Pendant l’hiver, on ne se tourne pas les pouces

Formation

La dernière session de formation en novembre dernier a rassemblé 21 stagiaires (éducatrices spécialisées, ingénieurs agronomes, AMP, art-thérapeutes, une étudiante en master, un prof de LPA, des animateurs, des jardiniers…). En mars 2016, l’équipe de formation remet ça…

Sébastien Guéret et sa bande (Viviane Cronier, Anne Ribes, Alfredo Ferreruela, Catherine Legrand) proposent une formation « Découverte de l’horticulture thérapeutique » du 7 au 10 mars à Marseille et à La Ciotat. Le deadline pour s’inscrire est le 7 février et, aux dernières nouvelles, il restait quelques places. En résumé, les objectifs sont de comprendre comment l’activité de jardinage peut s’intégrer dans un processus de soin, de lutte contre l’exclusion ou le vieillissement, de découvrir l’hortithérapie, d’être capable de construire des objectifs adaptés aux publics vises et de définir un projet d’hortithérapie. Cette formation s’adresse aux personnels soignants, éducatifs, pédagogiques. Pour plus de renseignements et pour les modalités d’inscription, voir ici.

Quoi faire au jardin en janvier et février?

En plus de se former et de lire au coin du feu, on peut poursuivre quelques activités même au cœur de l’hiver. Pour glaner des idées, faisons de nouveau appel au livre « Growing with gardening : a 12-month guide for therapy, recreation and education » par Bibby Moore dont j’avais déjà parlé.

Voici des suggestions de Bibby Moore pour le mois de janvier :

  • Se procurer des catalogues de graines
  • Faire germer des graines
  • Visiter la bibliothèque (ou Internet) pour lire des livres de jardinage
  • Etudier les brindilles
  • Fabriquer des étiquettes pour les arbres
  • Entretenir ses outils de jardinage
  • Transplanter des légumes de printemps
  • Construire une mangeoire pour les oiseaux
  • Faire germer une graine d’avocat
  • S’intéresser aux cactus et aux plantes succulentes
  • Regarder des films (pour des suggestions du moment, on pense aux documentaires Demain déjà sur les écrans et Les Saisons qui sort le 27 janvier)

Et pour février :

  • Lancer les bulbes de caladium (oreilles d’éléphant, cœur de Jésus, ailes d’ange,…)
  • Garder les peaux d’orange pour faire des concoctions, pots pourris,…
  • Bouturer des arbustes persistants
  • Planifier un jardin de printemps
  • Semer de la laitue en extérieur et des graines de chou-fleur en intérieur
  • Habituer les plants de brocoli et de choux en les sortant quelques heures par jour, puis toute la journée, puis en permanence
  • Planter des graines dans une éponge.
  • Commencer un jardin d’herbes
  • Choisir des plantes pour réaliser des activités plus tard
  • Fabriquer un terrarium
  • Préparer un jardin de fleurs

En prime, quelques autres idées de jardinage et de fabrication maison « repiquées » à Paule Lebay, Anne Babin et d’autres : une serre en bouteilles, le magazine en ligne Jardiner Malin pour son calendrier lunaire et ses conseils et encore des suggestions de saison sur le site consoGlobe.

 

Jardiner est-il bon pour notre santé mentale ?

National Geographic

Un hôtel à Singapour (photo de Lucas Foglia dans l’article de National Geographic)

 

Vous voulez créer un jardin de soin ? Vous avez besoin d’arguments sur les bienfaits de la nature sur la santé mentale des être humains, si possible ancrés dans des recherches scientifiques ? Voici quelques études récentes, glanées ici et là. Attention, la plupart de ces articles scientifiques sont en anglais et ils sont payants si on souhaite lire l’intégralité de l’article. Certaines études prennent le jardin pour cadre, d’autres la nature plus largement.

 

Bonjour estime de soi, adieu dépression

Cette étude anglaise publiée en 2015 a pu mesurer que les personnes ayant une parcelle dans un jardin familial (« allotments ») avaient une meilleure estime de soi, étaient moins dépressives, moins fatiguées et avaient plus de vigueur qu’un groupe contrôle sans jardin familial. Les chercheurs en concluent que ces jardins familiaux (ou collectifs ou jardins ouvriers), pour lesquels il y a de longues listes d’attente, peuvent jouer un rôle important dans la santé mentale et devraient être utilisés comme un moyen de prévention. Lire le résumé de l’étude.

 

L’exercice physique stimule les fonctions cognitives

Cet article énumère plusieurs études qui démontrent que l’exercice physique a des effets positifs sur les fonctions cognitives : des enfants qui faisaient régulièrement de l’exercice amélioraient leurs fonctions exécutives et en particulier leur « inhibition attentionnelle », des adultes âgés souffrant d’un léger déclin cognitif avaient améliorer leurs mémoires spatiale et verbale grâce à certains exercices physiques, d’autres réussissaient à lutter contre la mort neuronale grâce à des exercices avec des poids et des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer voyaient aussi une amélioration cognitive en pratiquant régulièrement la marche. Aucune de ces études n’avaient pour cadre le jardin ou la nature, mais il me semble que les résultats pourraient être extrapolés. Lire l’article de vulgarisation menant aux diverses études.

 

Le retour d’expérience du CHU de Nancy

L’équipe de Thérèse Rivasseau-Jonveaux à Nancy a publié une étude intitulée « Un jardin comme outil de soins en unité cognitivo-comportementale » dans Soins Gérontologie (2014). Le résumé est succinct, mais conclut que « Pour stabiliser les troubles du comportement, dans le cadre d’une prise en charge non médicamenteuse, le jardin thérapeutique a toute sa place. » Lire le résumé de l’article.

 

La bactérie Mycobacterium vaccae combat la dépression

Dans une étude publiée en 2007, des chercheurs anglais avaient démontré sur des souris que cette bactérie que l’on trouve dans la terre avait la capacité d’activer les neurones qui sécrètent la sérotonine, l’hormone responsable de réguler l’humeur et dont le manque peut causer la dépression. Lire le communiqué de l’université de Bristol.

