Concours d’Avenir 2016 de la Fondation Truffaut : honneur aux jardins incarnés

Les lauréats des Prix Espoir et Excellence 2016

Les lauréats 2016  du Concours d’Avenir de la Fondation Truffaut, catégories Espoir, Excellence et Coups de coeur.

 

 

 

L’année dernière, la Fondation Truffaut avait inauguré une nouvelle formule pour ses prix initialement lancés en 2013. Il s’agissait de faire réfléchir les étudiants en horticulture au jardin thérapeutique (voir les lauréats nationaux du Concours d’Avenir 2015). En 2016, même concept avec une modification bienvenue, la création d’une catégorie Espoir (jusqu’au bac) et Excellence (BTS et licence) pour mieux refléter la maturité et l’expérience des candidats. Le mercredi 4 mai, les lauréats nationaux issus d’une sélection en régions, leurs professeurs et leurs supporters, un aéropage d’amoureux des jardins de soin et le « Grand Jury », dont je faisais partie, se sont réunis à Lisses (91) au siège paradisiaque de Truffaut pour un grand oral.

Rappelons les conditions fixées aux candidats.

« Le concours porte sur la réflexion d’une création d’un jardin à but thérapeutique avec toutes les spécificités qu’il comporte. Le projet peut être imaginé ou rattaché à une association agissant dans ce domaine. Il s’agit d’un projet individuel. La participation d’un groupe n’est pas possible.

Le participant prendra notamment en compte les éléments suivants :

  • Surface du jardin fixé à 200m² maximum ;
  • Liberté du choix du handicap visé (Alzheimer, Autisme, Psychiatrie, Polyhandicap,…) ;
  • Intégration de la stimulation des 5 sens ;
  • Adaptation du jardin aux besoins et contraintes des utilisateurs ;
  • Prise en compte du rythme des saisons ;
  • Choix des végétaux. »

 

Catégorie Espoir 

Laura Pioche1ère place: Laura Pioche

Laura est en dernière année de Bac Professionnel Aménagement Paysager au Lycée Agricole et Horticole de Saint-Germain-en-Laye (78). Son projet « Souvenir d’une vie » n’est pas rattaché à un lieu ou un établissement existant, mais a convaincu par sa cohérence : un jardin d’agrément avec une promenade, un kiosque central, un coin avec des tables de jeux et une pergola de roses conçue comme un cocon, mais aussi un potager. Dessiné avec des personnes âgées en tête, ce jardin propose sièges et bancs, zones d’ombre et lieux de contemplation ainsi que des activités. Un hybride entre les « healing gardens » et les « enabling gardens » décrits par Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs.

2ème : Joé Pinto

Joé étudie au lycée Horticole et Paysager Sainte-Jeanne d’Arc des Apprentis d’Auteuil, nouvellement déménagé à Loches (37). Son projet conçu autour de l’eau, de la terre et du ciel s’inscrit dans son établissement qui accueille une classe « Service à la personne en milieu rural » (SMR) . Dans cette classe, les élèves apprennent à aider des adultes et des enfants atteints de handicap. Joé a donc imaginé un jardin accueillant pour des personnes en fauteuil roulant ou en déambulateur. Son texte de présentation, le seul manuscrit, a séduit le jury par sa sincérité et sa réflexion sur le jardin. Le détail d’une fontaine d’eau potable est aussi un plus.

3ème : Milan Marcer

Milan est en Brevet Professionnel en Aménagement Paysagiste au CFPPA de Marseille-Valabre (13). Il s’est penché sur les besoins des usagers de son jardin en se mettant dans la peau d’une personne malade ou hospitalisée qui fait l’expérience de perturbations sur le plan physique, psychologique et social. Aux problèmes de repli sur soi, de communication et de mobilité, il propose un jardin d’ateliers et de contemplation.

 

Catégorie Excellence

Gilles Mollard, le nouveau PDG de Truffaut, Yves-Aubert Alonzeau et Romane Glotain, les deux lauréats 1er ex-aequo du Prix Excellence.

Gilles Mollard, le nouveau PDG de Truffaut, Yves-Aubert Alonzeau et Romane Glotain, les deux lauréats 1er ex-aequo de la catégorie Excellence.

1er ex-aequo : Romane Glotain et Yves-Aubert Alonzeau

Romane est en 2e année de BTSA Production Horticole au Lycée Le Fresne à Angers (49). Elle a imaginé un jardin pour des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Une entrée bien matérialisée avec une porte en fer forgé, une allée bordée de groseilliers et de cassissiers, un pommier trônant au milieu de l’allée avec une astucieuse grille pour ramasser les pommes sans se baisser, un bassin, des animaux, un potager,…..Pour l’instant, c’est un projet virtuel. Mais comme l’a expliqué Romane qui envisage de poursuivre en licence professionnelle (Technique d’intervention et d’animation psychosociale auprès des publics vulnérables ou bien Coordination handicap et vieillissement), son projet est de créer un jardin thérapeutique pour y accueillir un public allant des enfants aux personnes âgées et atteints de diverses pathologies. L’endroit est même déjà trouvé sur un terrain appartenant à son père. Une idée unique en son genre en France qui me fait penser au Ability Garden de Wilmington en Caroline du Nord…On en reparlera très certainement.

