N’avoir jamais interviewé un représentant de Thrive est un « grand trou dans la raquette » comme on dit en anglais puisque cela signifie avoir fait l’impasse sur ce qui se passe en Angleterre. Quand j’ai demandé à deux connaisseuses de l’hortithérapie britannique – Fiona Thackeray et Leila Alcalde Banet, vers qui je devais me tourner en priorité, elles ont été unanimes : Damien Newman.
Avec leur aide, j’ai pris contact avec Damien et nous avons échangé il y a quelques semaines dans un appel vidéo à bâtons rompus. Je voulais comprendre comment la « social and therapeutic therapy » (STH) se développe actuellement au Royaume-Uni et en particulier appréhender le sujet de la formation. Damien est « Training, Education and Consultancy Manager » chez Thrive.
Et pour les mois à venir, il est aussi co-organisateur du 16e International People Plant Symposium à Reading en Angleterre du 10 au 12 juillet. En compagnie de Sin-Ae Park (Chair of the International People Plant Council/Chair of the International Society for Horticultural Science Horticultural Therapy Working Group) et de Rebecca Haller (Director of the Horticultural Therapy Institute/Faculty of Colorado State University). Le thème sera « Cultiver la santé humaine par l’horticulture : du mode de vie au jardinage à l’intervention professionnelle ».
Damien Newman, Training, Education and Consultancy Manager chez Thrive
Quelles sont les racines de la place de la nature dans la santé au Royaume-Uni ?
L’utilisation de la nature et des jardins pour la santé n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui, et ce à partir de différents points de départ. Des défis ont également été relevés au cours des 10 ou 20 dernières années. Les progrès sont les bienvenus.
Depuis la fin des années 1970, le jardinage au service de la santé est ancré dans la culture britannique. Depuis plus longtemps encore, nous sommes une nation de jardiniers. Il n’y a pas vraiment de nature sauvage au Royaume-Uni qui n’ait été aménagée par l’homme. Nous ne sommes pas les plus adeptes des activités de plein air, d’autres pays d’Europe le sont davantage. Mais le climat s’adapte à toutes les plantes. L’importance des espaces verts a été reconnue dès l’époque victorienne. Les philanthropes, les urbanistes et les pouvoirs publics estimaient qu’il était nécessaire d’avoir accès à la nature. Les villes sont plutôt vertes. Londres, par exemple, compte plus d’espaces verts que d’espaces bruns. D’autres villes ont de bons parcs.
En outre, jusqu’à l’apparition d’appartements dans les années 1950, le parc de logements était constitué de maisons. De nombreuses personnes ont grandi avec un jardin. La Royal Horticulture Society est une importante organisation de jardinage et la BBC diffuse des émissions de télévision sur le jardinage parce que les gens reconnaissent que le jardin est un élément essentiel de leur vie. On peut citer RHS Bridgewater à Manchester ou Wisley à l’extérieur de Londres. Ou encore Capel Manor College qui offre des cours de STH depuis les années 1970.
Comment la prescription sociale (social prescribing) a-t-elle contribué à l’essor du « social and therapeutic horticulture » ?
La prescription sociale n’est pas nouvelle. Les autorités municipales proposent des programmes de jardinage à diverses personnes. C’est un autre point de départ pour la STH. Mais c’est une situation complexe car les deux sont apparus sans se connaître l’un l’autre. Il y a des employés du NHS (« link workers ») qui identifient les programmes auxquels les gens peuvent accéder (un cours d’art, une chorale locale, un groupe de théâtre ou des groupes de bénévoles,…). L’évidence est qu’il s’agit d’un lien avec des personnes, des lieux et des objectifs.
Comment Thrive s’inscrit-il dans ce paysage ?
Thrive existe depuis plus de 40 ans. Nous avons toujours défendu les avantages du jardinage pour la santé. De nombreuses organisations délivrant aujourd’hui des programmes STH ont commencé grâce à Thrive. Il s’agit d’un mouvement ascendant. Jusqu’à récemment, il se produisait parce que les gens en ressentaient les bienfaits pour eux-mêmes, puis pour un proche (un neveu autiste, un frère victime d’un accident vasculaire cérébral,…).
Je peux citer HighGround pour les militaires qui quittent le service actif, ils ont des activités d’hortithérapie. Ou Dementia Adventure, un groupe de défense des personnes atteintes de démence dont l’objectif est de rapprocher les gens des grands espaces, ce qui dépasse le cadre strict de la STH. Wildlife Trusts, un organisme de protection de la nature, dispose d’un programme de soutien aux bénévoles qui a un impact sur la santé et se situe à la périphérie des problèmes de santé. Ce sont des associations à but non-lucratif avec une aide plus ou moins importante de Thrive. Nous estimons qu’il y a au moins 1500 lieux qui pratiquent la STH au Royaume-Uni. Il pourrait y en avoir jusqu’à 3000.
Comment avez-vous mis le pied dans ce domaine ?
En travaillant dans un hôpital psychiatrique sécurisé où l’on jardinait depuis le début. Le temps passé à l’extérieur était considéré comme aussi efficace que le traitement. Les médicaments sont essentiels. Mais lorsque la plupart des symptômes sont maîtrisés, il n’y a rien de mieux que le jardin pour le patient.
Je pense à un patient dont l’état de santé s’est considérablement amélioré grâce à une vue sur la nature. Il se négligeait, était difficile à aborder, fumait sans cesse. Une vue sur une vallée et un beau jardin attenant au service l’ont transformé. De volatile, il est devenu plus calme. Il luttait encore, mais c’était le début d’un travail avec lui. J’ai vu des gens qui se comportaient comme des ennemis dans le service. Le jardin modifiait leur relation et ils devenaient amis. Je l’ai vu de mes propres yeux. Au bout de 5 ou 6 ans, j’ai appris l’existence de Thrive et je les ai rejoints.
De nombreuses personnes changent de carrière et ont de l’expérience dans différents domaines. Nos cours leur permettent de donner un sens à quelque chose d’un peu flou. Cela leur permet de clarifier les choses et d’y réfléchir. Ils se sentent plus à l’aise et sont un peu mieux informés. On peut se sentir isolé, même s’il existe 3 000 jardins. Vous êtes une rareté à pratiquer la STH, il est donc agréable de rencontrer d’autres personnes. Cela découle de mon affinité et de mon respect pour toute personne travaillant dans le domaine de la santé et des soins. C’est un fardeau émotionnel que de prendre soin de quelqu’un.
Certains restent dans ce domaine après leur formation. Avec dynamisme et passion, ils ouvrent la voie à la STH grâce à de nouveaux groupes tels que la réadaptation pour des patients atteints de cancer ou le soulagement du stress des acouphènes. Un étudiant du « diploma » travaille avec des patients souffrant de douleurs chroniques. C’est une leçon d’humilité que de participer à ce succès. Cette discipline n’attire que des personnes altruistes. Il n’y a jamais un étudiant qui ne veuille pas être là, même s’il sait qu’il devra vivre avec un salaire difficile.
Un cours proposé par Thrive
Quel est le statut des personnes qui pratiquent au Royaume-Uni ?
Il n’y a rien de comparable au HTR (Horticultural Therapist-Registered) qui existe aux États-Unis. Thrive et Trellis y travaillent en étudiant ce qui fait un bon programme, un bon code de conduite et une bonne éthique. Il existe un mouvement pour devenir une profession enregistrée auprès de la Professional Standards Authority for Health and Social Care (Autorité des normes professionnelles pour les soins de santé et les services sociaux).
L’objectif premier est de soutenir les personnes handicapées ou en mauvaise santé. L’objectif secondaire est de disposer d’un organisme professionnel qui améliorera les soins partout au Royaume-Uni. Il rassemblera les gens. Parce qu’ils sont si variés, ils ont besoin de cohésion. L’idée est de commencer par un niveau, puis d’en ajouter d’autres.
Nous ne voulons pas que les gens aient à dépenser trop d’argent en formation pour prouver leur compétence, alors qu’ils font ce métier depuis 15 ans. Ils devraient être en mesure d’enregistrer leurs compétences, avec un système de points, et ils pourraient être amenés à compléter le tout par un échange de compétences. Il serait injuste de les faire attendre.
Comment voyez-vous l’avenir du STH ?
Il m’arrive d’être frustré en essayant de décrire la STH. Les définitions sont exactes à 95 %. Le reste est une conversation sans fin. Le plus important est de savoir comment fournir une bonne STH. La définition actuelle de l’AHTA est la plus longue que j’aie jamais vue.
C’est tellement contextuel. Le groupe aura toujours une certaine valeur. Il est difficile de trouver des effets négatifs. Il y a au moins une restauration, un soulagement du stress. Quelque chose de bon va se produire dans le jardin, pas nécessairement ce que vous attendiez.
La culture en référence au jardin fait une différence dans la manière d’aborder les pratiques. Les Français et les Britanniques ont des expériences différentes du jardin. Nos propres affinités comptent.
