Quand Le Bonheur se baladait dans le monde

Pour mesurer le temps, je peux utiliser celui qui s’écoule entre deux publications sur ce blog. Ce marqueur revient inexorablement tous les mois, tous les premiers lundis du mois précisément. Lorsque j’appuie sur le bouton « Publier » au début du mois, j’ai l’impression d’une longue plage de temps devant moi…Et puis pouf, il est temps de publier de nouveau.

Ce mois-ci, ce joli mois de mai, restons dans le thème de notre périple international de2022. Si nous avons un besoin vital de nouveautés, il est aussi utile de prendre le temps d‘apprécier l’existant. Or, depuis 10 ans, je me suis déjà souvent promenée hors des frontières françaises. Voici un aperçu de ces voyages qui montrent la variété des jardins thérapeutique, de l’hortithérapie et des écothérapies. Quelle énergie et quelle vision chez ces femmes et ces hommes rencontré.es depuis 10 ans !

Pour les mois qui viennent, je vous annonce quelques nouvelles destinations : l’Autriche et l’Allemagne, le Costa Rica et un bilan de l’hortithérapie dans les pays hispanophones. Et puis il va falloir aller explorer un peu plus en Asie, en Australie, en Afrique.

Sue Stuart-Smith, psychiatre et auteure de « L’équilibre du jardinier : renouer avec la nature dans le monde moderne » dans son jardin anglais (crédit photo gardenmuseum.org.uk)

EN EUROPE

ITALIE. En avril 2021, nous rencontrions Ania Balducci, hortithérapeute italienne formée en Angleterre et aux Etats-Unis, qui contribue à développer l’hortithérapie dans son pays à travers des projets et une formation universitaire. Pour compléter un lien pour se tenir au courant des actions de la Associazone Italiana Ortoterapia (ASSIOrt)

ANGLETERRE. Une autre rencontre, celle de Sue Stuart Smith. Elle est psychiatre et elle nous a offert en 2020 « L’équilibre du jardinier : renouer avec la nature dans le monde moderne ». Un des livres les plus inspirants sur les bienfaits de la nature et du jardin pour les personnes fragilisées. Sa sortie en pleine pandémie a fait beaucoup de bien. Il est devenu LE livre de jardinage de l’année pour le Sunday Times et un des 37 meilleurs livres de 2020 pour The Times. Autant dire qu’il aura rencontré un énorme écho en Angleterre et dans les nombreux pays où il a été publié.

ANGLETERRE. C’est grâce à Beth Collier que j’ai découvert l’écopsychothérapie. En 2018, elle nous expliquait comme elle pratique son travail de psychologue dans les parcs londoniens depuis plusieurs années. Elle prépare sur ce sujet un livre que j’ai hâte de découvrir. En attendant, merci à Beth de m’avoir inspirée car c’est en grande partie grâce à elle que je propose aujourd’hui des séances de psychothérapie dans la nature.

ECOSSE. Impossible de ne pas mentionner Trellis et Fiona Thackeray. Avec son équipe, elle organise depuis deux ans une série de séminaires internationaux dans l’âme. Dès 2015, cette ancienne de Thrive nous avait présenté Trellis, l’association écossaise d’hortithérapie.

SCANDINAVIE. En 2019, Philippe Walch, alors tout nouveau membre de la Fédération Française Jardins Nature et Santé et aujourd’hui actif dans son conseil d’administration, nous avait fait profiter d’un voyage personnel dans la Scandinavie biophilique avec une visite de Nacadia, le jardin thérapeutique initié par Ulrika Stigdotter et son équipe à de l’Université de Copenhague. Pour compléter ce tour dans le nord de l’Europe, regardez l’intervention d’Anna María Pálsdóttir au Trellis Seminar Series 2022. Elle y décrit l’expérience du jardin du Living Lab Alnarp Rehabilitation en Suède.

Salle de pause au jardin pour les infirmières d’un hôpital de Portland, Oregon (Etats-Unis), sujet d’une étude de Roger Ulrich.