 

Yves-Aubert est en 2e année de BTS au Lycée des Métiers de l’Horticulture et du Paysage de Montreuil (93). Son projet est également fortement incarné puisqu’il se base sur un terrain à proximité de la résidence pour personnes âgées Les Beaux Monts et d’une aire de jeux pour enfants dans le quartier Bel Air de Montreuil. Yves-Aubert a déjà bien avancé dans la prise de contact et l’élaboration du projet avec ses partenaires. Il s’agit de créer un jardin thérapeutique dont les ateliers répondent pile poil à l’un des axes de l’établissement : accompagner et préserver l’autonomie des personnes âgées. Conçu comme « jardin à vivre, jardin plaisir, jardin de soins ou jardin au service de l’être humain », le projet s’articule autour d’un circulation circulaire, d’une aire de repos, de bancs, d’un abri de jardin, d’un composteur, de potagers en carré dont certains accessibles aux personnes à mobilité réduite,…On a hâte de voir le projet se concrétiser. En parallèle, son professeur Joël Dommanget travaille déjà à adapter le projet d’Yves-Aubert pour le transformer en support de cours pour les futures promotions.

3ème : Hubert Proffit

Hubert est étudiant à l’Institut Charles Quentin à Pierrefonds (60). Il s’est lui aussi rapproché d’une association, La Luciole, « association familiale de soutien aux parents et aux jeunes toxicomanes. » Une maison de campagne, conçue par l’association comme un lieu de vie plutôt qu’un lieu médicalisé, est le terrain choisi pour l’élaboration de son projet. Jardin de soin au milieu d’un plus vaste terrain, le projet d’Hubert verra aussi peut-être le jour. Il me fait penser au programme de l’hortithérapeute Gene Jones dans un programme résidentiel de désintoxication en Caroline du Nord.

4ème : Perrine Di Ciaccio

Perrine est en 2e année d’un BTSA Aménagement Paysager au CFPPA Lycée des Calanques de Marseille (13), le même lycée que fréquente Milan. Elle a fait le choix original d’imaginer un jardin pour des participants souffrant d’obésité dans l’optique de l’éducation thérapeutique du patient. Elle appuie sa réflexion sur des expériences, notamment en Suisse, qui ont montré que « le jardin thérapeutique permet aux patients de gagner en motivation et en confiance en soi ». Elle pense que son jardin pourrait s’intégrer dans un établissement tel que le centre de l’obésité de l’hôpital privé Résidence du Par ou au sein de l’Unité Méditerranéenne de Nutrition à Marseille. Là encore, on ne peut qu’espérer que le projet se concrétise.

Félicitations à tous les lauréats du concours national et à tous les participants dans les concours régionaux qui, en tant qu’amoureux de la nature et futurs professionnels, ont pu découvrir une nouvelle facette du jardin. Bonne chance à eux pour la suite de leurs aventures.

Oliver Sacks, le cerveau et le jardin

En révisant mon cours de neuropsychologie cognitive et particulièrement la partie sur les aphasies et les amnésies (c’est coriace, mais passionnant), comment ne pas repenser à ces beaux récits de patients apaisés par le jardin tirés du livre L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d’Oliver Sacks (1933-2015)? Bien que le lien avec le jardin soit beaucoup plus ténu, je vous conseille aussi son livre Awakenings (L’Eveil en français) ou la version cinématographique avec Robin Williams et Robert de Niro.

Certains sont branchés par la biophilie. Le « truc » d’Oliver Sacks était la musicophilie, sujet d’un de ses livres et de travaux importants dans sa carrière. Voici ce qu’il écrit sur la musique:

 

« Music can lift us out of depression or move us to tears – it is a remedy, a tonic, orange juice for the ear. But for many of my neurological patients, music is even more – it can provide access, even when no medication can, to movement, to speech, to life. For them, music is not a luxury, but a necessity. »

Grâce à Buzzfeed (!!), je découvre d’autres citations d’Oliver Sacks qui parleront peut-être à certains d’entre vous. Dans celle-ci, il décrit sa conception de la neurologie, mais surtout sa perception du rapport entre le malade et sa maladie ainsi que le rapport entre le malade et son médecin.

« I always wanted to get people’s stories and access to their lives. I feel I’m at the interface of biography and biology, person and person-hood. I remember one man with Tourettes, who wrote and said that he had ‘a tourettised soul’, it affects one and one affects it—there’s a liaison of a sort. A condition is sometimes a collusion, and sometimes a compromise.

Although it’s up to me as a neurologist to diagnose the disease and to think in therapeutic terms, I always want to address the person as much as the disease, and I’m very glad my own doctor feels similarly. I’m not just a case to him, I’m a person responding to the situation. So I somehow sit between the biology and the humanist point of view. »

Et à la fin de sa vie…

« I cannot pretend I am without fear. But my predominant feeling is one of gratitude. I have loved and been loved; I have been given much and I have given something in return; I have read and traveled and thought and written. I have had an intercourse with the world, the special intercourse of writers and readers.

