Les jardins en prison : le livre blanc qui fait le point

L’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP) et Green Link ont travaillé ensemble pour braquer le projecteur sur les jardins qui poussent dans les prisons françaises depuis quelques années : 34 jardins et 7 projets de jardins selon leur enquête nationale auprès des établissements où l’ANVP est présente. Et fort heureusement, ils ne se sont pas arrêtés à un état des lieux. Leur livre blanc s’intitule « Des Jardins pour les Prisons : 7 propositions pour développer la pratique des jardins en prison ». Bravo !

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Au commencement, Dominique du Peloux, le fondateur de Green Link, lit un article de presse sur le jardin du centre de détention de Nantes. (Comme quoi finalement, la presse, c’est utile et même indispensable à une société en bonne santé, si je peux me permettre un rapide éditorial en tant qu’ancienne journaliste). Ce philanthrope convaincu des bienfaits de la nature pour les êtres humains a tout d’abord envie d’aider financièrement ce jardin à continuer de vivre et de s’étendre. Et puis un partenariat plus durable et plus ambitieux nait entre l’ANVP et Green Link. Et vous tenez entre vos mains, ou sur votre écran, le résultat de cet énorme travail de recensement et de réflexion autour des jardins en prison, espaces de liberté dans ces lieux de privation de liberté.

Des jardins : pourquoi, avec qui et comment ?

Comme le souligne les co-auteurs, la coopération de l’Administration pénitentiaire a été indispensable pour le travail d’enquête et de visites de terrain et ils lui en sont reconnaissants. « En revanche, la formalisation des résultats, les interprétations et les propositions relèvent de la seule responsabilité des initiateurs de cette étude : Green Link et l’ANVP. »

Origine du projet (plus souvent les directeurs des établissements que des associations, ce qui me surprend car j’aurais imaginé le contraire intuitivement), circonstances de la création (demande des personnes détenues, besoin de formation en vue de l’après, initiative d’un membre du personnel,…), carte d’identité des jardins (taille, mode d’accès, synergie avec d’autres activités, coûts,…), le livre blanc donne à voir la réalité de ces jardins.

Des bénéfices universels, en prison comme à l’extérieur

Et on en arrive bien sûr aux bénéfices ou bienfaits des jardins, tels que constatés par les établissements :

  • Amélioration de la sérénité et réduction du stress
  • Amélioration du respect de la terre et de l’environnement
  • Amélioration de la responsabilisation
  • Amélioration de la solidarité entre personne détenues de la mixité (classe d’âge, origine, etc…) et du lien social
  • Amélioration de la condition physique des participants
  • Réduction des médicaments

En prison, en maison de retraite, en hôpital psychiatrique – tous de diverses façons des lieux d’enfermement et de déconnexion avec la société et la nature, on constate que les plantes et le vivant activent les mêmes ressorts humains : estime de soi, solidarité, respect, qualité de vie.

« Non seulement l’activité autour du jardin ne crée aucun problème particulier, mais je dirais qu’elle améliore les relations entre les personnes détenues et les surveillants, de même que la solidarité et le partage entre les personnes détenues. Elle fédère autour d’un projet commun et, en cela, on peut dire qu’elle favorise le vivre ensemble », témoigne Catherine Bessaguet, chef d’établissement du Centre de détention de Bédenac en Charente-Maritime.

Le livre blanc est ponctué de nombreux témoignages et de plusieurs « exemples inspirants ». Le jardin du Centre de détention de Nantes bien sûr, point de départ de ce travail, mais aussi les jardins de la Maison d’arrêt des femmes à Saintes et du quartier femmes à la Maison d’arrêt de Strasbourg.

Inspirer d’autres jardins

Capture d_écran 2018-12-02 à 12.09.45En effet, des exemples ô combien inspirants. Le livre blanc pose aussi toutes les bonnes questions et offre des éléments de réponses pour réussir un jardin en prison. Finalement, les questions sont valables pour tout jardin – et là, on a un vaste choix de mots – tout jardin thérapeutique ou à visée thérapeutique, tout jardin de soin, tout jardin d’insertion. Avec les contraintes de l’univers pénitentiaire en plus et elles ne sont pas des moindres bien sûr.

 

Mais comme en témoigne un surveillant du Centre de détention de Nantes dans le livre blanc, « Ce que je dirais à un surveillant qui veut se lancer dans un tel projet…Même si les barrières seront nombreuses et qu’il sera parfois critiqué, il ne faut pas lâcher, ça vaut vraiment le coup ! Pour que la mayonnaise puisse prendre, il faut une grande ouverture d’esprit, penser à gérer le jardin sans « œillères pénitentiaires ». Si un souci survient, tout faire pour le régler avec la plus grande diplomatie possible. » Tout est dit !

Le livre blanc se termine naturellement sur sept propositions qui, elles aussi, pourraient inspirer les créateurs de jardins de soin ou d’insertion dans d’autres champs. Je vous laisse lire jusqu’au bout pour les découvrir. Ce sont des propositions de bon sens qui, si elles étaient entendues et mises en œuvre, changeraient de nombreuses vies directement et par ricochets. Bravo encore à l’ANVP et à Green Link pour ce remarquable travail.

Si les jardins en prison vous intéressent…

Retrouvez trois billets du « Bonheur est dans le jardin » dédiés à ce sujet:

 

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Carte des jardins recensés dans le livre blanc ANVP/Green Link