Strength in unity. L’union fait la force. La fuerza de la unión. Dans toutes les langues, on comprend l’intérêt et l’envie pour des personnes animées par une passion commune de se rassembler. C’est ce qu’ont fait des hortithérapeutes dans une bonne douzaine de pays. J’ai repris la liste publiée dans cet article, en me rendant compte que j’avais déjà évoqué la majorité de ces associations et/ou leurs fondateurs et fondatrices depuis 10 ans. Petit tour d’horizon en commençant par la plus ancienne de ces associations.
« Fondée en 1973, l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) est la seule organisation nationale américaine qui défend le développement de la profession d’hortithérapeute et la pratique de l’horticulture comme thérapie pour le bien-être humain. L’AHTA soutient le développement professionnel, l’éducation et l’expertise des praticiens de l’horticulture thérapeutique. Les membres sont des personnes et des organisations situées aux États-Unis et ailleurs. Nous sommes une organisation à but non lucratif (501(c)(3)) dont la mission est de promouvoir et de faire progresser la profession de l’horticulture thérapeutique en tant que modalité thérapeutique et de réadaptation. »
Accréditation professionnelle, conférences annuelles, coordination de la National Horticultural Therapy Week tous les printemps, journal scientifique et magazine, l’AHTA est incontournable. Pour son 50e anniversaire, elle innove avec une conférence virtuelle qui se tiendra les 20 et 21 octobre. Une opportunité « d’atteindre un groupe plus large d’hortithérapeutes du monde entier » et de faire un bilan des pratiques passées, présentes et à venir. Pour répondre à l’appel à communications, c’est par ici (deadline le 21 avril).
Des réseaux régionaux pour favoriser la proximité
Dans un pays aussi vaste que les Etats-Unis, l’envie de se regrouper au sein d’entités régionales s’est naturellement fait sentir. C’est ce que nous expliquait Beth Carter dans ce billet de 2014. Elle faisait partie du Carolinas Horticultural Therapy Network, un groupe d’hortithérapeutes de Caroline du Nord et du Sud créé en marge du American Horticultural Therapy Association dont les règles pour établir un chapitre local leur semblaient trop lourdes. « Nous nous rencontrons deux fois par an pour échanger des idées. L’un de nous accueille la réunion pour le weekend sur notre lieu de travail. Il y a toujours une ou deux présentations », expliquait Beth il y a 9 ans déjà. Souvent isolés au quotidien, les hortithérapeutes aiment se rencontrer et partager.
Au départ, se sont créées des branches régionales de l’AHTA. Par mesure de réduction des coûts, l’AHTA a ensuite dissous l’affiliation des branches, obligeant les membres des branches à développer un système de réseau. Cela s’est produit il y a plus de 15 ans et a tendu les relations entre l’AHTA et les réseaux régionaux.
Aujourd’hui, il existe huit réseaux régions reconnus par l’AHTA, mais opérant de manière indépendante. L’AHTA s’efforce actuellement de renforcer ses relations avec les réseaux, car de nombreux membres de ces derniers ne sont pas membres de l’AHTA. Or, cette dernière aimerait attirer plus de membres. Actuellement, l’AHTA organise des « community meetings » où tous sont invités, membres de l’AHTA et toute personne intéressée par l’hortithérapie.
Si je vous raconte ces « travails » (un mot utilisé en anglais pour décrire une situation ardue), c’est pour montrer que partout où des personnes se rassemblent autour d’un intérêt commun, de belles choses se produisent. Mais ce serait naïf de passer sous silence les tensions organisationnelles et relationnelles qui compliquent souvent la tâche. Si on reste au-dessus de la mêlée, il est évident que, dans leur grande majorité, les personnes impliquées cherchent à faire avancer la reconnaissance de l’hortithérapie du mieux qu’elles peuvent. Mais voilà parfois, les être humains s’engluent.
L’exemple du North East Horticultural Therapy Network
Le North East Horticultural Therapy Network, NEHTN, est l’un des plus anciens réseaux des États-Unis. Colleen Griffin que vous aviez rencontrée dans ce billet l’année dernière (et que je vais avoir le plaisir de rencontrer en personne en France ce mois-ci !) raconte. « Notre région couvre la Nouvelle-Angleterre, l’État de New York et le sud-est de la Pennsylvanie. Une région assez vaste, en effet ! La région du NEHTN chevauche celle de notre réseau voisin, le Mid-Atlantic Horticultural Therapy Network ou MAHTN. Les deux réseaux collaborent souvent et de nombreux membres de chaque réseau participent aux événements des deux réseaux. C’est une relation très agréable à entretenir ! »
Quel est l’attrait de rejoindre un réseau régional ? « Je pense que les réseaux régionaux sont attrayants pour de nombreux non-membres de l’AHTA car les frais d’adhésion aux réseaux régionaux sont très abordables et offrent des avantages comparables. Comme les réseaux sont situés plus près de nos membres, l’ambiance est plus conviviale que dans une grande organisation nationale. Avant le COVID, les réseaux régionaux proposaient des rassemblements fréquents et facilement accessibles. Il s’agissait d’événements très abordables qui offraient une merveilleuse connexion sociale. Et maintenant que nous semblons sortir de la pandémie, les rencontres en personne se multiplient. Il est intéressant de participer à un rassemblement relativement restreint avec des collègues de la Nouvelle-Angleterre plutôt que de traverser le pays pour assister à un rassemblement à l’échelle nationale. »
Canadian Horticultural Therapy Association (CHTA)
La CHTA présente beaucoup de similarités avec son voisin américain.
« L’Association canadienne d’horticulture thérapeutique est l’organisation professionnelle des praticiens de l’horticulture thérapeutique (HT) au Canada. Nous fournissons un processus d’inscription professionnelle volontaire pour les professionnels de l’HT et nous offrons des adhésions (étudiante, individuelle et d’entreprise/institutionnelle) pour toute personne intéressée à soutenir notre mission et à rester au courant des dernières nouvelles, recherches et opportunités dans le domaine.
Fondée en 1987, la CHTA dispose d’un réseau de plus de 300 membres actifs au Canada et à l’étranger, et de plus de 3 000 adeptes sur les médias sociaux. Les membres comprennent des horticulteurs thérapeutes agréés (HTT/HTR/HTM) et des professionnels tels que des ergothérapeutes, des physiothérapeutes, des ludothérapeutes, des travailleurs sociaux, des infirmières, des psychologues, des architectes paysagistes et des horticulteurs, ainsi qu’un groupe diversifié de passionnés de plantes qui s’intéressent vivement aux liens entre les gens et les plantes.
Nous sommes une organisation bénévole à but non lucratif et nous fournissons des informations, un soutien et des ressources à nos membres, aux professionnels et au public sur les pratiques et les avantages de l’hortithérapie (HT) et de l’horticulture thérapeutique (TH).
Les professionnels de l’horticulture thérapeutique offrent une grande variété de services d’horticulture thérapeutique dans de nombreux contextes différents : maisons de soins infirmiers, hôpitaux et centres de réadaptation ; centres de formation professionnelle, programmes de lutte contre la toxicomanie et établissements correctionnels ; centres de jour pour adultes, communautés agricoles thérapeutiques et jardins scolaires et communautaires, pour n’en citer que quelques-uns. »
A lire, le code d’éthique de la CHTA. L’association a dans le passé accrédité des formations et elle est en train de reprendre ce chemin sous un nouveau format. Quant à l’accréditation des professionnels, il existe deux niveaux : horticultural Therapist Technician (HTT) et horticultural Therapist Registered (HTR).
J’ai malheureusement peu « exploré » le Canada depuis 10 ans, à part cette rencontre avec Jeannine Lafrenière et cette autre avec Mélanie Massonnet. Une lacune que je suis en train d’essayer de combler.
Korean Horticultural and Well-Being Association
Difficile de trouver des renseignements sur la Korean Horticultural and Well-Being Association. Je n’ai pas réussi à trouver un site pour cette association.