EN AMERIQUE DU SUD ET DU NORD

PEROU. Je vous présente Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi, hortithérapeute péruvienne également formée aux Etats-Unis. Depuis notre rencontre au Jardin du Luxembourg en 2019, Daniela a pratiqué, parlé, écrit. Voici quelques exemples de ses articles sur le blog du Horticultural Therapy Institute : auprès de personnes âgées en Argentine, pour des enfants en Equateur ou encore auprès d’enfants sur le spectre de l’autisme en Inde.

CANADA. Il s’en passe des trucs au Canada. Une de mes références est la Fondation Oublie pour un instant dont la fondatrice, Jeannine Lafrenière, est une personne que je croise régulièrement depuis plusieurs années. Sa mission : faire entrer la nature à l’intérieur des établissements de santé.

ETATS-UNIS. Choix difficile dans ce pays où j’ai passé le plus de temps, physiquement et à distance. J’attire simplement votre attention sur quelques personnes et programmes phares.

LIVRE « The Profession and Practice of Horticultural Therapy ». Le livre de Rebecca Haller, Christine Capra et Karen Kennedy, sorti en 2019, est incontournable si vous vous lisez l’anglais. Vous y retrouverez d’ailleurs quelques signatures françaises et européennes.

LIVRE « Therapeutic Landscapes ». Même chose pour le livre de Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs, sorti en 2014. Indispensable, source d’inspiration, mise en contexte d’initiatives qui intègre la nature qui soigne dans les établissements de santé. Historiquement, ma première rencontre avec Clare Marcus Cooper il y a 10 ans.

« Une hortithérapeute californienne derrière les barreaux ». Je reste en contact avec Calliope Correia depuis notre rencontre dans une formation du HTI et je suis son implication intense dans son travail en prison. Une passionnée, une convaincue.

30 ans d’hortithérapie auprès des personnes âgéesKirk Hines a commencé sa carrière d’hortithérapeute depuis 1993 et il la poursuit auprès de personnes âgées dans la région d’Atlanta.

« Bénéficiaire » et témoinLe témoignage d’un homme pour qui le jardin thérapeutique d’un programme d’addictologie en Caroline du Nord a été salvateur.

Résilience et recherche. A New York, la résilience de Matt Wichrowski, hortithérapeute et chercheur, épate. Retrouvez ses publications en tant que chercheur et professeur associé dans le département de Médecine de Réadaptation à la Faculté de Médecine de NYU.

A Chamchamal dans le Kurdistan irakien, le Fondation Jyian (« vie » en kurde) a formé les thérapeutes qui accompagnent des adultes et des enfants traumatisés par la guerre à l’hortithérapie.

DANS LE RESTE DU MONDE

Force est de constater que les autres parties du monde sont peu représentées sur mon blog. L’attraction est tellement plus forte là où on a déjà des contacts. A améliorer !

Au Japon, j’avais présenté en 2015 l’état de la formation en hortithérapie, très inspirée des Etats-Unis ainsi que le travail du chercheur Mashiro Toyoda. Il a continué à explorer le sujet, notamment avec la publication en 2020 d’une étude sur les effets d’une activité d’arrosage régulière sur l’activation du lobe pré frontal chez des personnes âgées bien portantes. Du jardinage comme outil de prévention du déclin cognitif.

Au Kurdistan, nous avions découvert un programme de formation pour des thérapeutes spécialistes du psychotraumatisme qui accompagnent des réfugiés, un effort qui a rassemblé des experts de plusieurs pays. Le programme a également été présenté lors du Seminar Series 2022 de Trellis

Au Bénin. Concluons sur l’intervention de Josette Coppe, psychologue clinicienne et art-thérapeute, qui anime des ateliers d’expression et des ateliers thérapeutiques avec les équipes SOS villages d’enfants au Bénin depuis 2010 à travers son association Résonances. Elle avait partagé son expérience lors d’une table ronde en ligne organisée par Jardins & Santé en novembre 2021. Vous trouverez son intervention à la minute 59 dans cette vidéo, avec les témoignages filmés de deux professionnels béninois.

