Romane Glotain murit son projet de jardin de soins

En mai 2016, nous avions fait connaissance avec Romane Glotain, jeune diplômée en production horticole qui venait de faire grande impression au Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut avec un projet très abouti. Depuis 18 mois, elle n’a pas chômé. Après un Service Civique dédié à la création d’un jardin de soins en milieu psychiatrique, elle vient de se lancer avec enthousiasme dans une licence professionnelle dans le domaine du social et de l’animation. Autant de briques qui ont pour but d’enrichir le projet qui lui trotte dans la tête depuis plusieurs années : lancer un jardin de soins pour accueillir des publics vulnérables du côté de Nantes. Elle nous raconte…(Pour joindre Romane, romane.glotain (at) gmail.com).

 

 

Je tiens avant tout à me présenter : Romane Glotain, 20 ans et nantaise. Il y a maintenant quelques années que je tiens à réaliser mon propre projet professionnel : celui de créer un jardin de soins entre Nantes et St-Nazaire en Loire-Atlantique, pour accueillir des publics vulnérables (enfants, personnes âgées, handicapés, personnes anxieuses…) afin de leur proposer des ateliers à médiation, c’est-à-dire des animations en complément de leurs soins conventionnels grâce à un support qui est le jardin et le végétal en général. C’est ce qu’on nomme l’hortithérapie. Vous vous demandez sûrement d’où vient l’idée ?

 

Remontons il y a 6 ans. A mon arrivée au lycée Jules Rieffel de Saint-Herblain (44), je me suis investie pendant mon temps libre au sein d’une association d’élèves écoresponsables où étaient proposé divers projets liés au développement durable. Un projet m’attirait plus que les autres, celui du « Jardin pour tous » qui consistait à proposer des ateliers « jardin » à des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, deux fois par mois au sein d’un jardin de soins dans l’enceinte du lycée. Le jardin était un lieu pour accompagner, créer du lien, travailler les cinq sens et la mobilité chez ces personnes devenues dépendantes. J’ai suivi ce projet avec d’autres élèves pendant trois ans en me rendant compte que le lien entre l’humain et le végétal était indispensable et amenait beaucoup de bien-être. C’est la devise de l’hortithérapie… et c’est devenu la mienne ! On m’a toujours répété que mon futur métier devait être une passion pour que je puisse m’y épanouir. A cette époque, j’avais trouvé ce métier qui n’a jamais changé jusqu’au moment où j’écris ce texte.

J’ai poursuivi par un BTS en Production Horticole au lycée du Fresne d’Angers (49) que j’ai obtenu en 2016 et grâce auquel j’ai pu acquérir des connaissances dans la détermination des plantes, les conditions de culture …J’ai eu aussi la chance de remporter le concours national « Projet d’avenir » de la Fondation Truffaut dont le but était de proposer un jardin de soins pour un public spécifique sur dossier et à l’oral. Un vrai coup de pouce pour booster mon réseau, mes financements et mon projet en général.

Le Service Civique : un détour très utile

Tout me réussissait jusque là… J’ai voulu poursuivre par une licence professionnelle « Techniques d’intervention et d’animation psychosociales auprès des publics vulnérables » qui était proposée à Tours pour avoir des connaissances sur les différentes pathologies entre autres. Malheureusement, je n’ai pas été retenue à cette formation et je me retrouvée lâchée, sans rien…Dur, dur quand tout est planifié dans sa tête et que la ligne dévie…

J’avais entendu parler du Service Civique, certes. Mais pour moi la formation avait plus de valeur et d’importance… Bien sûr, j’ai navigué quelques jours sur le site à taper tous les mots clés possibles pour trouver une mission qui me conviendrait. Et j’ai trouvé « THE » mission : « Participer à l’accompagnement des personnes en situation de handicap : participation à la promotion d’une démarche écocitoyenne par la création d’un jardin potager ». Je m’y retrouvais complètement tant pour l’objectif que je m’étais fixé professionnellement que pour mes valeurs personnelles.

Direction la Sarthe dès le mois de septembre 2016. L’Établissement Public de Santé Mentale de la Sarthe basé à Allonnes (72) m’intégrait dans une mission de 10 mois au Mans (72) au sein d’ un foyer de vie pour handicapés mentaux accueillant au quotidien 30 résidents. Le but était d’aménager un jardin sur les extérieurs du foyer et de proposer des animations en lien.

