Anne-Françoise Pirson : l’hortithérapie made in Belgium

J’ai eu le plaisir de rencontrer Anne-Françoise Pirson à la dernière assemblée générale de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé. C’était fin janvier à l’école du Breuil, haut lieu de la formation à l’horticulture dans le Bois de Vincennes à Paris, où notre communauté grandissante se réunissait en compagnie de Gilles Clément. Une journée inspirante et joyeuse, des retrouvailles attendues après une période très « distancielle » et de nouvelles rencontres comme celle d’Anne-Françoise. Elle vient de rejoindre la FFJNS qui compte quelques membres hors des frontières françaises. Car Anne-Françoise avait fait le déplacement de Mons en Belgique où elle vit et vient de lancer une nouvelle aventure : le jardin qui prend soin.

« En Belgique, il existe quelques projets comme celui d’Alain Flandroit au Centre Hospitalier Universitaire et Psychiatrique de Mons-Borinage. Je vais aussi aller visiter d’autres projets, notamment à Bruxelles où un psychologue de formation est salarié d’un hôpital en tant qu’hortithérapeute », raconte Anne-Françoise, elle-même psychologue. « Cependant, l’hortithérapie me semble moins développée qu’en France. Quand je prononce ce mot, personne ne voit de quoi je parle parmi les responsables d’institutions de soin, les soignants, les métiers du végétal ou les politiques. » Ce qui n’arrête pas Anne-Françoise comme cela n’arrête pas toutes les personnes convaincues des bienfaits de la nature pour les êtres humains en situation de fragilité ou pas !

Anne-Françoise Pirson privilégie le vélo pour se déplacer dans Mons.

Le chemin qui mène à l’hortithérapie

Après ses études de psychologie, elle débute dans cette profession par des remplacements en psychiatrie et dans d’autres domaines où elle accompagne des patients en état de crise, des enfants placés ou encore des migrants nouvellement arrivés. Et puis la vie l’emmène dans une autre direction : un mari cuisinier, l’école hôtelière et un restaurant de produits du terroir sur les principes de l’économie circulaire et des circuits courts. Avant un nouveau virage vers un poste de vente de logiciels spécialisés pour les établissements de soin. « A l’approche de la quarantaine, j’avais besoin de sens et j’ai cherché un travail de psychologue conseil que j’ai trouvé dans une mutuelle. Mon moteur était l’accès et le remboursement des soins en santé mentale. Certaines choses ont bien marché, mais j’étais frustrée par le peu d’impact de mes actions malgré un travail qui prenait mes jours, mes soirs et mes weekends. »

« Le Covid est arrivé, on travaillait en visio. Et là, j’ai fait un burn out. La personne qui m’a accompagnée, Véronique, m’a suggéré un jour de réfléchir à mon rapport à la nature. Je me suis dit qu’elle était folle, que c’était pour m’occuper. Et puis comme j’avais confiance en elle, j’ai acheté un cahier pour écrire et là, c’est monté en moi et je me suis dit que j’avais trouvé ce que je voulais faire pour le reste de ma vie. Elle avait écouté ce qui me ressourçait et entendu ce lien fort avec la nature. »

Une double formation, théorie et pratique

Avec cette idée en tête, Anne-Françoise part à la recherche d’une formation. Elle se tourne d’abord vers le Canada et Mitchell Hewson, le premier hortithérapeute à obtenir le titre de « horticultural therapist registered » dans son pays et membre honoraire du Canadian Horticultural Therapy Association (CHTA). Cette formation à distance lui fournit les bases théoriques indispensables. Pour une approche « les mains dans la terre », elle se déplace en région parisienne pour suivre la formation de Terr’Happy, également membre de la Fédération Française Jardins Nature et Santé. Elle terminera cette formation le mois prochain. « La formation est active car on fait des ateliers avec des bénéficiaires et des soignants. Et puis on rencontre d’autres professionnels avec d’autres pratiques, ce qui ouvre le champ des possibles. » En parallèle, elle lit beaucoup. En anglais principalement. Elle déplore bien sûr l’absence de formation en Belgique.

Il ne faudrait pas oublier une formation au maraichage bio suivie en 2014, « parce que j’aimais et que je voulais apprendre à titre personnel, avec peut-être déjà une idée de reconversion ». Dans le cadre de cette formation, un stage dans une ferme proposant de l’insertion socio-professionnelle donne une autre base intéressante à sa reconversion. Et au départ, une sensibilité et une expérience depuis tout le temps : le goût de jardiner, de faire de la randonnée, d’aller en vélo. Tout un état d’esprit.

A la ferme Delsamme lors d’un stage d’un an dans le cadre de sa formation en maraîchage biologique

La naissance du jardin qui prend soin

Prochaine étape après les formations canadienne et française, le lancement de sa société Le jardin qui prend soin actuellement hébergée dans une couveuse d’entreprise et qui a vocation à devenir une association à but non lucratif (une Association Sans But Lucratif ou ASBL en Belgique). Sur son site, très pédagogique, Anne-Françoise évoque son parcours et explique ce qu’elle peut apporter à des établissements désireux de faire entrer la nature dans leurs pratiques. Elle a également organisé des webinaires pour expliquer son approche et sensibiliser à l’hortithérapie. LinkedIn est un autre outil utile et efficace pour se faire connaître et faire connaître l’hortithérapie. En octobre 2021, en quête de contact avec d’autres professionnel.les, elle rejoint la Fédération Française Jardins Nature et Santé.

Comme dans tout démarrage, il y a des jours enthousiasmants qui apportent de bonnes nouvelles et d’autres moins drôles où des projets tombent à l’eau comme ce jardin qui ne se fera pas dans une structure qui accueille des femmes et des enfants fuyant la violence. Le CA de la structure a décidé d’assigner le budget à réaménager l’intérieur plutôt que l’extérieur ! D’autres projets sont en discussion : un jardin pour une maison attachée à l’hôpital universitaire de Mons et accueillant pour des soins de support des personnes qui vivent un cancer, des contacts avec des maisons de retraite en Wallonie, le périmètre d’action d’Anne-Françoise.

Des ateliers d’hortithérapie au cœur du Musée des Beaux-Arts de Mons

Et la semaine dernière, une excellente nouvelle avec la confirmation d’un projet qui lui tient à cœur. « Le jardin du Musée des Beaux-Arts de ma ville, le BAM à Mons, m’accueille du 3 mai au 15 septembre pour 10 ateliers hortithérapeutiques. C’est un test que nous faisons ensemble en vue d’un projet de jardin plus grand et plus pérenne dans les années à venir, mais aussi d’une belle réflexion et collaboration sur l’accueil des publics différenciés, l’être dedans et dehors, la nature et la culture, la stimulation sensorielle, l’éveil des visiteurs et la place à l’expérience. Certains trouveront peut-être étrange de s’adosser à un musée avec un jardin hors institution, mais le musée et moi nous y voyions énormément de sens. » Non, pas étrange du tout !

« Il s’agit de 10 ateliers découverte », continue Anne-Françoise. « Chaque atelier sera vécu une seule fois par un petit groupe issu d’une institution, chaque fois différente. Ce sont des ateliers d’une heure trente, suivi pour les groupes qui le souhaitent par une visite guidée adaptée de l’exposition en cours dans le musée. Le premier atelier du mois de mai a été réservé par une maison de soins de support pour personnes ayant à faire face à un cancer. Les institutions visées sont très diverses : personnes âgées, personnes handicapées, déficients visuels, secteur de l’aide à la jeunesse, soins de santé primaire et communautaire, public précaire et sortant d’une période de sans-abrisme, psychiatrie dans et hors les murs. »

« Nous avons prévu un espace de stimulation sensorielle avec beaucoup d’aromatiques et de fleurs comestibles mais aussi deux bacs pour PMR et un bac pour travailler debout également où nous réaliserons des cultures potagères de printemps et d’été. Ce sera, je l’espère, pour moi l’occasion de montrer aussi de petits outils adaptés. »

« Aujourd’hui, mes journées sont variées, pleines de sens. Je fais de belles rencontres. Et autour de moi, mes proches pensent que ce projet me correspond », conclut Anne-Françoise. Comme quoi, une période de crise peut être porteuse de changements positifs ou comme dirait son accompagnatrice, « Vous avez réussi votre burn out ».  Quant à nous, en France, nous sommes très heureux qu’Anne-Françoise ait trouvé des ressources utiles et une communauté de cœur avec les autres membres de la FFJNS. Je crois même comprendre qu’un projet commun serait en discussion avec une membre française…A suivre.

Pour joindre Anne-Françoise : anne-francoise.pirson (at) lejardinquiprendsoin.be

En parlant de suivre, voici des nouvelles qu’Anne-Françoise m’a fait parvenir en décembre 2022. Je vous les livre en direct.

  • Au niveau du « véhicule entrepreneurial » : J’ai quitté la couveuse d’entreprise et créé une association sans but lucratif, tout en reprenant un travail de salariée à mi-temps pour couvrir mes besoins personnels :
    • Cela correspond plus à nos valeurs ;
    • Autres avantages :  il n’est pas possible de suspecter l’activité de quelques façons que ce soit – non il n’y a pas d’intérêt personnel et financier à cette activité ;
    • Permet de participer à des appels à projets (seul ou en collaboration avec d’autres)
  • Le projet test des ateliers au jardin du musée s’est très bien passé, son évaluation est très positive. Le point essentiel que nous retenons c’est que travailler sur l’espace public ajoute une très belle dimension à quasi tous les objectifs que l’on peut poursuivre en atelier. Voici le lien vers une vidéo qui parle de ces ateliers
  • Le jardin qui prend soin a lancé deux études de projets pour des jardins thérapeutiques en maisons de repos, l’une en Gaume à la campagne sur un grand terrain, l’autre à Huy, dans un contexte urbain, sur un plus petit terrain. Les deux études de projets sont portées par une petite équipe locale que j’accompagne pas à pas dans les réflexions (personnel de différents horizons, résidents, ouvriers, direction) sur la dynamique et le sens du projet, l’analyse des besoins à rencontrer, les aménagements à faire, la palette végétale ;
  • Nous sommes de temps en temps interpellé pour faire des petites conférences ou des micro-formations sur l’hortithérapie ou encore pour participer à tel ou tel salons ;
  • Nous avons reçu un morceau du budget participatif de la ville, soit un budget de 16.017€ (à utiliser sur deux ans) afin d’aménager un tiers-lieu jardin thérapeutique adossé à un musée du Pôle muséal de ma ville. Cela fait suite aux ateliers découvertes menés en été 2022 dans le jardin du musée des beaux-Arts. Cette fois, et grâce au budget décroché, nous allons pouvoir nous installer pour de nombreuses années et ancrer le projet et le programme très localement, dans une démarche participative et inclusive sur un autre terrain, adossé à un autre musée, qui se trouve en sortie de ville dans une zone semi-urbaine et socialement défavorisée, il s’agit du jardin du Musée Van Gogh à Cuesmes. 
  • Nous continuons à tisser des liens et à faire connaissance avec les autres acteurs belges francophones, principalement des soignants, avec entre autres le projet d’une petite semaine vélo en Août 2023 pour faire découvrir au monde tout ça (avec Romane) – à confirmer courant janvier, fonction de mon nouveau boulot de salariée et de nos possibilités d’être toutes les deux en congé en même temps

Trellis Seminar Series : le rendez-vous annuel des hortithérapeutes du monde entier

La première fois que j’ai eu le plaisir de discuter avec Fiona Thackeray de Trellis, l’association écossaise d’hortithérapie, c’était en 2015. En mars 2020, nous devions nous rencontrer « in real life » pour le symposium de Jardins & Santé à Paris….En 2021, Tamara Singh et moi avons eu le plaisir de présenter un état des lieux de l’hortithérapie en France lors de la première édition du Trellis Seminar Series. Hier soir, j’ai de nouveau eu le plaisir de passer un moment en ligne avec Fiona à une semaine du Trellis Seminar Series 2022. Ma question toute personnelle : est-ce que nous aurons un jour l’occasion de prendre un thé (ou une bière) ensemble ?