 

Le cerveau dans la nature

Que se passe-t-il dans un cerveau exposé à la nature ? Cet article de National Geographic est un vrai bonheur, des études racontées comme un voyage. On rencontre David Strayer, un psychologue cognitif de l’université de l’Utah dont l’hypothèse est que le cortex préfrontal peut se reposer, comme un muscle fatigué, au bout de quelques jours dans la nature. Des chercheurs de l’école de médecine de l’université d’Exeter qui ont découvert que les urbains qui vivaient près de plus d’espaces verts ressentaient moins de détresse mentale. Des chercheurs japonais qui ont montré que des participants qui marchaient dans des forêts, comparés à des marcheurs en ville, voyaient des bénéfices bien réels : une baisse de 16% de leur niveau de cortisol (hormone du stress), une baisse de 2% de leur tension et une baisse de 4% de leur rythme cardiaque. Lire et regarder l’article.

 

Rétrospective

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Un des cinq jardins au Legacy Emanuel Medical Center à Portland (Oregon).

Je vous souhaite une belle année, pleine de projets et de bonheur, de sérénité et de victoires. Avant de rentrer pleinement dans la nouvelle année, jetons un œil sur les 12 derniers mois. J’ai choisi deux thèmes pour me souvenir de 2015 sur le Bonheur est dans le jardin : les pays que nous avons visités ensemble et les contributeurs qui nous ont fait le plaisir de partager leur expérience. Un grand merci à eux et avis à ceux qui voudraient suivre leur exemple. La porte est ouverte…Merci aussi aux plus de 19 000 lecteurs qui ont visité le blog l’année dernière.

En 2015, nous avons rencontré Fiona Thackeray et son association Trellis en Ecosse, nous sommes retournés aux Etats-Unis pour faire un état des lieux de la thérapie horticole, nous avons découvert la discipline telle qu’on la pratique et qu’on l’enseigne au Japon, un projet de mur végétal dans un hôpital pour enfants au Canada, un grand jardin dans un hôpital psychiatrique en Belgique, l’association Thrive en Angleterre, un jardinier français installé en Suisse, une infirmière qui parle de deuil et de nature aux Etats-Unis et un tas d’initiatives en Suisse, Suède et Belgique grâce à une lectrice partageuse.

Du côté des contributeurs, nous avons rencontré Romain R., ingénieur en paysage sensible aux vertus thérapeutiques du jardin en particulier grâce à son expérience à la maison médicale Jeanne Garnier à Paris, Carole Nahon et son association Le Jardin des (S)âges à Draguignan, Tamara Singh, horticultural therapist formée à New York qui nous a raconté son expérience en plusieurs épisodes, y compris son travail au Rusk Institute, Nicole Brès qui combine art thérapie et hortithérapie et qui nous a également fait découvrir un healing garden à Philadelphie, Stéphane Lanel qui nous a parlé de sa formation en parallèle de son travail à la maison des Aulnes et Romain Pommier qui a lancé tambour battant un jardin thérapeutique au CHU de Saint-Etienne.

La semaine prochaine…

Une lectrice partage ses découvertes en Suisse, en Belgique, en Suède

Cléa Gentile est étudiante en dernière année d’ergothérapie en Suisse. Elle s’intéresse beaucoup à la thématique des jardins de soins et de l’hortithérapie, mais ne trouvait pas grand chose autour d’elle en Suisse. Depuis quelques mois, nous échangeons et elle me fait part de ses découvertes. Elle m’a autorisée à les partager à mon tour avec vous. Des programmes en Suisse, en Belgique et aux Etats-Unis, des lectures et même deux formations qu’elle envisage de suivre en Suède. Merci à elle de nous faire profiter de ses heures de recherche.

A lire dans l'article sur le jardin conçu pour les malvoyants en Belgique. "Le semoir inventé par Christian Badot pour réaliser un semis et prendre des plantules sans les abîmer a reçu le prix «coup de cœur» au concours organisé par Handicap international Belgique en 2007." © Jacques Vandenbroucke

A lire dans l’article sur le jardin conçu pour les malvoyants en Belgique. « Le semoir inventé par Christian Badot pour réaliser un semis et prendre des plantules sans les abîmer a reçu le prix «coup de cœur» au concours organisé par Handicap international Belgique en 2007. »
© Jacques Vandenbroucke

Un peu à la manière, de la chanson « Les 12 jours de Noël », voici la liste de Cléa.

  1. Pour commencer, un livre lu dans le cadre de sa formation (Creek’s Occupational Therapy and Mental Health) et tout un chapitre traite du “Green Care”. Le chapitre résume bien les concepts du green care et son lien avec l’ergothérapie. De plus, il donne une description des différentes approches en lien avec la nature et la santé.
  1. Toujours sur le sujet du green care, un « cadre conceptuel » avec quelques théories sous-jacentes.
  1. Une ergothérapeute américaine qui a développé un programme intéressant avec des enfants.
  1. En Belgique, un jardin thérapeutique et accessible aux personnes malvoyantes.
  1. Un projet d’éducation thérapeutique à Genève, avec l’expérience d’Amanda Jullion et des jardins thérapeutiques pour patients obèses et/ou diabétiques (projet arrêté aujourd’hui si je ne m’abuse).
  1. Un article qui traite des jardins thérapeutiques existants en Suisse.
  1. L’association suisse vivaterra, en veille pour le moment, qui peut être intéressante à entendre ses objectifs (« vivaterra veut promouvoir la création de jardins thérapeutiques dans des institutions fermées – EMS, hôpitaux, prisons – afin de permettre à leurs résidents de redécouvrir les bienfaits des plantes et d’avoir un contact avec la nature en travaillant la terre »).
  1. Un jardin thérapeutique dans un établissement pénitencier à Genève.
  1. Tout proche de Lausanne, La Marcotte, un jardin d’enfant thérapeutique décrit très succinctement.
  1. En Suède, Cléa nous signale l’existence du Danderyd Hospital, endroit où les jardins thérapeutiques ont vu le jour dans ce pays et où elle a prévu de faire un stage en 2016. Si le projet se réalise, elle a promis de nous raconter !
  1. Toujours en Suède, elle a découvert un master sur la relation « santé-nature ». Auquel j’ajouterais ce programme de « horticultural therapy » toujours dans la même université, la Swedish University of Agricultural Sciences (SLU).
  1. Enfin, Cléa projette un tour d’Europe à vélo au fil d’une année. Elle aimerait visiter des jardins de soin sur sa route. Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires. Ce serait un bel échange.

