Dans les jardins et la nature, les activités thérapeutiques reprennent de plus belle

Deux papillons blancs dansent dans l’air sur une chorégraphie de l’instant présent. Le soleil joue à travers les feuilles des arbres dont le vert tendre au-dessus de nos têtes, ondulant légèrement dans le vent, gonfle mon cœur de joie et de reconnaissance. Sur le sol du sous-bois, le soleil projette des ombres changeantes. Elles me fascinent un bon moment avant que je m’en arrache pour continuer à explorer un peu plus cet univers ordinaire et mystérieux en compagnie de notre petit groupe de six personnes sous la houlette bienveillante de Christopher Le Coq, guide de bains de forêt, en ce magnifique samedi matin. Pas n’importe quel samedi, le dernier du mois de mai 2020 qui marque une nouvelle étape dans le déconfinement et un printemps qui vit sa vie sans s’occuper de nous.

Assis en cercle dans une petite clairière ou marchant à notre rythme propre dans le bois de Boulogne, nous faisons à la fois partie de la communauté des déconfinés avides de nature et de liens humains qui courent, font du vélo en famille ou marchent en petits groupes de copines dans le bois et à la fois nous sommes à part. Dans un mouvement plus conscient, une observation plus fine de notre environnement, une écoute intime de nos sensations et un moment exceptionnel de pause hors du langage. Avec des temps de partage ponctuels qui redonnent du coup plus de sens aux mots et aux échanges entre les inconnus, frères et sœurs humains, que nous sommes les uns pour les autres. 

Christopher Le Coq, guide de bains de forêt : « Le Shinrin-Yoku est une vraie co-création avec le groupe »

Wow !  24 heures plus tard, m’installant pour écrire dans le jardin partagé dont je vous ai parlé le mois dernier avec le chant des oiseaux et le lever du jour pour compagnons, je suis encore toute charmée par cette expérience, toute apaisée et toute rééchantée. Ce moment que j’anticipais et qui était à la fois un cadeau à mon mari qui fêtait son anniversaire ce weekend, à moi et à nous – ce moment résonne encore. Sûr que nous recommencerons et que nous voudrons étendre l’expérience à une pleine journée comme Christopher en propose en forêt de Fontainebleau

Après une période en pointillé dans son activité de guide de bains de forêt pour les raisons que nous connaissons bien et aussi pour un voyage au Japon à la rencontre des maitres du Shinrin-Yoku à l’automne dernier, il reprend de plus belle tout en approfondissant sa formation auprès de Bernadette Rey. Ce qui me semble un des signes prometteurs que les activités autour de la nature reprennent, portées par une envie de nature qui s’est révélée trop forte pour retomber comme un soufflé. Christopher y croit, j’y crois, nous sommes nombreux à y croire.

Comme je l’avais annoncé, mon envie ce mois-ci est justement de laisser la parole à ces hortithérapeutes ou autres professionnels qui nous relient à la nature pour qu’ils nous racontent comment leur travail reprend après le confinement. Je commence aujourd’hui et exceptionnellement, je continuerai sur ce thème le 2e lundi du mois de juin. Il a tant à dire.

Comme vous pouvez l’imaginez, la distanciation physique pendant un bain de forêt est facile. Et dans le jardin thérapeutique d’une maison de retraite ou dans un groupe d’enfants ? Un peu moins. Comme nous l’avait déjà démontré Sally Cobb le mois dernier, les ressources, la créativité et la détermination ne manquent pas.

Patricia Espi, Bourgeons et Sens : « J’ai bon espoir »

La détermination et la patience, Patricia Espi en a des stocks. En mai, elle a repris contact avec les différents établissements dans lesquels elle intervient même si elle se trouvait alors en « zone rouge » puisqu’elle est à Reims.

Le jardin de la résidence autonomie Les Gobelins. A la mi-juin, les ateliers de jardinage thérapeutique de Patricia dans cette résidence ARFo, l’association de Résidences-Foyers à Reims, doivent reprendre. Après le confinement strict, certaines activités redémarrent doucement – coiffure, pédicure – dans cette résidence qui a été épargnée par le Coronavirus, toujours avec un protocole précis pour assurer la sécurité. Encouragés par la directrice et l’hôtesse qui vivent sur place dans la résidence, les ateliers de Patricia ont lieu environ tous les 15 jours. Depuis le début, ils donnent lieu à la visite des enfants de CP d’une école voisine à la demande de la maitresse et à de beaux échanges de connaissances sur les légumes anciens par exemple entre les enfants et les personnes âgées. Les résidents des autres foyers ARFo peuvent aussi s’y joindre s’ils le souhaitent. A la fin de la séance, Patricia pratique des petits jeux et devinettes que des neuropsychologues appelleraient techniquement de la stimulation cognitive. Cette année, la saison au jardin aura été décalée, mais elle arrive.

