Pendant l’hiver, on ne se tourne pas les pouces

Formation

La dernière session de formation en novembre dernier a rassemblé 21 stagiaires (éducatrices spécialisées, ingénieurs agronomes, AMP, art-thérapeutes, une étudiante en master, un prof de LPA, des animateurs, des jardiniers…). En mars 2016, l’équipe de formation remet ça…

Sébastien Guéret et sa bande (Viviane Cronier, Anne Ribes, Alfredo Ferreruela, Catherine Legrand) proposent une formation « Découverte de l’horticulture thérapeutique » du 7 au 10 mars à Marseille et à La Ciotat. Le deadline pour s’inscrire est le 7 février et, aux dernières nouvelles, il restait quelques places. En résumé, les objectifs sont de comprendre comment l’activité de jardinage peut s’intégrer dans un processus de soin, de lutte contre l’exclusion ou le vieillissement, de découvrir l’hortithérapie, d’être capable de construire des objectifs adaptés aux publics vises et de définir un projet d’hortithérapie. Cette formation s’adresse aux personnels soignants, éducatifs, pédagogiques. Pour plus de renseignements et pour les modalités d’inscription, voir ici.

Quoi faire au jardin en janvier et février?

En plus de se former et de lire au coin du feu, on peut poursuivre quelques activités même au cœur de l’hiver. Pour glaner des idées, faisons de nouveau appel au livre « Growing with gardening : a 12-month guide for therapy, recreation and education » par Bibby Moore dont j’avais déjà parlé.

Voici des suggestions de Bibby Moore pour le mois de janvier :

  • Se procurer des catalogues de graines
  • Faire germer des graines
  • Visiter la bibliothèque (ou Internet) pour lire des livres de jardinage
  • Etudier les brindilles
  • Fabriquer des étiquettes pour les arbres
  • Entretenir ses outils de jardinage
  • Transplanter des légumes de printemps
  • Construire une mangeoire pour les oiseaux
  • Faire germer une graine d’avocat
  • S’intéresser aux cactus et aux plantes succulentes
  • Regarder des films (pour des suggestions du moment, on pense aux documentaires Demain déjà sur les écrans et Les Saisons qui sort le 27 janvier)

Et pour février :

  • Lancer les bulbes de caladium (oreilles d’éléphant, cœur de Jésus, ailes d’ange,…)
  • Garder les peaux d’orange pour faire des concoctions, pots pourris,…
  • Bouturer des arbustes persistants
  • Planifier un jardin de printemps
  • Semer de la laitue en extérieur et des graines de chou-fleur en intérieur
  • Habituer les plants de brocoli et de choux en les sortant quelques heures par jour, puis toute la journée, puis en permanence
  • Planter des graines dans une éponge.
  • Commencer un jardin d’herbes
  • Choisir des plantes pour réaliser des activités plus tard
  • Fabriquer un terrarium
  • Préparer un jardin de fleurs

En prime, quelques autres idées de jardinage et de fabrication maison « repiquées » à Paule Lebay, Anne Babin et d’autres : une serre en bouteilles, le magazine en ligne Jardiner Malin pour son calendrier lunaire et ses conseils et encore des suggestions de saison sur le site consoGlobe.

 

Rétrospective

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Je vous souhaite une belle année, pleine de projets et de bonheur, de sérénité et de victoires. Avant de rentrer pleinement dans la nouvelle année, jetons un œil sur les 12 derniers mois. J’ai choisi deux thèmes pour me souvenir de 2015 sur le Bonheur est dans le jardin : les pays que nous avons visités ensemble et les contributeurs qui nous ont fait le plaisir de partager leur expérience. Un grand merci à eux et avis à ceux qui voudraient suivre leur exemple. La porte est ouverte…Merci aussi aux plus de 19 000 lecteurs qui ont visité le blog l’année dernière.

En 2015, nous avons rencontré Fiona Thackeray et son association Trellis en Ecosse, nous sommes retournés aux Etats-Unis pour faire un état des lieux de la thérapie horticole, nous avons découvert la discipline telle qu’on la pratique et qu’on l’enseigne au Japon, un projet de mur végétal dans un hôpital pour enfants au Canada, un grand jardin dans un hôpital psychiatrique en Belgique, l’association Thrive en Angleterre, un jardinier français installé en Suisse, une infirmière qui parle de deuil et de nature aux Etats-Unis et un tas d’initiatives en Suisse, Suède et Belgique grâce à une lectrice partageuse.

Du côté des contributeurs, nous avons rencontré Romain R., ingénieur en paysage sensible aux vertus thérapeutiques du jardin en particulier grâce à son expérience à la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, Carole Nahon et son association Le Jardin des (S)âges à Draguignan, Tamara Singh, horticultural therapist formée à New York qui nous a raconté son expérience en plusieurs épisodes, y compris son travail au Rusk Institute, Nicole Brès qui combine art thérapie et hortithérapie et qui nous a également fait découvrir un healing garden à Philadelphie, Stéphane Lanel qui nous a parlé de sa formation en parallèle de son travail à la maison des Aulnes et Romain Pommier qui a lancé tambour battant un jardin thérapeutique au CHU de Saint-Etienne.

La semaine prochaine…

Tamara Singh : une hortithérapeute certifiée débarque en France

Une activité bouturage dans une école à New York.

Une activité bouturage dans une école à New York.

Quel plaisir d’être contactée par Tamara il y a quelques jours ! Je bouleverse un peu mon « calendrier éditorial » pour vous la présenter de toute urgence alors qu’elle est en train de faire ses bagages à New York pour venir s’installer à Paris. On sent que la communauté française va s’enrichir d’une nouvelle membre, formée et forte d’une expérience américaine très intéressante.