Je vous avoue qu’il n’est pas facile de se retrouver confrontée à des personnes qui souffrent de symptômes psychotiques et de schizophrénie du jour au lendemain même si les résidents étaient très accueillants et l’équipe (aides médico-psychologiques, cadre de santé, une tutrice monitrice-éducatrice et secrétaire) très à l’écoute.

Il n’était pas facile non plus pour les résidents de situer mon rôle qui n’était pas celui de soignante. Mais très vite, j’ai proposé des plans de jardin avec des résidents et une équipe très ouverte me laissant autonome sur le projet. Je l’ai réalisé en fonction des envies des résidents. Au fil des mois, un verger est apparu, des framboisiers, une palette d’aromatiques… Jordan, également Service Civique au sein de l’EPSM m’a prêté main forte pendant 4 mois pour construire un compost, installer une arche d’entrée…

S’en est suivi une aide précieuse d’un collègue Aide médico-psychologique qui a pris le relais et m’a soutenue dans le projet pour construire une tonnelle en bois, des bacs à hauteur pour les personnes les plus fatigables, une terrasse en bois pour poser des transats, une serre à tomates et qui m’a surtout apporté son regard en tant que soignant.

10 mois pour créer un jardin en psychiatrie

J’étais venue au foyer pour lancer le projet, mais je comptais sur les résidents pour s’y impliquer et aménager leur jardin ! Celui-ci devait être varié et surtout adapté à la maladie. Tout était délimité (carré potager, bordures autour de la jachère fleurie…) avec différentes zones observables. Les délimitations, le choix des végétaux, les aménagements ont été très importants dans la construction du jardin. En effet, la maladie mentale fait perdre conscience de son environnement et les personnes se retrouvent vite dans leur bulle.

« Tu travailles avec des schizophrènes ? T’as pas trop peur ? » Combien de fois ces questions m’ont été posées lorsque j’expliquais mon Service Civique. J’ai pu remarquer que la maladie mentale, que certains appelleraient « la folie », fait peur, très peur… et c’est quand on côtoie un public comme celui-ci qu’on a une véritable envie de prouver le contraire à son entourage. Le handicap mental reste encore trop tabou et surtout beaucoup trop occulté par rapport au handicap physique que ce soit dans l’esprit des personnes, dans l’aménagement de l’environnement, dans la sensibilisation…Au final, qu’est ce que le handicap ? Une inadaptation, un frein face à notre environnement et aux codes de notre société… C’est la définition… en y réfléchissant, nous avons donc tous un handicap à un degré plus ou moins élevé…

Les résidents étaient sans emploi, et le temps qu’ils passaient à fumer, et à déambuler dans les couloirs, envahis par leurs pensées m’exaspérait ! Le fait de les impliquer dans le projet permettait de travailler entre autres sur la dépendance au tabac ;  « T’as vu Romane, j’ai pas fumé de toute la matinée ! » me disaient certains gros fumeurs qui m’aidaient à jardiner. J’essayais aussi de proposer des animations collectives et individuelles adaptées aux capacités physiques et intellectuelles de chacun pour que le plus grand nombre de résidents participent au projet (herbier en intérieur, plantations de fraisiers, gros travaux…). Certains y venaient tout l’après-midi, d’autres passaient seulement observer…Je n’imposais rien.

On travaillait donc beaucoup sur l’anxiété (très présente chez les résidents), sur le lien social, la concentration… plusieurs fois j’ai pu observer des résidents s’entraider à porter des sacs de terreau, à pousser la brouette alors que dans l’enceinte du foyer ils ne s’adressaient jamais la parole ! Les résidents étaient vraiment autres au jardin et ça c’était formidable ! Certains ont surpris l’équipe pendant ces 10 mois, les réunions permettaient d’en parler.

Je ne dis pas que tout était rose tous les jours, il faut s’attendre à des réactions surprenantes de la part des résidents, à des moments de la journée qui font qu’ils sont moins ouverts, lunatiques, des moments où la maladie reprend le dessus. Il a fallu s’y adapter. C’était aussi leur apprendre à s’engager dans des tâches quotidiennes de jardinage (arrosage, désherbage,…) et à les pousser au-delà de leurs capacités qu’ils se délimitent. Les récoltes des premières salades, le fleurissement des massifs… Tout cela apportait de la satisfaction, du partage, du bonheur simple !