Trellis Seminar Series : le rendez-vous annuel des hortithérapeutes du monde entier

La première fois que j’ai eu le plaisir de discuter avec Fiona Thackeray de Trellis, l’association écossaise d’hortithérapie, c’était en 2015. En mars 2020, nous devions nous rencontrer « in real life » pour le symposium de Jardins & Santé à Paris….En 2021, Tamara Singh et moi avons eu le plaisir de présenter un état des lieux de l’hortithérapie en France lors de la première édition du Trellis Seminar Series. Hier soir, j’ai de nouveau eu le plaisir de passer un moment en ligne avec Fiona à une semaine du Trellis Seminar Series 2022. Ma question toute personnelle : est-ce que nous aurons un jour l’occasion de prendre un thé (ou une bière) ensemble ?

Pour le programme et les inscriptions aux séminaires de cette annnée, c’est par ici. Du 7 au 11 mars,  des experts interviendront d’Allemagne, d’Irak, d’Italie, de Belgique, du Brésil et d’Australie pour partager leurs expériences et connaissances de l’horticulture sociale et thérapeutique. Le programme s’enorgueillit également d’un panel de champions communautaires issus d’une variété de projets à travers le Royaume-Uni qui soutiennent les personnes vulnérables, handicapées et défavorisées de tous âges.

Plus que jamais et pour différentes raisons alors que la guerre revient brutalement au coeur de l’Europe, ce rassemblement est une « une lanterne d’espoir dans une année difficile ».

Fiona Thackeray de Trellis Scotland a écrit un livre pour se débarrasser du plastique au jardin, ‘Plastic-free Gardening’ (crédit photo Daily Record)

Fiona nous raconte la genèse de cette conférence en passe de devenir un grand rendez-vous annuel pour les hortithérapeutes du monde entier.

Qu’est-ce qui a incité Trellis à proposer une série de séminaires en ligne en 2021 ?

A little thing called Covid…En mars 2020, nous étions sur le point de tenir notre conférence annuelle qui rassemblait tous les ans entre 50 et 70 personnes en Ecosse. Mais c’était inimaginable de maintenir notre événement en personne : on se serait tous contaminés et nous aurions ramené le virus aux personnes fragiles avec lesquelles nous travaillons. Pendant plusieurs mois, nous nous sommes accrochés à l’espoir de le remettre à plus tard. Et puis nous avons décidé de le tenir en ligne. Cela me semblait un pauvre substitut à des rencontres en personne proposant des activités tactiles. Mais du côté positif, nous n’aurions jamais pu financer la venue de tous ces intervenants étrangers ! Il y avait un côté passionnant à cette transformation.

Les praticiens sont très isolés, ils n’ont souvent pas de pairs avec lesquels échanger dans leurs établissements. Ils nous disaient que notre conférence annuelle leur donnait le sentiment d’appartenir à un véritable mouvement en discutant avec d’autres faisant le même travail. Or, les séminaires en ligne reproduisent cela et l’étendent au-delà du Royaume-Uni.

Un aperçu du programme du Trellis Seminar Series 2022

Qu’est-ce que votre équipe a retenu de la conférence 2021 ? Quel est votre plus beau souvenir ?

La conférence a été un beau succès sur plusieurs plans. Les participants et nous aussi avons beaucoup appris. Nous avons établi des liens qui continuent encore aujourd’hui. Les séminaires étaient sociables et animés. Nous laissions le Zoom ouvert et la fête continuait après la présentation. Nous en étions stupéfaits. Au cours de la série, nous avons eu 580 participants des cinq continents. Nous avons vu les mêmes personnes revenir pour plusieurs séminaires. Ils en retiraient clairement quelque chose. Quelqu’un nous a dit que la conférence était une lanterne d’espoir dans ce qui avait été une année difficile pour beaucoup.

La série 2021 a-t-elle favorisé des coopérations internationales et des connexions individuelles qui ont perduré après l’événement ?

Nous sommes entrés en relation avec l’IGGT (Internationalen Gesellschaft Gartentherapie), l’association allemande d’hortithérapie présidée par Andreas Niepel. Je sais qu’une hortithérapeute travaillant en soins palliatifs en Angleterre est en contact avec Daniela Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi, une hortithérapeute péruvienne. Nous avons probablement joué les « entremetteurs » sans le savoir.

Qu’est-ce que les participants vous ont dit vouloir pour la prochaine édition ? Des demandes et des besoins sont-ils apparus ?

