L’école dehors

La classe dehors

Si vous vous demandez quelles ont été les conséquences psychologiques de la crise sanitaire et des confinements sur les enfants et les adolescents, jetez un œil sur cette revue de la littérature publiée en décembre 2020 qui recense plus de 70 études internationales. Détresse psychologique comme l’inquiétude, l’impuissance et la peur, « collage » aux parents, inattention, irritabilité et comportements obsessionnels, mais aussi peur de la mort d’un proche, troubles du sommeil, manque d’appétit, fatigue, cauchemars, inconfort et agitation et bien d’autres encore. 

« La fermeture des écoles, le manque d’activité en plein air, les habitudes alimentaires et de sommeil aberrantes sont susceptibles de perturber le mode de vie habituel des enfants et peuvent potentiellement favoriser la monotonie, la détresse, l’impatience, la gêne et diverses manifestations psychiatriques », explique la revue de littérature.

L’activité en plein air et le contact avec la nature, certains enseignants les ressentent comme un besoin de leurs élèves maintenant plus que jamais. Et agissent.

« L’école dans la nature, l’école du futur ? » : la question était posée sur France Culture il y a quelques jours. Car à l’occasion du retour en classe le 26 avril 2021, après un troisième confinement, le gouvernement encourageait à faire classe en plein air…Un changement de paradigme qui n’est pas nouveau pour certains enseignants.

En maternelle à Rennes

Dans une maternelle du centre ville de Rennes, Sarah Köhler s’estime très chanceuse d’avoir accès à un grand jardin qui longe les quatre classes de l’école. « Depuis un an, toutes les classes vont dehors. Elles ont toutes deux bacs potagers. On sort la classe dehors en installant tables, bacs à livres et chevalets. On fait classe dans le jardin, on jardine aussi. Je le faisais déjà avant, mais cela s’est systématisé dans l’école », explique l’enseignante, passionnée de jardinage à ses heures.

« Mes élèves sont principalement des petits citadins qui n’ont pas accès à un jardin. Je laisse les enfants explorer. Par exemple, on a planté des cailloux et des bâtons…En octobre, nous avons travaillé avec le fruit de passiflore pour extraire les graines de leur pellicule visqueuse et les mettre au frigo. On les plantera. Est-ce qu’on va réussir ? Ca débute par une envie des enfants et j’apporte des connaissances en leur disant que je me suis renseignée. » Les ressources ne manquent pas autour. Un collègue entomologiste partage des planches sur les insectes. Un autre est une véritable encyclopédie du jardin et a déjà mis en place le tri et le compost que les enfants pratiquent maintenant tout naturellement.

Les objectifs sont multiples. Les enfants acquièrent des connaissances sur le vivant et le jardin sert aussi de support à des travaux (prendre des photos et écrire des textes pour expliquer ce qu’on fait, faire des dessins basés sur l’observation). La maitresse cultive aussi ce sens de l’observation et d’attention à soi et aux autres par d’autres moyens, à travers la méditation et des ateliers philo.

Les bienfaits aussi sont multiples. « Ils développent l’observation et l’attention. Ils mettent les mains dans la terre et c’est concret. C’est excessivement rare qu’un enfant reste en retrait quand on jardine. Il y a une forte adhésion de tous les enfants. Je constate une évolution : ils n’écrasent plus les bêtes, ils n’arrachent pas les plantes, ils ont moins peur. Ils posent des questions », raconte Sarah. « Dans le jardin, on est calme. Le bruit ne se propage pas comme à l’intérieur et le volume baisse d’un ton. Le jardin instaure un climat serein. Le jardin participe à donner envie de venir à l’école. C’est affectif. Ils travaillent mieux. » Les enfants sont ravis, les enseignants et les parents aussi. 

Un potager à l’école, ce n’est pas simple quand vient l’été. « On plante aussi en fin d’année pour que la prochaine classe découvre à la rentrée. Et pour l’arrosage, j’y vais et le centre de loisirs donne aussi un coup de main. »

En primaire en Charente

Dans ce petit village de Charente, Laurence M. et ses collègues jardinent avec leurs élèves de primaire depuis 6 ans. Tout a commencé avec l’aide des Jardins Respectueux, un réseau de jardins pédagogiques partagés impulsé par un parent paysagiste. Quelques bacs, un poulailler, un compost, des bancs, un mini théâtre de verdure et voilà la cour d’école transformée. Les « petits » plantent et récoltent. Des artichauts, des tomates, des aromatiques, des plantes qui soignent. Ils observent. Ils ramassent les œufs. Les poules sont nourries grâce aux épluchures de la cuisine centrale qui dessert la cantine de l’école. Le cercle vertueux est bouclé. 

« Même si les enfants vivent majoritairement dans des maisons, ils n’ont pas nécessairement l’occasion de « farfouiller » dans la terre. Ils découvrent par exemple les osmies, ses abeilles qui ne piquent pas », explique Laurence. « Le jardin change aussi le cadre, les enfants se sentent bien. Ceux qui ne jouent pas au ballon peuvent s’installer au jardin et parler pendant la récréation. Sans cris. » Les enfants participent de A à Z et développent ainsi la confiance en soi. « Avec les Jardins Respectueux, nous avons fabriqué les bacs et les bancs. Ils ont scié eux-mêmes. » On imagine leur fierté.

Dehors, on récite aussi des poésies, on mène des ateliers philo, on fait des présentations orales. En parlant de cercle vertueux, les enseignants ont initié le mouvement de goûters sans déchet et aussi de pique-niques sans déchet lors des sorties. « Nous formons de futurs citoyens », conclut Laurence.

Dès la crèche dans les Ardennes

Il y a quelques semaines, Juliette Cheriki-Nort, art-thérapeute, animatrice d’ateliers d’écriture, de création et d’expression et formatrice, se retrouvait devant le personnel de deux crèches pour une courte formation prometteuse organisée par le CNFPT. « La place de la nature et du plein air dans le développement des enfants », tel était le sujet. Apport théorique, expérimentation d’activités concrètes, échange sur les pratiques déjà en place : autant de graines semées auprès du personnel. Pour s’inspirer, elle conseille ces découvertes, une éco-crèche en France racontée dans Silence ça pousseune garderie dans la nature au Québec ou encore la classe dans la forêt au Danemark. Et elle me fait part d’une conversation avec une étudiante en 3ème année de formation au diplôme d’Éducateur de Jeunes Enfants qui réalise son mémoire de recherche sur la place de la nature et de l’animal dans le développement du jeune enfant. Le sujet est donc bien vivace.

Allez hop, je conclus en vous suggérant mon livre, Le Shinrin-Yoku en famille. Les enseignants peuvent y piocher quelques idées. Et maintenant, tout le monde dehors !