La prison de Châlons-en-Champagne. Pour connaître la genèse de ce beau projet, je vous invite à faire un tour sur le blog Plus de vert Less béton de Paule Lebay. « Notre dernier atelier date de février, juste avant le confinement. On avait désherbé, mis de l’engrais, arrosé et nous devions nous revoir », explique Patricia qui échange depuis quelques semaines avec le personnel de la prison pour la reprise. « Quand on sème nos graines, ça ne coûte rien. Mais nous allons devoir acheter des plantes. Et qui va financer le gel, les gants, les masques ? L’atelier a un petit budget. On parle d’un outil par personne, désinfecté avant et après l’activité. Peut-être d’une étiquette avec le nom sur chaque outil pour éviter la contamination. »

Le jardin partagé de Bezannes. En 2016, découvrant le projet immobilier Konekti de 60 logements de trois types différents, Patricia avait contacté les porteurs du projet pour y proposer un jardin pour les habitants. Recontactée un an plus tard, elle a conçu le jardin, travaillé avec une paysagiste pour le choix des végétaux et un artisan local pour le mobilier. Le confinement est passé par là et a retardé les plantations. Roulement de tambour pour annoncer que, le 19 juillet 2020, le jardin partagé sera bel et bien inauguré et présenté aux habitants. Par groupes de 10 personnes à la fois, gestes barrière obligent. Pendant le confinement, Patricia a finalisé le planning d’ateliers du samedi matin jusqu’à fin juin 2021. Quand on dit que le jardin s’inscrit dans le temps…

« Les samedis matins, nous serons au jardin d’environ 10h00 à midi avec un temps d’accueil autour d’un café et un atelier sur un thème. Une salle de convivialité est disponible en cas de mauvais temps. Ca me fait plaisir d’avoir créé ce jardin partagé du début à la fin. J’ai bon espoir. » D’autant qu’un autre projet se profile autour du nouvel écoquartier Réma Vert où Patricia est sollicitée…Une nouvelle raison d’espoir avec cet engrenage positif qui semble en mouvement.

Romane Glotain, Le jardin des Maux’passants : « Le jardin confiné pour être seul et le jardin déconfiné pour retrouver le groupe »

Romane est également une habituée du Bonheur est dans le jardin depuis 2016, année où elle avait brillé dans la catégorie Excellence du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut. Il y a quelque temps, elle a créé Le jardin des Maux’passants, pour « accompagner des publics en situation de vulnérabilité sociale, psychologique, physique résidant ou non en structure médico-sociale en utilisant le jardin, le jardinage et le végétal comme support ». Alors que le confinement s’achevait, elle reprenait un remplacement d’éducatrice technique spécialisée en horticulture dans un IME (Institut Médico-Educatif) où la création d’un jardin partagé est toujours à l’étude. Sa participation au Salon du Végétal d’Angers, événement initialement prévu pour septembre 2020, pour sensibiliser les visiteurs à l’hortithérapie est en suspens.

« Justement je pense que cette période de confinement a appuyé sur l’indispensable accès à la nature que l’Homme doit pouvoir avoir au quotidien pour son bien-être global et surtout psychologique. Ceux qui avaient des jardins se sont réjouis d’en avoir pour s’occuper, s’aérer, se recentrer, se détendre, profiter des premiers rayons du soleil printanier, prendre le temps d’observer, d’écouter. A contrario, ceux qui n’avaient pas le moindre petit carré de jardin, se sont plaints d’étouffer, de ne pas profiter de la nature », constate Romane. « Personnellement, j’ai vécu dans mon appartement deux mois, j’ai des plantes en intérieur et sur mon balcon. Elles ont été vitales vraiment et je les ai observées beaucoup plus que d’habitude. J’en ai pris soin tout simplement! Et lors de mes promenades, j’ai observé avec beaucoup plus d’émerveillement les arbres qui ouvraient leurs premières feuilles, les fleurs, à travers les jardins des habitants du quartier. Sans oublier de jeter un œil sur la mer que je trouvais plus belle que d’habitude quand le large était découvert, juste en écoutant le chant des mouettes! »

