Symposium Jardins & Santé 2017 : un symposium fédérateur 1/2

Trois semaines après la clôture du symposium de Jardins & Santé, il est temps de faire un point. Le morceau est trop gros : il faudra bien deux billets pour en faire le tour. L’association s’apprête à mettre en ligne certains enregistrements (la conférence comme si vous y étiez !) et une étude réalisée par des élèves directeurs de l’Ecole des hautes études de santé publique (EHESP) de Rennes sur les aspects juridiques et politiques publiques de la mise en place de jardins dans les établissements de santé. A retrouver sur le site de Jardins & Santé.

Comme les autres années, le symposium a permis de sortir des frontières et de rencontrer des porteurs de projets intéressants venus de toute la France. Ca continue à bouillonner. Ca bouillonne même de plus en plus, avec les mêmes frustrations : la formation, la reconnaissance, le besoin d’évaluation, ces trois aspects étant intiment liés. D’ailleurs, le symposium 2017 restera peut-être dans les mémoires comme celui où une bonne dizaine d’acteurs ont posé les premières bases pour créer une fédération dans le but de promouvoir les jardins qui soignent et apportent du bien-être. Plus sur ce sujet très bientôt sans doute.

Voici un bref aperçu, nécessairement parcellaire, de quelques interventions de la première journée. Dans 15 jours, la suite.

  • Annie Pollock, architecte paysagiste du Dementia Center HamondCare, a présenté les régulations britanniques qui impactent la réalisation de jardins thérapeutiques: régulations sur la construction, sur la sécurité, sur le handicap.
    • « Design enables or disables people », dit-il.
    • Les paysagistes doivent comprendre les besoins des personnes (personnes âgées dans son cas) et ne pas créer pour se faire plaisir.
    • On signale son livre « Designing Outdoors Spaces for People with Dementia ».

 

  • Le rapport de l’Ecole des hautes études de santé publique: on attend avec impatience la mise en ligne du rapport. A signaler que l’EHESP abrite un Jardin des Potes Agés où se rencontrent élèves de l’école et résidents d’une maison de retraite. Un bon signe !
    • Le jardin thérapeutique n’a pas d’existence juridique (en Argentine, si!).
    • Manque de soutien à travers les politiques publiques. Certains plans pourraient se transformer en appuis pour le jardin (loi 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement par exemple).
    • Pour mettre en place un jardin, les directeurs d’établissements peuvent prendre la loi comme soutien (projet d’établissement, le règlement intérieur, le contrat de séjour) ou comme contrainte (pas de disposition spécifique, assurances, responsabilité, bénévoles et associations, PLU, droit des plantes, choix de plantes/toxicité).
    • Si le jardin est trop normé, on risque de l’aseptiser.
    • Est-on toujours dans le thérapeutique? Le jardin participe aussi au social et au bien-être.

 

  • Bram de Boer, docteur en psychologie de l’Université de Maastricht, travaille depuis plusieurs années au sein du Living Lab of Ageing and Long-Term Care. Il vient de terminer une thèse de doctorat sur la prise en charge de la démence dans différents types d’établissements dont les très originales « green care farms ». Il en existe un millier en Hollande, dont quelques-uns ouverts 24h/24 pour accueillir les personnes âgées. La philosophie : un modèle psychosocial du soin, une approche centrée sur la personne avec des activités chargées de sens dans un environnement familier et à taille humaine. Dans ces « green care farms », un soignant accompagne 7 résidents. La qualité de soins y est comparable, mais la vie est plus active.

 

  • Tatiana Theys (directrice de la Communication et du Mécénat des Hôpitaux universitaires Saint-Louis, Lariboisière, Fernand Widal) a partagé ce constat ahurissant. « J’ai essayé par le prisme de la recherche universitaire, mais un un rhumatologue m’a dit qu’il n’était pas intéressé même si on peut diviser les antalgiques par deux. L’évidence-based medecine ne marche pas nécessairement le mieux. Il a fallu convaincre par d’autres arguments. »
    • Prendre le jardin comme frontière entre la ville et l’hôpital, faire rentrer les gens bien portants dans l’hôpital et faire sortir les malades.
    • Un autre prisme d’entrée est le développement durable.
    • Des médecins s’intéressent au jardin à cause de l’explosion des pathologies pulmonaires dans les villes.
    • Pour rentrer à l’hôpital, penser plus large que le jardin thérapeutique et s’affranchir des problèmes d’espace quand pas de place pour un jardin.

 

  • La fondation Médéric Alzheimer est en train de réactualiser son rapport sur les jardins qui date de 2013 (Olivier Coupry est le porteur de ce projet).
    • Les équipes ne formulent pas nécessairement des objectifs thérapeutiques (c’est parfois un mot clé pour des financements). Mais on peut observer des effets pouvant être thérapeutiques. Ces jardins visent un mieux-être.
    • Il constate une prise de conscience grandissante dans le monde gérontologique même si on limite encore la liberté de circuler, surtout pour les personnes avec troubles neurocognitifs.

 

 

  • Décidemment, les docteurs en psychologie étaient en force cette année. Jérôme Pélissier a réveillé la salle avec un discours détonnant.
    • Arrêtons d’être dans le sécuritaire: il est plus facile d’imaginer et craindre une chute,que l’isolement qui fait de beaucoup plus gros dégâts.
    • Patient : prise en compte de l’autonomie. D’où le besoin de participation. La culture soignante et paysagiste : on forme les gens à une expertise, mais pas à rencontrer les gens avec lesquels ils font travailler.
    • Il n’y a pas de moyen pour les personnes âgées.
    • Les Ephad sont en train de se transformer en maisons spécialisées dans la maladie d’Alzheimer. On n’y fait pas la même chose qu’il y a 30 ans. On incite les soignants à faire un jardin, mais on ne les aide pas à comprendre de quoi on parle. Ca concerne la gérontologie de façon générale. Au passage, gérontologie =tout ce qui concerne la vieillesse, bonne et mauvaise santé. Gériatrie = la médecine des personnes âgées.
    • On signale, s’il en est encore besoin, son livre « Jardins thérapeutiques et hortithérapie » et son site qui continue à s’étoffer, notamment de présentations de spécialistes du jardin de soin.