Pour le programme et les inscriptions aux séminaires de cette annnée, c’est par ici. Du 7 au 11 mars,  des experts interviendront d’Allemagne, d’Irak, d’Italie, de Belgique, du Brésil et d’Australie pour partager leurs expériences et connaissances de l’horticulture sociale et thérapeutique. Le programme s’enorgueillit également d’un panel de champions communautaires issus d’une variété de projets à travers le Royaume-Uni qui soutiennent les personnes vulnérables, handicapées et défavorisées de tous âges.

Plus que jamais et pour différentes raisons alors que la guerre revient brutalement au coeur de l’Europe, ce rassemblement est une « une lanterne d’espoir dans une année difficile ».

Fiona Thackeray de Trellis Scotland a écrit un livre pour se débarrasser du plastique au jardin, ‘Plastic-free Gardening’ (crédit photo Daily Record)

Fiona nous raconte la genèse de cette conférence en passe de devenir un grand rendez-vous annuel pour les hortithérapeutes du monde entier.

Qu’est-ce qui a incité Trellis à proposer une série de séminaires en ligne en 2021 ?

A little thing called Covid…En mars 2020, nous étions sur le point de tenir notre conférence annuelle qui rassemblait tous les ans entre 50 et 70 personnes en Ecosse. Mais c’était inimaginable de maintenir notre événement en personne : on se serait tous contaminés et nous aurions ramené le virus aux personnes fragiles avec lesquelles nous travaillons. Pendant plusieurs mois, nous nous sommes accrochés à l’espoir de le remettre à plus tard. Et puis nous avons décidé de le tenir en ligne. Cela me semblait un pauvre substitut à des rencontres en personne proposant des activités tactiles. Mais du côté positif, nous n’aurions jamais pu financer la venue de tous ces intervenants étrangers ! Il y avait un côté passionnant à cette transformation.

Les praticiens sont très isolés, ils n’ont souvent pas de pairs avec lesquels échanger dans leurs établissements. Ils nous disaient que notre conférence annuelle leur donnait le sentiment d’appartenir à un véritable mouvement en discutant avec d’autres faisant le même travail. Or, les séminaires en ligne reproduisent cela et l’étendent au-delà du Royaume-Uni.

Un aperçu du programme du Trellis Seminar Series 2022

Qu’est-ce que votre équipe a retenu de la conférence 2021 ? Quel est votre plus beau souvenir ?

La conférence a été un beau succès sur plusieurs plans. Les participants et nous aussi avons beaucoup appris. Nous avons établi des liens qui continuent encore aujourd’hui. Les séminaires étaient sociables et animés. Nous laissions le Zoom ouvert et la fête continuait après la présentation. Nous en étions stupéfaits. Au cours de la série, nous avons eu 580 participants des cinq continents. Nous avons vu les mêmes personnes revenir pour plusieurs séminaires. Ils en retiraient clairement quelque chose. Quelqu’un nous a dit que la conférence était une lanterne d’espoir dans ce qui avait été une année difficile pour beaucoup.

La série 2021 a-t-elle favorisé des coopérations internationales et des connexions individuelles qui ont perduré après l’événement ?

Nous sommes entrés en relation avec l’IGGT (Internationalen Gesellschaft Gartentherapie), l’association allemande d’hortithérapie présidée par Andreas Niepel. Je sais qu’une hortithérapeute travaillant en soins palliatifs en Angleterre est en contact avec Daniela Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi, une hortithérapeute péruvienne. Nous avons probablement joué les « entremetteurs » sans le savoir.

Qu’est-ce que les participants vous ont dit vouloir pour la prochaine édition ? Des demandes et des besoins sont-ils apparus ?

Ils ont demandé plus de la même chose ! Il y avait également une demande claire et urgente pour une meilleure reconnaissance professionnelle. Cela a toujours été un de mes objectifs, mais il y avait toujours d’autres projets qui nous occupaient. L’événement a été un catalyseur. La nature et les espaces verts étaient désormais reconnus comme importants pour la santé et nous avons estimé que nous devions établir des normes avant que d’autres ne revendiquent ce domaine. Nous pouvions voir se développer des programmes de formation avec des normes moins strictes que les nôtres. 

Nous travaillons actuellement avec une université pour les cours d’horticulture et avons rencontré une autre université pour les cours liés à la santé. L’objectif est de proposer un certificat d’ici janvier 2023, notamment pour les professionnels de santé comme les infirmières ou les ergothérapeutes. Puis ensuite nous aimerions développer une formation au niveau du master. L’idée est de proposer une formation pour que les gens soient en sécurité et en confiance en tant que praticiens. Nous travaillons aussi à l’élaboration de normes, d’un code de conduite, d’une supervision et de projets de recherche plus structurés.

Quelle est la chose la plus difficile dans l’organisation d’un tel événement ?

La coordination ! S’assurer que tout fonctionne au niveau des fuseaux horaires, des versions de Zoom ou de PowerPoint. Nous faisons des répétitions pour nous en assurer. Nous sommes une équipe de 5 personnes à temps partiel et commençons à réfléchir à partir de novembre. Nous aussi travaillons à distance et nous commençons à ressentir le besoin de nous voir plus souvent en personne.

Quel est le principal objectif de l’édition 2022 ?

Notre objectif reste de connecter les gens, qu’ils retrouvent des thèmes universels avec des spécificités locales qui sont uniques. L’idée est que les participants réalisent qu’en Irak, par exemple, dans un environnement tout à fait différent à des milliers de kilomètres de chez eux, d’autres praticiens font essentiellement la même chose qu’eux avec des manières de faire, des plantes, des approches locales. Pour moi, c’est convaincant et stimulant. Si nous étions entre nous au Royaume-Uni, ce serait moins stimulant. Quant à 2023, nous allons essayer de réintroduire des événements en personne, en extérieur et à plus petite échelle. Mais je pense que nous continuerons aussi les séminaires en ligne.

Colleen Griffin : une hortithérapeute indépendante et impliquée

Dans l’état du Maine, aux Etats-Unis

Colleen Griffin a suivi la formation d’hortithérapeute du Horticultural Therapy Institute (HTI) de Rebecca Haller et Christine Capra, formation que j’ai moi aussi suivie en 2010-2011 sans aller jusqu’au titre de Horticultural Therapist Registered comme Colleen qui a été diplômée en 2018. Puis Colleen est devenue co-auteure du blog du HTI, pour lequel j’ai aussi écrit il y a plusieurs années. Pas étonnant que je ressente une sorte de camaraderie par association avec Colleen. Quand j’ai lu son dernier billet intitulé « Dormance : la réponse de la nature aux jours sombres de l’hiver », j’ai été très touchée par les idées qu’elle exprimait. J’ai eu envie de discuter avec Colleen et de lui consacrer ce premier billet dans mon voyage autour du monde de 2022.

Colleen Griffin

Il y a quelques jours, alors que l’état du Maine où elle vit se remettait d’une forte tempête de neige, nous avons passé un moment très cozy sur Zoom pour parler de son parcours et de ses projets dont celui qui l’occupe tout particulièrement pour les Dempsey Centers for Quality Cancer Care. Pour les fans de Grey’s Anatomy, le nom de Patrick Dempsey évoquera le personnage du Dr. Derek Shepherd. C’est en honneur de sa mère touchée par le cancer que l’acteur a fondé et reste très impliqué dans cette association caritative qui accueille et soutient les patients et leurs proches.

Quant à Colleen, voici comment elle résume son parcours. « Après une carrière de 25 ans dans le domaine de la santé, j’ai décidé qu’un changement était nécessaire. J’ai suivi mon cœur et me suis inscrite à des cours d’horticulture dans un community college local. C’est à partir de là que j’ai découvert l’hortithérapie et que j’ai suivi la formation du HTI dans le Colorado. J’ai obtenu mon HTR en 2018 et j’ai depuis travaillé avec des adultes et des enfants ayant des besoins spéciaux dans des programmes professionnels et développementaux/comportementaux. Depuis 4 ans, je suis affiliée aux Dempsey Centers for Quality Cancer Care, qui servent non seulement les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer, mais aussi leurs familles et leurs soignants. Mon travail avec Dempsey est axé sur la réduction du stress basée sur la pleine conscience. » 

Mais ce n’est pas tout. Colleen s’implique dans deux organisations professionnelles dédiées à l’hortithérapie ainsi que dans la formation.  « Je fais partie de l’équipe de programmation de la conférence de l’American Horticultural Therapy Association – AHTA (prochaine conférence 8-10 septembre à Kansas City). Je suis actuellement coordinatrice des membres du North East Horticultural Therapy Network (NEHTN) et j’organise le bulletin trimestriel de ce réseau. Récemment, j’ai commencé à enseigner dans le cadre du programme bénévole des maîtres jardiniers (master gardeners) de l’Université du Maine Cooperative Extension. »

Cancer, nutrition et pleine conscience

Depuis une dizaine d’années, le Dempsey Center cultive un jardin avec l’aide de master gardeners comme ceux formés par Colleen. La production sert à des cours de cuisine thérapeutique en plus d’être distribuée aux patients pour encourager une alimentation saine et équilibrée. Devant quitter son emplacement original, ce jardin a trouvé refuge dans un nouveau lieu appartement au YMCA d’Auburn l’année dernière. C’est à Colleen que le Dempsey Center confie alors la conception du jardin communautaire et d’un jardin thérapeutique attenant. Dans cette partie qu’elle rend accessible aux personnes à mobilité réduite, elle installe des bacs et une longue table de travail pour jardiner à hauteur. 

En 2021, ce sont les herbes aromatiques et un jardin sensoriel qui ont été le principal objectif. Grâce à une structure couverte et à six tables, les activités d’hortithérapie peuvent se poursuivre par tous les temps car le Maine a un climat assez rude et imprévisible. Colleen espère que cette année, le projet va continuer à mettre des racines, notamment avec un jardin d’herbes médicinales. « Mais Rome ne s’est pas construite en un jour, » rappelle-t-elle. D’ailleurs, un autre projet ambitieux est de transformer une partie du terrain en espace naturel avec des pollinisateurs et des plantes indigènes. « Cette partie restera plus sauvage et pas accessible en fauteuil. Mais ce sera un lieu pour les familles. »

Jardin thérapeutique en devenir, nivellement et préparation du terrain appartenant au YMCA.
Le jardin thérapeutique en cours d’installation au printemps 2021 dans le jardin communautaire qui l’entoure. Il contient deux lits surélevés et deux jardinières accessibles aux fauteuils roulants, fixées à une table de travail.

Le jardin thérapeutique du Dempsey Center s’adresse aussi aux soignants, pour une pause dans leur quotidien. Colleen reçoit également des enfants de personnes malades ou des enfants endeuillés. « Avec des groupes de 8 à 18 ans, ce n’est pas toujours facile ! En mai dernier, nous avons commencé avec des plantations d’haricots verts et de concombres. Les enfants peuvent venir au jardin quand ils veulent. »

Jardiner n’est pas toujours rattaché à un lieu partagé, la Covid nous a appris à être adaptable. Cet hiver, Colleen a participé à une « Cabin fever series », un programme de wébinaires associant quatre professionnelles, une diététicienne, une prof de pleine conscience, une prof d’exercice adapté et une hortithérapeute. « Pour des patients qui ne pouvaient pas se déplacer, les conférences en ligne représentaient un grand intérêt. Une femme a participé depuis l’hôpital pendant une chimiothérapie. Une mère malade et sa fille adolescente ont apprécié de ne pas parler de maladie le temps de cet échange. » 

Dans cette vidéo, Colleen vous invite à une visite du nouveau jardin et vous raconte l’histoire de sa création. 