Pour donner une idée de son riche parcours, commençons par son arrivée à Paris en provenance d’Amsterdam pour étudier à Sciences Po, puis sa bifurcation vers le DEA “Jardins paysages territoires” à la Sorbonne, programme créé par Bernard Lassus. Puis direction Londres pour étudier l’art végétal et floral à la London University for the Arts. Là, elle anime des ateliers de deux ou trois jours avec des enfants pour leur parler de notre énorme dette envers les plantes, leur apprendre des techniques de tissage (elle a aussi étudié l’anthropologie) et construire avec eux des huttes en saule. Dont au moins une survit encore dans une cour d’école londonienne.

Destination suivante, New York où elle suit la formation du New York Botanical Gardens : un programme accessible aux détenteurs d’une licence minimum de 189 heures de cours suivis d’un stage supervisé avec rapport de stage. La voilà donc hortithérapeute certifiée et membre de l’American Assocation of Horticultural Therapy. Pendant presque trois ans, elle travaille dans deux hôpitaux new-yorkais avec les thérapeutes du Rusk Institute of Rehabilitation et au fameux Glass Garden, promis à la démolition et prématurément détruit par l’ouragan Sandy. Tamara travaille notamment aux côtés de Matt Wichrowski, pilier de l’AHTA chargé de la recherche que je vous avais présenté l’année dernière.

Rebond après la disparition du Glass Garden

Dans les couloirs de l'hopital NYU Langone Tisch en cardiologie.

Dans les couloirs de l’hopital NYU Langone Tisch en cardiologie.

« Depuis l’ouragan Sandy et la fermeture de la serre, le programme est très différent et presqu’entièrement basé dans les wards (les salles de l’hôpital). La présence dans les unités médicales a permis d’autres percées and a rendu l’hortithérapie visible d’une façon nouvelle dans le milieu médical », affirme Tamara. Leçon de réaction positive à l’adversité, s’il en est. D’ailleurs l’utilisation de l’espace, intérieur ou extérieur, est une différence entre la France et les Etats-Unis d’après ses premières observations. « Dans les hôpitaux new-yorkais construits dans les années 50-70, il n’y a pas d’espace dehors. On amène tout ce qu’il faut pour les résidents. Ca n’empêche pas de monter un programme d’hortithérapie. Maintenant on peut accepter des gens plus « compromis » qui ne pouvaient pas descendre au jardin. En France, la discussion est toujours autour d’un espace extérieur. »

« Les hortithérapeutes ne sont pas des animateurs »

Amener l'activité au plus près des patients parfois immobilisés

Amener l’activité au plus près des patients parfois immobilisés

« A Rusk, je travaille avec des neuro-lésés pour les aider à récupérer leurs moyens et pallier les déficiences. On peut travailler la motricitié, le visuel, la mémoire, la problématisation. Je travaille aussi avec des patients souffrant de troubles cardio-vasculaires, des enfants opérés, des enfants en oncologie, des personnes âgées atteintes ou pas de la maladie d’Alzheimer. Ce sont en général des groupes de 45 minutes à une heure. Il y a aussi des projets dans la communauté, dans des centres pour personnes âgées ou pour jeunes », décrit Tamara. Et la thérapie dans tout cela ? « Nous faisons un travail d’équipe pour établir les objectifs de chaque patient et les changer en fonction de leurs progrès. Nous ne sommes pas des animateurs, mais des thérapeutes. A nous de trouver les activités en rapport avec les objectifs. Nous travaillons beaucoup avec les ergothérapeutes et les physiothérapeutes dans des situations de « cotreat ». Parfois, c’est plus social. » Un travail d’évaluation de chaque patient et de chaque séance fait partie intégrante du processus.

Peu d’hortithérapeutes américains, dans l’expérience de Tamara, travaillent à temps plein. Tous ont des activités à côté. La plupart continue à se former. « Nous sommes une profession jeune, il faut être au fait de la recherche pour améliorer les activités. Il faut aussi comprendre que chaque séance d’une heure peut prendre 2 ou 3 heures de préparation. »

Conseil de lecture

Avec de jeunes femmes handicapees du WID (womens initiative for disability) du NYU langone medical center.

Avec de jeunes femmes handicapees du WID (womens initiative for disability) du NYU langone medical center.

« M’apprêtant à rentrer à Paris, forte de mes expériences cliniques auprès de cardiaques et de neuro lésés, gériatrie, pédiatrie, psychiatrie, la maladie de Huntington pour ne parler que de quelques populations suivies, je me demande sur quelles pistes me lancer. Pratiquer? Animer? Former d’autres? Retourner à la recherche? », m’avait écrit Tamara quand elle a pris contact fin novembre. Des interrogations bien légitimes. J’espère que la communauté française fera un accueil chaleureux à Tamara.

En guise de conclusion, Tamara nous recommande la lecture de tout récent The Glass Garden: A Therapeutic Garden in New York City, écrit par Gwenn Fried, Matthew Wichrowski et Nancy Chambers (aujourd’hui retraitée).

A Daumezon, un jardin partagé de soins

Les animateurs du projet dont Anne Babin (à gauche en tablier vert et Laurent Chéreau (devant avec le bob).

Les animateurs du projet dont Anne Babin (à gauche en tablier vert) et Laurent Chéreau (devant avec le bob).

En octobre 2012, plusieurs animateurs du Centre Hospitalier Départemental Georges Daumezon à Fleury-les-Aubrais (Loiret) se retrouvent à Chaumont-sur-Loire pour la toute première formation sur les jardins de soin. Situé près d’Orléans, le CHD Daumezon est responsable de l’organisation de la prise en charge des maladies mentales en psychiatrie générale (adultes) et en psychiatrie infanto-juvénile (enfants-adolescents). « On venait pour nos jardins », raconte Anne Babin qui dispose d’une serre pour jardiner tous les jours avec les patients dans le cadre d’un atelier floriculture et Laurent Chéreau qui utilise plus modestement deux petits bacs. Mais la formation va faire germer une idée plus ambitieuse encore, une idée qui a maintenant pris forme et qui a fait l’objet d’une inauguration officielle la semaine dernière.

