Beth Collier, une thérapeute qui reçoit dans les bois

Si Beth Collier n’avait pas rencontré il y a quelques années un jeune garçon, enfermé dans sa colère et imperméable aux outils classique de la psychothérapie, elle n’aurait peut-être pas pris le chemin qui l’a menée à recevoir aujourd’hui tous ses patients dans des parcs londoniens, à diriger un programme de reconnexion à la nature baptisé Wild in the City et à former d’autres thérapeutes dans sa Nature Therapy School. Tous ses projets sont ancrés dans une même conviction que la nature est l’alliée de notre santé et de notre bien-être.

Une enfance à la campagne

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Beth Collier dans son cabinet de thérapeute @http://www.bethcollier.co.uk

« J’ai grandi à la campagne sur une petite ferme, immergée dans la nature. La nature a toujours été un sanctuaire qui m’a soutenue et nourrie », me raconte Beth au téléphone. Je suis assise chez moi à Paris, Beth me parle depuis un parc à Londres. Aujourd’hui psychothérapeute, elle a commencé par des études de religions comparées et d’anthropologie, puis elle a travaillé pendant 15 ans notamment auprès de réfugiés. C’est pour les accompagner qu’elle a entamé de nouvelles études de thérapeute, même si elle travaille aujourd’hui avec un public plus vaste.

Revenons au jeune garçon qui a montré à Beth une nouvelle voie. « Ce garçon de 11 ans était plein de colère, il vivait dans un quartier difficile et était en danger de rejoindre un gang. Il n’avait pas de lieu pour courir et explorer, pour dépenser son énergie », se souvient-elle. « J’ai commencé à emmener des groupes d’enfants dans les parcs. Eux qu’on critiquait toujours pour leur comportement pouvaient enfin être loués pour leurs compétences d’observateurs et de leaders. » A l’époque, Beth travaillait comme bénévole avec des enfants tandis que sa pratique privée s’adressait à des adultes.

Naturellement, elle a commencé à proposer à ses patients de les voir à l’extérieur. « Cela me permettait d’être plus authentique puisque je savais bien tout ce que m’apporte la nature. Le lieu est important et beaucoup de gens ne sont même pas conscients de leur perte de lien avec la nature car certains n’ont jamais fait cette expérience. » Adepte de la théorie de l’attachement de John Bowlby et Mary Ainsworth, elle prend en compte le fait que le lien avec la nature est très différent de personne à personne. « La nature est en mesure d’offrir les conditions de base d’une personne qui prodigue des soins et, par conséquent, un attachement positif, en tant que véritable mère, ce qui crée le potentiel thérapeutique nécessaire pour nous aider à développer des liens secureavec les gens et le monde naturel », explique Beth sur son site.

« Mon unique cabinet est la nature »

« Depuis 2014, je pratique la psychothérapie exclusivement dans la nature », ajoute Beth. Ses patients sont des adultes démographiquement très divers qui se débattent avec des difficultés liées au deuil, à des ruptures, à du harcèlement. Très souvent, ils ont vécu des évènements traumatiques. « Face à face, parler du traumatisme peut être intimidant. Alors qu’en marchant ou assis dans la nature, c’est plus facile et la personne peut mieux réguler ses émotions. » Sa pratique est intégrative (thérapie centrée sur la personne, psychodynamique, humaniste, cognitivo-comportementale, thérapie brève, techniques de relaxation et de méditation). Le cadre reste la nature.

« On travaille sur les relations et en particulier la relation à la nature. La pluie par exemple, on peut l’aimer ou la ressentir comme oppressante. Le soleil peut induire un sentiment de culpabilité si on se reproche d’être déprimé malgré le beau temps. On ne peut pas faire de suppositions. La thérapie dehors, comme dans un bureau, consiste à explorer les émotions et les relations. »

« Pendant la séance, j’ai moi aussi une relation à la nature. Et eux ont une relation avec moi et avec la nature. J’aime beaucoup les séances à cette période de l’année (septembre) quand le soleil se couche et qu’on voit les étoiles à la fin de la séance. Le cadre est dynamique et différentes émotions sont évoquées. Je fais aussi des séances dans le noir parfois. » Si un patient doit lui parler par téléphone, elle même prendra l’appel dans un parc.

Certaines personnes sont-elles déroutées ? « Il peut y avoir plus d’anxiété. Nous ne fermons pas la porte d’un bureau, on peut nous voir. L’alliance thérapeutique est là pour fournir un cadre. On peut parler de ce que l’on ressent dans ces conditions », explique la thérapeute qui sait aussi s’adapter, changer de direction, choisir des coins plus tranquilles, se taire en croisant un groupe. « Dans cet espace, j’invite le patient à prendre la responsabilité d’où ses pas le portent. »

 

Wild in the City

Wild in the City

Les programmes de Wild in the City reconnectent des citadins à la nature qui les entourent. @http://wildinthecity.org.uk

Je n’ai pas pensé à lui demander si elle avait lu Last Child in the Woods, le livre de Richard Louv sous-titré « Sauver nos enfants du trouble du déficit de nature » sorti en 2005. Il y a de grandes chances. Car en 2013, Beth a lancé Wild in the City, une association qui propose des activités dans la nature à tous les publics de 3 à 103 ans pour améliorer leur bien-être. « La nature est souvent au pas de leur porte sans qu’ils ne le sachent. Certains parents, eux mêmes déconnectés de la nature, ne savent pas comment faire avec leurs enfants. Nous pouvons leur faire reprendre confiance en les reconnectant, en les immergeant dans la nature », explique-t-elle. Marches de nuit pour observer les chauves-souris, sorties pour identifier les oiseaux, activités de « bushcraft » faisant appel à des techniques ancestrales pour se connecter à la nature, les propositions de Wild in the City sont vastes et souvent gratuites pour les participants.