Above all, I have been a sentient being, a thinking animal, on this beautiful planet, and that in itself has been an enormous privilege and adventure. »

 

Allez voir « Le potager de mon grand-père »

AfficheMalgré le hiatus annoncé, impossible de ne pas réagir immédiatement en sortant ce soir d’une avant-première du documentaire « Le Potager de mon grand père« . On suit pendant une saison ce grand père et son petit-fils dans la transmission des gestes et des valeurs du jardinier, du cueilleur de champignons, de l’amoureux de la nature, de l’homme fièrement planté dans la terre. Submergé par d’intenses et pudiques vagues de chagrin lorsqu’il pense à sa femme récemment décédée, le papy de Martin Esposito lui apprend comment recueillir les graines pour l’année suivante, comment semer à la bonne lune, quand arroser les tomates, pourquoi les « mauvaises » herbes ont aussi leur raison d’être, comment faire cuire les champignons sauvages avec de l’ail ou mettre en conserves du coulis de tomates pour l’hiver. De la graine au bocal à l’assiette, ce vieux monsieur de 85 ans, qui a appris de son propre grand-père calabrais, respire la sincérité, la gentillesse, le bon sens. Il désapprouve discrètement des méthodes de culture, plus agressives et destructrices, de sa belle-soeur et de son beau-frère, voisins mitoyens qu’il côtoie tous les jours au jardin. Mais comme son petit-fils le dira après la séance, en quelques mots qui sonnent vrais, il ne s’agit pas de stigmatiser l’autre. Mais de le respecter comme on respecte la terre et peut-être de l’inspirer à changer. Lui, en tout cas, sent une vague de changement.

Les graines du potager de son grand père.

Les graines du potager de son grand père.

Après Super Trash en 2013, le dernier documentaire de ce jeune réalisateur sort en salles le 20 avril. Il faut courir le voir, c’est un film qui fait gonfler le coeur. En partie parce que la productrice est aussi la mère du réalisateur, sous le joli nom de Mother and Son. Les Esposito sont un clan sympathique. Un petit conseil, n’y allez pas le ventre vide : les cèpes qui dorent dans la poêle, le coulis de tomates qui coule à flots, les légumes crus que le papy croque tout le long du film avec régal seront une torture intenable. Et au sortir de ce film, beau dans les moindres détails des images, des sons et de la musique, nous avions la chance de recevoir une petite poignée de graines de courge…Les miennes iront tout droit dans le jardin partagé que nous sommes en train de créer dans notre rue. Merci à Martin et à son grand père.

Financer un jardin : conclusion

Pour conclure cette série sur le thème du financement, voici quelques expériences et quelques pistes pêle-mêle.  

 

Alain Flandroit, le concepteur du Grand Jardin au CHP de Mons-Borinage en Belgique (au premier plan). Photo © Avpress.

Alain Flandroit, le concepteur du Grand Jardin au CHP de Mons-Borinage en Belgique (au premier plan). Photo © Avpress.

Dans tous les pays, les créateurs de jardins thérapeutiques recherchent des fonds comme le montre l’expérience d’Alain Flandroit au « Grand Jardin » de l’hôpital Chênes aux Haies en Belgique. Comme il l’avait expliqué, il a reçu 10 000 euros dans le cadre du concours « Colour Your Hospital » de la Belfius Foundation, un budget qui lui avait permis de se procurer serres tunnels, outils, plantes et semences. Certains hortithérapeutes, comme Kirk Hines à Atlanta, ont la chance d’avoir un spécialiste du développement au sein de leur établissement qui recherche des financements pour leurs programmes.

En France, les deux sources principales vers lesquelles peuvent se tourner les porteurs de projets de jardins de soins, sont l’association Jardins & Santé et la Fondation Truffaut. La première soutient depuis 2004 la création de jardins « dans les établissements hospitaliers et médicosociaux qui accueillent des personnes atteintes notamment de maladies cérébrales – autisme et TED, maladie d’Alzheimer, épilepsies, dépression profonde, etc… », mais aussi la recherche clinique. Je reviendrai bientôt sur les six lauréats de son dernier appel à projets. Quant à la Fondation Truffaut, elle distribue également des aides à des jardins en cours de création ou d’expansion tout en organisant depuis 2013 un prix qui a changé de forme l’année dernière. Deux incontournables dans le paysage du jardin à but thérapeutique en France.

Mais il ne faut pas négliger les nombreuses autres fondations françaises, dont on trouvera la liste notamment sur ce site ou sur celui-ci. Et le financement participatif ou crowdfunding, si populaire chez les artistes et les startups ? « J’ai essayé la plateforme Ulule, mais nous avons été refusés immédiatement. Je pense que c’est la somme qui ne les a pas intéressés. Il faudrait peut-être voir avec KissKissBankBank », raconte Paule Lebay. Si quelqu’un a pu financer un jardin thérapeutique de cette façon, qu’il ou elle se manifeste ! Autre solution qui se pratique aux Etats-Unis, le bénévolat d’entreprise : le jardin où j’ai eu l’occasion de pratiquer en Californie bénéficiait ainsi du soutien de l’employeur de l’hortithérapeute qui intervenait, quant à elle, en tant que bénévole. Voir l’histoire de Marge Levy. En France aussi, c’est possible. Par exemple chez PwC.

Une chose est sûre : trouver des financements pour faire naitre et maintenir un jardin de soin demande de la persévérance et une bonne dose de créativité.

Financer un jardin : Paule Lebay raconte

Avant de donner la parole à Paule, trois événements à ne pas manquer en avril, juin et août.

  • Le mercredi 13 avril prochain à 15h00 à Port-Royal des Champs (78), une conférence intitulée « Flore et végétation entre Saint-Quentin et Port-Royal » avec Gérard Arnal (botaniste lié au Conservatoire botanique national du Bassin parisien) et Joanne Anglade-Garnier (conservatrice de la réserve naturelle nationale de St-Quentin-en-Yvelines).
  • Les 21-24 juin au parc départemental des Chanteraines (92), une formation pour les professionnels du jardin ou les amateurs éclairés sur le thème « Le Jardin Vivant » avec Sébastien Guéret qu’on ne présente plus ici et François Drouvin, paysagiste et thérapeute des lieux.Formation Sébastien

 

 

Mais revenons à Paule Lebay. Rien n’arrête Paule. Même pas les cambrioleurs qui ont récemment braqué la maison de retraite d’Onzain où Paule et l’équipe de Graines de Jardin ont fait pousser un magnifique jardin de soin depuis 2012. « Ils ont abîmé le grillage du jardin et utilisé un poteau pris sur le chantier pour fracturer la porte. Il faut remettre tout cela en place pour les beaux jours », m’expliquait Paule au téléphone il y a quelques semaines. Indémontable dans l’adversité!

