Les Madeleines Enracinées : un potager pour soigner les rapports compliqués avec la nutrition, soi et les autres

Depuis 2008, l’association ENDAT (Education Nutritionnelle des Diabétiques et Aide aux Troubles du comportement alimentaire) accueille des personnes qui souffrent de troubles du comportement alimentaire, mais aussi de diabète, d’obésité ou de surpoids. Pour expliquer les troubles du comportement alimentaire (TCA) qui regroupent l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie, ENDAT et ses partenaires ont réalisé une série de vidéos, dont celle-ci qui décrit les symptômes. On peut aussi en apprendre plus sur les TCA sur ce site.

L’association propose un accompagnement individualisé et pluridisciplinaire avec des médecins, des psychologues, des nutritionnistes, des diététiciens, des psychomotriciens notamment en misant sur l’éducation thérapeutique du patient (ETP). Comme l’explique ENDAT, ces maladies « sont à l’origine de grandes souffrances et d’isolement social. La prise en charge proposée est intégrative comprenant un suivi : nutritionnel, psychologique, artistique, corporel et social. Cette approche aide nos patient(e)s à mieux connaître leur maladie pour retrouver autonomie et qualité de vie. Ils deviennent acteur et non spectateur dans ce processus de guérison. »

Le jardin thérapeutique pour « augmenter le calme intérieur »

Parmi les différents ateliers proposés, la danse, le chant, la sculpture, le dessin et depuis longtemps le jardin. Ce fut d’abord une minuscule parcelle dans un jardin partagé dans le quartierDenfert Rochereauà Paris. ENDAT n’hésite d’ailleurs pas à parler de jardin thérapeutique dont l’association définit l’intérêt ainsi : « atelier permettant aux patient(e)s d’ENDAT d’augmenter leur bien-être et leur confiance, de produire une alimentation saine et durable, de sensibiliser à des modes de productions durables en accord avec la biodiversité. Cet atelier s’ancre dans cette nouvelle discipline qu’est l’Eco-psychologie. Nos patient(e)s viennent s’y relaxer au contact de la terre et des plantes potagères, cultiver fruits et légumes, faire du compost, cuisiner et déguster les récoltes et observer la biodiversité. » ENDAT décrit la philosophie des Madeleines Enracinées icidans un texte plein de sens et de profondeur.

Les Madeleines Enracinées s’installent à Nanterre

Equipe soleil

L’équipe des Madeleines Enracinées : Pauline Rousseau, Bastien Breul, Cyprien Hedde, Banane-Amour Salsa Laine and Anaïs Darenes.

C’est Pauline Rousseau qui a donné une nouvelle envergure à ce jardin en lui trouvant à partir de 2016 un nouveau lieu, le Château de Nanterre. Le lien était tout naturel : en plus d’être un laboratoire de l’innovation sociale et de la transition alimentaire en Ile-de-France, ce lieu à deux pas de la gare Nanterre-Ville sur le RER A possédait un immense espace prêt à accueillir un potager, un poulailler, une cabane de jardin. Tout un univers.

Revenons un instant à Pauline. Historienne et géographe de formation (Master BIOTERRE de Paris 1), elle rêvait de sauver la planète et a commencé par mettre des gares SNCF en conformité avec les normes environnementales, avant de se tourner vers l’agroforesterie avec l’association AFAF dans le Gers à travers des projets de lutte contre l’érosion. « Quand on s’intéresse à l’écologie, on s’intéresse aussi à ce qu’on mange », explique-t-elle. C’est grâce à sa famille qu’elle rencontre ENDAT. Après avoir repris l’atelier jardin, elle se met en quête d’un endroit plus grand et trouve le Château de Nanterre. « Je voulais environ 1 000 m2 pour pouvoir produire tout en restant un jardin. Au final, nous avons 850 m2 mis à disposition en échange de l’entretien », se réjouit-elle.

Financements, bénévoles et récoltes

pergola constructions

La BNP Paribas Cardif et Unis-Cité Ile de France (accompagnement de jeunes en service civique) ont aidé à construire la pergola.

« Pour l’étude de faisabilité, nous avons eu un financement de Hauts de Seine Initiative qui est membre de France Active », explique Pauline. « A cause de la pollution des sols, nous avons installé un géotextile et ramené de la terre agricole d’ailleurs en Ile-de-France. Nous avons aussi voulu impliquer les patientes. Notre objectif était de créer une ambiance rassurante et englobante pour donner confiance. » Depuis, le chantier a beaucoup avancé, avec l’aide de nombreux bénévoles d’entreprises partenaires pour la construction de pergolas, du poulailler, d’une cabane de jardin. « A l’été 2017, notre production était toute petite », se souvient Pauline. Un jardin urbain en permaculture ne se fait pas en un jour.

Les jardiniers viennent par choix, le jardin fait partie des parcours possibles. « Certaines veulent produire et rapporter les légumes et les plantes aromatiques du jardin chez elles. La plupart ne cuisinent pas habituellement et certaines ont du mal à toucher les légumes au début. » En mai 2018, Pauline a suivi la formation au jardinage thérapeutique offerte par Anne Ribes et ses partenaires à Maule (78). Aujourd’hui, les projets foisonnent avec l’aide de deux personnes en service civique : une serre, un biodôme pour continuer les ateliers en hiver sont en construction.