Tout juste un article en ligne datant de 2012 et expliquant : « L’hortithérapie (HT) en Corée a connu une croissance rapide au cours des 15 dernières années. L’Association coréenne d’horticulture et de bien-être a joué un rôle crucial dans le développement de l’HT coréenne. L’Association coréenne d’horticulture et de bien-être propose quatre niveaux de certification en HT, à savoir l’HT avancée, l’HT niveau 1, l’HT niveau 2 et l’horticulture de bien-être. À l’heure actuelle, le nombre d’horticulteurs qualifiés s’élève à environ 2 000 et l’HT est proposé à environ 1 700 établissements tels que des organismes d’aide sociale, des centres de réinsertion professionnelle, des hôpitaux, des centres de santé publique, des écoles, etc. pour diverses personnes. La pratique de l’HT comprend quatre phases : le diagnostic et la préparation, la planification, la mise en œuvre et l’évaluation. Actuellement, des efforts sont en cours pour obtenir des certifications d’État pour les HT et pour assurer une couverture d’assurance médicale. »
Et un autre de 2021 se concentrant sur la formation : « Cette étude rend compte des perspectives d’emploi des hortithérapeutes coréens et de la nécessité de reconnaître l’horticulture thérapeutique comme une spécialisation des professionnels des services de bien-être en Corée du Sud. À ce jour, malgré la qualification privée d’horticulteur de bien-être proposée par l’Association coréenne d’horticulture et de bien-être (KHTA), il n’existe toujours pas de cadre national de qualification pour l’horticulture thérapeutique en Corée du Sud, ni de lois régissant cette profession. En 2008, la première qualification privée dans le domaine de l’horticulture thérapeutique a été enregistrée auprès de l’Institut coréen de développement des compétences professionnelles (KVCDI) (qualification n° 2008-0243). En décembre 2020, 5 560 stagiaires avaient acquis la qualification d’hortithérapeutes de bien-être, aux niveaux de supervision, de grade enregistré 1, 2 et 3. Pour devenir un hortithérapeute de bien-être qualifié, un stagiaire doit suivre un programme de 90 heures reconnu par la KHTA, comprenant la science horticole, la thérapie horticole, la médecine connexe, le bien-être social et la psychologie de conseil. En outre, les qualifications peuvent être obtenues s’il existe un dossier d’examens écrits, de pratique clinique, de participation à des ateliers et de présentation de thèse. Nos résultats ont montré que les compétences clés des hortithérapeutes requises dans le domaine clinique étaient les capacités de conception de programmes thérapeutiques, la compréhension de l’horticulture thérapeutique et le conseil psychologique. La méthode de formation préférée pour améliorer les compétences professionnelles du stagiaire était la méthode de formation pratique, et le rôle le plus important de la KHTA attendu par les hortithérapeutes était la création d’emplois par l’octroi de qualifications reconnues au niveau national pour les horticulteurs de bien-être. »
Huang Sheng-ying, « forte de 32 ans d’expérience en tant que conseillère et enseignante en éducation spécialisée, est directrice exécutive de l’Association taïwanaise de thérapie horticole et thérapeute horticole senior HTM de l’Association de thérapie horticole Asie-Pacifique. Elle se consacre actuellement à la planification de plans de cours et d’activités de thérapie horticole pour différents groupes, ainsi qu’au développement et à l’innovation de matériel pédagogique. Grâce à sa riche expérience de l’enseignement et à son style de direction unique et joyeux, elle fait en sorte que chaque classe soit pleine de rires et de joie. » Elle est la coauteure de « The Green Life Healing Handbook : 100 Recipes for Gardening Healing » avec Huang Shenglin et Cai Youting.
M. Huang Shenglin est « un hortithérapeute certifié de l’université Merritt aux États-Unis en 2004 et revenu à Taïwan pour se consacrer à la fusion des principes de la pharmacologie et des méthodes de soins de santé chinoises avec les herbes indigènes pour former un système unique et pratique d’horticulture thérapeutique trois en un : agriculture, médecine et alimentation. Il est également le co-auteur de « The Green Life Healing Handbook ». »
Chia-Rong Shih D., « Université du Wisconsin-Milwaukee, Département d’architecture/Centre d’études sur le vieillissement et l’environnement, promeut l’intégration de l’hortithérapie et de la guérison par la forêt dans la conception architecturale et paysagère afin de créer des espaces de guérison intérieurs et extérieurs pour les personnes âgées, et aide à la planification d’espaces de soins verts et d’expériences extérieures pour permettre aux personnes âgées de faire l’expérience du pouvoir de guérison de la nature dans les milieux communautaires et institutionnels. »
Hong Kong Association of Therapeutic Horticulture
Le site de la HKATH est très riche en informations en anglais. Connie Fung Yuen Yee, qui détient le titre américain de HTR, est présidente de cette association créée en janvier 2008. En 10 ans, des cursus de formation sont apparus dans plusieurs établissements, celui de la HKATH qui suit le modèle de l’AHTA étant considéré comme le plus exigeant. HKATH s’efforce de faire reconnaître l’hortithérapie à Hong Kong avec deux axes d’action : des collaborations avec des universités, des hôpitaux et des organisations de santé pour conduire des recherches sur l’application de l’hortithérapie pour différentes populations et la sensibilisation du grand public (activités de promotion, participation dans des activités de la communauté et interviews dans les média). « Avec nos capacités disponibles, nous souhaitons également partager notre précieuse expérience avec nos homologues en Chine continentale, à Taïwan et à Macao, afin d’introduire une thérapie horticole authentique dans davantage de régions de la Grande Chine. À cette fin, nous avons déjà lancé avec succès des programmes de formation et des programmes de stages dans ces domaines au cours des dernières années », ajoute la présidente sur le site. Effectivement, la liste des membres accrédités référence des professionnels à Hong Kong, mais aussi à Taiwan et en Chine.
Connie Fung Yuen Yee, présidente de la Hong Kong Association of Therapeutic Horticulture
Japanese Society of People-Plant Relationship et Japanese Horticultural Therapy Association
Sur le site de la Société Japonaise pour les relations entre l’homme et les plantes, on apprend que « La recherche sur la fonction des plantes dans le confort de l’esprit commence à être considérée comme importante pour la race humaine dans sa quête d’une vie confortable. La Société est un forum de discussion où des personnes issues de nombreux domaines se réunissent pour exploiter pleinement le rôle des plantes dans la culture d’une humanité riche, avec pour mot clé la relation entre les humains et les plantes. La Société est une organisation de recherche académique coopérative du Conseil scientifique du Japon. »
Ailleurs, on lit que « On dit que le XXIe siècle est le siècle des plantes. En effet, on s’inquiète de plus en plus de la crise alimentaire provoquée par l’explosion démographique et des changements environnementaux dus au réchauffement de la planète, et l’on reconnaît aujourd’hui l’importance des plantes pour faire face à ces problèmes, qui sont liés à la survie de la race humaine. Cependant, le rôle des plantes pour nous, les humains, ne se limite pas à cette contribution physique/physique. D’un point de vue spirituel, elles ont également joué un rôle majeur dans la croissance humaine, la santé et le développement de la civilisation. »
« Actuellement, au niveau national, la Japanese Society of People-Plant Relationship se concentre sur la promotion et la facilitation de la recherche multidisciplinaire sur les relations entre les personnes et les plantes, tandis que la Japanese Horticultural Therapy Association gère le système national de qualification des horticulteurs professionnels », peut-on apprendre en ligne.
Le besoin de traduire page à page rend difficile une vue d’ensemble des activités de ces deux entités. Pour les plus curieux, n’hésitez pas à vous plonger dans le site plus en détails. Cet article que j’avais écrit en 2015 semblait indiquer que, comme dans d’autres pays asiatiques, le développement de l’hortithérapie japonaise s’est construit sur un modèle américain et avec l’AHTA comme exemple. Je vous renvoie également vers cet article de Masahiro Toyoda qui explique l’histoire de l’hortithérapie au Japon.
Therapeutic Horticulture Association – THA (Australie)
Sur l’utilisation de l’expression horticulture thérapeutique, elle expliquait : « C’est une question de sémantique. En Australie, vous ne pouvez pas vous appeler thérapeute à moins d’avoir des diplômes spécifiques. C’est lié au système médical gratuit, les professions médicales et paramédicales sont subventionnées. Utiliser « horticulture thérapeutique » met plus l’accent sur l’horticulture et moins sur la thérapie. Il y a un mois, il y a eu un changement. Par exemple, vu mes diplômes, je ne peux plus me dire thérapeute. Qui a fait pression pour cela ? L’association des ergothérapeutes et d’autres personnes ayant des diplômes universitaires qui voulaient préserver leurs titres. Cela n’aide pas le public d’avoir cette confusion interne et cette complexité autour de notre nom. »
Thrive et Trellis Scotland
Laissons l’association anglaise Thrive se présenter.
« Thrive est la principale organisation caritative du Royaume-Uni qui utilise le jardinage pour apporter des changements positifs dans la vie des personnes handicapées, malades, isolées, défavorisées ou vulnérables. C’est ce qu’on appelle l’horticulture sociale et thérapeutique (HST).
L’horticulture sociale et thérapeutique utilise les plantes et les jardins pour améliorer la santé physique et mentale, ainsi que les capacités de communication et de réflexion. Les jardins offrent un lieu sûr et sécurisé pour développer la capacité d’une personne à se mélanger socialement, améliorer sa forme physique et acquérir des compétences pratiques qui l’aideront à être plus indépendante.
Nous inspirons et encourageons les personnes qui viennent nous voir en nous concentrant sur ce qu’elles peuvent faire, et non sur ce qu’elles ne peuvent pas faire. Nous organisons des programmes thérapeutiques dans nos jardins de Battersea Park, à Londres, de Beech Hill, à Reading, et de Birmingham. Nous nous rendons également dans des maisons de soins, des salles de village et des projets communautaires pour encourager les activités de jardinage.
Parmi nos clients figurent des personnes blessées à la suite d’un accident, des personnes souffrant de difficultés d’apprentissage ou de handicaps physiques tels que la perte de la vue ou de l’ouïe, des personnes souffrant de maladies liées à l’âge telles que les accidents vasculaires cérébraux, la démence et les problèmes cardiaques, ainsi que des jeunes ayant des difficultés sociales, émotionnelles ou comportementales et des personnes en mauvaise santé après avoir quitté les forces armées.
Thrive offre également
Une variété de possibilités de formation et d’éducation allant d’ateliers d’une journée à des qualifications d’enseignement supérieur pour les professionnels et les changements de carrière potentiels.