L’ortoterapia : les jardins italiens qui soignent

Dans une vie précédente, Ania Balducci a terminé un master en agriculture avant de se marier et d’élever ses trois enfants. A ses heures perdues, elle concevait des jardins pour des amis et faisait activement du bénévolat. Mais à la cinquantaine, changement de cap. Cette Italienne dynamique découvre l’hortithérapie à travers les livres de Rebecca Haller et Christine Capra Kramer. Quittant l’Italie qui n’offrait pas de formation sur le sujet, elle commence par se former auprès de Thrive en Angleterre. Puis elle traverse l’Atlantique pour suivre la formation de Rebecca et Christine au Horticultural Therapy Institute d’abord en « présentiel » comme on dit depuis la Covid, puis en visioconférence pour finir le cursus

Ania Balducci (en noir) pendant une séance de formation à l’Horticultural Therapy Institute

Projet du plus beau jardin du monde

Imaginez un palais florentin et son jardin abandonné. Quatre jours par semaine, Ania Balducci accompagne dans ce jardin un groupe de jeunes gens, garçons et filles, de 15 à 22 ans. Identifiés par les travailleurs sociaux et psychologues de la ville de Florence, les jeunes jardiniers sont aux prises avec diverses difficultés d’apprentissage et de socialisation. Un éducateur est présent aux côtés d’Ania pour mener les activités : produire et récolter toutes sortes de fruits et légumes, les transformer, apprendre les noms latins des plantes et la botanique,…

Lancé en 2019 pour trois ans, le projet est financé par le système des pharmacies de Florence. « Ces jeunes étaient laissés à eux-mêmes. Ils sortaient peu de chez eux et n’avaient pas d’occupation. A leur grande surprise, ils aiment être au grand air et apprendre sur les plantes. Leur estime de soi remonte. On voit des améliorations dans leurs capacités physiques, chacun selon ses capacités », décrit Ania. « C’est une expérience enrichissante de les voir devenir un groupe. » Visitez la page Facebook pour voir Ania et ses étudiants en action : Siamo l’orto più bello del mondo

Projets en chantier

Dans le plus vieil hôpital de Florence, fondé par le père de Béatrice, la muse de Dante, Ania participe à un projet de « healing garden » qui avait été approuvé avant le début de la Covid et pour lequel une campagne de financement avait déjà démarré. « L’objectif est de rendre le cloitre aux patients comme un lieu de soin. » Une autre piste poursuivie avec des gériatres est d’offrir à des personnes âgées fragiles, vivant chez elles ou dans des résidences, un accès à la nature au sein de cet hôpital qu’elles fréquentes pour des visites. « Et puis, un jardin est également bénéfique pour le personnel. »

Comment les médecins accueillent-ils l’hortithérapie en Italie ? « Certains nous soutiennent et y croient », affirme Ania, sous-entendant que cette nouvelle discipline ne fait pas encore l’unanimité. « Une cardiologue m’a demandé de participer à des groupes pour des patients avec des prédispositions cardiaques. Dans ces groupes, on parle de nutrition, d’exercice, de mode de vie. J’interviens sur le bien-être. »

Formation en préparation à l’Université de Bologne

Frappée par le manque de formation en Italie, Ania s’est rapprochée de l’Université de Bologne pour proposer un cursus de niveau master. « Le programme sera lancé en 2022. Nous serons plusieurs formateurs. Nous disposerons d’un parc pour y mener les cours pratiques. En tant qu’hortithérapeutes, nous travaillons avec des personnes fragiles. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire des erreurs qui seraient dangereuses pour les participants. » Pour 2021, un premier galop d’essai prendra la forme d’une formation plus courte et hybride, moitié en ligne et moitié en face à face.

Pour appuyer la formation, Ania est en train d’écrire un manuel en italien avec une collègue. Elle est également secrétaire d’ASSIOrt (Associazione Italiana Ortoterapia). « L’association était en souffrance, elle repart depuis ce printemps. » J’ai rencontré Ania dans le cadre d’une série de séminaires organisée au mois de mars 2021 par l’association d’hortithérapie écossaise Trellis (vidéos des séminaires à venir). Lorsque nous avons discuté par la suite avec Ania, une idée est venue… « Une association européenne d’hortithérapie nous rendrait plus forts », évoque-t-elle en conclusion.

Ailleurs dans le monde

Si vous voulez savoir ce qui se passe dans d’autres pays, voici quelques pistes.

Pour les pays hispanophones, suivez Leila Alcalde Banet sur les réseaux sociaux. Elle a co-fondé la Asociación Española de Horticultura y Jardinería Social y Terapéutica. Vous pouvez en apprendre plus sur le parcours de Leila en écoutant ce podcast en espagnol ou cette conférence en anglais dans le cadre des séminaires proposées en mars par l’association Trellis. Vous pouvez aussi écouter la conférence de Daniela Silva Rodriguez Bonazzi sur le jardin de soin qu’elle a créé dans un orphelinat à Lima au Pérou.

Aux Etats-Unis, l’association de référence est l’American Horticultural Therapy Association.

En Ecosse, allez voir du côté de Trellis Scotland. Liste non-exhaustive, à compléter…

Deux nouvelles formations aux jardins qui soignent

2021, une année à marquer d’une pierre blanche pour celles et ceux qui veulent se former à la conception et à l’animation de jardins de soin, de jardins thérapeutiques ou de jardins à visée thérapeutique, ces trois termes étant tous utilisés pour suggérer les bienfaits du jardin pour des personnes fragilisées (sans marcher sur les platebandes des thérapeutes patentés).

Deux nouvelles formations, plus longues et mieux reconnues que les formations existantes, ont vu le jour cette année et accueillent leur première promotion. Une bonne nouvelle pour ces pionniers et les suivants, pour les établissements médico-sociaux et pour les futurs jardiniers qui pourront être toujours mieux accompagnés dans leur parcours de soin grâce à la nature.

Deux nouvelles formations qui nous montrent que les avancées se font sur des temps longs et sur des bases existantes bien enracinées. On parle de jardins, la patience est donc une vertu essentielle. Cette nouvelle étape est énorme et devra être suivie d’autres initiatives dans les années à venir. 

Pour l’instant, savourons notre plaisir et bravo aux deux initiateurs, Emmanuel Coulombs et Audrey Gueit, qui ont déployé tant d’énergie pour que ces deux formations voient le jour.

En Corrèze, une formation de Jardinier Médiateur

Emmanuel Coulombs, enseignant au lycée de l’horticulture et du paysage de Brive-Voutezac et membre fondateur de la Fédération Française Jardins Nature et Santé, portait le projet depuis un bon moment. Comme il le précise, « depuis près de 10 ans le lycée de l’horticulture et du paysage de Brive-Voutezac transmet aux étudiants en Aménagement Paysager l’importance de la nature et des jardins en particulier pour la Santé Humaine et la Cohésion Sociale. Après bien des rencontres et des visites de jardins de soins, de jardins partagés, de jardins d’insertion et de jardins pédagogiques, l’établissement a décidé de soutenir tous ces jardiniers incroyables en créant la spécialisation Jardinier Médiateur. »

La SIL (spécialité d’initiative locale) Jardinier Médiateur a ouvert ses portes il y a quelques semaines et accueille ses trois premiers stagiaires venus d’univers différents : un parc floral à vocation touristique, une collectivité territoriale et une ferme pédagogique. J’ai prévu de vous les présenter plus en détails quand ils auront terminé la formation et pourront nous en faire un retour avec un peu de recul.

Que couvre cette formation continue ? Ce titre professionnel est basé sur l’acquisition de quatre principales capacités : concevoir, créer, gérer et animer des aménagements paysagers et comestibles à visées sociales et/ou thérapeutiques. « L’Agroécologie et la Solidarité entre les formes du Vivant constituent le socle du référentiel professionnel de ces passeurs de biodiversité, ces « fournisseurs d’accès » aux bienfaits de la Nature », explique encore Emmanuel Coulombs. Vous l’avez compris le focus n’est pas uniquement sur les jardins à visée thérapeutique, mais aussi sur ceux dont la visée est sociale. Il semble intéressant en effet d’élargir les compétences de ce nouveau métier de « jardinier médiateur ». A noter que les stagiaires font un passage par le centre de formation du Domaine de Chaumont-sur-Loire, pionnier dans la formation aux jardins de soin en France depuis 2012.