 Un jardin de soins pérenne

Pour la pérennité du projet, je fais confiance à l’équipe pour continuer à accompagner les résidents au jardin qui est un véritable support de soins, oui de soins ! Je me souviens au tout début d’une dame psychotique qui avait participé à la décoration du foyer avec des éléments de l’automne ramassés dans un bois lors d’une sortie ; le sourire que je n’avais jamais vu auparavant lorsqu’elle a vu les châtaignes était juste magique ! Pour vous donner un autre exemple, un résident plus jeune était toujours scotché au chauffage ou en train de déambuler dans les couloirs, très perturbé par sa maladie… Au bout de 3 mois de travaux dans le jardin, il est sorti me voir, m’a bombardée de questions sur les plantes, le jardinage, et m’a même aidée à passer le râteau dans le potager, une grande surprise de la part de ce résident ! Et puis c’était aussi simplement réapprendre à tenir un arrosoir pour certains…

Grâce à mon volontariat, j’ai pu aussi être lauréate de l’Institut de l’Engagement qui est une association aidant spécialement les Services Civiques à réaliser leur projet. Je vais être suivie pendant deux ans dans la création de mon entreprise. J’ai pu rencontrer beaucoup de jeunes ayant des différents projets. L’échange était riche lors du dernier regroupement qui était à Autrans (38) avec plus de 300 jeunes !

Le service civique a été une expérience très enrichissante, m’a permis de découvrir le monde de la psychiatrie et son quotidien, m’a fait connaître des professions, a permis de découvrir mes capacités à aménager un jardin pour un public spécifique et a confirmé mon envie de réaliser mon projet professionnel.

Je vous avouais au début que je n’étais pas motivée à m’engager en Service Civique et aujourd’hui je me dis : « heureusement que je me suis engagée ! » J’en retiens une expérience formidable et qui m’a sans doute grandement aidée à être acceptée à la licence que je convoitais à la sortie de mon BTSA. Je valoriserai forcément mon expérience à travers mon métier d’hortithérapeute et j’aurai l’expérience pour pouvoir accueillir, animer, appréhender la maladie dans de bonnes conditions.

Je profite de ce témoignage pour remercier Gwenaëlle, ma tutrice qui m’a portée jusqu’au bout de ma mission et qui a rempli son rôle avec professionnalisme ! Merci au reste de l’équipe, aux collègues qui m’ont suivie et aidée pendant ces 10 mois et merci aux résidents pour leur énergie folle qui a permis de voir naître le jardin « Maux et merveilles » au foyer, mais aussi pour leur amabilité, sans oublier leur humour…J’espère autant qu’il pourra leur apporter sérénité et bonheur aussi longtemps que possible. Le jardin est un lieu formidable pour faire face aux difficultés du quotidien. Aujourd’hui il devient un véritable support d’accompagnement, un lieu d’apaisement, un lieu pour oublier la maladie tout simplement …

Prochaine étape, une licence en animation

Tourangelle depuis septembre, je suis les cours de l’université François Rabelais en licence professionnelle « Techniques d’intervention et d’animation psychosociales auprès des publics vulnérables » et… j’adore ! Après un BTS en Production Horticole, je souhaitais avoir une formation dans l’animation, le social pour mener à bien mon projet professionnel. Je vous avoue que ça me change des plantes et qu’il a fallu un peu d’adaptation mais j’en vois la complémentarité.

Je suis des cours de méthodes d’éducation actives, de psychologie, gérontologie (dépression, maltraitance), méthodes d’animation, évaluation, avec des professeurs et des intervenants extérieurs qui partagent leurs expériences très enrichissantes. Mon mémoire portera sur l’utilité des jardins de soins en psychiatrie et mon stage se déroulera auprès d’enfants handicapés moteurs au sein d’un IEM (Institut d’Éducation Motrice).

En plus des cours, j’ai pu acquérir depuis peu le statut d’étudiant-entrepreneur qui me permettra de bénéficier de formations dans la création d’entreprise et d’un accompagnement… en plus de l’aide de mon parrain et de ma chargée d’accompagnement de l’Institut de l’engagement. Je confirme aujourd’hui que l’accompagnement et le réseau sont des points essentiels à la création d’un projet ! En effet, le projet avance à grand pas ces temps-ci, même si je me laisse le temps de le monter… J’espère donc au prochain billet vous inviter à se rencontrer au jardin !

