Une hortithérapeute péruvienne…à Paris

Fut un temps, Rebecca Haller et Christine Capra m’avaient gentiment demandé d’écrire le blog du Horticultural Therapy Institute. Ce fut un plaisir pendant plusieurs années. Puis le temps vint à manquer. Récemment, le blog du HTI a connu une nouvelle évolution avec la mise en place d’un binôme d’auteures. Colleen Griffin, HTR, habite dans l’état du Maine, son activité d’hortithérapeute consiste à accompagner des enfants avec des besoins particuliers ainsi que des adultes et des enfants se battant contre un cancer (voici son premier billet, passionnant, sur les explications qu’elle donne quand on lui demande ce qu’est l’hortithérapie). La deuxième membre du binôme est Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi qui vit au Pérou. Avec l’autorisation du HTI, je reproduis ce mois-ci son billet sur l’introduction de l’HT dans son pays et ses projets. Il est encourageant de savoir que Daniela couvrira l’hortithérapie dans le reste du monde pour le blog.

Voici le billet de Daniela en VO et en français ci-dessous. Ce soir, je l’ai rencontrée au Jardin du Luxembourg pour une conversation à bâtons rompus. Voici le résumé en 2 minutes.

Pour la joindre, daniela (at) horticulturaterapeutica.pe ou le site de son Instituto de Horticultura Terapéutica – Péru.

Par Daniela Silva-Rodriguez

daniela-624x832Ma relation avec les plantes a commencé à l’âge de 8 ans.  Après avoir brusquement perdu mon père d’un anévrisme, j’ai trouvé du réconfort dans le jardin de ma grand-mère.  Il y avait tellement d’espèces de plantes et de fleurs dans ce jardin de 6 000 m2 ! Bientôt, j’ai commencé à apprendre leurs noms et prénoms, ainsi que leurs préférences. J’ai été émerveillée par les formes, les textures et les odeurs des feuilles et des fleurs, qui m’ont inspirée à apporter la nature à l’intérieur en créant des arrangements floraux pour chaque pièce de notre maison.  Mais le plus grand plaisir pour moi était d’arroser les plantes, de voir les feuilles sans la moindre trace de poussière et de sentir l’odeur de terre humide !

Le temps a passé et il était clair pour moi que je devais faire une carrière dans un domaine lié aux plantes. J’ai étudié la biologie et les sciences de l’environnement à l’American University à Washington D.C. Quand je suis revenue au Pérou, j’ai obtenu mon premier emploi au Centre international de la pomme de terre comme assistante scientifique et, en même temps, j’ai obtenu une maîtrise en Sélection et Amélioration des Plantes.

Après 6 ans de travail en laboratoire, j’ai démarré une entreprise dédiée à la production de salades vertes pour les supermarchés au Pérou. Au cours des 25 années suivantes, j’ai acquis des connaissances et de l’expérience en agriculture, en lutte intégrée contre les ravageurs, en bonnes pratiques agricoles et en assurance qualité. Mais mon amour pour les plantes était trop fort et j’ai gardé le contact avec elles à travers des projets d’aménagement paysager.

En 2010, j’ai découvert la pratique de l’hortithérapie ! J’ai contacté le Horticultural Therapy Institute et mon voyage pour obtenir un certificat en hortithérapie a commencé. J’ai obtenu mon certificat en 2016.

Entre 2011 et 2013, j’ai commencé un petit programme dans un centre de réadaptation pour les toxicomanes (cocaïne, marijuana et alcool) et les personnes souffrant de dépression. Les âges varient principalement de 14 à 30 ans. Pendant cette courte période, j’ai mis en évidence la capacité des plantes à changer la vie des gens, en particulier chez deux patients. Un patient de sexe masculin, âgé de 30 ans, a reçu un diagnostic de dépression grave.  La première fois que je l’ai rencontré, il n’a eu aucun contact visuel et a répondu avec des monosyllabes. Trois semaines après avoir participé au programme, il était une personne complètement différente : ses yeux brillaient, il demandait des tâches et était impatient d’apprendre d’autres techniques de jardinage. Après sa sortie, il a lancé une entreprise autour des plantes à l’étranger, changeant son centre d’intérêt de l’économie vers les plantes.

L’autre patient était une jeune femme de 18 ans, atteinte de dépression et consommant de la marijuana. Après 6 mois de participation au programme d’HT avec des sautes d’humeur et des automutilations, j’ai remarqué quelque chose qu’elle avait fait à la plante qu’elle avait adoptée et qui m’a fait penser que quelque chose de vraiment sérieux se passait avec elle. Ce fut un tournant dans son traitement : elle pouvait enfin parler de ce qui la troublait vraiment.

Ces deux expériences m’ont fait réaliser que je voulais consacrer le reste de ma vie à aider les gens à travers une de mes passions : les plantes.

Entre 2014 et 2017, j’ai fait un travail de sensibilisation aux avantages de l’HT pour le bien-être des gens par le biais d’ateliers et de programmes de courte durée pour des groupes spécifiques comme les enfants atteints de cancer ou les enfants brûlés.

Sensibiliser dans un pays où il n’existe pas de carrière en horticulture et où de nombreux professionnels n’aiment pas qu’on les fasse sortir de leur zone de confort est difficile mais pas impossible. Il faut du temps pour leur faire comprendre que l’hortithérapie est leur alliée, que les activités de jardinage servent d’outil pour faciliter leur travail. Nous devons utiliser l’attribut le plus précieux que possèdent les jardiniers : la patience.

 

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Site du jardin de soins (healing garden) – Orphelinat au Pérou, mars 2019

En octobre 2018, on m’a commandé la conception d’un jardin de soins et d’un programme d’HT pour un orphelinat à Lima, au Pérou. C’était un grand défi en raison des conditions du site, qui était à l’abandon complet (voir photos) et du budget qui était limité. Après 4 mois de planification et de brainstorming, la conception était prête. La mise en œuvre a eu lieu en avril de cette année. Une équipe de 130 jeunes volontaires s’est chargée de planter, de peindre les murs, de créer un jeu d’eau et un mur vert, d’enlever les pierres et de décorer, sous ma direction. Le travail a été fait en 5 jours. Le jardin a été baptisé par les enfants de l’institution le « Jardin des Rêves ».