Programme, référentiel, habilitation officielle, tous les détails sont ici et là. Pour tout renseignement complémentaire sur la formation et sur les prochaines sessions, n’hésitez pas à contacter Emmanuel Coulombs : emmanuel.coulombs (at) educagri.frou 06 13 29 26 03

Dans la Drôme, une formation « Conduire un jardin à visée thérapeutique, pour créer un lieu de bien être et d’activité » 

A Audrey Gueit aussi, il a fallu deux ou trois ans, pour faire émerger cette nouvelle formation. Mais là aussi, les racines sont bien plus profondes. Depuis près de 10 ans, le CFPPA Terre d’horizon de Romans-sur-Isère travaille en partenariat avec l’ADAPEI Drôme avec un objectif d’intégration et de partage entre le monde médico-social et le monde dit ordinaire. C’est tout naturellement par le biais du jardin, du jardinage et de la passion des végétaux que le CFPPA a créé des liens, des projets de jardins de soin dans plusieurs établissements et des classes intégrées en son sein.

Riche de ses compétences en jardins et de ses connaissances du monde médico-social, le CFPPA a décidé de créer la formation « Conduire un jardin à visée thérapeutique, pour créer un lieu de bien être et d’activité ». Cette certification de niveau Licence est une spécialisation reconnue par France Compétence, inscrite au Registre spécifique. Elle est répertoriée au CPF (compte personnel de formation) depuis janvier 2021. La formation comprend un total de 250 heures étalées sur 7 mois. Les principales capacités sont la conception et la gestion de jardin de soin ainsi que la création et l’animation d’activité au jardin auprès de personnes vulnérables. A noter que plusieurs membres de la Fédération Française Jardins Nature et Santé sont intervenant(e)s dans cette formation.

Elle ouvrira ces portes en avril 2021. Pour plus d’information, le site du CFPPA Terre d’horizon. Ou bien contactez Audrey Gueit au 04.75.71.25.10 ou audrey.gueit@educagri.fr

Et toujours….

Si vous cherchez une formation dans ce domaine, une source incontournable est le site de la Fédération Françaises Jardins Nature et Santé (rubrique Formations) qui en recense une douzaine, plus courtes que ces nouvelles venues et réparties dans toute la France.

Si vous cherchez une formation là, maintenant, tout de suite, je vous conseille la formation animée par Dr. France Criou-Pringuey du 24 au 26 mars au CFPPA de Carpentras, « Jardins thérapeutiques, des fondements scientifiques à la réalisation »

Si vous avez besoin de plus de bonnes nouvelles…

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette information qui nous vient du Canada via Jeannine Lafrenière. Au Canada, des professionnels de santé peuvent désormais prescrire des moments dans la nature, « une cure de nature ». Cette pratique basée sur les preuves scientifiques est reconnue très officiellement. En Ontario depuis cette semaine comme le décrit cet article, mais aussi en Colombie Britannique depuis décembre 2020. Yes !

« Nous avons eu un intérêt incroyable pour le PaRx (Park Prescriptions), avec près de 500 prescripteurs inscrits de neuf provinces et territoires depuis son lancement il y a moins de trois mois », explique Melissa Lem, médecin de famille en Colombie Britannique et directrice de Park Prescriptions. « La plupart des prescripteurs inscrits sont des médecins de famille, suivis par des oncologues, des médecins d’urgence, des psychiatres et des infirmières. Nous avons également des psychologues, des physiothérapeutes, des pharmaciens, des ergothérapeutes, des chiropracteurs et des naturopathes inscrits ». Une initiative inspirée d’un programme similaire en Californie…et qui devrait inspirer à son tour d’autres pays…

« Manières d’être vivant » : les humains, une espèce parmi tant d’autres

J’ai découvert le livre de Baptiste Morizot, Manières d’être vivant (Actes Sud, 2020) cet été chez des amis. Je me le suis procuré et il murit doucement. Ce mois-ci, c’est ce dont j’ai envie de vous parler.

Commençons par la quatrième de couverture.

« Imaginez cette fable : une espèce fait sécession. Elle déclare que les dix millions d’autres espèces de la Terre, ses parentes, sont de la « nature ». A savoir : non pas des êtres mais des choses, non pas des acteurs mais le décor, des ressources, à portée de main. Une espèce d’un côté, dix millions de l’autre, et pourtant une seule famille, un seul monde. Cette fiction est notre héritage. Sa violence a contribué aux bouleversements écologiques….Il s’agit de refaire connaissance : approcher les habitants de la Terre, humains compris, comme dix millions de manières d’être vivant. »

Maitre de conférence en philosophie à l’université d’Aix-Marseille, Baptiste Morizot est aussi un homme de terrain. Son livre nous emmène avec ses compagnons à la rencontre des loups dans le Vercors. Morizot, l’homme qui hurle avec les loups. Et ils lui répondent.

Malgré la distance que nous avons mis entre les autres êtres vivants et nous, Morizot pense que la communication n’est pas impossible. Après avoir hurlé toute une soirée avec les loups, il écrit que « en fait, si l’on fait le travail diplomatique de traduction, d’intercession, si l’on se déplace dans cette zone frontière où les formes spécifiques se brouillent, il est possible d’entrer en contact avec tous les aliens familiers (alien kins » (p. 106).

S’il s’intéresse à la manière d’être vivant des loups, il s’intéresse aussi à celle des humains et écrit ceci : 

« Le vivant se sédimente temporellement comme la roche, mais la différence entre lui et elle, c’est que dans le vivant les couches d’ancestralité sont toutes simultanément disponibles à la surface, et se composent ensemble malgré leur ancienneté différente : dans l’acte d’écrire ses lignes, le pouce opposable offert par les primates il y a trois millions d’années s’allie à l’œil-puits, que j’hérite d’un ancêtre du Cambrien (cinq cent quarante millions d’années), et les deux s’allient à l’écriture, technique apparue il y a quelques six mille ans. 

Les ancestralités animales sont comme des spectres qui vous hantent, en remontant à la surface du présent. Des spectres bienveillants, qui vous viennent en aide, qui font de vous un panimal, animal total, métamorphe comme le dieu Pan, lorsque le besoin s’en fait sentir, pour inventer une solution inouïe au problème de vivre. » (p. 107)

Pour revenir au tout. 

« Et ces ascendances sont partagées. C’est l’idée que par héritage commun ou par convergence évolutive – parce que deux formes de vie ont pendant un certain segment de leur histoire évolutive partagé les mêmes conditions écologiques et les mêmes relations avec d’autres formes de vie – se sont sédimentés, chez des formes de vie qui peuvent être prodigieusement éloignées sur l’ »arbre » du vivant, des dispositions, des comportements et des tonalités affectives qui se ressemblent : des manières partagées d’être vivants. » (p. 109)

Et pour enfoncer le clou.