Les semaines de post-confinement ont été un temps de rencontres avec des personnes qui l’avaient contactée pour en savoir plus sur les jardins de soins. Membre de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé, elle s’est aussi activée pour lancer une antenne régionale en Pays de la Loire. « Pour mes futures actions, le confinement m’a appris à réaliser le côté communication en testant la vidéo notamment et le travail à distance. Je pense que les directives qu’a prises l’état pour le déconfinement ont été un moyen pour ceux qui ont des jardins (particuliers, institutions) de se recentrer et de profiter (en autonomie, seul) des atouts et du bien-être que peut nous procurer la nature. Car les espaces végétalisés servent aussi à se retrouver seul pour x raisons. Pour ensuite, quand le temps sera venu, s’associer et continuer les partages, expériences, échanges au sein d’un jardin qui restera indéfiniment vecteur de rencontres positives! »

Emmanuelle Lutton, Jardin de Vezenne : « Les premières séances reprennent jeudi »

Pour une présentation du Jardin de Vezenne, je vous renvoie à ce billet de juillet 2019 et au site du jardin. Qu’en est-il un an plus tard ? La crise sanitaire n’a pas été simple pour les créateurs de ce beau projet de jardin thérapeutique encore tout jeune.

Voici ce que me dit Emmanuelle ce matin même, premier jour du mois de juin : « Je reprends les séances au jardin dès cette semaine. Même si toutes les institutions ne reprennent pas les séances prévues dès ce mois-ci, on peut dire que la reprise est amorcée! Nous mettons en place les gestes protecteurs: désinfection des mains à l’arrivée et au départ du jardin, aménagement des espaces en respectant les distances de sécurité, port du masque (quand c’est possible, en fonction des publics) et désinfection des locaux entre deux groupes »

On sent que la dynamique reprend. « Nous allons également pouvoir relancer les travaux d’aménagement du jardin de soin avec la construction d’une terrasse sur pilotis sur la mare et l’implantation d’un jardin aquatique. » Et pourtant on revient de loin avec l’annulation de tous les ateliers au début du confinement, soit environ 55 ateliers entre mars et mi mai ! Toutes les structures qui viennent au jardin de Vézennes (maison de retraite, foyer résidentiel seniors, MAS, FAM) avaient annulé les sorties extérieures ainsi que les interventions des partenaires extérieurs chez elles. Seule une structure hébergeant des jeunes a bénéficié d’une dérogation pour venir au jardin pour trois ateliers avec un « protocole » à respecter. 

Les difficultés ne manquent pas comme l’ont montré ces trois ateliers pionniers. « Le port du masque s’avère parfois bien compliqué. Les masques en tissu très épais étouffent le son de la voix, empêchent la lecture labiale et causent des difficultés de compréhension et d’échanges. La mise en place de la distance physique s’avère également compliquée à respecter pour montrer, se passer une plante, câliner un chevreau, observer un poussin… »

« De plus, l’entrée en relation, avant d’être verbale, est bien souvent physique. La mise à distance entrave cette entrée en relation, essentielle avec la plupart de notre public », explique Emmanuelle. Les difficultés ne manquent pas, mais les accepter et les digérer peut faire partie des nouvelles leçons du jardin dans cette nouvelle phase du « monde d’après ».

A dans 15 jours pour de nouveaux exemples de résilience en pleine nature. D’ici là, portez-vous bien et ouvrez vos sens.

Reconversions : l’appel de la nature

Il y a quelques jours, nous célébrions la fête du travail. Pas entièrement satisfaites dans leurs anciens métiers ou poussées par des expériences personnelles, les trois femmes qui vous racontent leur parcours ce mois-ci ont entrepris de donner un nouveau sens à leur travail et à leur vie. Leurs réflexions les ont toutes les trois menées vers la nature, la terre et les jardins. Je leur ai demandé de partager leurs témoignages pour vous apporter une image authentique et équilibrée de reconversions en cours. Avec leurs bonheurs et leurs questionnements, leurs lignes droites et leurs zigzags. Merci à Christine, à Patricia et à Aude d’avoir pris le temps de partager leurs réflexions avec nous. Surtout avec celles et ceux parmi nous qui envisagent une nouvelle voie.