Pour joindre Romane Glotain, romane.glotain (at) gmail.com

 

A Angers, une association milite pour l’hortithérapie

Nous avions fait la connaissance de Romane Glotain en mai 2016 lorsqu’elle avait remporté le Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut. Nous en avions appris un peu plus sur cette jeune passionnée dans un texte qu’elle avait écrit sur son expérience. Aujourd’hui, elle reprend la plume pour nous présenter l’Association pour le Développement de l’Hortithérapie (A.D.H T) qui vient de se créer à Angers et sa fondatrice Béatrice Marteau.

 

Elle a grandi au rythme des crues du Louet dans le Maine et Loire, au son du chant du vent dans les peupliers et s’est nourrie des fruits et légumes que son père cultivait. La plupart des membres de sa famille ont travaillé dans le domaine agricole au sud d’Angers, dans un petit village qui se nomme Denée. Elle a longtemps hésité entre le métier d’horticultrice et celui d’infirmière. La curiosité de savoir comment l’Homme fonctionnait l’a emporté. Puis elle s’est installée en ville avec son époux qui ne se voyait pas vivre à la campagne…

Mais la nature l’a rattrapée à une période de sa vie où elle ne se sentait pas bien. Elle s’est souvenue de son enfance à la campagne qui la ressourçait et a compris que Dame nature était la docteure des maux : « J’ai fait des recherches sur l’impact des plantes sur la santé et découvert l’hortithérapie et le retard que la France avait sur les autres pays. »

En 2006, elle reprend le chemin de l’école et obtient son BTSA en production horticole. Elle se nourrit d’expériences comme son premier stage chez un horticulteur en bio « une encyclopédie vivante des plantes de santé et de bien-être ». Puis sept mois dans un GAEC sur l’île de Chalonnes-sur-Loire où elle découvre aussi la filière des plantes médicinales. Au final, l’effet boomerang la ramène dans la filière de la santé où elle a travaillé en gérontologie, à domicile dans un quartier dit  « difficile », en psychiatrie. Partout où elle est passée, elle a communiqué sur l’hortithérapie en émettant des idées et en proposant des projets avant de créer une auto-entreprise aujourd’hui fermée qui donnait des conseils sur les plantes. Elle a pu donner des cours au Centre National de Promotion Horticole à Angers, assistée à des conférences, des formations…

Aujourd’hui, Béatrice Marteau est infirmière en psychiatrie dans l’Anjou et a rétiré de son expérience deux certitudes :

  • Les êtres humains ont besoin des plantes (et de les cultiver) pour se sentir bien mais en parallèle, ils manquent cruellement d’informations
  • L’hortithérapie ne pourra émerger en France que si l’on se regroupe, que l’on travaille ensemble au sein d’une association.

Suite à cette prise conscience, Béatrice crée en octobre 2016 l’Association pour le Développement de l’Hortithérapie (A.D.H T) à Angers après ma rencontre. Elle souhaite la faire vivre à travers cinq pôles :

– la veille professionnelle

– l’expérimentation d’animations,

– l’accompagnement de projets,

– la mise en évidence des besoins

– la communication.

ADHT a pour ambition de faire connaitre l’hortithérapie et de lui donner une légitimité…

 

sandra-cosneau-beatrice-marteau-et-estelle-gallet

Sandra COSNEAU, Béatrice MARTEAU et Estelle GALLET d’ADHT. Sandra a une licence en psychologie et travaille comme assistante de direction. Estelle est cadre de santé SSR et co-fondatrice de l’association.

 

Aujourd’hui l’association débute mais regroupe déjà du monde. Des anciens de la formation de Chaumont-sur-Loire, des professionnels de santé, des ingénieurs en paysage, horticulture, mais aussi des passionnés, des personnes ayant des projets d’hortithérapie et d’autres. Nous recherchons aussi des fondations, associations qui souhaitent nous accompagner dans cette aventure. Truffaut en fait déjà partie !

Le concept de l’hortithérapie et des jardins de soins restera inconnu par la plupart si le regroupement ne se fait pas, il est très important pour faire passer le message, expliquer ; la communication sera très importante, y compris envers les écoles de santé et agricole.

Béatrice a un vœu, un rêve pour cette nouvelle année et les autres qui suivront : ne plus avoir à choisir entre le métier d’infirmière et celui d’horticultrice, mais de pouvoir lier les deux et de voir apparaître un jour sur sa feuille de paye : Hortithérapeute, pour moi, pour tout ceux qui suivront derrière moi, dans l’intérêt de chacun et de tous.