« Notre programme Nature Connectors s’adresse aux personnes de couleur qui passent encore moins de temps dans la nature parce que, pour elles, il existe des barrières et un sentiment d’insécurité. Par petits groupes d’une dizaine de personnes, nous explorons des espaces naturels locaux en nous posant des questions. Il s’agit d’intimité avec la nature et avec les autres. Nous créons une communauté de personnes de couleur. »

Wild in the City et quatre autres organisations locales ont créé Natural Health Service, un nom choisi en référence au système de santé britannique le National Health Service. « Nous travaillons en lien avec des médecins généralistes (GP). On sait que 40% des consultations ont pour objet l’isolement social et la solitude plus que la maladie. L’idée est aussi d’offrir une alternative aux médicaments, d’utiliser la nature pour encourager la santé et le bien-être tout en soulageant le National Health Service. »

 

Former d’autres thérapeutes à la Nature Therapy School

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La thérapie basée dans la nature @http://naturetherapyschool.com

Au départ, la Nature Therapy School offrait uniquement des thérapeutes déjà diplômés, dans le cadre de leur formation continue sous forme d’atelier de trois jours (CDP ou continued professionnal development) ou d’une formation plus longue (un « diploma »). « Soit ils veulent faire leurs premiers pas pour voir leurs patients dehors, soit ils le font déjà et ont besoin de la théorie autour. On parle du cadre, du processus, des limites. » La Nature Therapy School se développe. « Je travaille en ce moment pour faire accréditer un « diploma » qui formera des thérapeutes spécialistes de la psychothérapie dans la nature, mais cette fois des personnes qui ne sont pas déjà thérapeutes. »

Beth publie aussi un blog, Nature’s Therapy, un peu délaissé depuis quelque temps pour se consacrer à un livre à paraître, en 2019 si tout va bien, sur la théorie et la pratique de la « nature-based psychotherapy ». Fatiguée, Beth Collier ? « La nature me donne de l’énergie et me calme. Elle me nourrit. Quand je suis à l’intérieur, je me sens toute somnolente.  J’ai tellement de chance d’avoir pu inventer ce travail dans la nature. »

 Jardin, culture européenne et santé

Comme promis, une édition spéciale pour donner la parole à Nicole Brès, une hortithérapeute qui collabore souvent à ce blog  (natureenvilletherapie (at) gmail.com) et à Sylvain Hilaire, historien des jardins et des paysages. Un billet qui contient une invitation pour le 30 septembre. Merci à tous les deux. 

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Savez-vous que chaque pays européen a un emblème végétal ? Et que la diversité des cultures et de l’histoire de l’Europe peuvent se relire par l’histoire des plantes ?

Savez-vous où se trouve le premier  » jardin citoyen européen » ?

Il se trouve devant la maison-musée de Jean Monnet à Bazoches, (propriété du Parlement européen) en cours d’installation par l’association Paradeisos – Jardins européens.

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Cette association est née en 2018 d’une initiative d’acteurs du monde des jardins, de la culture et du patrimoine, mais aussi de thérapeutes, chercheurs, professeurs, animateurs socio-éducatifs, pharmaciens-herboristes, écologues et spécialistes de l’environnement. Son domaine d’intervention est donc foncièrement intersectoriel et interdisciplinaire, avec l’ambition de combiner les approches culturelles, sociales, thérapeutiques et environnementales autour de la réalisation partagée de “jardins patrimoniaux”. Cela repose sur une méthode originale expérimentée à Port-Royal des Champs depuis les années 2000 (voir article précédent (Des patients hors les murs à Port-Royal des Champs), et dont le champ d’action a été élargi au niveau du patrimoine jardin et paysager européen.

Le jardin et le paysage constitutifs de l’identité européenne

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Le projet associatif part en effet du constat général que la relation au jardin et au paysage constitue une composante essentielle, et pourtant trop peu connue, partagée et valorisée comme telle, de l’histoire et de l’identité européenne. Elle défend aussi l’idée que cette riche culture européenne du jardin est un facteur central et agissant du bien-être individuel et collectif, qui répond à de nombreux enjeux de notre époque, tant dans le rapport à soi, à l’autre, que dans notre rapport à la mémoire, au temps et au vivant.

C’est donc assez naturellement que son premier projet emblématique a débuté dans les Yvelines sur le site de la Maison-Musée Jean Monnet, propriété du Parlement européen. Avec le soutien du Parc Naturel Régional de la Haute Vallée de Chevreuse* et de la DRAC Ile-de-France*, le projet consiste à créer un « jardin citoyen européen » avec des acteurs associatifs, des écoles et des centres médicaux-sociaux de la région.

Nicole Brès, hortithérapeute, et Sylvain Hilaire, historien des jardins et des paysages, président de l’association Paradeisos *, collaborent dans ce cadre pour l’animation du dispositif participatif de ce premier jardin citoyen européen.

