Symposium Jardins & Santé : 13-14 novembre 2017 à Paris

Les Américains ont le congrès de l’American Horticultural Therapy Association (il s’est tenu il y a quelques jours dans le Vermont). Les Français ont le symposium de Jardins & Santé. A ma connaissance, c’est la seule rencontre en France qui concentre autant de convaincus du jardin de soin, du jardin à visée thérapeutique, tout simplement de la nature comme médiation thérapeutique. Il n’existe pas d’autre forum où se retrouve cette discipline extrêmement dispersée en termes de géographie, de lieux d’intervention, de typologies de bénéficiaires et d’animateurs,…Une discipline qui peine toujours à jouir d’une pleine reconnaissance malgré un corpus impressionnant d’études sur l’efficacité et un engouement qui continue à monter en puissance depuis des années en France.

Le symposium se tient traditionnellement tous les deux ans. En 2016, il avait fallu en faire son deuil. Jardins & Santé n’avait pas pu organiser de symposium cette année-là, faute de ressources humaines suffisantes. Il faut dire que mettre sur pied un rendez-vous pour 170 participants et 40 intervenants français et étrangers (les chiffres de l’édition 2014) n’est pas une mince affaire. C’est donc avec une certaine impatience que j’attends la version 2017 qui se tiendra à Paris les 13 et 14 novembre. En toute transparence, je précise que j’ai été invitée à intervenir sur le thème de l’évaluation des jardins thérapeutiques.

Voici le programme.

Côté pratique, le coût de l’inscription est de 250 euros (possibilité d’inscription au titre de la formation continue – entreprise et administration), avec un certain nombre de places à 50 euros disponibles pour les étudiants.  Le symposium se tiendra au 6 rue Albert de Lapparent, dans le 7e arrondissement. Inscriptions en ligne.

 

 

Symposium Jardins et Santé 2014 : compte-rendu (1ere partie)

On revient sur le 4e symposium organisé par l’association Jardins et Santé et placé sous le thème « Pluridisciplinarité des approches thérapeutique et environnementale ».

Un énorme merci à Gwenaelle Jaouen qui a accepté de se charger de ce compte-rendu et a fait un merveilleux travail pour rendre toute la richesse des interventions. Le symposium, presque comme si vous y étiez. Elle commence avec les cinq premières communications faites en séance plénière de la première journée. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite.

L’arbre et l’historien

Le symposium s’est ouvert sur la communication de Alain Corbin (historien, professeur émérite de l’Université Paris I – Panthéon – Sorbonne) qui, dans son intervention « L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours », a présenté par des exemples d’écrivains les impressions suscitées par l’arbre au fil des siècles.

Dans l’œuvre d’Hésiode « les Travaux et les Jours », l’ombre bienveillante de ce platane, protectrice, invite au repos. Douceur, lieu merveilleux évoqué dans « Dialogue de l’arbre » de Paul Valéry. Autant de comportements répondant à des sensations profondes. S’y délasser, y méditer, s’y cacher, s’y réfugier, y grimper, s’y confier.

Corbin soulève la question « L’arbre peut-il alors être thérapeutique ? ». Différents types de regard sont portés sur l’arbre. L’arbre porte en lui une écriture. Bien souvent il sidère par sa présence, sa massivité, sa splendeur, l’élégance de son mouvement, parce que de lui émane une impression de force, d’énergie. Mais aussi par son endurance organique, il conserve ses cicatrices et cela ne l’empêche pas de poursuivre sa croissance silencieuse.

L’arbre évoque des émotions fortes de l’enfance, il facilite la réminiscence. Un parfum odorant d’une haie de sureau est capable de provoquer un choc mémoriel.

Dans les « Fables » de La Fontaine l’arbre est un refuge.

L’arbre chante et parle depuis l’Antiquité.

Chateaubriand s’arrête sur la musique de l’arbre, les messages du vent dans les feuilles. Victor Hugo dans « Les Contemplations » espère profiter de ses messages pour apprendre de l’arbre, engager un dialogue avec lui. L’arbre devient un mentor. D’autres déclareront leur amour tel à une maîtresse ou embrasseront l’arbre pour bénéficier de sa force. Corbin conclut que tous ces exemples montrent bien que l’arbre agit sur le psychisme de l’Homme en rappelant le sentiment du temps qui passe, la naissance,…

« One world, one health »

Gilles Pipien (inspecteur général de l’environnement et du développement durable auprès du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable) a ensuite proposé une communication sur « La place de la biodiversité dans notre système de santé ».