On décape le gazon pour la créer des parcelles de 2 x 5m.

On décape le gazon pour la créer des parcelles de 2 x 5m.

Car ensemble, ils ont imaginé créer d’un jardin partagé de soin. Il faut dire que le terrain est fertile. « On considère le jardin comme une activité thérapeutique avec du temps dédié. Tout le monde, la direction des soins, les cadres, les chefs de pôle, pensent ainsi », expliquent Anne et Laurent. Avec le feu vert de la direction, les porteurs du projet lancent un sondage en ligne auprès des équipes médicales, soignantes, administratives et logistiques. « Etes-vous intéressé pour faire vivre une parcelle dans un futur jardin de soin et/ou jardin partagé ? » Plusieurs unités répondent avec enthousiasme et le responsable des espaces verts s’engage dès le départ dans le projet. « On a tout fait en régie, nous avons beaucoup de ressources en matériaux, en engins, en hommes », énumère Laurent. Un emplacement est choisi, le square Jamin, situé assez centralement vers l’entrée de l’hôpital. Il ne nécessite pas beaucoup de travaux : il est déjà clôturé, un chemin adapté aux fauteuils roulants existe (le square était déjà utilisé par l’unité pour personnes âgées dont Laurent est l’animateur).

Un lieu de rencontre, un lieu de vie

Comme l’écrivent les initiateurs du projet de jardin partagé de soins dans un document qui explique leur démarche, « Notre objectif est à la fois modeste et ambitieux : Nous souhaiterions faire vivre un lieu de rencontre qui puisse se partager autour du jardinage, du jeu, de la promenade, de la rêverie, de la gourmandise aussi… ». Moins de deux ans plus tard, le jardin partagé est une réalité. « Les 7 parcelles ont été attribuées et sont investies au fur et à mesure. C’est difficile de libérer du temps avec les manques d’effectifs. Les soignants doivent être moteurs. Mais maintenant, il y a une vie. Des personnes viennent se reposer, des familles viennent avec les patients et ils jardinent ensemble », s’enthousiasment Anne et Laurent. Le lieu est ouvert à tous de 8h00 à 22h00. « C’est un lieu respecté. Les outils ne bougent pas. Le jardin est clôturé, mais les portillons ne sont pas fermés. » Le jardin suscite même des vocations et une certaine envie : certains dans l’administration ont aussi exprimé l’envie d’avoir une parcelle.

Capture d’écran 2014-09-16 à 14.39.11Une Charte du jardin partagé de soins de l’hôpital Georges Daumezon a été élaborée. Chaque unité participante a par ailleurs ses propres objectifs. Une unité d’hospitalisation, qui pratiquait déjà un atelier thérapeutique sur le thème du jardinage, poursuit plusieurs buts : permettre une autonomie aux patients, créer des liens et des échanges entre structures afin de profiter de l’expérience de chacun, permettre de se ressourcer à travers une activité relaxante et valorisante, développer la créativité des patients et la capacité d’échanger avec un groupe, etc…Pour les personnes en séjour au Centre d’Accueil pour Personnes Agées où Laurent est animateur, il s’agit de faire réapparaitre des motivations pour des activités individuelles et collectives, de renforcer l’estime de soi, de prendre des initiatives. Les autres responsables de parcelles comprennent entre autres la crèche de l’établissement (vive les liens entre les générations), un CMP Enfants Unité fonctionnelle et une résidence thérapeutique (atelier de floriculture).

Des objectifs thérapeutiques multiples

Une autre parcelleLes patients de l’atelier floriculture d’Anne justement, forts de leur expérience, donnent des petites formations sur les semis, le repiquage, le bouturage ou les bouquets. Une merveilleuse façon de valoriser leurs connaissances et de créer des liens entre différents patients au sein de l’établissement. L’objectif est aussi de s’ouvrir sur l’extérieur. « On va se rapprocher d’associations de jardins ouvriers du quartier pour ajouter de la vie, échanger des plantes », promet Anne. Elle regrette que le poste évaluation n’ait pas été financé même si chaque unité évalue ses patients (taux de fréquentation, bienfaits de la thérapie en termes d’ouverture à l’autre ou encore de sommeil).

Pour le comité de pilotage qui travaille depuis deux ans sur ce projet, l’inauguration vendredi dernier a marqué une reconnaissance et une officialisation. Grâce à ce jardin, on parlera désormais de l’hôpital autrement…

Lecture obligatoire : « Therapeutic Landscapes » de Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs

(Traduction du billet que j’ai écrit pour le blog du Horticultural Therapy Institute, juillet 2014)

9781118231913_cover.inddQuinze ans après la publication du livre Healing Gardens: Therapeutic Benefits and Design Recommendations de Clare Cooper Marcus et Marni Barnes, voici une version actualisée et révisée qui cite de nouvelles recherches et fournit une flopée d’études de cas fascinantes ainsi que des recommandations détaillées pour ceux qui réalisent des jardins pour les établissements de santé. Roger Ulrich, l’auteur de l’article très souvent cité «  La vue à travers une fenêtre peut influencer la récupération après une opération », signe la préface de ce nouvel ouvrage. Il écrit que « Les connaissances et les leçons qu’il offre seront cruciales pour augmenter le succès et la qualité de tout projet de santé qui propose des jardins ou d’autres formes d’accès à la nature. »

Nous ne pourrions pas être plus d’accord. Ce livre est une lecture obligatoire pour tout le monde dans le domaine. Raconter aux lecteurs de ce blog que les établissements de santé sont des endroits stressants où une connexion avec la nature peut aider les patients, les visiteurs et le personnel, c’est vraiment prêcher à des convertis. Mais les 300 pages de cet ouvrage important apportent de l’eau à leur moulin avec les dernières recherches en date et fournit des lignes directrices détaillées pour la conception de jardins thérapeutiques en général et pour plusieurs populations spécifiques en particulier (enfants, patients atteints de cancer, personnes âgées, celles atteintes d’Alzheimer et autres démences, résidents en hospice, anciens combattants et personnes en rééducation). Comme l’expliquent les auteurs, le livre s’adresse aux responsables et aux bailleurs de fonds des établissements de santé, mais aussi aux architectes paysagistes et autres concepteurs afin qu’ils puissent communiquer ensemble plus efficacement.