Ils ont demandé plus de la même chose ! Il y avait également une demande claire et urgente pour une meilleure reconnaissance professionnelle. Cela a toujours été un de mes objectifs, mais il y avait toujours d’autres projets qui nous occupaient. L’événement a été un catalyseur. La nature et les espaces verts étaient désormais reconnus comme importants pour la santé et nous avons estimé que nous devions établir des normes avant que d’autres ne revendiquent ce domaine. Nous pouvions voir se développer des programmes de formation avec des normes moins strictes que les nôtres. 

Nous travaillons actuellement avec une université pour les cours d’horticulture et avons rencontré une autre université pour les cours liés à la santé. L’objectif est de proposer un certificat d’ici janvier 2023, notamment pour les professionnels de santé comme les infirmières ou les ergothérapeutes. Puis ensuite nous aimerions développer une formation au niveau du master. L’idée est de proposer une formation pour que les gens soient en sécurité et en confiance en tant que praticiens. Nous travaillons aussi à l’élaboration de normes, d’un code de conduite, d’une supervision et de projets de recherche plus structurés.

Quelle est la chose la plus difficile dans l’organisation d’un tel événement ?

La coordination ! S’assurer que tout fonctionne au niveau des fuseaux horaires, des versions de Zoom ou de PowerPoint. Nous faisons des répétitions pour nous en assurer. Nous sommes une équipe de 5 personnes à temps partiel et commençons à réfléchir à partir de novembre. Nous aussi travaillons à distance et nous commençons à ressentir le besoin de nous voir plus souvent en personne.

Quel est le principal objectif de l’édition 2022 ?

Notre objectif reste de connecter les gens, qu’ils retrouvent des thèmes universels avec des spécificités locales qui sont uniques. L’idée est que les participants réalisent qu’en Irak, par exemple, dans un environnement tout à fait différent à des milliers de kilomètres de chez eux, d’autres praticiens font essentiellement la même chose qu’eux avec des manières de faire, des plantes, des approches locales. Pour moi, c’est convaincant et stimulant. Si nous étions entre nous au Royaume-Uni, ce serait moins stimulant. Quant à 2023, nous allons essayer de réintroduire des événements en personne, en extérieur et à plus petite échelle. Mais je pense que nous continuerons aussi les séminaires en ligne.

Deux hortithérapeutes au Kurdistan

Dans cette vidéo, Tamara Singh et Heidi Rotteneder, deux hortithérapeutes familières de ce blog et membres de la Fédération Française Jardins Nature et Santé, racontent comment elles sont allées à Chamchamal dans le Kurdistan irakien pour former des thérapeutes spécialistes du psychotraumatisme au travail avec le jardin.

L’équipe internationale d’hortithérapeutes qui s’est relayée auprès de ces thérapeutes locaux qui accompagnent des adultes et des enfants traumatisés par la guerre comprenait aussi les Allemands Andreas Niepel et Martin Pfannekuch et l’Américain Matt Wichrowski.

Pour en savoir plus sur la Fondation Jiyan et son jardin et sur la situation dans cette région du monde qui n’a guère connu de paix depuis le début du 20e siècle. La Fondation Jyian se décrit ainsi :  » Jîyan est le mot kurde qui signifie « vie ». Nous aidons les victimes traumatisées de la torture, de la persécution et de la violence au Kurdistan et dans le nord de l’Irak. La Fondation Jiyan est une organisation à but non lucratif qui s’occupe des victimes de torture, de persécution et de violence en Irak. Depuis 2005, notre équipe de professionnels de la santé et de défenseurs des droits de l’homme a pu aider des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dont la vie a été brisée par la torture, les attaques terroristes, les enlèvements et d’autres formes de violence. »

Dans le jardin de Chamchamal
Dans le jardin de Chamchamal
Formatrices (assises au 2e rang) et thérapeutes en formation
Chamchamal

Au New York Botanical Gardens, on enseigne l’hortithérapie

Après Carole Nahon et Romain R., je passe cette semaine la parole à Tamara Singh dont j’avais fait un portrait avant qu’elle ne quitte New York pour venir s’installer à Paris. Depuis, nous avons eu le plaisir de nous rencontrer « dans la vraie vie » et elle nous fait la gentillesse de partager son expérience américaine. En deux parties, car il y a beaucoup, beaucoup à raconter. Merci, Tamara. Vous pouvez la joindre à hortustherapy (at) gmail.com.

