conscience, Béatrice crée en octobre 2016 l’Association sur le Développement de l’Hortithérapie (A.D.H T) à Angers après ma rencontre. Elle souhaite la faire vivre à travers cinq pôles :

– la veille professionnelle

– l’expérimentation d’animations,

– l’accompagnement de projets,

– la mise en évidence des besoins

– la communication.

ADHT a pour ambition de faire connaitre l’hortithérapie et de lui donner une légitimité…

 

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Sandra COSNEAU, Béatrice MARTEAU et Estelle GALLET d’ADHT. Sandra a une licence en psychologie et travaille comme assistante de direction. Estelle est cadre de santé SSR et co-fondatrice de l’association.

 

Aujourd’hui l’association débute mais regroupe déjà du monde. Des anciens de la formation de Chaumont-sur-Loire, des professionnels de santé, des ingénieurs en paysage, horticulture, mais aussi des passionnés, des personnes ayant des projets d’hortithérapie et d’autres. Nous recherchons aussi des fondations, associations qui souhaitent nous accompagner dans cette aventure. Truffaut en fait déjà partie !

Le concept de l’hortithérapie et des jardins de soins restera inconnu par la plupart si le regroupement ne se fait pas, il est très important pour faire passer le message, expliquer ; la communication sera très importante, y compris envers les écoles de santé et agricole.

Béatrice a un vœu, un rêve pour cette nouvelle année et les autres qui suivront : ne plus avoir à choisir entre le métier d’infirmière et celui d’horticultrice, mais de pouvoir lier les deux et de voir apparaître un jour sur sa feuille de paye : Hortithérapeute, pour moi, pour tout ceux qui suivront derrière moi, dans l’intérêt de chacun et de tous.

Vous pouvez suivre l’association ADTH d’où vous venez, en émettant des idées, en faisant partager vos expériences. N’hésitez pas à nous contacter (a.d.hortitherapie@gmail.com) en attendant la création d’un site internet.

 

Annonces : une journée de sensibilisation en Corrèze et les dates 2017 de Chaumont

Un lycée impliqué dans les jardins de soin
Emmanuel Coulombs, enseignant-coordonnateur BTS Aménagements Paysagers au Lycée de l’horticulture et du paysage de Brive-Voutezac, me signale une journée de sensibilisation et d’échanges sur les jardins de soin le vendredi 20 janvier. Avec sa collègue de biologie Béatrice Masson, ils développent des modules d’enseignement sur l’utilité sociale des jardins pour leurs élèves. « Nous nous sommes rendus compte que les « apprentis paysagistes » avaient de l’appetit pour les jardins partagés, pédagogiques , et surtout  de soins car ils donnaient du sens à leur métier, de la profondeur », explique Emmanuel Coulombs. Découvrez le programme et inscrivez-vous grâce au coupon-réponse.
Chaumont 2017
Dans la foulée, voici les dates des formations au jardin de soin et de santé à Chaumont-sur-Loire. De mai à octobre, pas moins de neuf ateliers pour en apprendre plus sur la conception, la réalisation et l’animation de ces jardins. Mais aussi pour rencontrer d’autres passionnés venus de toute la France. Cette année, cela fera 5 ans qu’Anne et Jean-Paul Ribes rassemblent des stagiaires à Chaumont.  Le programme.
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Les stagiaires de Chaumont, édition octobre 2016

La Haute Filotière : accompagner des femmes en état d’épuisement au coeur de la nature 



Tout d’abord, meilleurs vœux pour une nouvelle année pleine de bonheur et de douceur.

Merci à Nicole Brès qui signe un nouveau billet sur sa visite à la Haute Filotière à Meignanne-Longuenée en Anjou.

 

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Gilles Galopin me reçoit chez lui, dans son exploitation agricole, anciennement une des douze fermes du château de
 Plessis Macé qui daterait du 12ème siècle. Soit 33 hectares avec deux bâtiments principaux d’habitation. Pour le projet, il a restauré une partie en lieu d’hébergement pour 6 à 8 personnes. Ainsi nous rentrons dans la grande Histoire où le temps n’est plus celui de notre quotidien. C’est un lieu entouré de Nature voulu dans sa diversité : jardin potager avec une serre, jardin d’agrément autour d’une piscine, animaux (poules, brebis, génisses, chats et un âne), prés et bois, parcours de balade avec passe pied pour franchir les clôtures, mare et, le plus important, les arbres et ce que chacun
raconte.