Clare Cooper Marcus

Clare Cooper Marcus

Naomi Sachs

Naomi Sachs

Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs soulignent l’importance de la « conception fondée sur les preuves » (« evidence-based design”) dont la validité a été confirmée par 25 ans de recherche ainsi que d’un processus de conception participative impliquant des équipes interdisciplinaires et toutes les parties prenantes. Les deux auteurs, la première professeure émérite au département d’Architecture à l’Université de Berkeley et l’autre directrice et fondatrice du réseau Therapeutic Landscapes Network, définissent les termes qu’elles utilisent. D’une part, les « healing, therapeutic or restorative gardens » sont des jardins où les participants peuvent « s’asseoir, marcher, regarder, écouter, méditer, faire une sieste, explorer ». D’autre part, les « enabling gardens » proposent des activités « dirigées par un hortithérapeute professionnel, un ergothérapeute, un kinésithérapeute ou d’autres professionnels apparentés en collaboration avec les autres membres du personnel soignant. »

Certes, le livre consacre plus d’attention aux « restorative gardens » qu’aux « enabling gardens » bien que Teresia Hazen de Legacy Health à Portland en Oregon ait contribué deux chapitres, dont un qui est intitulé « Horticultural Therapy and Healthcare Garden Design ». En outre, Marni Barnes qui a coécrit le livre original avec Clare Marcus Cooper a également contribué un chapitre intitulé « Planting and Maintaining Therapeutic Gardens ».

Décrit dans le livre, le Olson Family Garden à l’hôpital pour enfants de Saint Louis est une oasis de 750 m2 installée en terrasse.

Décrit dans le livre, le Olson Family Garden à l’hôpital pour enfants de Saint Louis est une oasis de 750 m2 installée en terrasse.

En guise d’introduction, un chapitre est consacré à l’histoire des espaces extérieurs pour les malades depuis la Grèce antique. Parmi les types et les emplacements de paysages thérapeutiques avec leurs avantages et leurs inconvénients, les auteurs décrivent les grands parcs, les espaces détournés, les sentiers pédestres, les jardins en entrée ou à l’arrière des bâtiments, les patios, les jardins sur les toits et d’autres encore. En conclusion, les questions de financement et d’évaluation des jardins thérapeutiques sont abordées. Les nombreuses études de cas avec descriptions, plans, photos, les points clés et les problèmes possibles – dont quelques exemples sont choisis en dehors des Etats-Unis – forment le cœur de cet ouvrage qui devrait servir d’inspiration pour toute une nouvelle génération de concepteurs de jardin dans les établissements de santé.

Pour rappel, l’association Jardins & Santé organise son symposium les 17-18 novembre 2014 à Paris. Vous pouvez prendre connaissance du programme et vous inscrire en ligne. Un rendez-vous incontournable où vous pourrez rencontrer beaucoup d’acteurs interviewés sur ce blog et beaucoup d’autres acteurs.

Therapeutic Landscapes: An Evidenced Based Approach to Designing Healing Gardens and Restorative Outdoor Spaces, by Clare Cooper Marcus and Naomi Sachs (Wiley, 2014). Disponible sur Internet ou dans les librairies anglophones. En anglais uniquement.

A la maison de retraite d’Onzain, les résidents s’approprient leur jardin

Paule Lebay (gauche) et Gisèle Rousseau au jardin.

Paule Lebay (gauche) et Gisèle Rousseau au jardin.

Infirmière coordinatrice de l’accueil de jour à la maison de retraite de La Treille à Onzain (Loir-et-Cher), Paule Lebay nourrit un projet de jardin depuis longtemps, deux ans au bas mot. Dans ce billet de mai 2013, elle racontait les débuts de l’association Graine de Jardins qu’elle a créée avec ses collègues Gisèle Rousseau qui est aide soignante (secrétaire de l’association) et Martine Carlet qui est aide médico-psychologique (trésorière) pour donner corps au projet de jardin. L’équipe s’est aussi étoffée d’une paysagiste, Fabienne Peyron, qui a apporté ses conseils. En mai 2014, Graines de jardin recevait le prix du jardin thérapeutique de la Fondation Truffaut qui a beaucoup soutenu le projet depuis le départ.

Travaux de terrassement, le chantier.

Travaux de terrassement, le chantier.

Dans le projet, le terrassement représentait un gros morceau pour rendre le terrain argileux propice au jardin. « J’ai demandé trois devis qui ont atteint 20 000 euros. Une difficulté était que les entreprises ne voulaient pas diviser le travail en deux lots : les bacs/le potager et la noue. Heureusement on a trouvé une entreprise du coin, l’entreprise Girard Paysage de Dame Marie, qui a proposé des tarifs plus abordables. » L’entrepreneur dont le père a été touché par la maladie d’Alzheimer a sans doute été sensible au projet. Il s’est aussi montré flexible dans le cas des fondations qui débloquent les aides sur présentation des factures acquittées, une difficulté supplémentaire pour une petite association sans trésorerie. Jusque là, Paule estime que le budget du jardin ne dépasse pas 8 000 euros, terrassement, équipements, mobilier compris. Elle aborde son premier bilan comptable avec sérénité grâce notamment aux sommes reçues par le Prix Truffaut (5 000 euros) et au prix des internautes de NotreTemps.com qui a beaucoup touché l’équipe (2 000 euros).