 

 

Christine Butin : une fleuriste humaniste

Christine Butin et al

Christine Butin (à gauche) lors d’une visite au Jardin de la Bonne Maison près de Lyon avec Sandra Marianelli, Odile Masquelier (créatrice du jardin) et Pauline de Gorostarzu. Crédit photo Philippe Walch

 

Je m’appelle Christine Butin,  J’ai commencé ma carrière en ayant étudié, puis travaillé plusieurs années dans l’univers attrayant et brillant de la publicité et du marketing en agence sur Lyon.

Puis j’ai souhaité voler de mes propres ailes dans un tout autre environnement. J’ai quitté l’univers des paillettes pour celui du végétal et des fleurs. Rien à voir, mais mes valeurs étaient plus en harmonie avec mes aspirations. L’entreprenariat a eu raison de ce changement professionnel et a duré 20 ans à la direction d’une boutique de fleurs et décoration.

20 ans d’une vie pleine de rebondissements, de résilience de passion et d’amour de ce beau métier d’artisan fleuriste décorateur. Puis la fabuleuse histoire de la boutique Couleurs Nature à Bourgoin-Jallieu dans l’Isère s’est terminée, c’était la fin d’une très belle aventure et le début d’une autre alors inconnue.

J’ai cédé la place en octobre 2016 à une jeune femme (ancienne apprentie revenue me voir 15 ans plus tard, et à qui j’ai souhaité offrir l’opportunité de voler de ses propres ailes à son tour). Elle  a repris la suite pour écrire  son histoire de fleuriste passionnée comme moi 20 ans plus tôt. Une chose est sûre pour moi le végétal restera le fil conducteur de la suite de l’aventure…

Je fais alors une pause d’un peu plus d’un an. Pause à la fois souhaitée mais  aussi un peu forcée à la suite d’un accident de vélo qui me fait perdre l’usage de mon bras droit pendant de longs mois.

Cette période est alors  une super opportunité d’avoir du temps,  de lire, de faire des recherches sur Internet, et de découvrir l’hortithérapie et les jardins de soins. (C’est d’ailleurs à ce moment-là que j’ai découvert le blog d’Isabelle Boucq sur lequel vous lisez aujourd’hui cet article).

J’ai aussi rencontré des personnes pour échanger sur les formations, les débouchés, les avantages mais pas que. C’est important de ne pas rester seulement derrière son écran ou dans les livres, mais d’échanger avec des personnes déjà dans cet univers pour en découvrir toutes les facettes. Pas seulement celles qui nous font rêver.  La réalité économique nous rattrape vite et quelque fois cela peut être un peu déroutant. Ne surtout pas briser ses rêves mais rester réaliste, même si on met du temps à réaliser ses  rêves. Restez déterminés et patients.

Pour moi ça a été retour sur les bancs de la fac et reprise d’études universitaires afin de clarifier mon projet professionnel à la lumière de mon parcours de vie à travers un DUP (Diplôme Universitaire de Professionnalisation) mis en place par l’Université de Lyon. Rien à voir avec l’hortithérapie mais cette formation m’a permis de clarifier mon projet.

Dans le cadre de cette formation, j’ai alors décidé d’intégrer, en tant que stagiaire universitaire, un EHPAD à Saint-Etienne dans la Loire pendant 6 mois pour réunir deux mondes, celui du végétal et celui de l’humain dans un lieu de vie où l’on soigne.

Cette expérience professionnelle m’aura permis de me conforter dans mes choix, mes envies, mes idées. Cela aura été révélateur de la suite que je souhaite donner à ce projet. Il est maintenant évident que c’est dans cette direction que je souhaite m’orienter.

Les choses deviennent alors plus claires et mes valeurs profondes m’orienteront tout naturellement vers l’accompagnement végétal, floral et les jardins de soin même si je ne sais pas encore comment.

A la fin de cette fabuleuse expérience, les modalités ne sont pas encore précises (salariat, entreprenariat ou peut être les deux combinés…. l’avenir le dira …..).  Comment appréhender les réalités économiques ?

Les expériences, les échanges, les rencontres ont été très bénéfiques, nécessaires et éclairantes.   Mes suggestions ? Ne restez pas seul(e) face à vos questionnements. Posez-vous les bonnes questions sur ce que vous voulez vraiment. Prenez le temps qu’il faut pour mener à bien vos réflexions.

Pour moi, la forme que prendra la suite reste encore floue, à définir, préciser, affiner, découvrir, inventer. Comment trouver ma place dans cet univers où les personnes en place ont des parcours très différents (jardiniers, médecins, soignants, éducateurs …..) ? Tout cela est un peu déroutant, mais je retiens que c’est cette richesse d’expériences et de parcours qui aide à trouver sa propre place.