Notre projet repose sur la création d’un jardin par les membres de l’association et par des ateliers  intergénérationnels. Pour animer ces ateliers, Paradeisos a fait appel à  Nicole Brès de Nature en ville thérapie. Ensemble jeunes et âgés interviennent autour de l’hémicycle du jardin pour aménager deux plate-bandes regroupant des plantes symboles des pays européens. Elles seront finies pour la journée d’inauguration, le 30 septembre toute la journée, un évênement festif auquel vous êtes tous conviés. Invitation à l’inauguration et directions pour  la maison-musée Jean Monnet.

C’est le média végétal et son rapport à l’histoire qui ont été mis en avant, comme expression de la diversité culturelle et naturelle de l’Europe, permettant de rassembler tous les pays dans un même lieu, dans une même terre. La spécialité de l’association Paradeisos consiste dans ce cadre à mettre en oeuvre et animer ces mediations culture-nature au service de la creation collaborative d’un jardin.

Ce jardin est-il à but thérapeutique?

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Améliore-t-il notre santé morale, physique et psychique?

Comme dans tout processus, il y a eu plusieurs phases dans cette interaction entre Culture et Nature : s’imprégner du lieu par un exposé historique (en classe) et une visite commentée (sur place). Puis un travail pédagogique sur les plantes symboles de chaque pays européen et sur le plan de plantation. Enfin la réalisation ensemble de deux demi-cercles autour de l’hémicycle existant.  Après chaque atelier, nous avons pris le temps, autour d’une infusion, de partager  nos ressentis et de parler de notre rencontre.

Il s’est passé dans ces moments ensemble, beaucoup plus qu’une simple plantation. Ces deux groupes, en se cotoyant autour du végétal et de l’histoire de l’Europe, ont créé un lien social bénéfique pour les deux générations.

En racontant aux jeunes le début de l’Europe et leurs souvenirs liés aux jardins, les plus agés ont travaillé leur mémoire, les plus jeunes leur écoute. Cette réalisation a développé la confiance des plus jeunes. Le plaisir de jardiner, nous l’avons vu sur tous les visages. Nous avons fait l’expérience collective du jardin comme espace agissant de ressourcement et de reconstruction.

Une fois convoqué, le génie du lieu a fait son oeuvre et de nouvelles perspectives s’ouvrent pour l’association Paradeisos, qui compte développer ses activités de créations participatives de jardins citoyens européens.

Association Paradeisos pour la valorisation des jardins et des paysages culturels européens.

* PNR : Parc Naturel Régional, pour Bazoches: de la Haute Vallée de Chevreuse

*DRAC: Direction régionale des affaires culturelles

 

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Un automne serein au jardin

Cet été, nous n’avons pas chômé. Nous avons rencontré Heidi Rotteneder, une hortithérapeute formée en Autriche et aux Etats-Unis, et Pablo Molanes Pérez, un infirmier en train de créer une ferme en permaculture avec des patients qui reconstruisent leur vie.

Entrons dans l’automne tranquillement, en prenant un temps de respiration. Je suis en train de prendre un grand tournant dans ma vie. Après avoir reçu mon diplôme de psychologue clinicienne de l’Université de Paris Nanterre cet été, j’ai accepté un poste de psychologue dans un CLIC, une structure qui accompagne des personnes âgées autonomes. Dès ce premier lundi de septembre, je me lance dans cette nouvelle aventure. Pour mener cette nouvelle mission et suivre en parallèle une formation pour continuer à me spécialiser dans les thérapies comportementales et cognitives, je vais avoir besoin de temps et d’énergie.

Pour le moment, le blog va continuer à vivre à son rythme mensuel. Je posterai un nouveau billet tous les premiers lundis du mois. Je suis impatiente de partager avec vous les prochains sujets déjà en préparation : un outil d’évaluation des jardins thérapeutiques validé par une doctorante américaine, une conversation avec une psychothérapeute anglaise qui rencontre ses patients dans la nature, une expérience de jardin dans une prison française,…Le premier billet va arriver très vite, dès la mi- septembre, co-signé par Nicole Brès et Sylvain Hilaire…Je n’en dis pas plus.

En attendant pour nourrir vos réflexions et votre curiosité, je partage simplement quelques pépites glanées ici ou là.

 

Encore un infirmier au jardin

Décidemment, les jardins fascinent les infirmiers. En 2013, Sébastien Barbier a consacré son mémoire de fin d’études à l’IFSI de Sainte-Anne au rôle de l’infirmier dans un jardin thérapeutique. Une lecture à recommander. Aujourd’hui infirmier libéral, il a travaillé pendant quatre ans dans une MAS où il a instauré des randonnées hebdomadaires en forêt et où un jardin thérapeutique a vu le jour. Fan d’escalade qu’il avait également proposé aux jeunes souffrant d’autisme et de psychoses à la MAS, il se retrouve mieux sous l’étiquette plus globale écothérapie. Il est heureux si son mémoire peut inspirer et informer d’autres personnes cinq ans plus tard.

 

Les jardins de la Fondation Cognacq-Jay

Anne Surdon, formée à Chaumont-sur-Loire et en participant aux symposiums de Jardin & Santé, fait l’objet d’un article dans la revue interne de la Fondation Cognacq-Jay « Agir ensemble ». On retrouve aussi son expérience et d’autres au sein de la fondation en ligne.