Tamara Singh  à l'hôpital NYU Langone Tisch.

Tamara Singh à l’hôpital NYU Langone Tisch.

New York Botanical Gardens, institution vénérable faisant partie d’un réseau de jardins –dont Kew à Londres– est reconnu pour l’étendue et l’intérêt historique et scientifique de ses fonds et collections botaniques. Soutenu par des financements publics et des donations privées, l’organisme témoigne sa volonté pour initier la recherche tout en mettant l’excellence académique à la portée de ceux qui veulent s’y parfaire. Couvant des personnalités, des conservateurs et des spécialistes renommés, on y mise sur l’ouverture des approches et des formations novatrices. Parmi leur offre de formations de pointe, le programme d’hortithérapie qui remonte au début des années 1980. Fondée par un triumvirat de précurseurs qui inclut alors Nancy Chambers –directrice du Glass Garden au Rusk Institute for Réhabilitation a New York pendant plus de 35 ans, partie à la retraite depuis peu– cette filiation, si on peut s’exprimer ainsi, en fait un des programmes formels d’hortithérapie professionnelle parmi les plus anciens et aussi un des plus expérimentés en Amérique du Nord. La formation à NYBG n’a cessé d’évoluer, tantôt pour imposer une vision, tantôt pour répondre à des phénomènes de société et de santé. Cela retentit sur l’enseignement de cette thérapie certes complémentaire, mais qui a toute sa place auprès de populations en souffrance en mal-être ou en réhabilitation.

Un « horticultural therapy certificate », fruit d’une évolution

Le « horticultural therapy certificate » qui est dispensé à NYBG a pu s’exprimer sous des formats divers dans le passé. Au tout début par exemple, les cours ne comptaient que deux ou trois heures, on est maintenant sur des modules de 15 ou18 heures; il y avait aussi moins de compétences exigées en préalable pour pouvoir s’y inscrire, aujourd’hui on veille sur les pré-requis. Il y a plus d’heures en situation réelle pour moins d’heures théoriques ; et puis aussi l’inverse, plus d’enseignements pour moins d’heures dans la pratique supervisée. Ont pu s’y ajouter et puis disparaître les cours à la carte et au choix, choisis parmi l’offre de NYBG. Ces « electives »  destinées à complémenter le savoir-faire des hortithérapeutes en devenir incluaient des modules de design floral, d’herboristerie, d’arboriculture, de la gestion de serre horticole, ou de l’illustration botanique. Cette obligation a été aujourd’hui supprimée afin de rendre la formation moins onéreuse en coût et en temps mais surtout pour inciter les uns et les autres à concentrer leurs efforts sur le cœur d’un programme déjà chargé.

Il aura donc fallu des refontes argumentées et somme toute justifiables avant de trouver un l’équilibre entre la qualité des enseignements pour une profession en pleine évolution et les qualités des candidats. Mais le pari a toujours été là : attirer des étudiants non conventionnels prêts à s’engager dans un métier lui-même tout aussi inhabituel.

Portrait-robot des étudiant(e)s

Le "conservatory" des NYBG

Le « conservatory » des NYBG

Aujourd’hui, la formation s’adresse à des étudiants « post Bachelors » –bac+4–   ayant déjà une première expérience professionnelle ou académique par ailleurs (qui équivaut au moins à une licence et/ou à des années passées dans l’exercice d’une activité validante, professionnelle ou bénévole). L’étudiant admis sur dossier et après entretien a déjà, pour la plupart, le visage de la profession aux Etats-unis. Selon une enquête menée en 2010 sur les hortitherapeutes pratiquant membres du AHTA (American Horticultural Therapy Association) qui affiche la volonté de représenter cette profession en développement aux Etats-Unis, les membres se dévoilent majoritairement, mais pas exclusivement, comme « mature » c’est-à-dire 45 ans+, en reconversion professionnelle, éduqués, féminins, appartenant à une catégorie ethnique. Mais là aussi on est en droit de s’attendre à des mutations! Le diplôme d’hortithérapie à NYBG bénéficie du fait très actuel et de haute importance que les cours ont depuis 2008-2009 une valeur d’équivalence. Cette formalité est essentielle dans un pays où les frais de scolarité universitaires sont élevés. (Pour mémoire, les frais d’inscription en hortithérapie avoisinent $6000). Actuellement on peut faire valoir les modules du NYBG contre des « crédits » universitaires standards transférables partout aux Etats-Unis.  Ceci ne manquera pas de faire évoluer le portrait type des hortitherapeutes qui passent par le jardin botanique.