 

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Site du jardin de soins – Avril 2019

Une semaine plus tard, nous avons commencé à travailler avec 40 enfants placés en institution, âgés de 5 à 14 ans. La fréquence de notre programme est de deux fois par semaine. Travailler avec des enfants placés est un énorme défi. La plupart des enfants ont été séparés de leurs parents en raison de violences physiques et/ou psychologiques. Cette situation a provoqué de graves problèmes émotionnels et comportementaux chez les enfants. L’objectif principal du jardin de guérison est de les aider à canaliser ces émotions : colère, peur, tristesse, agressivité, manque d’attention et comportement perturbateur grâce à l’amour et aux soins.

 

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Masque en pétales de fleurs – stimulation créative

 

Après la première séance chaotique où nous avons travaillé avec des groupes de 10 enfants toutes les 30 minutes pendant 2 heures, nous avons décidé de restructurer la dynamique pour la séance suivante. Nous devions enseigner aux enfants qu’il y avait des « règles du jardin » qu’il fallait suivre et que nous devions les « calmer » avant de leur proposer l’activité prévue. Les règles du jardin ont été établies par chacun d’entre eux et ont ensuite été imprimées sur une grande bannière. Nous les lisons au début de chaque session. Pour « calmer » leur esprit, nous utilisons une technique de respiration qui les amène au moment présent, à écouter les instructions et les métaphores et à s’engager dans l’activité prévue en mode « calme ». En plus de ces deux stratégies, nous avons mis en place quatre tables distinctes qui nous aident à travailler en petits groupes.

 

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Créer des « amis du jardin »

Dans chaque session, nous avons un « plan B » pour les enfants qui ne s’impliquent pas dans l’activité dès le début. Ce « plan B » consiste à créer des bouquets d’herbes. La stimulation de l’odorat, en particulier chez les enfants présentant ces caractéristiques, a un effet puissant ainsi que le travail du sol.

Plusieurs semaines ont passé et nous commençons à voir des résultats : les enfants sont plus calmes, fiers de leur travail dans le jardin et commencent à montrer le même amour et le même respect envers les plantes que nous. Certains d’entre eux sont même fiers de montrer à leurs frères et sœurs le même amour et le même respect. Ils savent que leur « Dream Garden » est un environnement non menaçant, où ils se sentent en sécurité. Les enfants prennent conscience de l’effet puissant du jardinage comme outil pour canaliser leurs émotions.

Maintenant que nous avons introduit les enfants dans le jardin, notre prochain défi est de créer des tipis en saule pour que les frères et sœurs puissent « cultiver » une relation entre eux. Le tipi en saule symbolisera leur « maison », un lieu sûr entouré de plantes qu’ils apprendront à cultiver avec amour.

Traduit avec l’aide de http://www.DeepL.com/Translator

The Profession and Practice of Horticultural Therapy : un nouveau livre indispensable


De temps en temps, je m’enthousiasme pour la sortie d’un livre. J’ai sauté de joie quand Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs ont mis à jour Therapeutic Landscapes en 2014. Quand Jérôme Pellissier a fait paraître son Jardins thérapeutiques et hortithérapie en 2017, le premier livre complet en français sur le sujet, j’ai pensé qu’on avait franchi une étape extrêmement importante. Tous les francophones intéressés par l’hortithérapie tenaient enfin entre leurs mains un livre en français qui leur donnait des bases solides.

Et maintenant voici que Christine Capra, Rebecca Haller et Karen Kennedy viennent de sortir The Profession and Practice of Horticultural Therapy ! Alors oui, leur livre est en anglais bien sûr, peut-être une source de motivation pour se remettre à cette langue si utile. Comparé avec leur Horticultural Therapy Methodsparu en 2006 et découvert quand je suivais leurs cours il y a plusieurs années, ce nouveau livre se fixe une mission claire : poser l’hortithérapie comme une pratique professionnelle basée sur les preuves scientifiques. Et en plus de leurs trois plumes, elles ont assemblé un panel d’auteurs respectés pour apporter de l’eau à ce moulin qui leur tient à cœur depuis plus de 30 ans (Matt Wichrowski, Gwenn Fried , Jay Rice, Barbara Kreski,…).

 

Reconnaître les pionniers

Richard Mattson pendant une séance d’hortithérapie au Big Lakes Development Center (Manhattan, Kansas) en 2010. Il enseigna pendant 45 ans à Kansas State University.

Parce que la pratique de l’hortithérapie a des racines profondes, les auteures commencent par remercier leurs maitres et pionniers américains. Ainsi, le livre est dédié au regretté Richard Mattson qui a développé le curriculum d’hortithérapie à Kansas State University où Rebecca Haller a reçu son master, un curriculum qui a servi d’inspiration et de modèle à de nombreux programmes d’enseignement dans le monde.

Il est également dédié à la très active retraitée Diane Relf qui apporte ce rappel important dans sa préface. Lorsqu’elle lisait Therapy through Horticulture, le premier manuel publié par Alice Burlingame en 1960, elle était encore au lycée et avait déjà la certitude qu’elle deviendrait hortithérapeute professionnelle. Mais elle dut vite déchantée car la pratique était alors principalement bénévole et considérée comme une occupation récréationnelle pour les patients. Pas encore comme une médiation thérapeutique à part entière, ni comme une profession digne d’une formation adéquate. Cela vous rappelle quelque chose sur la situation actuelle en France ?