Savez-vous que le squelette de l’arbre nous raconte  son histoire ?
 Les arbres sont le fil vert du Projet Santé de la Haute Filotière : une semaine d’immersion dans la Nature « au fil de l’arbre ». 
C’est en convoquant les valeurs stables de la Nature et celles plus mouvantes de notre culture que chaque participante vient pour renouer avec elle-même et aller de l’avant pour devenir actrice de sa vie. En suivant la méthode du professeur en psychologie et chercheur Benoît Fromage (L’épreuve des 
trois arbres, 2011, éditions In Press), Gilles Galopin et Dorothée Lasne ont mis sur pied un accompagnement in situ qui s’adresse à des petits groupes de femmes touchées par le burn out ou le surmenage.

Une douzaine d’intervenants extérieurs viennent pour des séances avec des médias très variés
(yoga, Qi Gong, modelage, cuisine, socio-esthétique, etc.). Ils mettent en avant les ressources de la personne fragilisée et l’aide à lâcher prise, à s’écouter et à se (re)connecter à elle-même. Une première semaine test a eu lieu en juin 2016 et les résultats sont « au dessus de nos espérances »
 comme l’explique Gilles Galopin.  « Le retour régulier des participantes sur leur évolution dans le quotidien aujourd’hui est enthousiasmant. Cet hiver, il nous faut finaliser notre business plan et le financement de ce projet parmi les entreprises et les organismes de santé régionaux, puis nationaux. »

15271863_1818678991681558_2119570161812862859_oLe centre d’accompagnement de la Haute Filotière est porté par l’association Ecossanté qui développe parallèlement un pôle recherche. Ce pôle recherche cogéré par Gilles Galopin et Benoît Fromage, enseignants chercheurs, vient directement soutenir et enrichir le concept de la Haute Filotière, centre unique en son genre en France.
 Ecossanté aspire à mettre en œuvre une troisième mission qui est la formation. Des psychologues pourront se former à la pratique de la méthode de L’épreuve des trois arbres.
« Il nous faut réfléchir au moyen de mettre ensemble tous ceux qui œuvrent pour la santé avec et
dans la Nature, y compris le milieu médical. »
L’avenir est de travailler ensemble dans cette recherche des bienfaits de la Nature sur la santé selon la définition de l’OMS et de faire de la prévention.
Gilles a déjà posé une pierre d’angle à Angers sur l’Agrocampus: il ouvre en septembre 2017 une spécialisation Végétal en Ville en 
partenariat avec AgroParisTech.

Pour en savoir plus sur le centre d’immersion et d’accompagnement La Haute Filière, découvrez le projet en vidéo et sur sa page Facebook. Une après-midi porte ouverte a réuni les professionnels de la santé et du développement le 3 décembre dernier à La Haute Filotière.

La prochaine session se déroulera la semaine du 12 au 17 juin 2017, puis d’autres sessions sont programmées pour les semaines 27, 31, 36 et 40.

Terr’Happy, une nouvelle force en région parisienne

Stéphanie Personne et Laure Bentze se sont rencontrées il y a à peu près un an. Depuis, elles n’ont pas chômé pour monter un projet qui met en commun leurs compétences pour créer des jardins, entre autres, thérapeutiques. Stéphanie est docteur en écophysiologie végétale, récemment diplômée en agriculture urbaine et professeur au centre de formation d’apprentis de Saint-Germain-en-Laye. Laure est écologue après des études reprises récemment. Elles nous racontent leur parcours et leur projet  Terr’Happy.

 

Les parcours de Stéphanie et de Laure

 

Genèse du projet Terr’Happy

 

Les enseignements de deux projets menés par Stéphanie dans le cadre de son dernier diplôme (Hauts-de-Seine et le Val d’Oise)

 

Leurs impressions sur l’état des lieux en France après un an de réflexion

 

Le jardin au Foyer d'Accueil Médicalisé d'Herblay

Le jardin au Foyer d’Accueil Médicalisé d’Herblay

 

Le jardin au Foyer d'Accueil Médicalisé d'Herblay

Le jardin au Foyer d’Accueil Médicalisé d’Herblay

 

Une résidente de l'Ehpad de Gonesse au jardin

Une résidente de l’Ehpad de Gonesse au jardin

La psychologue et une résidente au jardin de l'Ehpad de Gonesse

La psychologue et une résidente au jardin de l’Ehpad de Gonesse

Les Jardins de l’Humanité sortent de terre

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Les Jardins de l’Humanité dans la brume