Un nouveau programme, ouvert vers le grand public, est également en place : il y a les mardis salsifis et les mardis attention à la mâche, puis les 48h de l’agriculture urbaine et le festival Ecozone. Pour se renseigner et suivre les activités des Madeleines Enracinées, on peut s’abonner à leur page Facebook. A venir aussi les vend’radis culturels, une proposition d’activités autour du spectacle au jardin. Si vous êtes en région parisienne, n’hésitez pas à aller leur rendre visite.

 

 

Récit de voyage en Scandinavie biophilique

 

Ce mois-ci, la parole est à Philippe Walch, paysagiste pendant 30 ans et aujourd’hui formateur en jardins à but thérapeutique (le terme qu’il préfère) dans des unités de soin en Ehpad, hôpitaux et ailleurs. Nouveau membre de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé, il nous invite à partager l’expérience d’un récent voyage au Danemark plein de découvertes. Merci, Philippe. Vous pouvez le joindre à phwalch (at) lesjardinsavie.com. 

En parlant de voyager, je vous suggère un voyage sur la Costa Brava avec le projet très sympa de mes amis Louise Brody et Charles Poisay. Car il touche aussi à notre rapport à la nature et à l’invention d’une nouvelle vie. Jetez un oeil sur leur Kickstarter qui décrit leur vision et leur projet  :  www.kickstarter.com/projects/santelm66

 

 

Quand tant d’autres de nos concitoyens courent après quelques heures de chaleur et de farniente – et on les comprend, j’ai eu l’occasion de passer quelques jours au nord de Copenhague, Danemark, au mois de janvier 2019.

Le Danemark, petit voisin de la Suède référence européenne du concept de biophilie, n’échappe pas à cet amour de la nature que l’on voit à tout moment en se promenant ou en roulant. Certes, ce plat pays nordique et islien de 5,5 millions d’âmes ne souffre pas de sècheresse, mais on remarque vite que les forêts et bois le long des routes sont gérés avec un respect de la biodiversité et des cycles de croissance et de dégradation naturelle : on coupe ce qui est mort et on le laisse sur place.

Les cimetières sont de cette même veine verte, domestiquée mais foisonnante, avec une minéralité minimisée. J’ai même vu un local de poubelles planté d’un bouleau bien vivant!

 

Un musée d’art moderne en plein air

Une visite au musée d’art moderne de l’île Seeland, Louisiana à 30 km au Nord de la capitale, vous laisse pantois car ce musée est autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.le jardin est parsemé d’œuvres sculpturales ou architecturales, et ce en bordure de mer. Il a beau eu fait 1°C avec un ciel bas, on ne peut que déambuler avec joie dans ce parc–musée, entre deux visites de salles !

 

Dans un arborétum royal, sylvothérapie et hortithérapie en action

Et puis…il y eut cette douce révélation non préméditée avec la découverte de cet arboretum royal (le Danemark est encore un royaume ), réaménagé à partir d’un patrimoine végétal par la chaire « Forêt et Environnement » de l’Université de Copenhague par Ulrika Stigdotter et son équipe, dont Ulrik Sidenius. Cet arboretum qui n’est jamais dénommé parc (connotation trop paysagère) est depuis 2004 une forêt de santé (Helserskov en danois)  nommée « Octovia », se voulant un concept modèle de sylvothérapie et au sein de laquelle est inclus le jardin de thérapie « Nacadia ».

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L’entrée de la serre de séances hortithérapeutiques : invitation au repos « restauratif »

« Octavia « fourmille de 2000 espèces et cultivars de ligneux, arbres et arbustes et c’est en effet une gourmandise botanique étonnante, traversée de sentes et allées.

Le jardin « Nacadia », ouvert à tous l’après-midi, est dédié le matin à l’expérimentation de besoin de nature pour des patients (c’est ce terme qui est utilisé dans les séances guidées) psychiquement et mentalement fatigués. Les séances commencent dans une serre fermée de 170 m2, aménagée en salle spacieuse toute de bois au sol avec des recoins , mini-pièces végétalisées où l’on vient respirer, poser son regard (suivant la théorie « Attractive Restoration Therapy » des Kaplan), fermer les yeux, faire quelques pas, dire quelques mots à son voisin… puis sortir au dehors pour flâner lentement, toucher les troncs, contempler, le long des chemins parsemés de bancs de bois et d’espaces naturels peu encombrés mais tout de vert vêtus, enfin dans la belle saison : Bouleaux, Chênes , Tilleuls, Noyers cendrés, Sorbiers, Erables, Hêtres, Magnolias soulangeana… et bien d’autres espèces plus rares mais comme chez elles !

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Les danois appellent ces perspectives ouvertes et lointaines « fields ».Une ouverture paysagère lorsque les patients entrent dans le mouvement physique et celui du regard . »Nacadia » en est pourvu de nombreuses !

Le fait d’avoir visité le Danemark en janvier appelle à revenir en mai ou en juin…pour profiter de la même expérience en robe de verdure et en fleurs au sol comme sur les arbres. Les Vikings qui n’ont peur de rien, aiment tellement le vert qu’ils ont osé nommer le palais arctique Groenland, c’est-à-dire le « pays vert », pour donner envie d’y venir !