Vous pouvez suivre l’association ADTH d’où vous venez, en émettant des idées, en faisant partager vos expériences. N’hésitez pas à nous contacter (a.d.hortitherapie@gmail.com) en attendant la création d’un site internet.

MAJ : l’association ADTH vient d’ouvrir une page Facebook. Vous pouvez désormais suivre son actualité.

 

Romane Glotain : un projet de jardin thérapeutique ouvert

Aujourd’hui, Romane Glotain, 1ere ex-aequo dans la catégorie Excellence du Concours d’Avenir 2016 de la Fondation Truffaut, nous raconte son parcours et son projet. Pour le coup, elle ne fait pas partie des candidats qui ont découvert les jardins thérapeutiques à travers ce concours. Au contraire, elle a déjà une expérience et une réflexion très avancées sur le sujet. Et un projet auquel on souhaite beaucoup de réussite. Quant à l’autre lauréat de cette catégorie, Yves-Aubert Alonzeau et son super projet à Montreuil, j’espère que nous aurons l’occasion d’en reparler bientôt. Je passe la parole à Romane.

 

Romane et une jardinière au Jardin pour Tous

Romane et une jardinière au Jardin pour Tous

Hortithérapeute ? Tu veux soigner avec les plantes médicinales ? Soigner avec l’ortie ? C’est vrai que ça a beaucoup de vertus …Ces questions! J’ai pu les entendre des dizaines de fois lorsqu’on m’a demandé ce que je voulais faire comme métier. Je tiens tout d’abord à me présenter. Romane Glotain, 19 ans, étudiante en BTSA Production Horticole au lycée du Fresne d’Angers. Je souhaite vous faire part de mon projet professionnel qui est de devenir hortithérapeute (soigner par la pratique du jardinage) ainsi que mon parcours qui m’a fait connaître le concept.

Tout a commencé à mon arrivée en seconde au lycée Jules Rieffel de Saint-Herblain (44). Une association nommée les « écoresponsables » était dirigée par un animateur en développement durable, Florent Dionizy: un monsieur F-O-R-M-I-D-A-B-L-E !!! Cette association représentée par les élèves comprenait de nombreux projets en faveur du développement durable (gestion de ruches, projet Cameroun pour une filière de cacao équitable, projet jardin pour tous, etc…).
6 juin 2012 (24)Le projet « jardin pour tous » a été une évidence. J’adore le jardin, j’adore les p’tits vieux! En effet, le lycée était relié à la maison de retraite du Tillay de Saint-Herblain (qui est malheureusement fermée aujourd’hui) dont la plupart des résidents étaient atteints de la maladie d’Alzheimer. Le but était de leur proposer des activités jardinage deux mercredis par mois pour une durée d’environ 1h30 dans un but de thérapie. Pendant la période hivernale, le petit groupe d’élèves volontaires se rendait à la résidence avec le matériel nécessaire pour l’animation (bouquets séchés, décoration de Noël végétale, etc..). Certaines mamies avaient déjà retroussé leurs manches avant même que nous arrivions! « Vous comprenez, ça me fait du bien de mettre les mains dans la terre », m’avait dit Mme B., une fidèle des ateliers.

Et puis à la belle saison, nous accueillions les résidents et leurs animatrices dans le jardin de soins qui se trouvait dans l’enceinte du lycée et qui était aménagé pour leur pathologie. Quatre bacs pour jardiner à hauteur (pour les fauteuils roulants), jardin clos (sécurité, pour que les personnes restent dans le cadre), éveil des 5 sens (qui diminuent avec la maladie)… et le jardin s’est développé avec un coin potager, plantations de fruitiers. L’objectif était vraiment que les personnes soient détendues, qu’il y ait un bien-être qui s’installe, qu’on provoque des réactions parfois inattendues. Je me souviens d’une résidente qui ne montrait aucune émotion, aucune parole, rien! En se baladant dans le jardin avec une des animatrices, elle s’est arrêtée net devant une plante et l’a fixée pendant quelques minutes commençant à l’effleurer; ça ne paraît rien mais c’était juste magique! Pour elle, pour nous, pour les animatrices. Le lien social était créé ou recréé aussi et en plus intergénérationnel!

