Romane Glotain murit son projet de jardin de soins

En mai 2016, nous avions fait connaissance avec Romane Glotain, jeune diplômée en production horticole qui venait de faire grande impression au Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut avec un projet très abouti. Depuis 18 mois, elle n’a pas chômé. Après un Service Civique dédié à la création d’un jardin de soins en milieu psychiatrique, elle vient de se lancer avec enthousiasme dans une licence professionnelle dans le domaine du social et de l’animation. Autant de briques qui ont pour but d’enrichir le projet qui lui trotte dans la tête depuis plusieurs années : lancer un jardin de soins pour accueillir des publics vulnérables du côté de Nantes. Elle nous raconte…(Pour joindre Romane, romane.glotain (at) gmail.com).

 

 

Je tiens avant tout à me présenter : Romane Glotain, 20 ans et nantaise. Il y a maintenant quelques années que je tiens à réaliser mon propre projet professionnel : celui de créer un jardin de soins entre Nantes et St-Nazaire en Loire-Atlantique, pour accueillir des publics vulnérables (enfants, personnes âgées, handicapés, personnes anxieuses…) afin de leur proposer des ateliers à médiation, c’est-à-dire des animations en complément de leurs soins conventionnels grâce à un support qui est le jardin et le végétal en général. C’est ce qu’on nomme l’hortithérapie. Vous vous demandez sûrement d’où vient l’idée ?

 

Remontons il y a 6 ans. A mon arrivée au lycée Jules Rieffel de Saint-Herblain (44), je me suis investie pendant mon temps libre au sein d’une association d’élèves écoresponsables où étaient proposé divers projets liés au développement durable. Un projet m’attirait plus que les autres, celui du « Jardin pour tous » qui consistait à proposer des ateliers « jardin » à des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer, deux fois par mois au sein d’un jardin de soins dans l’enceinte du lycée. Le jardin était un lieu pour accompagner, créer du lien, travailler les cinq sens et la mobilité chez ces personnes devenues dépendantes. J’ai suivi ce projet avec d’autres élèves pendant trois ans en me rendant compte que le lien entre l’humain et le végétal était indispensable et amenait beaucoup de bien-être. C’est la devise de l’hortithérapie… et c’est devenu la mienne ! On m’a toujours répété que mon futur métier devait être une passion pour que je puisse m’y épanouir. A cette époque, j’avais trouvé ce métier qui n’a jamais changé jusqu’au moment où j’écris ce texte.

J’ai poursuivi par un BTS en Production Horticole au lycée du Fresne d’Angers (49) que j’ai obtenu en 2016 et grâce auquel j’ai pu acquérir des connaissances dans la détermination des plantes, les conditions de culture …J’ai eu aussi la chance de remporter le concours national « Projet d’avenir » de la Fondation Truffaut dont le but était de proposer un jardin de soins pour un public spécifique sur dossier et à l’oral. Un vrai coup de pouce pour booster mon réseau, mes financements et mon projet en général.

Le Service Civique : un détour très utile

Tout me réussissait jusque là… J’ai voulu poursuivre par une licence professionnelle « Techniques d’intervention et d’animation psychosociales auprès des publics vulnérables » qui était proposée à Tours pour avoir des connaissances sur les différentes pathologies entre autres. Malheureusement, je n’ai pas été retenue à cette formation et je me retrouvée lâchée, sans rien…Dur, dur quand tout est planifié dans sa tête et que la ligne dévie…

J’avais entendu parler du Service Civique, certes. Mais pour moi la formation avait plus de valeur et d’importance… Bien sûr, j’ai navigué quelques jours sur le site à taper tous les mots clés possibles pour trouver une mission qui me conviendrait. Et j’ai trouvé « THE » mission : « Participer à l’accompagnement des personnes en situation de handicap : participation à la promotion d’une démarche écocitoyenne par la création d’un jardin potager ». Je m’y retrouvais complètement tant pour l’objectif que je m’étais fixé professionnellement que pour mes valeurs personnelles.

Direction la Sarthe dès le mois de septembre 2016. L’Établissement Public de Santé Mentale de la Sarthe basé à Allonnes (72) m’intégrait dans une mission de 10 mois au Mans (72) au sein d’ un foyer de vie pour handicapés mentaux accueillant au quotidien 30 résidents. Le but était d’aménager un jardin sur les extérieurs du foyer et de proposer des animations en lien.