Déterminée à changer les choses, Diane Relf a écrit une des premières dissertations doctorales sur l’hortithérapie à l’Université du Maryland, créé un programme d’enseignement à Virginia Tech et participé à la fondation de l’ancêtre de l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) en 1973. Elle a également été très active dans la création du International People-Plant Council connus pour ses symposia internationaux.

Aux Etats-Unis, la place de l’hortithérapie a évolué depuis les années 1960 entre autres grâce à Richard Mattson, Diane Relf et les nombreux auteurs de The Profession and Practice of Horticultural Therapy. Ils vous expliqueraient sans doute qu’il reste encore beaucoup à faire. Savourons l’instant présent. Ce livre explique pourquoi l’hortithérapie est aujourd’hui une profession reconnue aux Etats-Unis et peut être une source d’inspiration pour la France.

 

Un livre pour qui ?

Rebecca Haller (gauche) et Christine Capra co-dirigent le Horticultural Therapy Institute.

 A qui s’adresse le livre de Christine, Rebecca et Karen ? Son objectif est « d’améliorer la compréhension et la vision de la profession, tant pour les nouveaux praticiens que pour les praticiens chevronnés. Il s’adresse aux étudiants dans le domaine, ainsi qu’aux professionnels de la santé et des services sociaux, afin d’élaborer et de gérer avec succès des programmes d’hortithérapie. » Si vous lisez ce blog régulièrement, il s’adresse à vous.

Les auteures ont organisé le livre en quatre sections : synthèse des pratiques en hortithérapie, théories soutenant l’efficacité et la pratique de l’hortithérapie, pratique selon trois modèles (thérapeutique, insertion professionnelle et bien-être) et outils pour le thérapeute.

 

Section 1 : « L’hortithérapie peut littéralement changer le monde »

C’est l’affirmation qui ouvre le premier chapitre dont lequel on trouve quelques définitions et le chemin qui a mené l’hortithérapie d’une activité bénévole auxiliaire à sa reconnaissance comme médiation et profession. Malgré des définitions différentes, trois éléments sont indispensables aux yeux des auteures pour parler d’hortithérapie : un thérapeute professionnel formé, un « client » (tournure américaine commune, Carl Rogers l’emploie aussi même si le mot choque nos oreilles françaises) qui reçoit un traitement avec des objectifs définis et la culture de plantes. Le thérapeute est en capacité de faire émerger des processus thérapeutiques ou de réhabilitation en s’appuyant sur les plantes. Diane Relf a ajouté les bénéfices pour les participants : émotionnels/psychologiques, sociaux, intellectuels/cognitifs et physiques. Par contraste, d’autres activités basées sur les plantes ne sont pas de l’hortithérapie : des programmes dans les écoles, pour améliorer le bien-être, tous les programmes qui ne visent pas des objectifs cliniques en somme.

Affirmant que l’hortithérapie est une profession distincte, les auteures lui reconnaissent des similarités et des liens avec d’autres approches comme l’écothérapie, le soin par les animaux, les programmes agricoles dans les fermes qui peuvent être utilisés de manière complémentaire. Cette section peut sembler très américano-américaine, malgré de nombreux exemples puisés à l’étranger. Cependant, ses réflexions éclairent aussi ce qui se passe en France.

 

Section 2 : la richesse des théories

« En tant qu’espèce, le cerveau humain est programmé pour vivre dans la nature ». Que vous les découvriez ou que vous les connaissiez déjà, ces nombreuses théories vont vous scotcher. La « Prospect-Refuge Theory » de Jay Appleton (Perspective et refuge dans l’environnement), la restauration de l’attention de Rachel et Steve Kaplan, la biophilie d’E.O. Wilson, l’écopsychologie conceptualisée par plusieurs auteurs, l’apport des neurosciences sur la connaissance des réactions cérébrales, la résilience, la mindfulness, la psychologie positive…

Comme le rappelle Matt Wichrowski qui a contribué un chapitre à cette section, « De nombreuses disciplines différentes fournissent des connaissances et des informations qui peuvent être utiles dans la pratique de l’hortithérapie. La façon dont elle est finalement pratiquée dépend du contexte, du praticien, du patient et des objectifs du programme. Le style et la technique du praticien ont également tendance à varier considérablement en fonction de son expérience éducative, professionnelle et personnelle antérieure. La variété des milieux dans lesquels l’hortithérapie est pratiquée, depuis les visites en chambre avec un chariot à plantes jusqu’aux salles de classe et aux solariums, en passant par les serres et les grands espaces extérieurs, exige également une diversité des compétences nécessaires à la réussite. » Un rappel utile que la diversité est vitale dans cette pratique…et qu’un jardin n’est pas indispensable.

Pour s’attarder sur les caractéristiques du thérapeute qui ont un impact positif sur l’alliance thérapeutique, ici ou ailleurs, Matt Wichrowski rappelle les résultats de la recherche : flexibilité, expérience, honnêteté, respect, fiabilité, confiance en soi, intérêt, vivacité d’esprit et convivialité avec un aspect chaleureux et ouvert et une bonne capacité d’écoute. La recherche en psychologie a montré que 30% des améliorations chez les patients sont dues à des « facteurs communs » présents dans toutes les relations thérapeutiques, comme l’empathie, la compréhension, l’implication, la chaleur et la convivialité.