Des formations sur mesure pour répondre aux besoins spécifiques d’organisations ou de groupes individuels.
Des services de conseil spécialisés pour les organisations caritatives, statutaires et privées.
Journées sur la responsabilité sociale des entreprises.
Conférenciers pour des événements professionnels et communautaires.
De nombreuses possibilités de bénévolat dans nos jardins, nos bureaux et lors d’événements spéciaux de collecte de fonds. »
Par contre, je connais mieux Trellis, l’association écossaise et sa figure de proue, Fiona Thackeray « rencontrée » en 2015 et revisitée en 2022. Pour suivre cette association très dynamique, voici son site et notamment son Seminar Series qui se déroule ces jours-ci (7 et 8 mars).
Internationale Gesellschaft Gartentherapie – IGGT (Allemagne)
En octobre dernier, nous avions fait la connaissance d’Andreas Niepel, un hortithérapeute central en Allemagne. Depuis 2009, il est président de la Internationale Gesellschaft Gartentherapie (IGGT), la Société internationale de thérapie par le jardin qui rassemble des associations existantes. Pour le site, c’est par ici.
Fédération Française Jardins Nature et Santé – FFJNS (France)
En vous promenant sur ce blog, vous retrouveriez des portraits d’une bonne partie des membres fondateurs de la Fédération Française Jardins Nature et Santé – avant même que la FFJNS ne soit créée en 2018. En tant que première présidente de cette association de 2018 à 2021, je trouve que la tâche d’en parler est difficile. Je vous renvoie à son site et à sa page LinkedIn. Je vous encourage aussi à lire sa charte dont je reste fan plus de 5 ans après sa rédaction.
Je rappelle de manière concise ses missions :
Fédérer les acteurs du domaine
Promouvoir leurs diverses pratiques (hortithérapie, jardins thérapeutiques, écothérapies)
Se soutenir entre professionnels.
Assemblée constituante de la Fédération Française Jardins Nature et Santé
Asociación Española de Horticultura y Jardinería Social y Terapéutica – AEJHST (Espagne et pays hispanophes)
Pour comprendre la genèse de l’Asociación Española de Horticultura y Jardinería Social y Terapéutica (AEHJST ou association espagnole d’horticulture et de jardinage social et thérapeutique) en 2018, je vous suggère cette interview de Leila Alcalde Banet que j’avais présentée comme la locomotive de l’hortithérapie en Espagne et en Amérique Latine. Et voici le site de l’AEJHST.
Asociación Peruana de Horticultura Terapéutica y Social (APHTS)
Voici une autre locomotive en Amérique latine : Daniela Silva-Rodríguez Bonazzi est présidente de l’Asociación Peruana de Horticultura Terapéutica y Social. Mais aussi directrice de l’Instituto de Horticultura Terapéutica dont le nom et la mission de formation évoquent beaucoup le Horticultural Therapy Institute où elle a étudié. Deux lieux pour se renseigner : en ligne et sur LinkedIn. Pour en apprendre plus sur Daniela, c’est par ici.
Federica est née à Turin dans les années 1960. « La nature me vient depuis l’enfance, mais je ne le voyais pas. Nous passions tous nos étés à la campagne dans le village de ma grand-mère. Pendant trois mois, on avait une grande liberté. Nous étions une dizaine d’enfants, ruraux et citadins. On était tout le temps dehors, sur nos vieux vélos. »
Premier déclic : « L’énergie vitale de mon père vient de la terre. »
« Mon père aimait avoir les mains dans la terre. Dès le printemps, il plantait sur le balcon à Turin. Dans son potager, son jardin à la campagne, il laissait tout pousser, pour voir ce que c’était. Quant à ma mère, elle était enchantée par les fleurs. Mon père vient d’avoir 93 ans, il a semé cet été. Et en même temps, nous avons vidé la dernière maison des trois maisons que nous avons habitée dans le village, celle-ci pendant 26 ans. Son potager va être détruit par les propriétaires. Je me rends compte que c’est un peu mourir pour lui. Il y aura des conséquences. Son énergie vitale vient de la terre. »
Federica et son père l’été dernier
Deuxième déclic : « A la quarantaine, je fais le lien entre les humains et la nature »
A Turin, Federica fait des études de philo. « J’ai toujours aimé « circuler ». A 25 ans, dans le cadre de mes études, j’ai passé un an aux Etats-Unis pour finir un travail sur la valeur symbolique du langage politique. En même temps, j’étais « au pair » dans une famille. Je me suis prise d’affection pour la culture américaine dont je vois bien les limites. » Dans les années 1980 à Turin, elle découvre aussi l’approche de se taire et d’observer, qui doit beaucoup à la psychanalyste Mélanie Klein. Une sensibilité qui lui est très utile dans son travail aujourd’hui. Sa première carrière professionnelle la plonge pendant des années dans le monde du livre, en tant que libraire et bibliothécaire.
« Ca a mis longtemps à devenir évident pour moi. A Paris, j’avais un mini jardin de 20 m2. J’ai été bénévole dans un jardin partagé à Denfert-Rochereau, puis à Clamart pendant 7 ans. Avec une association, nous travaillions pour aider des adultes qui rencontraient différentes difficultés, comme les addictions ou le chômage, à se réinsérer. On mangeait ensemble et on se voyait tous les jours pendant un an. A travers une formation et l’horticulture, on pouvait les aider à se remettre sur les rails. Avant la quarantaine, je n’avais jamais fait ce lien entre les humains et le monde naturel. »
Dernier déclic : « Je découvre que le métier d’hortithérapeute existe »
« Une nuit, à 2h00 du matin, j’ai découvert un site canadien qui proposait une formation à l’hortithérapie. Hortithérapeute, c’était un métier ! Ca existait et on pouvait l’étudier. C’était en 2005. A Paris, j’avais pris contact avec Anne Ribes et j’avais été observer ce qu’elle faisait à la Pitié Salpétrière. Je me suis dit : « Je veux faire ça. » ».
En 2009, Federica suit dans un premier temps les cours d’horticulture à l’Ecole agricole du Parc de Monza, une école italienne fondée par des femmes pour les femmes dans les années 1930, ce qui la mènera à un cours d’été aux New York Botanical Gardens.
L’année suivante, à l’âge de 50 ans, elle s’engage dans une formation qui la mène à New York, « après mille hésitations » car cela suppose de laisser sa famille pendant deux mois de cours intensifs. Entre temps, Federica, son mari et leurs deux garçons quittent Paris pour s’installer à Rome. Elle n’a pas tout à fait complété sa formation. Elle la terminera finalement en 2018 et en beauté grâce à un stage au NYU Langone, un terrain de formation exceptionnel. Jugez plutôt la richesse des programmes d’hortithérapie proposés dans cet hôpital new-yorkais. « C’était un stage formidable. Il y a peu d’hôpitaux où on pratique comme cela. J’ai vu tous les services de l’hôpital, des enfants aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. J’ai beaucoup appris de Matt Wichrowski, en psychiatrie et pour l’épilepsie. A New York, je me suis aussi liée d’amitié avec Phyllis d’Amico, une femme d’origine italienne qui est responsable de la formation à l’hortithérapie aux New York Botanical Gardens. »
Aujourd’hui, enseigner et animer des ateliers
« J’ai enseigné la théorie de l’hortithérapie à l’Ecole agricole du Parc de Monza, soit une dizaine d’heures d’enseignement sur les 100 heures de cours que compte le programme. Je fais aussi l’introduction d’une formation de 30 heures à Gênes pour une coopérative agricole. C’est sur le terrain d’une association de parents de patients souffrant de troubles psychiques, avec des appartements sur place, un lieu de vie autour de l’agriculture sociale. »
« A Rome, je conçois et anime des activités pour des enfants et des jeunes adultes avec Happy Time. C’est une association fondée par un groupe de parents dont les enfants sont fragiles (autisme, vulnérabilité psychique de différentes natures). Nous proposons des activités à deux groupes de jeunes et une fois par mois aux parents et à leurs amis. C’est ma plus longue collaboration à ce jour, quatre ans malgré le Covid. Par contre le Covid a arrêté un programme que j’animais à la prison pour femmes de Rebibbia à Rome. »
« La base de notre métier est de nous regarder nous-mêmes dans l’esprit du psychologue américain Carl Rogers. Observer nos motivations, nos émotions, faire silence malgré l’angoisse du vide et laisser l’autre nous donner des indices, voir comment nous réagissons. Nous faisons un métier à la lisière, en étant bien conscients de qui nous sommes. Nous sommes sur une ligne de crête, on peut tomber. Mais nous avons la conviction que quelqu’un sait comment faire. Nous devons être conscients que, seuls, nous ne sommes pas grand chose. L’ambiance du lieu est centrale : comment rendre accueillant pour rendre libre. »
Federica donne des exemples. « Un jeune garçon sautait tout le temps en jetant la terre par terre. On a inventé des histoires sur les semis qu’on met dans la terre pour qu’ils n’aient pas froids. » Ou cet homme souffrant de troubles obsessionnels, rencontré pendant un remplacement de trois mois dans une résidence psychiatrique. « Il était malheureux d’être en groupe, avec un besoin d’ordre et de silence. Je lui ai proposé de travailler à l’écart sur des semis, un travail qui demandait de la patience. Un contact s’est créé et d’autres choses sont venues. »
« J’aimerais travailler auprès de personnes âgées. Je suis émue par les personnes qui se perdent. C’est un peu romantique comme idée. L’écoute et le silence mettent en évidence ce qui est… »
« What am I ? », répond Andreas Niepel quand je lui demande de se présenter et de décrire son parcours lors d’une conversation en visio courant septembre. « I am a gardener ». Puis il rentre dans les détails.