Un jardin ouvert dans un monde protégé

« Notre objectif était de ne pas crouler sous l’aspect sécurité. Avec Fabienne, on a voulu éviter les barrières. On a aussi choisi des plantes comme le chèvrefeuille et le muguet qui sont toxiques, mais qui sentent bon et que les résidents ne vont pas manger. Nous avons aussi des seringas, des lilas et des fleurs classiques pour des gens de cet âge, des dahlias, des glaïeuls, des capucines. Je voulais aussi des choses à picorer: framboises, cassis, groseilles, fraises. Céline du domaine de Chaumont nous a également orientés pour le choix des plantes qui parlent aux personnes âgées. »

En avril pendant la journée de plantation, rencontre entre les âges.

En avril pendant la journée de plantation, rencontre entre les âges.

Un beau samedi d’avril, les membres de l’association, des patients et des familles se sont retrouvés pour faire les plantations. Les familles sont très demandeuses et prêtes à aider car elles sont convaincues des bienfaits pour leurs proches. Les soignants sont plus réticents car ils pensent que le jardin représente un travail supplémentaire et ils ne voient pas toujours son intérêt. « Mais les choses changent. Une soignante me demande où est une résidente. Quand je lui dis qu’elle est avec nous au jardin, la soignante vient voir… », raconte Paule qui organise des réunions avec la psychologue et l’animatrice pour que chacun s’approprie le jardin.

Le jardin est un lieu de vie

Les jardiniers investissent leur espace.

Les jardiniers investissent leur espace.

Car les personnes de l’accueil de jour et les résidents de l’unité Alzheimer ont investi les lieux. D’ailleurs ouvrir la porte entre les deux espaces a incité les résidents de l’unité protégée à venir spontanément dans le jardin. Pour la lecture du journal le matin, pour le café après le déjeuner, pour le goûter, le jardin est devenu un réflexe. « On fait un tour, on arrose. Dans l’après-midi, on plante ou en rempote. On voit qu’ils sont plus détendus. » Du coup, Paule pense à la suite. « J’aimerais proposer des grandes jardinières devant les 30 chambres. Ce serait un espace d’expression libre qu’ils pourraient aménager comme ils le voudraient. A leur arrivée, ils recevraient un kit de jardinage avec chapeau, tablier et petits outils. J’ai chiffré le projet à 6 000 euros. Je cherche des sponsors et j’ai des rendez-vous. »

Paule énumère les aides, financières ou non, qui ont permis au projet d’avancer : la Fondation Truffaut, AGR2 La Mondiale, la caisse de retraite Ircem, Gamm Vert, Véolia et le regroupement de communes. Le projet a aussi une marraine à la dimension à la fois locale et nationale en la personne de Coline Serreau. Engagée en écologie, la réalisatrice a mis Paule en relation avec Philippe Desbrosses de la ferme de Sainte Marthe qui a fourni au jardin quelques-unes de ses graines bio. L’implication de Paule dans la formation sur les jardins de soin donnée deux fois par an à Chaumont-sur-Loire et animée par Anne et Jean-Paul Ribes est une source régulière d’enrichissement et de rencontres.

Elle a récemment reçu un collègue du CH de Brives qui se lance dans un projet de jardin thérapeutique et rencontré une infirmière-puéricultrice qui veut monter un projet dans une crèche en milieu hospitalier, histoire de leur faire profiter de son expérience et de répondre à leurs questions. Le journal local a écrit un article sur cette initiative locale récompensée par un prix national. Paule a aussi frappé à la porte de Maurice Leroy, élu local et ancien ministre. Elle attend une réponse de la Fondation Kronenbourg pour le mois de novembre….A Onzain, on se démène pour que les résidents puissent profiter des bienfaits du jardin. Au point de devenir une source d’inspiration pour d’autres projets dans toute la France.

Je vous dis à la rentrée pour de nouvelles découvertes. Pour les quelques semaines à venir, Le Bonheur est en vacance.

Jacqueline tient des étiquettes pour les plantes que l’association prépare et vend pour quelques centimes au sein de la maison de retraite.

Jacqueline tient des étiquettes pour les plantes que l’association prépare et vend pour quelques centimes au sein de la maison de retraite.

Guy, qui a choisi de venir vivre dans la maison de retraite, est l’aide jardinier le plus dédié.

Guy, qui a choisi de venir vivre dans la maison de retraite, est l’aide jardinier le plus dédié.

Un hortithérapeute expérimenté lance un nouveau programme gériatrique à Atlanta

Kirk Hines 1Les lecteurs de la première heure se rappelleront peut-être avoir rencontré Kirk Hines en juillet 2012. Après 21 ans en tant qu’hortithérapeute à Wesley Woods Hospital, un établissement gériatrique à Atlanta en Géorgie, Kirk prend un nouveau départ. « Ce n’est pas que l’hôpital ne jugeait pas notre service important, mais il y a toujours des changements et des coupes budgétaires dans les hôpitaux », explique-t-il très diplomatiquement. Par chance, un des administrateurs de Wesley Woods se trouve être le CEO de A.G. Rhodes Health & Rehab, un centre de soin long terme et sans but lucratif pour les personnes âgées frêles fondé à Atlanta en 1904. Il avait repéré le programme d’hortithérapie ainsi que le programme de musique thérapie : il a donc embauché les deux thérapeutes sur le champ. « Cela m’a fait mal au cœur de quitter un programme que j’avais créé et que je dirigeais depuis 21 ans, mais le nouveau programme à AGR est plein de potentiel enthousiasmant », avoue Kirk qui est soulagé d’avoir retrouvé un poste aussi facilement. Car même aux Etats-Unis, les postes d’hortithérapeutes à plein temps ne sont pas légion. Un accord entre les deux établissements lui a permis de récupérer plusieurs serres et de conserver des fonds qu’il avait levés, une aide précieuse pour lancer son nouveau programme.