Dans les Landes, à l’entrée de la ville de Saint-Vincent de Tyrosse et à 10 minutes de l’Atlantique, Estelle Alquier est en train de réaliser un rêve. Après avoir acquis une prairie de deux hectares, elle y construit depuis un peu plus d’un an 12 jardins thématiques. Un vaste projet qu’elle a baptisé les Jardins de l’Humanité et qui attire déjà des bénévoles réguliers pour l’aider dans son immense tâche. Porté par son association « Terres Océanes, Culture d’Humanité », le projet s’est fixé parmi ses objectifs principaux de « participer à la sensibilisation, la connaissance et la préservation de la diversité végétale et animale et du patrimoine local et régional auprès d’une large public. » Mais aussi de mener « des actions et pratiques écologiques, thérapeutiques, solidaires et respectueuses des hommes et de leur environnement. » Le potager Bonnot va, par exemple, servir à démontrer que la permaculture peut fournir une famille en fruits et légumes toute l’année sans trop de travail.

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Dans le jardin thérapeutique, il s’agira d’accueillir des enfants et des adultes. Déjà un premier projet avec le CCAS de Tyrosse pour permettre à une douzaine de bénéficiaires de venir jardiner régulièrement est en cours de montage. « J’aimerais organiser un pique-nique tous les trimestres pour qu’ils puissent faire visiter leur jardin à leur famille », explique Estelle qui propose par ailleurs des formations à l’hortithérapie aux personnels soignants en gérontologie, mais aussi auprès d’enfants et de jeunes. Autour du jardin thérapeutique, d’autres idées de partenariats sont à l’étude avec un EHPAD et une école primaire. Pour se familiariser avec l’expérience d’Estelle en matière de jardins thérapeutiques, direction son site dédié : après avoir suivi la formation à l’hortithérapie de Jean-Luc Sudres à l’université du Mirail à Toulouse en 2010, elle a déjà participé à la conception de plusieurs projets dont un jardin dans l’EHPAD « Notre Maison » à Biarritz.

Après avoir démarré le projet sur ses propres fonds et fait appel au financement participatif, Estelle est actuellement dans une phase de demandes de financements auprès de divers mécènes (la Fondation Yves Rocher Terre de femmes, Nature & Découvertes et d’autres). « Il reste encore quelques postes lourds comme le parking et les panneaux pédagogiques », confie cette ancienne journaliste, enseignante d’histoire-géographie et animatrice d’un centre sur l’environnement avec boutique bio et équitable. Mais aujourd’hui, les Jardins de l’Humanité sont devenus le projet qui donne un sens à sa vie. « Les bénévoles qui viennent régulièrement sont impressionnés. Moi, je trouve que cela n’avance pas assez vite. Ce projet est un aboutissement de mon parcours de vie depuis mes engagements à la fac. Mon côté militant est que les gens soient heureux. » Elle, elle le sait depuis qu’elle est enfant, être au jardin lui fait du bien. Les jeunes et les moins jeunes qu’elle accueille pour quelque temps viennent travailler sur son projet avec elle car ils cherchent leur voie et veulent essayer de nouvelles formes de solidarité.

Récemment, Sébastien Guéret de Formavert est venu visiter les Jardins de l’Humanité. Il a été bluffé par le souffle du projet et par la vision d’Estelle. On croise les doigts pour que l’inauguration se déroule, comme prévu, à la Saint-Jean en juin 2017. Pour contacter Estelle Alquier : terreoceane@yahoo.fr

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Le plan des Jardins

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Une structure en osier sépare le jardin médiéval du ruisseau en contrebas.

Création d’un jardin : le point de vue institutionnel

« Intégration d’un jardin thérapeutique en établissement accueillant des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer et troubles apparentés ». C’est le titre du mémoire de Master 1 en Promotion et Gestion de la Santé soutenu par Arnaud Kowalczyk à l’Université de Tours en juin 2016. Vous pouvez le lire en intégralité ici.

Lorsque Paule Lebay m’a parlé du travail en cours d’Arnaud Kowalczyk, mon intérêt a été immédiat. Car si les étudiants en paysagisme se penchent de plus en plus sur les jardins thérapeutiques, c’était la première fois que j’entendais parler d’un étudiant issu du monde de l’administration des établissements intéressé par le sujet. Précisément, ce master prépare « des professionnels capables d’initier, de développer ou d’évaluer des programmes d’action en prévention et promotion de la santé efficaces et efficients » et « des professionnels sachant mettre en œuvre une gestion et un management performants au niveau de structures sanitaires et/ou sociales. » Nous aimons à dire que les animateurs de jardin devraient idéalement combiner une approche du soin et une approche du végétal. Bien sûr, mais les responsables d’établissements ont évidemment un poids très important dans la création et le succès des projets de jardins. Arnaud Kowalczyk plaide pour le besoin d’une reconnaissance institutionnelle.