« C’est en travaillant dans un hôpital pendant que je faisais mon service militaire que j’ai découvert l’intérêt social et thérapeutique du jardin. Ensuite mon premier travail m’a amené à la production végétale, ce que j’ai détesté. J’avais envie de combiner le jardin et les gens et de devenir un jour un jardinier thérapeutique. Mais cela n’existait pas à l’époque. Quand on a un rêve, soit on le réalise, soit on l’oublie. » Andreas n’a pas mis son rêve de côté. Au contraire, il est devenu une force motrice en Allemagne et bien au-delà, en pratiquant, en enseignant, en écrivant et en fédérant la communauté croissante de la thérapie par le jardin.
30 ans d’expérience
Andreas a rejoint une clinique spécialisée dans la rééducation neurologique et neurochirurgicale – aujourd’hui connue sous le nom de VAMED Klinik Hattingen – où il dirige depuis 1992 le service de jardinage/thérapie horticole à Hattingen en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
En parallèle, il lance il y a une quinzaine d’année sa propre société de conseil dans le domaine des jardins thérapeutiques (Andreas Niepel Grünplanung) et un institut baptisé « Gardens help live » grâce auxquels il intervient en Allemagne, mais aussi en Pologne, en République Tchèque ou encore en Irak à travers des formations et des séminaires.
Diffuser la culture du soin par le jardin passe inévitablement par l’écriture, en Allemagne comme en France, si on veut sortir de la dépendance à l’anglais. Ce n’est d’ailleurs pas uniquement une question de langue puisque des sensibilités diverses peuvent ainsi voir le jour. Andreas a plusieurs livres à son actif. « Garten und Therapie – Wege zur Barrierefreiheit » (en collaboration avec Silke Emmrich aux éditions Eugen Ulmer, 2005), « Gartentherapie » (édité par l’association allemande des ergothérapeutes), « Praxisbuch Gartentherapie » (en collaboration avec Thomas Pfister, 2009) pour ne citer que les principaux.
La 2e édition du « Praxishandbuch Gartentherapie » (manuel pratique de la thérapie horticole) écrit par Andreas Niepel et Gabriele Vef-Georg (2020)
Depuis 2009, cette mission passe aussi par la présidence de la Internationale Gesellschaft Gartentherapie (IGGT), la Société internationale de thérapie par le jardin qui rassemble des associations existantes. « C’est une organisation « parapluie » dont tous les membres sont des institutions, des associations, d’ergothérapeutes par exemple, des universités. L’objectif est de travailler ensemble à un développement de qualité de nos pratiques. »
Le développement de la « gartentherapie » en Allemagne
« En Allemagne, tout commence avec la psychiatrie, comme Pinel en France et Benjamin Rush aux Etats-Unis, avec des patients qui travaillent dans les champs », explique Andreas. « Et puis sont venus les Nazis. Pendant des années après la guerre, il était impossible d’envisager de faire de nouveau travailler des gens dans les champs. Enfin, à la fin des années 1980, est arrivé Konrad Neuberger, psychothérapeute et co-fondateur d’IGGT, qui a relancé le mouvement. C’était comme un champ vide avec des petites fleurs qui poussaient ça et là : des travailleurs sociaux, des pédagogues qui créaient des jardins… ».
Pour sa part, Andreas estime avoir eu de la chance. « J’ai commencé dans cette clinique au point zéro. Le fondateur avait un intérêt personnel pour le jardinage. Il m’a demandé d’écrire un texte sur les effets qu’on pouvait en attendre pour les patients. L’idée était que le jardin devienne une autre « pièce » de soin. »
Le jardinier d’Hattingen cite un chiffre : presque trois Allemands sur quatre ont un jardin ou en voudraient un. « Alors imaginez parmi nos patients ! Il n’y avait aucun argument contre les bienfaits en tant qu’intervention thérapeutique ». Une semaine après notre conversation, en septembre 2022, Andreas fêtait son 30e anniversaire à son poste à la clinique d’Hattingen.
« Notre programme, comme beaucoup d’autres en Allemagne, s’est développé en commençant petit et surtout en collaborant avec d’autres professions : les ergothérapeutes, les pédagogues, les psychologues. Nous avons fait des projets communs, ils voyaient le potentiel des jardins dans une approche globale », raconte Andreas. « Les art thérapeutes et les musicothérapeutes ont été moins intéressés. Pour nous, l’objectif était de diminuer certaines difficultés et d’augmenter les ressources des patients pour améliorer leur qualité de vie. On parle de promotion de la santé, les frontières sont proches de la pédagogie ou de l’éducation. »
Hortithérapie vs. gartentherapie
A ce stade, il est nécessaire de faire une mise au point sur les termes employés. « Au début en allemand, on parlait d’hortithérapie. Quand je suis allé aux Etats-Unis pour la première fois, je me suis rendu compte que, pour parler d’hortithérapie dans ce pays, il fallait que le patient soit actif. Le patient doit planter quelque chose, avoir une action dans le jardin. En Allemagne, nous considérons que, pour une personne atteinte de démence par exemple, s’asseoir calmement avec le groupe, revivre des souvenirs, être fasciné avec les sens en éveil, est important. » Ainsi, le terme qui est le plus utilisé en Allemagne actuellement est « gartentherapie ».
« La thérapie par le jardin est un processus centré sur le participant, dans lequel des experts formés définissent et vérifient les objectifs individuels et planifient et utilisent des activités liées au jardin ou aux plantes comme outils thérapeutiques pour promouvoir les aspects liés à la santé des participants », explique un texte de la Hochschule für Agrar- und Umweltpädagogik de Vienne (Collège Universitaire de Pédagogie Agraire et Environnementale), membre de la IGGT dont nous avions fait la connaissance à travers Birgit Steininger au mois de juillet.
Andreas Niepel
« Je travaille avec des patients qui ont eu des AVC. Nous commençons le travail très tôt, au chevet du patient. Ils ont des déficits de nature. Je pense à cette vieille dame qu’on a accompagnée dans le jardin en fauteuil roulant. Elle s’est mise à pleurer en disant que cela faisait un an qu’elle n’était pas sortie dehors. Nous n’avons rien « fait » ensemble. » Quand Andreas évoque cette anecdote, je lui parle d’Oliver Sachs qui raconte sa première sortie dans un jardin après un grave accident de manière si éloquente.
« Si nous allons en soins intensifs, nous ne travaillons pas avec des plantes, mais avec l’imagination. « Vous aviez un jardin ? Vous pouvez fermer les yeux et vous y transporter. » La prochaine étape sera d’apporter des photos de leur jardin. C’est de la gartentherapie, mais ce n’est pas de l’hortithérapie », résume Andreas.