En septembre 2018, j’avais un peu perdu ma boussole…Puis j’ai été rattrapée par l’envie de créer à nouveau…

Aujourd’hui’ hui, je vous annonce la création de  la toute nouvelle entreprise « Jardins, Fleurs et Nature » qui est en cours et qui portera le projet d’accompagnements, de créations et d’animations d’ateliers végétal et floral à visée thérapeutique dans des lieux de vie où l’on soigne mais aussi dans les entreprises où la reconnexion au végétal devient de plus en plus nécessaire dans le cadre de l’amélioration de la qualité de vie au travail.

Partagée entre enthousiasme et fébrilité, je suis heureuse de témoigner aujourd’hui  de ces questionnements qui m’ont accompagnée ces derniers mois.

C’est le début d’une nouvelle aventure passionnante avec le soutien de la Fédération Française Jardin, Nature et Santé que je vous invite à découvrir à travers son site internet, véritable mine d’information au service des jardins de soin.

Déjà  de nouvelles idées pour la suite. Mais « chut » une chose après l’autre.  Je ne souhaite pas repartir dans la spirale du toujours plus et toujours plus vite ……… mais le cheminement continue et la direction est prise….

J’aime une citation que je me répète et dont j’ai oublié le nom de l’auteur : « Le pessimisme de la connaissance n’empêche pas l’optimisme de la volonté ». Cette phrase m’accompagne dans les moments de doute.

J’espère que ce témoignage servira à celles  et ceux qui comme moi ont envie de rejoindre cet univers.

Christine Butin

Pour joindre Christine :

christinebutin69007 (at) gmail.com

https://www.facebook.com/jardinsfleursetnature

 

 

Patricia Espi, Bourgeons et Sens : une pharmacienne qui voulait prendre soin

Patricia au Jardin Coup de Pousse

Patricia Espi en action avec un groupe de jeunes jardiniers au Jardin Coup de Pousse à Reims.

 

Pharmacienne depuis 37ans, j’ai exercé en officine pendant 33 ans. Mais les dernières années, je ne retrouvais plus ce qui m’avait attiré dans ce métier : les conseils aux clients et le relationnel, la possibilité de prendre soin, les préparations de pommades, sirops, gouttes, poudres, etc… et surtout tisanes. Je sentais qu’il me manquait quelque chose et je me suis donc lancée à l’aventure en septembre 2015, afin de redonner du sens à mon métier…

J’ai très rapidement été attirée par une annonce du réseau Terramie qui recherchait des conseillers en conception de jardins à visée thérapeutique. Pour moi, ce terme « Jardins à visée thérapeutique » me permettait de faire le lien entre le médicamenteux (mon métier de pharmacienne) et le non-médicamenteux (les plantes et autres soins).

Passionnée depuis toujours par la nature et ses bienfaits, ce concept m’a tout de suite séduite et après un test d’entrée, j’ai été admise dans le réseau. Il s’agit d’un test nommé « Profil Arc-en-Ciel » qui permet de déterminer si l’on est en adéquation avec l’activité proposée. Il permet de connaître les forces et les faiblesses de la personne, ses valeurs, ses clés de motivation, ses capacités d’adaptation au public qu’elle côtoie,…

Ensuite il m’a fallu créer ma propre entreprise, que j’ai nommée « Bourgeons et Sens » : Bourgeons, car je voulais faire naître de la vie, du bien-être et Sens pour donner du sens à la vie et aussi évoquer les cinq sens…J’ai choisi le statut de SARL afin de pouvoir récupérer la TVA sur les droits d’entrée dans la franchise et amortir ces droits d’entrée (28 000€ HT) sur cinq ans. Je fus formée par le réseau dans différents domaines : la gestion d’entreprise, le commercial et le relationnel, la création de plans de jardins sur un logiciel, un peu le médical et le domaine du végétal.

En deux ans j’ai ainsi réalisé une douzaine de jardins en Ehpad, Centre Hospitalier, résidences autonomie, espace intergénérationnel pour un bailleur social et établissement pénitentiaire.

A l’issue de la réalisation de ces jardins, je propose des formations pour les soignants afin qu’ils sachent comment utiliser ce type de jardin et en récolter le maximum de bénéfices. Je suis inscrite sur le référentiel DataDock en tant qu’organisme de formation.