 

Section 3 : la richesse des programmes

Dans la 3esection, l’ouvrage plonge les mains dans la terre, avec de très nombreux exemples de programmes aux Etats-Unis et ailleurs. Les Américains ont divisé le monde en trois :

  • Le modèle thérapeutique. « Les séances mettent l’accent sur le rétablissement à la suite d’une maladie ou d’une blessure et sur le traitement des problèmes de santé mentale. Les séances se déroulent souvent selon le modèle médical des soins, qui met l’accent sur les aspects physiques, mentaux ou biologiques de la maladie….Les participants ne sont pas définis par la maladie, le diagnostic ou l’invalidité. » Les programmes décrits à titre d’exemples sont extrêmement variés: enfant affectés par des troubles du développement ou hospitalisés dans des hôpitaux pédiatriques, personnes souffrant d’addictions, patients en psychiatrie résidentielle ou ambulatoire, personnes souffrant de traumatismes, enfants,…
  • Le modèle professionnel (« vocational »). Selon la définition de l’AHTA citée dans le livre, « un programme d’horticulture professionnelle, qui est souvent une composante majeure d’un programme d’hortithérapie, vise à offrir une formation qui permet aux individus de travailler dans l’industrie horticole de façon professionnelle, de façon indépendante ou semi-indépendante. Ces personnes peuvent avoir ou non un certain type de handicap. Les programmes d’horticulture professionnelle peuvent être offerts dans les écoles, les établissements résidentiels ou les établissements de réadaptation, entre autres. »
  • L’hortithérapie fondée sur des modèles de bien-être. « L’hortithérapie est particulièrement bien adaptée pour soutenir les programmes axés sur le bien-être. Le travail avec les plantes est une approche holistique qui implique de multiples domaines fonctionnels, y compris l’activité physique, l’engagement cognitif/intellectuel, l’investissement émotionnel et l’interaction sociale. Elle engage le corps, l’esprit et l’âme. » Dans ce domaine, les exemples sont tirés de programmes menés en prison ou encore avec des personnes réfugiées.

 

Section 4 : des outils pour le thérapeute

Concrètement, cette dernière partie fournit des méthodes et des techniques, des outils et des idées d’équipements pour s’adapter aux capacités des participants (comment accompagner des personnes atteintes de démence ? que créer avec des étudiants non-voyants ?) et à leurs héritages culturels. On rentre là dans les caractéristiques qui rendent un environnement thérapeutique (la conception biophilique, l’accessibilité, la sécurité,…). Ce chapitre fera tout particulièrement le bonheur de Florence Gottiniaux ! Un autre chapitre s’intéresse à l’importance de documenter l’activité, depuis la note d’évaluation décrivant un nouveau participant à des comptes-rendus réguliers d’activité au regard des objectifs fixés. L’auteure de ce chapitre rappelle la nécessité de veiller au respect des règlements en vigueur sur la protection de la confidentialité.

Enfin, le dernier chapitre est consacré à la recherche. Il est assez succinct et ne vous aidera pas à monter un projet de recherche de A à Z, mais il vous y encouragera. Barbara Kreski, responsable des formations à l’hortithérapie au Chicago Botanical Garden, nous rappelle que toutes les études ne sont pas crées égales et que citer une recherche de qualité médiocre est finalement contre-productif.

Les contributions francophones

Lors de sa venue au symposium Jardins et Santé en 2012, Rebecca Haller rencontre Anne Ribes.

Ce livre est bien sûr ancré dans l’histoire et la pratique américaines. Pourtant il s’ouvre largement sur le reste du monde, faisant figurer des définitions différentes (celle utilisée dans les pays germanophones par exemple, p. 7), l’existence d’organisations internationales dont la Fédération Française Jardins, Nature et Santé (p. 16) et des exemples internationaux. On notera la contribution de Tamara Singh sur la technique de la mindfulness appliquée à l’hortithérapie (p. 163-164). Et l’exemple du programme du Jardin d’Epi Cure à la Maison des Aulnes (p. 209-210). J’ai eu le plaisir d’aider son créateur, Stéphane Lanel, à écrire cette vignette.

Pour avoir suivi de loin la naissance de ce livre à partir de l’été 2017, j’ai une petite idée de l’énorme quantité de travail et de coordination qu’il a demandée. Bravo Christine, Rebecca et Karen.

 

The Profession and Practice of Horticultural Therapy, Rebecca L. Haller, Karen L. Kennedy et Christine L. Capra, CRC Press, 2019. Disponible dans les librairies en ligne françaises ou sur commande chez votre libraire, à partir de 39 euros.

Une hortithérapeute à temps plein au Mental Health Center à Denver

Carol LaRocque dans l'un des établissements du Mental Health Center à Denver.

Carol LaRocque dans l’un des établissements du Mental Health Center à Denver.

Depuis 2013, je contribue au blog du Horticultural Therapy Institude (HTI) de Rebecca Haller et Christine Kramer. A travers HTI, les deux auteures du manuel « Horticultural Therapy Methods: Connecting People and Plants in Health Care, Human Services, and Therapeutic Programs » offrent depuis de nombreuses années des formations à l’hortithérapie à Denver au Colorado, mais aussi sur la côte Est et sur le côte Ouest. Le blog vient d’accueillir Susan Morgan, une ancienne étudiante du HTI. Car plus on est de bloggeuses, plus on rit.  Vous pouvez découvrir son premier billet dédié à Carol LaRocque, une hortithérapeute à plein temps qui s’occupe des programmes pour enfants et ados au Mental Health Center à Denver. Pour lire son histoire (en anglais), c’est ici.

Susan Morgan

Susan Morgan

Susan Morgan baigne dans le monde végétal depuis des années. Elle est diplômée du Horticultural Therapy Institute et a effectué son stage de fin d’études au Chicago Botanic Garden où elle a travaillé avec une variété de groupes dont des jeunes hommes incarcérés dans une prison de style “boot camp”, des jeunes à risque et des personnes souffrant de déficiences intellectuelles. Elle possède des diplômes en horticulture de l’Université du Tennessee, y compris un master en horticulture publique ainsi qu’un diplôme international en enseignement des jardins botaniques obtenu aux Royal Botanic Gardens à Kew en Angleterre. En tant qu’horticultrice et qu’hortithérapeute, Susan a lancé son entreprise, The Horticultural Link, qui fournit des services d’hortithérapie à Dallas au Texas, ainsi que des consultations horticoles et des travaux de rédaction. Ses écrits et ses photos ont été publiés dans l’American Horticultural Therapy Association News Magazine, Journal of Environmental Education, et Scripps Networks Interactive / HGTV sites, où elle était précédemment rédactrice-en-chef adjointe d’une rubrique en ligne sur le jardinage. L’AHTA lui a décerné son Alice Burlingame Humanitarian Service Award. Susan partage ses expériences liées au jardinage et à l’hortithérapie (idées d’activités, recettes et autres réflexions) sur son blog eatbreathegarden.com.