Le jardin sensoriel se trouve dans une jardinière surélevée. Attachée à la jardinière, une activité de pleine conscience auto-guidée que les visiteurs peuvent pratique avec les plantes devant eux.
Le jardin thérapeutique du Dempsey Center sa première année

Les origines d’une vocation

C’est l’accident de la route de son fils et sa longue convalescence qui a ouvert les yeux de Colleen sur le pouvoir thérapeutique du jardin. « Le jardin est un endroit rassurant où on peut démêler ses émotions. La nature ne porte pas de jugement et vous accepte. On peut reprendre confiance. Guérir est une longue route pleine de virages. J’ai constaté qu’il y a une différence énorme entre ce que la communauté médicale appelle être guéri et le fait d’aller vraiment mieux », explique Colleen dans une émission du podcast « Ah ha moment ». Ce podcast présente le parcours de plusieurs hortithérapeutes et leur « ah ha moment », le moment où ils ont pris conscience de l’intérêt des jardins thérapeutiques et de l’hortithérapie. Je vous encourage à écouter d’autres épisodes pour découvrir les histoires de Christine Capra, Matt Wichrowski, Pam Catlin, John Murphy, Patty Cassidy et bien d’autres.

L’accident de son fils impulse une envie de changement. Le jardin l’attire naturellement car elle pressent son intérêt thérapeutique. Quand elle parle à un de ses enseignants d’horticulture de cette intuition, elle s’entend répondre : « Ce que tu décris, c’est l’hortithérapie ». Et une hortithérapeute est née.

Hortithérapeute, une profession toujours en devenir

« En 2018, nous étions deux hortithérapeutes dans le Maine, dont Kathy Perry qui a été ma superviseuse de stage pour devenir HTR. Aujourd’hui, nous sommes quatre et bientôt cinq. A mes débuts, j’ai frappé à de nombreuses portes sans succès. J’ai été très heureuse que le Dempsey Center me donne une chance. Je pense que de plus en plus d’organisations voient l’intérêt de l’hortithérapie pour les gens qu’elles accueillent »,  constate Colleen. « La pandémie a changé notre vision de ce qui est thérapeutique. J’aimerais que tous les jardins communautaires, comme ceux dans lesquels travaillent les master gardeners, aient un jardin sensoriel. Dans cette crise, nous avons tous subi des traumatismes, des deuils, des pertes et de l’isolement. Le jardin peut nous aider à traverser la pandémie. »

Depuis la France, nous pourrions avoir l’impression que les hortithérapeutes ont la belle vie aux Etats-Unis, que la pratique est acceptée à bras ouverts. Le parcours de Colleen démontre que rien n’est jamais acquis. « J’ai rencontré une hortithérapeute de Seattle sur la côte ouest des Etats-Unis. J’avais l’impression que là-bas, l’hortithérapie était bien plus avancée. Mais finalement, non. » D’ailleurs, n’est-ce pas peut-être dans cet esprit un peu rebelle et hors des clous, toujours en lutte tranquille, que l’hortithérapie se joue ? 

En tout cas, partout les hortithérapeutes cherchent à se rassembler. Aux Etats-Unis, cette envie a pris la forme de huit réseaux régionaux de l’AHTA il y a plusieurs années. Après une période où les réseaux sont devenus indépendants de l’AHTA, il y a actuellement un mouvement pour rassembler de nouveau les deux niveaux d’organisation, national et régional. Colleen fait partie de ces chevilles ouvrières du rapprochement. « C’est important d’avoir une organisation nationale plus forte sans perdre l’identité des réseaux régionaux », explique-t-elle. Colleen représente le nord-est des Etats-Unis auprès de l’AHTA tout en s’impliquant dans le North East Horticultural Therapy Network (NEHTN). « Je me suis engagée dans le NEHTN à un moment où beaucoup d’anciennes partaient. Cela m’apporte beaucoup car nous partageons les mêmes questionnements. Nous avons quatre réunions par an et de nombreux échanges. » Pour rappel, l’hortithérapie, c’est connecter les humains – dont les hortithérapeutes – et les plantes.

Le Bonheur est dans le jardin fête ses 10 ans

 

Où sont-elles passées, ces 10 années ? Je vous les raconte à travers quelques billets qui ont jalonné mes explorations aux Etats-Unis, en France et ailleurs à la recherche d’expériences de la nature qui soigne. 267 billets en 10 ans et une masse d’informations qui restent à votre disposition si vous aimez fouiller un peu. N’hésitez pas à utiliser l’outil de recherche et voyez ce qui se cache dans les profondeurs du Bonheur. 

En préparant cette rétrospective, je me rends compte de tous les échanges et les rencontres que le blog a générés pour moi et parfois entre les lecteurs. C’est à cela qu’il sert.

Suzanne Redell dans un oasis de verdure avec une patiente du Cordilleras Mental Health Center (Californie).

2012, les débuts dans l’enthousiasme

En mai 2012, j’explique dans le premier billet pourquoi je lance Le bonheur est dans le jardin. J’habitais alors à Berkeley en Californie, mais le retour à Paris était programmé pour l’automne. Mon objectif était de parler de projets d’hortithérapie, de partager des exemples, d’inspirer. Déjà, j’évoquais la soif de nature et de connexion avec la terre des citadins, thème qui a pris de l’ampleur depuis 2012 et encore plus depuis 2020.

Depuis la Californie, j’avais échangé avec Anne et Jean-Paul Ribes de Belles Plantes ainsi qu’avec Anne Chahine de Jardins & Santé. Lien entre la France et les Etats-Unis, j’avais aussi « recruté » Rebecca Haller, ancienne présidente de l’American Horticultural Therapy Institute, pour le Symposium de Jardins & Santé en novembre 2012. A travers le blog, commençait à se jouer un rôle d’intermédiaire.

Avant de rentrer en France, je m’en donnais à cœur joie en racontant des expériences américaines, en pédopsychiatrie à Cincinnatidans un hôpital gérontologique à Atlanta ou encore de jardin en soins palliatifs en Caroline du Nord. Les soins palliatifs déjà – comme un clin d’œil à aujourd’hui où me voici psychologue dans une équipe mobile de soins palliatifs. A l’époque, j’abordais tous ces sujets sans aucune connaissance de soignante et seulement une courte formation en hortithérapie. Avec un enthousiasme sans doute un peu naïf. Pendant quatre ans, Le bonheur a été publié une fois, voire deux fois, par semaine ! Avant de devenir mensuel lorsque j’ai commencé un master de psychologie à Paris Nanterre. Merci Carole Nahon pour la suggestion de réduire la fréquence, car j’ai bien failli arrêter à ce moment-là devant la somme de travail.

En 2012 toujours,  premier passage au Centre de Formation de Chaumont-sur-Loire comme stagiaire lors de l’une de toutes premières formations aux jardins de soin et rencontre avec quelques personnes clés : Hervé Bertrix, Sébastien Guéret, Stéphane Lanel,  Paule Lebay, Dominique Marboeuf, « les » Ribes,…

Anne Ribes et Suzanne Redell discutent dans le jardin à la Pitié Salpétrière en 2013.

2013, un pied en France, un pied aux Etats-Unis

Je suis en France, mais mes attaches américaines sont encore très fortes (jardin dans des quartiers défavorisés à Portlandoù j’ai vécu plusieurs années, hortithérapie et violences sexuelles, rencontre avec Matt Wichrowski, hortithérapeute et chercheur new-yorkais,…). Petit à petit, le centre de gravité se déplace en France (Anne Ribes à la Pitié-Salpétrièrele Jardin d’Olt comme remède contre l’enfermement dans un Ehpad ou un atelier d’horticulture dans un IME). Toujours comme pont entre les deux pays, je commence à décliner le Bonheur en anglais pour alimenter le blog On the Ground du Horticultural Therapy Institute de Rebecca Haller et Christine Capra où j’ai été formée en 2010-2011.

Les animateurs du projet de jardin partagé au CH Georges Daumezon (Loiret) dont Anne Babin (à gauche en tablier vert) et Laurent Chéreau (devant avec le bob).

2014 fourmille de rencontres

Cette année-là, je commence à participer au jury du prix de la Fondation Truffaut qui récompense pendant plusieurs années, sous différentes formes, des jardins thérapeutiques, d’insertion et sociaux. Ce sera au fil du temps l’occasion de belles rencontres comme celle de Romane Glotain. Elle deviendra une régulière du blog à qui je passerai la plume plusieurs fois. Tout comme Nicole Brès qui écrira plusieurs billets au décours de ses voyages. Je fais aussi la connaissance de France Criou autour du Jardin de l’Armillaire qu’elle a contribué à créer au CHU de Nice. Je m’essaie pour la première fois à la vidéo avec une visite filmée du jardin de l’Ephad d’Onzain en compagnie de Paule Lebay. Ayant convaincu le magazine Le Lien Horticole de publier des articles sur les jardins thérapeutiques, je visite entre autres Dominique Marboeuf au CH Mazurelle à La Roche-sur-Yon. 2014 est aussi l’année où Tamara Singh, hortithérapeute certifiée aux Etats-Unis, débarque en France.

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon, Etats-Unis).

2015, de la terreur à l’amour du vivant

L’année commence dans la douleur avec les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher et je publie les réflexions de Sébastien Guéret, amoureux des jardins coincé au Japon que j’avais déjà présenté quelques mois plus tôt. Je continue la pratique de passer la plume à d’autres, comme ici pour parler de jardins et de soins palliatifs à la maison médicale Jeanne Garnier. L’Amérique du nord reste un terrain d’aventure fréquent (Une hortithérapeute à temps plein au Mental Health Center à Denverla formation à l’hortithérapie aux New York Botanical Gardens by Tamara Singh, la rencontre avec Jeannine Lafrenière de la Fondation Oublie pour un instant au Canada,…). Je me balade aussi en Belgique où je risque de rester coincée dans un hôpital pour le weekend pour cause de grève des transports. J’évoque pour la première fois l’écothérapie ainsi que la biophilie et E.O. Wilson, ce chercheur iconique qui vient de nous quitter il y a quelques jours. 

Les Jardins de l’Humanité dans la brume

2016, rythme de croisière

Je propose une de mes premières « revues de la littérature » sur les études démontrant les bienfaits de la nature sur la santé mentale. En 2016, visite en chair et en os à Castelnaudary chez John Riddel au Jardin des Vents. Pas moins de 4 billets pour décrire ce projet qui aura pris 10 ans de travail acharné pour se concrétiser et qui rassemble plusieurs établissements. C’est le grand plaisir d’écrire un blog pour une pigiste habituée aux contraintes imposées par des rédac chef : ici, je fais ce que je veux. De même, je consacre une série de quatre billets au grand sujet du financement. Je mets aussi en avant des travaux d’étudiants de différentes disciplines qui ont pris le jardin thérapeutique comme objet d’étude, comme le travail d’Arnaud Kowalczyk en master Promotion et Gestion de la Santé à Tours (et en passant en train par Saint-Pierre-des-Corps, je lui prête un jour le livre de Clare Marcus Cooper sur le quai de la gare). Je reviens à la vidéo pour présenter Laure Bentze et Stéphanie Personne de Ter’Happy, mais c’est à distance que j’interviewe Estelle Alquier des Jardins de l’Humanité dans les Landes. 

Curiosité partagée : le Jardin de Bonne à Paris, le jardin partagé de mon quartier qui rapproche les habitants.

2017, les frémissements d’une future fédération

En 2017, un certain Jérôme Pellissier m’appelle pour boire un café au Père Tranquille à Paris : il va publier un livre (enfin) en français sur l’hortithérapie et les jardins thérapeutiques. Alléluia ! 2017 est aussi une année de symposium Jardins & Santé. Comme d’habitude, j’essaie d’en rendre compte pour les absents. Ce symposium sera de manière informelle, dans un autre bar, le point de départ de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé. Depuis 2012, j’ai rencontré petit à petit (et présenté ici) presque tous les futurs membres-fondateurs de la « Fédé », y compris Didier Sigler du CH Théophile Roussel. Je prends aussi le temps de revenir sur des projets découverts les années précédentes, un autre luxe que permet un blog indépendant.

Le jardin de soin de Chaumont-sur-Loire, un jardin couteau suisse : pour les stagiaires des formations, pour des bénéficiaires locaux et pour le grand public qui visite le domaine.

2018, des prisons et des bains de forêt

Je suis bien ancrée en France, mais je garde toujours un œil sur les Etats-Unis, par exemple avec ce portrait de Calliope Correia, une hortithérapeute californienne et camarade de cours au Horticultural Therapy Institute, qui travaille entre autre derrière les barreaux avec beaucoup de passion. En 2018, je suis frappée par la multiplication des livres sur les bains de forêts…ce qui m’amènera directement à en écrire un autre pour les enfants et les familles l’année suivante. 