2013-09-25 15.06.54C’était vraiment un travail d’organisation entre les animatrices, Florent et les élèves comme pour le choix des activités (bien sûr en fonction des saisons pour que les personnes aient un repère spatio-temporel), rédiger un compte rendu après chaque séance, faire remonter les points positifs observés. Notre devise était: « prendre soin du végétal pour prendre soin de soi et donc se faire du bien ! » Et puis à chaque fin d’année, on se retrouvait autour d’un pique-nique comme en 2012 à Quimiac, au bord de la mer (44) où une résidente m’a confié: « vous vous rendez compte, ça fait plus de 20 ans que je n’ai pas vu la mer. » C’est dans ces moments là qu’on se sent utile…J’en profite pour remercier de tout cœur Florent qui m’a amené, aidé à conduire le projet mais aussi aux animatrices (Babeth, Gaby, Odette …) pour leurs motivations et leurs croyances dans les bienfaits du jardinage. Merci aussi aux p’tits vieux qui m’ont tant apporté!

 

Sortie au bord de la mer à Quimiac (Loire-Atlantique)

Sortie au bord de la mer à Quimiac (Loire-Atlantique)

Trois ans après, j’ai quitté le lycée avec mon BAC STAV (Sciences et Technologies de l’Agronomie et du Vivant) en poche pour préparer un BTSA en Production Horticole au lycée du Fresne sur Angers. Je le termine justement cette année au mois de juin. J’avais toujours en tête le projet de devenir hortithérapeute; je me suis construit un classeur avec tous les documents, articles, contacts en lien avec le sujet et j’allais directement visiter des structures se rapprochant de mon projet, comme la ferme de Nat’ en Maine et Loire qui pratique de la médiation animale avec des enfants handicapés, l’ESAT de Vertou qui travaille l’horticulture avec des handicapés et d’autres.

Puis un évènement m’a relancée! Le concours « Projet d’Avenir » que la Fondation Georges Truffaut propose pour les élèves en filière horticole ou paysagère. Le but étant de créer un jardin thérapeutique pour un public ciblé. J’étais obligée d’y participer! C’était le meilleur moyen de valoriser l’hortithérapie qui est peu connue et encore moins reconnue! Et aussi d’y expliquer mon projet professionnel. Il a fallu réaliser des plans, des dessins, un budget détaillé, un dossier de présentation…un gros travail en plus des cours. Mais comme on dit: le travail paye! En effet, un mois après l’envoi de mon dossier, le travail a payé! On m’annonce que j’ai fini première de la région Centre-Ouest et que je suis invitée au siège de Truffaut pour présenter à l’oral mon projet de jardin thérapeutique pour les personnes âgées atteintes d’Alzheimer. Le 4 mai dernier, me voilà à Lisses (91) où j’ai pu rencontrer des candidats avec des présentations très différentes (jardin pour obèses, burn-out ..) et aussi écouter des professionnels, des formateurs dans le domaine.

Au final, j’ai été 1ère nationale ex-aequo avec un autre étudiant et la jolie somme de 1350 euros qui est une aide pour financer le projet. Je remarque aujourd’hui, que le concours a été une formidable expérience afin de mettre en valeur mon projet; quelques articles ont été écrits, un formateur (Mr Bertrix) m’invite même à une de ses formations (jardins de soins et de santé) en octobre prochain à Chaumont-sur-Loire et beaucoup de personnes me soutiennent; C’est vraiment super! Je suis presque plus contente que lorque j’ai su que j’avais mon BAC !!!

En parlant de mon projet professionnel, je voudrais vous l’expliquer. Je souhaite réaliser un jardin thérapeutique pouvant accueillir cette fois différents publics (enfants, handicapés, personnes âgées, personnes stressées …) afin de proposer des demi-journées de jardinage et amener un bien-être aux patients. Le but étant que les séances soient régulières pour en sentir les bienfaits. Le jardin sera réalisé à Campbon, dans ma commune native entre Nantes et St-Nazaire (44). Mon père ancien agriculteur a gardé quelques terrains… J’espère le commencer l’année prochaine en même temps que ma licence professionnelle que je souhaite réaliser dans le social afin de me spécialiser et d’acquérir des compétences dans ce domaine. Je pense sûrement créer le jardin du concours en y ajoutant d’autres éléments pour l’adapter à tous. Je réfléchis encore pour le financer, pour m’installer, m’organiser dans les activités que je pourrais proposer, repérer les structures.