Anne Surdon

 

Un jardin thérapeutique en plein Bruxelles

Ouvert à des patients en psychiatrie et d’autres en revalidation (apparemment un synonyme belge pour réadaptation ou réhabilitation), ce jardin inauguré en juin 2018 occupe 1000 m2. Pour en savoir plus, cet article d’un journal spécialisé belge, une courte visite en vidéo et le discours du psychiatre qui dirige le service.Discours 1

Discours 2

Un livre pour les Parisiens

« Jardiner Autrement à Paris : 100 lieux pour reverdir la capitale » est un livre de la journaliste Emmanuelle Vibert paru chez Parigramme qui donne des pistes pour découvrir la nature et le jardinage à Paris. Vous pouvez en feuilleter quelques pages ici.

 

Si vous passez par l’Anjou le 22 septembre…

La Haute Filotière, Nicole Brès nous en avait déjà parlé en 2017. Ce projet, entre autres autour de la prévention du burn out, se poursuit. Le 22 septembre, l’association EcosSanté ouvre ses portes de 14h00 à minuit avec toutes sortes d’animations. Passez les voir. Pour moi, cette date évoque inévitablement Georges Brassens…Je vous laisse en musique.

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Addictologie et permaculture au CAPSA La Cerisaie : transformer la terre, transformer les hommes

J’ai rencontré Pablo Molanes Pérez au symposium de Jardins & Santé en novembre 2017. Le grand plaisir de cet événement est de revoir des visages connus et d’en rencontrer de nouveaux. Tous les deux ans, le symposium procure sa dose d’échanges passionnants. Si vous souhaitez contacter Pablo, voici son email (pablomolanes (at) hotmail.com).

Un infirmier formé à la permaculture au CSAPA

presentation de l'atelier jardin lors d'un congres de recherche infirmier à Madrid novembre 2017

Pablo Molanes Pérez présente un poster sur son projet à un congrès de recherche pour infirmiers à Madrid en novembre 2017.

Depuis un an, Pablo travaille en tant qu’infirmier dans un CSAPA, un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie. Le CSAPA La Cerisaie est installé en pleine nature, au milieu de 50 hectares de bois et de près, à Rompon en Ardèche. Depuis 1998, La Cerisaie accueille 11 hommes polytoxicomanes pour des séjours postcure de six mois. Comme l’explique Pablo dans le dossier écrit pour solliciter des soutiens pour son projet de permaculture au CSAPA, « ce public, marqué par un parcours de vie difficile, souvent en rupture avec la société et en manque de repères, se trouve en situation de vulnérabilité sociale et psychique ».

Récemment formé à la permaculture et fort d’une expérience de jardin thérapeutique dans une unité psychiatrique à Montpellier, Pablo s’est lancé avec passion dans ce projet avec deux objectifs pour les résidents : d’une part, retrouver un sens à sa vie, trouver une place dans la société pour se sentir intégré et épanoui, retrouver son identité, son utilité sociale comme individu et sa raison d’être et d’autre part, travailler les axes de travail spécifiques à chaque résident en fonction d’objectifs spécialement adaptés, permettant une ou plusieurs étapes vers l’accomplissement du bien-être de l’usager.

Ce projet de permaculture dans un cadre de soin et de réinsertion sociale est inédit en France. Inscrit dans le projet d’établissement, il est actuellement en phase de démarrage et ouvre des perspectives intéressantes. Pablo a été inspiré par une expérience menée dans la prison californienne de San Quentin où le taux de récidive des anciens détenus ayant suivi un programme de formation en permaculture est passé de 70 % à 3 %. Son projet évoque aussi pour moi le programme de potager thérapeutique lancé par Gene Jones dans un centre pour toxicomanes en Caroline du Nord.

« La possibilité de former les résidents en permaculture et de mettre en œuvre un design en permaculture sur le terrain du CSAPA permettra aux résidents d’acquérir de nouvelles compétences. Pour certains, en fonction de leur projet de vie, cela pourrait être une aide à la réinsertion ; cela pourrait leur permettre de trouver une place originale dans la société et cela donnerait un sens à leur vie. La formation en permaculture et l’expérimentation sur place peut aider à diminuer le taux de rechute vers les produits addictifs chez les résidents accueillis », expliquait Pablo dans son dossier. L’objectif est de fournir aux résidents un nouveau centre d’intérêt qui remplace l’attrait pour les produits, réponse habituelle à leur mal-être.

Regardons comment Pablo est en train de faire de la transformation du jardin une activité de transformation humaine.

Chantiers en cours

« Sur cette terre pauvre et argileuse qui accueille depuis 20 ans un jardin traditionnel, nous avons fait des lasagnes et des buttes pour refertiliser le terrain. Nous avons passé la moitié du terrain à la grelinette pour aérer la terre et nous l’avons enrichi avec le fumier de nos quatre chevaux. Nous avons également construit des keyholes, des buttes de trois mètres de diamètre avec le compost au milieu. Car le but est aussi de limiter les besoins en eau. Nous utilisons également l’engrais vert avec la moutarde et les physalis. Nous avons semé une forêt de fleurs qui attire les abeilles et les papillons », me raconte Pablo pendant un appel vidéo courant juillet. A l’automne prochain, les jardiniers et lui ajouteront quelques buttes supplémentaires. « D’ici 2020, nous aurons fini d’enrichir les 400 m2 en permaculture. » Le projet se complète d’une grande serre en cours de rénovation et d’une mare qui favorise la biodiversité en bonne intelligence (certains poissons mangent les larves de moustiques et les grenouilles en sortent pour déguster les limaces).