« Dans l’approche inséparée du vivant défendue ici, la dynamique évolutive prend un autre visage que la seule « théorie de l’évolution » par variation-sélection. Elle devient la sédimentation de dispositif dans le corps, produits par une histoire : des ascendances. Et ces ascendances entrent dans des constellations particulières à chaque moment du drame qu’est la vie d’une lignée ou d’un individu. Ces constellations de puissances corporelles vont inventer littéralement un espace de possibles, une aventure de l’existence jamais vue jusque-là : cette manière d’être vivant comme un loup, comme une tique, comme une sauge des près, comme un humain. Si l’ancestralité animale, végétale, bactérienne est la forme que prend le trait sédimenté lorsqu’il est latent et replié dans un corps ; l’ascendance quant à elle est la forme dynamique que prend l’ancestralité quand elle remonte à la surface du présent pour se conjuguer avec d’autres, et donner le faciès si étrange et pourtant nécessaire, si élégant dans son bricolage, de chaque forme de vie, spécifique et individuelle. Le poète Novalis redécrit de manière libératrice ce que notre tradition nomme Nature. Il écrit : « J’appelle Nature cette communauté merveilleuse où nous introduit notre corps. » C’est de corps-là qu’il parle : épais de temps, tissés d’aliens familiers, bruissants d’ascendances disponibles. » (p. 113)

Retrouver des égards pour le monde vivant

« Pourquoi devrait-on  des égards au monde vivant ? Mais parce que c’est lui qui a fait nos corps et nos esprits, capables d’émotions, de joie, de sens. C’est le monde vivant qui a sculpté toutes nos facultés jusqu’aux plus émancipatrices, dans un tissage constitutif avec les autres formes de vie. C’est lui qui nous maintient debout face à la mort, par sa perfusion continue et joyeuse de vie (cela s’appelle, entre autres, « respirer »). Débranchez ce lien à lui et tout est fini. » (p. 281)

Ou pour le résumer dans la postface écrite par l’écrivain Alain Damasio :

« Baptiste Morizot le pointe avec brio : la crise écologique actuelle est d’abord une crise de nos relations au vivant. Donc une crise de la sensibilité. Un appauvrissement tragique des modes d’attention et de disponibilité que nous entretenons avec les formes de vie. Une extinction discrète des expériences et des pratiques qui participents de l’évidence de faire corps, de se sentir chair commune avec le monde plutôt que viande bipède sous vide d’art. » (p. 310) Il liste les trois contributions majeures de Morizot : redonner la liberté créative au vivant, politiser le vivant et nous recoudre « fil à fil, très finement, en conjurant la malédiction des modernes par une réinscription de l’humain à sa juste place « panimale ».

Ce qui touche dans ce livre est que Morizot n’est pas un philosophe assis derrière un bureau. Il passe du temps dans la montagne qui lui inspire de très beaux textes (les extraits choisis n’en sont pas le meilleur exemple). En tout cas, une lecture dérangeante et enrichissante pour ceux qui, comme moi, clament que renouer nos liens avec la nature est central pour notre bien-être global. Sauf qu’on ressent comme un malaise à utiliser le mot nature ainsi défini et à se centrer autant sur le bien-être de l’animal humain. Morizot élargit cette vision.

Pour écouter Morizot parler de son livre à La Grande Librairie ou sur France Culture.

Des raisons d’espérer : place aux jeunes

Après avoir conclu 2020 avec un billet résolument orienté espoir et optimisme, je persiste et je signe pour inaugurer 2021. Au risque de passer pour une « Pollyanna », une personne excessivement optimiste, aveuglément enjouée ! Je ne délire pas, je sais que nous traversons des moments inédits de mémoire d’humain. Pourtant, les signes d’espoir sont là aussi. Cette fois, parlons des enfants, des adolescents, des jeunes adultes!

Des enfants de maternelle dehors

Au détour d’une conversation, ma cousine Sarah qui enseigne en maternelle dans une grande ville de Bretagne me racontait comment, depuis des années, elle délocalise sa classe à l’extérieur autant qu’elle le peut. Cela aide que la classe en question donne de plein pied vers dehors, un espace vert, des jeux et même pendant un temps un poulailler. Installés à l’extérieur, les enfants dessinent, font des expériences ou écoutent un conte. Ce pas de côté fait toute la différence.

Cela m’a ravigotée de l’entendre parler de ses pratiques qui, dans le cadre du possible, tendent vers le concept des Forest Schools encore très rares en France. Vous en trouverez une liste non exhaustive sur le site Ecole Alternative.

Des adolescents face à la vie et à la montagne

« Vertiges et adolescence: réflexion théorico-pratique sur l’escalade et la montagne comme médiations thérapeutiques à l’adolescence ». C’est la thèse d’exercice de médecine soutenue en octobre par Pauline Espi à l’université Claude Bernard Lyon 1 sous la direction du Professeur Nicolas Georgieff. 

« A la fin du 1er chapitre, nous avions déjà abordé l’intérêt des médiations thérapeutiques avec les adolescents, car nous avions vu en quoi la relation psychothérapeutique classique peut être chargée de menaces. D’autre part, certains des adolescents que nous accueillons dans nos dispositifs de soin se trouvent dans une difficulté d’élaboration psychique et n’ont que peu d’accès à leurs affects (que ce soit dans les troubles psychotiques, les pathologies états-limites ou les conduites addictives). C’est bien d’ailleurs toute la fonction des agirs et des passages à l’acte : traduire ce que la pensée n’arrive pas à élaborer et à adresser. D’autres adolescents ont justement développé un clivage corps-esprit très fonctionnel comme par exemple dans l’anorexie. » 

Présentant ensuite les idées d’Henri Wallon (« La fonction motrice comme première fonction de relation et comme prélude au langage) et le postulat de la psychomotricité (« C’est par le geste que nous rencontrons le monde »), la jeune pédopsychiatre pose les bases : « c’est l’action qui médiatise la rencontre en psychomotricité. Le soignant propose un engagement du corps autant que de l’esprit. Il ne s’agit pas de dire que le mouvement est thérapeutique en soi, car il ne serait alors que de l’agitation ; mais il s’agit de créer un espace où le sujet peut redevenir actif, dans sa double dimension corporelle et psychique. »

Prévenant que « ce découpage est forcément simplificateur, mais il a le mérite de pouvoir organiser les concepts », Pauline Espi met en relation les enjeux adolescents (corps et motricité, fonctions mentales et cognitives, fonction affective, fonction relationnelle) et les leviers thérapeutiques de l’escalade. Voici par exemple les liens qu’elle établit pour les relations affectives.

On apprend qu’une culture de l’escalade thérapeutique est déjà développée en Allemagne et en Autriche. L’Institute for Climbing Therapy s’est créé à Salzbourg en 2005 et des études qui démontrent l’efficacité de la « bouldering psychotherapy » sur les symptômes dépressifs ont été publiées à partir de 2015. Parmi les facteurs actifs, on fait l’hypothèse que l’exercice physique, le sentiment d’efficacité personnelle, la convivialité des échanges au sein du groupe et les exercices de méditation/mindfulness contribuent à l’efficacité de cette psychothérapie.

En tout cas, cette culture de l’escalade thérapeutique arrive doucement en France et aux Etats-Unis et la thèse de Pauline Espi contribue à la crédibiliser. Elle ouvre ainsi des voies de communication entre plusieurs champs du soin et envisage de nouveaux dispositifs soignants comme des groupes d’escalade parents-enfants pour travailler – justement – l’enjeu de la séparation d’avec les parents…

Une jeune adulte sur le Tour de France

Romane Glotain est bien connue des lecteurs et lectrices du Bonheur est dans le jardin depuis plusieurs années (iciici ou encore là). C’est aussi une membre très active de la Fédération Jardins Nature et Santé. Ce printemps, elle se lancera dans une aventure extraordinaire qu’elle racontait le 5 janvier dans l’émission Carnets de Campagne sur France Inter. Son tour de France des jardins thérapeutiques, « Le jardin des Maux’passants prend la poudre d’escampette » va mettre un formidable coup de projecteur sur les jardins thérapeutiques en France. L’itinéraire est quasiment calé autour d’une quarantaine d’étapes, le vélo électrique est trouvé…Vous pourrez la suivre sur Facebooksur YouTube et sur Instagram. Bon voyage, Romane.