Au travail sur des jardins et des programmes sur 3 sites

Kirk Hines courtyard« Il y a deux ans, j’avais conçu un jardin pour les patients en réhabilitation à A.G. Rhodes avec Marguerite Koepke, une professeur de paysagisme de l’Université de Georgia à la retraite. Nous avions transformé une cour en un espace utilisé par des thérapeutes. Mais il n’y avait pas d’hortithérapeute dans le staff jusqu’à maintenant », me raconte Kirk au téléphone. Il part presque de zéro pour concevoir un programme d’hortithérapie pour les trois sites de A.G. Rhodes à Atlanta. Depuis qu’il a été embauché en novembre 2013, Hines a passé beaucoup de temps à éduquer le personnel sur la thérapie horticole. « Je leur explique comment cette thérapie peut bénéficier aux résidents et comment elle s’articule avec d’autres services. » Une autre étape importante est d’évaluer les besoins. «Nous nous réunissons avec le personnel et les résidents pour comprendre comment ils utilisent ces espaces et quels sont leurs besoins. »

«J’ai maintenant trois sites pour lesquels je suis en train de concevoir des programmes et des jardins de thérapie horticole. Chacun des trois bâtiments a beaucoup de potentiel », explique Kirk. « Sur l’un des sites, un patio pour les patients atteints de démence a été nettoyé et organisé. Nous avons planté des végétaux que nous nous cultivons et je fais des séances de thérapie. » Son but est de transformer l’aménagement paysager dans les trois sites en jardins thérapeutiques qu’il décrit comme « calmes, accueillants, paisibles, sains, luxuriants et attirants. » Dans ces paysages thérapeutiques, il veut intégrer des espaces de traitement actif et des espaces où patients et visiteurs peuvent se réunir en plein air.

Picture2La collecte de fonds sera essentielle dans la réalisation de sa vision. Il estime qu’il a de la chance car à A.G. Rhodes une directrice du développement à temps plein est prête à l’aider dans cette tâche. Je connais en France certaines passionnées du jardin de soin qui passent beaucoup de temps à trouver des financements et qui rêveraient d’un tel soutien institutionnel !

Kirk Hines 2A l’origine, Kirk a un diplôme en horticulture ornementale avec une concentration en thérapie horticole, suivi par un stage pour asseoir ses connaissances en thérapie horticole dans un hôpital en Géorgie. Le sujet de la formation le passionne. « Nous devons aligner nos programmes de formation avec ceux des kinés et des ergothérapeutes. Car eux sont moins facilement licenciés quand les budgets sont coupés…. », fait-il remarquer. Il partage également son avis sur le sujet des stages exigés pour obtenir le titre de HTR (horticultural Therapist Registered), un titre que Kirk détient bien évidemment. «Je voudrais avoir des stagiaires ici parce qu’il y a plus de travail que je ne peux faire tout seul sur un seul des sites, alors sur trois….Mais je suis persuadé que les stagiaires doivent être encadrés avec un clinicien qui observe le stagiaire. Permettre des stages à distance (comme le fait l’AHTA, ndlr) est trop facile. » Quant à lui, Kirk se sent incroyablement chanceux d’avoir retrouvé un emploi et de relever ce nouveau défi.

 

Un livre de conseils pratiques

Day centerEn août 2012, mon unique expérience directe de l’hortithérapie prenait fin après 8 mois de bénévolat aux côtés de Marge Levy et des participants du Mount Diablo Center for Adult Day Health Care en Californie (centre d’accueil de jour pour adultes). Les adieux furent très touchants, preuve que des liens s‘étaient créés pendant ces 8 mois de rencontres hebdomadaires : le « Russian group », le groupe le plus actif malgré la barrière de la langue, m’offrit de jolis chaussons tricotés avec amour et Marge me renvoya en France avec un livre que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de mettre en pratique, mais que j’ai envie de vous faire connaitre.

 

Livre couvertureLe livre s’appelle « Growing with gardening : a 12-month guide for therapy, recreation and education » par Bibby Moore et a été écrit avec l’aide du North Carolina Botanical Gardens (encore un exemple de l’activisme de la Caroline du Nord dans ce domaine). Bien qu’elle écrive pour un public américain, je suis convaincue que les conseils de Bibby Moore peuvent s’appliquer partout dans le monde en les adaptant aux conditions locales. L’auteure commence par parler des étapes de la mise en oeuvre d’un programme. J’y reviendrai peut-être, mais je veux commencer par son calendrier d’activités. Une fois un jardin lancé, les activités se présentent certes d’elles-mêmes pour l’entretenir. Cependant voici ce que Bibby Moore suggère pour le mois de mai. Les activités peuvent être purement horticoles, mais aussi sociales.

Première semaine

  • Planter légumes, fleurs et herbes
  • Faire des bouquets (elle suggère de trouver un fleuriste prêt à faire un don de fleurs légèrement défraichies pour alléger le budget)
  • Propager des plantes de type forsythia, delphinium, géranium, groseillers et autres arbutres à fruits rouges. Elle explique comment procéder en coupant les jeunes pousses tôt le matin et en les plongeant dans l’eau. Il faut ensuite les couper à environ 6 cm, plonger les boutures dans une « rooting powder » et les planter dans un mix moitié sable et moitié tourbe. Elle explique le processus en détail.
  • Organiser une visite dans une pépinière à la recherche d’herbes à planter (basilique, persil, thym, romarin,…)
  • Planifier une journée Portes Ouvertes pour le mois de juin.