 

Une fédération est née

La biophilie à l’oeuvre (photo Florence Gottiniaux/Outside)

 

 

La Fédération Française Jardins, Nature et Santé est un beau bébé qui fêtera bientôt son premier anniversaire officiel, sans compter les longs mois de gestation. Pour la faire très courte, c’est une bande de gens très sympas qui aident, certains depuis de longues années, à connecter des personnes fragiles avec la nature et le jardin pour qu’elles retrouvent un certain équilibre, un certain bien-être, une certaine qualité de vie. Des gens de partout en France qui ont décidé de s’unir pour mieux partager leurs convictions et leurs pratiques.

Genèse

Les 13 et 14 novembre 2017, l’association Jardins & Santé tenait son 5e symposium à Paris. Comme pour chaque symposium, de nombreux acteurs étaient venus de partout en France, avides de discussions et d’échanges, entre eux et avec les intervenants internationaux. Tous convaincus que certains jardins, et la nature plus largement, possèdent des vertus thérapeutiques. Déjà l’idée de créer une nouvelle association – ou plutôt une fédération – circulait depuis quelque temps. Au symposium précédent, des conversations avaient commencé. Sans lendemain, une fois tout le monde rentré chez eux. Mais là, on sentait une envie palpable de se rassembler. A la fin du symposium, quelques personnes ont commencé à discuter au pied de l’estrade. Notamment Anne Chahine, la présidente de Jardins & Santé, et Jérôme Pellissier, auteur d’un ouvrage marquant en français sur l’hortithérapie…

Et puis, la conversation a continué dans un café à côté. C’est ce soir-là que tout a commencé…Autour de plusieurs constats.

Ensemble, plus forts et mieux entendus

Depuis quelques années, les jardins de soins se déploient en France, dans des maisons de retraite, dans des hôpitaux psychiatriques et ailleurs. Les média sont pris d’engouement pour l’hortithérapie et y consacrent articles et émissions. Les jardins de soin semblent dans l’air du temps. Et pourtant à chaque fois qu’un infirmier, un interne en psychiatrie ou une psychomotricienne a envie de créer un jardin dans son établissement, il lui faut convaincre les décideurs en glanant ici et là des arguments. Les formations restent peu nombreuses et aucune ne débouche sur une certification ou un diplôme. Chacun doit réinventer la roue, sans soutien, avec l’énergie et l’enthousiasme des passionnés. C’est usant.

Malgré des décennies d’expérience dans d’autres pays et des études démontrant les bienfaits de cette médiation non médicamenteuse, la pratique cherchait encore légitimité et reconnaissance en France. C’est cette situation qui a donné envie à une trentaine de membres fondateurs de se retrousser les manches pour se fédérer, promouvoir leurs diverses pratiques et se soutenir entre professionnels.

Une fédération ne se fait pas en un jour

Assemblée constituante

La fédération en plein chantier de construction (photo CH Théophile Roussel)

En janvier 2018, première réunion de travail au cœur de l’hiver, saison où les jardiniers aiment cogiter à l’intérieur. Des groupes de travail ont œuvré pendant des mois pour faire avancer divers chantiers – une charte et un règlement intérieur, des outils pour communiquer – malgré la distance géographique et les emplois du temps chargé. En avril 2018, assemblée constituante pour élire un conseil d’administration et un bureau certes, mais surtout pour avancer. Il y a tant à faire et à penser. Le Centre Hospitalier Théophile Roussel à Montesson (78) est naturellement devenu le siège de la FFJNS grâce à la conviction de son Coordonnateur général des activités de soins, Didier Sigler et au soutien de son directeur, Jacques Lahely.

Le 25 janvier 2019, la FFJNS tenait sa première assemblée générale annuelle et ouvrait officiellement ses portes à de nouveaux membres. Quelques nouveaux sont venus, attirés par une énergie proche de la leur. Qui peut rejoindre cette fédération ? Toutes les actrices et tous les acteurs « concerné.e.s par la création, la mise en œuvre, le développement, les usages, des jardins thérapeutiques et/ou des pratiques de prévention, de soin et prendre-soin par la relation à la nature ou à des éléments naturels (dont les écothérapies et l’hortithérapie) » sont les bienvenu.e.s.

Pour en savoir plus sur la FFJNS

Ruez-vous sur le site flambant neuf de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé. Vous pourrez y lire la charte récemment approuvée (mais toujours perfectible), la composition du CA et du bureau, la procédure d’adhésion (attention, nous avons décidé d’avoir des membres sympathisants et des membres actifs), des définitions, une liste non-exhaustive des formations disponibles en France, un appel aux dons et plus encore.

Je passe au « nous » car, à ce stade, vous aurez compris que je suis impliquée dans cette aventure en tant que présidente, pour un mandat de trois ans. De nombreux signes autour de nous au quotidien nous donnent l’espoir que les bienfaits de la nature sont de plus en plus reconnus. Que, comme le dit notre secrétaire Tamara Singh, nous sommes des être(s) de nature.

En mars, la FFJNS déroulera une série d’événements locaux, à l’initiative des membres disséminés de Brest à Bezannes à Draguignan à Saint-Péray à Saint-Vincent-de-Tyrosse et un peu partout en France. Stay tuned… 

 

Trois actus à chaud de membres fondateurs de la FFJNS

 A Montpellier. Sonia Trinquier de l’association Mosaïque des Hommes et des Jardins est également membre fondatrice et membre active de la FFJNS. Ce samedi 9 février, elle organise une journée découverte des différentes approches de l’hortithérapie, entre écologie humaine et écologie environnementale. Ca se passe de 10h00 à 16h30 à la Maison Pour Tous Michel Colluci. Sonia a prévu des mises en situation concrètes et des retours d’expérience d’Ateliers Jardin adaptés à un public fragile. Infos sur le site de Mosaïque.