 

« L’année dernière, des sangliers ont arraché le maïs. Cette année, nous sommes en train de finir de clôturer 400 m2. Nous avons construit la clôture avec des chênes coupés sur place. Comme nous n’avons quasiment pas de budget, ce sont les résidents qui ont utilisé leurs compétences pour couler la dalle de béton, écorcer les arbres,… », continue-t-il. Pour arriver à La Cerisaie, les résidents ont dû faire preuve de persévérance : écrire une lettre de motivation et, s’ils remplissent les critères d’admission, rappeler tous les mois jusqu’à ce qu’une place se libère. Au bout d’un mois d’essai, ils signent un contrat et établissent des objectifs avec leurs deux référents (confiance en soi, expression des émotions, gestion de l’angoisse,…). La consommation de produits illicites sur place et la violence physique ou verbale sont des motifs d’exclusion au bout de trois avertissements. L’équipe travaille individuellement la problématique propre à chaque résident pour promouvoir l’abstinence, la responsabilisation et l’autonomie.

Leçons du son premier jardin thérapeutique

Auparavant, Pablo avait travaillé pendant plus de deux ans en psychiatrie à Montpellier où il avait créé un jardin thérapeutique. « J’avais reçu l’autorisation de ma cadre, mais comme ici je n’avais pas de budget. Dans cette unité, les résidents n’avaient rien à faire de la journée ce qui n’est pas le cas à La Cerisaie où les résidents ont beaucoup d’activités. Le jardin m’avait remis dans un rôle de soignant et offrait un temps avec les patients pour améliorer les relations. En été, la récolte participait à améliorer les repas. Le jardin continue d’exister, avec de plus en plus de soutien de la part de l’équipe. »

C’est dans cette unité que Pablo s’est aperçu que pour asseoir ce soin non médicamenteux, il faut l’accompagner d’un suivi, de comptes-rendus et de bilans. « Le défi est de montrer que ce n’est pas de l’occupationnel. Pour cela, il faut récupérer des données qualitatives. A La Cerisaie, je note qui fait quoi et avec quel investissement émotionnel. Je fais des synthèses de ce qu’ils ont apporté dans le projet », explique-t-il. « Par ailleurs, nous devons diffuser notre travail, le publier, en parler dans des congrès. »

Des résultats

Le jardin, quand il fait frais, accueille aussi des séances de relaxation. Les résidents peuvent fréquenter le jardin seuls et travailler sur un projet. Toutes les semaines, un résident est responsable de la serre et de l’arrosage, un entrainement à la responsabilité et à la régularité.

« Un résident cuisinier ne connaissait pas les légumes qu’il cuisinait. On est allés acheter des plants ce qui a éveillé le désir », note Pablo. « Quand nous creusons des tranchées de 70 cm dans l’argile dur, cela permet de dépenser de l’énergie et peut-être de prévenir des comportements agressifs. Suivre l’évolution du jardin est également très motivant. » Pour cela, Pablo documente les progrès avec son appareil photo ce qui a permis de monter une exposition sur le jardin lorsque La Cerisaie a fêté ses 20 ans récemment avec une centaine d’invités.

« Un résident qui était timide et renfermé a porté la construction d’un séchoir solaire pour conserver les fruits et les légumes. Travailler avec les autres résidents lui a permis d’établir des relations. Puis, il est allé présenter le séchoir à un festival de transition écologique. Nous avions préparé son discours ensemble et il m’a fait un retour écrit sur ses difficultés à prendre la parole en public. »

Challenge accepté et relevé !

L’année dernière, le projet a reçu le prix de l’innovation sociale du concours PEPITES de l’Association Hospitalière Sainte-Marie dont fait partie La Cerisaie. Il a également cherché un soutien financier auprès de la Fondation Truffaut, de la Fondation Lemarchand et de l’association Jardins & Santé. Pour Pablo, plusieurs défis ont déjà été relevés :

  • Fédérer l’équipe pour réussir ce projet, qui s’inscrit dans un planning chargé, comprenant de nombreuses activités et des temps de soins (11 salariés en équivalent temps plein encadrent les résidents, moniteurs éducateurs, infirmiers, une maitresse de maison, psychologue ainsi que la psychiatre qui a fondé La Cerisaie).
  • Obtenir des moyens financiers par des appels à projets pour de futures réalisations (les projets fourmillent : équiper le jardin en eau plus facile d’accès et en électricité, créer un grand bassin, construire une mare qui servira de tampon thermique dans la serre, planter des fruitiers, ajouter un jardin mandala …).
  • Et plus largement, faire reconnaître l’hortithérapie comme un outil thérapeutique à ne pas confondre avec une activité « occupationnelle ».