Le mémoire d’Arnaud Kowalczyk commence très bien. J’ai été sensible à son rappel de la définition de la santé selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : « un état complet de bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité ». Comme il l’écrit, « Il est important de rappeler cette définition qui va nous permettre de nous focaliser non pas sur la maladie d’Alzheimer ou des troubles apparentés de façon médicale et scientifique en institution, mais plutôt de l’amélioration du bien-être chez les personnes souffrant de cette pathologie et troubles associés. Ainsi, la santé environnementale définie par l’OMS, nous rappelle le rôle des facteurs environnementaux, de la qualité de vie, dans la maladie et dans l’amélioration de celle-ci ou du moins, du maintien du bien-être. »

Le mémoire s’articule autour de deux axes : les dimensions et finalités du jardin thérapeutique au niveau institutionnel pour lesquels l’auteur s’est appuyé sur la littérature et des entretiens, et la réflexion sur un jardin thérapeutique en établissement menée dans le cadre de son stage en accueil de jour.

L’auteur rappelle les différents plans qui peuvent servir de leviers d’action :

  • le plan Alzheimer de 2008-2012 dont la mesure 33 prévoit l’amélioration de l’évaluation des thérapies non médicamenteuses
  • le plan maladies neurodégénératives 2014-2019 et sa mesure 83 qui encourage une prise en charge « tournée vers des liens sociaux conservés évitant un sentiment de frustration, d’isolement pour les personnes atteintes de maladies neurodégénératives »
  • la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement qui doit favoriser la modernisation des établissements avec des bâtiments lumineux, végétalisés, dans le respect des besoins des personnes âgées et du personnel soignant…

 

Ambigüité législative et institutionnelle

L’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM) souffle le chaud et le froid : ses bonnes pratiques mentionnent « la liberté d’aller et venir, précisant que l’accès libre à un espace extérieur sécurisé et clos (jardin, terrasse) est recommandé et permet la déambulation en toute sécurité ». Mais en parallèle, l’agence rappelle qu’aucune intervention non médicamenteuse n’a apporté la preuve de son efficacité sur l’évolution de la maladie et elle se garde de mentionner explicitement le recours aux jardins thérapeutiques. Même chose du côté de la Haute Autorité de Santé. « Nous apercevons ici l’ambigüité législative, institutionnelle, quand il s’agit d’évoquer le jardin. Institutionnaliser le jardin de soin permettrait de légitimer la pratique et d’encourager les décideurs à plus de vigilance sur l’importance d’un espace pour que s’expriment les émotions, les besoins, les envies des bénéficiaires mais aussi des soignants parfois frileux à l’idée de pénétrer dans un espace non médicalisé. La rigueur de l’évaluation des traitements médicamenteux ne permet pas d’exposer aujourd’hui les évaluations souvent qualitatives des thérapies non-médicamenteuses », écrit Arnaud Kowalczyk. Ces approches sont encouragées, mais de fait marginalisées faute d’avoir fait la preuve de leur efficacité…

Après avoir fait état des associations qui œuvrent dans ce domaine – l’incontournable Belles Plantes d’Anne et Jean-Paul Ribes, la Fondation Truffaut, l’association Jardins & Santé, la Fondation de France et la fondation Médéric Alzheimer -, l’auteur s’est lancé dans un recensement des établissements accueillant des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer qui offrent un jardin thérapeutique dans le département d’Indre-et-Loire. Sur 48 établissements figurant dans le Fichier National des Établissements Sanitaires et Sociaux (FINESS), il a réussi grâce à des appels téléphoniques à identifier 15 établissements possédant un jardin thérapeutique (souvent mal connu). Signe d’espoir, plusieurs établissements lui ont répondu qu’un projet était en phase de conception. Cette méconnaissance est-elle due à au manque de visibilité des jardins thérapeutiques et la formation pourrait-elle aider ? C’est la question que l’auteur se pose en constatant, comme nous tous, que la formation est encore très embryonnaire en France. Parmi les finalités du jardin (ce que nous aurions tendance à appeler les bienfaits), Arnaud Kowalczyk liste la sociabilité, le sentiment d’utilité sociale, la spiritualité et l’imaginaire, la thérapeutique cognitive et la thérapeutique physique et sensorielle.