Le jardin de la maison de retraite d'Onzain en chantier (hiver 2014).

Le jardin de la maison de retraite d’Onzain en chantier (hiver 2014).

En tant que pionnière récompensée par plusieurs prix, Paule a une expérience à partager et une voix qui porte. Ecoutez-la. « Je conseille de créer une association avec une mission assez large. Par exemple, le handicap plutôt que simplement le jardin. Ainsi, on ne se ferme pas de portes. Le statut d’association est important quand on se tourne vers des mécènes. » Comme l’expliquait la semaine dernière Ingrid Antier-Perrot de la Fondation Hospitalière Sainte Marie (FHSM), Paule rappelle qu’il est important de cibler les fondations et mécènes selon leurs axes d’intervention. Elle recommande le site annuaire des fondations françaises. Avec les fondations et les autres mécènes, elle insiste sur l’atout local. « Où est leur siège ? Si on peut axer la demande sur la proximité, c’est un plus. D’ailleurs, même une banque locale peut aider. Par exemple, pour une inauguration du jardin, ils peuvent fournir des affiches ou des objets. »

Brulons un peu les étapes et passons à l’inauguration officielle du jardin. « C’est un coup de pub pour montrer que des initiatives existent et que les choses sont possibles. La communication permet de créer un réseau. J’accueille souvent des personnes qui ont un projet en tête. Je les guide et je les réconforte, c’est un soutien technique et moral. Je suis contente de répondre à leurs questions et de faire part des écueils que j’ai rencontrés. J’accueille aussi des étudiants. Créer des liens avec d’autres est important car on n’a pas toutes les réponses », continue Paule qui se trouve de fait au cœur d’un réseau très actif.

Faire rêver les financeurs

Campagne de plantation intergénérationnelle en avril 2014

Campagne de plantation intergénérationnelle en avril 2014

Mais replongeons dans les premières étapes et le dur labeur de trouver les financements qui permettront au jardin de sortir de terre. « Dans le dossier de présentation, il faut vulgariser son propos et éviter les acronymes et le jargon de son domaine. Les dossiers sont lus en diagonal et il faut mieux être succinct. Mais il faut mettre beaucoup d’images. Si rien n’existe encore, on peut trouver des photos de plantes et de mobiliers sur des catalogues ou sur Internet. Pour donner envie et aider les mécènes à se projeter, les croquis et les dessins d’ambiance sont indispensables. Nous avons eu de la chance d’avoir Fabienne Peyron qui a fait des croquis pour le dossier. Le dossier doit aussi chiffrer le coût du jardin et le prévisionnel pour le fonctionnement annuel. »

Mais un jardin a aussi besoin de plantes, d’outils, de bras. « La ville nous a donné du paillage, la communauté de communes du compost, un pépiniériste des arbres. J’ai contacté le lycée agricole de Blois, mais ils étaient surbookés. Des familles des résidents nous ont aidés à planter. Nous avons récupéré des outils grâce à une émission dont Truffaut est partenaire », énumère Paule.

La noue, imaginée dès le départ pour s'adapter aux spécificité du terrain, prend forme.

La noue, imaginée dès le départ pour s’adapter aux spécificité du terrain, prend forme.

Faut-il solliciter l’agence régionale de santé (ARS) ? La question ne laisse pas Paule indifférente. « L’ARS nous serine sur le sujet des approches non-médicamenteuses, mais ne finance pas de projets dans ce domaine. Elle devrait financer des projets comme la zoothérapie, les poneys, les piscines en psychiatrie. Mais tout cela, c’est fini. » Et la question de l’évaluation comme argument pour convaincre le milieu médical et peut-être aussi les financeurs ? « C’est une excuse bidon pour ne pas faire avancer les choses de la part de l’ARS qui a des moyens, mais ne les met pas aux bons endroits. Nous savons tous que le jardin a un impact positif. Bien sûr, l’évaluation crédibilise le jardin. Mais il faut trouver ce qu’on veut évaluer et comment le faire. Car une évaluation clinique comme la tension ou la glycémie est très contraignante pour les participants. Le sommeil, ce serait différent. Par exemple, pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, ce serait intéressant d’observer les troubles du comportement comme la déambulation, l’agitation, l’agressivité, le langage, le sommeil, l’appétit pour voir si le jardin les atténue. »

 

 

Financer un jardin : conseils d’une pro de la philantropie

Fin février, je vous parlais du « Jardin pour Toit » du Centre Robert Doisneau dans le 18e arrondissement de Paris et je promettais de revenir sur les conseils d’Ingrid Antier-Perrot pour financer un jardin de soin. Elle est directrice philantropies et communication à la Fondation Hospitalière Sainte Marie (FHSM). Cette fondation d’utilité publique à but non lucratif gère, entre beaucoup d’autres établissements, le Centre Robert Doisneau. Présente dans cinq départements en Ile-de-France, elle « répond aux besoins spécifiques des personnes dépendantes, malades ou atteintes d’affections chroniques invalidantes, quel que soit leur âge » selon sa propre présentation en ligne (services à domicile, centres de rééducation, hôpitaux et centres d’accueil de jour pour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, établissements d’hébergement pour adultes, structures d’accueil pour jeunes atteints d’autisme ou encore maisons de retraite médicalisées). Elle est aussi une fondation abritante. Voilà pour une présentation rapide qui semblait utile et que vous pouvez compléter sur le site de la FHSM et au-delà.