Evénement marquant cette année-là, l’ouverture d’un jardin de soin à Chaumont-sur-Loire, une satisfaction pour toute l’équipe des formateurs dont je faisais partie à l’époque et un projet mené en un temps record à la suite d’une rencontre avec la directrice des lieux. Il y a d’autres bonnes nouvelles : l’arrivée de Heidi Rotteneder, une hortithérapeute certifiée des deux côtés de l’Atlantiquela découverte qu’on peut pratiquer la psychothérapie dans la nature grâce à Beth Collier (une pratique que je commence à m’approprier à ma manière en tant que psychologue et psychothérapeute) ou encore la rencontre avec Green Link, une fondation très nature. Green Link publiera notamment cette même année un livre blanc sur les jardins en prison.

Dr. France Criou et Roger Ulrich, en marge du colloque « Des jardins pour prendre soin » à Saint-Etienne en 2019 à l’initiative de l’équipe du Jardin des Mélisses et de Dr. Romain Pommier.

2019, un livre et un colloque génial

A titre personnel, elle débute avec la publication de mon livre susnommé, Le Shinrin Yoku en famille, qui incite les familles à reconnecter avec la nature dans la lignée de Richard Louv. A titre collectif, elle se poursuit avec le premier anniversaire de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé. Nous communions avec la communauté hortithérapique lors d’un colloque au CHU de Saint-Etienne avec Roger Ulrich en guest star (pour expliquer l’impact de sa venue en France, je fais le parallèle avec rencontrer Mick Jagger pour un fan de rock anglais). Je parle à des « reconverties » qui ont répondu à l’appel de la nature. Nous causons dans le Jardin du Luxembourg avec une hortithérapeute péruvienneUn nouveau jardin « hors les murs » fait son apparition en Sologne, le Jardin de Vezenne. 

Une sortie des Décliques qui reconnecte les petits Franciliens avec la nature

2020, l’année des confinés

Tout avait si bien commencé. Et puis boum. Confinement acte I (Confinés dans nos corps, pas dans nos têtes), confinement acte II (Quand les confinés redécouvrent la nature, la biophilie explose), confinement acte III (Dans les jardins et la nature, les activités thérapeutiques reprennent de plus belle). Et puis encore et toujours des rencontres : Florence Gottiniaux en face à faceSabrina Serres au téléphone,…

Un jardin à visée thérapeutique à la Clinique de l’Anjou à Angers pour améliorer la qualité de vie des patientes en oncologie

2021, l’année de la formation

2021 explose d’actualité autour de la formation, les trois premiers jardiniers médiateurs et l’annonce d’un DU Santé et Jardins, notamment. Romane Glotain a fait le Tour de France des jardins thérapeutiques. On est parti en Angleterre avec Sue Stuart-Smith pour son excellent livre L’Equilibre du jardinier, en Italie avec Ania Balducci qui lance une formation universitaire à l’hortithérapie et au Kurdistan avec Tamara et Heidi.

Et en 2022 ? Et bien justement, j’ai envie de continuer sur cette lancée hors des frontières. En 2022, le Bonheur va se balader dans le monde entier. La suite en février…Merci de votre fidélité. N’hésitez pas à commenter ou à me donner des pistes de sujets à l’étranger.

Trois professionnelles de la santé mentale s’allient à la nature

Pour conclure 2021, la parole à trois femmes croisées électroniquement ou dans la vraie vie et dont j’avais envie d’avoir des nouvelles. Je leur ai demandé où en étaient leurs projets autour du jardin et de la nature et je partage avec vous leurs réponses. Merci à elles.

Stéphanie Martin : psychologue, elle consulte dans la nature

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux médiations autour du jardin/de la nature?

J’ai exercé  en tant que psychologue clinicienne pendant une dizaine d’années au sein d’établissements médico-sociaux, accueillant des personnes porteuses de handicap. Ces dernières années ma pratique a énormément évolué,  à travers mes besoins propres et auxquels j’ai trouvé un écho auprès de mes patients. Je me suis d’abord formée à la florithérapie, c’est-à-dire aux fleurs de Bach. J’ai découvert un autre univers à travers cet outil, et la puissance de la connexion avec les fleurs m’a amenée à me questionner différemment. J’ai commencé à proposer les fleurs de Bach aux patients que je suivais en institution, et j’ai pu observer des résultats incroyables. Il m’est ensuite apparu comme une évidence qu’il fallait aller plus loin, et j’ai très fortement ressenti le manque de connexion à la nature dont de nombreux patients souffraient. Cela m’est venu en observant le décalage qu’il pouvait y avoir entre les attentes et représentations de mes patients et la réalité du temps qui passe, des saisons, et du temps nécessaire à la maturation psychique. Lorsque l’on mettait en lien par exemple la saisonnalité avec le temps psychique, d’autres perspectives apparaissaient. En fait, une grande partie de mes patients vivaient en foyer d’hébergement, dans un bâtiment situé sur le même lieu que leur lieu de travail (ESAT). Ils passaient d’un bâtiment à l’autre, et en dehors des sorties organisées avec le foyer ou les associations partenaires, ils n’étaient que très peu en lien avec la nature.

J’ai alors commencé à proposer des consultations à l’extérieur, en marchant, notamment à une patiente pour qui je sentais au plus profond de moi que c’était cela dont elle avait besoin. Nous sommes allées dans un petit bois tout proche de l’établissement, et c’est comme si le contact avec la nature, avec les feuilles au sol, avec les couleurs, la luminosité, la reconnectait peu à peu à la vie. J’ai vu son niveau d’anxiété baisser drastiquement au cours de cette courte consultation, et je l’ai sentie s’apaiser au fil de la balade.

Suite à cela j’ai commencé à imaginer un espace thérapeutique en institution, sous forme de jardin. Un espace préservé, pensé pour et avec les patients, où l’on pourrait à la fois proposer des consultations, des groupes thérapeutiques, des temps de méditation, etc…, et à la fois laisser un accès libre afin que chacun puisse s’approprier cet oasis. J’ai alors commencé à faire des recherches en ce sens et j’ai découvert qu’il existait d’autres lieux comme celui que j’imaginais. Malheureusement la conjecture du moment n’a pas permis à ce projet de voir le jour.

De mon côté j’ai ensuite quitté le milieu médico-social avec lequel je me sentais de plus en plus en décalage pour m’installer en libéral, avec toujours en tête cette idée de jardinage thérapeutique.

Quelle est votre implication actuelle ?

Actuellement, je viens d’ouvrir mon cabinet de psychologue clinicienne et psychothérapeute en ville. Je n’ai pas pu trouver un lieu d’exercice qui me permettait d’avoir un jardin thérapeutique sur place, mais j’ai trouvé un cabinet avec une immense baie vitrée donnant directement sur un bel espace de verdure, avec en fond d’un côté les montagnes et de l’autre le lac du Bourget. Cela a été mon compromis pour finalement avoir quand même la nature au sein du cabinet !

Je reçois les patients (enfants, adolescents, adultes) au cabinet, où je leur propose différents outils pour accompagner la psychothérapie. Je travaille toujours avec les fleurs de Bach comme alliées du travail psychique. Et surtout, je propose également des consultations à l’extérieur, en milieu naturel. J’ai la chance de travailler dans un cadre exceptionnel, où les espaces naturels sont proches et accessibles (bords de lac, forêt, jardin vagabond…), alors je m’en saisis pour accompagner mes patients.

Je continue également d’accompagner des personnes en situation de handicap, ce qui a été ma spécialité pendant de nombreuses années. J’utilise différents moyens de communication et de support thérapeutique afin de m’adapter aux spécificités de chacun. Nous mettons aussi en place ensemble des outils qui permettent de transposer dans la vie quotidienne ce qui est travaillé en séance.

Enfin je suis en train de me former en phytothérapie et aromathérapie afin de compléter ma palette thérapeutique et de proposer un accompagnement plus global de chaque personne.

Quels sont les projets que vous souhaitez entreprendre dans ce domaine?

D’ici quelques temps je vais également proposer des groupes thérapeutiques au jardin, en partenariat avec une maraîchère permacultrice. Nous attendons le printemps pour que la saison soit plus appropriée, et aussi que ma patientèle soit plus développée afin de construire un projet solide.

J’ai pas mal d’idées qui bouillonnent dans ma tête, des envies de partenariats avec d’autres professionnels, des envies de formation… mais j’essaie de me raisonner et de ne pas tout attaquer en même temps ! Moi aussi j’apprends à me reconnecter à la saisonnalité, et au temps réel de la vie !

Pour en savoir plus sur Stéphanie, vous pouvez visiter son site.

Marion de Lamotte : infirmière, elle accompagne des patients au jardin

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux médiations autour du jardin/de la nature?

Depuis ma plus tendre enfance, la nature fait partie de mon environnement. J’ai grandi à la campagne, puis m’en suis éloignée pour me centrer sur mes études d’infirmière. 

J’exerce depuis 15 ans dans un hôpital psychiatrique en Vendée, le centre hospitalier Georges Mazurelle qui est réputé pour son parc paysager, pensé pour le bien être des patients, soignants et famille (voir le portrait de Dominique Marboeuf en 2014, son successeur est Michel Grelier). Sur les premières années, en collaboration avec l’équipe et le paysagiste de l’hôpital, j’ai monté de petits projets de jardins attenants aux unités d’hospitalisation. De petits « havres » de tranquillité pour les patients mais qui se pérennisaient rarement dans le temps, faute de moyens et car la mobilité nous amène à changer régulièrement de poste. 

En 2016, je suis arrivée sur un Hôpital de Jour pour une durée de 4 ans, structure de l’hôpital proposant des activités thérapeutiques. J’ai tout naturellement monté un groupe Jardin, avec une collègue infirmière et un groupe de 7 patients. Groupe ayant lieu tous les lundi matin. La dimension thérapeutique a pris tout son sens au travers du cadre proposé, des objectifs posés et du temps régulier mis à disposition pour la pratique mais aussi pour la régulation du projet. Le jardin a entièrement été conçu avec le groupe. Une expérience collective très riche. 

C’est vraiment sur cette période que les questions sur mon devenir professionnel se sont dessinées, que j’ai pris connaissance des savoirs théoriques et scientifiques existants et que j’ai contacté la Fédération Française Jardins Nature et Santé dont je suis devenue membre sympathisante. J’ai récemment décidé d’en devenir membre active.

En parallèle, depuis la naissance de mes enfants, j’avais eu besoin de la nature et du jardin pour me restaurer psychiquement et physiquement. J’ai donc pu expérimenter personnellement et collectivement les bienfaits de la nature. Je me suis tournée vers la permaculture qui m’a apporté une vision et une éthique proche de mes valeurs, qui m’accompagne aujourd’hui dans mon quotidien personnel et professionnel.

Quelle est votre implication actuelle ?

Depuis un an, je suis sur une autre structure de jour de ce même hôpital. Le fonctionnement est le même que sur l’hôpital de jour avec une dimension sociale approfondie du soin.

J’accompagne donc un groupe de 7 patients souffrants de pathologies psychiatriques, avec une collègue ergothérapeute, sur un jardin partagé dépendant d’une maison de quartier de la ville. Au-delà de l’aspect groupal, où se travaille déjà le lien à l’autre, se joue l’aspect sociétal, emprunt de représentations de la maladie mentale et le but est d’étayer puis autonomiser les patients dans la restauration ou la mise en place d’un lien à l’autre sécurisant. Le jardin faisant tiers dans la relation. Les autres aspects de la médiation sont également déployés à savoir la dimension physique, psychique et cognitive. 

Il y a un peu plus d’un an, je me suis formée au Jardin de soin module de base de Chaumont sur Loire, pour asseoir et formaliser des pratiques, acquérir des connaissances et surtout échanger avec des professionnels intéressés.

Quels sont les projets que vous souhaitez entreprendre dans ce domaine?