A Versailles et autour. Kevin Charras de la Fondation Médéric Alzheimer et Véronique Laulier de l’École nationale supérieure de paysage (ENSP) sont tous les deux membres fondateurs de cette nouvelle fédération. Le 29 janvier, leurs deux institutions ont signé une convention de partenariatdont l’objectif est d’améliorer le quotidien des personnes atteintes de troubles cognitifs liés au vieillissement grâce au contact avec la nature.

A Saint-Etienne. Le 24 mai se tiendra à la Faculté de Médecine Jacques Lisfranc le colloque « Des jardins pour prendre soin » organisé par le centre de réhabilitation sociale Réhacoor 42 et impulsé par un de ses psychiatres Romain Pommier, membre fondateur de la fédération. Plusieurs autres membres de la fédération au programme aux côtés d’intervenants en psychiatrie et – roulement de tambour – de Roger Ulrich dont la présentation portera sur « Les jardins et la nature dans les structures de soin ».  Un colloque à ne pas manquer! On en reparlera. Voici l’affiche du colloque.

 

 

 

 

Des enfants et des familles lâchés dans la nature

Une fois n’est pas coutume : un moment d’auto-promotion autour de la sortie cette semaine d’un livre que j’ai écrit pour Hatier pour encourager parents et enfants à retrouver le chemin de la nature.

Tout a commencé par ce billet écrit en avril 2018 alors qu’une vague de livres sur le shinrin-yoku déferlait en France. Deux mois plus tard, Caroline Terral, responsable éditoriale des ouvrages consacrés au « parenting » chez Hatier, m’envoie un message, complètement « out of the blue », pour me parler d’un livre auquel elle pense. Ce billet l’a guidée vers moi.

Petite coïncidence amusante, quelques heures avant de recevoir le message de Caroline, j’étais dans le bureau d’un rédacteur en chef qui me commandait mon dernier papier et qui me disait « Isabelle, tu devrais écrire un livre ! ». Ce à quoi je me souviens lui avoir répondu quelque chose du genre « Il y a déjà bien assez de livres publiés tous les ans et je ne vois pas sur quoi j’aurais envie d’écrire. » Caroline m’a rapidement fait changer d’avis…

livre cover

 

Cette semaine, « Le Shinrin-Yoku en famille : Invitation aux bains de forêt » sort en librairie et je suis très fière de mon « bébé ». Ce n’est pas le titre que j’aurais choisi car le contenu du livre ne se résume pas à cette pratique, aussi intéressante soit elle. Mais je ne suis pas une pro de l’édition et le choix du titre revient clairement à l’éditeur. En résumé, le livre raconte aux parents, et aussi en direct aux enfants, comment la nature nous fait du bien. Il donne ensuite des idées toutes simples pour s’aventurer dans la nature en famille.

Après avoir partagé des preuves (scientifiques) qu’être connecté à la nature a des effets positifs sur le développement des enfants et sur le bien-être de tous– et par conséquent qu’en être déconnecté a des effets délétères, je me lance dans un conte. Un conte que j’ai appelé « Le jeune sage et les enfants sauvages » et que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire. Même si j’ai dû sortir de ma zone de confort pour cela. Après tout, écrire des articles, des billets de blog, des mémoires de master, je sais faire a priori. La fiction, c’est une autre paire de manches et c’est intimidant.

Les deux parties suivantes rentrent dans le vif du sujet. La première suggère 40 activités pour tous les âges, pour beaucoup inspirées de mon expérience de parent avec mes deux fils, de connaissances plus récentes en relaxation notamment ou encore de pratiques partagées (rencontrer un arbre avec Sébastien Guéret à Chaumont-sur-Loire, par exemple). J’ai voulu mélanger des idées à mettre en pratique en pleine nature, en pleine ville et même à la maison. La dernière partie est consacrée à des pistes plus générales (créer un jardin partagé, faire une marche de nuit, suivre un stage de survie, sortir sous la pluie, rester sans rien faire pendant 10 minutes dans la nature,…).

Un message qui me semble important est d’inciter les parents à laisser de la liberté à leurs enfants, surtout dans la nature qui peut effrayer ceux qui ne sont pas assez familiers avec elle. J’ai essayé de saupoudrer ce message ici et là dans le livre, dans le conte et ailleurs. Dans cette société 0% risque, ce message doit être répété.

Hatier a créé le site Parentips pour laisser la parole à ses auteurs et voici l’article consacré à ce nouveau livre. Un autre livre sur « Les principes toltèques en famille » sort dans la même collection, Le labo du bonheur. Où on retombe sur ce mot clé. Le bonheur ! Comme de parcourir notre album de photos numériques et de revoir mes garçons, au fil des années, s’amuser dans la nature. Je ne résiste pas à la tentation de partager quelques-unes de ces photos qui sont pour moi autant de souvenirs précieux.

Pour commander le livre, le site d’Hatier, le site de la Fnac ou votre libraire préféré.

Je vous invite également à regarder cette vidéo de présentation du livre.