Ingrid Antier-Perrot, la directrice philantropies et communication de la FHSM

Ingrid Antier-Perrot, la directrice philantropies et communication de la FHSM

Pour rappel, le jardin sur le toit du Centre Robert Doisneau a été conçu alors que la construction du bâtiment avait déjà commencé. Ce n’est évidemment pas le déroulement idéal comme en sont bien conscients les initiateurs du jardin. Mais le résultat aujourd’hui est que le jardin existe et s’apprête à accueillir sa deuxième saison d’ateliers ! C’est cela le plus important. « Notre directeur général et l’architecte ont eu envie d’utiliser l’espace sur le toit pour en faire un jardin. Le projet avait commencé et nous avons dû obtenir une dérogation de la préfecture. Nous avons rencontré Topager à travers un article que j’avais lu sur eux dans Le Monde. C’était en 2011 », expliquait Ingrid Antier-Perrot.

Comment financer un projet de 100 000 euros ?

Topager conçoit et réalise des potagers et des refuges de biodiversité urbains. L’équipe propose un devis. Pendant que la Fondation discute avec le constructeur (il faut trouver un sol pas trop lourd, éviter les infiltrations, remplir les obligations de rétention d’eaux pluviales), Ingrid Antier-Perrot se tourne vers des donateurs privés pour récolter les 100 000 euros nécessaires au projet qui pourra bénéficier aux résidents des quatre établissements hébergés sous le toit du Centre Robert Doisneau. Comment finance-t-on un tel projet?

« Notre dossier présentait le projet, les objectifs thérapeutiques et les devis. Nous avons insisté sur les bénéfices pour les personnes selon leur handicap. C’est important quand on s’adresse à des financeurs qui sont spécialisés dans le handicap ou les enfants par exemple. Il faut bien regarder les fondations d’entreprise et leurs axes de financement », explique la spécialiste de la philanthropie. « Je pense que c’est important d’essayer de les faire venir sur place quand il existe déjà quelque chose. En tout cas, il faut bien identifier les points forts de son projet. »

Ma très mauvaise photo de la plaque posée à l'entrée du Jardin pour Toit pour remercier les donateurs

Ma très mauvaise photo de la plaque posée à l’entrée du Jardin pour Toit pour remercier les donateurs. Un geste indispensable.

Parmi les financeurs, on trouve par exemple la Fondation Lemarchand pour l’équilibre entre les hommes et la Terre qui a été sensible au lien entre nature et soin, nature et insertion. D’autres sources sont plus connues des lecteurs de ce blog comme la Fondation Truffaut (qui a aussi participé à un projet supplémentaire pour l’IME (Institut Médico-Educatif)) et l’association Jardins & Santé qui a également contribué au Jardin pour Toit avec une bourse de 5 000 euros décernée en 2013. Pour d’autres projets au sein de la FHSM, Ingrid Antier-Perrot avait déjà sollicité des financeurs : le géant de l’audit PwC pour un jardin dans un centre d’accueil pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à Pantin et la Fondation Hôpitaux de Paris Hôpitaux de France pour un jardin des senteurs dans un EHPAD à Noisy-le-Sec.

Avoir une stratégie, être méthodique et ne négliger aucune piste

La page d'appels aux dons très pro de la FHSM, des solutions sont accessibles pour les petites associations...A suivre...

La page d’appels aux dons très pro de la FHSM. Des solutions sont accessibles pour les petites associations…A suivre…

N’oublions pas non plus les financeurs publics même si, comme l’expliquait John Riddell la semaine dernière, leurs budgets se rétrécissent comme peau de chagrin. En l’occurrence, le Conseil régional a participé ainsi que la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie. La FHSM a aussi apporté son écot à travers des dons et des legs. Il faut d’ailleurs noter que, dans sa brochure « Je fais un don », le jardin thérapeutique fait l’objet d’une mention. « Avec un don de 75 euros, vous pouvez financer l’achat de plantations pour des ateliers de jardinage en potager thérapeutique (pour une personne) » à côté d’autres exemples comme la musicothérapie pour des personnes atteintes d’Alzheimer ou l’achat de matériel pédagogique pour des enfants atteints d’autisme. L’appel aux dons prend aussi une dimension numérique sur cette page de la FHSM.

Financer un jardin de soin : quelques conseils

Au Jardin d'Olt, des bénévoles ont relevé le défi pour préparer le jardin à sa création.

Au Jardin d’Olt (Aveyron), des bénévoles ont donné un coup de main pour préparer le jardin lors de sa création en 2013.

Au fil des billets, la question du financement revient souvent. C’est un sujet incontournable pour tout porteur de projet qui se lance et veut pérenniser son programme. Du coup, j’ai eu envie de rassembler les réflexions de plusieurs personnes expérimentées en la matière. Il y a tellement à dire sur le sujet que nous allons procéder en deux, voire en trois temps. Cette semaine, John Riddell du Jardin des Vents nous livre ses réflexions sur le financement de ce jardin ambitieux qui a mis plus de 10 ans à voir le jour comme il nous le racontait il y a quelques semaines. J’ai glané d’autres conseils ici et là.