Deuxième semaine

  • Récupérer des fleurs et des plantes pour les presser
  • Organiser un pique-nique
  • Eclaircir les carottes
  • Semer des fleurs (soucis, zinnia)
  • Récolter chou, broccoli et chou-fleur
  • Pailler les pommes de terre

Troisième semaine

  • Pailler le reste du jardin pour conserver la fraicheur.
  • Préparer les tuyaux d’arrosage pour l’été.

Quatrième semaine

  • Faire des boutures (bégonias, chlorophytum,…). Dans un autre chapitre, elle explique en détails la procédure.
  • Détecter d’éventuels insectes, puis supprimer les insectes ou les œufs.
  • Se renseigner sur les plantes carnivores et insectivores. Là encore, elle donne deux pages de détails sur les spécificités de ces plantes et comment les faire pousser.

 

Le Jardin des (S)ages : l’aventure de Carole Nahon

Un mot avant de vous raconter l’histoire de Carole. Le tableau de bord du Bonheur est dans le jardin m’indique que nous avons atteint aujourd’hui le 100e billet. Depuis le printemps 2012, que de rencontres autour du jardin qui soigne ou qui du moins contribue au bien-être. J’espère que vous continuez à puiser des idées et peut-être à prendre des contacts semaine après semaine. Dans les billets à venir, nous irons visiter le jardin d’une crèche parentale en plein coeur de Paris, je partagerai des activités pratiques à mettre en oeuvre dans des ateliers et nous ferons peut-être faire un tour en Suède et au Canada (en tout cas, les contacts sont lancés).

Lors d'une journée autour du potager organisée avec Jardin, Art et Soin et à laquelle avait participé Martine Brulé.

Lors d’une journée autour du potager organisée avec Jardin, Art et Soin et à laquelle avait participé Martine Brulé.

Mais revenons à Carole qui jardinait en amateur et a décidé d’aller plus loin. Visiteuse bénévole dans une maison de retraite depuis quelques années via l’association Visite des Malades en Etablissements Hospitaliers, elle entrevoit vite le potentiel du jardin pour apporter de la vie. « Mes grands-parents avaient un jardin, j’ai un jardin. Je prends beaucoup de plaisir à biner, à désherber. C’est une source de bien-être, un moment de détente pour évacuer », décrit cette femme pleine d’enthousiasme. En 2010, une recherche sur Internet la mène à un article qui lui ouvre des perspectives sur les bienfaits du jardin. « C’était une publication d’un colloque de la SNHF qui a eu lieu en 2009. A la page 3 de ce document, le paragraphe « Jardins, plantes, et personnes souffrantes : un bref historique » m’a bouleversée et a fait écho en moi. Il mettait des mots sur ce que je ressentais quand je jardinais. et l’idée que je pouvais aider les autres, par ce biais, qui me parlait tant, a germé à partir de ce moment-là. »

Elle commence alors à prendre des contacts : le Jardin Bénéfique est un peu trop loin de Draguignan où elle habite pour aller se former, elle rencontre Martine Brulé, elle se rapproche de l’association Jardins, Art et Soin aujourd’hui dissoute dans sa région par manque de personnes pour s’en occuper. Au final, elle suit en 2012 une initiation à l’hortithérapie avec Sébastien Guéret où elle rencontre Anne Ribes. Ces échanges confirment ce qu’elle ressent et la conforte dans son envie de créer une association.

A partir de la mi-2012, elle se penche sur la création de cette association avec l’aide de PILES (Pôle d’Initiatives Locales d’Economie Solidaire) pour rédiger son projet. Ressentant le besoin de muscler ses connaissances techniques pour asseoir sa crédibilité, elle suit ensuite une formation en jardinage de janvier à juin 2013 dans un centre de formation professionnelle à Antibes. « Ca a été utile pour apprendre le nom des plantes, mais ça manquait de pratique sauf pendant le mois de stage », estime-t-elle. En octobre 2013, la voici prête à créer l’association avec son amie Elvire qu’elle a rencontrée en faisant la récolte dans leur AMAP. Le Jardin Des (S)âges est né.

Pour reprendre ses propres mots, l’association a pour mission:

-d’organiser des ateliers de jardinage afin d’améliorer le bien-être des personnes résidant dans des établissements médico-sociaux et de participer ainsi à la dynamique de ces structures.

– de participer à la valorisation des jardins de ces établissements

– d’organiser des rencontres autour des jardins de soin et de leur importance pour le bien-être des résidents de ces structures.

Les premiers ateliers à La Pierre de la Fée

Bacopa monnieri (je ne connaissais pas alors je partage cette photo).

Bacopa monnieri (je ne connaissais pas alors je partage cette photo).

Même si quelques ateliers avaient commencé à l’été dernier avant la création de l’association, ce n’est vraiment qu’au mois de janvier que Carole officialise les choses à la maison de retraite La Pierre de la Fée à Draguignan où elle est déjà bien connue en tant que visiteuse bénévole. « Les premiers ateliers se sont faits autour d’une table où ils ont parlé de leurs jardins et des plantes qu’ils avaient. On a fait une liste des plantes qu’on pourrait mettre dans notre jardin », explique Carole. Puis les ateliers se sont tournés vers des semis et des plantations dans des tables de culture et des pots : persil, cerfeuil, verveine, capucines, pois de senteur, bacopa, pensées.

Premières séances à la Pierre de la Fée.

Premières séances à la Pierre de la Fée.