L’hortithérapie américaine en l’an 2015

En janvier, je suis allée passer une matinée avec les fondateurs et les franchisés de Terramie. Ils m’avaient demandé de leur raconter ce qui se passait dans le domaine de l’hortithérapie aux Etats-Unis. En guise de préparation, j’avais « sondé » trois hortithérapeutes qui ont un peu de bouteille et des responsabilités, présentes ou passées, dans l’AHTA. J’en profite pour signaler que l’AHTA tiendra sa conférence annuelle les 9-10 octobre à Portland dans l’Oregon, un amour de ville où j’ai vécu pendant trois ans dans les années 1990. C’est à Portland qu’officie en particulier la célèbre Teresia Hazen. En keynote speaker, Roger Ulrich en personne ! C’est tentant, non ?

En introduction, j’ai rappelé et je rappelle ici les définitions de Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs, la première professeure émérite au département d’Architecture à l’Université de Berkeley et la seconde directrice et fondatrice du réseau Therapeutic Landscapes Network dans leur livre. D’une part, les « healing, therapeutic or restorative gardens » : des jardins où les participants peuvent « s’asseoir, marcher, regarder, écouter, méditer, faire une sieste, explorer ». D’autre part, les « enabling gardens » proposent des activités «dirigées par un hortithérapeute professionnel, un ergothérapeute, un kinésithérapeute ou d’autres professionnels apparentés en collaboration avec les autres membres du personnel soignant. »

Pour au moins deux raisons, je ne vais pas traduire les propos des trois interlocuteurs : je suis un peu pressée par le temps et un petit bain linguistique ne fera de mal à personne. Bien que j’aie indiqué leur localisation géographique pour les situer sur la carte, il est évident qu’ils ont tous une vision assez globale de la situation. Ils répondaient à plusieurs questions : quelle est l’étendue des programmes d’hortithérapie aux Etats-Unis aujourd’hui, qui conçoit ces jardins, comment sont-ils financés, quels sont les bénéfices constatés pour les participants ?

Où on se rend compte qu’il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour les « horticultural therapists » américains, mais qu’ils ne manquent pas d’enthousiasme et d’énergie!

Patty Cassidy dans l’Oregon

Patty Cassidy

Patty Cassidy

Patty Cassidy travaille justement à Portland et a été formée par Teresia Hazen. Elle a écrit le livre « Jardinage pour les seniors » traduit en français en 2014 et elle est très impliquée dans l’AHTA. Elle décrit son approche comme « Gardening for Wellness ».

Où en est-on en 2015 ? « Horticultural therapy is an growing and expanding profession in the US.  In general, the types of programs range from clinical (working in a health care environment and being part of an interdisciplinary team) to social programming and vocational.

Horticultural therapists (HTs) work with a very broad base of clients ranging from children to aging citizens, with veterans, prisoners, cancer patients–any population that requires a therapeutic intervention — HTs are trained and skilled to deliver therapy working with physical, occupational, or recreational therapists. Consider Art and music therapists — we have much in common in terms of the populations and issues we all work all with.

In America, to be a Registered HT, one must have a bachelor’s degree from a college or universities in horticulture or HT. Those who have degrees in other academic areas, must get a foundation in plant science and human science in addition to horticultural therapy coursework that is through an AHTA approved certificate program.  Plant science and human science courses may be taken at a college or university or as an online course.  Coursework may also be met through obtaining college credit for related work and/or life experience. A 480 hour internship supervised by an AHTA approved supervisor is a requirement as well. »

Sur la conception des jardins. « If there are gardens at sites, many have been created by the general landscape architects (LAs) but I would not call these gardens therapeutic or healing.  The gardens that have been intentionally planned to serve a particular population are often designed by skilled LAs who understand the necessary design features and plants for « therapy » gardens.  Often HTs are the professionals who care for these gardens after they are designed and planted. HTs use the gardens in their HT practice and teach the staff how to use the garden. »

Le financement. « Not sure but often foundations of hospitals and other health care organizations raise the money for these special gardens.  Lots of variety in funding source in America. »

John Murphy en Caroline du Nord

Le programme de John Murphy aux Bullington Gardens n’est pas né de la dernière pluie.

John Murphy plante un jardin potager, à partir de graines, avec des élèves de primaire.

John Murphy plante un jardin potager, à partir de graines, avec des élèves de primaire.

En mai 2013, voici ce que John m’avait écrit sur l’état des lieux. « Currently we have 486 members (as of mid May), of those 250 are registered HTs.  This does not really give an accurate reflection of the extent of HT though. There are many folks involved in HT who are not members of AHTA.   I’ve also been organizing a Carolinas HT Networking Group and I would say the majority of folks who attend that are not members.  I’m sure this is similar in other regional HT groups as well.  So it’s really hard to get a number that shows the scope of HT. »

En décembre 2014, il ajoutait ceci sur la prévalence de l’hortithérapie. « I don’t know of much hard data that exists to answer these questions.  In terms of populations, my feeling is that HT is more prevalent with seniors, and those with developmental disabilities close behind.  HT in the medical field has been lagging but I think it will increase due to the recent recognition in medical journals.  I believe many HT programs begin because a practitioner sells the idea to an institution rather than that institution initiating a program.   Or programs are done as a freelance service/business. I feel the number of HT programs is also increasing but since there is no required registry of those programs, it’s difficult to know.  Also it might be hard to say what are actually HT programs.  Does the retirement home with a vegetable garden for residents have a HT program?  I would say no, but there’s nothing that says a HT program should conform to these standards. ».