« On devient un peu mendiant », constate John Riddell, le président de l’association du Jardin des Vents. « Il faut avoir un beau dossier. Grâce à notre stagiaire, notre dossier était plein de croquis pour faire rêver de ce pourrait être le jardin. J’ai constaté que le projet provoquait toujours des réponses positives. Le jardin thérapeutique est très consensuel. EDF nous a donné 45 000 euros, AG2R 37 000 euros, le Lions Club doyen de Castelnaudary 7 500 euros. Nous avons reçu une bourse de 3 000 euros de Jardins & Santé. La Caisse d’Epargne a aussi contribué. »

« Il y a 10 ou 20 ans, on aurait cherché du côté des collectivités, mais elles n’ont plus d’argent. Je précise quand même que le département de l’Aube nous a donné des végétaux. Par contre, la Fondation Truffaut a répondu non », continue-t-il en énumérant d’autres aides en nature. « Une coopérative agricole a aidé à désherber le terrain. Les élèves du lycée agricole de Castelnaudary et leurs professeurs ont aidé à la plantation ainsi que Bethsabée de Gunzbourg de Jardins & Santé. Et il y a sans doute de nombreux autres partenaires et bénévoles qu’il serait long de citer, mais qui ont rendu le projet possible.

« Les donateurs ne posent pas vraiment de question sur les bienfaits du jardin. Mais c’est important pour la suite et j’aimerais que des médecins ou des étudiants essaient de montrer des résultats réels. Avec la crise financière, ce serait utile de montrer comment les jardins peuvent avoir un impact », conclut-il. Il parle bien sûr d’un impact financier, en économie de médicaments ou d’autres services. Une approche comptable qui pourrait s’avérer productive devant certains interlocuteurs, des acteurs publics aux gestionnaires d’établissements privés.

Une simple lettre de sollicitation assure le budget plantes d’un projet

Carole Nahon de l’association le Jardin des (S)âges nous raconte une partie de son aventure de financement. « J’ai appris que le Crédit Agricole aidait des projets associatifs. J’ai fait un courrier dans lequel j’exposais le projet, brièvement, et j’ai demandé la somme qui correspondait au poste des plantes dans le projet, sachant que le Crédit Agricole ne nous donnerait qu’une bourse qui avait une attribution spécifique, ici les plantes. J’ai envoyé le courrier, j’avoue que je n’y croyais plus. Ma surprise en a donc été plus grande! Nous avons aussi déposé un dossier à Jardins & Santé…Là, je suis bien plus perplexe, vu le nombre de demandes cette année. »

Organiser une vente de plantes

Lorsque j’ai commencé ce blog en Californie il y a bientôt 4 ans, j’entendais beaucoup parler de ventes de plantes pour lever des fonds pour tel ou tel programme. Le concept peut être adopté en France comme le démontre le Jardin d’Olt. Cécile Ratsavong-Deschamps, la présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages qui soutient ce jardin dans un hôpital-maison de retraite, l’a mis en œuvre. A l’approche de l’événement, elle en faisait la promotion sur le blog de son association avec tous les détails nécessaires pour encourager la participation.

Des idées dont on peut prendre de la graine ! A suivre la semaine prochaine…

Où on retrouve Tamara

Depuis notre première rencontre sur Skype en décembre 2014, Tamara Singh est intervenue plusieurs fois sur ce blog pour raconter sa formation et sa pratique d’hortithérapeute à New York. Après plus d’un an en France, il était temps de la rencontrer de nouveau pour lui demander ses impressions. Nous avons discuté cette semaine et voici le billet que j’ai écrit pour le blog du Horticultural Therapy Institute dans la foulée. Etant un peu beaucoup sous l’eau, je vais simplement vous renvoyer vers le billet en anglais. Bonne lecture.

48heures

Oyé, oyé : les 48 heures de l’agriculture urbaine se tiennent ce weekend, le 19 et 20 mars, à Paris. Tous les renseignements et inscriptions sur le site.

Reconversion dans les jardins thérapeutiques

« Je veux proposer des jardins thérapeutiques avec une solide base en aménagement paysager. » Après 24 ans dans la communication, 20 à Paris et les quatre dernières dans sa région d’origine à Toulouse, Béatrice Bonzom Dedieu rêvait d’une reconversion. Jardinière amatrice, elle se rend en 2014 au symposium Jardins & Santé. Elle découvre également la Cité des Sciences Vertes, un établissement rassemblant plusieurs parcours scolaires autour de l’horticulture, de l’agriculture et de l’agronomie. Elle présente un projet de reconversion professionnelle pour y faire un BTS Aménagement Paysager en formation continue, partiellement financé par la région Midi-Pyrénées. Depuis quelques mois, elle suit un cursus d’un an sur le campus d’Auzeville. Elle est particulièrement heureuse que les jardins thérapeutiques soient le sujet de l’année. « C’était une demande des élèves qui ont commencé à faire des rapports sur le sujet », explique-t-elle.

Emilie Ferrer, l’enseignante responsable de ce module d’initiative locale (mil) consacré cette année aux jardins thérapeutiques après les jardins partagés l’an dernier, a suivi la formation proposée par Jean-Luc Sudres à Toulouse tout comme Béatrice qui a bien entendu des bruits sur la création d’un diplôme dédié aux jardins thérapeutiques par le professeur de psychologie, mais n’en sait pas plus. « Ce serait quelque chose sur deux ans, quelque chose d’ambitieux et de pluridisciplinaire ». Emilie Ferrer a également suivi la formation sur les jardins de soin à Chaumont-sur-Loire, contrairement à Béatrice. « Au final, j’ai plus appris sur le jardin thérapeutique au symposium et par mes propres recherches pour l’instant. Ce BTS me permettra d’être crédible sur les fondamentaux comme l’analyse de la terre ou les systèmes d’arrosage », résume Béatrice.

