Le Tour de France des jardins thérapeutiques de Romane Glotain

En ce début juillet, il y a un autre Tour de France à suivre. 

Celui de Romane Glotain, partie de Saint-Herblain (44) le 10 mai pour arriver le 15 juillet à Saint-Nazaire (44), qui aura visité en route plus de 40 jardins thérapeutiques dans des lieux aussi divers qu’un foyer d’accueil médicalisé, l’unité psychiatrique d’un CHU, une maison d’arrêt ou encore une maison de retraite.

Romane Glotain, les habitués du Bonheur est dans le jardin commencent à bien la connaître après l’avoir rencontrée en 2016 en tant lauréate du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut qui nous avait raconté son parcours depuis le lycée. On l’avait retrouvée en 2017, murissant son projet. Formée à la fois à l’horticulture et à l’intervention auprès de publics vulnérables, elle a trouvé un fil rouge depuis sa découverte de l’hortithérapie au lycée auprès de personnes âgées. Chez elle, l’engagement pour promouvoir la place de la nature dans les institutions est fort.

Aujourd’hui éducatrice spécialisée à l’Institut Médico-Educatif Marie Moreau, elle s’est lancé un défi : mettre en lumière la grande variété des jardins thérapeutiques français en faisant un Tour de France solo en vélo électrique. La première fois qu’elle m’en a parlé, c’était en juin 2020. Le projet était encore embryonnaire et tenait dans un document de 5 pages. 

Après des mois de préparation et de contacts fédérateurs, Romane est en train de terminer son pari un peu fou qu’elle a baptisé « Les Maux’Passants prennent la poudre d’escampette ». Les Maux’Passants est l’association créée par Romane Glotain, qui est par ailleurs membre de la Fédération Française Jardins Nature et Santé qui soutient son initiative, pour porter ses projets actuels et futurs. Dont celui d’un jardin thérapeutique hors les murs en Loire Atlantique.

Sur son chemin, elle a non seulement rencontré et interviewé des porteurs de projets et des jardiniers, elle a aussi proposé des conférences dans plusieurs établissements agricoles et horticoles pour faire découvrir ces jardins très particuliers aux jeunes en formation. Une sensibilisation à la source par quelqu’un en qui elles et ils peuvent se reconnaître…

Il reste encore une dizaine de jours dans le périple. Vous pouvez suivre la fin du Tour de France des jardins thérapeutiques et découvrir le chemin déjà parcouru sur les divers réseaux sociaux que Romane a alimentés. Oui, entre pédaler et faire des rencontres toute la journée et poster la nuit, elle n’a pas compté ses heures.

Toutes les étapes au jour le jour sur Facebook

La version Polarsteps pour suivre le périple sur la carte de France en mots et en photos 

La version Instagram

Les interviews des porteurs de projet sur YouTube, une vraie mine d’or.

Un questionnaire pour les fans qui la suivent

Je crois comprendre que l’expérience a été tellement positive que le retour à la vie de tous les jours va être difficile. Alors pourquoi ne pas envisager la pérennisation de ce Tour de France ? Il y a tellement de jardins thérapeutiques à découvrir en France…

1er Trophée Green Link des Jardins en prison

En 2018, Green Link et l’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP) avaient publié un livre blanc intitulé « Des Jardins pour les Prisons : 7 propositions pour développer la pratique des jardins en prison ». Retrouvez le billet et le livre blanc en intégralité.

En 2021, dans la continuité, Green Link annonce le Trophée Green Link des Jardins en prison dont le double objectif est d’encourager la création, l’embellissement et l’extension des jardins en prison et aussi de favoriser la pratique du jardinage et du maraichage dans les établissements pénitentiaires. Ce Trophée s’inspire du « Windlesham Trophy » qui, depuis 1983, récompense les jardins en prison en Angleterre.

La fiche d’inscription accompagnée des photos ou croquis devra être envoyée au plus tard le 15 septembre 2021 à l’adresse suivante : desjardinspourlesprisons@green-link.org. Vous trouverez tous les détails et la fiche de candidature ici.

Comme pour Romane, un beau suivi dans le long terme…D’ailleurs, vous avez remarqué que Romane s’était arrêtée dans le jardin d’une maison d’arrêt ? Mais où se trouvait donc cette maison d’arrêt ?

Les jardins en prison : le livre blanc qui fait le point

L’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP) et Green Link ont travaillé ensemble pour braquer le projecteur sur les jardins qui poussent dans les prisons françaises depuis quelques années : 34 jardins et 7 projets de jardins selon leur enquête nationale auprès des établissements où l’ANVP est présente. Et fort heureusement, ils ne se sont pas arrêtés à un état des lieux. Leur livre blanc s’intitule « Des Jardins pour les Prisons : 7 propositions pour développer la pratique des jardins en prison ». Bravo !