« The HT programs can also take many forms, not just in a garden.  The Rusk Institute which used to have a conservatory to conduct programs, now does most of its HT by bringing plant activities around to patients on a cart.  If they are gardens, they can range from professionally designed sites by landscape architects or ones designed and implemented by the HT.  I suspect many are just raised beds and containers. »

Bénéfices pour les participants. « As for research, while there are some studies done (many showing favorable results), HT probably lags very far behind other treatment modalities in terms of the number of studies published.  That has been a big theme over the last several AHTA conferences– we need to do more research.  It seems many published studies are done in Japan and Europe (bcp de recherche en Chine depuis quelques années). I hope this is helpful, but I think your questions really show that we have a long way to go to really get a handle on the HT profession in the US. »

Rebecca Haller dans le Colorado

Rebecca Haller (à droite) avec Anne Ribes lors d'une visite en France en 2012.

Rebecca Haller (à droite) avec Anne Ribes lors d’une visite en France en 2012.

Fondatrice du Horticultural Therapy Institute, Rebecca Haller donne ce bilan : « I believe that the types of programs and people served are pretty consistent with those listed in a study done by Jean Larson, published in 2010. They are elders and youth as well as people with: developmental disabilities, Alzheimer’s Disease or demential, psychiatric disorders, traumatic brain injuries, visual impairments, hearing impoairments, cancer, HIV/Aids, as well as veterans, victims of abuse, and people in corrections. (Full citation is: A Descriptive Study of the Training and Practice of American Horticultural Therapy Association Members, by Jean M Larson, Ph.D., Lija Greenseid,Ph.D., and Mary Hockenberry Meyer, Ph.D., Journal of Therapeutic Horticulture Vol. 20. 2010. pages 10-21.) »

Sur la conception des jardins. « Who designs is really varied. It depends somewhat upon the scope of the garden and the amount of hardscape.  I THINK the number of programs is expanding, but the membership at AHTA is not – so I have NO data to back up my idea. »

Le financement. « Again, no data, but anecdotally it seems that most are financed by private donations. »

 

Le bonheur décliné en anglais

C’est avec grand plaisir que j’annonce la création du blog On the ground hébergé par le Horticultural Therapy Institute (HTI) de Rebecca Haller dont je vous parle souvent ici. On the ground reprendra des billets sur des programmes américains et français déjà décrits sur Le Bonheur est dans le jardin. HTI a décidé d’offrir de nouvelles ressources en ligne à la fois à ses étudiants, mais aussi à tout internaute intéressé. C’est le cas du blog qui est public et sera mis à jour une fois par mois. Allez y faire un tour.

Symposium Jardins & Santé : l’incroyable exubérance de l’hortithérapie en France

Chose promise, chose due, mais le temps a été une denrée rare depuis deux semaines. Dans l’effervescence du lancement de California Dream 3D et des trois concerts de The Ruse organisés autour de la sortie, difficile de trouver un moment pour se poser. C’est bien la première fois depuis le lancement de ce blog que je loupe une semaine, mais les journées ne sont pas extensibles. A l’impossible, nul n’est tenu pour conclure ces excuses sur un autre proverbe.

Mais revenons sur le 3e symposium de l’association Jardins et Santé. Depuis 7 ans, cette association composée de « bénévoles, issus de milieux socioprofessionnels très divers, tous préoccupés par l’insuffisance qualitative de l’environnement hospitalier et médicosocial des personnes atteintes de handicaps cérébraux tels que la maladie d’Alzheimer, les différentes formes d’autisme, d’épilepsies ou de dépression, se mobilise pour contribuer à faire bouger les choses.” Grâce à l’organisation de visites de jardins privés, elle récolte des fonds qui permettent de financer la création de jardins à but thérapeutique et la recherche clinique en France. Et elle organise donc, tous les deux ans, un symposium. Ce 3e symposium avait pour thème « Les jardins à but thérapeutique en milieu hospitalier et médico-social / Pratiques actuelles, recherches et perspectives ». Monique Lemattre en était la présidente.

Je vais faire un résumé rapide des séances de plénière du premier jour et un rapide résumé des tables rondes du deuxième jour. Que les lecteurs de ce blog qui ont assisté au symposium et ont envie d’ajouter leurs impressions n’hésitent pas à s’exprimer dans les commentaires.

  • Biodiversité et santé. Un exposé de Serge Morand, directeur de recherche/Institut des Sciences et de l’Evolution, Université de Montpellier 2 dont on retient que, si la biodiversité est source de pathogènes, elle est aussi une assurance contre les infections. Dans un effort pour équilibrer biophobie et biophilie, comment pouvons-nous apprendre à vivre avec le non-humain et avec les humains qui ne sont pas comme nous ?
  • Des jardins à usage des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. John Zeisel, docteur en sociologie et architecte, dirige Hearthstone Alzheimer Care qui regroupe trois résidences à Boston et trois autres à New York. Pour lui, il ne fait pas de doute que le jardin fournit à ces patients de l’exercice, un contact avec les plantes et surtout des repères dans le temps et dans l’espace. D’où l’importance de créer des jardins qui offrent des repères (il cite les travaux de Kevin Lynch sur l’urbanisme et la neurologie) avec des hauteurs de clôture appropriées par exemple. S’il est possible d’évaluer un jardin, il est difficile de les comparer entre eux à cause de leurs différences. Pour évaluer, il faut trianguler des méthodes d’observations physiques, d’observations des comportements et des entretiens individuels. Notons aussi que John Zeisel enseigne dans le cadre d’un D.I.U commun à Paris 6 et 7 sur les approches non médicamenteuses de la démence. Il laisse son auditoire sur ce message. « Si on veut améliorer la vie de ces personnes, il faut approcher leur condition avec espoir. Si on les regarde avec espoir, il y a moins d’agitation. »
  • Place des jardins dans la thérapeutique institutionnelle et les activités ergothérapeutiques. Gilbert Ferrey est psychiatre des Hôpitaux honoraire à l’hôpital Simone Veil. Il s’interroge sur ce qu’on appelle thérapeutique. Selon lui, le mot fleurit un peu à tort et à travers avec ce sous-entendu que ces méthodes diverses (musique, chant, chien, balnéo,…) sont positives si elles font baisser la consommation de médicaments. Il rappelle aussi que l’enfermement institutionnel des malades a depuis le 19e siècle une volonté de soigner et d’apaiser dans la nature avec des asiles départementaux souvent installés dans des parcs, à l’air pur.
  • Le jardin « Art, mémoire et vie » du Centre Paul Spillmann de l’hôpital Saint-Julien à Nancy