Le challenge quotidien de Pablo est de trouver du temps à consacrer au jardin entre les soins et ses autres obligations. Il peut dédier 3 demi-journées par mois au projet ainsi que du temps après 17h00 et le weekend si aucune autre tâche infirmière ne l’appelle. Pablo souhaite suivre une formation de « formateur de formateurs » dans le but d’acquérir les compétences pour former officiellement des permaculteurs. En parallèle, il écrit un manuel méthodologique pour la mise en place des jardins thérapeutiques en permaculture car il aimerait aider des soignants intéressés par ce projet à le mettre en place dans leur centre de soins, en adaptant la méthodologie à leur quotidien de soins. Historien, il a également écrit un article qui sera bientôt publié sur la ferme de l’hôpital Sainte-Anne à Paris.

« Je suis un soignant et je suis là pour donner des médicaments et des soins. Accompagner, écouter, établir des relations, cela fait aussi partie du soin. » Transformer une terre épuisée en jardin fertile comme métaphore de la transformation intérieure, aussi.

 

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Heidi Rotteneder : une hortithérapeute certifiée des deux côtés de l’Atlantique

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Heidi Rotteneder est hortithérapeute en Californie après une formation en Europe.

« My name is Heidi Rotteneder, I’m an HTR working in the Bay Area and I’m a member of the Horticultural Therapy Association of California. We are a group of Northern Californian Horticultural Therapists forming a new networking group for people working in this field….We organize network meetings, where we share our experiences, exchange ideas and discuss the progression of the profession. We also have created a Google group to share information and ideas. » Quand j’ai reçu ce message électronique de Heidi il y a quelques semaines, en tant qu’ancienne étudiante du Horticultural Therapy Institute, j’ai été intriguée en réalisant grâce à un rapide tour sur LinkedIn que Heidi était une hortithérapeute formée en Autriche et qu’elle travaillait dans la même clinique que Suzanne Redell près de San Francisco. Quelques jours plus tard, nous étions en train de discuter sur Skype.

« Cela faisait 15 ans que j’étais travailleuse sociale en Autriche. Je travaillais avec des adultes connaissant des problèmes financiers et d’autres problèmes. Je me suis rendue compte que je n’avais pas envie de faire toute ma carrière dans un bureau. Ayant grandi dans un milieu rural avec des grands-parents paysans, je ressentais l’appel de la nature. Je jardine depuis toujours », commence Heidi. « En Autriche, j’avais entendu parler de l’hortithérapie, un peu par accident. Mais j’ai vraiment appris qu’on pouvait se former en 2010 et je me suis lancée en 2013. » La formation qu’a suivie Heidi est une collaboration entre deux institutions universitaires : l’Université du Danube Krems qui est spécialisée dans la formation continue et le Collège universitaire pour la pédagogie agraire et environnementale. On peut trouver des informations sur leur programme conjoint en anglais et en allemand (plus détaillé). « Pour postuler, il faut déjà avoir un diplôme dans le domaine des sciences sociales, de la santé ou de l’horticulture. Les cours ont lieu un weekend par mois pendant deux ans. J’ai ensuite rédigé un mémoire final et j’ai effectué un stage de 150 heures dans plusieurs endroits », explique Heidi.

« Les cours sont un mélange de concepts en éducation, en sciences sociales, en horticulture et en santé. Pour mes stages, j’ai travaillé dans un accueil pour les réfugiés. Ils avaient chacun leur lopin de terre pour cultiver des plantes de chez eux et des plantes qu’on trouve en Autriche. Le deuxième stage était dans un programme résidentiel auprès d’adolescents et d’adultes souffrant de problèmes de santé mentale avec une composante de formation car ils devaient travailler soit dans la cuisine, soit dans le jardin pour produire des ingrédients pour la cuisine. De plus, j’ai créé un jardin dans un foyer pour enfants avec un processus participatif entre les aidants et les enfants. » En juin 2015, Heidi termine sa formation.

Go west, young woman

Et en août 2015, elle déménage avec sa famille en Californie où son mari vient de trouver un travail dans la Silicon Valley. « C’était un peu effrayant car j’étais nouvelle dans ce métier, il y avait la barrière de la langue et je ne connaissais personne. » Assez vite, Heidi rencontre Suzanne Redell qui l’aiguille sur la voie de la certification américaine pour qu’elle obtienne le titre de HTR (Horticultural Therapist Registered). Elle se lance dans cette certification : il lui faut valider 480 heures de stage qu’elle effectue au Cordilleras Mental Health Center dans la ville de Redwood City et suivre des formations complémentaires en horticulture qu’elle suit au Foothill College. C’est un peu un parcours du combattant car l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) ne lui fournit pas d’information précise. En parallèle, Heidi a également obtenu une certification en Europe à l’IGGT, l’équivalent allemand de l’AHTA, car elle est persuadée qu’elle reviendra un jour…

IMG_2791« Aujourd’hui je travaille toujours à Cordilleras avec un groupe de passionnés d’hortithérapie. Suzanne et moi sommes toutes les deux HTR, une autre personne est en cours de certification et il y a une stagiaire » Car depuis 2012 quand j’avais évoqué ce programme et son démarrage ici, il a pris de l’importance avec le soutien de la direction. A l’époque, Suzanne intervenait trois jours par semaine auprès de deux groupes. Aujourd’hui, le programme fonctionne tous les jours avec des activités de groupe et/ou des séances individuelles. Les hortithérapeutes forment une équipe avec les ergothérapeutes et les travailleurs sociaux. Tous les résidents peuvent intégrer un groupe. Pour les séances individuelles, l’équipe a mis en place un système de recommandation. En tout état de cause, les hortithérapeutes sont au courant du diagnostic et des objectifs de chaque patient.