Mais je me suis très vite aperçue que les équipes soignantes, ayant beaucoup de travail, ont peu de temps et ne sont pas toujours motivées par ce type de projet. Dans ce contexte, j’ai réalisé que quelques formations ne sont pas suffisantes pour faire vivre un jardin. Des ateliers réguliers sont nécessaires afin que le personnel soignant reste motivé grâce à un projet d’équipe.

J’ai donc quitté le réseau Terramie en juillet 2018, pour essayer d’enrichir à nouveau ma vie professionnelle.

Mon souhait le plus cher est d’apporter rapidement les bienfaits physiques, psychologiques et relationnels de la nature aux enfants ou aux personnes fragilisées par l’âge, la maladie ou les aléas de la vie. Mais la conception et la réalisation d’un Jardin à visée thérapeutique, élaboré comme il se doit avec toutes les personnes concernées par le projet, demande plus d’un an…

C’est pourquoi, depuis six mois je propose également aux établissements ou collectivités des ateliers de jardinage, d’initiation au jardin au naturel, aux plantes et à leurs utilisations mais aussi d’hortithérapie pour introduire la notion d’accompagnement au soin. Et cela avec leur espace extérieur ou jardin déjà existant.

J’ai reçu des demandes en intergénérationnel avec la ville de Reims (écoles, séniors, IME), en résidences autonomie en partenariat avec des écoles ou des centres sociaux, mais aussi en Ehpad et pour la deuxième année avec la prison de Châlons-en-Champagne. De plus, en quelques mois, ces ateliers ont débouché sur des demandes d’aménagement de jardins, en Ehpad et résidence autonomie, qui sont maintenant en cours.

« La Santé, c’est plus que l’absence de maladie, c’est un état de complet bien-être physique, mental et social » (définition de l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS). Le jardin apporte tous ces bénéfices, mais les études quantitatives sont difficiles à réaliser. Un Centre Hospitalier dans lequel j’ai implanté un jardin, a néanmoins commencé une évaluation sur les bienfaits et la diminution de certains médicaments grâce au jardin. Dans ce même établissement, dans le cadre de son Master of Business Administration, l’adjointe de direction a présenté une thèse sur « les jardins à visée thérapeutique au cœur des thérapies non médicamenteuses ». J’étais sa directrice de thèse et ce fut une belle expérience. Joëlle Ferrand est d’ailleurs heureuse de partager son travail mis à disposition en ligne et de répondre aux questions (joelle.ferrand02 (at) gmail.com). Attention de bien indiquer votre source si vous la citez bien sûr.

Je suis pleinement satisfaite de ma nouvelle orientation professionnelle. Cette activité me permet de voir fleurir des sourires sur le visage des personnes, même les plus fragiles, en leur permettant de trouver ou de retrouver le plaisir des choses simples apportées par la nature.

Cependant, se lancer dans ce domaine n’est pas toujours évident. Il y a parfois des obstacles : budget des établissements ou des collectivités, motivation des participants au projet, suivi du jardin, connaissances à avoir dans différents domaines, énormément de temps et de travail à consacrer à sa vie professionnelle notamment.

D’autre part concernant la rentabilité de mon activité, je dois tenir compte de l’amortissement des droits de franchise qui courent encore, même si je suis sortie du réseau. Ceci a pour conséquence de diminuer fortement mes revenus. Le passage par la case franchise m’a permis de découvrir les « Jardins à visée thérapeutique » et de me lancer dans cette activité. Mais ce choix de statut de franchisé doit être fait en toute connaissance de cause, car il peut mettre en péril la pérennité financière de l’entreprise…

Mon changement d’orientation professionnelle (pharmacienne, conceptrice de jardins à visée thérapeutique, animatrice d’ateliers) a été progressif sur plusieurs années, et rien ne dit que les choses sont définitivement arrêtées…Pour ma part, j’expérimente à fond mon idée du moment et la fait évoluer en fonction de mon propre ressenti.

Le jardin en tant qu’accompagnement au soin et à la qualité de vie a de l’avenir… Je pense que nous devons recréer ce lien inné et essentiel avec la nature, cette connexion entre tous les êtres vivants…la biophilie comme l’explique si bien Edward Osborne Wilson…Mais, en premier lieu, il faut être convaincu des bienfaits de la nature, car pour faire passer ce type de message il faut le vivre et le ressentir en soi !