Des raisons d’espérer

Les jours raccourcissent. Le soleil se cache. Les mois de confinement, déconfinement, reconfinement font doucement leur travail de sape. Les fêtes de fin d’année s’annoncent comme un vrai casse-tête, voire une roulette russe, pour concilier envie de se retrouver en famille et précautions raisonnables contre la propagation de la Covid.

Même si je reviens d’une grande marche dans les bois en cette fin de dimanche après-midi, l’ambiance est un peu morose. Je ne me sens pas très inspirée devant la tâche de conclure l’année avec un billet énergisant, plein d’optimisme.

Voyons voir si on peut trouver de belles histoires qui nous redonnent de l’espoir face à toutes ces incertitudes.

La maison de retraite Simone Veil des Ulis jardine pendant la crise sanitaire

Cette maison de retraite en Essonne est toute neuve. L’objectif des activités de jardin thérapeutique était de proposer des cultures potagères prolongées par des ateliers de cuisine en commun, autour de 8 jardinières adaptées de la société Verdurable, société dont je vous avais parlé en 2014. L’animatrice de la maison de retraite, Sonia Chedri, avait déjà une expérience du jardin comme outil thérapeutique à l’hôpital gérontologique La Collégiale à Paris. 

« Avec les soignants, nous avons constaté que certains résidents regrettaient leurs anciennes activités comme le jardinage. Ce projet avait pour objectif de favoriser leur bien-être et de les aider à se sentir comme chez eux », explique-t-elle. Pour démarrer, le projet a reçu des financements du programme +de Vie de la Fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France ainsi que de la Fondation Truffaut. 

« Le jardin nous a bien aidés pendant le confinement. Nous avions huit jardiniers, dont quatre du PASA (Pôles d’Activités et de Soins Adaptés) chaque matin. Ils arrosaient, ils aéraient la terre. Les repas thérapeutiques qu’ils préparaient de l’entrée au dessert leur permettaient de se sentir comme chez eux. Ils ont adoré et veulent continuer. Le jardin déstresse, apporte une bouffée d’air et de la gaité », constate Sonia Chedri qui reconnaît avoir beaucoup appris des résidents. « Pendant le premier confinement, c’était dur. On était épuisés. Ca remonte le moral de voir les résidents heureux au jardin. » Les soignants sont conquis, les familles aussi. Un jour peut-être, on n’envisagera pas de construire une nouvelle maison de retraite sans un jardin et sans des ateliers d’hortithérapie.

« A growing body of evidence » : le doute n’est plus permis

LUISA RIVERA FOR YALE ENVIRONMENT 360

On peut avoir des incertitudes sur beaucoup de choses en ce moment. C’est à mon sens un sentiment clé de cette année exceptionnelle. Mais s’il y a une chose dont on est tout à fait sûr, c’est que la nature nous fait du bien. C’est démontré, étude après étude. Pour les enfants et pour les personnes âgées, pour les urbains et pour les campagnards, pour les malades et pour les bien portants.

« Ecopsychology: How Immersion in Nature Benefits Your Health ». Cette sorte de « méta –analyse » de vulgarisation rapporte un tas de conclusions dont certaines ont déjà été évoquées ici comme l’étude de Matthew White qui a démontré, 20 000 personnes à l’appui, que passer deux heures par semaine dans la nature est bon pour notre santé et notre bien-être. Cet article inspirant, paru sur le site Yale Environment 360 de la Yale School of the Environment, date déjà de janvier 2020. Je l’avais laissé mûrir dans ma réserve de bonnes nouvelles, sans doute pour le présenter au moment opportun. 

 

Depuis janvier, de nouvelles études sont encore sorties comme celle-ci sur les « marcheurs émerveillés » de 60 à 90 ans. Dans l’ensemble, les « marcheurs émerveillés », ceux à qui on avait donné la consigne de prêter attention à leur environnement pendant leurs marches, se sentaient plus heureux, moins troublés et plus connectés socialement que les marcheurs « classiques » du groupe de contrôle. Ces derniers avaient tendance à ressasser leurs soucis pendant leur marche au lieu de laisser la nature les émerveiller. Merci à Jeannine Lafrenière de la Fondation Oublie pour un instant d’avoir déniché et partagé cet article.

 

Oui, mais comment ça marche ?

OK, la nature nous fait du bien. On le savait et les études le prouvent. Il reste une question de taille. Par quels mécanismes la nature agit-elle sur notre santé et notre bien-être ? Si vous voulez le savoir, cette revue de littérature avance plusieurs hypothèses. Elle nous vient du « Landscape and Human Health Laboratory » au « Department of Natural Resources and Environmental Sciences » de l’université d’Illinois à Urbana-Champaign. Voici quelques hypothèses probables :

Les conditions environnementales : les phytoncides (des composés organiques volatiles antimicrobiens), les ions négatifs de l’air, la bactérie Mycobacterium vaccae, des vues et des sons qui inhibent le système nerveux sympathique et activent le système nerveux parasympathique, la réduction des pollutions.

Des états psychologiques : expériences d’émerveillement, des sentiments de vitalité et la restauration de l’attention.

Des comportements et conditions qui contribuent à la santé comme l’activité physique, l’obésité, le sommeil et les liens sociaux.

Chacun de ces mécanismes joue un rôle, plus ou moins important. Cependant, l’auteur pense qu’un principe actif central est l’amélioration du système immunitaire, c’est-à-dire l’ensemble des mécanismes de défenses de l’organisme.

Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix pour sa lutte contre la déforestation du Kenya

Wangari Maathai (1940-2011) a bravé bien des obstacles dans sa vie. D’abord pour recevoir une éducation en tant que fille et ensuite pour stopper la déforestation et l’érosion des sols grâce à son Mouvement de la ceinture verte qui a fédéré les femmes dans les villages kenyans. Son combat est une inspiration. Lisez cet article richement illustré sur Wangari Maathai dans ma newsletter préférée du dimanche matin, Brain Pickings, de Maria Popova. En passant, je vous conseille cette newsletter qui parle très souvent, très littérairement de notre lien avec la nature.

Wangari Maathai la femme qui plante des millions d’arbres de Franck Prévot et Aurélia Fronty

Finalement, toutes ces ondes positives m’ont fait du bien. A vous aussi, j’espère. Je vous souhaite de bonnes fêtes. Prenez soin de vous et de vos proches. 

Sabrina Serres : une soif d’apprentissages et de partages

Sabrina Serres

Les lecteurs historiques et attentifs du Bonheur est dans le jardin connaissent déjà Sabrina Serres. En 2017, elle avait partagé avec nous son mémoire « L’hortithérapie, pratique thérapeutique non médicamenteuse, humaniste et innovante »écrit dans le cadre de la licence ABCD qu’elle venait de terminer (Conseil et développement en agriculture biologique). Je l’avais rencontrée quelques mois plus tôt à l’occasion de la 3e édition du concours « Projet d’avenir » de la Fondation Truffaut dont elle avait été lauréate avec un projet de jardin thérapeutique pour le PASA (pôle d’activités et des soins adaptés) d’une maison de retraite dans le Tarn.

Approfondir ses connaissances, élargir son horizon et partager ses réflexions sont des valeurs fortes pour Sabrina. Nous la retrouvons aujourd’hui alors qu’elle vient de terminer un nouveau diplôme, un nouveau jalon dans son parcours. Mais pour mieux comprendre ce parcours, je vous propose un retour en arrière.