Je vous avoue qu’il n’est pas facile de se retrouver confrontée à des personnes qui souffrent de symptômes psychotiques et de schizophrénie du jour au lendemain même si les résidents étaient très accueillants et l’équipe (aides médico-psychologiques, cadre de santé, une tutrice monitrice-éducatrice et secrétaire) très à l’écoute.

Il n’était pas facile non plus pour les résidents de situer mon rôle qui n’était pas celui de soignante. Mais très vite, j’ai proposé des plans de jardin avec des résidents et une équipe très ouverte me laissant autonome sur le projet. Je l’ai réalisé en fonction des envies des résidents. Au fil des mois, un verger est apparu, des framboisiers, une palette d’aromatiques… Jordan, également Service Civique au sein de l’EPSM m’a prêté main forte pendant 4 mois pour construire un compost, installer une arche d’entrée…

S’en est suivi une aide précieuse d’un collègue Aide médico-psychologique qui a pris le relais et m’a soutenue dans le projet pour construire une tonnelle en bois, des bacs à hauteur pour les personnes les plus fatigables, une terrasse en bois pour poser des transats, une serre à tomates et qui m’a surtout apporté son regard en tant que soignant.

10 mois pour créer un jardin en psychiatrie

J’étais venue au foyer pour lancer le projet, mais je comptais sur les résidents pour s’y impliquer et aménager leur jardin ! Celui-ci devait être varié et surtout adapté à la maladie. Tout était délimité (carré potager, bordures autour de la jachère fleurie…) avec différentes zones observables. Les délimitations, le choix des végétaux, les aménagements ont été très importants dans la construction du jardin. En effet, la maladie mentale fait perdre conscience de son environnement et les personnes se retrouvent vite dans leur bulle.

« Tu travailles avec des schizophrènes ? T’as pas trop peur ? » Combien de fois ces questions m’ont été posées lorsque j’expliquais mon Service Civique. J’ai pu remarquer que la maladie mentale, que certains appelleraient « la folie », fait peur, très peur… et c’est quand on côtoie un public comme celui-ci qu’on a une véritable envie de prouver le contraire à son entourage. Le handicap mental reste encore trop tabou et surtout beaucoup trop occulté par rapport au handicap physique que ce soit dans l’esprit des personnes, dans l’aménagement de l’environnement, dans la sensibilisation…Au final, qu’est ce que le handicap ? Une inadaptation, un frein face à notre environnement et aux codes de notre société… C’est la définition… en y réfléchissant, nous avons donc tous un handicap à un degré plus ou moins élevé…

Les résidents étaient sans emploi, et le temps qu’ils passaient à fumer, et à déambuler dans les couloirs, envahis par leurs pensées m’exaspérait ! Le fait de les impliquer dans le projet permettait de travailler entre autres sur la dépendance au tabac ;  « T’as vu Romane, j’ai pas fumé de toute la matinée ! » me disaient certains gros fumeurs qui m’aidaient à jardiner. J’essayais aussi de proposer des animations collectives et individuelles adaptées aux capacités physiques et intellectuelles de chacun pour que le plus grand nombre de résidents participent au projet (herbier en intérieur, plantations de fraisiers, gros travaux…). Certains y venaient tout l’après-midi, d’autres passaient seulement observer…Je n’imposais rien.

On travaillait donc beaucoup sur l’anxiété (très présente chez les résidents), sur le lien social, la concentration… plusieurs fois j’ai pu observer des résidents s’entraider à porter des sacs de terreau, à pousser la brouette alors que dans l’enceinte du foyer ils ne s’adressaient jamais la parole ! Les résidents étaient vraiment autres au jardin et ça c’était formidable ! Certains ont surpris l’équipe pendant ces 10 mois, les réunions permettaient d’en parler.

Je ne dis pas que tout était rose tous les jours, il faut s’attendre à des réactions surprenantes de la part des résidents, à des moments de la journée qui font qu’ils sont moins ouverts, lunatiques, des moments où la maladie reprend le dessus. Il a fallu s’y adapter. C’était aussi leur apprendre à s’engager dans des tâches quotidiennes de jardinage (arrosage, désherbage,…) et à les pousser au-delà de leurs capacités qu’ils se délimitent. Les récoltes des premières salades, le fleurissement des massifs… Tout cela apportait de la satisfaction, du partage, du bonheur simple !