Patricia Espi

Pour joindre Patricia :

patricia.espi (at) bourgeonsetsens.fr

https://www.facebook.com/Bourgeons-et-Sens-1647732338835972/

 

Aude Beaini : du bureau aux jardins

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Aude Beaini au jardin

 

Je m’appelle Aude, j’ai 26 ans et j’habite en région parisienne. J’ai fait une école de commerce il y a trois ans puis j’ai travaillé dans des domaines variés : contrôle de gestion, gestion de projet et animation de formation, communication et commercial.

J’ai fait mes premiers choix d’orientation en étant guidée par un besoin important de sécurité (quels débouchés et quelle stabilité ?). Mais avec mes premières années de travail, j’ai appris à tempérer ce mode de fonctionnement initial, pour que d’autres paramètres rentrent en compte. Aujourd’hui l’épanouissement au quotidien, l’adéquation avec mes valeurs et le sens sont des points aussi importants dans mes choix.

Avant de penser reconversion, j’ai d’abord voulu mettre mes compétences au service de la transition écologique et sociale. A cette époque, j’étais chargée de communication dans un grand groupe de l’IT, domaine qui ne me parlait pas spécialement. J’ai eu en parallèle un souci de santé qui m’a forcée à revoir mon alimentation, notamment en apprenant à me cuisiner des choses moi-même. Frustrée par toutes les épluchures que je me suis mise à jeter toutes les semaines, j’ai voulu savoir si je pouvais les valoriser. J’ai découvert le compostage ! J’ai alors mis le doigt dans un engrenage vertueux : si je composte, pourquoi ne pas acheter en vrac, utiliser des cosmétiques solides … et ainsi de suite. Peu à peu, cela a pris beaucoup de place dans ma vie personnelle, jusqu’à ce que cela devienne une évidence pour moi d’emmener le professionnel dans le même sens.

Pour autant, je n’avais pas de vocation. J’ai donc fait le point avec une coach : je voulais savoir quels métiers pouvaient me convenir pour me lancer dans des recherches et postuler. En fait, cela a été un superbe coaching parce que je n’en suis pas du tout ressortie avec ce que je cherchais. Je n’avais pas plus de nom de métier en tête mais cet accompagnement m’a mise dans une disposition où je n’avais absolument pas besoin de cela pour me mettre en mouvement. J’étais au clair sur les valeurs qui m’animaient, j’avais envie de me sentir utile et j’étais branchée sur un enthousiasme débordant face à cette nouvelle page à dessiner. J’ai donc enclenché des actions pour nourrir ma réflexion et mes envies, guidée par les sujets qui m’enthousiasmaient. Beaucoup de lectures, de conférences, de salons, de personnes contactées pour qu’elles me parlent de leur métier… autour de l’économie sociale et solidaire, de l’économie circulaire, de la permaculture, du zéro déchet… Et une fois le pied à l’étrier, une action en amenant une autre, les choses se sont dessinées d’elles-mêmes. C’est donc sur un salon que j’ai rencontré mon employeur suivant, qui recrutait.

Pour moi, c’est un point extrêmement important : on n’est pas obligé d’avoir un point d’arrivée précis pour se mettre en route. Pour ceux qui n’ont pas de vocation et qui ont envie de changement, je dirais que le risque c’est de ne jamais s’y mettre si on attend de connaitre une destination figée. Se donner du temps pour travailler à mieux se connaître, comprendre ce qui constitue son moteur personnel est essentiel, faire le plein d’inspiration par des petits pas et en osant rencontrer… le plus important c’est d’être en mouvement et de se faire confiance, parce qu’après ça se déroule. En tout cas, je l’ai vécu comme ça.