Et il va plus loin. « Où plaçons-nous l’hortithérapie dans le modèle biopsychosocial ? Nous en avons parlé pour définir nos pratiques. En fait, ce modèle ne va pas assez loin. La nature a un impact sur l’être humain qui n’est pas pris en compte dans le modèle biopsychosocial. Nous savons depuis les années 1960 que nous pouvons être malade écologiquement. Pour nous, c’est une thérapie écologique en contact avec la nature. »
Une thérapie acceptée qui évolue
« Dès le départ, il a été clair que ces approches étaient acceptées. Mais était-ce sérieux ? Etait-ce thérapeutique ? Le premier niveau a été l’acceptation par les collègues, les patients et leurs familles. Au début, les patients aimaient beaucoup cette médiation, mais ne la considéraient pas comme une thérapie comme les autres. Puis la recherche et les études ont montré qu’ils étaient extrêmement satisfaits par la gartentherapie. »
Deuxième étape, les proches. « Dans les maisons de retraite, on sait que les interlocuteurs sont les familles. Ils demandent que leur parent sorte et jardine car c’est une de leurs activités quotidiennes préférées depuis toujours. » Et puis viennent les institutions. « En 2023, une grande assurance allemande va lancer un programme avec l’IGGT pour amener plus de gartentherapie dans les institutions. La gartentherapie entre dans le champ de la prévention et de la promotion de la santé. »
« On peut aussi parler d’une acceptation de l’intérieur. Depuis 20 ou 30 ans, beaucoup de disciplines contribuent et apportent de la diversité à notre pratique. Les évaluations peuvent se faire de plusieurs points de vue et nous tirons partie de cette diversité » explique Andreas. « Notre discipline a ainsi pris des directions qui n’étaient pas prévues au départ. »
Une de ces directions est la promotion de la santé. « La prévention avait un statut de thérapie de seconde classe. Mais si on regarde ce que la thérapie devrait faire, selon les Grecs, c’est « Primum non nocere ». En premier lieu ne pas nuire, ne pas faire de mal. Ni aux patients, ni aux soignants. Et les besoins psychologiques ? Etre renfermé pendant six semaines dans un service pourrait bien vous faire du mal. Pour ne pas faire de mal aux patients, il faut garder un contact social, un contact avec la nature. Permettre de profiter, de s’amuser, d’être soi même. »
La formation et la certification, indispensables maillons
« Les formations se sont développées en Allemagne, en Suisse à l’Université de Zurich et en Autriche à la Hochschule für Agrar- und Umweltpädagogik de Vienne qui offre un des plus anciens programmes de formation. Cependant les programmes étaient tous différents et une des premières tâches de l’IGGT a été de les harmoniser », explique Andreas. « A tout moment dans les pays germanophones, une centaine de personnes sont en formation dans notre discipline. »
Un autre axe de l’IGGT est la certification. « Qui peut se dire « registrierter Gartentherapeut » ? Nous avons conçu un système de points selon la profession exercée, la formation continue, l’expérience et la pratique. C’est un point essentiel pour la qualité de la profession. Actuellement, nous comptons environ 70 « registrierter Gartentherapeut » et bien d’autres qui ne le sont pas. »
Où trouve-t-on des programmes en Allemagne ? « Beaucoup travaillent avec des personnes âgées atteintes de démences. Je dirais qu’en Allemagne 90% des institutions accueillant ces personnes ont un jardin spécifique. On compte entre 400 et 500 programmes. La rééducation comme la clinique où je travaille est un autre domaine important ainsi que la psychiatrie et l’addictologie avec plus d’une cinquantaine de programmes. Enfin, les programmes de travail protégé pour des personnes avec des handicaps sont fréquents. Suite au Covid, un nombre grandissant de projets concerne les enfants et les jeunes. »
Perspectives d’avenir
Avec ses trente ans d’expérience, Andreas peut s’appuyer sur son expérience pour identifier les défis et les opportunités. « Je vois du développement. Je vois aussi des vagues. Dans les années 90, les disciplines créatives comme l’art thérapie et la musicothérapie avaient le vent en poupe, puis leur popularité a baissé. A la fin des années 90 et au début des années 2000, le jardin allait très fort. Et puis on a vu arriver la robotique et des programmes assistés par ordinateur et la nature est passée au second plan. Mais on en revient. »
« Le plus important est que nous pouvons nous définir nous-mêmes. Quand nous avons commencé à combiner jardin et thérapie, nous avons rassemblé des disciplines très variées pour en arriver là aujourd’hui. Avec le Covid, tout le monde a vu que le jardin était leur thérapie personnelle. Pour mon grand-père, le jardin était principalement économique. Pour moi, il était écologique, c’est-à-dire pour la nature. Aujourd’hui, qu’est-ce qui nous amène au jardin en Allemagne ? Notre âme, notre esprit. Le jardin nous donne de l’énergie et nous calme. Le Covid a montré que nous avons tous besoin du jardin. »
Et de conclure notre entretien marathon avec un programme tourné vers les jeunes justement : « Cet hiver, j’ai participé à un programme avec des jeunes – c’est eux qui ont souffert le plus du Covid. « Les autres sont dangereux » est devenu une idée présente. Ils sont plus stressés que moi à leur âge », constate-t-il. « Et bien nous avons planté ensemble. L’idée que leurs plantes puissent ne pas pousser était considérée comme un échec. « Apprendre à échouer » est devenu un thème. Et alors comment les motiver ? En tant que thérapeute, quelles ressources puis-je aller chercher chez eux ? Nous leur renvoyons souvent des images négatives, par exemple qu’ils sont toujours sur leurs écrans. Et bien, ils postent ce que nous faisons sur Instagram. Et là, ils se sent capables. » Adaptation, maitre mot pour tout thérapeute.
La première fois que j’ai eu le plaisir de discuter avec Fiona Thackeray de Trellis, l’association écossaise d’hortithérapie, c’était en 2015. En mars 2020, nous devions nous rencontrer « in real life » pour le symposium de Jardins & Santé à Paris….En 2021, Tamara Singh et moi avons eu le plaisir de présenter un état des lieux de l’hortithérapie en France lors de la première édition du Trellis Seminar Series. Hier soir, j’ai de nouveau eu le plaisir de passer un moment en ligne avec Fiona à une semaine du Trellis Seminar Series 2022. Ma question toute personnelle : est-ce que nous aurons un jour l’occasion de prendre un thé (ou une bière) ensemble ?
Pour le programme et les inscriptions aux séminaires de cette annnée, c’est par ici. Du 7 au 11 mars, des experts interviendront d’Allemagne, d’Irak, d’Italie, de Belgique, du Brésil et d’Australie pour partager leurs expériences et connaissances de l’horticulture sociale et thérapeutique. Le programme s’enorgueillit également d’un panel de champions communautaires issus d’une variété de projets à travers le Royaume-Uni qui soutiennent les personnes vulnérables, handicapées et défavorisées de tous âges.
Plus que jamais et pour différentes raisons alors que la guerre revient brutalement au coeur de l’Europe, ce rassemblement est une « une lanterne d’espoir dans une année difficile ».
Fiona Thackeray de Trellis Scotland a écrit un livre pour se débarrasser du plastique au jardin, ‘Plastic-free Gardening’ (crédit photo Daily Record)
Fiona nous raconte la genèse de cette conférence en passe de devenir un grand rendez-vous annuel pour les hortithérapeutes du monde entier.
Qu’est-ce qui a incité Trellis à proposer une série de séminaires en ligne en 2021 ?
A little thing called Covid…En mars 2020, nous étions sur le point de tenir notre conférence annuelle qui rassemblait tous les ans entre 50 et 70 personnes en Ecosse. Mais c’était inimaginable de maintenir notre événement en personne : on se serait tous contaminés et nous aurions ramené le virus aux personnes fragiles avec lesquelles nous travaillons. Pendant plusieurs mois, nous nous sommes accrochés à l’espoir de le remettre à plus tard. Et puis nous avons décidé de le tenir en ligne. Cela me semblait un pauvre substitut à des rencontres en personne proposant des activités tactiles. Mais du côté positif, nous n’aurions jamais pu financer la venue de tous ces intervenants étrangers ! Il y avait un côté passionnant à cette transformation.
Les praticiens sont très isolés, ils n’ont souvent pas de pairs avec lesquels échanger dans leurs établissements. Ils nous disaient que notre conférence annuelle leur donnait le sentiment d’appartenir à un véritable mouvement en discutant avec d’autres faisant le même travail. Or, les séminaires en ligne reproduisent cela et l’étendent au-delà du Royaume-Uni.
Un aperçu du programme du Trellis Seminar Series 2022
Qu’est-ce que votre équipe a retenu de la conférence 2021 ? Quel est votre plus beau souvenir ?
La conférence a été un beau succès sur plusieurs plans. Les participants et nous aussi avons beaucoup appris. Nous avons établi des liens qui continuent encore aujourd’hui. Les séminaires étaient sociables et animés. Nous laissions le Zoom ouvert et la fête continuait après la présentation. Nous en étions stupéfaits. Au cours de la série, nous avons eu 580 participants des cinq continents. Nous avons vu les mêmes personnes revenir pour plusieurs séminaires. Ils en retiraient clairement quelque chose. Quelqu’un nous a dit que la conférence était une lanterne d’espoir dans ce qui avait été une année difficile pour beaucoup.
La série 2021 a-t-elle favorisé des coopérations internationales et des connexions individuelles qui ont perduré après l’événement ?
Nous sommes entrés en relation avec l’IGGT (Internationalen Gesellschaft Gartentherapie), l’association allemande d’hortithérapieprésidée par Andreas Niepel. Je sais qu’une hortithérapeute travaillant en soins palliatifs en Angleterre est en contact avec Daniela Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi, une hortithérapeute péruvienne. Nous avons probablement joué les « entremetteurs » sans le savoir.
Qu’est-ce que les participants vous ont dit vouloir pour la prochaine édition ? Des demandes et des besoins sont-ils apparus ?
Ils ont demandé plus de la même chose ! Il y avait également une demande claire et urgente pour une meilleure reconnaissance professionnelle. Cela a toujours été un de mes objectifs, mais il y avait toujours d’autres projets qui nous occupaient. L’événement a été un catalyseur. La nature et les espaces verts étaient désormais reconnus comme importants pour la santé et nous avons estimé que nous devions établir des normes avant que d’autres ne revendiquent ce domaine. Nous pouvions voir se développer des programmes de formation avec des normes moins strictes que les nôtres.
Nous travaillons actuellement avec une université pour les cours d’horticulture et avons rencontré une autre université pour les cours liés à la santé. L’objectif est de proposer un certificat d’ici janvier 2023, notamment pour les professionnels de santé comme les infirmières ou les ergothérapeutes. Puis ensuite nous aimerions développer une formation au niveau du master. L’idée est de proposer une formation pour que les gens soient en sécurité et en confiance en tant que praticiens. Nous travaillons aussi à l’élaboration de normes, d’un code de conduite, d’une supervision et de projets de recherche plus structurés.
Quelle est la chose la plus difficile dans l’organisation d’un tel événement ?