 

 

Une hortithérapeute à temps plein au Mental Health Center à Denver

Carol LaRocque dans l'un des établissements du Mental Health Center à Denver.

Carol LaRocque dans l’un des établissements du Mental Health Center à Denver.

Depuis 2013, je contribue au blog du Horticultural Therapy Institude (HTI) de Rebecca Haller et Christine Kramer. A travers HTI, les deux auteures du manuel « Horticultural Therapy Methods: Connecting People and Plants in Health Care, Human Services, and Therapeutic Programs » offrent depuis de nombreuses années des formations à l’hortithérapie à Denver au Colorado, mais aussi sur la côte Est et sur le côte Ouest. Le blog vient d’accueillir Susan Morgan, une ancienne étudiante du HTI. Car plus on est de bloggeuses, plus on rit.  Vous pouvez découvrir son premier billet dédié à Carol LaRocque, une hortithérapeute à plein temps qui s’occupe des programmes pour enfants et ados au Mental Health Center à Denver. Pour lire son histoire (en anglais), c’est ici.

Susan Morgan

Susan Morgan

Susan Morgan baigne dans le monde végétal depuis des années. Elle est diplômée du Horticultural Therapy Institute et a effectué son stage de fin d’études au Chicago Botanic Garden où elle a travaillé avec une variété de groupes dont des jeunes hommes incarcérés dans une prison de style “boot camp”, des jeunes à risque et des personnes souffrant de déficiences intellectuelles. Elle possède des diplômes en horticulture de l’Université du Tennessee, y compris un master en horticulture publique ainsi qu’un diplôme international en enseignement des jardins botaniques obtenu aux Royal Botanic Gardens à Kew en Angleterre. En tant qu’horticultrice et qu’hortithérapeute, Susan a lancé son entreprise, The Horticultural Link, qui fournit des services d’hortithérapie à Dallas au Texas, ainsi que des consultations horticoles et des travaux de rédaction. Ses écrits et ses photos ont été publiés dans l’American Horticultural Therapy Association News Magazine, Journal of Environmental Education, et Scripps Networks Interactive / HGTV sites, où elle était précédemment rédactrice-en-chef adjointe d’une rubrique en ligne sur le jardinage. L’AHTA lui a décerné son Alice Burlingame Humanitarian Service Award. Susan partage ses expériences liées au jardinage et à l’hortithérapie (idées d’activités, recettes et autres réflexions) sur son blog eatbreathegarden.com.

Fenêtres avec vue au Rusk Institute

Aujourd’hui, retour de Tamara Singh, diplômée en hortithérapie du programme du New York Botanical Gardens dont elle nous avait décrit l’enseignement il y a quelques semaines ici et . Dans ce nouveau billet, elle nous raconte de l’intérieur le programme d’hortithérapie du Rusk Institute for Rehabilitation et son Glass Garden à New York dont je vous avais parlé à travers une interview de Matt Wichrowski en 2013. Vous pouvez joindre Tamara à hortustherapy (at) gmail.com.

Les lieux en évolution de la psychiatrie

Vue de Rusk

Vue de Rusk

Dans les années 1950, sous le haut patronage d’Enid Haupt et l’égide du Dr Howard Rusk, médecin en psychiatrie, un des premiers jardins thérapeutiques totalement accessible à des patients à mobilité réduite a vu le jour à New York. En 2009 le Glass Garden, le jardin de verre de Rusk a fêté ses 50 ans. Ayant connu plusieurs moments forts dans son évolution et son expansion, plusieurs fois primé pour son design, le jardin a été un lieu d’expériences et de recherche sur le jardin de soins. Pour plus d’infos sur la physiatrie en anglais.

Selon Dr Rusk, pionnier d’une approche holistique dans la réhabilitation du patient, prendre en charge la personne dans sa totalité implique de vouloir le faire progresser sur plusieurs plans, en envisageant une réinsertion digne dans la vie malgré les conditions limitatives pouvant être provoquées par un handicap. Surtout ne plus traiter que le physiologique ou les déficiences dans les fonctions selon un modèle médical mécaniste antique. On travaille sur l’amélioration sensée du patient afin de le ramener vers des formes d’indépendance tant que possible dans la vie quotidienne. C’est ainsi que pouvoir avoir accès à un jardin –pour se poser dans un cadre de détente mais surtout pour vaquer à une occupation d’agrément, s’exercer, mettre en pratique les stratégies apprises lors des séances de physiothérapie– rentrait dans la ligne logique pour le Dr Rusk. Ce fut le pari relevé par les hortithérapeutes (HT) à Rusk toutes ces années.

Les populations traitées

Plants de riz pour les jeunes patients

Plants de riz pour les jeunes patients

Rusk Institute, qui fait partie du New York University Medical Center (institution très vaste qui se décline sur plusieurs bâtisses dans Manhattan-est) est reconnu et couru pour la qualité des soins qu’on y prodigue en réhabilitation. Depuis les changements d’infrastructure –prévus car un nouveau bâtiment et un nouveau jardin verront le jour—- précipités par les événements climatiques en 2012, Rusk compte à peu près 80 lits pour les soins aigus de réhabilitation après la stabilisation des patients cérébro-lésés, cardiaques, pédiatriques et orthopédiques. Il y a de surcroît et en parallèle des interventions dans d’autres départements du NYU Medical Centre qui ne dépendent pas de Rusk directement (en psychiatrie, en épilepsie). Et une foison de programmes en ambulatoire/soins de jour en oncologie ou en gériatrie (surtout Alzheimer). 