Depuis 2 ans, je réfléchis, en collaboration avec l’actuel responsable des espaces verts de l’hôpital, à un projet de jardin partagé sur l’hôpital. Un évènement que nous avons nommé « Parlons jardin » a réuni au mois de novembre les équipes et usagers intéressés par le sujet pour échanger sur les pratiques actuelles et lancer une dynamique collective et participative de réflexion. Un souhait commun, voir les premières plantations au printemps 2022.

Je suis persuadée que ce type de projet répond aux enjeux actuels. Il peut redynamiser l’institution, créer du lien entre les équipes, favoriser le bien être des patients, des soignants, des familles, créer un « ailleurs » ressource, faire des ponts avec des projets culturels et être favorable à la biodiversité et aux enjeux écologiques.

Pour ma part, après avoir argumenté, défendu le projet, rencontré des partenaires, mon avenir se dessine ailleurs. Je déménage à Angers prochainement et n’emporte pas mon statut de fonctionnaire avec moi. Je souhaite cependant continuer à œuvrer dans cette dynamique et proposer mes services aux institutions et aux particuliers ayant des problématiques de santé et voulant y répondre par l’intermédiaire du jardin. 

Pour retrouver Marion de Lamotte, voici son compte LinkedIn.

Elisabeth Cuchet Soubelet : chercheuse en reconversion, elle choisit un jardin thérapeutique comme terrain de stage

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux médiations autour du jardin/de la nature ?

De formation scientifique, j’ai fait de la recherche pendant plus de 25 ans dans l’industrie de l’imagerie médicale. Chercheuse en innovation technologique puis responsable de la recherche clinique, j’ai collaboré avec des chirurgiens du monde entier. Si ce métier m’a passionné, il impliquait aussi beaucoup de travail, de responsabilités, de voyages et de stress. J’ai essayé la méditation pour réduire ce stress, mais c’est une pratique que je trouve difficile. Par contre, j’ai crée il y a 3 ans un petit jardin sur le toit de mon garage en banlieue parisienne, qui est rapidement devenu mon lieu « ressource » : je me suis rendu compte que quelques minutes passées les mains dans la terre ou à regarder les insectes butiner me permettaient de m’apaiser. 

Il y a quelques mois, j’ai vécu une période difficile, entre le rachat de mon entreprise et des difficultés personnelles. J’ai alors décidé de partir « changer d’air » quelques jours en me formant à la permaculture dans la Drôme, à l’université des Alvéoles.  Ce stage a été pour moi une révélation : j’ai découvert que la permaculture ne touche pas seulement au végétal mais aussi à l’humain ! Cette approche écosystémique bienveillante où l’humain retrouve toute sa place au sein de la nature, qui allie des connaissances scientifiques très poussées mais laisse aussi une grande part à l’expérimentation du travail de la terre, m’a permis de me ressourcer et de me remettre en marche. Ce temps passé au plus près de la nature a été pour moi une véritable thérapie : en seulement une semaine, j’avais retrouvé l’envie de faire des projets et de me projeter dans l’avenir. 

Au retour de ce stage, à 53 ans, j’ai quitté mon travail et je me suis inscrite à l’université, en master de psychologie, avec l’idée d’explorer le pouvoir thérapeutique de la nature. J’ai alors découvert la littérature scientifique déjà très importante sur ce sujet, et trouvé de nombreux contacts grâce à la Fédération Française Jardins Nature et Santé. 

Quelle est votre implication actuelle ? 

Grâce à la FFJNS, j’ai pris contact avec l’hôpital Cognac Jay où je suis actuellement en stage de M1 de psychologie en service nutrition et obésité. Cet hôpital a été rénové en 2006 par l’architecte Japonais Toyo, autour d’un magnifique jardin. Anne Surdon, médiatrice en jardin thérapeutique, y organisait des ateliers thérapeutiques jusqu’à l’arrivée de la pandémie de COVID 19.  Anne avait envie depuis quelques mois de proposer à nouveau ces ateliers, et mon souhait de mener un projet de recherche sur les effets thérapeutiques du jardin pour les patients souffrants d’obésité a motivé toute l’équipe à redémarrer cet atelier. Je suis encore en phase de définition de mon projet de recherche, mais j’ai déjà observé lors du premier atelier combien les patients étaient fiers de ce qu’ils avaient pu réaliser au jardin !

Quels sont les projets que vous souhaitez entreprendre dans ce domaine?

Je souhaite dans deux ans exercer en tant que psychologue clinicienne, en tant que soignante, et utiliser la nature comme médiation thérapeutique dans ma pratique. Je reste cependant passionnée de recherche clinique, et j’aimerais donc pouvoir continuer à mener des recherches sur la valeur thérapeutique de la nature, en particulier pour des patients souffrant de psychopathologies sévères. 

Pour retrouver Elisabeth Cuchet Soubelet, voici son compte LinkedIn.

Bon courage à toutes les trois ! Bonne fin d’année à vous toutes et tous.

Deux hortithérapeutes au Kurdistan

Dans cette vidéo, Tamara Singh et Heidi Rotteneder, deux hortithérapeutes familières de ce blog et membres de la Fédération Française Jardins Nature et Santé, racontent comment elles sont allées à Chamchamal dans le Kurdistan irakien pour former des thérapeutes spécialistes du psychotraumatisme au travail avec le jardin.

L’équipe internationale d’hortithérapeutes qui s’est relayée auprès de ces thérapeutes locaux qui accompagnent des adultes et des enfants traumatisés par la guerre comprenait aussi les Allemands Andreas Niepel et Martin Pfannekuch et l’Américain Matt Wichrowski.

Pour en savoir plus sur la Fondation Jiyan et son jardin et sur la situation dans cette région du monde qui n’a guère connu de paix depuis le début du 20e siècle. La Fondation Jyian se décrit ainsi :  » Jîyan est le mot kurde qui signifie « vie ». Nous aidons les victimes traumatisées de la torture, de la persécution et de la violence au Kurdistan et dans le nord de l’Irak. La Fondation Jiyan est une organisation à but non lucratif qui s’occupe des victimes de torture, de persécution et de violence en Irak. Depuis 2005, notre équipe de professionnels de la santé et de défenseurs des droits de l’homme a pu aider des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dont la vie a été brisée par la torture, les attaques terroristes, les enlèvements et d’autres formes de violence. »

Dans le jardin de Chamchamal
Dans le jardin de Chamchamal
Formatrices (assises au 2e rang) et thérapeutes en formation
Chamchamal

Formation : les trois premiers jardiniers médiateurs et le premier DU

En prologue, une annonce. 

Demain, mardi 5 octobre, se tiendra en ligne une table ronde organisée par Jardins & Santé : « Un jardin à visée thérapeutique pour toutes les générations et pour tous les publics ». C’est de 19h à 20h30. J’animerai cette table ronde avec quatre invités :

  • Stéphanie Personne, conceptrice du Jardin des Possibles à l’Abbaye de Maubuisson (Val d’Oise)
  • Viviane Cronier, animatrice aux Jardins de l’Espérance à la Ciotat (Bouches du Rhône)
  • Bernard Pical, directeur du Parc des Camélias à Alès (Gard)
  • Pomme Jouffroy, médecin chef de service, initiatrice du jardin potager de l’Hôpital Saint-Joseph (Paris)

Inscrivez-vous ici 

Mélanie, Thomas et Stéphane : les pionniers des jardiniers médiateurs

Et maintenant, je vous invite à rencontrer Mélanie, Thomas et Stéphane, les trois premiers diplômés de la formation Jardinier Médiateur, une Spécialité d’Initiative Locale (SIL) du CDFAA de la Corrèze Brive-Voutezac. Ou comme elle est connue de tous, la formation créée par Emmanuel Coulombs, un enseignant passionné qui a soulevé des montagnes pour former des jardiniers avec une fibre sociale et thérapeutique.

Les stagiaires chez Gilles Clément

Mélanie : « J’ai envie de monter un tiers lieu autour du jardin »

Mélanie Grenaille est arrivée dans le groupe avec un parcours très riche dans le monde culturel et social. Après une licence en histoire de l’art, elle rencontre le public malentendant en travaillant dans une association de théâtre. Une licence professionnelle de médiatrice culturelle lui apprend les rouages du montage de projet et de la recherche de financements pour des projets aux frontières de la culture et de la santé. En 2016, elle obtient également le CAFERUIS (Certificat d’Aptitudes aux Fonctions d’Encadrement et de Responsable d’Unité d’Intervention Sociale), sésame pour gérer des structures médico-sociales.

La vie aussi est riche d’enseignements : une proche touchée par un cancer, un passage professionnel difficile lui donnent envie d’autre chose. C’est sur un Forum de l’Emploi qu’elle rencontre ce qu’elle cherchait en croisant Emmanuel Coulombs. « Ce qui me fait du bien à moi peut faire du bien à l’autre. Pour moi, c’est la nature, le jardin, observer les évolutions. Je suis petite fille de paysan, j’ai grandi à la campagne », raconte Mélanie. « Pour la formation, j’ai fait un contrat en alternance avec les Jardins de Colette, un parc floral dédié à l’écrivaine, près de chez moi en Corrèze. Mon projet a consisté à faire un diagnostic pour faire d’un endroit aujourd’hui peu utilisé un jardin de soin pour des femmes en oncologie. »

Quelques mois après la fin de la formation, que retient-elle de cette expérience ? « Je prends les formations comme des opportunités. La méthodologie de projet, je l’ai déjà. Avec cette formation, je suis entrée en contact avec des réseaux que je ne connaissais pas. Nous avions tous des attentes différentes et nous avons pioché des connaissances différentes. »

« Ma grossesse a modifié le curseur de mes ambitions ! J’ai toujours envie de monter un tiers lieu autour du jardin en incorporant tout ce que j’ai fait avant : l’insertion professionnelle, mes premiers amours avec la culture, l’écriture, des ateliers pour sortir des personnes du cadre médical. Aujourd’hui, cela me semble un peu vertigineux. » Pour l’instant, elle aimerait s’impliquer dans les Jardins du Cœur, un jardin d’insertion des Restos du Cœur.

Mélanie en action

Thomas : « Nous avons échangé avec beaucoup de belles personnes »

Thomas Boisseau et la discipline scolaire, ça fait deux. Il lui faut du sens. « Après un Bac Pro de géographe-géomètre, j’ai commencé un BTS dans ce domaine, puis j’ai travaillé à la SPA. J’ai eu envie de faire un BTS Aménagements Paysagers, mais je n’étais pas d’accord avec l’ensemble des profs qui disaient en gros « On fait comme ça parce qu’on a toujours fait comme ça ». Pour moi, une bâche plastique, des cailloux et trois plantes qui se battent en duel, ce n’est pas ça, un jardin. On fait beaucoup de mal, on empêche le vivant de s’installer. » Pour lui qui a grandi à la campagne et affectionne les balades en forêt, notre appartenance à la nature est une évidence.

Sur son chemin, il rencontre aussi des profs qui le passionnent. L’un d’eux l’introduit à Claude Bourguignon, agronome et grand spécialiste des sols. Un autre, « une personne géniale, un prof à l’affut », l’ouvre à l’idée de mêler nature et humain. « Toi, je te verrai bien jardinier médiateur », lui lance-t-il. L’idée parle à Thomas. « J’ai toujours eu un bon contact avec les gens, les enfants, les personnes âgées, des personnes en situation de handicap. Si on peut échanger, on peut apporter quelque chose. »

Il se lance dans la formation. Il prend comme lieu de stage le Relais Nature de la Moulinette près de La Rochelle où il vit depuis plusieurs années. Cette structure d’accueil propose une éducation à l’environnement et à l’écologie pour les enfants de la ville, mais aussi pour des personnes âgées et des promeneurs. Thomas y propose notamment des ateliers pour les classes en collaboration avec l’enseignant. De la formation, il retient les rencontres et les échanges. « On a beaucoup bougé dans toute la France. Nous avons échangé avec beaucoup de belles personnes, pas prétentieuses malgré toutes leurs connaissances. »

Depuis la fin de la formation, il n’a pas chômé et les propositions se bousculent. Il a travaillé un temps avec les Jardins du Cœur, avec la mission d’ouvrir vers l’extérieur un groupe d’une vingtaine de personnes en insertion avec des parcours très variés dans le maraichage. Actuellement, il a rejoint Adhoma, une société de services à la personne, pour proposer de l’éco-jardinage. « On veut utiliser mes compétences. Cette formation fait que je suis très demandé. »

Pendant la formation, un atelier au Jardin de la Passerelle avec l’association Hortiphonie

Stéphane : « Le jardin est un prétexte pour briser les inégalités » 

Après un BTS Aménagements Paysagers et une licence Géographie et Environnement obtenus au début des années 2000, Stéphane Locoche avait déjà une solide expérience en tant que jardinier au sein de la ville d’Albi avant de commencer la formation. Sans compter une expérience pendant deux ans à Québec. A son retour en France, il se rend compte que le service des parcs et jardins d’Albi a pris à bras le corps l’auto suffisance alimentaire et l’agriculture urbaine. Du coup, il exerce depuis début 2020 la fonction de jardinier médiateur. Sa mission est de faire le lien entre les projets qui se développent dans les quartiers – jardins partagés et jardins familiaux très demandés – et les élus.