Pipien a indiqué qu’un rapport mondial est en cours de finalisation qui explore les liens entre santé et biodiversité. Il se place dans le concept récent « One world, one health » soit une santé pour tout le monde, faune comprise.

Il a précisé que tout récemment en France un premier colloque scientifique s’était tenu à Lyon le 27 et 28 octobre 2014 sous le titre de « Notre santé dépend-elle de la biodiversité ? »

Pipien a présenté le naufrage des antiobiotiques, « l’antibiorésistance » le nouveau défi dans les hôpitaux. Au départ, les maladies nosocomiales ont fait découvrir l’antibiorésistance dans les salles d’opérations, puis on a compris que l’usage immodéré (700 T/an en France) dans l’alimentation animale amenait des patients déjà porteurs de bactéries résistantes à l’hôpital; et aujourd’hui sont accusées les centaines de milliers de tonnes de biocides utilisés par tous, à commencer dans le nettoyage des établissements de soins, ainsi que les métaux lourds qui, dans les milieux naturels (sols, eaux, faune sauvage) provoquent des mutations moléculaires et des transmissions de l’antibiorésistance entre bactéries. La pollution des milieux naturels, la pollution du vivant nous reviennent vite, avec des conséquences graves et inquiétantes.

A l’inverse, l’effet dilution d’une riche biodiversité limite fortement la propagation et les mutations de pathogènes (comme on l’a montré le virus du West Nile, par exemple). Sans parler des effets sur l’état psychologique des populations.

Lors de diverses crises récentes, la méconnaissance du fonctionnement de la biodiversité a conduit à des erreurs, néfastes à l’objectif affiché de préservation de la santé des populations (cf la rage à partir de 1968, ou plus récemment la grippe aviaire).

Il est important de revenir au fonctionnement même de la biodiversité, à la compréhension de l’évolution du vivant, pour mieux préserver et gérer les milieux naturels dont l’humain dépend. L’enjeu n’est pas uniquement de protéger quelques espèces ou espaces, mais bien de porter attention au bon état écologique des milieux naturels, à leur bon fonctionnement à notre profit.

La voie d’action est de mieux comprendre pour mieux agir pour la santé en favorisant la synergie, l’interdisciplinarité entre les chercheurs et praticiens de mondes différents mais aussi des sociologues.

Les jardins hospitaliers du passé

Dans son intervention sur « Les Jardins hospitaliers comme agrément et outil thérapeutique », Pierre Louis Laget (Médecin, Chercheur, Service du patrimoine culturel. Conseil Régional Nord Pas de Calais) a permis de revenir sur le rôle que jouaient les jardins hospitaliers jusqu’au XVIIIe siècle, principalement pourvoyeurs en légumes et fruits frais pour la cuisine tout comme en plantes médicinales pour la pharmacie. Ceux parmi les édifices hospitaliers, en général les plus anciens, qui avaient été établis en centre urbain ne disposaient souvent pas de jardin. Si l’on se préoccupa à partir de là de les reconstruire en périphérie, ce n’était pas tant pour leur offrir plus d’espace que pour éloigner de la ville un établissement grand producteur de miasmes délétères au même titre que les cimetières. Cette relégation en périphérie résultait donc davantage de l’intention de préserver les citadins de la nocuité de l’hôpital que de celle de préserver les malades hospitalisés des diverses émanations urbaines, jugées pourtant foncièrement nuisibles à leur état. Dès cette époque, fut cependant émise l’idée que des lieux de promenade étaient indispensables aux convalescents et qu’ils participeraient à leur plus prompt rétablissement.

Après le grand incendie de l’hôtel-Dieu de Paris en décembre 1772, la notion d’hygiène devint centrale dans la construction de tout nouvel hôpital. L’étendue des cours et jardins constitua d’emblée un critère de salubrité et fut donc érigée en paramètre de l’équation qui permettait de concevoir un hôpital en fonction des exigences les plus sévères de l’hygiène. L’emprise des jardins correspondait  aux étendues de vide laissées entre les bâtiments comme s’il fallait offrir un espace de respiration à l’architecture.