Sabrina, peux-tu nous expliquer ton parcours jusqu’à aujourd’hui ? Comment les différentes étapes s’imbriquent-elles ? Quel est le fil conducteur ? 

Le fin conducteur est mon besoin d’être au service de l’autre, d’apporter le soin, de pratiquer le care toujours dans l’échange et le partage. En tant qu’orthoprothésiste pendant 16 ans, je fabriquais des appareillages en concertation avec les kinés, les ergothérapeutes, les médecins, les équipes en atelier. Je me suis rendue compte que le care pouvait être encore plus fort en intégrant le végétal.

Cette prise de conscience est venue d’une remise en question à la naissance de mon premier fils. Je me suis demandée ce que j’avais envie de donner au monde. A ce moment-là, je suis passée par le rapport à l’assiette et à l’alimentation avec une imbrication de ma vie personnelle et de ma vie professionnelle. Je me suis demandée comment je pouvais produire quelque chose de beau et de bon. C’est ainsi que j’ai validé en 2016 un Brevet de technicien Responsable Exploitation Agricole (REA) en maraîchage biologique. Puis j’ai obtenu une licence ABCD (Conseil et développement en agriculture biologique) en co-habilitation avec l’Université Blaise Pascal d’Aubière, VetAgroSUp et l’établissement Inéopole Formation.

Mais cela ne me semblait pas suffisant. J’avais envie de développer la conception et l’animation de jardins thérapeutiques adaptés aux personnes en situation de handicap, personnes âgées et personnes fragilisées. Je me suis lancée dans une formation sur la conception des espaces à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, une formation en deux ans.

Parle-nous de ce diplôme de concepteur et créateur de jardins que tu viens tout juste de terminer à l’ENSP de Versailles ?

J’avais besoin de comprendre les espaces et comment ils impactent l’état de santé, par la lumière par exemple ou en répondant au besoin de protection. J’avais aussi besoin de nourritures intellectuelles pour comprendre comment les choses se créent. Ce diplôme m’a permis d’améliorer ma réflexion, de me donner les moyens. Mon but maintenant est d’être un maillon de la chaine pour agir sur les espaces.

La formation à Versailles m’a appris à être dans un temps de rendu et de travail dense car, pendant deux ans, cette formation m’a permis une remise en question perpétuelle. Je peux voir comment j’ai évolué dans ma relation à l’autre et ma vision du jardin de soin qui, pour moi, dépasse l’hôpital et l’institution. J’ai envie d’apporter cette énergie au plus grand nombre, en bas des immeubles par exemple et jusqu’à la fin de vie.

Dans l’esprit de partage qui est le sien depuis que je l’ai rencontrée, Sabrina partage son nouveau travail, ce mémento qui est le point d’orgue de sa formation à l’ENSP sur « L’art des jardins au service de la santé ». Après un historique très complet, le mémento déploie des réflexions sur l’habitat refuge, la scénographie propre à stimuler la curiosité, la sensorialité, le jeu de l’ombre et des lumières ou encore les synusies (l’ensemble des organismes vivants, et donc des plantes, suffisamment proches par leur espace vital, leur comportement écologique et leur périodicité pour partager à un moment donné un même milieu). Elle partage également une proposition de synthèse de la pyramide des besoins de Maslow et des travaux de Nigel Dunett applicable aux jardins de soins. Enfin, elle nous rappelle très à propos que « le Plan National Santé Environnement 4 (PNSE 4) « Mon environnement, ma santé » (2020-2024) renforce l’action globale d’amélioration de la santé dans son environnement. Ce plan dépasse les frontières des établissements et s’étend à l’ensemble de l’espace urbain »….Ces oasis de biodiversité deviennent des lieux, apportent le cadre, nécessaires à une santé préventive individuelle et collective, sur l’ensemble du territoire. »

Quels sont maintenant tes projets en t’appuyant sur l’ensemble de tes formations ? 

J’espère pouvoir œuvrer maintenant sur cette thématique des jardins de soin enrichie de cette expérience auprès de l’école de Versailles. J’ai commencé mon activité en créant ma structure, Atelier Paysages et Ressources, et intégrant une coopérative d’emploi qui répondait à mes valeurs sur le développement durable et l’écologie.

Dans un premier temps, je vais faire une présentation début novembre à l’ancienne structure pour laquelle je travaillais en tant qu’orthoprothésiste, l’ASEI (« L’ASEI a pour objet, l’accompagnement, l’éducation, l’insertion des personnes en situation de handicap et des personnes dépendantes et fragilisées. L’association gère 114 établissements et services sanitaires et médico-sociaux » ). Je voudrais partir des besoins des établissements de l’ASEI. Ce serait une évolution naturelle. Puis dans un second temps, j’envisage de contacter d’autres établissements.

J’entends que ce n’est pas évident de vivre de cette activité de conception de parcs et jardins et de prises en charge autour du végétal, c’est-à-dire d’hortithérapie, dans les jardins que je créerai. C’est ce que je veux faire et je vais le faire corps et âme. Je suis dans le Tarn en Occitanie, mais je peux intervenir là où le vent me porte. Par exemple, j’ai fait un stage chez Audrey Hennequin de Courant d’Air en Nouvelle Aquitaine. Ces échanges me nourrissent intellectuellement et émotionnellement.

Je crois que tu as déjà un projet en route ?

Oui, j’anime depuis peu des ateliers dans un Ehpad de Castres. Nous fixons des objectifs thérapeutiques pour chaque participant. Au bout de 10 ateliers, nous verrons si on constate une amélioration de l’état. Vendredi dernier, nous avons travaillé sur le toucher. Lors du prochain atelier, nous allons collaborer avec la psychomotricienne sur la fluence verbale, la verbalisation de ce qu’on voit et de ce qu’on fait. Pour l’instant, nous travaillons avec des jardinières de Verdurableavant d’évoluer vers un jardin. Je précise que c’est France Alzheimer Tarn qui subventionne mon intervention.

Pour contacter Sabrina Serres, voici son compte LinkedIn où elle explique sa démarche et son email : atelierpaysagesetessources (at) gmail.com

Pour lire le mémento issu de son travail à l’ENSP de Versailles

La hiérarchie des besoins de Maslow adapté à la conception des jardins en lien avec la santé, inspirée des travaux de Nigel Dunett pour un plan de plantation naturaliste
Inviter l’usager du site à se mouvoir dans un lieu resserré stimulant des notions comme la proprioception, l’éveil des sens par le frottement du corps, de la main sur le végétal propose des effet de surprise et de curiosité. Le rythme des carrés de bois structure l’espace et cadre la déambulation au milieu des aromatiques.
Une palette végétale goûteuse offrant au visiteur une proposition de mise en scène du goût par la plasticité des végétaux, leurs couleurs et le rythme des saisons.
Ce travail a été influencé par des ateliers de recherches sur la couleur réalisées à l’école national supérieurs de Paysage sur Versailles où j’ai pu appréhender l’impact chromatique visuel sur notre perception.
Cet extrait de conception proposé pour l’accueil de jour de l’hôpital de la Porte Verte de Versailles invite à accompagner le résident au-delà de l’entrée de la structure par ce couloir végétal. Cet espace, ce couloir est un lieu de transition entre un espace ouvert vers un espace fermé accompagne sereinement le résident vers l’établissement, mais aussi marque une limite entre les espaces accueil, l’établissement et le jardin de soin.