« Ce qui m’a attiré dans la formation, c’est l’aspect social. Le jardin est un prétexte pour briser les inégalités et travailler sur le bien-être de tous, pour aller à la rencontre des habitants, dont certains ont des parcours difficiles ou des troubles du comportement », explique Stéphane. « La technique, je l’ai après 20 ans d’expérience. Mais pour le lien social, je me sentais moins légitime, moins en confiance. J’avais cette fibre sociale. J’avais besoin d’apprendre à me positionner, à aborder les personnes. »

Quels souvenirs garde-t-il de la formation ? Comme Thomas, il a été enchanté par les rencontres. « Nous avons passé dix jours à Chaumont-sur-Loire, Marion Mousset m’a beaucoup apporté. » Et puis il y a Emmanuel Coulombs ! « Manu est riche de pleins de valeurs, d’humanité et d’énergie. Il nous a transmis beaucoup. » De retour à Albi, Stéphane applique ces enseignements dans ses projets dans cette ville et ce service dynamiques. « J’anime des ateliers dans des jardins avec des habitants qui ont signé une charte du jardin et s’engagent à une certaine régularité. En arrivant toutes les semaines, on boit le café en se racontant les soucis et les joies. Puis on se lance dans le travail d’entretien, de plantation, de récolte, d’arrosage….Dans un quartier, j’interviens avec l’association Les mains sur terre. Dans un autre quartier, nous avons fait un jardin éphémère dans le cadre d’une rénovation et maintenant nous préparons le nouveau jardin. Nous avons un noyau dur de jardiniers. »

Trois stagiaires, trois parcours, trois trajectoires. Il ne fait aucun doute que cette formation les a marqués tous les trois. « La prochaine promo doit démarrer le 3 janvier », confirme Emmanuel Coulombs. « Il y a déjà pas mal de candidats, en fait presqu’uniquement des candidates ». Pour tout renseignement sur la formation de jardinier médiateur, contactez Emmanuel Coulombs : emmanuel.coulombs (at) educagri.fr ou 06 13 29 26 03. Voici la présentation du programme.

Stagiaires emmitouflés

DU Santé et Jardins

Quand je vous disais en mars 2021 que c’était l’année de la formation ! Jamais deux sans trois. Voici une nouvelle formation qui vient couronner cette année exceptionnelle.

Un DU tant attendu…Je me souviens en octobre 2012, à Chaumont-sur-Loire, entendre parler pour la première fois de cet espoir de créer un DU. Presque 10 ans plus tard, on y est.

Dans les mots de ces créateurs : « Réintroduire les espaces végétalisés dans les lieux de soin est aujourd’hui une démarche de santé publique reconnue au niveau international. Inspirés des effets documentés du végétal sur la santé, conçus et aménagés selon des critères fondés sur les preuves, les jardins de soin régulent le niveau de stress et le niveau d’attention. Ils développent les capacités cognitives et la relation sociale. Ils prennent soin des soignés aussi bien que des soignants. Véritables lieux de ressourcement, ils sont un levier de promotion de la santé au travail. Ils représentent une clé du management dans le champ du sanitaire et du médico-social au service de la performance du soin. Ils contribuent à la structuration de nouveaux parcours de soin.

On peut aussi noter que les politiques publiques prennent le tournant de l’écologie et s’inscrivent dans une démarche environnementale globale à l’échelle nationale. Elles invitent les établissements de santé à être acteurs dans ce domaine.

Ce nouveau diplôme universitaire est porté par le Jardin des Mélisses, l’association DanaeCare qui coordonne le Réseau Loire des Jardins de Santé – Délégation locale (42) de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé ( FFJNS ) et l’association Poisson Mécanique et en partenariat avec le Centre Référent de Réhabilitation Psychosociale ( piloté par le Groupement de Coopération Social et Médico-Social Rehacoor42 ) »

Pour tout renseignement et inscription (date butoir : 15 novembre 2021 pour une formation de janvier à juin 2022), voir la page de l’Université de Saint-Etienne

5 bonnes nouvelles pour la rentrée

Je ne sais pas vous, mais j’ai besoin d’une dose de motivation aujourd’hui. Je vous propose 5 bonnes nouvelles pour rebooster votre énergie.

1. Romane Glotain sur Silence ça pousse

Romane Glotain parlera de son Tour de France des jardins thérapeutiques sur Silence ça pousse ce samedi, le 11 septembre, à 15h35 sur France 5 (ou en podcast).

2. Un jardin à visée thérapeutique en oncologie à Angers

La création de cejardin à visée thérapeutique en oncologie a été pilotée par Clara David avec le soutien de Gilles Galopin, enseignant chercheur à Agrocampus Ouest. Dr Gérard Lorimier, chirurgien cancérologue aujourd’hui à la retraite a beaucoup œuvré pour ce jardin. Convaincu depuis l’enfance de l’intérêt du jardin pour la santé globale, il a écrit un ouvrage intitulé « Cancer, la nature source de prévention ».

 Objectif : améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer en leur proposant une activité physique en groupe et à l’extérieur. « Il y aura plus de 6 séances parce qu’on a réclamé, parce que ça nous plait », explique Marie. « Ca me permet de me vider la tête et d’apprendre pleins de choses pour le faire chez moi. » On espère que, maintenant que le jardin est là, les séances pourront se poursuivre. Lisez un article sur le projet et rencontrez les créateurs et les bénéficiaires du jardin grâce à une vidéo de Romane Glotain.

3. Une thèse sur les espaces de nature et la santé mentale des citadins

Toujours autour de la dynamique insufflée par Gilles Galopin, découvrez la thèse de psychologie de Bastien Vajou sur les effets des espaces de nature urbains sur la santé mentale des citadins, soutenue cette année. Quels éléments paysagers ont un effet bénéfique sur la santé mentale, s’est-il notamment demandé. « Nos résultats suggèrent que l’expérience de nature constitue une véritable stratégie pour réduire l’anxiété et promouvoir l’euthymie en ramenant aux sensations présentes, c’est-à-dire à une expérience proche de la pleine conscience. » Euthymie = état d’humeur relativement stable = un être humain qui va bien. Ecoutez Bastien Vajou ou lisez une interview dans un magazine régional.

4. Une ferme pour des personnes polyhandicapées

A Vacquiers en Haute-Garonne, la Fondation Marie-Louise s’est délocalisée sur la Ferme Vivaldi. Son projet d’agrithérapie a l’ambition d’accueillir des personnes hébergées en foyer d’accueil médicalisé ou en maison d’accueil spécialisé. Pour cela, il faut l’équiper pour les recevoir dans de bonnes conditions, notamment les personnes en fauteuil et les personnes moins autonomes. L’agrithérapie : un potager pour soigner, socialiser, s’évader. Le projet est très bien décrit sur la page KissKissBankBank ou sur la page Facebook de la Fondation Marie-Louise.

La Ferme Vivaldi de la Fondation Marie-Louise

5. Plus de temps pour candidater au Trophée Green Link des Jardins en Prison

Le deadline a été repoussé au 30 septembre.

En 2018, Green Link et l’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP) avaient publié un livre blanc intitulé « Des Jardins pour les Prisons : 7 propositions pour développer la pratique des jardins en prison ». Retrouvez le billet et le livre blanc en intégralité.

En 2021, dans la continuité, Green Link annonce le Trophée Green Link des Jardins en prison dont le double objectif est d’encourager la création, l’embellissement et l’extension des jardins en prison et aussi de favoriser la pratique du jardinage et du maraichage dans les établissements pénitentiaires. Ce Trophée s’inspire du « Windlesham Trophy » qui, depuis 1983, récompense les jardins en prison en Angleterre.

La fiche d’inscription accompagnée des photos ou croquis devra être envoyée au plus tard le 15 septembre 2021 à l’adresse suivante : desjardinspourlesprisons@green-link.org. Vous trouverez tous les détails et la fiche de candidature ici.

Le Tour de France des jardins thérapeutiques de Romane Glotain

En ce début juillet, il y a un autre Tour de France à suivre. 

Celui de Romane Glotain, partie de Saint-Herblain (44) le 10 mai pour arriver le 15 juillet à Saint-Nazaire (44), qui aura visité en route plus de 40 jardins thérapeutiques dans des lieux aussi divers qu’un foyer d’accueil médicalisé, l’unité psychiatrique d’un CHU, une maison d’arrêt ou encore une maison de retraite.

Romane Glotain, les habitués du Bonheur est dans le jardin commencent à bien la connaître après l’avoir rencontrée en 2016 en tant lauréate du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut qui nous avait raconté son parcours depuis le lycée. On l’avait retrouvée en 2017, murissant son projet. Formée à la fois à l’horticulture et à l’intervention auprès de publics vulnérables, elle a trouvé un fil rouge depuis sa découverte de l’hortithérapie au lycée auprès de personnes âgées. Chez elle, l’engagement pour promouvoir la place de la nature dans les institutions est fort.

Aujourd’hui éducatrice spécialisée à l’Institut Médico-Educatif Marie Moreau, elle s’est lancé un défi : mettre en lumière la grande variété des jardins thérapeutiques français en faisant un Tour de France solo en vélo électrique. La première fois qu’elle m’en a parlé, c’était en juin 2020. Le projet était encore embryonnaire et tenait dans un document de 5 pages. 

Après des mois de préparation et de contacts fédérateurs, Romane est en train de terminer son pari un peu fou qu’elle a baptisé « Les Maux’Passants prennent la poudre d’escampette ». Les Maux’Passants est l’association créée par Romane Glotain, qui est par ailleurs membre de la Fédération Française Jardins Nature et Santé qui soutient son initiative, pour porter ses projets actuels et futurs. Dont celui d’un jardin thérapeutique hors les murs en Loire Atlantique.

Sur son chemin, elle a non seulement rencontré et interviewé des porteurs de projets et des jardiniers, elle a aussi proposé des conférences dans plusieurs établissements agricoles et horticoles pour faire découvrir ces jardins très particuliers aux jeunes en formation. Une sensibilisation à la source par quelqu’un en qui elles et ils peuvent se reconnaître…

Il reste encore une dizaine de jours dans le périple. Vous pouvez suivre la fin du Tour de France des jardins thérapeutiques et découvrir le chemin déjà parcouru sur les divers réseaux sociaux que Romane a alimentés. Oui, entre pédaler et faire des rencontres toute la journée et poster la nuit, elle n’a pas compté ses heures.

Toutes les étapes au jour le jour sur Facebook

La version Polarsteps pour suivre le périple sur la carte de France en mots et en photos 

La version Instagram

Les interviews des porteurs de projet sur YouTube, une vraie mine d’or.

Un questionnaire pour les fans qui la suivent

Je crois comprendre que l’expérience a été tellement positive que le retour à la vie de tous les jours va être difficile. Alors pourquoi ne pas envisager la pérennisation de ce Tour de France ? Il y a tellement de jardins thérapeutiques à découvrir en France…

1er Trophée Green Link des Jardins en prison

En 2018, Green Link et l’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP) avaient publié un livre blanc intitulé « Des Jardins pour les Prisons : 7 propositions pour développer la pratique des jardins en prison ». Retrouvez le billet et le livre blanc en intégralité.