A la recherche de profils variés et engagés

La carte des lieux

La carte des lieux

Un des premiers vrais atouts dans la formation à NYBG, on l’aura compris : les étudiants viennent d’horizons professionnels divers ayant déjà eu le temps d’accumuler des expériences de vie. Quand on se lance dans n’importe quel domaine d’accompagnement thérapeutique cela peut s’avérer être un avantage non négligeable. Mais quand on entame un enseignement comme celui-ci, chacun avec son style thérapeutique en devenir, le trésor des personnalités est précieux. On y trouve alors : l’animateur socio-éducatif comme le designer, le graphiste comme l’architecte paysagiste, une neuro-lesée ayant retrouvé ses fonctionnalités (permettant de suivre la formation) comme une grand-mère quittant la retraite pour mieux comprendre et accompagner son petit enfant autiste, l’historien comme le psychologue, le jardinier comme le doctorant en philosophie, le photographe comme un cadre du service des jardins publics remarquables, l’agent de la publicité comme la mère de famille suractive dans sa communauté, le traiteur bio en slow food comme l’éleveur de chevaux, l’infirmier comme l’artiste, l’institutrice comme le cadre en ressources humaines.  (J’ai mieux su déchiffrer la prise en charge et l’entretien téléphonique très long mais plein d’humour que j’ai passé avec la directrice du programme Phyllis d’Amico).

Lors de l’entretien d’admission et l’étude de dossier, on vérifie les preuves d’engagement dans la vie sociale ou dans les arts et sciences humaines. Le socle commun étant une vie menée dans l’interrogation et la mise en disponibilité du soi pour les autres. Mais le souci, lors du recrutement semble aussi se porter sur les «abilities », une fibre innée, des élans non appris, insaisissables, plutôt qu’uniquement sur les connaissances ou une technicité déjà disponible ou encore à acquérir. La mise à plat, et ensuite la remise à niveau pour tout le monde commence ainsi, à partir de ce « aha », pour reprendre un terme de l’histoire des jardins, chose inattendue dans le paysage de la vie des candidats qu’on ne s’attend pas à voir. Des individualités car on forme des thérapeutes.

Des enseignants issus du terrain

Dans les collections

Dans les collections

Le deuxième grand atout n’en est pas des moindres : les cours sont dispensés par des professionnels engagés. Il s’agit d’un corps enseignant ayant accumulé une grande expérience de 20 à 30 ans dans leur milieu, en situation clinique réelle ou par leurs interventions diverses, leurs publications, par leur création de fondation/d ‘association ou d’entreprise comme par la recherche ou leur participation à moult événements publics au nom de leur spécialité. En passant par Matt Wichrowski (hortithérapeute senior à Rusk et chercheur) ou Nancy Gerlach Spriggs (paysagiste), Gary Lincoff (botaniste) et Francisca Coelho (conservatrice en chef et spécialiste des plantes tropicales), on a un accès formidable car les enseignants sont disponibles et abordables. Il s’ensuit en corollaire que la confiance que l’on peut faire à cette équipe, malgré les cotés parfois excentriques de certains éléments –n’oublions pas qu’il s’agit de personnes de près ou de loin très ébahies par « la nature végétale» sous toutes ses formes extraordinaires, ce qui n’enlève rien à leur compétence ni à leur expérience– est totalement réfléchie dans la posture de l’administration pédagogique. Les cours sont inspectés et revus par l’organisme des études supérieures de l’Etat de New York et une université jumelée avec NYBG pour la formation. C’est ainsi que le gage de qualité fourni par le jardin botanique est doublé par une évaluation indépendante et extérieure. C’est également par ce biais que NYBG peut offrir des « crédits universitaires » en hortithérapie et figurer sur la liste des formations reconnues par la AHTA.