Florence Gottiniaux : paysagiste convaincue du lien jardin-santé

Je connais Florence depuis….belle lurette. L’envie de parler de son travail dans le monde des jardins de soins n’est pas nouvelle. Mais hier, dans des circonstances qui seraient un peu longues à expliquer, nous avons eu l’occasion de partager une tisane et de discuter devant une caméra.

Le 15 octobre, vous pourrez retrouver Florence lors du webinaire « Biodiversité : quels impacts de la nature sur la santé des citadins ? » organisé par le CIBI (Centre International Biodiversité et Immobilier) et Plante & Cité. Elle interviendra aux côtés de Gilles Galopin, enseignant-chercheur à Agrocampus Ouest Angers et de Bastien Vajou, psychologue et doctorant, Université d’Angers et Plante & Cité, dont la thèse en cours s’intéresse aux effets des espaces de nature urbains sur la santé mentale des citadins pour Plante & Cité. Pour s’inscrire gratuitement au webinaire (100 participants maximum), cliquez ici. L’échange promet d’être passionnant.

Croquis du jardin de soin que Florence Gottiniaux a conçu pour le domaine de Chaumont-sur-Loire en 2018

Quand une paysagiste s’éveille aux bienfaits du jardin

Combiner jardin et soin demande une nouvelle formation

Des projets de longue haleine

Pour plus d’information sur la réalisation du jardin de soin et de santé de Chaumont-sur-Loire, vous pouvez consulter ce billet de juin 2018.

Formatrice en inter et en intra à Chaumont-sur-Loire

Une prise de conscience encore timide en France

En conclusion, des signes d’espoir

Les jardins ne font pas la rentrée

Il y a quelques semaines au Jardin de Bonne

C’est la rentrée. Prenons une grande respiration pour calmer nos esprits déjà surchauffés. Oui, vraiment. Fermez les yeux si vous en avez envie et respirez profondément plusieurs fois. Pour vous reconnecter à votre corps, à ce moment. Pour arrêter la roue à hamster quelques instants. C’est un super pouvoir que nous avons toutes et tous.

Les jardins, on le sait, ne prennent pas de vacances. Ils poussent, avec ou sans nous. Pour celles et ceux qui s’occupent de jardins dans des lieux de soin, j’espère que vos jardins ont bien passé le cap de l’été et des vagues de chaleur. J’espère aussi que, pendant ces deux derniers mois, vous avez eu « votre dose » de nature, que vous avez profité de moments d’émerveillement dans un minuscule jardin urbain ou une immense forêt millénaire, que vous avez fait des découvertes étonnantes tous vos sens en éveil, que vous avez rencontré vos proches et vos amis différemment entourés de nature en promenade ou en pique-nique ou bien encore que vous avez fait une sieste dehors bercés par le chant des oiseaux. 

La nature, ce n’est pas que pendant les vacances. Rappelez-vous qu’elle est là autour de vous à tout moment, même pour les ultra-urbains. Pendant le confinement, on l’a vue se manifester plus librement et beaucoup de gens ont ressenti une attirance nouvelle pour la nature et son pouvoir ressourçant. J’en avais parlé en avril, en mai, en juin et vous avez sans doute lu pas mal d’articles un peu partout à ce sujet. Ne l’oublions pas.

Psychothérapie à l’air libre

C’est sur la force de ce constat et en me basant sur mon engagement depuis 2012 autour de la nature et de la santé que j’ai pris une décision toute naturelle. En parallèle de mon travail de psychologue à temps plein auprès de personnes âgées qui vivent chez elles, je souhaitais lancer une activité de psychothérapeute – forcément réduite en termes d’heures par semaine – auprès d’adolescents ou d’adultes. Cette activité se déroulera exclusivement dans des jardins à Paris. Il existe des jardins assez grands et procurant assez d’espaces privés pour servir de cadre à des séances qui respectent la nécessité de confidentialité. Assis ou en marche, nous utiliserons l’approche des thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles (TCC ou TCCE) à laquelle je suis formée et qui a fait ses preuves pour les personnes souffrant de nombreux troubles comme la dépression et l’anxiété, les troubles obsessionnels compulsifs, le stress post-traumatique, la douleur, les troubles du sommeil et d’autres.

Je n’invente rien. Yann Desbrosses que je vous avais présenté au début de l’été pratique en plein air et considère même que « les séances en pleine nature sont une alternative sanitaire » dans la période actuelle. Il y a deux ans, je vous avais aussi parlé de Beth Collier, une psychologue anglaise qui reçoit dans les bois. Si cette pratique n’est pas nouvelle, elle n’est pas encore très répandue. Mais elle me semble s’imposer aujourd’hui comme une évidence. Il existe sans doute d’autres exemples, que j’aimerais découvrir. En tout cas, c’est l’envie qui me porte de mon côté et qui devra forcément correspondre à l’envie de mes futurs patients. 

Deux suggestions pour nourrir l’esprit

La reprise des activités diverses, les sollicitations en tout genre nous accaparent. Le temps nous semble compté. Je ne vais pas vous submerger. Voici juste deux propositions qui ont le mérite d’ouvrir nos horizons, de nourrir nos esprits.

Mon été a été marqué par une lecture recommandée par Florence Gottiniaux. Merci, Florence. Vous connaissez peut-être déjà ce livre. Il pose beaucoup de questions qui partent du jardin potager et maraicher et ont des ramifications globales. « Permaculture, guérir la Terre, nourrir les hommes », Perrine Hervé-Gruyer et Charles Hervé-Gruyer, Actes Sud, 2017.

Je vous suggère aussi cette master classe de Gilles Clément diffusée sur France Culture en 2019. On cite souvent Gilles Clément sans l’avoir lu ou sans bien le connaître. J’avoue que c’est mon cas. Voici l’occasion en une heure de l’écouter développer sa pensée. Rien à lire, juste à écouter. « La nature vient créer avec vous, elle continue quand vous n’êtes pas là ».

Mon chêne préféré dans le Poitou

Un weekend chez Rosa Bonheur et une vie anti-gaspi

Un billet d’été résolument égocentré dans lequel je vous raconte mon séjour chez Rosa Bonheur et la sortie – retardée par la Covid – de mon dernier livre chez Hatier.

Le bonheur est dans le jardin de Rosa Bonheur

Sauter dans un train pour échapper au train-train ! C’est l’aventure que nous avons vécue le weekend du 14 juillet. Comme beaucoup d’urbains éprouvés par des semaines de confinement et de mesures sanitaires, nous avions besoin d’un bol d’air frais, d’un cocon de nature, d’une immersion dans les bois. La solution fut de se lever samedi matin, de choisir une gare parisienne et de prendre le premier train en partance. Ce fut la Gare de Lyon et la ligne R en direction de Montargis, deux minutes avant le sifflet du départ.

A peine installés, nous nous sommes plongés dans notre guide des sorties en région parisienne sans voiture et nous avons eu une révélation. Thomery était une des destinations de notre train. Grâce à Servane H-M, j’ai pensé au Chasselas de Thomery et notre guide nous a parlé de « Thomery Bonheur », le lieu où la peintre animalière Rosa Bonheur a vécu pendant 40 ans et où elle est morte en 1899. Nous ne sommes pas insensibles aux peintures de Rosa depuis que nous l’avons découverte à l’occasion d’une exposition à Port-Royal des Champs en 2016. C’était décidé. Nous savions désormais où descendre.