Après la tempête

Dans la serre temporaire

Dans la serre temporaire

Depuis la tempête Sandy et la disparition des serres et jardins, la présence des hortithérapeutes au sein même des unités de soins a pris de l’ampleur. Les cinq thérapeutes principales, secondées par des ingénieurs horticoles (responsables de la « matière » végétale dans la petite serre temporaire et la terrasse attenante), des lapins, des volontaires, des stagiaires en HT et des thérapeutes à mi-temps ont dû réinventer leur façon de travailler à Rusk. Alors que, dans le passé, les patients venaient vers le Glass Garden au rez-de-chaussée de l’hôpital accompagnés de leurs kinés ou ergothérapeutes –ce qui supposait une meilleure forme chez les patients– aujourd’hui les hortithérapeutes vont vers le patient quotidiennement car il s’agit effectivement de patients plus démunis, plus malades. Quelques jours seulement après la stabilisation des patients, les séances de réhabilitation très poussées commencent. Kinés, psychomotriciennes, orthophonistes, ergothérapeutes, psychologues, art thérapeutes, musicothérapeute et HT sont sollicités.

Le temps presse, il faut faire le maximum avec le patient, réapprendre la respiration, stimuler le langage, la motricité fine, travailler le vestibulaire, les facultés exécutives, s’entraîner, pratiquer les gestes de la vie quotidienne en les modifiant si besoin est ou en modifiant l’environnement, s’exercer aux stratégies de conservation d’énergie ou de compensation –autant d’objectifs à prendre en compte selon les patients. On doit faire travailler les mains, l’extension, la mémoire, la régulation de l’attention, les déficiences cognitives (prendre des décisions, suivre des instructions), la station debout, l’endurance, divertir, détendre pour mieux gérer le stress du séjour médical, mais aussi aider à penser “l’après l’hôpital” dans les gestes de la vie quotidienne. Le jardinage en pot, au rebord de leur fenêtre, en chaise roulante à table avec d’autres, rempoter, bouturer, malaxer le terreau, arroser seul, écrire leur nom sur une étiquette, se rappeler les soins pour telle ou telle plante tropicale d’intérieur ou sa provenance : autant d’interventions possibles pour s’exercer à la normalisation sur plusieurs plans, voire aller vers la découverte d’une nouvelle image de soi. Les activités de jardin et de nature, au-delà de leur pouvoir sensoriel fort, leur puissance métaphorique, le côté hautement structurant et structuré des gestes du jardinier, leur capacité à offrir une possibilité d’amélioration de son estime de soi, est très apte à permettre l’exercice des stratégies généralisables dont on aura besoin pour les « activities of daily living (ADL) ».

Le HT peut commencer le traitement « bedside » pour ensuite et selon les progrès inviter le patient à faire partie d’un groupe à visée thérapeutique. Les HT sont formées à la gestion des thérapies de groupe qui permettent des simulations de vie en société, le partage, la coopération entre personnes handicapées, autour de ces éléments familiers et vivants que sont les plantes.

Les HT réinventent leur pratique

Huiles

Huiles

Le protocole de traitement s’en est trouvé changé.  Du fait de ne plus jardiner en terre, les HT de Rusk ont dû inventer de nouvelles façons de faire, d’apporter le jardin et la nature vers les patients qui ne l’apprivoisent plus que depuis leur lit. Le rapprochement avec les arts thérapeutes et les ergothérapeutes est naturel. D’où les activités assez originales comme de faire des t-shirts en pédiatrie avec les pigments des pétales de fleurs en utilisant un petit marteau –mais toujours et selon le plan individuel de traitement, œuvrer dans une amélioration positive et bénéfique pour le patient.

Par ailleurs, autre effet de la présence des HT au sein même des unités de soin : une conscience aiguë des consignes de sécurité et une connaissance des risques sont très importantes. Précautions d’aspiration; de chute; sécurité des patients impulsifs encore très confus, usage de terreau stérile, renouvelé entre chaque patient, usage des gants et de masques lorsque la personne est en “avis contact”, recouvrir les lits, les tables si nécessaires, toujours nettoyer derrière soi avec les produits désinfectants, s’assurer auprès du personnel infirmier si jamais il y a le moindre des doutes. Tout est mis en œuvre pour que cela se passe de façon confortable et non menaçante. D’ailleurs il est même très habituel d’animer une séance de pair avec un kiné ou un orthophoniste. En tout cas, il est considéré plus important de faire participer en prenant à cœur les risques possibles plutôt que de tenir les patients à l’écart. 

Le modèle thérapeutique en pratique

(Rounds, Huddles, Conférence, Supervision, Inservice training)

Un lapin à Rusk

Un lapin à Rusk

Le patient est encadré par une équipe. La communication entre les co-équipiers est primordiale ; la parole à tous et le respect de la personne sont à l’ordre du jour. Toujours en rappel avec l’idée d’Howard Rusk, on doit prendre en charge la personne dans sa totalité et non seulement ses séquelles physiologiques. Le patient –afin de mieux guérir ou de dépasser ses conditions limitatives prises en charge à l’institut– passe en premier. L’équipe médicale le sait, mais le patient le sait aussi. Le dialogue est primordial. C’est le propre du modèle américain. Si les HT sont invitées aux rondes matinales (Rounds) et aux réunions quotidiennes (Huddles) et hebdomadaires (Conference) assis autour de la table de réunion avec les chirurgiens et les psychologues, c’est que les thérapies créatives et expressives sont là pour alimenter, complémenter, soutenir les démarches des kinés, orthophonistes et psychomotriciennes. D’ailleurs, le fait que la documentation médicale (SOAP notes) soit exigée des HT au même titre que les autres thérapeutes renvoie encore à cette volonté d’intégration de l’équipe pour répondre à cette idée de prise en charge totale des patients.