 

 

 

Les jardins en prison : le livre blanc qui fait le point

L’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP) et Green Link ont travaillé ensemble pour braquer le projecteur sur les jardins qui poussent dans les prisons françaises depuis quelques années : 34 jardins et 7 projets de jardins selon leur enquête nationale auprès des établissements où l’ANVP est présente. Et fort heureusement, ils ne se sont pas arrêtés à un état des lieux. Leur livre blanc s’intitule « Des Jardins pour les Prisons : 7 propositions pour développer la pratique des jardins en prison ». Bravo !

A lire en version intégrale, en cliquant ici

Au commencement, Dominique du Peloux, le fondateur de Green Link, lit un article de presse sur le jardin du centre de détention de Nantes. (Comme quoi finalement, la presse, c’est utile et même indispensable à une société en bonne santé, si je peux me permettre un rapide éditorial en tant qu’ancienne journaliste). Ce philanthrope convaincu des bienfaits de la nature pour les êtres humains a tout d’abord envie d’aider financièrement ce jardin à continuer de vivre et de s’étendre. Et puis un partenariat plus durable et plus ambitieux nait entre l’ANVP et Green Link. Et vous tenez entre vos mains, ou sur votre écran, le résultat de cet énorme travail de recensement et de réflexion autour des jardins en prison, espaces de liberté dans ces lieux de privation de liberté.

Des jardins : pourquoi, avec qui et comment ?

Comme le souligne les co-auteurs, la coopération de l’Administration pénitentiaire a été indispensable pour le travail d’enquête et de visites de terrain et ils lui en sont reconnaissants. « En revanche, la formalisation des résultats, les interprétations et les propositions relèvent de la seule responsabilité des initiateurs de cette étude : Green Link et l’ANVP. »

Origine du projet (plus souvent les directeurs des établissements que des associations, ce qui me surprend car j’aurais imaginé le contraire intuitivement), circonstances de la création (demande des personnes détenues, besoin de formation en vue de l’après, initiative d’un membre du personnel,…), carte d’identité des jardins (taille, mode d’accès, synergie avec d’autres activités, coûts,…), le livre blanc donne à voir la réalité de ces jardins.

Des bénéfices universels, en prison comme à l’extérieur

Et on en arrive bien sûr aux bénéfices ou bienfaits des jardins, tels que constatés par les établissements :

  • Amélioration de la sérénité et réduction du stress
  • Amélioration du respect de la terre et de l’environnement
  • Amélioration de la responsabilisation
  • Amélioration de la solidarité entre personne détenues de la mixité (classe d’âge, origine, etc…) et du lien social
  • Amélioration de la condition physique des participants
  • Réduction des médicaments

En prison, en maison de retraite, en hôpital psychiatrique – tous de diverses façons des lieux d’enfermement et de déconnexion avec la société et la nature, on constate que les plantes et le vivant activent les mêmes ressorts humains : estime de soi, solidarité, respect, qualité de vie.

« Non seulement l’activité autour du jardin ne crée aucun problème particulier, mais je dirais qu’elle améliore les relations entre les personnes détenues et les surveillants, de même que la solidarité et le partage entre les personnes détenues. Elle fédère autour d’un projet commun et, en cela, on peut dire qu’elle favorise le vivre ensemble », témoigne Catherine Bessaguet, chef d’établissement du Centre de détention de Bédenac en Charente-Maritime.

Le livre blanc est ponctué de nombreux témoignages et de plusieurs « exemples inspirants ». Le jardin du Centre de détention de Nantes bien sûr, point de départ de ce travail, mais aussi les jardins de la Maison d’arrêt des femmes à Saintes et du quartier femmes à la Maison d’arrêt de Strasbourg.

Inspirer d’autres jardins

Capture d_écran 2018-12-02 à 12.09.45En effet, des exemples ô combien inspirants. Le livre blanc pose aussi toutes les bonnes questions et offre des éléments de réponses pour réussir un jardin en prison. Finalement, les questions sont valables pour tout jardin – et là, on a un vaste choix de mots – tout jardin thérapeutique ou à visée thérapeutique, tout jardin de soin, tout jardin d’insertion. Avec les contraintes de l’univers pénitentiaire en plus et elles ne sont pas des moindres bien sûr.

 

Mais comme en témoigne un surveillant du Centre de détention de Nantes dans le livre blanc, « Ce que je dirais à un surveillant qui veut se lancer dans un tel projet…Même si les barrières seront nombreuses et qu’il sera parfois critiqué, il ne faut pas lâcher, ça vaut vraiment le coup ! Pour que la mayonnaise puisse prendre, il faut une grande ouverture d’esprit, penser à gérer le jardin sans « œillères pénitentiaires ». Si un souci survient, tout faire pour le régler avec la plus grande diplomatie possible. » Tout est dit !

Le livre blanc se termine naturellement sur sept propositions qui, elles aussi, pourraient inspirer les créateurs de jardins de soin ou d’insertion dans d’autres champs. Je vous laisse lire jusqu’au bout pour les découvrir. Ce sont des propositions de bon sens qui, si elles étaient entendues et mises en œuvre, changeraient de nombreuses vies directement et par ricochets. Bravo encore à l’ANVP et à Green Link pour ce remarquable travail.