Parallèlement à ce développement d’une hygiène dans les hôpitaux et hospices, étaient fondés, à partir de 1819, les premiers établissements pour l’accueil des malades mentaux appelés alors asiles d’aliénés. Sous la houlette des médecins aliénistes, ces asiles d’aliénés furent établis bien à l’écart des grands centres urbains, si possible dans un environnement campagnard. Deux sortes de considération présidèrent à cette apparente relégation : d’une part l’émergence de la notion de la nocuité de la ville, de la société et même de sa propre parentèle pour le malade mental, d’autre part celle du caractère bénéfique de la vision d’un paysage agreste pour son esprit dérangé. A ces notions vint s’adjoindre un peu plus tard, à l’instigation du premier inspecteur des asiles, Guillaume Ferrus, le concept de la thérapie mentale par le travail aux champs. Aussi les asiles se dotèrent-ils de domaines agricoles où jardins potagers et vergers étaient cultivés par des aliénés sélectionnés parmi ceux qui étaient réputés paisibles ou tout du moins inoffensifs. En plus de sa fonction thérapeutique, le travail des malades fournissait la cuisine en denrées dont elle avait besoin, abaissant parfois significativement le coût de fonctionnement de l’établissement.

Ce ne fut que fort tard, en plein XXe siècle qu’aussi bien le dogme aériste que la notion de l’effet bénéfique de la vie à la campagne sur la maladie mentale furent discréditées. La fonctionnalité et l’accessibilité des établissements devinrent les maîtres mots, et ainsi parcs et jardins hospitaliers disparurent graduellement, remplacés par de hideux parkings tandis que, par un retour de balancier, les hôpitaux trop éloignés des villes y étaient peu à peu rapatriés.

Médecine et architecture

La communication « Ville, urbanisme et santé : la place de la nature et du jardin », de Albert Levy (Architecte Urbaniste, Laboratoire Architecture-Ville-Urbanisme-Environnement, UMR-CNRS) a permis de montrer comment la nature, au sens large, a été mobilisée dans les différentes théories urbanistiques.

Tant que la médecine était impuissante à juguler les grandes épidémies de maladies infectieuses, elle a fait appel à l’environnement et à l’urbanisme: l’hygiénisme, né de cette situation, a permis des progrès certains en induisant une série d’expériences urbanistiques au XIXè et surtout au XXè avec l’urbanisme moderne qui a totalement reconfiguré l’espace de nos villes.

Aujourd’hui, suite à ses progrès considérables, la médecine s’est affranchie de l’urbanisme en s’orientant dans le tout biomédical, le tout curatif… La nature est opposée à l’Homme mais celui-ci l’utilise à sa guise, ce qui cause des problèmes de dégradations environnementales.

L’explosion des maladies chroniques, liées à la dégradation de notre environnement de vie, interpelle à nouveau la médecine sur sa capacité à traiter ces affections de longue durée (ALD) qui creusent chaque jour un peu plus le déficit de l’assurance-maladie. Une nouvelle relation (à construire) entre médecine (environnementale) et urbanisme (durable) semble nécessaire, mais avec la crise environnementale actuelle, un autre paradigme de la nature doit être défini et pris en compte.

Lévy évoque une ouverture sur des projets encore en gestation « zigo quartiers » (éco-quartiers) avec une ambition sociale allant vers plus de mixité. Le souci du verdissement de la ville pour répondre au problème d’îlot de chaleur urbain. L’émergence des jardins partagés dont l’origine était dans les asiles. Ces jardins ont des fonctions thérapeutiques, sociales, récréatives, alimentaires, urbaines.

 Un paysagiste témoigne pour le vivant à l’hôpital

Alain Richert (Paysagiste, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles) a ensuite partagé dans son entretien avec Servane Hibon (Paysagiste DPLG) « Jardin public, Santé publique », une réflexion critique sur le système actuel français de la santé publique et sur les jardins thérapeutiques et ses fonctions.

« La réflexion sur les jardins de santé fait appel à notre responsabilité collective face au regard que nous portons sur la maladie et sur la norme en général. Le jardin, véritable transition entre l’hôpital et la ville, se doit d’être au cœur d’un projet de société et c’est en ce sens qu’il revêt sa dimension publique », affirme A. Richert. Malheureusement force est de constater que plus on s’approche du milieu hospitalier, moins on trouve du vivant (l’exemple de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a été cité). La gestion des végétaux de manière générale est à revoir, il y a peu de respect de la plante, de son système racinaire lors de transplantation.

Quelles sont les fonctions du jardin dans ce contexte ? Le jardin prolongerait l’hôpital dans sa vocation première qui est celle de l’hospitalité, du prendre soin : un lieu d’accueil, où l’on se sent bien et reconnu dans sa globalité. Pour chaque individu qui vit une situation de crise, le jardin est une manière de se réinscrire dans la durée du vivant. Par le dépaysement et la stimulation du corps et de l’esprit, il invite à se recentrer. Le tissu social se reconstitue. Le jardin fait appel au plus intime de l’individu.

Le jardin, opportunité d’une reconquête individuelle de soi-même pour retrouver le goût et les capacités de vivre avec soi-même et en relation avec l’autre.