Dans le déroulement hebdomadaire des HT,  la supervision et la revue par les pairs sont également très importantes. On passe en revue les activités horticoles appropriées (âge du patient, saison, est-ce un jour de fête par exemple, chances de réussir l’activité) en fonction du type de patient à voir. On évalue comment traduire les objectifs établis par l’équipe médicale en termes horticoles. « Activity analysis », l’analyse d’activité, outil des ergothérapeutes par excellence, est maniée par les HT en amont de chaque nouvelle séance avec une patiente. Où en est le patient, que demande l’activité préparée? Comment le patient sera-t-il sollicité physiquement, cognitivement, comment apporter les adaptations, de quelles stratégies lui faire part, quoi demander de la part du patient. Faut-il travailler sur la restauration (processus de re-apprentissage de fonctions) ou sur des compensations (apprendre autrement et au détour du handicap) ? S’agit-il de divertir et détendre ou de rentrer dans un partage communicatif, d’où les séances de groupe ?

Nouvelles pistes à Rusk

Aujourd’hui au sein du département à Rusk, la recherche et la mise en pratique de nouveaux protocoles continuent. Les HT se forment par exemple à travers les très passionnantes Schwartz rounds for compassionate healthcare qui soulignent encore une fois le « patient centered health care » à NYU. Mais il y a aussi le développement de nouveaux protocoles par les HT comme le « Use my arm programme » destinés aux hémiplégiques à Rusk ; ou le CIMT « constraint induced movement therapy », stage d’été pour enfants. De la même façon, on continue à y mener des recherches avec l’équipe médicale sur les effets du programme d’horticulture thérapeutique dans les unités : essayer de mesurer les effets des plantes sur les patients lorsque les plantes sont invitées dans les salles de gym par exemple. Faire évoluer la profession exige de passer par des chemins insolites. Par-delà les spécificités des populations, des institutions, et les pays où l’hortitherapie éclot.

France Pringuey, médecin paysagiste

Les lecteurs réguliers de ce blog connaissent déjà le travail de France Pringuey, rencontrée virtuellement grâce à Carole Nahon il y a presqu’un an. En février, j’ai eu le bonheur d’aller la rencontrer sur le terrain, au CHU de Nice et dans un IME à Biot où elle conçoit en ce moment un nouveau projet. Une journée très riche concentrée dans ce portrait, forcément trop court, pour Le Lien Horticole du 1er avril. Avec en plus un appel aux mécènes pour le projet de l’IME de Biot dont les plans sont prêts après plusieurs réunions participatives avec les équipes.

Après ce billet, je vais faire une « pause pédagogique » jusqu’à la fin mai. Avec les examens qui approchent à la fac, les journées (et les nuits) ne sont pas assez longues. J’ai besoin de préserver mes forces!

Le Jardin de l'Armillaire en hiver

Le Jardin de l’Armillaire en hiver

 

Le portrait de France Pringuey

L’appel aux mécènes et aux soutiens pour le projet de l’IME Les Hirondelles à Biot

 

 

 

 

 

 

 

Pour fêter le printemps et la résurrection de la nature, je partage cette photo prise fin mars dans le verger de Port-Royal des Champs où la floraison a commencé malgré le retour du froid. Maintenant, la floraison est en pleine force. Ca doit être magnifique.

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Tamara Singh : une hortithérapeute certifiée débarque en France

Une activité bouturage dans une école à New York.

Une activité bouturage dans une école à New York.

Quel plaisir d’être contactée par Tamara il y a quelques jours ! Je bouleverse un peu mon « calendrier éditorial » pour vous la présenter de toute urgence alors qu’elle est en train de faire ses bagages à New York pour venir s’installer à Paris. On sent que la communauté française va s’enrichir d’une nouvelle membre, formée et forte d’une expérience américaine très intéressante.

Pour donner une idée de son riche parcours, commençons par son arrivée à Paris en provenance d’Amsterdam pour étudier à Sciences Po, puis sa bifurcation vers le DEA “Jardins paysages territoires” à la Sorbonne, programme créé par Bernard Lassus. Puis direction Londres pour étudier l’art végétal et floral à la London University for the Arts. Là, elle anime des ateliers de deux ou trois jours avec des enfants pour leur parler de notre énorme dette envers les plantes, leur apprendre des techniques de tissage (elle a aussi étudié l’anthropologie) et construire avec eux des huttes en saule. Dont au moins une survit encore dans une cour d’école londonienne.

Destination suivante, New York où elle suit la formation du New York Botanical Gardens : un programme accessible aux détenteurs d’une licence minimum de 189 heures de cours suivis d’un stage supervisé avec rapport de stage. La voilà donc hortithérapeute certifiée et membre de l’American Assocation of Horticultural Therapy. Pendant presque trois ans, elle travaille dans deux hôpitaux new-yorkais avec les thérapeutes du Rusk Institute of Rehabilitation et au fameux Glass Garden, promis à la démolition et prématurément détruit par l’ouragan Sandy. Tamara travaille notamment aux côtés de Matt Wichrowski, pilier de l’AHTA chargé de la recherche que je vous avais présenté l’année dernière.

Rebond après la disparition du Glass Garden

Dans les couloirs de l'hopital NYU Langone Tisch en cardiologie.

Dans les couloirs de l’hopital NYU Langone Tisch en cardiologie.

« Depuis l’ouragan Sandy et la fermeture de la serre, le programme est très différent et presqu’entièrement basé dans les wards (les salles de l’hôpital). La présence dans les unités médicales a permis d’autres percées and a rendu l’hortithérapie visible d’une façon nouvelle dans le milieu médical », affirme Tamara. Leçon de réaction positive à l’adversité, s’il en est. D’ailleurs l’utilisation de l’espace, intérieur ou extérieur, est une différence entre la France et les Etats-Unis d’après ses premières observations. « Dans les hôpitaux new-yorkais construits dans les années 50-70, il n’y a pas d’espace dehors. On amène tout ce qu’il faut pour les résidents. Ca n’empêche pas de monter un programme d’hortithérapie. Maintenant on peut accepter des gens plus « compromis » qui ne pouvaient pas descendre au jardin. En France, la discussion est toujours autour d’un espace extérieur. »

« Les hortithérapeutes ne sont pas des animateurs »