Si les jardins en prison vous intéressent…

Retrouvez trois billets du « Bonheur est dans le jardin » dédiés à ce sujet:

 

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Carte des jardins recensés dans le livre blanc ANVP/Green Link

Catherine Chevallier : une docteure en pharmacie sensible aux plantes

Lorsqu’on parle d’hortithérapie autour de soi, une réaction courante est de s’entendre demander s’il s’agit de soigner avec les plantes ou si on parle de plantes médicinales. Le but de ce portrait n’est pas d’ajouter à cette confusion. « L’hortithérapie consiste à utiliser les plantes et le végétal comme médiation thérapeutique sous la direction d’un professionnel formé à cette pratique pour atteindre des objectifs précis adaptés aux besoins du participant », selon la définition de l’American Horticultural Therapy Association.

Mais les plantes qui soignent quand on s’occupe d’elles peuvent aussi jouer un rôle dans la santé quand on les consomme. C’est pourquoi quand j’ai rencontré Catherine Chevallier en septembre autour de l’association Paradeisos à la maison de Jean Monnet, j’ai eu envie de lui donner la parole pour qu’elle nous explique sa passion pour l’aromathérapie, la phytothérapie et les cosmétiques faits maison.

Une enfance au milieu des plantes

Catherine Chevallier

Catherine Chevallier

Depuis son enfance, Catherine Chevallier a toujours vécu dans un monde connecté à la nature et aux plantes. Son grand-père, paysan (elle tient à ce mot), vivait en autonomie avec ses animaux dans les Alpes. Sa mère a toujours cultivé son jardin et soigné la famille par la phytothérapie et l’homéopathie. Dans le jardin maternel poussaient la violette, la gentiane, le cassis ou encore le tilleul qui servaient à des préparations.

Catherine se rend rapidement compte que, pour partager les bienfaits des plantes, elle devra acquérir une crédibilité scientifique. C’est ainsi qu’elle devient docteure en pharmacie. En passant, elle m’apprend que le terme pharmacien est réservé aux docteurs en pharmacie qui travaillent en officine.

Ses études de pharmacie ne lui donnent cependant pas une connaissance suffisante des plantes et elle suit une formation d’herbaliste à l’Ecole Lyonnaise des Plantes Médicinales (ELPM). Nous sommes à la fin des années 1990. « A cette époque, les plantes n’étaient pas encore dans l’air du temps. La phytothérapie n’avait pas encore retrouvé sa place traditionnelle dans les rayons de pharmacie, seuls garants de l’herboristerie, » se souvient-elle.

En avance sur l’époque

A la fin de ses études, elle fait un stage chez Biotope des Montagnes, une coopérative de petits paysans de montagne qui cultivent et cueillent des plantes aromatiques et médicinales selon des savoirs traditionnels en agrobiologie. Elle découvre les huiles essentielles et l’aromathérapie. « Mais c’était encore trop tôt et je n’ai pas trouvé ma place dans l’herboristerie et la phytothérapie », poursuit-elle.

Elle commence alors à travailler dans le monde de la santé publique avec pour fil rouge le goût de la transmission autour de la promotion de la santé. Et elle continue à titre personnel à se soigner par les plantes et les huiles essentielles. Elle commence aussi à fabriquer ses propres produits cosmétiques. « Plus on fait ses propres produits, plus on comprend que c’est sain. »

Mais une petite voix continue à lui souffler qu’il est dommage de passer à côté de sa passion. Elle s’inscrit au DIU de phytothérapie et aromathérapie de l’Université Paris Descartes (Diplôme Interuniversitaire) qui s’adresse aux pharmaciens, préparateurs en pharmacie, médecins, sages-femmes, dentistes et vétérinaires.

Voici comment est présenté ce programme sur la page de l’université. « Il existe à l’heure actuelle un intérêt croissant du public pour les produits à base de plantes. Dans ce contexte, les professionnels de santé se retrouvent face à une offre de plus en plus variée de la part des laboratoires. Cette formation souhaite leur apporter des connaissances solides en phytothérapie et aromathérapie afin de conseiller ou prescrire les plantes médicinales selon des critères d’efficacité validés, et, ainsi, d’être capables de choisir les formes les mieux adaptées à leur pratique. »

Acteurs autonomes de notre santé

Depuis juin 2018, Catherine se dédie à 100% à la phytothérapie et à l’aromathérapie à travers Secrets d’Herbes. « Nous ne sommes plus assez connectés à nos sens et à notre petite voix intérieure », constate Catherine. « Après avoir travaillé dans la promotion de la santé, j’ai envie de travailler à l’autonomie en matière de santé à partir du végétal qui a un pouvoir assez spectaculaire. »

 

Elle anime des ateliers d’aromathérapie dans lesquels elle cherche à redonner aux participants confiance en leurs propres capacités. Ses ateliers se déclinent sur les thèmes des maux d’hiver, du stress, de la douleur, de l’aromathérapie au féminin notamment. Les ateliers s’adressent au grand public et aux professions médicales, par exemple un dentiste qui souhaite utiliser des huiles essentielles au lieu d’un antibiotique. Ils mêlent le plus souvent aromathérapie et phytothérapie.