    Le jardin « Art, mémoire et vie » du Centre Paul Spillmann à l’hôpital Saint-Julien de Nancy.

    Principes de conception méthodologique d’un projet de recherche appliquée à l’évaluation des bénéfices des jardins thérapeutiques. C’est Thérèse Rivasseau-Jonveaux, neuropsychiatre au Centre Paul Spillmann de l’hôpital Saint-Julien à Nancy qui présente. Elle raconte la genèse du jardin « Art, mémoire et vie » qui a commencé en 2007 avec une revue bibliographique, une enquête, un bilan des espaces verts par un groupe pilote bientôt élargi pour représenter tous les groupes de personnel. Parmi les bénéfices mesurables en analysant la satisfaction des différents groupes et l’effet sur les symptômes, elle cite aussi l’ouverture de l’hôpital vers l’extérieur grâce à des activités artistiques qui ont lieu dans le jardin. Le docteur Rivasseau-Jonveaux mentionne que le jardin est éclairé jusqu’à 21h00. Les patients qui ne trouvent pas le sommeil peuvent s’y promener avec un accompagnant au lieu de prendre un somnifère.

  • Techniques de thérapie horticole et méthodes d’évaluation pour les personnes souffrant de maladies neuro-dégénératives. Rebecca Haller, directrice de l’institut de formation Horticulture Therapy Institute à Denver, présente les symptômes des maladies de Lou Gehrig, de Huntington et de Parkinson en comparant les problèmes physiques et comportementaux communs à ces maladies. Parmi les difficultés pour ces patients, le travail à hauteur du sol, la fatigue, la motricité, la régularité des mouvements. Mais des adaptations sont toujours possibles : platebandes surélevées, le jardinage assis ou dans des bacs mobiles, des outils adaptés qui demandent moins de force. Elle insiste sur le besoin de préserver l’autonomie des participants qu’il faut accompagner sans faire à leur place. En termes d’évaluation, elle suggère une évaluation avant/après, des notes de séances et différents tests (inventaire de dépression de Beck, inventaire d’anxiété état-trait de Spielberger,…).

    Adaptation et assistance en préservant l'autonomie.

    Adaptation et assistance en préservant l’autonomie.

  • Se former en hortithérapie : et après? Jean-Luc Sudres, professeur de psychologie et de psychopathologie clinique à l’université de Toulouse Le Mirail, a mis un coup de pied dans la fourmilière. Il a posé des questions très pertinentes sur les modalités de la formation à l’hortithérapie, questions qui interrogent aussi sur les objectifs de la pratique. Une formation de quelle durée, massée ou étalée dans le temps, connaissance déclarative uniquement, avec ou sans stage, avec quels contenus, en se formant à toutes les pathologies? Est-ce un certificat ou une accréditation? S’il s’agit d’une nouvelle discipline carrefour et pluridisciplinaire, comme les psychomotriciens, faut-il un ou plusieurs diplômes universitaires? Beaucoup de questions qui ont laissé certains vaguement assommés devant l’ampleur de la tâche. A savoir que Jean-Luc Sudres est à l’origine d’une formation continue en hortithérapie dispensée à l’université de Toulouse Le Mirail.
  • Place des jardins dans la thérapeutique. Gilles Vexlard, paysagiste DPLG et professeur de projet à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, a fait un éloquent plaidoyer plein de bon sens pour le médecin-jardinier et pour « garder intact le plaisir des sens, du contact avec les autres ». A ses yeux, ce n’est pas le terrain qui manque, mais plutôt l’envie et l’état d’esprit. Il déplore « le coût exorbitant du m2 pour les bâtiments comparé au budget minable pour l’extérieur » dans la construction médicale. La conclusion est revenue à Vincent Furnelle, philosophe et professeur à l’Ecole du Paysage à Gembloux en Belgique. Une intervention lyrique impossible à résumer en quelques mots.

Le lendemain, les 170 participants (à la louche) se retrouvaient, non plus à Saint-Anne comme le premier jour, mais au FIAP Jean Monnet, centre de rencontres et d’échanges par excellence imaginé dans l’après-guerre. Les tables rondes de la seconde journée avaient quatre thèmes :