« Le lundi après-midi, je visite les malades que le cadre de santé m’indique dans leur chambre. S’il fait beau, je suggère qu’on aille au jardin. Mais maintenant les vendredis sont dédiés aux ateliers de jardinage. Nous allons chercher ceux qui ont envie de jardiner. Nous avons deux résidentes très assidues qui viennent avec leurs filles. Les rapports sont différents car elles peuvent discuter d’autre chose que de la maladie », raconte Carole. « D’autres résidents viennent voir ce que l’on fait. Des accompagnants et des familles viennent aussi nous voir. C’est un facteur de lien. Il se passe quelque chose de nouveau. Le personnel soignant, les animateurs et les familles sont très contents que quelqu’un de l’extérieur viennent s’occuper des résidents. Il n’y a pas de compétition et tout le monde me connaît bien. La femme d’un résident qui vient tous les jours a envie de m’aider. » De 14h30 à 17h00, Carole est au jardin avec une fenêtre en début d’après-midi quand les résidents sont plus calmes et disposés à planter et semer. En fin d’après-midi, elle privilégie l’arrosage.

Résultats...

Résultats…

Le jardin existant est entretenu par les services de la ville et avait été conçu pour demander peu d’entretien (arbres, gazon). Il comporte une partie fermée pour les patients souffrant de la maladie d’Alzheimer. « J’ai rencontré le chef des jardins de la ville, à l’ehpad, en présence d’un des deux animateurs. Entretien très fructueux. Nous allons travailler en partenariat et réfléchir ensemble à l’aménagement du jardin du secteur protégé. Magnifique… », s’enthousiasme Carole.

Faire vivre l’association

L’association vit de modestes adhésions (20 euros). Compte tenu des compétences actuelles d’Elvire et Carole, le montant des prestations a été fixé à 80 euros la séance de 2heures 1/2. Leurs aspirations « humanistes » les porteraient à priori vers le bénévolat total, mais « la tarification des prestations est apparue nécessaire afin que les bénéfices du jardinage dans les établissements de soins, soient reconnus et que cela ouvre les portes à des initiatives de formations diplômantes, ce qui n’est toujours pas le cas en France », explique Carole, visiblement gênée par la question financière. « Avec les autres Ehpad, je reverrai peut-être le tarif à la hausse. » Car l’objectif est bien de proposer des ateliers à d’autres établissements à Draguignan et dans les alentours.

Carole Nahon pendant son stage de formation professionnelle.

Carole Nahon pendant son stage de formation professionnelle.

Carole est toujours en perfectionnement et suivra en juin une formation avec Jocelyne Escudero. « Pour l’instant, je parle d’animations horticoles même si je prends des notes sur les réactions, la participation. J’aimerais approfondir et passer à des jardins à visée thérapeutiques avec des personnes atteintes d’Alzheimer et des enfants autistes. » Comme beaucoup d’autres, elle déplore l’absence d’une formation diplômante. Elle sent bien que certains soignants aimeraient se spécialiser dans le jardin…En tout cas sans attendre, Carole a retroussé ses manches et elle s’est lancée. « Quand je les entends discuter et que je les vois contents de jardiner, je me sens très heureuse. »

Les prix de la Fondation Truffaut : appel à projets ouvert jusqu’au 20 avril

Capture d’écran 2014-03-20 à 18.01.36La Fondation Truffaut lance la 2e édition de ses prix inaugurés en 2013 pour récompenser trois types de jardins : thérapeutique, pédagogique et insertion. J’avais eu le plaisir de participer au jury et à la cérémonie de remise des prix, très émouvante, au Grand Palais. Cette année, c’est reparti. Si vous avez un projet qui correspond aux critères énoncés par la Fondation Truffaut, n’hésitez pas à vous lancer. Bonne chance!

Les candidats ont jusqu’au 20 avril pour déposer leur dossier en ligne en prêtant une attention particulière à la qualité des photos, aux témoignages et à la description des bénéfices constatés. Les trois prix seront remis début juin dans le cadre de l’événement JARDINS, JARDIN. Les trois associations récompensées recevront chacune une dotation de 5 000 euros. « Partout en France, des initiatives “végétales” voient le jour grâce à des personnes engagées mettant tout leur cœur dans leur projet, dans le but de partager des émotions, de donner le sourire à des enfants handicapés, de croire et guider des jeunes dans leur insertion professionnelle, d’accorder du temps aux personnes âgées », explique le communiqué de la fondation qui a fixé quatre conditions pour participer.

• Être une association ou une organisation à but non lucratif

• Avoir développé une action concrète permettant d’améliorer le quotidien d’hommes et de femmes, grâce au végétal

• Correspondre à un des trois domaines : thérapeutique, pédagogique ou insertion

• Voir son action se dérouler en France

La Fondation a choisi 3 axes d’intervention qu’elle explique ainsi. « Le thérapeutique, parce que le rapport au végétal et au jardinage stimule nos 5 sens et peut soigner ! (principe de l’hortithérapie). L’insertion parce que jardiner, c’est valorisant. Et que cela permet d’être en lien avec la société tout en se projetant vers l’avenir, même si l’on est en difficulté ou en rupture : « Jardinier, c’est l’un des plus beaux métiers de demain ». La pédagogie parce que le jardin, c’est une manière de ressentir le monde, un formidable outil de connaissance sur soi et un lieu d’apprentissage de la vie. Les mains et les pieds dans la terre, on fait corps avec ce qui nous entoure et on échange, tous milieux et âges confondus. »

Une journée d’échanges en Loir-et-Cher

Pendant qu’on est sur le sujet des annonces, une journée d’échanges est organisée le 30 mai en Loir-et-Cher autour du thème « le jardin de soin et de bien-être » avec la visite de la Clinique psychiatrique de La Chesnaie et du jardin des Portes Vertes à la Maison Claude de France. Je vous renvoie à cette invitation qui donne tous les détails et les coordonnées.

Invitation Journée d'échanges