Professionnelle de santé, Catherine sait qu’il est nécessaire de consulter un médecin dans certains cas : « Je peux aider avec le stress, un rhume, des courbatures, pas avec la dépression ou un autre maladie chronique. Les maux du quotidien durent quelques jours. il faut être vigilant sur la place du médecin. »

Catherine aimerait travailler avec le milieu hospitalier qu’elle pense demandeur, notamment pour la maladie d’Alzheimer. Elle cite d’ailleurs des protocoles en cours en accidentologie, avec des enfants présentant des troubles autistiques, en cancérologie. « L’aromathérapie est spécifique à la personne. On cherche à court-circuiter le néocortex pour accéder aux émotions et aux souvenirs enfouis », décrit-elle. « Je constate une voie pour le végétal en milieu hospitalier. Il y a plus d’échos qu’il y a 20 ans. » Un constat qui fait écho à une reconnexion générale avec la nature et les plantes, malgré les frilosités encore bien présentes.

Dans un désir constant d’étendre ses connaissances, la jeune femme suit actuellement un DU Alimentation Santé Micronutrition à l’Université de Bourgogne. Son intérêt pour la cosmétique (voir son livre publié cette année) et pour toutes ces pratiques part de ce même constat : « nous sommes une seule personne et nous aspirons à faire nous-mêmes. En tout cas, nous pouvons acquérir des connaissances pour regagner de la confiance en nos capacités à prendre soin de nous. »

Pour l’année prochaine, elle travaille à une collaboration avec Ville en Herbes qui crée des jardins en milieu carcéral ou avec des centres sociaux dans le but de valoriser les compétences et se (re)découvrir. « A partir d’avril ou mai prochain, nous allons créer des ateliers sur les cosmétiques dans des maisons de quartier et les personnes formées en formeront d’autres. » Trasmission, autonomie, capacités à prendre soin de soi…

Les plantes « libérées »

Impossible de parler avec Catherine sans évoquer la situation de l’herboristerie et des plantes sur le plan juridique. « En 2008, 148 plantes ont été libérées par l’Europe. Il faut savoir que la France est le pays le plus drastique sur l’herboristerie. En Italie, en Angleterre ou en Suisse, on trouve des herboristeries et des magasins qui vendent des plantes. » En janvier dernier, la dernière herboriste diplômée du diplôme supprimé en 1941 et jamais rétabli depuis est morte. Le commerce des plantes médicinales est réservé aux pharmaciens…sauf pour les 148 plantes libérées.

On peut se renseigner sur le sujet à travers de nombreux articles sur Internet et plusieurs pétitions sont disponibles. Pour Catherine,  c’est une aberration d’avoir des plantes en accès libre sans l’accompagnement professionnel (herboriste/phytothérapie) qui va avec. « Il y a eu plusieurs projets de loi pour réhabiliter l’herboristerie, mais je vois un espoir dans le rapport du sénateur Labbé. La société est plus prête à l’entendre aujourd’hui. »

Les livres de Catherine Chevallier :

 

 

Beth Collier, une thérapeute qui reçoit dans les bois

Si Beth Collier n’avait pas rencontré il y a quelques années un jeune garçon, enfermé dans sa colère et imperméable aux outils classique de la psychothérapie, elle n’aurait peut-être pas pris le chemin qui l’a menée à recevoir aujourd’hui tous ses patients dans des parcs londoniens, à diriger un programme de reconnexion à la nature baptisé Wild in the City et à former d’autres thérapeutes dans sa Nature Therapy School. Tous ses projets sont ancrés dans une même conviction que la nature est l’alliée de notre santé et de notre bien-être.

Une enfance à la campagne

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Beth Collier dans son cabinet de thérapeute @http://www.bethcollier.co.uk

« J’ai grandi à la campagne sur une petite ferme, immergée dans la nature. La nature a toujours été un sanctuaire qui m’a soutenue et nourrie », me raconte Beth au téléphone. Je suis assise chez moi à Paris, Beth me parle depuis un parc à Londres. Aujourd’hui psychothérapeute, elle a commencé par des études de religions comparées et d’anthropologie, puis elle a travaillé pendant 15 ans notamment auprès de réfugiés. C’est pour les accompagner qu’elle a entamé de nouvelles études de thérapeute, même si elle travaille aujourd’hui avec un public plus vaste.

Revenons au jeune garçon qui a montré à Beth une nouvelle voie. « Ce garçon de 11 ans était plein de colère, il vivait dans un quartier difficile et était en danger de rejoindre un gang. Il n’avait pas de lieu pour courir et explorer, pour dépenser son énergie », se souvient-elle. « J’ai commencé à emmener des groupes d’enfants dans les parcs. Eux qu’on critiquait toujours pour leur comportement pouvaient enfin être loués pour leurs compétences d’observateurs et de leaders. » A l’époque, Beth travaillait comme bénévole avec des enfants tandis que sa pratique privée s’adressait à des adultes.

Naturellement, elle a commencé à proposer à ses patients de les voir à l’extérieur. « Cela me permettait d’être plus authentique puisque je savais bien tout ce que m’apporte la nature. Le lieu est important et beaucoup de gens ne sont même pas conscients de leur perte de lien avec la nature car certains n’ont jamais fait cette expérience. » Adepte de la théorie de l’attachement de John Bowlby et Mary Ainsworth, elle prend en compte le fait que le lien avec la nature est très différent de personne à personne. « La nature est en mesure d’offrir les conditions de base d’une personne qui prodigue des soins et, par conséquent, un attachement positif, en tant que véritable mère, ce qui crée le potentiel thérapeutique nécessaire pour nous aider à développer des liens secureavec les gens et le monde naturel », explique Beth sur son site.