Le cursus

À quoi ressemble donc dans le détail le programme du certificat ? Et quelles sont les connaissances, les savoir-faire, les habiletés, et les techniques à acquérir ou développer ?

Aujourd’hui pour être certifié par NYBG en hortithérapie il faut :

  • 14 modules obligatoires (181 heures)
  • De l’observation clinique d’hortithérapie se faisant in situ (8 heures)
  • Un stage de 100 heures minimum avec rapport de stage

Les 181 heures s’articulent en gros autour de quatre pôles ou types de modules bien que la brochure du NYBG ne les présente pas sous cette houlette :

Sciences cliniques,

Sciences et arts horticoles,

Sciences ergothérapeutiques,

Développement professionnel

Les cours sont programmés afin de mieux servir les attentes des étudiants qui tendent pour la plupart à travailler et mener une vie de famille. Il s’agit d’adultes avec leurs contraintes par ailleurs. Et puis certains viennent de très loin, y compris de l’étranger. Dans cette optique, les cours ont souvent lieu le soir et/ou le week-end et se déroulent sur quelques semaines seulement. Les cours sont structurés de façon assez transparente. Il faut par exemple suivre certains enseignements avant d’accéder à d’autres selon une logique interne. Voir le programme en ligne.

La formation du NYBG peut se faire en une année, parfois commencée pendant les sessions d’été en intensif. Mais avec les aléas de la vie et du temps, ou dans le cas où il n’y ait pas assez d’élèves ou bien trop, il peut arriver que certains cours, offerts qu’une ou deux fois par an, nous passent sous le nez. La plupart des élèves mettent deux ans au moins à achever le certificat. La flexibilité n’est tout à l’honneur du programme. On accumule les modules sur plusieurs saisons. Ce qui fait sens pour la modalité qui est la nôtre.

Module par module

Le bâtiment principal

Le bâtiment principal

En ce qui concerne le format des modules, ils sont en partie magistraux, reposant sur l’exposé de l’enseignant, des supports multimédia, le partage d’articles venus de journaux scientifiques lus et préparés pour les discussions participatives, mais aussi des simulations et des jeux de rôle. Il y a des cours comme celui qui traite de l’analyse des activités (« activity analysis ») qui n’accueillent que les candidats au diplôme d’hortithérapie. D’autres cours, comme la botanique, sont partagés avec les autres filières enseignées à NYBG. Les évaluations en continu sous la forme de petits devoirs sur table chaque semaine incitent à la maîtrise des informations ; les devoirs à rendre d’une semaine à l’autre mettent en exergue notre capacité d’intégration et de réflexion critique, voire de créativité.

À la fin de chaque cours, il y a soit un examen de fin de cours et/ou un projet de recherche. Il y a de quoi faire. Mais on en retire que ce que l’on y met. Il est prévu que les élèves aillent de l’avant et commencent à circuler : à travers les recherches se faisant dans le domaine, à adhérer aux associations locales d’hortithérapie, à faire les premières démarches de stage ou de bénévolat, à étancher toute soif en botanique avancée, les ressources du jardin sont là pour cela. D’ailleurs quand le propos s’y prête, les cours ont lieu dehors. Il y a les collections des grandes serres comme les parterres et collections en extérieur remarquables. À cela s’ajoute une bibliothèque de recherche agréable, praticable et achalandée. En conclusion, une infrastructure de qualité à portée de mains, et aux portes de la ville de New York.

Dans un deuxième volet, on passera en revue les quatre pôles du certificat.

Tamara Singh

Matt Wichrowski, un thérapeute horticole récompensé et…exproprié

Matt Wichrowski, hortithérapeute depuis presque 20 ans au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine  à New York

Matt Wichrowski, hortithérapeute depuis presque 20 ans au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine à New York

C’est une star de l’hortithérapie aux Etats-Unis. Matt Wichrowski vient de recevoir le « Horticultural Therapy Award » de la American Horticultural Society. « C’est un honneur car c’est une des plus prestigieuses récompenses dans le domaine. Et je ne sais toujours pas qui m’a nominé », explique-t-il, encore sous le choc. Voici presque 20 ans qu’il travaille au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine à New York et plus spécifiquement au Enid A. Haupt Glass Garden. Malheureusement, ce jardin, qui a subi de gros dégâts pendant l’Ouragan Sandy en Octobre 2012, était déjà condamné pour permettre l’agrandissement de l’hôpital. Dans ce contexte, le prix sonne comme un prix de consolation.