J’espère pouvoir redonner goût à la vie par le jardinage pour ceux que j’accueillerai. On démontre seulement aujourd’hui que c’est une science véritable. Elle existe pourtant depuis des années! Pourquoi tant de personnes possèdent-elles un jardin qu’il soit potager ou fleuri? Ou ne serait-ce qu’une plante sur son balcon, dans sa cuisine? N’importe qui retrouve des effets bénéfiques, une sérénité, le bonheur tout simplement.

En attendant, je suis ouverte à toutes vos questions et aides. Mon projet aboutira forcément un jour. En tout cas, je l’espère vraiment, c’est devenu une vraie passion! Renouer le lien entre l’Homme et la nature… une évidence!

Vous pouvez me contacter : romane.glotain@gmail.com ou 06 49 93 18 80.

Concours d’Avenir 2016 de la Fondation Truffaut : honneur aux jardins incarnés

Les lauréats des Prix Espoir et Excellence 2016

Les lauréats 2016  du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut, catégories Espoir, Excellence et Coups de coeur.

 

 

 

L’année dernière, la Fondation Truffaut avait inauguré une nouvelle formule pour ses prix initialement lancés en 2013. Il s’agissait de faire réfléchir les étudiants en horticulture au jardin thérapeutique (voir les lauréats nationaux du Concours d’Avenir 2015). En 2016, même concept avec une modification bienvenue, la création d’une catégorie Espoir (jusqu’au bac) et Excellence (BTS et licence) pour mieux refléter la maturité et l’expérience des candidats. Le mercredi 4 mai, les lauréats nationaux issus d’une sélection en régions, leurs professeurs et leurs supporters, un aéropage d’amoureux des jardins de soin et le « Grand Jury », dont je faisais partie, se sont réunis à Lisses (91) au siège paradisiaque de Truffaut pour un grand oral.

Rappelons les conditions fixées aux candidats.

« Le concours porte sur la réflexion d’une création d’un jardin à but thérapeutique avec toutes les spécificités qu’il comporte. Le projet peut être imaginé ou rattaché à une association agissant dans ce domaine. Il s’agit d’un projet individuel. La participation d’un groupe n’est pas possible.

Le participant prendra notamment en compte les éléments suivants :

  • Surface du jardin fixé à 200m² maximum ;
  • Liberté du choix du handicap visé (Alzheimer, Autisme, Psychiatrie, Polyhandicap,…) ;
  • Intégration de la stimulation des 5 sens ;
  • Adaptation du jardin aux besoins et contraintes des utilisateurs ;
  • Prise en compte du rythme des saisons ;
  • Choix des végétaux. »

 

Catégorie Espoir 

Laura Pioche1ère place: Laura Pioche

Laura est en dernière année de Bac Professionnel Aménagement Paysager au Lycée Agricole et Horticole de Saint-Germain-en-Laye (78). Son projet « Souvenir d’une vie » n’est pas rattaché à un lieu ou un établissement existant, mais a convaincu par sa cohérence : un jardin d’agrément avec une promenade, un kiosque central, un coin avec des tables de jeux et une pergola de roses conçue comme un cocon, mais aussi un potager. Dessiné avec des personnes âgées en tête, ce jardin propose sièges et bancs, zones d’ombre et lieux de contemplation ainsi que des activités. Un hybride entre les « healing gardens » et les « enabling gardens » décrits par Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs.

2ème : Joé Pinto

Joé étudie au lycée Horticole et Paysager Sainte-Jeanne d’Arc des Apprentis d’Auteuil, nouvellement déménagé à Loches (37). Son projet conçu autour de l’eau, de la terre et du ciel s’inscrit dans son établissement qui accueille une classe « Service à la personne en milieu rural » (SMR) . Dans cette classe, les élèves apprennent à aider des adultes et des enfants atteints de handicap. Joé a donc imaginé un jardin accueillant pour des personnes en fauteuil roulant ou en déambulateur. Son texte de présentation, le seul manuscrit, a séduit le jury par sa sincérité et sa réflexion sur le jardin. Le détail d’une fontaine d’eau potable est aussi un plus.

3ème : Milan Marcer

Milan est en Brevet Professionnel en Aménagement Paysagiste au CFPPA de Marseille-Valabre (13). Il s’est penché sur les besoins des usagers de son jardin en se mettant dans la peau d’une personne malade ou hospitalisée qui fait l’expérience de perturbations sur le plan physique, psychologique et social. Aux problèmes de repli sur soi, de communication et de mobilité, il propose un jardin d’ateliers et de contemplation.

