Chicago Botanic Gardens : deux formations dédiées aux jardins qui soignent

Amelia Simmons Hurt, Manager, Adult Education, Certificate Programs au Chicago Botanic Garden

Amelia Simmons Hurt est responsable des programmes de formation continue aux Chicago Botanic Garden qui est, dans mon souvenir, un merveilleux havre de paix dans la chaleur humide d’un été où Chicago flirtait avec les 40°. Parmi les formations certifiantes qu’elle supervise, deux nous intéressent plus particulièrement : le « Horticultural Therapy Certificate of Merit Program » et le « Healthcare Garden Design Certificate of Merit Program ». Notons aussi que le Chicago Botanic Garden offre depuis une trentaine d’années des programmes d’hortithérapie, sur place et à l’extérieur, pour divers participants. Mais aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur la formation.

Des participants du programme de « healthcare garden design » planchent sur des croquis de jardin.

Le plus ancien des certificats est celui consacré au « healthcare garden design », la conception de jardins en milieu médical, qui existe depuis 2001. Il s’agit d’une formation intensive de huit jours qui attire surtout des architectes-paysagistes et des paysagistes, même si on y rencontre aussi des infirmières, des ergothérapeutes et parfois « une ou deux personnes à la périphérie qui ont une connexion personnelle au lien entre la nature et la guérison », explique Amelia. L’idée de départ est celle du jardin à l’hôpital en accord avec les idées de Roger Ulrich qui, dans une étude publié en 1984 dans le magazine Science, a été l’un des premiers à mettre en évidence les effets bénéfiques de la nature sur la guérison et la convalescence de patients.

Son étude « View from a window may influence recovery from surgery » est une des pierres angulaires du jardin à l’hôpital puisqu’il y démontre que deux groupes de patients qui se remettent de la même opération dans un hôpital de Philadelphie ont des résultats très différents qu’ils aient une vue sur des arbres ou sur un mur en béton. Sans surprise, mais il est important d’en apporter la preuve scientifiquement, ceux qui ont une vue sur la nature restent moins longtemps à l’hôpital, prennent moins de médicaments contre la douleur, développent moins de complications et sont de meilleure humeur que ceux qui font face à un mur de béton! « Si vous parlez avec une institution médicale, ils veulent des preuves. D’ailleurs la recherche continue aux Etats-Unis, en Angleterre, en Hollande », se réjouit Amélia.

Le « Buehler Enabling Garden » du Chicago Botanic Garden dont le but est d’encourager tout un chacun à jardiner.

« Evidence-based design », la conception basée sur les preuves,  est la base utilisée dans ce cours dont une des intervenantes est Clare Cooper Marcus que je vous avais présentée en juillet dernier. « Même si le milieu médical reste le cœur du programme, nous avons élargi à d’autres domaines comme les prisons ou les maisons de retraite. Nous avons des étudiants qui viennent du monde entier, d’Espagne, d’Ecosse, d’Israël ou du Japon », explique Amelia. Le programme est un mélange de cours, de projets de groupes, d’études de cas et de visites d’établissements. On y aborde les différents types de jardins en milieu médical, la recherche dans le domaine et l’évaluation des résultats, l’expérience passive ou active du jardin, l’intégration d’un jardin sur un campus existant et le montage de nouveaux projets dans tous les détails de la conception au financement.

Le deuxième programme est consacré à la thérapie horticole et existe depuis 2005. Sous l’influence d’Amelia, ce programme d’une durée d’un an comprend maintenant une large part d’instruction à distance via Internet et un rassemblement sur place de deux semaines. « Venir 6 mois à Chicago n’était pas possible pour la plupart des gens intéressés qui travaillent. Là, leur employeur peut les envoyer pour deux semaines ou bien ils prennent sur leurs vacances. » Ces participants évoluent eux aussi, comme le constate Amelia. « Au début, c’était uniquement des gens qui travaillaient en hôpital ou dans le milieu médical. Maintenant, nous recevons des gens qui travaillent dans la communauté avec des jardins partagés, dans des prisons, avec des enfants ou des adultes. Nous recevons des enseignants et des paysans. »

Au Chicago Botanic Garden, une activité de thérapie horticole.

Après une promo 2012 de huit personnes, la promotion 2013 devrait comprendre une douzaine de participants. Amelia s’occupe en ce moment de la sélection des candidats…Quant aux débouchés, certains diplômés travaillent dans le programme de thérapie horticole du Chicago Botanic Garden, d’autres travaillent avec des vétérans ou dans des écoles pour des enfants souffrant de handicaps.

Amelia aborde délicatement la question de l’American Horticultural Therapy Association (AHTA). « Dans le passé, nous passions par eux pour nos programmes. Puis ils ont modifié leurs conditions pour les formations. Nous avons, de notre côté, eu quelques changements de personnel. Puis, ils ont encore changé leurs conditions…L’AHTA évolue et cherche ses marques pour cette profession », affirme-t-elle. « La thérapie horticole aux Etats-Unis est en pleine croissance et il y a encore des obstacles à surmonter pour obtenir une large reconnaissance. Tout le monde sait ce qu’est un PT (physical therapist, kiné) ou un OT (occupational therapist, ergothérapeute). Mais la plupart des gens ne savent pas ce qu’est un HT (horticultural therapist). » Pourtant la discipline perdure comme une plante tenace. « Je rencontre souvent des gens qui disent qu’ils ont enfin trouvé un nom pour ce qu’ils avaient toujours eu envie de faire, utiliser la nature pour soulager les gens et les aider à grandir. »

Au Chicago Botanic Garden, séance d’arrangement floral dans le cadre d’une activité de thérapie horticole.

Amelia est bien consciente que peu d’institutions peuvent se permettre un « HT » à temps plein, d’où le recours fréquent au statut de prestataire externe qui intervient dans plusieurs établissements. « C’est facile de voir la thérapie horticole comme un « extra ». Si un directeur d’établissement doit choisir entre un nouvel IRM ou des médicaments et cette activité, le choix est vite fait. C’est pour cela qu’il faut poursuivre la recherche pour démontrer les bienfaits », conclut Amelia Simmons Hurt.

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