En 2021, dans la continuité, Green Link annonce le Trophée Green Link des Jardins en prison dont le double objectif est d’encourager la création, l’embellissement et l’extension des jardins en prison et aussi de favoriser la pratique du jardinage et du maraichage dans les établissements pénitentiaires. Ce Trophée s’inspire du « Windlesham Trophy » qui, depuis 1983, récompense les jardins en prison en Angleterre.

La fiche d’inscription accompagnée des photos ou croquis devra être envoyée au plus tard le 15 septembre 2021 à l’adresse suivante : desjardinspourlesprisons@green-link.org. Vous trouverez tous les détails et la fiche de candidature ici.

Comme pour Romane, un beau suivi dans le long terme…D’ailleurs, vous avez remarqué que Romane s’était arrêtée dans le jardin d’une maison d’arrêt ? Mais où se trouvait donc cette maison d’arrêt ?

L’équilibre du jardinier de Sue Stuart-Smith : un livre pour nourrir votre esprit

Sorti en avril 2020 en Angleterre et dans 15 langues depuis, L’équilibre du jardinier : renouer avec la nature dans le monde moderne est tombé à pic. Confinés, nous redécouvrions avec émerveillement l’enchantement de la nature et en creux un sentiment de perte pour ceux qui avaient laissé le lien se délier. 

Dans cet excellent livre, la psychiatre anglaise Sue Stuart-Smith nous livre son expérience personnelle de jardinière vivant au rythme de son jardin avec son mari paysagiste, mais aussi de touchants témoignages de personnes fragilisées et requinquées par la nature ainsi que la richesse des recherches et théories scientifiques. Un livre qui parle à tout le monde sur un ton accueillant et enrichissant, un livre qui m’a touchée chapitre après chapitre et m’a laissée remplie d’enthousiasme.

Je vous propose une découverte en deux temps : une interview de Sue Stuart-Smith et une sélection de mes passages préférés de son livre. Histoire de vous donner envie de le découvrir en entier.

La parole à Sue Stuart-Smith

Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir de discuter avec Sue de son livre, des retombées de sa publication, de sa passion pour les jardins, de ses projets.

Le livre et l’après. « Ce livre réunit deux aspects de ma vie. Il met en avant le jardinage et ses aspects thérapeutiques.  Mais je voulais aussi qu’il soit agréable à lire sans donner au lecteur le sentiment d’être sermonné.

Pour les personnes impliquées dans des projets de jardinage thérapeutique, le livre est une confirmation de ce qu’elles font. Il leur donne de la crédibilité. Il fournit également des preuves pour ceux qui cherchent des financements pour leurs projets. J’ai également parlé à des lecteurs qui n’étaient pas des jardiniers. Ils m’ont dit : « Je n’avais jamais jardiné auparavant, mais maintenant je sème des graines ».

Depuis la publication du livre, j’ai parlé à de nombreux groupes dans le monde entier par visioconférence : des psychiatres en Allemagne, des étudiants en horticulture et en hortithérapie en Chine, des clubs de jardinage et des professionnels de la santé au Royaume-Uni. J’ai prévu de rendre visite à une société de jardinage australienne travaillant avec des jeunes en 2023. Et aujourd’hui même, j’ai rencontré des personnes d’un jardin communautaire près de chez moi qui sont venues voir notre projet dans notre verger à Serge Hill. »

Les projets en cours. « Le projet Serge Hill est de construire un centre dans notre verger pour des conférences et des événements, pour les écoles locales. En raison du confinement, nous avons plusieurs mois de retard. Mais nous avons pu faire pousser des légumes et les offrir aux familles de notre petit hameau. Nous avons également reçu un patient en traitement contre le cancer. Mon mari a déménagé son studio de design de Londres pour travailler ici. »

La place de la nature dans la santé, une bataille d’actualité. « Certaines personnes veulent sans doute se précipiter pour retrouver la vie d’avant. Ce sera un processus complexe. L’une des bonnes choses de cette situation est un éveil au monde naturel. Au Royaume-Uni, nous sommes devenus conscients de l’énorme différence en matière de santé mentale si les gens ont accès à un jardin ou pas. Une personne sur huit n’a pas de jardin. Les parcs sont bondés. Il y a une énorme pression pour l’urbanisme et le développement. J’espère que mon livre pourra aider les gens à faire campagne et à faire passer le message. Nous pouvons changer les choses si nous accordons de l’importance à la nature.

Le NHS ne donne pas beaucoup de fonds, mais le département de la santé encourage les médecins de famille à utiliser la « prescription verte ». La « prescription sociale », comme le bénévolat ou l’adhésion à une chorale, était déjà acceptée. On assiste maintenant à une évolution vers la « prescription verte ». C’est un pas dans la bonne direction. Nous pouvons boucler la boucle : des groupes de personnes travaillant avec des organisations caritatives dans des parcs ! »

Explorons L’Equilibre du jardinier 

Chapitre 1. Au commencement

« Comme un temps suspendu, l’espace protégé du jardin permet à notre monde intérieur et au monde extérieur de coexister, libérés des pressions du quotidien. En ce sens, les jardins nous offrent un entre-deux, espace de rencontre possible entre notre être le plus intime, le plus imprégné de rêves, et le monde physique réel. Ce brouillage des limites correspond à ce que le psychanalyste Donald Winnicott a qualifié d’ « espace transitionnel » » (p. 25).

« L’investissement affectif et physique qu’entraine le travail consacré à un lieu affecte à terme le sens de l’identité…C’est au psychiatre et psychanalyste John Bowlby que l’on doit dans les années 1960 les premiers travaux sur la théorie de l’attachement…Pour Bowlby, l’attachement était « le fondement » de la psychologie humaine….L’attachement au lieu et l’attachement aux personnes relèvent d’un même processus évolutif et sont tous deux spécifiques à chaque individu » (p. 26-27).

Chapitre 2. Nature verdoyante et nature humaine

Grace souffre de dépression et d’anxiété suite à une série d’événements douloureux dont le point culminant a été la mort de sa mère. Elle a rejoint un groupe de jardinage thérapeutique sur les conseils de son psychiatre. C’est dans ce groupe que l’auteure la rencontre et Grace lui décrit les bienfaits qu’elle ressent au jardin. « Il n’y a pas d’agitation. Cela m’apaise…Je ne me suis jamais sentie comme cela – au jardin, je vis dans un autre monde… ». Quand elle souffre d’anxiété, elle pense au jardin. « C’est comme si, dans ma tête, j’avais un coin tranquille » (p. 46-49).

Des signes encourageants pour l’hortithérapie en Angleterre : l’Oxford Textbook of Nature and Public Health estime que « pour une livre d’investissement dans un projet horticole, le NHS pourrait en économiser cinq en dépenses de santé » (p. 50) et « la revue British Journal of Psychiatry en 2018 a ouvert ses pages pour la première fois à un essai de thérapie par l’horticulture, ce qui indique que le jardinage gagne en crédibilité dans les milieux médicaux traditionnels. » (p. 51). « Et malgré toute leur importance, ces recherches scientifiques ne sauraient refléter tout l’éventail des effets thérapeutiques de l’hortithérapie. Le jardinage a pour singularité d’englober les aspects affectifs, physiques, sociaux, professionnels et spirituels de l’existence » (p.  51).

Un exemple anglais décrit dans le livre à découvrir en ligne : Bridewell Gardens.

Chapitre 3. Les graines de la confiance en soi

L’auteure a visité des prisonniers qui jardinent. Ecrasé par des sentiments d’échec et de honte, Samuel ressent pour la première fois de la fierté en faisant pousser une courge et retrouve un rapport avec sa mère qui n’est pas fait de préoccupation pour lui (p. 58). Un autre prisonnier explique que le jardin met radicalement les gens à égalité, que « travailler la terre, cela semble créer un lien authentique entre les gens, loin des affectations et des préjugés qui caractérisent tant de relations entre les êtres humains » (p. 67). Elle a aussi rencontré des jeunes qui participent au projet Growing Options de Thrive et retrouvent « la joie d’être la cause créatrice » (p. 77).

« Quand nous semons une graine, nous plantons le récit d’un futur possible. C’est un acte d’espoir. Toutes les graines semées ne vont pas germer, mais c’est rassurant de savoir que l’on a mis des graines dans le sol » (p. 78).

Chapitre 4. Quand le vert est sérénité

« Le genre de lien qui nous attache aux arbres est l’inverse de celui qui nous attache aux jeunes plants, tout petits. C’est tellement plus petit que nous, une plantule, que nous nous occupons d’elle et la protégeons, mais, à l’abri d’un arbre, c’est nous qui sommes les tout-petits et qui pouvons nous appuyer sur lui, qui est si fort » (p. 95).

Après avoir parlé avec des soldats souffrants de SSPT (syndrome de stress post-traumatique- rencontrés à l’association Thrive, « je sentais que le jardin l’avait aidé à retrouver quelque chose d’intact au fond de lui. Qu’il ait été à même de renouer avec la nature dans ses souvenirs d’enfant par le biais de son expérience actuelle, c’était le signe que sa perception de lui-même gagnait en intégration et qu’il recouvrait son identité » (p. 99). On visite aussi le jardin Nacadia au Danemark et on évoque l’usage de l’hortithérapie dans la clinique de Karl Menninger avec des soldats de la Seconde Guerre mondiale.

Chapter 5. La nature en ville

« Comme dans d’autres démarches artistiques, l’art du jardinage peut être une réponse à une perte. La création d’un jardin est autant une re-création qu’une création, celle d’une vision du paradis, d’un endroit qui nous relie à un paysage que nous avons aimé et qui nous console d’avoir été séparés de la nature » (p.102).

« Une des meilleures descriptions des bienfaits procurés par la verte nature est due au paysagiste Frederick Law Olmsted, créateur de Central Park à New York. « Si nous considérons la relation intime de l’esprit avec le système nerveux », écrit-il au milieu du XIXe siècle, alors il est facile de comprendre comment il se fait qu’un beau paysage naturel «occupe l’esprit sans le fatiguer tout en l’engageant, le tranquillise tout en l’éveillant et, l’esprit influençant le corps, procure ainsi un repos bienfaisant qui revigore l’être » (p. 105).

« Quand nos ancêtres chasseurs-cueilleurs se déplaçaient dans la forêt, leur sécurité dépendait de leur réceptivité et de leur attention de tous les instants à l’environnement. Il y a des raisons évolutives pour lesquelles se trouver dans la nature fait oublier les pensées anxieuses au profit d’un état d’esprit à la fois détendu et alerte : se perdre dans le processus récursif de la rumination n’est pas une bonne stratégie pour survivre » (p. 111).

L’auteur rencontre Francis qui souffre de schizophrénie. « En jardinant, il avait acquis ce qu’il appelait « une compréhension plus profonde de la vie » et il s’était habitué « au fait que tout passe ». Il avait aussi arrêté de se fâcher si fort contre lui-même. Il avait toujours été plutôt brouillon et désorganisé, mais son comportement dans le jardin était différent : « On ne peut pas faire ça ici, parce que le jardinage, c’est justement une question d’organisation. Si vous ne vous occupez pas des plantes, elles dépérissent et elles meurent »…« Je suis plus présent à la vie maintenant – loin du fracas.» » (p. 118).

« Le bon sens suffit pour se douter que l’air frais, la lumière naturelle, l’exercice physique et l’accès à des lieux verdoyants et calmes vont améliorer la santé des citadins. Pourtant notre éloignement de ces éléments naturels est tel que nous avons besoin de preuves scientifiques pour être convaincus de leurs effets positifs » (p. 121).

Chapitre 6. Racines

Après avoir parlé des origines de l’agriculture et des jardins, Sue Stuart-Smith tire des parallèles des relations de collaboration dans la nature. « Nous avons tendance à croire la nature régie par des relations prédatrices ; or le monde naturel regorge de collaborations qui parfois s’apparentent étonnamment au jardinage » (p. 129). Je dois passer trop rapidement sur les femmes Achuar en Amazonie qui accouchent dans leur jardin, sur l’influence de la colonisation sur l’environnement naturel, sur le mythe sumérien racontant l’histoire de l’art du jardinage avec « le péché mortel du jardinier » qui s’applique aussi à notre époque 5 000 ans plus tard et jusqu’à Carl Jung qui estimait que « Chaque être humain devrait avoir un bout de terre pour permettre à ses instincts de revivre » (p.  147).