En parallèle de son BTS, elle met les mains dans la terre. Aux côtés de Macadam Gardens, elle s’implique dans un projet de patio à la clinique Pasteur (un projet différent du jardin sur le toit créé par l’entreprise). « J’ai travaillé sur la version 1 du jardin de la Clinique Pasteur et une autre stagiaire d’Auzeville travaille actuellement sur la version 2″, explique-t-elle. « Je travaille actuellement pour le Jardin des Vents de Castelnaudary. J’ai rencontré John Riddel et nos échanges m’ont enthousiasmés. » Elle a commencé à rencontrer d’autres cliniques intéressées, mais sans budget pour financer des projets. Au moins, ces établissements pourront-ils se transformer en lieux de stage. Au fil de sa réflexion, Béatrice a également contacté Terramie et envisagé de se franchiser. Mais elle a abandonné cette piste car elle n’a pas envie « de cracher du devis » comme elle le décrit. Chemin faisant, elle rencontre des professionnels du jardin qui lui racontent être sollicités pour faire des jardins thérapeutiques. « Il faut évangéliser sur l’intérêt du jardin thérapeutique. Il faut faire de l’évaluation et des études. Tous mes projets dans le cadre du BTS sont une variation sur le jardin thérapeutique : la discussion avec l’équipe, la conception et l’évaluation. »

Un formateur invité raconte le module « jardins thérapeutiques »

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Rencontre entre les stagiaires du BTS Aménagement Paysager et les jeunes dans un IME de la région de Toulouse.

Sébastien Guéret de Formavert est venu prêter main forte à Emilie Ferrer pour animer le module qui se tenait la semaine dernière. « Emilie est une enseignante très « pêchue » et intrépide. Elle n’a peur de rien. Elle n’est pas du tout spécialiste du sujet mais elle a su proposer un programme qui tient la route en compilant les apports reçus des deux formations qu’elle a suivies. Elle fait surtout partie de ces enseignants qui plutôt que de délivrer un discours formaté va mettre ses stagiaires en situation de réflexion et de recherche. Donc elle les a fait plancher sur le sujet », explique Sébastien, admiratif et impressionné par l’expérience. A l’initiative de l’enseignante, un après-midi a donc été consacré à une animation auprès de jeunes souffrant d’autisme dans un IME. « Les stagiaires étaient en binômes et avaient à charge de réaliser avec les résidents de l’institution un « cadre végétal » qui resterait ensuite à l’institution. 20 stagiaires, répartis dans 4 unités différentes, du matériel, des ballots de tourbes, du grillage, des plantes, c’était un peu le bazar mais l’éducateur qui a coordonné tout ça s’est montré très disponible et bienveillant. Et l’animation s’est très bien faite. La qualité de relation et d’animation qui s’est dégagé de la part de ces stagiaires a bluffé tout le monde. Les personnels de l’institution n’en revenaient pas que des personnes sans aucune formation sociale puissent mener un tel travail auprès de leurs résidents », raconte Sébastien.

Et la contribution de Sébastien? Apporter sa longue expérience et son témoignage aux stagiaires. « On a fait un « débriefing » à chaud de l’animation et le lendemain j’ai refait un debrief avec des apports didactiques. On a retravaillé la notion d’objectifs thérapeutiques pour inscrire le jardin dans un processus de soin et on a fait travailler les stagiaires sur la conception d’un jardin thérapeutique à partir d’un patio de l’IME visité la veille. » Le lendemain, les revoilà partis sur le terrain. Cette fois, dans un CPC (Centre de Post-Cure pour malades souffrant de troubles psychiatriques) qui offre un atelier espaces verts qui n’est toutefois pas à but thérapeutique.

« Au final je pense que cette semaine aura permis une réelle ouverture sur le sujet. Ceux qui voudraient s’y consacrer plus pleinement auront encore beaucoup de choses à découvrir évidemment mais c’était une bonne approche. Pour les autres, cela aura le mérite de leur avoir ouvert les yeux sur la relation que l’on peut avoir au végétal et sur ce sujet qui, au-delà de la thérapie, touche tout le genre humain. Si toutes les formations horticoles pouvaient proposer une telle ouverture, les jardiniers de demain auraient bien plus conscience du rôle qu’ils ont à jouer dans notre société. »

 

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Les mains dans la terre

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Le cadre prend forme avec application

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Les cadres végétaux réalisés par les jeunes et les stagiaires : une première expérience pour les uns et les autres.

Le « Jardin pour Toit » du Centre Robert Doisneau

Le Centre Robert Doisneau dans un quartier en pleine rénovation du 18e arrondissement de Paris

Le Centre Robert Doisneau dans un quartier en pleine rénovation du 18e arrondissement de Paris

Même en ce jour d’hiver un peu frisquet malgré un rayon de soleil, le Jardin pour Toit du Centre Robert Doisneau dans le 18e arrondissement a de l’allure. C’est un bel espace bordé de jardinières construites à plusieurs hauteurs sur le toit de ce tout nouveau centre qui regroupe, sur le même site, des structures d’hébergement et d’accueil pour des personnes âgées dépendantes, des adultes handicapés et des jeunes souffrant d’autisme. Des tables, protégées du soleil en été, invitent au goûter et à la pause entre résidents et visiteurs. Au cœur de Paris dans un quartier en pleine transformation, les résidents peuvent sortir mettre les mains dans la terre et prendre de la hauteur.