Mais revenons en arrière. Après avoir soigné des vétérans de la Seconde guerre mondiale, le docteur Howard Rusk est convaincu que la médecine de réadaptation, cette « rehabilitation medecine » qu’il sera le premier à pratiquer dans son service à partir de 1948, doit avoir une approche holistique. « Il avait l’esprit ouvert à toutes formes de thérapies efficaces », explique Matt Wichrowski. Le docteur Rusk était également convaincu des effets bénéfiques de la nature pour les patients. C’est ainsi que, dès les années 1950, un don permet de construire le Enid A. Haupt Glass Garden où les patients viennent profiter de la nature, mais aussi travailler, planter et s’occuper des plantes. Sont venus s’ajouter par la suite deux autres espaces : le Perennial Garden en 1989 pour l’agrément des patients, particulièrement ceux en fauteuils, et à partir de 1998, le Children’s PlayGarden où les enfants pouvaient faire leur rééducation à l’extérieur tout en jouant.

Les trois jardins et l’ancien « Rusk Institute of Rehabilitation Medicine » vont donc être démolis pour faire place à un nouvel ensemble de soins intensifs de plusieurs étages, le Helen L. et Martin S. Kimmel Pavilion, qui devrait ouvrir ses portes en 2017. Dans le même temps, le centre de médecine de réadaptation déménagera, mais ne retrouvera apparemment pas ses jardins.

Matt travaillant avec un groupe

Matt travaillant avec un groupe

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Matt Wichrowski continue ses activités de thérapie horticole à l’intérieur. « Nous continuons les activités avec les patients en psychiatrie, les épileptiques, la réadaptation générale et la réadaptation cardiaque. Je travaille au chevet des patients pour l’épilepsie et en groupes dans les autres cas. J’ai un chariot qui me sert pour faire du rempotage, des semis et des activités de saison. » L’équipe se compose de deux thérapeutes horticoles à temps plein et de deux autres à mi-temps. Certains de ses collègues interviennent dans des unités disséminées dans New York et travaillant avec des malades atteints de cancers et des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer. « Les bénéfices que nous recherchons sont la réduction du stress, la socialisation et des bienfaits cognitifs. » Il s’est intéressé à la thérapie horticole un peu par hasard. « J’avais une maitrise en travail social et une licence en psychologie et en philosophie. Je travaillais avec des adultes autistes et l’opportunité s’est présentée de rénover une serre. J’ai vu une immense différence dans leur humeur », se souvient-il. De là, il a commencé à travailler au Rusk Institute avec Nancy Chambers, la directrice des jardins.

Quand la possibilité se présente, Matt aime étudier et démontrer l’efficacité des activités de thérapie horticole. « Nous avons fait une étude qui a été publiée dans le Journal of Cardiopulmonary Rehabilitation. Elle montrait que les patients qui suivaient une activité de thérapie horticole avait un rythme cardiaque plus bas et étaient moins agités après l’atelier que d’autres suivant un cours d’éducation du patient. » Voici au passage une liste de publications du Rusk Institute. D’ailleurs, Matt pilote pour l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) un groupe de travail dédié à la recherche. « Nous aidons ceux qui veulent conduire des études avec des ressources, une bibliographie et des recommandations. Je dirais qu’on voit de plus en plus de recherche dans ce domaine et plus d’intérêt à l’international. J’ai parlé avec des gens en Allemagne, en Autriche, en Angleterre, en Australie, en Egypte et en France. »

Enfin, Matt écrit un blog, Healing Green , pour le site du magazine Psychology Today. « Je parle de comment on peut utiliser la nature pour améliorer notre qualité de vie. Je parle de mon travail, je donne des références. C’est pour le grand public et jusqu’aux professionnels. »

Matt avec un patient

Matt avec un patient