Une horticultrice française au Québec

MelanieToute petite, Mélanie Massonnet apprenait le nom des arbres avec sa grand-mère. Plus tard, elle apprendra à travers l’expérience de sa mère touchée par un cancer du sein que les hôpitaux sont des endroits tristes et que les jardins peuvent faire du bien. Après un BEP et un Bac Pro en horticulture, la jeune Nantaise loupe son BTS de quelques points. Plutôt que de le repasser en France, elle part au Québec pour réaliser un rêve d’enfant. C’était il y a une dizaine d’années. « En France, je demandais à mes profs comment on pouvait utiliser les plantes pour faire du bien. Ils me disaient que ça n’existait pas. Mais au Québec, où je me suis inscrite dans une école pour faire l’équivalent d’un BTS en aménagement paysager, un prof m’a parlé de l’hortithérapie. »

Quel progrès ! Autre différence en passant, l’enseignement est moins théorique qu’en France et fait la part belle à la pratique. Et en prime, Mélanie sent que les enseignants traitent les étudiants sur un pied d’égalité. « Mon prof connaissait quelqu’un qui faisait de l’hortithérapie à Montréal à l’hôpital Douglas. Je suis allée la voir. » Cette pionnière s’appelle Marielle Contant et travaille dans le milieu de la santé mentale depuis maintenant une trentaine d’années. Fait marquant au Canada, Marielle Contant dispose de serres qui lui permettent de poursuivre son activité toute l’année, y compris pendant les durs hivers canadiens.

Le jardin collectif de Saint-Jérôme

Le jardin collectif de Saint-Jérôme

Le jardin collectif de Saint-Jérôme

Inspirée par cet exemple, Mélanie, qui raconte son parcours sur son blog, trouve un travail dans le jardin collectif de Saint-Jérôme, 3 000 mètres carrés où des employés, des bénévoles, des associations et des familles jardinent côte à côte tous les jours de la semaine. La production est distribuée à des organisations. Pour les membres d’une association de santé mentale, Mélanie proposait des ateliers d’hortithérapie (malheureusement, Mélanie a dû arrêter l’an dernier, faute de subventions). « Au départ, on leur pose quelques questions. Aimes-tu jardiner ? Veux-tu faire des efforts physiques ? Aimes-tu la chaleur ? Nous devons aussi savoir s’il y a des contre-indications avec leurs médicaments. Mais nous ne voulons pas savoir de quelle maladie ils souffrent », décrit Mélanie rétrospectivement. « On leur demande quel est leur objectif : apprendre le nom des plantes, explorer le temps et les saisons, regarder les gens dans les yeux,… ». Mélanie ne force personne. « Si quelqu’un n’a pas envie de jardiner un jour, on va voir les fleurs ou les grenouilles. Parfois plus tard, il racontera ce qui l’énervait… ».

Des îlots comestibles pour revitaliser un quartier

Jardiner avec les enfants Place Benoît

Jardiner avec les enfants de Place Benoît à Montréal

Dans le quartier défavorisé de Place Benoît à Montréal, la ville a lancé il y a quelques années un projet de revitalisation baptisée RUI (Revitalisation Urbaine Intégrée) qui passe, en particulier, par le jardin. « Il n’y avait que du gazon. L’idée était d’avoir des jardins communautaires, des forêts nourricières qui sont des regroupements de plantes comestibles qui reproduisent la forêt, des plantes pérennes. » Des noisetiers, cerisiers, pruniers et pêchers, groseilles à maquereaux et gadelles (ou guadelles, de petites groseilles locales, plus acides), des framboisiers et des plantes indigènes comme les ronces odorantes, de la menthe, du thym et de l’origan…Chacun des huit îlots, en pied d’immeuble, comprend deux arbres fruitiers, quelques arbustes et des vivaces. « L’objectif est que les gens viennent. Les plantes ne sont pas choisies au hasard, mais aussi pour attirer les immigrants qui viennent du Maroc et d’Algérie, du Sénégal ou du Vietnam », explique Mélanie qui s’est mise à accueillir les enfants en camps de jour.

« Je les avais une fois par semaine. J’avais l’impression que ce que je disais sur les plantes rentrait par une oreille et sortait par l’autre. Mais en fait je me suis rendue compte qu’ils répétaient tout cela à leurs parents. » Une autre réussite dont Mélanie est fière sont ces ateliers intergénérationnels qu’elle a bâtis avec des ados et des personnes âgées. « Comme ils avaient des apriori les uns sur les autres, j’ai dit aux personnes âgées que j’avais besoin de leur aide parce que les ados n’y connaissaient rien et aux ados que les personnes âgées avaient besoin de leur aide pour les travaux lourds. Ca a été une belle réussite. »

En parallèle, Mélanie suit le cours à distance de Mitchell Hewson. D’après ce qu’elle constate, la Canada Horticultural Therapy Association est plus présente dans le Canada anglophone qu’au Québec avec des cours en anglais. « Au Québec, il n’y a pas de formation. L’hortithérapie montait dans les années 80, mais on voit aujourd’hui plutôt une montée de la zoothérapie. Pour la formation, je ne pense pas qu’il faudrait un BTS spécifique par exemple, mais plutôt des modules. Je pense que le plus important est d’avoir une connaissance des plantes parce que si la plante dépérit et que ça ne marche pas, c’est difficile pour les malades. Par contre, je pense qu’on a besoin d’en connaître le minimum sur les maladies et la thérapie. » Pour l’instant, Mélanie est concentrée sur un autre projet, le petit garçon qu’elle vient de mettre au monde.

Forêt nourricière dans le quartier Place Benoît

Forêt nourricière dans le quartier Place Benoît

Deux jardiniers à Saint-Jérôme

Deux jardiniers à Saint-Jérôme

2 réflexions au sujet de « Une horticultrice française au Québec »

  1. Bonjour Isabelle,
    Je dévore avec plaisir vos articles. Son parcours et sa persévérance sont inspirant, moi-même intéressée par ce sujet et vivant au Québec. Pensez-vous pouvoir nous mettre en contact ?
    Merci,
    Au plaisir de vous lire,
    Lena

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