A lire en version intégrale, en cliquant ici

Au commencement, Dominique du Peloux, le fondateur de Green Link, lit un article de presse sur le jardin du centre de détention de Nantes. (Comme quoi finalement, la presse, c’est utile et même indispensable à une société en bonne santé, si je peux me permettre un rapide éditorial en tant qu’ancienne journaliste). Ce philanthrope convaincu des bienfaits de la nature pour les êtres humains a tout d’abord envie d’aider financièrement ce jardin à continuer de vivre et de s’étendre. Et puis un partenariat plus durable et plus ambitieux nait entre l’ANVP et Green Link. Et vous tenez entre vos mains, ou sur votre écran, le résultat de cet énorme travail de recensement et de réflexion autour des jardins en prison, espaces de liberté dans ces lieux de privation de liberté.

Des jardins : pourquoi, avec qui et comment ?

Comme le souligne les co-auteurs, la coopération de l’Administration pénitentiaire a été indispensable pour le travail d’enquête et de visites de terrain et ils lui en sont reconnaissants. « En revanche, la formalisation des résultats, les interprétations et les propositions relèvent de la seule responsabilité des initiateurs de cette étude : Green Link et l’ANVP. »

Origine du projet (plus souvent les directeurs des établissements que des associations, ce qui me surprend car j’aurais imaginé le contraire intuitivement), circonstances de la création (demande des personnes détenues, besoin de formation en vue de l’après, initiative d’un membre du personnel,…), carte d’identité des jardins (taille, mode d’accès, synergie avec d’autres activités, coûts,…), le livre blanc donne à voir la réalité de ces jardins.

Des bénéfices universels, en prison comme à l’extérieur

Et on en arrive bien sûr aux bénéfices ou bienfaits des jardins, tels que constatés par les établissements :

  • Amélioration de la sérénité et réduction du stress
  • Amélioration du respect de la terre et de l’environnement
  • Amélioration de la responsabilisation
  • Amélioration de la solidarité entre personne détenues de la mixité (classe d’âge, origine, etc…) et du lien social
  • Amélioration de la condition physique des participants
  • Réduction des médicaments

En prison, en maison de retraite, en hôpital psychiatrique – tous de diverses façons des lieux d’enfermement et de déconnexion avec la société et la nature, on constate que les plantes et le vivant activent les mêmes ressorts humains : estime de soi, solidarité, respect, qualité de vie.

« Non seulement l’activité autour du jardin ne crée aucun problème particulier, mais je dirais qu’elle améliore les relations entre les personnes détenues et les surveillants, de même que la solidarité et le partage entre les personnes détenues. Elle fédère autour d’un projet commun et, en cela, on peut dire qu’elle favorise le vivre ensemble », témoigne Catherine Bessaguet, chef d’établissement du Centre de détention de Bédenac en Charente-Maritime.

Le livre blanc est ponctué de nombreux témoignages et de plusieurs « exemples inspirants ». Le jardin du Centre de détention de Nantes bien sûr, point de départ de ce travail, mais aussi les jardins de la Maison d’arrêt des femmes à Saintes et du quartier femmes à la Maison d’arrêt de Strasbourg.

Inspirer d’autres jardins

Capture d_écran 2018-12-02 à 12.09.45En effet, des exemples ô combien inspirants. Le livre blanc pose aussi toutes les bonnes questions et offre des éléments de réponses pour réussir un jardin en prison. Finalement, les questions sont valables pour tout jardin – et là, on a un vaste choix de mots – tout jardin thérapeutique ou à visée thérapeutique, tout jardin de soin, tout jardin d’insertion. Avec les contraintes de l’univers pénitentiaire en plus et elles ne sont pas des moindres bien sûr.

 

Mais comme en témoigne un surveillant du Centre de détention de Nantes dans le livre blanc, « Ce que je dirais à un surveillant qui veut se lancer dans un tel projet…Même si les barrières seront nombreuses et qu’il sera parfois critiqué, il ne faut pas lâcher, ça vaut vraiment le coup ! Pour que la mayonnaise puisse prendre, il faut une grande ouverture d’esprit, penser à gérer le jardin sans « œillères pénitentiaires ». Si un souci survient, tout faire pour le régler avec la plus grande diplomatie possible. » Tout est dit !

Le livre blanc se termine naturellement sur sept propositions qui, elles aussi, pourraient inspirer les créateurs de jardins de soin ou d’insertion dans d’autres champs. Je vous laisse lire jusqu’au bout pour les découvrir. Ce sont des propositions de bon sens qui, si elles étaient entendues et mises en œuvre, changeraient de nombreuses vies directement et par ricochets. Bravo encore à l’ANVP et à Green Link pour ce remarquable travail.

Si les jardins en prison vous intéressent…

Retrouvez trois billets du « Bonheur est dans le jardin » dédiés à ce sujet:

 

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Carte des jardins recensés dans le livre blanc ANVP/Green Link