« Mon unique cabinet est la nature »

« Depuis 2014, je pratique la psychothérapie exclusivement dans la nature », ajoute Beth. Ses patients sont des adultes démographiquement très divers qui se débattent avec des difficultés liées au deuil, à des ruptures, à du harcèlement. Très souvent, ils ont vécu des évènements traumatiques. « Face à face, parler du traumatisme peut être intimidant. Alors qu’en marchant ou assis dans la nature, c’est plus facile et la personne peut mieux réguler ses émotions. » Sa pratique est intégrative (thérapie centrée sur la personne, psychodynamique, humaniste, cognitivo-comportementale, thérapie brève, techniques de relaxation et de méditation). Le cadre reste la nature.

« On travaille sur les relations et en particulier la relation à la nature. La pluie par exemple, on peut l’aimer ou la ressentir comme oppressante. Le soleil peut induire un sentiment de culpabilité si on se reproche d’être déprimé malgré le beau temps. On ne peut pas faire de suppositions. La thérapie dehors, comme dans un bureau, consiste à explorer les émotions et les relations. »

« Pendant la séance, j’ai moi aussi une relation à la nature. Et eux ont une relation avec moi et avec la nature. J’aime beaucoup les séances à cette période de l’année (septembre) quand le soleil se couche et qu’on voit les étoiles à la fin de la séance. Le cadre est dynamique et différentes émotions sont évoquées. Je fais aussi des séances dans le noir parfois. » Si un patient doit lui parler par téléphone, elle même prendra l’appel dans un parc.

Certaines personnes sont-elles déroutées ? « Il peut y avoir plus d’anxiété. Nous ne fermons pas la porte d’un bureau, on peut nous voir. L’alliance thérapeutique est là pour fournir un cadre. On peut parler de ce que l’on ressent dans ces conditions », explique la thérapeute qui sait aussi s’adapter, changer de direction, choisir des coins plus tranquilles, se taire en croisant un groupe. « Dans cet espace, j’invite le patient à prendre la responsabilité d’où ses pas le portent. »

 

Wild in the City

Wild in the City

Les programmes de Wild in the City reconnectent des citadins à la nature qui les entourent. @http://wildinthecity.org.uk

Je n’ai pas pensé à lui demander si elle avait lu Last Child in the Woods, le livre de Richard Louv sous-titré « Sauver nos enfants du trouble du déficit de nature » sorti en 2005. Il y a de grandes chances. Car en 2013, Beth a lancé Wild in the City, une association qui propose des activités dans la nature à tous les publics de 3 à 103 ans pour améliorer leur bien-être. « La nature est souvent au pas de leur porte sans qu’ils ne le sachent. Certains parents, eux mêmes déconnectés de la nature, ne savent pas comment faire avec leurs enfants. Nous pouvons leur faire reprendre confiance en les reconnectant, en les immergeant dans la nature », explique-t-elle. Marches de nuit pour observer les chauves-souris, sorties pour identifier les oiseaux, activités de « bushcraft » faisant appel à des techniques ancestrales pour se connecter à la nature, les propositions de Wild in the City sont vastes et souvent gratuites pour les participants.

« Notre programme Nature Connectors s’adresse aux personnes de couleur qui passent encore moins de temps dans la nature parce que, pour elles, il existe des barrières et un sentiment d’insécurité. Par petits groupes d’une dizaine de personnes, nous explorons des espaces naturels locaux en nous posant des questions. Il s’agit d’intimité avec la nature et avec les autres. Nous créons une communauté de personnes de couleur. »

Wild in the City et quatre autres organisations locales ont créé Natural Health Service, un nom choisi en référence au système de santé britannique le National Health Service. « Nous travaillons en lien avec des médecins généralistes (GP). On sait que 40% des consultations ont pour objet l’isolement social et la solitude plus que la maladie. L’idée est aussi d’offrir une alternative aux médicaments, d’utiliser la nature pour encourager la santé et le bien-être tout en soulageant le National Health Service. »

 

Former d’autres thérapeutes à la Nature Therapy School

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La thérapie basée dans la nature @http://naturetherapyschool.com

Au départ, la Nature Therapy School offrait uniquement des thérapeutes déjà diplômés, dans le cadre de leur formation continue sous forme d’atelier de trois jours (CDP ou continued professionnal development) ou d’une formation plus longue (un « diploma »). « Soit ils veulent faire leurs premiers pas pour voir leurs patients dehors, soit ils le font déjà et ont besoin de la théorie autour. On parle du cadre, du processus, des limites. » La Nature Therapy School se développe. « Je travaille en ce moment pour faire accréditer un « diploma » qui formera des thérapeutes spécialistes de la psychothérapie dans la nature, mais cette fois des personnes qui ne sont pas déjà thérapeutes. »

Beth publie aussi un blog, Nature’s Therapy, un peu délaissé depuis quelque temps pour se consacrer à un livre à paraître, en 2019 si tout va bien, sur la théorie et la pratique de la « nature-based psychotherapy ». Fatiguée, Beth Collier ? « La nature me donne de l’énergie et me calme. Elle me nourrit. Quand je suis à l’intérieur, je me sens toute somnolente.  J’ai tellement de chance d’avoir pu inventer ce travail dans la nature. »