La coordination ! S’assurer que tout fonctionne au niveau des fuseaux horaires, des versions de Zoom ou de PowerPoint. Nous faisons des répétitions pour nous en assurer. Nous sommes une équipe de 5 personnes à temps partiel et commençons à réfléchir à partir de novembre. Nous aussi travaillons à distance et nous commençons à ressentir le besoin de nous voir plus souvent en personne.
Quel est le principal objectif de l’édition 2022 ?
Notre objectif reste de connecter les gens, qu’ils retrouvent des thèmes universels avec des spécificités locales qui sont uniques. L’idée est que les participants réalisent qu’en Irak, par exemple, dans un environnement tout à fait différent à des milliers de kilomètres de chez eux, d’autres praticiens font essentiellement la même chose qu’eux avec des manières de faire, des plantes, des approches locales. Pour moi, c’est convaincant et stimulant. Si nous étions entre nous au Royaume-Uni, ce serait moins stimulant. Quant à 2023, nous allons essayer de réintroduire des événements en personne, en extérieur et à plus petite échelle. Mais je pense que nous continuerons aussi les séminaires en ligne.
La dernière session de formation en novembre dernier a rassemblé 21 stagiaires (éducatrices spécialisées, ingénieurs agronomes, AMP, art-thérapeutes, une étudiante en master, un prof de LPA, des animateurs, des jardiniers…). En mars 2016, l’équipe de formation remet ça…
Sébastien Guéret et sa bande (Viviane Cronier, Anne Ribes, Alfredo Ferreruela, Catherine Legrand) proposent une formation « Découverte de l’horticulture thérapeutique » du 7 au 10 mars à Marseille et à La Ciotat. Le deadline pour s’inscrire est le 7 février et, aux dernières nouvelles, il restait quelques places. En résumé, les objectifs sont de comprendre comment l’activité de jardinage peut s’intégrer dans un processus de soin, de lutte contre l’exclusion ou le vieillissement, de découvrir l’hortithérapie, d’être capable de construire des objectifs adaptés aux publics vises et de définir un projet d’hortithérapie. Cette formation s’adresse aux personnels soignants, éducatifs, pédagogiques. Pour plus de renseignements et pour les modalités d’inscription, voir ici.
En prime, quelques autres idées de jardinage et de fabrication maison « repiquées » à Paule Lebay, Anne Babin et d’autres : une serre en bouteilles, le magazine en ligne Jardiner Malin pour son calendrier lunaire et ses conseils et encore des suggestions de saison sur le site consoGlobe.
Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).
Je vous souhaite une belle année, pleine de projets et de bonheur, de sérénité et de victoires. Avant de rentrer pleinement dans la nouvelle année, jetons un œil sur les 12 derniers mois. J’ai choisi deux thèmes pour me souvenir de 2015 sur le Bonheur est dans le jardin : les pays que nous avons visités ensemble et les contributeurs qui nous ont fait le plaisir de partager leur expérience. Un grand merci à eux et avis à ceux qui voudraient suivre leur exemple. La porte est ouverte…Merci aussi aux plus de 19 000 lecteurs qui ont visité le blog l’année dernière.
En 2015, nous avons rencontré Fiona Thackeray et son association Trellis en Ecosse, nous sommes retournés aux Etats-Unis pour faire un état des lieux de la thérapie horticole, nous avons découvert la discipline telle qu’on la pratique et qu’on l’enseigne au Japon, un projet de mur végétal dans un hôpital pour enfants au Canada, un grand jardin dans un hôpital psychiatrique en Belgique, l’association Thrive en Angleterre, un jardinier français installé en Suisse, une infirmière qui parle de deuil et de nature aux Etats-Unis et un tas d’initiatives en Suisse, Suède et Belgique grâce à une lectrice partageuse.
Du côté des contributeurs, nous avons rencontré Romain R., ingénieur en paysage sensible aux vertus thérapeutiques du jardin en particulier grâce à son expérience à la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, Carole Nahon et son association Le Jardin des (S)âges à Draguignan, Tamara Singh, horticultural therapist formée à New York qui nous a raconté son expérience en plusieurs épisodes, y compris son travail au Rusk Institute, Nicole Brès qui combine art thérapie et hortithérapie et qui nous a également fait découvrir un healing garden à Philadelphie, Stéphane Lanel qui nous a parlé de sa formation en parallèle de son travail à la maison des Aulnes et Romain Pommier qui a lancé tambour battant un jardin thérapeutique au CHU de Saint-Etienne.
Quel plaisir d’être contactée par Tamara il y a quelques jours ! Je bouleverse un peu mon « calendrier éditorial » pour vous la présenter de toute urgence alors qu’elle est en train de faire ses bagages à New York pour venir s’installer à Paris. On sent que la communauté française va s’enrichir d’une nouvelle membre, formée et forte d’une expérience américaine très intéressante.
Pour donner une idée de son riche parcours, commençons par son arrivée à Paris en provenance d’Amsterdam pour étudier à Sciences Po, puis sa bifurcation vers le DEA “Jardins paysages territoires” à la Sorbonne, programme créé par Bernard Lassus. Puis direction Londres pour étudier l’art végétal et floral à la London University for the Arts. Là, elle anime des ateliers de deux ou trois jours avec des enfants pour leur parler de notre énorme dette envers les plantes, leur apprendre des techniques de tissage (elle a aussi étudié l’anthropologie) et construire avec eux des huttes en saule. Dont au moins une survit encore dans une cour d’école londonienne.
Dans les couloirs de l’hopital NYU Langone Tisch en cardiologie.
« Depuis l’ouragan Sandy et la fermeture de la serre, le programme est très différent et presqu’entièrement basé dans les wards (les salles de l’hôpital). La présence dans les unités médicales a permis d’autres percées and a rendu l’hortithérapie visible d’une façon nouvelle dans le milieu médical », affirme Tamara. Leçon de réaction positive à l’adversité, s’il en est. D’ailleurs l’utilisation de l’espace, intérieur ou extérieur, est une différence entre la France et les Etats-Unis d’après ses premières observations. « Dans les hôpitaux new-yorkais construits dans les années 50-70, il n’y a pas d’espace dehors. On amène tout ce qu’il faut pour les résidents. Ca n’empêche pas de monter un programme d’hortithérapie. Maintenant on peut accepter des gens plus « compromis » qui ne pouvaient pas descendre au jardin. En France, la discussion est toujours autour d’un espace extérieur. »
« Les hortithérapeutes ne sont pas des animateurs »
Amener l’activité au plus près des patients parfois immobilisés
« A Rusk, je travaille avec des neuro-lésés pour les aider à récupérer leurs moyens et pallier les déficiences. On peut travailler la motricitié, le visuel, la mémoire, la problématisation. Je travaille aussi avec des patients souffrant de troubles cardio-vasculaires, des enfants opérés, des enfants en oncologie, des personnes âgées atteintes ou pas de la maladie d’Alzheimer. Ce sont en général des groupes de 45 minutes à une heure. Il y a aussi des projets dans la communauté, dans des centres pour personnes âgées ou pour jeunes », décrit Tamara. Et la thérapie dans tout cela ? « Nous faisons un travail d’équipe pour établir les objectifs de chaque patient et les changer en fonction de leurs progrès. Nous ne sommes pas des animateurs, mais des thérapeutes. A nous de trouver les activités en rapport avec les objectifs. Nous travaillons beaucoup avec les ergothérapeutes et les physiothérapeutes dans des situations de « cotreat ». Parfois, c’est plus social. » Un travail d’évaluation de chaque patient et de chaque séance fait partie intégrante du processus.
Peu d’hortithérapeutes américains, dans l’expérience de Tamara, travaillent à temps plein. Tous ont des activités à côté. La plupart continue à se former. « Nous sommes une profession jeune, il faut être au fait de la recherche pour améliorer les activités. Il faut aussi comprendre que chaque séance d’une heure peut prendre 2 ou 3 heures de préparation. »
Conseil de lecture
Avec de jeunes femmes handicapees du WID (womens initiative for disability) du NYU langone medical center.
« M’apprêtant à rentrer à Paris, forte de mes expériences cliniques auprès de cardiaques et de neuro lésés, gériatrie, pédiatrie, psychiatrie, la maladie de Huntington pour ne parler que de quelques populations suivies, je me demande sur quelles pistes me lancer. Pratiquer? Animer? Former d’autres? Retourner à la recherche? », m’avait écrit Tamara quand elle a pris contact fin novembre. Des interrogations bien légitimes. J’espère que la communauté française fera un accueil chaleureux à Tamara.
Les animateurs du projet dont Anne Babin (à gauche en tablier vert) et Laurent Chéreau (devant avec le bob).
En octobre 2012, plusieurs animateurs du Centre Hospitalier Départemental Georges Daumezon à Fleury-les-Aubrais (Loiret) se retrouvent à Chaumont-sur-Loire pour la toute première formation sur les jardins de soin. Situé près d’Orléans, le CHD Daumezon est responsable de l’organisation de la prise en charge des maladies mentales en psychiatrie générale (adultes) et en psychiatrie infanto-juvénile (enfants-adolescents). « On venait pour nos jardins », raconte Anne Babin qui dispose d’une serre pour jardiner tous les jours avec les patients dans le cadre d’un atelier floriculture et Laurent Chéreau qui utilise plus modestement deux petits bacs. Mais la formation va faire germer une idée plus ambitieuse encore, une idée qui a maintenant pris forme et qui a fait l’objet d’une inauguration officielle la semaine dernière.