 

L’association présentait le livre de témoignages qu’elle vient de publier : « Jardins & santé : des thérapies qui renouent avec la terre » (2017, Petit Génie – La nef des livres). On peut le trouver en ligne.

Dans 15 jours, la suite des présentations.

Enfin un livre complet en français sur les jardins thérapeutiques

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Jérôme Pellissier dans son jardin-forêt

Avec « Jardins thérapeutiques et hortithérapie » sorti chez Dunod ces jours-ci, Jérôme Pellissier offre un ouvrage de référence à tous ceux qui veulent lancer un jardin de soin ou en animent déjà un. Docteur en psychologie et spécialiste des troubles cognitifs chez les personnes âgées, il est frappé par un constat : les droits des détenus à sortir dehors sont statutairement mieux protégés (« une heure par jour à l’air libre ») que ceux des personnes âgées (« faire sortir les résidents en extérieur au moins une demi-heure par semaine »). En conséquence, les résidents de maisons de retraite sont trop souvent confinés à l’intérieur sans possibilité de sortir, début d’un enchainement pathogène. Autre point qui hérisse ce jardinier qui avait, jusque là, gardé ses deux intérêts séparés : les maisons de retraite où le parking occupe une place de choix à l’exclusion des espaces vivants. Résultat, ce livre qui donne des bases conceptuelles et des principes concrets pour créer des jardins thérapeutiques.

Le livre de Jérôme Pellissier est une mine d’or : études qui ont mesuré l’influence de la nature sur notre équilibre et notre santé, concepts de l’écopsychologie, réflexions sociétales, pratique du care ou prendre-soin, mais aussi typologies de jardins, importance de la démarche participative et recommandations concrètes (emplacement, différents espaces du jardin, accès et accessibilité, sécurité, entrées et chemins, mobilier, choses et objets au jardin,…). Forcément, toutes les parties qui traitent du soin, des patients, des besoins humains me « parlent » davantage que les parties plus « techniques » sur le jardin dont je suis moins experte. Mais finalement, elles sont les plus nombreuses et imprègnent le livre.

Je vous livre quelques lignes pour aiguiser votre envie de lire ce livre (parties soulignées par l’auteur dans le livre). Vous pouvez d’ailleurs découvrir quelques pages en ligne et le sommaire.

« Il est essentiel de défendre l’idée que le jardin et le jardinage doivent rester impérativement des lieux de liberté, où le plaisir à pouvoir être soi-même l’emporte sur les considérations liées au résultat, à la performance, ou à la conformité avec ce que les autres attendent de nous. Liberté donc, y compris d’être un jardinier hyper-méticuleux ou extrêmement désordonné… » (p. 62)

« Parmi les sources profondes de sens et de bien-être liées au jardinage figure le fait de prendre soin : d’une plante, d’un massif, d’un oiseau, d’un carré de potager, d’un autre jardinier, de la nature… »  (p. 90)

« N’oublions pas qu’un jardin s’adresse à l’être tout entier ! Un jardin ne peut pas n’être que sensoriel (on n’y bougerait pas, on n’y penserait pas ?), ou qu’horticole (on n’y rêverait pas ? on n’y parlerait pas ?). » (p. 138)

9782100758029-001-XDifficile de rendre justice en quelques lignes à ce livre très riche. Mais le plus intéressant est que Jérôme Pellissier ne s’arrête pas là. Il vient de lancer, comme il le promet dans le livre, un site dynamique consacré aux jardins thérapeutiques. « Le but est qu’il devienne un espace commun. Je l’ai ouvert, comme on ouvre un espace pour qu’il devienne un jardin partagé : c’est dire que je ne souhaite pas en être le « jardinier unique » ! Et que tout est sujet à discussions, réflexions communes, etc… », explique-t-il. « Une partie du site – Répertoires – propose des répertoires [des jardins thérapeutiques ; des jardiniers, paysagistes, etc. ; des hortithérapeutes (ou apparentées)]… Ils fonctionnent sur un principe très ouvert : tout professionnel qui veut s’y inscrire (ou y inscrire un jardin) peut le faire, disposera d’une page dédiée pour se présenter / présenter ses travaux / présenter le jardin. » A vous tous de remplir ces répertoires. Même chose pour la partie Ressources qui accueillera des informations sur des formations, des événements, des livres, etc…Dans un second temps, Jérôme Pellissier compte ouvrir un forum pour favoriser les échanges qui peuvent déjà de se faire via les commentaires.

J’ai eu le plaisir il y a quelques semaines de rencontrer Jérôme Pellissier. Son enthousiasme, son énergie et son humilité vont faire de lui un nouvel ambassadeur précieux du potentiel thérapeutique des jardins. Son cœur me semble au bon endroit. Vous pouvez l’écouter présenter son livre dans une vidéo tournée par son éditeur.

Jardins thérapeutiques et hortithérapie, Jérôme Pellissier, Dunod, 2017

 

Je signale aussi ce livre découvert récemment même s’il est sorti en 2013 : Le jardin thérapeutique de Marc Mitou. Pour en savoir plus, son site qui reprend une séquence filmée par Silence, ça Pousse et cet article paru dans Ouest France.