Ensuite, mon expérience m’a amenée à vouloir pousser le bouchon plus loin. Mon dernier job était dans une entreprise qui confectionne des accessoires en coton bio et équitable. Tout dans l’entreprise ne correspondait pas à 100% avec ce que je souhaitais. Exemple : un coton certes bio, mais neuf alors que j’aurais plus tendance à défendre l’utilisation de matières existantes dans une logique circulaire. Pour autant, j’avais eu un gros coup de cœur pour cette boite et en plus, c’était déjà un premier virage vers plus de sens. Pendant les 9 mois passés à ce poste, mon cheminement s’est poursuivi avec l’envie d’un quotidien moins centré sur le bureau, l’envie d’autre chose, mais sans évidence pour un métier ou une vocation. J’étais en CDD. J’ai donc longuement hésité entre rester et aller creuser cette autre envie. On m’a proposé de prolonger le CDD, mais la seconde option l’a emporté. J’ai choisi de prendre un temps de recul sur ces 3 premières années de travail pour faire le point et rediriger les choses au besoin. J’ai voulu profiter du temps alors libéré pour pratiquer une activité nouvelle et qui nourrirait mes réflexions. J’ai donc commencé un bénévolat, pour entretenir un terrain en permaculture, en banlieue parisienne. En effet, la permaculture, en tant que mode de conception, a été une découverte forte dans mon cheminement et cela m’intéressait de commencer à me familiariser avec en m’appuyant sur une pratique appliquée au jardin. Après les premières semaines de bénévolat hebdomadaire, j’avais un voyage de 3 semaines prévu. Prendre du temps pour moi et mettre mes questionnements pro sur pause pendant ces quelques semaines m’a aidée à y voir plus clair au retour et m’a fait me rendre compte qu’il se passait quelque chose quand j’étais à ce bénévolat (que je poursuis aujourd’hui) et que je tenais de plus en plus à être en contact avec la nature et à pouvoir observer ses cycles.

Je pense qu’il est important d’accepter de prendre des temps de pause et de s’aérer la tête car ce sont des temps fertiles, cela m’a aidée à lire plus clairement mes priorités dans ma recherche, qui était donc en train de devenir une reconversion. En étant au chômage, même choisi pour faire le point sur mes envies professionnelles, la tentation est grande de multiplier les actions jusqu’à m’essouffler, pour que tout se concrétise au plus vite. Mais en fait, les pauses sont aussi bénéfiques dans le processus. Il y a un équilibre à trouver, toujours en se faisant confiance.

Cette pause et ce bénévolat m’ont donc fait comprendre que j’aspirais à mettre plus de rapport à la terre dans mon quotidien, pour profiter de ses bienfaits, et aider d’autres personnes à en profiter également. Etant très empathique et portée sur l’humain, j’aimerais joindre à ce rapport à la terre une dimension sociale, que cela soit pour l’inclusion, l’insertion, le lien social ou le bien-être/l’aspect thérapeutique. De plus, mon poste en formation est celui qui m’a le plus épanouie parce qu’au-delà de me faire sortir de ma zone de confort en me forçant à m’exprimer devant un public parfois nombreux, chose que je redoutais, j’étais dans la transmission et l‘accompagnement. Et ce sont deux notions très importantes pour moi, que je voudrais transposer dans mon avenir professionnel également, autour du rapport à la terre.

En suivant ce qui m’enthousiasmait, petit à petit des évidences se sont finalement dégagées, m’amenant à m’intéresser à l’animation d’ateliers, l’accompagnement thérapeutique basé sur le jardin ou le potager, l’entretien des espaces associés, etc. Tout l’enjeu en cours est donc d’explorer les domaines et formats (salarié, à mon compte, les deux ?) qui pourraient me permettre de réunir tous les points qui ont émergé et de continuer à affiner mon projet. J’ai identifié la médiation thérapeutique par le jardin et l’agriculture urbaine dans ce sens. Actuellement, je me forme et me teste autour de ces domaines. Pour cela, j’ai réalisé une première PMSMP (« période de mise en situation en milieu professionnel »,une sorte de stage court conventionné par Pôle Emploi pour tester un nouveau domaine, métier, ou initier un recrutement) dans une association de l’agriculture urbaine. Une deuxième PMSMP est prévue en juin dans une entreprise de la médiation thérapeutique par le jardin. J’ai effectué une initiation à la permaculture et pour mai, je suis inscrite à un Cours certifié en permaculture.

Cela m’amène à deux autres points importants dans la démarche de reconversion, à mon sens : si on sent que cela pourrait aider, ne pas hésiter à faire appel à des structures d’accompagnement comme l’APEC ou une antenne locale de l’emploi dans sa ville. Un seul rendez-vous peut suffire pour présenter sa situation et repartir avec des idées extérieures et adaptées à sa configuration. Le second est de se renseigner sur les possibilités de financement de formation par son CPF, Pôle Emploi ou les autres organismes financeurs, selon les cas. Tout ce que j’ai entrepris jusqu’ici, de rencontres et d’apprentissages, ne fait que me confirmer l’envie de poursuivre dans cette voie, pour continuer à affiner et faire éclore ce parcours qui m’enthousiasme tellement.

J’en profite pour faire un clin d’œil aux belles personnes et équipes que j’ai pu croiser sur ma route.

Aude Beaini

beaini.aude (at) gmail.com