On décape le gazon pour la créer des parcelles de 2 x 5m.
Car ensemble, ils ont imaginé créer d’un jardin partagé de soin. Il faut dire que le terrain est fertile. « On considère le jardin comme une activité thérapeutique avec du temps dédié. Tout le monde, la direction des soins, les cadres, les chefs de pôle, pensent ainsi », expliquent Anne et Laurent. Avec le feu vert de la direction, les porteurs du projet lancent un sondage en ligne auprès des équipes médicales, soignantes, administratives et logistiques. « Etes-vous intéressé pour faire vivre une parcelle dans un futur jardin de soin et/ou jardin partagé ? » Plusieurs unités répondent avec enthousiasme et le responsable des espaces verts s’engage dès le départ dans le projet. « On a tout fait en régie, nous avons beaucoup de ressources en matériaux, en engins, en hommes », énumère Laurent. Un emplacement est choisi, le square Jamin, situé assez centralement vers l’entrée de l’hôpital. Il ne nécessite pas beaucoup de travaux : il est déjà clôturé, un chemin adapté aux fauteuils roulants existe (le square était déjà utilisé par l’unité pour personnes âgées dont Laurent est l’animateur).
Un lieu de rencontre, un lieu de vie
Comme l’écrivent les initiateurs du projet de jardin partagé de soins dans un document qui explique leur démarche, « Notre objectif est à la fois modeste et ambitieux : Nous souhaiterions faire vivre un lieu de rencontre qui puisse se partager autour du jardinage, du jeu, de la promenade, de la rêverie, de la gourmandise aussi… ». Moins de deux ans plus tard, le jardin partagé est une réalité. « Les 7 parcelles ont été attribuées et sont investies au fur et à mesure. C’est difficile de libérer du temps avec les manques d’effectifs. Les soignants doivent être moteurs. Mais maintenant, il y a une vie. Des personnes viennent se reposer, des familles viennent avec les patients et ils jardinent ensemble », s’enthousiasment Anne et Laurent. Le lieu est ouvert à tous de 8h00 à 22h00. « C’est un lieu respecté. Les outils ne bougent pas. Le jardin est clôturé, mais les portillons ne sont pas fermés. » Le jardin suscite même des vocations et une certaine envie : certains dans l’administration ont aussi exprimé l’envie d’avoir une parcelle.
Une Charte du jardin partagé de soins de l’hôpital Georges Daumezon a été élaborée. Chaque unité participante a par ailleurs ses propres objectifs. Une unité d’hospitalisation, qui pratiquait déjà un atelier thérapeutique sur le thème du jardinage, poursuit plusieurs buts : permettre une autonomie aux patients, créer des liens et des échanges entre structures afin de profiter de l’expérience de chacun, permettre de se ressourcer à travers une activité relaxante et valorisante, développer la créativité des patients et la capacité d’échanger avec un groupe, etc…Pour les personnes en séjour au Centre d’Accueil pour Personnes Agées où Laurent est animateur, il s’agit de faire réapparaitre des motivations pour des activités individuelles et collectives, de renforcer l’estime de soi, de prendre des initiatives. Les autres responsables de parcelles comprennent entre autres la crèche de l’établissement (vive les liens entre les générations), un CMP Enfants Unité fonctionnelle et une résidence thérapeutique (atelier de floriculture).
Des objectifs thérapeutiques multiples
Les patients de l’atelier floriculture d’Anne justement, forts de leur expérience, donnent des petites formations sur les semis, le repiquage, le bouturage ou les bouquets. Une merveilleuse façon de valoriser leurs connaissances et de créer des liens entre différents patients au sein de l’établissement. L’objectif est aussi de s’ouvrir sur l’extérieur. « On va se rapprocher d’associations de jardins ouvriers du quartier pour ajouter de la vie, échanger des plantes », promet Anne. Elle regrette que le poste évaluation n’ait pas été financé même si chaque unité évalue ses patients (taux de fréquentation, bienfaits de la thérapie en termes d’ouverture à l’autre ou encore de sommeil).
Pour le comité de pilotage qui travaille depuis deux ans sur ce projet, l’inauguration vendredi dernier a marqué une reconnaissance et une officialisation. Grâce à ce jardin, on parlera désormais de l’hôpital autrement…
Quinze ans après la publication du livre Healing Gardens: Therapeutic Benefits and Design Recommendations de Clare Cooper Marcus et Marni Barnes, voici une version actualisée et révisée qui cite de nouvelles recherches et fournit une flopée d’études de cas fascinantes ainsi que des recommandations détaillées pour ceux qui réalisent des jardins pour les établissements de santé. Roger Ulrich, l’auteur de l’article très souvent cité « La vue à travers une fenêtre peut influencer la récupération après une opération », signe la préface de ce nouvel ouvrage. Il écrit que « Les connaissances et les leçons qu’il offre seront cruciales pour augmenter le succès et la qualité de tout projet de santé qui propose des jardins ou d’autres formes d’accès à la nature. »
Nous ne pourrions pas être plus d’accord. Ce livre est une lecture obligatoire pour tout le monde dans le domaine. Raconter aux lecteurs de ce blog que les établissements de santé sont des endroits stressants où une connexion avec la nature peut aider les patients, les visiteurs et le personnel, c’est vraiment prêcher à des convertis. Mais les 300 pages de cet ouvrage important apportent de l’eau à leur moulin avec les dernières recherches en date et fournit des lignes directrices détaillées pour la conception de jardins thérapeutiques en général et pour plusieurs populations spécifiques en particulier (enfants, patients atteints de cancer, personnes âgées, celles atteintes d’Alzheimer et autres démences, résidents en hospice, anciens combattants et personnes en rééducation). Comme l’expliquent les auteurs, le livre s’adresse aux responsables et aux bailleurs de fonds des établissements de santé, mais aussi aux architectes paysagistes et autres concepteurs afin qu’ils puissent communiquer ensemble plus efficacement.
Clare Cooper Marcus
Naomi Sachs
Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs soulignent l’importance de la « conception fondée sur les preuves » (« evidence-based design”) dont la validité a été confirmée par 25 ans de recherche ainsi que d’un processus de conception participative impliquant des équipes interdisciplinaires et toutes les parties prenantes. Les deux auteurs, la première professeure émérite au département d’Architecture à l’Université de Berkeley et l’autre directrice et fondatrice du réseau Therapeutic Landscapes Network, définissent les termes qu’elles utilisent. D’une part, les « healing, therapeutic or restorative gardens » sont des jardins où les participants peuvent « s’asseoir, marcher, regarder, écouter, méditer, faire une sieste, explorer ». D’autre part, les « enabling gardens » proposent des activités « dirigées par un hortithérapeute professionnel, un ergothérapeute, un kinésithérapeute ou d’autres professionnels apparentés en collaboration avec les autres membres du personnel soignant. »
Certes, le livre consacre plus d’attention aux « restorative gardens » qu’aux « enabling gardens » bien que Teresia Hazen de Legacy Health à Portland en Oregon ait contribué deux chapitres, dont un qui est intitulé « Horticultural Therapy and Healthcare Garden Design ». En outre, Marni Barnes qui a coécrit le livre original avec Clare Marcus Cooper a également contribué un chapitre intitulé « Planting and Maintaining Therapeutic Gardens ».
Décrit dans le livre, le Olson Family Garden à l’hôpital pour enfants de Saint Louis est une oasis de 750 m2 installée en terrasse.
En guise d’introduction, un chapitre est consacré à l’histoire des espaces extérieurs pour les malades depuis la Grèce antique. Parmi les types et les emplacements de paysages thérapeutiques avec leurs avantages et leurs inconvénients, les auteurs décrivent les grands parcs, les espaces détournés, les sentiers pédestres, les jardins en entrée ou à l’arrière des bâtiments, les patios, les jardins sur les toits et d’autres encore. En conclusion, les questions de financement et d’évaluation des jardins thérapeutiques sont abordées. Les nombreuses études de cas avec descriptions, plans, photos, les points clés et les problèmes possibles – dont quelques exemples sont choisis en dehors des Etats-Unis – forment le cœur de cet ouvrage qui devrait servir d’inspiration pour toute une nouvelle génération de concepteurs de jardin dans les établissements de santé.
Pour rappel, l’association Jardins & Santé organise son symposium les 17-18 novembre 2014 à Paris. Vous pouvez prendre connaissance du programme et vous inscrire en ligne. Un rendez-vous incontournable où vous pourrez rencontrer beaucoup d’acteurs interviewés sur ce blog et beaucoup d’autres acteurs.
Therapeutic Landscapes: An Evidenced Based Approach to Designing Healing Gardens and Restorative Outdoor Spaces, by Clare Cooper Marcus and Naomi Sachs (Wiley, 2014). Disponible sur Internet ou dans les librairies anglophones. En anglais uniquement.