Amener l'activité au plus près des patients parfois immobilisés

Amener l’activité au plus près des patients parfois immobilisés

« A Rusk, je travaille avec des neuro-lésés pour les aider à récupérer leurs moyens et pallier les déficiences. On peut travailler la motricitié, le visuel, la mémoire, la problématisation. Je travaille aussi avec des patients souffrant de troubles cardio-vasculaires, des enfants opérés, des enfants en oncologie, des personnes âgées atteintes ou pas de la maladie d’Alzheimer. Ce sont en général des groupes de 45 minutes à une heure. Il y a aussi des projets dans la communauté, dans des centres pour personnes âgées ou pour jeunes », décrit Tamara. Et la thérapie dans tout cela ? « Nous faisons un travail d’équipe pour établir les objectifs de chaque patient et les changer en fonction de leurs progrès. Nous ne sommes pas des animateurs, mais des thérapeutes. A nous de trouver les activités en rapport avec les objectifs. Nous travaillons beaucoup avec les ergothérapeutes et les physiothérapeutes dans des situations de « cotreat ». Parfois, c’est plus social. » Un travail d’évaluation de chaque patient et de chaque séance fait partie intégrante du processus.

Peu d’hortithérapeutes américains, dans l’expérience de Tamara, travaillent à temps plein. Tous ont des activités à côté. La plupart continue à se former. « Nous sommes une profession jeune, il faut être au fait de la recherche pour améliorer les activités. Il faut aussi comprendre que chaque séance d’une heure peut prendre 2 ou 3 heures de préparation. »

Conseil de lecture

Avec de jeunes femmes handicapees du WID (womens initiative for disability) du NYU langone medical center.

Avec de jeunes femmes handicapees du WID (womens initiative for disability) du NYU langone medical center.

« M’apprêtant à rentrer à Paris, forte de mes expériences cliniques auprès de cardiaques et de neuro lésés, gériatrie, pédiatrie, psychiatrie, la maladie de Huntington pour ne parler que de quelques populations suivies, je me demande sur quelles pistes me lancer. Pratiquer? Animer? Former d’autres? Retourner à la recherche? », m’avait écrit Tamara quand elle a pris contact fin novembre. Des interrogations bien légitimes. J’espère que la communauté française fera un accueil chaleureux à Tamara.

En guise de conclusion, Tamara nous recommande la lecture de tout récent The Glass Garden: A Therapeutic Garden in New York City, écrit par Gwenn Fried, Matthew Wichrowski et Nancy Chambers (aujourd’hui retraitée).

Symposium Jardins et Santé 2014 : compte-rendu (2e partie)

(mise à jour : les séances plénières et au moins une table ronde sont maintenant en ligne en intégralité : https://www.youtube.com/channel/UCB6OvoJ1JLqfzIH7YU7NsUA)

Gwenaelle Jaouen continue son compte-rendu avec les cinq dernières interventions en plénière.

Retour d’expérience d’un paysagiste anglais

Garuth Chalfont (crédit Laurence Toussaint)

Garuth Chalfont (crédit Laurence Toussaint)

La communication de Garuth Chalfont (Chalfont Design Sheffield, Grande-Bretagne), intitulée « Structuration et usage des jardins thérapeutiques en établissements accueillant des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs », avait pour but d’examiner brièvement les bénéfices des liens avec la nature pour les personnes âgées et plus spécifiquement celles atteintes de démence. G. Chalfont a évoqué 10 raisons pour encourager le lien avec l’extérieur de ces personnes, dont leur besoin quotidien de vitamine D et de garder l’esprit vivant. Le jardin doit être élaboré pour que les personnes puissent s’impliquer dans des occupations utiles et porteuses de sens. Ces personnes ont besoin de se sentir utiles et souhaitent généralement continuer à donner un sens à leur vie et à leurs activités.

Il est également important de maintenir le lien avec la faune et la flore des jardins. Ceci peut avoir une signification profonde pour les personnes, et plus particulièrement lorsqu’elles perdent leurs facultés verbales. Elles peuvent toutefois encore être sensibles à leur environnement et profiter du confort émotionnel et spirituel que leur offrira la nature.

« L’architecture soutient. La nature stimule. Les personnes interagissent. » Ce sont trois principes dynamiques du design. Comment les assembler dans une structure de soin afin qu’elles profitent aux résidents ? G. Chalfont présente des exemples de plans architecturaux et paysagers de projets de jardins pour les personnes atteintes de démence menés en Angleterre dans des structures telles que des accueils de jour ou des maisons de retraite. Ces espaces ont été conçus en vue d’améliorer le bien-être de personnes atteintes de démence modérée à sévère.

Les environnements de soin ont besoin de marquer une continuité entre le dedans et le dehors. Les espaces extérieurs doivent être chaleureux et confortables selon les moments de la journée où ils sont fréquentés. Ceci nécessite que l’architecture de la structure et l’architecture paysagère soient pensées en parallèle très tôt dans le projet de développement du site. Cette partie de la présentation a développé les caractéristiques essentielles permettant aux usagers de rester actifs, de se sentir utiles et heureux. Ces espaces doivent soutenir l’autonomie des personnes dans leurs activités, ainsi que les familles et les professionnels. L’architecture paysagère devient ainsi un support à celles-ci. Elle permet de développer des activités créatives et ayant du sens. Ces activités doivent pouvoir stimuler l’intellect, le corps et l’esprit.

L’architecture paysagère doit permettre de faire pénétrer la nature, la lumière et le paysage dans l’établissement par des vecteurs variés. Elle permet aux personnes de se repérer dans le temps au quotidien et de reconnaître la saison. L’architecture paysagère doit assurer une connexion entre les espaces intérieurs et les espaces extérieurs significatifs pour encourager les personnes à sortir. Les éléments du jardin peuvent aussi être complémentaires des activités se déroulant à l’intérieur de l’établissement. Par exemple, les herbes aromatiques et le potager peuvent se situer à proximité de la fenêtre de la cuisine.

« Une vie saine grâce à l’apprentissage », un moyen de prévention de la démence. L’objectif étant de retarder la maladie et de ralentir le déclin.