« Jardiner, c’est toujours compter avec des forces qui nous dépassent. Nous avons beau laisser notre empreinte sur un lieu, l’adapter à nos besoins – de quelque manière que nous définissions ceux-ci – le jardin est un être vivant qui n’appartient qu’à lui-même et que nous ne pouvons totalement contrôler. Le lien entre lui et nous s’exprime par une influence réciproque qui nous façonne autant que l’inverse : c’est un processus qui m’apparaît maintenant comme la croissance mentale du jardinier » (p. 148).

Chapitre 7. Le pouvoir des fleurs

L’exemple thérapeutique choisi dans ce chapitre est celui de Renata, une jeune femme rencontrée dans un programme italien de désintoxication. Elle fait pousser des fleurs et parvient à dépasser sa haine de soi et sa perte d’attachement à la vie, en particulier en s’attachant à des plants de cactus malades dont elle prend soin (p. 368-373). 

Chapitre 8. Solutions radicales

Synergie entre tisserands déracinés et plantes transplantées dans l’Angleterre du 19e siècle, organisation de floralies comme de brèves immersions dans la beauté aux débuts de l’ère industrielle. Avec Carl Jung à la rescousse : « Nous avons tous besoin de nourrir notre psyché, ce qui est impossible dans des immeubles urbains sans un coin de verdure ou un arbre en fleur » et encore « Je suis pleinement convaincu de la nécessité pour l’existence humaine d’être enracinée dans la terre » (p. 179).

Ce chapitre est dédié aux expériences actuelles de végétalisation en ville : le démarrage des Incroyables Comestibles en Angleterre, la ferme urbaine d’Oranjezicht en Afrique du Sud, Bronx Green Up à New York, Windy City Harvest à Chicago,…

Chapitre 9. La guerre et le jardinage

Sue Stuart-Smith relate l’histoire des « jardins de tranchées », des deux côtés, dans la bataille de la Somme pendant la Première Guerre mondiale. Des potagers, mais surtout des jardins de fleurs. D’abord spontanés comme des instincts de survie, puis repris par la hiérarchie militaire comme moyen de subsistence. 

« Toutes les valeurs incarnées par le jardin rejettent la guerre, ce qui amène l’historien Kenneth Helphand à voir en eux les porteurs d’un message pacifiste. C’est ce qu’il écrit dans Defiant Gardens (Les jardins rebelles) : « La paix n’est pas simplement l’absence de la guerre, c’est une attitude positive etdéterminée…. Le jardin n’est pas simplement une retraite et un répit, mais la formulation d’un mode de vie, un modèle à suivre » (p. 209). Une idée que l’on retrouve dans les jardins de l’hôpital de Craiglockhart où sont envoyés les soldats blessés, pour un traitement qui reposait sur la croyance au pouvoir thérapeutique de la nature. L’auteure raconte ensuite l’histoire de son grand-père Ted, engagé dans la Première Guerre mondiale et fait prisonnier dans des conditions traumatiques, lui aussi soigné par le pouvoir du jardin à son retour de la guerre.

Chapitre 10. L’hiver de la vie

« Le poète Kunitz commença à travailler dans une ferme voisine. Labourer la terre, écrit-il, crée un lien entre le moi et « le reste du monde naturel ». Les cycles de la croissance et de la décomposition végétale lui firent comprendre pour la première fois « que la mort est absolument indispensable à la continuation de la vie sur notre planète»» (p. 234). Au jardin, on ne peut pas ignorer que les plantes meurent. 

Diana Athill est une écrivaine qui commença à jardiner après l’âge de 60 ans et s’installa à 90 ans passés dans une maison de retraite où elle continua à jardiner. « Athill ne prétendait pas qu’il fût simple de devenir très âgée, loin de là, mais les fleurs et les arbres lui offraient une forme de plaisir qui pouvait subsister, contrairement à beaucoup d’autres dans l’extrême vieillesse » (p. 237). Ou encore : « Les contraintes de l’âge et de la maladie limitent la possibilité de faire de nouvelles expériences, mais dans le cadre du jardin, plus on regarde de près, plus on découvre » (p. 245). L’exemple de la fin de vie de Freud, dans un jardin anglais, est très touchant et je vous laisserais en faire la découverte dans ce chapitre.

« Nos différentes représentations symboliques de la mort déterminent la peur ou l’absence de peur qu’elle nous inspire, et notre capacité ou non à percevoir la fin de la vie comme naturelle. Depuis toujours, dans toutes les cultures, les plantes et les fleurs influencent notre compréhension de la vie et de la mort ; elles structurent notre pensée en éloignant de nous la peur et le désespoir. Nous pouvons encore et toujours compter sur le retour annuel du printemps et, puisque tout ne meurt pas avec notre mort, nous pouvons nous dire que la bienfaisance terrestre continue. C’est le réconfort que nous offre le jardin avec le plus de ténacité » (p. 253).

Chapitre 11. Le temps du jardin

« Le jardin est un lieu qui nous ramène aux rythmes biologiques fondamentaux de la vie. Le tempo de la vie et celui des plantes ne font qu’un ; nous voilà forcés de ralentir, tandis que le sentiment d’être protégés dans un lieu enclos et familier nous aide à adopter un état d’esprit plus propice à la réflexion. Le jardin nous offre aussi un récit cyclique. Les saisons reviennent, c’est le retour de ce que nous connaissons, encore que certaines choses changent, tandis que d’autres sont identiques. La structure du temps saisonnier est réconfortante, elle est plus charitable pour la psyché : elle vous permet d’apprendre car vous avez droit à une seconde chance. Si ça ne marche pas cette année, vous savez que vous pouvez toujours réessayer l’an prochain au même moment » (p. 259).

On découvre dans les jardins d’Alnarp en Suède un programme pour des personnes souffrants de burn out et on rencontre Joahn Ottoson, victime d’un accident de vélo qui a écrit un article scientifique sur l’importance de la nature pour gérer une crise. Car « le jardinage peut se comprendre comme un remède spatio-temporel. Le travail au grand air nous aide à développer notre espace mental et les cycles biologiques des plantes peuvent modifier notre relation au temps » (p. 268).

« La lenteur n’implique pas dans ce contexte de faire les choses plus lentement. Quand on souffre d’épuisement au travail et de dépression, on ralentit son rythme considérablement sans aller forcément mieux pour autant. La lenteur qu’il s’agit de cultiver fait entrer dans une relation vivante avec le présent. C’est une telle expérience qu’a vécue Carl Jung dans la tour de Bollingen, sur la rive du lac de Zurich. Là-bas, sans électricité, il vivait selon les rythmes naturels, écrivant le matin, puis allant travailler dehors après une sieste, s’occupant de son carré de pommes de terre et de son champ de maïs et coupant du bois. Pendant la guerre, il cultiva un plus grand terrain, faisant pousser des haricots, du blé, et des pavots pour produire de l’huile, en plus du maïs et des pommes de terre. Ces activités le délassaient toujours et lui redonnaient des forces – « Car ce sont le corps, les émotions, les instincts qui nous relient au sol ». En s’ancrant dans la nature, il faisait l’expérience de l’interdépendance de tout ce qui forme le vivant : « J’ai parfois l’impression de me déployer dans tout ce qui existe, de survoler le paysage, et d’être moi-même dans chaque arbre, dans l’éclaboussement des vagues, dans les nuages et les animaux qui vont et viennent, dans la succession des saisons. » C’était là pour Jung un moyen d’entrer en contact avec « l’homme de deux millions d’années qui vit en chacun de nous ». » (p. 269).

Chapitre 12. Chambre d’hôpital avec vue

« Dans de nombreux cas, les jardins et la nature sont plus efficaces que n’importe quel médicament », cette citation d’Oliver Sachs ne surprendra pas les lecteurs réguliers de ce blog.

Des études ont montré que les gens qui reçoivent des fleurs font de « vrais sourire » et restent heureux plus longtemps que ceux qui reçoivent un autre cadeau d’une même valeur. D’autant plus de raisons d’offrir des fleurs à l’hôpital. La célèbre infirmière Florence Nightingale a écrit au 19e siècle sur l’importance de chambres d’hôpital claires et aérées et de bouquets de fleurs sauvages pour accélérer la guérison. Si Sue Stuart-Smith cite bien sûr l’étude de Roger Ulrich de 1984 sur la vue de la chambre, elle cite aussi une autre étude récente montrant que les patients dans une chambre fleurie sont moins anxieux, consomment moins d’anti-douleurs et ont un rythme cardiaque moins élevé (p. 282). Une vue par la fenêtre ou un bouquet dans la chambre, mêmes effets bénéfiques.

« La nature demande des efforts moins astreignants ; pour citer van den Berg, « la nature ne fatigue pas l’esprit » (car les formes naturelles offrent des structures fractales reproduites à l’infini qui facilitent le travail du cerveau). Quand notre corps est malade, quand notre énergie est au plus bas, les stimulations sensorielles doivent être juste au bon niveau – il n’en faut ni trop ni trop peu -, et la douceur des formes naturelles dans la nature y pourvoit parfaitement » (p. 287). Découvrez les Horatio Garden, construits dans des centres dédiés aux pathologies de la colonne vertébrale (p. 291).

On retrouve Oliver Sachs, comme patient à la suite d’un grave accident. Il sort de sa chambre pour la première fois après un mois d’hospitalisation. « Joie pure et intense bonheur, bonheur ineffable du soleil sur mon visage, du vent dans mes cheveux, du bruit des oiseaux, de la caresse et du spectacle des plantes vivantes que je pouvais toucher de mes doigts. Un lien essentiel, une communication avec la nature venaient de se réinstaurer après l’isolement et l’aliénation horribles que j’avais traversés. Quand on m’emmena au jardin, une partie de moi revint à la vie, un pan de mon être affamé, mort peut-être à mon insu. Un malade ou un grand blessé, écrit Sachs, a par définition besoin d’un « entre-deux », « d’un endroit calme, d’un abri, d’un refuge ». On en peut pas « se jeter de nouveau dans le monde d’un seul coup » » (p. 293).

Chapitre 13. La fleur dans la verdeur

Coincés entre minimiser la crise climatique et succomber au désespoir et à l’inaction, que pouvons-nous faire ? Voici ce que nous propose Sue Stuart-Smith.

« Dans notre ère de mondes virtuels et de faits inventés, le jardin nous ramène à la réalité. Pas au sens où celle-ci serait connue et prévisible, car le jardin nous surprend toujours et nous fait accéder à un autre type de connaissance – sensorielle et physique –, tout en stimulant les aspects affectifs, spirituels et cognitifs de notre être. En ce sens, le jardinage est ancien et moderne à la fois. Ancien en raison de l’adéquation évolutive du cerveau et de la nature, également en tant que mode de vie, entre cueillette et agriculture, exprimant notre besoin profond de nous attacher à un endroit. Moderne, parce que intrinsèquement il va de l’avant et que le jardinier envisage toujours meilleur futur.

Cultiver son jardin, cela marche dans les deux sens : c’est un travail intérieur autant qu’extérieur, et cela peut devenir une hygiène de vie. Dans un monde de plus en plus dominé par la technologie et la consommation, le jardinage nous met directement en contact avec la réalité de la création et de l’entretien de la vie dans toute sa fragilité et sa fugacité. Maintenant plus que jamais rappelons-nous que nous sommes des créatures de la terre » (p. 310).

Pour écrire son livre, Sue Stuart-Smith a rencontré et rendu visite à des dizaines de personnes, dont Anne et Jean-Paul Ribes qu’elle cite dans les remerciements. Espérons qu’elle aura bientôt l’occasion de revenir en France visiter d’autres jardins thérapeutiques dans des temps plus favorables.

L’équilibre du jardinier : Renouer avec la nature dans le monde moderne, Sue Stuart-Smith, Albin Michel, 2021