Le marché aux chevaux dont la vente pour 40 000 francs a permis à Rosa Bonheur d’acheter sa propriété à Thomery

La marche dans les bois pour rejoindre le château de Rosa Bonheur depuis la petite gare de Thomery est un premier bonheur. Il fait frais dans le sous-bois, nous sommes seuls. Nous avons déjà trouvé ce que nous sommes venus chercher. A l’arrivée devant le portail du 12 rue Rosa Bonheur, nous allons de bonnes surprises en bonnes surprises. Notre guide, déjà vieux de 15 ans, ne nous avait pas préparés à la tornade Katherine Brault et filles. Elles se sont installées dans les lieux il y a trois ans avec passion, comme investies d’une mission de préservation et de redécouverte d’une artiste hors norme et du havre qu’elle s’était créé « loin » de Paris.

On découvre qu’on peut déjeuner d’une excellente salade composée dans le grand jardin avec vue sur un mur à chasselas de Thomery et sa verrière protectrice, sur le château bordé de rosiers Pierre de Ronsard et sur des bois mystérieux et bienveillants. On découvre que l’on peut visiter l’atelier de l’artiste et sa maison avec pour guide l’une des filles de Katherine Brault qui puise dans des tonnes de connaissances sorties des archives redécouvertes dans les greniers. On découvre qu’on peut y coucher – dans la chambre de Rosa Bonheur à deux pas de son atelier, plaisir dont on ne se privera pas. On découvre que ce soir-là, dans la cour du château, se joue L’Epreuve de Marivaux par la troupe dont fait partie une autre fille de la nouvelle propriétaire des lieux, troupe privée d’Avignon et heureuse de jouer en plein air devant un public finalement francilien. On découvre qu’on pourra diner, seuls dans le jardin, après le spectacle en posant toutes les questions qui affluent à la troisième fille de Katherine Brault.

Pour vous familiariser avec Rosa Bonheur, je vous renvoie au site de son château-muséeau livre de sa protégée et amie Anna Klumpke, à ce dossier de France Culture ou à cet article en anglais puisque c’est aux Etats-Unis et en Angleterre qu’elle devient une superstar de son vivant. Je retiens une femme libre et indépendante, originale et talentueuse, pleine de contradictions en plein 19e siècle. Il me semble que, 120 ans après sa mort, chacun de nous investit ce petit bout de femme formidable de toute une mythique personnelle.

Et pour revenir à nos moutons et aux siens – ainsi qu’à ses chevaux, bœufs et autres bisons, Rosa Bonheur m’a intéressée aussi à travers son rapport avec les animaux. Peintre animalière donc, elle privilégie l’animal par dessus le sujet humain dans ses tableaux souvent monumentaux. Vivant entourée d’animaux  à Thomery (plus de 200 animaux de 50 espèces différentes dont des lions et des sangliers, on a du mal à l’imaginer), elle est convaincue que les animaux ont une âme qu’elle cherche à rendre dans sa peinture. Et c’est peut-être là le secret de son succès dans les pays anglo-saxons si on adhère à la thèse défendue par Valérie Chansigaud dans son livre Les Français et la nature, pourquoi si peu d’amour que je vous avais recommandé comme lecture de confinement. Il me semble en tout cas que l’historienne défend ce point de vue : lil existe chez les Anglo-saxons un rapport plus sensible au monde naturel et aux animaux, un intérêt plus vif pour la contemplation plutôt que pour la maitrise et la domination de la nature par l’homme. 

La fascination pour la nature et les animaux vient tôt à Rosa (ou Rosalie comme on l’appelle dans son enfance). A 10 ans, « visitant les berges et les lisières, elle faisait d’énormes bouquets de marguerites et de boutons d’or, ou bien elle s’enfonçait au milieu des taillis, se couchant sur l’herbe, passant des heures entières à écouter le chant des fauvettes, à observer les magnifiques effets du rayon de soleil qui filtre sous les rameaux, ou à contempler, rêveuse, les grands nuages blancs et roses que le couchant sème dans l’azur », écrit lyriquement son amie et biographe. Tout à fait le genre d’enfance dont Richard Louv pleure la disparition ces dernières années…

Avec sa grande amie Nathalie Micas, elle voyage un peu partout en France, elle pour dessiner des études qui alimenteront ses peintures et Nathalie pour consolider sa santé fragile. Un de leurs voyages mémorables les emmène en Angleterre et en Ecosse où Rosa s’immerge pleinement dans la nature locale, est reçue comme une héroïne par les artistes et de riches amateurs d’art, crée une émeute presque digne des Beatles lorsqu’elle visite le marché à bestiaux de Falkirk pour y acheter moutons et bœufs qu’elle ne pourra finalement pas ramener en France pour de mesquines histoires de douanes.

« C’est pour fuir cette obsession constante (quand elle devient célèbre, tout le monde accourt dans son atelier rue d’Assas) autant que pour me rapprocher de la nature, que j’ai pris la résolution de m’en « aller aux oiseaux » comme dit Aristophane, c’est-à-dire de me réfugier dans la solitude et de vivre loin du monde », lit-on encore dans sa biographie.

Je note toujours à la lecture de Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre d’Anna Klumpke que l’artiste faisait des promenades journalières dans la forêt aux alentours de Thomery où elle s’installait parfois pour peindre, comme beaucoup d’autres peintres l’ont fait dans cette région. En tout cas, toute mondaine qu’elle pouvait être (l’impératrice Eugénie vient lui remettre « à l’improviste » la légion d’honneur à Thomery avec une invitation au château de Fontainebleau où la peintre déjeunera aux côtés de Napoléon III), Rosa Bonheur a entretenu un lien profond, central à son art, avec la nature et les animaux.

Réduire les déchets au quotidien : une intention plus qu’une injonction

Et sans transition, on passe à un moment d’auto-promotion. A la demande de Caroline Terral, « mon » éditrice chez Hatier avec qui j’avais beaucoup aimé travailler sur un premier livre consacré à la reconnexion des enfants à la nature, j’ai récidivé. Le thème cette fois : donner des pistes aux familles pour adopter des habitudes quotidiennes de réduction des déchets et les inciter à repenser notre consommation qui est trop souvent en mode automatique. Oui, le sujet est dans l’air du temps. Ce livre est court, pratique, issu pour beaucoup de mon expérience familiale et personnelle. J’insiste ici sur ce point : ma frugalité, certes imparfaite car je ne suis pas une sainte, me vient tout droit de mes parents qui sont nés dans les années 1930-1940 dans des familles modestes. Grandir dans une ferme pendant une guerre forge un certain caractère même si on pourrait prendre ensuite plusieurs chemins dans sa vie adulte. En tout cas, je remarque que cette frugalité, née de la nécessité quand ma mère était enfant, revient à la mode. Finalement toujours par nécessité, cette fois plus urgente et globale.

Mon espoir avec ce livre est simplement de susciter une réflexion, loin de la culpabilisation. Signe qui m’a fait plaisir, Caroline a convaincu Hatier de distribuer le livre à ses collaborateurs. Si vous voulez adhérez à la logique anti-gaspi proné par le bouquin, vous devrez dégoter un exemplaire d’occasion, le faire passer parmi vos amis et ensuite le déposer dans une boite de troc de livres. Au minimum !

Pour vous renseigner, voici deux liens utiles.

Une vidéo de présentation (d’après ma copine Nathalie, c’est pas mal, mais je devrais être plus souriante. A vous de juger.)

La page de Hatier pour commander le livre

Réduire les déchets au quotidien : mode d’emploi pour lutter contre le gaspillage, 2020, Hatier.

Sur ce, très bel fin d’été, beaucoup de douceur et de rêverie, de petits et de grands moments dans la nature et le jardin.