Réflexion dans un accueil de jour en Touraine

Dans la seconde partie du mémoire, l’auteur partage l’expérience de son stage d’un mois au sein de l’accueil de jour Relais Cajou à Ballan-Miré près de Tours qui accueille des personnes présentant des troubles mnésiques et vivants à domicile. Les Relais Cajou, gérés par la Mutualité Française, ont pour objectif d’offrir une ambiance conviviale, non médicalisée et non stigmatisante. Alors qu’un autre Relais Cajou proche (Chambray-Lès-Tours) possède déjà un jardin potager, celui de Ballan-Miré, direction et personnel confondu, a exprimé la volonté de concevoir un jardin thérapeutique dans un espace vert existant. Dans le cadre de son stage, l’auteur a participé à l’élaboration du projet. Avec l’équipe, il identifie plusieurs objectifs généraux :

  • Stimulation des cinq sens, le renforcement de la proprioception et la consolidation des conduites motrices.
  • Proposer un espace de déambulation extérieur, un but de sortie.
  • Favoriser le lien social entre l’équipe professionnelle et les bénéficiaires.

Et plusieurs objectifs spécifiques :

  • Stimuler la motricité par le travail de la terre et des outils et la marche.
  • Stimulation cognitive avec l’activité calendrier et le rappel des noms de plantes, fleurs, ce qui a été planté.
  • Stimulation visuelle et orientation temporo-spatial par cet espace de déambulation.
  • Travailler sur la réminiscence.

 

Après avoir défini les points à couvrir dans l’étude de faisabilité technique, financière et environnementale, l’auteur regrette que l’avancée du projet ait été limitée par la durée du stage même si un potager a bien été planté au printemps. Dans la dernière partie du mémoire, il s’attarde sur quelques limites humaines (la légitimité du jardin comme support au sein, l’absence de formation, le manque de temps, la peur d’un support que les soignants ne maitrisent pas) et organisationnelles (le financement, implication au long terme du personnel, les normes de sécurité et d’hygiène imposées, les freins à la consommation de la production hors d’une cuisine thérapeutique).

Et le mémoire se conclut sur ce constat. « Car, en dépit du mouvement engagé pour l’intégration des jardins dans les établissements, la dichotomie entre le soin et la nature freine l’investissement dans les formations et l’implantation en structure. Notre travail ne s’inscrit pas dans la médicalisation du jardin thérapeutique car une banalisation dans la création des jardins qui se voudrait standardisée et normée ferait perdre tout le potentiel de cet espace. L’intégration d’un jardin thérapeutique vient donc par son essence même accompagner le soigné et prendre soin de celui-ci. »

En conclusion, on sent qu’Arnaud Kowalczyk veut croire au futur des jardins thérapeutiques tout en restant conscient des obstacles à leur acceptation institutionnelle.

Des collégiens lyonnais font le lien entre l’agriculture et leur assiette

J’espère que votre été vous a comblés de bonheurs et que cette période de retour se déroule le plus sereinement possible. C’est la rentrée, place aux jeunes.

Julie Le Gall, maître de conférences en géographie à l’Ecole normale supérieure de Lyon nous raconte le projet Marguerite/SensiAgri. Lancé depuis 3 ans au Collège Elsa Triolet à Vénissieux, dans le quartier des Minguettes, son but est de sensibiliser les élèves de collège à l’agriculture et à l’alimentation. Le programme est financé via le Programme national pour l’alimentation. Nous avions déjà eu l’occasion de nous rencontrer avant l’été pour une conversation vivifiante. Ce weekend, nous nous sommes retrouvées dans un jardin public parisien pour qu’elle vous explique la nature et les objectifs de son projet de sensibilisation à l’agriculture et à la justice alimentaire.

Pour en savoir plus, vous pouvez visiter le labo Environnement Ville Société au sein duquel travaille Julie à l’ENS de Lyon et la joindre par email (julie.legall (at) ens-lyon.fr). Si les questions de défis alimentaires vous intéressent, Julie recommande la lecture de ce dossier sur le sujet préparé par l’Institut d’Urbanisme d’IDF et en particulier l’interview d’Anne Liberman, psychologue sociale, sur l’éducation alimentaire.

Voici quelques photos des participants au projet au collège Elsa Triolet : les enfants heureux au potager, la récolte de radis, une expérimentation sur l’effet de serre, des dessins réalisés dans le cadre du projet Marguerite.