Au CHU de Nice, un projet d’évaluation pionnier

Dominique Pringuey (Professeur de Psychiatrie,  Ancien Chef de Service de la clinique universitaire de Psychiatrie, Hôpital Pasteur au CHU de Nice) et France Pringuey (Médecin, Paysagiste concepteur conseil en Jardins de Soins) dans leur communication « Jardins de Soins en psychiatrie de l’adulte, un recours thérapeutique en évaluation » ont présenté les critères de bases et plus spécifiques de l’évaluation du jardin de soins.

Les Pringuey commencent par rapporter l’importance de l’évaluation comme un outil essentiel à la validation des connaissances scientifiques. Elle répond à la double exigence de la rigueur de l’observation et du partage des savoirs. Si chaque jardin et chaque projet est unique surtout lorsqu’il s’inscrit dans l’architecture, le paysage et l’esprit du lieu, il n’en reste pas moins que pour être qualifié de Jardins de Soins, il doit répondre à des critères essentiels et spécifiques qu’il faudra s’attacher à respecter. L’intérêt alors de son évaluation est non seulement la vérification standardisée et répétée de l’atteinte de ces objectifs mais aussi l’apport d’une vision critique du processus lui-même permettant modification, ajustement, et perfectionnement au cours du temps.

France Pringuey propose une échelle d’évaluation standardisée reprenant les critères essentiels fondamentaux des Jardin de Soins issus des recommandations internationales. La mesure des scores s’effectue par échelle visuelle analogique de 1 à 10. Des observations écrites, points positifs, points négatifs et proposition de réflexions enrichissent le dossier. Cette échelle d’évaluation générale devra être complétée par la standardisation des critères spécifiques relatifs au publics concernés par le Jardin de Soins auquel se réfère le projet (jardin d’hortithérapie, jardin pour la mémoire, jardin de ressourcement pour le personnel, jardin de réhabilitation sociale, jardin de rééducation, jardin récréatif ou pédagogique…) Enfin, l’atteinte des objectifs du projet lui-même pourra être évalué en tenant compte des attentes de l’institution, des patients, des familles et des soignants, et des processus thérapeutiques engagés.

Les cibles de l’évaluation générale reposent sur les bases scientifiques du concept, c’est à dire la co-relation originaire Homme/Plante, un processus de coopération vitale, auquel se réfèrent les théories de la Savane, de la Phyto-résonance ou de la Biophilie.

Le premier critère à évaluer est celui de la Naturalité du Jardin. La végétation doit être suffisante, sur trois niveaux. Ensuite la maintenance et biodiversité qui en découlent. La biodiversité au Jardin reflète la coopération et l’attention portée à l’autre. Un environnement qui prend soin des gens doit être traité avec soin et respect. Et le dernier critère est la sécurité, la protection et le respect de la vie privée.

Cette évaluation standardisée et répétée au cours du temps et des saisons permettra de mieux saisir le potentiel thérapeutique du Jardin lui-même, d’en améliorer les composants et d’atteindre les objectifs. Elle n’est pas exhaustive bien sûr et doit être complétée par l’évaluation des critères spécifiques du projet.

D. Pringuey présente ensuite le programme d’évaluation clinique de l’efficacité des activités au jardin de soins testée et élaborée au sein du Protocole de Recherche aux Hôpitaux soumis au comité de Protection des Personnes.

L’échelle d’évaluation des émotions PANAS de Gaudreau et coll est utilisée en complément à l’échelle de Cotation Psychiatrique Brève (BPRS) dans le but d’approcher au plus près l’expérience vécue par le patient.

Lors d’une séance, l’étude des variations du profil de réponse à l’échelle PANAS témoigne le plus souvent d’une mobilisation affective, parfois marquée. En général elle traduit en positif un intérêt pour la séance, la satisfaction de son déroulement et la réduction de la sensation de stress.

Sur les 6 premiers mois de l’année, lors du programme pilote d’une séance hebdomadaire de 2 heures, 87 patients ont été accueillis dont plus de la moitié souffrent de schizophrénie, un tiers sont hospitalisés sous contrainte. Le soin a pu se répéter au moins 5 fois pour 16 d’entre eux, plus de 7 fois pour 9, 11 et 13 fois dans deux cas. La Panas a été proposée, selon les disponibilités, 16 fois pour tester la faisabilité d’utilisation qui est excellente. Ce début a permis la mise au point et l’ajustement du protocole, fournissant un bilan préliminaire très encourageant.

A terme, ces données viseront à vérifier l’hypothèse d’un effet émotionnel bénéfique et/ou spécifique de l’activité Jardin pour les patients. Elles permettront d’harmoniser l’activité selon leurs attentes, en tenant compte de leurs dispositions émotionnelles. L’appréciation de l’évolution clinique globale tiendra compte de la contribution de cette thérapie non conventionnelle dans le résultat thérapeutique final. Les deux intervenants ont insisté sur la nécessité de publier les résultats de ces recherches en croisant plusieurs centres.

Le CHU de Nancy continue son travail

Alain Trognon (Groupe de Recherche sur les Communications, Département de Psychologie, Université de Lorraine, Nancy) et Martine Batt (Groupe de Recherche sur les Communications, Département de Psychologie, Université de Lorraine, Nancy) dans leur communication « Développement des jardins thérapeutiques en Lorraine à travers le programme JAZ (Jardin AlZheimer) » ont raconté l’histoire d’un jardin, d’une équipe, de patients et de scientifiques en réponse au Plan Alzheimer 2008-2012 lancé auprès des établissement accueillant des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées (MAMA) faisant la recommandation de disposer de jardins thérapeutiques.

L’aménagement du jardin « art, mémoire et vie », destiné aux personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et à leur entourage au CHU de Nancy, a été établi à partir d’une double approche de sa conception, neuropsychologique et artistique. Il s’est déroulé de 2007 à 2010, tandis qu’une Unité Cognitivo Comportementale a été ouverte en 2012 au Centre Paul Spillmann où il se situe. Un programme de recherche y est actuellement développé en partenariat avec le CHU, l’Université de Lorraine. Le programme JAZ Jardin AlZheimer se décline en différents axes :

JAZ-LOR (Jardin, AlZheimer Lorraine) Axé sur l’intérêt de références à la mémoire culturelle régionale utilisées lors des activités proposées lors des ateliers individuels, en petits groupes ou transgénérationnels.