Heidi travaille le plus souvent avec des patients dans les unités fermés où ils sont hospitalisés entre trois et six mois. Ses patients ont reçu des diagnostics de personnalité borderline, de schizophrénie ou d’autres troubles psychiques. Ils arrivent dans un état stabilisé, parfois après un passage dans un hôpital public, même si de nouvelles phases aiguës peuvent les ramener à l’hôpital. « Un objectif peut être de terminer une activité pendant la séance, en les aidant à se concentrer, à avancer pas à pas et à finir. On peut aussi avoir pour objectif qu’ils aient une réflexion sur l’activité pour développer leurs capacités à s’exprimer et à interagir socialement », explique Heidi. En plus de ce travail à Cordilleras, Heidi accompagne des jeunes adultes qui ont différentes difficultés dans une activité de jardinage. C’est le programme SNAP (Redwood City Special Needs Program).

La volonté de rassembler les hortithérapeutes

Quant au groupe de professionnels qu’Heidi cherche à étoffer, il s’agit d’un groupe que Suzanne et d’autres hortithérapeutes de longue date avaient envie de relancer. « Nous nous rencontrons, notre prochaine rencontre est d’ailleurs en septembre. Nous voulons nous apporter du soutien, développer des outils professionnels et partager nos expériences. » La Californie avait à une époque un gros contingent de membres de l’AHTA. Mais il faut de nouvelles énergies parfois pour relancer les choses. « Les hortithérapeutes travaillent le plus souvent dans des institutions où ils sont seuls. Je ne connais pas d’autres endroits que Cordilleras qui emploient plusieurs hortithérapeutes. Ils ont donc besoin d’échanger », constate Heidi.

« Le mouvement pour se reconnecter à la nature est fort en ce moment », se réjouit-elle. « Mon rêve serait de créer une ferme thérapeutique avec des animaux, des légumes, des fleurs. J’aimerais travailler avec différents groupes. Cela pourrait être n’importe où, le futur est imprévisible. » Avec sa double certification aux Etats-Unis et en Europe, Heidi est dans une position unique d’aider des personnes qui souffrent et de faire avancer cette jeune profession. Ayant géographiquement fait le chemin inverse de Tamara Singh, Heidi a beaucoup à apporter à l’hortithérapie. Peut-être la retrouverons-nous un jour de ce côté de l’Atlantique…

A Chaumont-sur-Loire, un jardin de soin dédié à la formation

Déclaration : je précise que, depuis septembre 2017, je fais partie de l’équipe de formateurs qui intervient dans les formations courtes de Chaumont-sur-Loire sur la thématique des jardins de soin et de santé. Je ne suis pas impartiale sur le sujet.

L’idée couvait depuis un moment. En septembre 2017, le directeur du centre de formation  de Chaumont, Hervé Bertrix, et une bonne partie de l’équipe de formateurs intervenant dans les modules sur les jardins de soin rencontrent Chantal Colleu-Dumond, la directrice du Domaine de Chaumont-sur-Loire. Objectif, discuter du triple intérêt pour le domaine de se doter de son propre jardin de soin : terrain d’application pour la centaine de stagiaires concernés tous les ans, outil de sensibilisation pour le grand public (plus de 400 000 visiteurs par an!) et jardin d’accueil pour des établissements de soin de la région. Avec son feu vert et le déblocage d’un budget, les concepteurs de l’équipe – Dominique Marboeuf et Florence Gottiniaux – se mettent immédiatement au travail. Très rapidement, un plan est validé et au printemps 2018 les travaux commencent. Au coeur du domaine (à deux pas de l’extraordinaire potager), le jardin de soin a accueilli les premiers stagiaires en mai, stagiaires du module de base, puis stagiaires d’une formation à l’animation. Ce fut un sacré tour de force de mener le projet à terme en si peu de temps, avec la participation active d’Hervé Bertrix et de Paule Lebay pour chouchouter le jardin, arroser les plantes ou dissuader les chevreuils. Le jardin est en partie financé par la Matmut.

A ma connaissance, une formation dotée d’un jardin de soin est une première en France avec un seul précédent en Europe (en Suède). Quant aux Etats-Unis, de rares formations comme celle du Chicago Botanic Gardens ont des jardins d’application sur place. Je vous invite à découvrir le jardin de soin de Chaumont-sur-Loire en vidéo avec Hervé Bertrix et Florence Gottiniaux.

 

 

 

 

 

 

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Le bonheur

Le bonheur est dans le jardin, certes. Mais qu’est-ce que le bonheur ? Je n’ai jamais pris le temps d’explorer cette question depuis six ans que ce blog a vu le jour. Il est peut-être temps d’y réfléchir…

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Mes deux garçons, heureux, dans un jardin au Canada il y a plusieurs années.