  • Expériences en gérontologie : un jardin dans un EHPAD de Biarritz, le jardin intergénérationnel entre des résidents du service de gérontologie de l’hôpital Louis Mourier et des enfants d’une maternelle voisine à Colombes, une expérience de conception, création et animation d’un jardin à but thérapeutique en PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés), les conclusions d’une étude de la Fondation Médéric Alzheimer recensant les jardins aménagés au sein des structures d’hébergement et accueils de jour (l’étude sera bientôt disponible au public et j’y reviendrai plus en détails).
  • Expériences dans d’autres champs d’application : une terrasse verte à l’usage des patients, des familles et du personnel du service de neuro-réhabilitation d’un hôpital de Perugia en Italie, une présentation des ateliers nature culture de Martine Brulé, le film « Natures » du docteur Granier du CHU de Toulouse qui raconte l’ouverture sur le milieu naturel du service d’art-thérapie,…
  • Formation : la formation professionnelle pour les thérapeutes horticoles aux Etats-Unis (je reviendrai plus en détails sur la présentation de Rebecca Haller dans les semaines à venir), l’implantation d’un jardin dans un hôpital de Genève comme outil d’éducation thérapeutique du patient (traitement de l’obésité), un bilan de la formation au CHU de Nancy suite aux demandes des personnels après l’installation du jardin « Art, mémoire et vie », les questionnements d’une équipe en EHPAD sur les besoins en formation à l’heure où un jardin à but thérapeutique est en développement,…
  • Pratiques innovantes/évaluations : la mise en pratique d’une grille d’évaluation sur les jardins à visée thérapeutique au CHU de Nancy, les apports des principes de Lynch (« L’Image de la cité ») appliqués à l’orientation spatiale dans la conception de jardins thérapeutiques dans la maladie d’Alzheimer, éléments pour un programme d’hortithérapie et protocole d’évaluation en soins palliatifs, enfin l’usage de l’agriculture dans le social sur la base de deux études de cas en Belgique et au Japon.

Si vous êtes arrivés jusque là, vous savez à peu près tout de ce qui s’est dit au 3e symposium de Jardins & Santé. Au moins dans les grandes lignes, car il est bien difficile de rendre compte de tous les échanges pendant les tables rondes ou les déjeuners, des petites conversations volées en faisant la queue à la cafétéria ou en partageant un métro à la fin de la journée…J’en ressors avec l’impression que l’hortithérapie est sur la bonne voie, sur les bonnes voies ( ?), même si la question de la formation reste toujours au premier plan des préoccupations. Ca bouge beaucoup plus en France que je ne les soupçonnais avant de remettre les pieds sur le vieux continent. Beaucoup de gens sont actifs et utilisent le jardin pour aider leurs patients à aller mieux. Certes, la discipline a besoin de reconnaissance pour mieux exister et être encore plus utile. Mais tant que des soignants et des soignés pourront se retrouver au jardin et en ressentir les bienfaits quantifiables ou non, tous les espoirs sont permis.

Adultes et déficience développementale : un programme phare au Colorado

Le programme de Mountain Valley Greenhouse n’est pas né de la dernière pluie : c’est Rebecca Haller, la fondatrice du Horticultural Therapy Institute, qui l’a lancé il y a environ 30 ans pour offrir une formation (vocational training) à des adultes souffrant de déficience développementale (Developmental Disability, aussi appelé déficience intellectuelle en français). Depuis 10 ans, Adam Juul gère ce programme pionnier dans la thérapie horticole dont le but est d’encourager l’indépendance des participants et leur intégration dans la société par le travail.

Adam Juul qui gère le programme depuis 10 ans et sa collègue.

Les participants aux programmes de Mountain Valley Developmental Services qui montrent un intérêt pour les plantes peuvent se porter candidat pour rejoindre l’équipe de la serre et y travailler du lundi au vendredi de 9h00 à 15h45. Ils sont une petite trentaine à bénéficier de cette activité où les tâches sont adaptées à leur diagnostic. « Si quelqu’un a des problèmes d’orientation dans l’espace, on ne va pas lui demander de déplacer des pots », explique Adam. Les trois employés de la serre suivent le plan de traitement de chaque client. « Un objectif fréquent est de rester concentré sur une tâche. Ils peuvent avoir d’autres objectifs : nettoyer sa zone de travail, ne pas partir sans prévenir, suivre les règles, toutes choses qui sont nécessaires pour un travail dans la communauté. » Car l’objectif final est de placer les participants dans des emplois où ils réussiront et où leur employeur bénéficiera de leurs compétences.

Joan arrose les poinsettias.

Certains clients ont besoin d’apprendre à contrôler leur colère. « Nous les mettons dans une situation un peu stressante en leur donnant quelque chose qu’ils n’ont jamais fait. On parle de ce qu’il faut faire quand on a un problème », explique Adam. « Ils doivent apprendre à ne pas refuser le travail et à se comporter de façon appropriée sur un lieu de travail. » Lorsqu’une participante est prête à partir pour un travail à l’extérieur, l’équipe encourage son indépendance : elle doit par exemple trouver des tâches à accomplir sans en référer constamment à l’équipe. Malheureusement, l’économie est moins favorable aux placements à l’extérieur et certains clients ont même dû revenir à Mountain Valley Greenhouse. « On travaille alors sur leur coordination fine. »

Plus récemment, la serre s’est ouverte sur l’école primaire à côté. « Chaque client a une classe sous sa responsabilité. Les enfants mangent à la cantine ce qu’ils cultivent. Pour nos clients, c’est une interaction importante avec la communauté. Nous voyons les enfants passer de « Ils sont étranges » à de véritables relations avec nos clients. C’est important à leur âge », explique Adam qui estime qu’environ 600 enfants ont bénéficié de ce programme. Cet échange a fait l’objet d’un article dans Time for Kids, la version jeunesse de l’hebdomadaire américain, et d’une vidéo qui montre la conception du projet (y compris une interview avec Adam Juul). En partenariat avec l’école, Mountain Valley Greenhouse a aussi installé un système à énergie solaire pour réduire l’empreinte carbonique de la serre. Le programme a également d’autres débouchés à l’extérieur. Mountain Valley Greenhouse vend des fleurs à la municipalité et ses légumes sont distribués dans quelques magasins et restaurants locaux.

Joe coupe du romarin pour le vendre dans des magasins et restaurants locaux.

« Chaque jour, nous prenons cinq clients et nous évaluons la qualité de leur travail qui détermine leur salaire. Certains clients seront avec nous très longtemps car on ne peut pas les pousser vers un job dans la communauté, ils ne sont pas confortables. » Les clients sont très fiers de leur travail, qui a un impact dans la communauté et leur permet de gagner un salaire. « C’est phénoménal. »

Le Mountain Valley Greenhouse vend ses fleurs à la ville de Glenwood Spring, Colorado.