Aux Bullington Gardens, des ados en difficulté se passionnent

John Murphy plante un jardin potager, à partir de graines, avec des élèves de primaire.

Aux Bullington Gardens à Hendersonville en Caroline du nord, les activités de thérapie horticole de John Murphy s’adressent principalement à des adolescents. Pour cet homme qui a travaillé dans le tiers-monde sur des projets de développement, connecter les gens et les plantes est un intérêt de toujours. Il s’est formé grâce aux cours du Horticultural Therapy Institute voici quatre ou cinq ans, mais pratique la thérapie horticole depuis une dizaine d’années. Dans cet état de la côte est, Les Bullington Gardens sont un petit paradis de presque 5 hectares où les visiteurs découvrent plusieurs jardins (herbes, jardin en zone ombragée, jardin de plantes indigènes, therapy garden,…) et explorent le terrain en empruntant une « nature trail ».

Le premier programme s’appelle Boost – un nom qui imprime une bonne énergie – et existe depuis une dizaine d’années. Les participants sont de jeunes lycéens et lycéennes qui ont des troubles du développement et suivent des cours qu’on pourrait qualifier de pré-insertion professionnelle (« pre-vocational »). Ils viennent jardiner plusieurs heures par semaine et travaillent dans les serres et à l’entretien des jardins. « Le but est qu’ils acquièrent des compétences transposables dans le monde du travail : rester concentré, travailler ensemble, donner son meilleur effort tout en s’occupant des plantes », explique John. « Ils ont souvent eu beaucoup de difficultés à l’école et dans la vie. Ce sont des étudiants qui n’apprennent pas en restant assis et en écoutant. Il faut qu’ils fassent quelque chose. »

Un participant s’occupe des dahlias.

Un grand honneur pour les participants de Boost est de travailler dans l’équipe qui participe à une compétition de chrysanthèmes qui se tient en octobre en Caroline du nord. Cette année, l’équipe était composée de 6 garçons et d’une fille. Un autre projet populaire est la compétition de jardinage. « C’est une compétition entre quatre lycées. Ils ont un budget de 40 dollars et ils doivent concevoir un parterre de 1,2 mètre par 3,65 (4 x 12 pieds) en partant de graines qu’ils cultivent en serre. Je leur explique des concepts de paysagisme et ils font des croquis sur papier. Le résultat est jugé sur la qualité ornementale, au moins de juin. Ils sont un peu timides au départ, mais ils peuvent se révéler très créatifs. L’année dernière, le projet qui a gagné était un jardin comestible avec du basilique violet, des aubergines et des tournesols. »

John reçoit un deuxième groupe de lycéens dont les handicaps sont plus lourds, physiquement et d’un point de vue du développement. Ils sont une trentaine à venir chaque semaine. Plusieurs sont en fauteuil, certains sont aveugles, d’autres sourds. Pour eux, les objectifs qui sous-tendent les activités sont la communication, les compétences motrices et la prise de décision. « Ils adorent venir ici. Quand ils sortent de la classe et se retrouvent dans ce bel environnement, ils s’animent et communiquent mieux. Parfois, leurs profs n’en reviennent pas. C’est difficile de mesurer la confiance en soi, mais on peut bien voir le changement chez nos deux groupes quand ils sont au jardin. »

Le Therapy Garden que John est en train de créer aux Bullington Gardens.

Depuis 6 ans, John développe en parallèle son Therapy Garden. Seul salarié des Bullington Gardens, il doit se faire aider par des bénévoles, pour beaucoup des retraités. En concevant ce jardin, il avait à l’esprit des personnes âgées souffrant de limitations physiques. Il travaille encore sur une serre avec une petite « classe » accessible aux fauteuils roulants. Le projet progresse, mais John manque de temps…

John nous livre quelques réflexions sur l’état de la thérapie horticole aux Etats-Unis. « Je rencontre beaucoup de gens intéressés par cette discipline et nous formons beaucoup de gens aux Etats-Unis. D’ailleurs, je me demande s’il y assez de débouchés pour tout le monde. Car les hôpitaux, par exemple, sont encore assez ignorants sur le sujet. Ce qui me frappe, ce sont les différences. A Portland en Oregon, ils sont très dynamiques et leurs hôpitaux ont de multiples jardins pour différentes populations (voir le portrait de portrait de Patty Cassidy, la grande pionnière de Portland étant Teresia Hazen dont il faudra un jour parler ici, NDLR). Mais ici à Ashville en Caroline du nord qui est une ville assez progressive, il n’y a rien à l’hôpital… »

Les participants du programme BOOST plantent des annuelles dans le Therapy Garden des Bullington Gardens.

Il exprime des frustrations qui peuvent sembler familières à ceux qui s’intéressent à la thérapie horticole en France. « Cette discipline est très vieille, on soignait des patients psychiatriques au jardin il y a des centaines d’années. Alors pourquoi cela prend-il si longtemps pour se faire accepter? Je constate que Michigan State et Virginia Tech ont arrêté leurs programmes d’enseignement de la thérapie horticole. En fait, on sent qu’il n’y a pas de jobs et beaucoup de gens formés doivent créer leur propre business. Notre profession est divisée là-dessus. D’un côté, nous pensons que ces programmes devraient être gratuits pour les participants. Mais de l’autre, nous devons faire payer les gens pour pouvoir continuer », constate John.

« Peut-être utilisons-nous le mot thérapie trop à la légère ? Quant aux « healing garden », de quoi parle-t-on ? Il faut qu’il y ait des décisions prises en toute conscience pour s’adapter aux visiteurs du jardin comme dans le jardin pour grands brûlés à Portland », avance John qui revient du congrès de l’AHTA qui s’est tenu en octobre dans l’état du Washington. « Un des points forts a été la visite d’une prison pour criminels violents, le Cedar Creek Correctional Center. Participer au jardin est une activité très désirable. Tout est fait dans l’esprit de la durabilité : cultiver sa nourriture, recycler, composter les déchets de table. Les prisonniers travaillent seuls, sans le soutien d’un thérapeute horticole. C’est impressionnant de les entendre parler de leur jardin. Ils sont très enthousiastes. »

En novembre, John et ses jardiniers ont du travail : planter un millier de tulipes, nettoyer la mare,…surtout après le passage de l’ouragan Sandy qui a touché la Caroline du nord. Mais John rapporte que les dégâts sont minimes aux Bullington Gardens.

Les participants adorent faire des bouquets de dahlias qui poussent dans les jardins.

Une réflexion au sujet de « Aux Bullington Gardens, des ados en difficulté se passionnent »

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