 

Il y a quelque semaines, un CATTP (Centre d’activité thérapeutique à temps partiel) m’a demandé d’animer un débat sur le bonheur avec un groupe de patients. L’équipe avait préparé le débat en regardant une conférence de Christophe André sur ce sujet dont il est spécialiste. Franchement, intervenir après Christophe André est intimidant. Mais en fait, je n’étais pas là pour étaler ma (petite) science, même si mon intérêt pour la psychologie positive était sans doute la raison qui m’avait valu cette invitation. J’étais là pour animer le débat avec la vingtaine de personnes présentes, des usagers ayant des problèmes de santé mentale dont je ne connaissais pas les détails. Et tant mieux car je pouvais ainsi les considérer d’abord comme des personnes, plutôt que comme des étiquettes pathologiques. Le débat fut très animé. A part quelques timides, la plupart des présents avaient des idées bien affirmées et des questions très pertinentes. Au bout de deux heures, nous avons dû mettre fin à la discussion qui aurait pu continuer encore un bon moment. Nous avons tous une petite idée sur le bonheur, si nous nous arrêtons quelques instants pour y réfléchir.

Des micro moments de bonheur

Tout d’abord, je vous renvoie vers la conférence de Christophe André (partie 1 et partie 2). Une conférence pleine de faits scientifiques et de bon sens. Où l’on apprend que le bonheur est un état vers lequel on tend sans cesse plutôt qu’un but qu’on peut atteindre une fois pour toutes. Une équation entre ressentir un certain bien-être et en avoir conscience. Sinon on passe à côté du bonheur et on ne le reconnaît que quand il est parti.

Le bonheur, c’est une série de moments fuyants et éphémères que la psychologue américaine Barbara Fredrickson appelle des « micro moments ». Dans sa théorie de l’élargissement constructif des émotions positives – broaden and build theory of positive emotions en anglais– elle considère que toutes les émotions positives élargissent notre façon de penser, le répertoire de nos idées et de nos actions. Je trouve cette idée très séduisante.

A quoi sert le bonheur ? Christophe André le décrit comme un carburant qui nous permet de résister à la tragédie humaine et à la certitude que nous mourrons un jour, un carburant qui rend la vie non seulement supportable, mais aussi appréciable. On peut ici distinguer l’hédonisme qui fait du plaisir le bien suprême et l’eudémonisme qui fait du bonheur la conséquence d’une vertu parfaite et d’une existence accomplie (ce qu’on appelle aussi « the good life » ou la vie bonne).

Les points communs des gens heureux 

Les gens heureux ont quelques habitudes, a-t-on remarqué. Ils sont plus enclins à accomplir des actes de gentillesse (random acts of kindness), ils font de l’exercice et cultivent leur bien-être physique. Ils sont mus par une motivation intrinsèque : ils agissent dans le sens de leurs valeurs et font ce qu’ils aiment au point de perdre la notion du temps et d’eux-mêmes. C’est ce que Mihaly Csikszentmihalyi, l’autre père de la psychologie positive avec Martin Seligman, appelle le « flow ». Ils sont animés par une vision positive faite d’optimisme, de gratitude d’espoir, de capacité à pardonner et de bienveillance envers soi. Ils possèdent certaines forces de caractère (la créativité, l’humour, la persévérance, l’humilité, le courage, la curiosité, l’appréciation de la beauté) que l’on peut explorer chez soi sur ce site.

Mais il ne faut pas croire que nous sommes naturellement soit des surdoués, soit des ratés du bonheur. Bien sûr, il existe des obstacles au bonheur. Christophe André en liste quelques-uns : l’anxiété et la dépression, des prédispositions génétiques qui laissent cependant toujours une marge de manœuvre, certaines leçons de l’enfance, le manque de soutien social, notre mode de vie matérialiste avec la publicité qui fait des raccourcis entre consommation et bonheur, le règne de l’image, la pléthore de choix qui nous assaillent,…Mais chacun de nous peut cultiver le bonheur. Sans tomber non plus dans la dictature du bonheur. Les gens heureux ne fuient pas les moments difficiles, ils les accueillent et les acceptent.

Et le jardin dans tout cela?

Et nous voici de retour au jardin. Pourquoi est-ce que ce blog s’appelle Le bonheur est dans le jardin ? C’est un nom qui sonnait bien quand je l’ai choisi il y a six ans, mais qui a pris tout son sens au fil du temps pour moi. Parce que dans un jardin, malade ou bien-portant, on vit beaucoup de moments qui boostent le bonheur directement ou en combattant certains obstacles au bonheur. Des moments où on est pris dans le « flow », la tâche qui nous motive au point de s’oublier dans l’activité. Des moments de pleine conscience. Des moments de lien social où on rompt l’isolement. Le jardin permet une activité physique (rappelez-vous, l’activité physique est une source de bonheur), qui est en plus pleine de sens. Au jardin, on cultive aussi l’estime de soi, la motivation, l’attention, l’espoir, la gratitude, la bienveillance, la connexion au temps, à l’espace et tant d’autres choses…

 

Les jardins qui soignent dans les média

Et pendant ce temps-là, l’idée que les jardins soignent fait son bonhomme de chemin. Chaque émission de radio, chaque article sur le sujet répand l’idée que le jardin est un remède naturel si accessible. Merci à Didier, à Paule et à Vitalija.

Les jardins thérapeutiques sur France Inter

Nature en ville et jardin « didactique » sur le toit d’un hôpital en Suisse

Un jardin thérapeutique dans l’hôpital psychiatrique St-Jean-de-Dieu à Leuze-en-Hainaut en Belgique

Un potager contre la désespérance sociale et la criminalité à Marseille

Si vous rencontrez des articles sur les jardins thérapeutiques, n’hésitez pas à partager vos liens dans les commentaires.