Avant de donner la parole à Ingrid Antier-Perrot, directrice philantropies et communication à la Fondation Hospitalière Sainte Marie qui gère le Centre Robert Doisneau et une soixantaine d’établissements en Ile-de-France, faisons le tour de cette maison unique en France. Créé pour pallier à l’insuffisance des moyens d’hébergement à Paris, le Centre Robert Doisneau a une capacité d’accueil de 190 places en hébergement et 50 en accueil de jour et regroupe, c’est là sa grande originalité, quatre établissements :

  • un EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) de 110 places dont deux unités protégées pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ainsi que 15 places en accueil de jour,
  • une MAS (Maison d’Accueil Spécialisée) de 35 places
  • un FAM (Foyer d’Accueil Médicalisé) de 45 places avec un centre d’accueil de jour de 15 places
  • et un IME (Institut Médico Educatif) de 21 places pour des ados et des jeunes de 12-20 ans en semi-internat avec un SESSAD (Service de Soins Spécifiques à Domicile) de 22 places pour les 3-20 ans.

Des personnes âgées dépendantes dont certaines atteintes de la maladie d’Alzheimer, des adultes handicapés suite à un accident de la vie et des jeunes souffrant d’autisme se retrouvent donc dans un lieu conçu comme un « chez soi ». Des meubles chinés, des œuvres du célèbre photographe dont les filles se sont impliquées dans le projet, des espaces chaleureux et ouverts, l’ambiance ressentie pendant une courte visite est visiblement différente d’autres établissements.

La genèse du jardin

Topager a aidé à animer les premiers ateliers.

Topager a aidé à animer les premiers ateliers.

« Notre directeur général et l’architecte ont eu envie d’utiliser l’espace sur le toit pour en faire un jardin. Le projet avait commencé et nous avons dû obtenir une dérogation de la préfecture. Nous avons rencontré Topager à travers un article que j’avais lu sur eux dans Le Monde. C’était en 2011 », explique Ingrid Antier-Perrot. Topager, qui conçoit et réalise des potagers et des refuges de biodiversité urbains, se met au travail pour imaginer ce nouveau jardin en terrasse et proposer un devis. Les ergothérapeutes du Centre apportent leurs compétences pour penser l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Pendant que la Fondation discute avec le constructeur (il faut trouver un sol pas trop lourd, éviter les infiltrations, remplir les obligations de rétention d’eaux pluviales), Ingrid Antier-Perrot se tourne vers des donateurs privés pour récolter les 100 000 euros nécessaires au projet. Dans un billet à venir sur le financement, elle nous décrira ces démarches cruciales.

« Le Centre a ouvert en 2014. La première année, nous étions en plein recrutement. Ce n’est qu’en 2015 que les équipes se sont vraiment saisies du jardin. Tout comme le Centre qui est bâti sur la diversité, nous voulions une diversité de plantes : petits fruits et légumes, aromatiques, vignes, poiriers, grimpants avec des annuels et des vivaces. Les résidents viennent avec des moniteurs-éducateurs qui proposent des ateliers. Ils peuvent semer, planter, entretenir et récolter côte à côte ou en face à face pour renforcer la communication. D’ailleurs, nous venons de donner une subvention à la MAS pour construire une cuisine qui utilisera entre autres la récolte du jardin et des courses au marché. C’est un lien avec la vie. »

Les bacs, conçus à trois hauteurs pour différents types de chaises roulantes, sont en bois résistant et issu de circuits courts. Le jardin est également équipé de composteurs.

Les bacs, conçus à trois hauteurs pour différents types de chaises roulantes, sont en bois résistant et issu de circuits courts. Le jardin est également équipé de composteurs.

Parmi les objectifs cités, favoriser le lien avec les autres résidents, pratiquer une activité physique, stimuler les fonctions cognitives et diminuer les troubles du comportement et les états dépressifs et d’angoisse. « Les équipes d’animation ont deux logiques : pour les résidents de l’EHPAD, il s’agit d’une animation et d’un loisir. Pour les personnes de la MAS et du FAM, il s’agit de préserver l’autonomie », détaille Ingrid Antier-Perrot. En dehors des ateliers, qui reprendront au printemps et que Potager a aidé à animer au départ, l’accès au jardin est libre. Les visiteurs sont encouragés à s’y rendre avec leurs proches.

Les jardins se multiplient

Du coup, le Centre s’est déjà doté de nouveaux espaces de jardin. « Dans les deux unités fermées pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, nous avons créé des terrasses privatives avec des espaces verts. C’est au premier étage, avec vue sur le ciel et beaucoup de lumière. L’IME a aussi un espace avec des bacs. » D’ailleurs la Fondation Hospitalière Sainte Marie n’en est pas à son coup d’essai. Dans un centre d’accueil de jour pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à Pantin et dans un EHPAD à Noisy-le-Sec, des jardins avaient déjà vu le jour.

Le quartier est invité à rentrer dans le Centre avec un premier commerce, et bientôt un deuxième, installé dans les lieux. La diversité recherchée au Centre Robert Doisneau n’est pas toujours facile à faire exister. Les personnes âgées sont souvent réticentes avec les personnes handicapées, sans doute par peur. Mais petit à petit, des liens se créent en assistant à des conférences culturelles ensemble et sans doute aussi en se rencontrant au jardin.