JAZ –ART (Jardin, AlZheimer ART) Axé sur l’intérêt d’une dimension artistique au service du projet thérapeutique et les effets émotionnels et cognitifs et ultérieurement d’ateliers utilisant l’observation d’œuvres d’art comme médiation.

JAZ-TOP (Jardin AlZheimer TOPographie) Axé sur les principes d’organisation spatiale qui favorisent l’orientation des personnes atteintes de MAMA (maladie d’Alzheimer ou maladie Apparentée). Les perspectives sont la mise au point de méthodes d’évaluation diagnostique des troubles de l’orientation spatiale en condition écologique et la mise en place d’ateliers de réhabilitation de l’orientation spatiale.

JAZ-BURN (Jardin AlZheimer, Burn-out) Axé sur la prévention du risque d’épuisement professionnel (syndrome de burnout) des équipes de gériatrie, problème important qui touche les soignants sous les trois facettes d’épuisement émotionnel, de fatigue physique et de lassitude cognitive.

JAZ ACT (Jardin AlZheimer, Activités) Axe ciblé d’une part sur le rôle des différents éléments mobiliers et leur impact sur l’interaction entre résidents/patients, soignants, visiteurs ainsi que sur les activités partagées qui se tiennent dans le jardin: jardinage accompagné, ateliers transgénérationnels, ateliers culturels…

Le projet JAZ Partenaires porté par l’association JAZ Pairespective (Psychologie Art Interaction REcherche) vise enfin à créer un réseau de jardins partenaires de recherche dans le domaine de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées.

Hortithérapie et soins palliatifs

L’intervention d’Angélique Doumenc (Université Toulouse Le Mirail, UFR de Psychologie) était consacrée aux « Effets différentiels de l’’hortithérapie et soins palliatifs ». A. Doumenc a exposé l’évaluation faite auprès des personnes en soins palliatifs dans le cadre d’un dispositif hortithérapique standardisé et manualisé. Le groupe était composé de personnes souffrant de pathologies somatiques et neurodégénératives, d’un cancer ou ayant subi un AVC. Différentes techniques, activités sensorielles leur ont été proposées (jardinage, peinture, mandala, conte, senteur).

Les principaux résultats révèlent un effet bénéfique de l’hortithérapie ainsi que des différentes techniques sur les états de base, les attitudes et les processus de création auprès de personnes souffrant de pathologies somatiques et neurodégénératives.

En conclusion, l’éveil du vivant

La séance plénière se termine par la communication de Bernard Andrieu (Philosophe, Université de Lorraine) consacrée à « L’éveil du vivant par l’écologie corporelle ».

Andrieu commence par introduire la différence entre « awareness » et « consciousness », que nous traduisons par « éveil » et « conscience de ». La différence entre le corps vivant et la conscience du corps vécu. La réflexion est « peut-on activer, une cosmo-sensation, depuis son jardin intérieur en s’immergeant dans le jardin extérieur ? ».

Le vivant est actif en dessous du seuil de conscience et cette activité est désormais mesurable dès l’activation à 40ms. Le corps et l’esprit peuvent être entièrement immergés dans ce que nous appelons l’immersion dans le jardin de plantes, de fleurs, de légumes et autres arbres : Marcher pied nu, sentir les odeurs, voir des couleurs, prendre l’air, toucher les matières. Qu’est-ce qu’il se passe dans le corps vivant lorsque je lui fais sentir une fleur ? Et bien il y a un processus d’activation exogène qui se produit. L’immersion dans la nature va déclencher des éléments dans le corps vivant (sans conscientisation).

Un constat a été fait lors d’une intervention de Gilles Gallopin (enseignant, chercheur Agros Campus Ouest) où le monde d’aujourd’hui n’a pas de repère avec son écologie, pas de relation au sacré. Les enfants grandissent dans un monde urbain. Il est nécessaire de plonger une personne dans un milieu naturel afin de stimuler de manière exogène son écologisation.

Le sentant de notre corps sensible n’est pas le senti. Par sa sensibilité, le corps vivant dans le jardin est sans personne au sens où le sujet n’en contrôle pas l’activité organique ni l’activation cérébrale. C’est la vicariance de son cerveau lors de son écologie dans ses environnements qui lui fait créer des réseaux et des formes avant la conscience.

Le corps vivant est éveillé par son écologie spontanée avec le monde et la conscience par le corps.

Portrait de Martine Brulé dans Le Lien Horticole

Martine Brulé avec un patient dans le jardin de l’Armillaire (unité de psychiatrie adulte de l’hôpital Pasteur - CHU de Nice)

Martine Brulé avec un patient dans le jardin de l’Armillaire (unité de psychiatrie adulte de l’hôpital Pasteur – CHU de Nice)

C’est un festival Martine Brulé en ce moment. Après son compte-rendu sur la conférence de l’AHTA la semaine dernière, elle est de retour sur Le bonheur est dans le jardin à travers un portrait consacré à cette pionnière de l’hortithérapie en France. Portrait publié dans Le Lien Horticole, l’hebdo des professionnels de l’horticulture ornementale, fin octobre. Pour lire l’article, cliquez sur le lien : Le Lien Horticole 22 octobre 2014.

La semaine prochaine, c’est le branle-bas de combat : la communauté française des jardins de soin, des jardins à but thérapeutique et de l’hortithérapie (choisissez votre expression) se réunit au symposium Jardins & Santé. Ca se passe les 17 et 18 novembre à Paris. En guise de billet, j’espère faire lundi prochain un compte-rendu à chaud de la première journée (voir le programme). J’ai hâte de retrouver Martine Brulé, Dominique Marboeuf, Anne et Jean-Paul Ribes, Paule Lebay, Stéphane Lanel, Denis Richard, Sébastien Guéret et bien d’autres. Mais aussi de rencontrer des personnes avec qui je n’ai échangé que par téléphone comme Carole Nahon et France Pringuey. Et bien d’autres que je ne connais pas encore. La perspective de se retrouver entre gens animés par la même passion est extrêmement vivifiante.