 Un jardin de soins pérenne

Pour la pérennité du projet, je fais confiance à l’équipe pour continuer à accompagner les résidents au jardin qui est un véritable support de soins, oui de soins ! Je me souviens au tout début d’une dame psychotique qui avait participé à la décoration du foyer avec des éléments de l’automne ramassés dans un bois lors d’une sortie ; le sourire que je n’avais jamais vu auparavant lorsqu’elle a vu les châtaignes était juste magique ! Pour vous donner un autre exemple, un résident plus jeune était toujours scotché au chauffage ou en train de déambuler dans les couloirs, très perturbé par sa maladie… Au bout de 3 mois de travaux dans le jardin, il est sorti me voir, m’a bombardée de questions sur les plantes, le jardinage, et m’a même aidée à passer le râteau dans le potager, une grande surprise de la part de ce résident ! Et puis c’était aussi simplement réapprendre à tenir un arrosoir pour certains…

Grâce à mon volontariat, j’ai pu aussi être lauréate de l’Institut de l’Engagement qui est une association aidant spécialement les Services Civiques à réaliser leur projet. Je vais être suivie pendant deux ans dans la création de mon entreprise. J’ai pu rencontrer beaucoup de jeunes ayant des différents projets. L’échange était riche lors du dernier regroupement qui était à Autrans (38) avec plus de 300 jeunes !

Le service civique a été une expérience très enrichissante, m’a permis de découvrir le monde de la psychiatrie et son quotidien, m’a fait connaître des professions, a permis de découvrir mes capacités à aménager un jardin pour un public spécifique et a confirmé mon envie de réaliser mon projet professionnel.

Je vous avouais au début que je n’étais pas motivée à m’engager en Service Civique et aujourd’hui je me dis : « heureusement que je me suis engagée ! » J’en retiens une expérience formidable et qui m’a sans doute grandement aidée à être acceptée à la licence que je convoitais à la sortie de mon BTSA. Je valoriserai forcément mon expérience à travers mon métier d’hortithérapeute et j’aurai l’expérience pour pouvoir accueillir, animer, appréhender la maladie dans de bonnes conditions.

Je profite de ce témoignage pour remercier Gwenaëlle, ma tutrice qui m’a portée jusqu’au bout de ma mission et qui a rempli son rôle avec professionnalisme ! Merci au reste de l’équipe, aux collègues qui m’ont suivie et aidée pendant ces 10 mois et merci aux résidents pour leur énergie folle qui a permis de voir naître le jardin « Maux et merveilles » au foyer, mais aussi pour leur amabilité, sans oublier leur humour…J’espère autant qu’il pourra leur apporter sérénité et bonheur aussi longtemps que possible. Le jardin est un lieu formidable pour faire face aux difficultés du quotidien. Aujourd’hui il devient un véritable support d’accompagnement, un lieu d’apaisement, un lieu pour oublier la maladie tout simplement …

Prochaine étape, une licence en animation

Tourangelle depuis septembre, je suis les cours de l’université François Rabelais en licence professionnelle « Techniques d’intervention et d’animation psychosociales auprès des publics vulnérables » et… j’adore ! Après un BTS en Production Horticole, je souhaitais avoir une formation dans l’animation, le social pour mener à bien mon projet professionnel. Je vous avoue que ça me change des plantes et qu’il a fallu un peu d’adaptation mais j’en vois la complémentarité.

Je suis des cours de méthodes d’éducation actives, de psychologie, gérontologie (dépression, maltraitance), méthodes d’animation, évaluation, avec des professeurs et des intervenants extérieurs qui partagent leurs expériences très enrichissantes. Mon mémoire portera sur l’utilité des jardins de soins en psychiatrie et mon stage se déroulera auprès d’enfants handicapés moteurs au sein d’un IEM (Institut d’Éducation Motrice).

En plus des cours, j’ai pu acquérir depuis peu le statut d’étudiant-entrepreneur qui me permettra de bénéficier de formations dans la création d’entreprise et d’un accompagnement… en plus de l’aide de mon parrain et de ma chargée d’accompagnement de l’Institut de l’engagement. Je confirme aujourd’hui que l’accompagnement et le réseau sont des points essentiels à la création d’un projet ! En effet, le projet avance à grand pas ces temps-ci, même si je me laisse le temps de le monter… J’espère donc au prochain billet vous inviter à se rencontrer au jardin !

Pour joindre Romane Glotain, romane.glotain (at) gmail.com

 

Une réflexion au sujet de « Romane Glotain murit son projet de jardin de soins »

  1. J’ai été très intéressée par le récit de ton parcours mêlant le théorique et le pratique. Bravo pour ta ténacité en milieu psychiatrique et pour tenir le cap dans les rouages des propositions faites aux étudiants.
    Tu écris une phrase que je partage complètement et dis souvent : « on a tous un handicap ».
    À bientôt Romane !

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