 

Catégorie Excellence

Gilles Mollard, le nouveau PDG de Truffaut, Yves-Aubert Alonzeau et Romane Glotain, les deux lauréats 1er ex-aequo du Prix Excellence.

Gilles Mollard, le nouveau PDG de Truffaut, Yves-Aubert Alonzeau et Romane Glotain, les deux lauréats 1er ex-aequo de la catégorie Excellence.

1er ex-aequo : Romane Glotain et Yves-Aubert Alonzeau

Romane est en 2e année de BTSA Production Horticole au Lycée Le Fresne à Angers (49). Elle a imaginé un jardin pour des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Une entrée bien matérialisée avec une porte en fer forgé, une allée bordée de groseilliers et de cassissiers, un pommier trônant au milieu de l’allée avec une astucieuse grille pour ramasser les pommes sans se baisser, un bassin, des animaux, un potager,…..Pour l’instant, c’est un projet virtuel. Mais comme l’a expliqué Romane qui envisage de poursuivre en licence professionnelle (Technique d’intervention et d’animation psychosociale auprès des publics vulnérables ou bien Coordination handicap et vieillissement), son projet est de créer un jardin thérapeutique pour y accueillir un public allant des enfants aux personnes âgées et atteints de diverses pathologies. L’endroit est même déjà trouvé sur un terrain appartenant à son père. Une idée unique en son genre en France qui me fait penser au Ability Garden de Wilmington en Caroline du Nord…On en reparlera très certainement.

 

Yves-Aubert est en 2e année de BTS au Lycée des Métiers de l’Horticulture et du Paysage de Montreuil (93). Son projet est également fortement incarné puisqu’il se base sur un terrain à proximité de la résidence pour personnes âgées Les Beaux Monts et d’une aire de jeux pour enfants dans le quartier Bel Air de Montreuil. Yves-Aubert a déjà bien avancé dans la prise de contact et l’élaboration du projet avec ses partenaires. Il s’agit de créer un jardin thérapeutique dont les ateliers répondent pile poil à l’un des axes de l’établissement : accompagner et préserver l’autonomie des personnes âgées. Conçu comme « jardin à vivre, jardin plaisir, jardin de soins ou jardin au service de l’être humain », le projet s’articule autour d’un circulation circulaire, d’une aire de repos, de bancs, d’un abri de jardin, d’un composteur, de potagers en carré dont certains accessibles aux personnes à mobilité réduite,…On a hâte de voir le projet se concrétiser. En parallèle, son professeur Joël Dommanget travaille déjà à adapter le projet d’Yves-Aubert pour le transformer en support de cours pour les futures promotions.

3ème : Hubert Proffit

Hubert est étudiant à l’Institut Charles Quentin à Pierrefonds (60). Il s’est lui aussi rapproché d’une association, La Luciole, « association familiale de soutien aux parents et aux jeunes toxicomanes. » Une maison de campagne, conçue par l’association comme un lieu de vie plutôt qu’un lieu médicalisé, est le terrain choisi pour l’élaboration de son projet. Jardin de soin au milieu d’un plus vaste terrain, le projet d’Hubert verra aussi peut-être le jour. Il me fait penser au programme de l’hortithérapeute Gene Jones dans un programme résidentiel de désintoxication en Caroline du Nord.

4ème : Perrine Di Ciaccio

Perrine est en 2e année d’un BTSA Aménagement Paysager au CFPPA Lycée des Calanques de Marseille (13), le même lycée que fréquente Milan. Elle a fait le choix original d’imaginer un jardin pour des participants souffrant d’obésité dans l’optique de l’éducation thérapeutique du patient. Elle appuie sa réflexion sur des expériences, notamment en Suisse, qui ont montré que « le jardin thérapeutique permet aux patients de gagner en motivation et en confiance en soi ». Elle pense que son jardin pourrait s’intégrer dans un établissement tel que le centre de l’obésité de l’hôpital privé Résidence du Par ou au sein de l’Unité Méditerranéenne de Nutrition à Marseille. Là encore, on ne peut qu’espérer que le projet se concrétise.

Félicitations à tous les lauréats du concours national et à tous les participants dans les concours régionaux qui, en tant qu’amoureux de la nature et futurs professionnels, ont pu découvrir une nouvelle facette du jardin. Bonne chance à eux pour la suite de leurs aventures.