Le 21 septembre, n’oubliez pas Alzheimer

« En France, plus de 850 000 personnes sont atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elles seront plus de 2 millions en 2040. » Fondation Médéric Alzheimer

La Fondation Médéric Alzheimer est un acteur incontournable dans la promotion de la recherche en sciences humaines et dans l’innovation de terrain pour le bien-être des personnes atteintes d’Alzheimer, de leurs soignants et de leurs proches. Le jeudi 17 septembre, elle organisait une journée de son réseau dédié à la recherche, Social Sciences for Dementia, qui compte plus de 250 membres venus de la psychologie, sociologie, économie, droit, philosophie, mais aussi des ergothérapeutes, orthophonistes, psychomotriciens, musicothérapeutes, chercheurs en gérontologie, en santé publique, en travail social, en sciences infirmières.

Le constat est simple : il n’existe pas de traitement thérapeutique à court et moyen terme, mais les sciences humaines et sociales peuvent apporter des solutions maintenant. Il faut donc encourager la recherche dans ce domaine pour améliorer l’accompagnement. Le message principal que je retire de cette journée est le suivant : au lieu de se focaliser sur les déficiences et les difficultés des malades, pourquoi ne pas chercher à voir leur potentiel qui est bien réel? Un grand moment de la journée a été le témoignage de James McKillop, un Ecossais atteint depuis 14 ans d’une démence vasculaire et membre fondateur du Scottish Dementia Working Group. Il a parlé au nom des malades et milite pour que leur voix soit entendue par les chercheurs. Quant à la Fondation Médéric Alzheimer, elle place son action dans le respect de la dignité et des droits de l’homme.

En passant, c’est l’occasion de rappeler le rapport de la Fondation Médéric Alzheimer intitulé  « Jardins, espaces de vie au service du bien-être » publié en 2013. L’occasion aussi de rappeler l’engagement de la Fondation Truffaut auprès des jardiniers des maisons accueillant des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer. Elle dresse dans ce dossier un bilan de son action, avec la liste des établissements aidés et des témoignages de différents soignants.

En conclusion, je vous laisse découvrir le film Hier, la dernière étape de Christophe Ramage avec la voix de Patrick Timsit. Dans ce film, ce réalisateur dont plusieurs documentaires traite de ce sujet essaie de donner à sentir ce que peut peut-être ressentir une personne atteinte d’Alzheimer.

Les jardins en maisons de retraite en prime time

Grâce à un SMS de la com de Terramie et un partage Facebook d’Anne Babin, on n’a pas loupé les jardins thérapeutiques dans le JT de 20 heures de TF1 du 8 septembre. Reportage dans la maison de retraite La Charmille à Saint-Quirin en Moselle où l’on voit les résidents, les soignants et des écoliers en visite s’en donner à cœur joie dans le vaste jardin. Pour des bienfaits physiques et psychologiques qui sont déclinés par les uns et les autres. A part une brève apparition du logo Terramie sur un tablier, on n’en saura pas plus sur les créateurs du jardin. Pour en savoir plus sur eux, je vous renvoie à cet article publié dans le Lien Horticole en février 2014. Quoiqu’il en soit, cela fait plaisir de voir les jardins de soin à l’honneur en prime time.

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Cultiver son jardin…au bureau

Capture d’écran 2015-09-02 à 11.45.51En cette période de rentrée, pensons à tous ceux qui retournent s’enfermer dans des bureaux. Des études montrent qu’un peu de verdure peut leur faire le plus grand bien. Cet article du Telegraph rapporte plusieurs expériences qui amènent de l’eau à notre moulin. Dans une première étude menée en Angleterre, des consultants qui avaient une vue directe sur au moins deux plantes affirmaient qu’ils parvenaient mieux à se concentrer et étaient plus productifs que des collègues qui ne voyaient pas de plante. Une autre étude avec des conseillers en assurance aux Pays-Bas a également montré que les employés qui pouvaient voir une plante rapportaient un niveau de concentration et une satisfaction au travail plus élevés.

Les bureaux de GitHub, un éditeur de logiciels, à San Francisco.

Les bureaux de GitHub, un éditeur de logiciels, à San Francisco.

Pas étonnant au regard de cette revue de la littérature publiée dans Psychology Today il y a quelques années déjà (on aurait pu souhaiter que les études auxquelles l’auteur fait allusion soient mieux référencées). C’est ce que fait cet article dans Work Design magazine même s’il commence à dater un peu lui aussi. Au risque de penser que seuls les Anglo-saxons se soucient de cette question, cet article du Nouvel Obs rétablit l’équilibre.

Sortons maintenant du bureau pour aller nous promener en ville. Cet article du New Yorker rapporte les résultats d’une étude qui fait suite aux travaux de Roger Ulrich. En comparant deux groupes de données – d’un côté la distribution des espaces verts dans la ville de Toronto et de l’autre la santé de 94 000 résidents interrogés, cette étude a découvert que plus il y avait d’arbres plus les résidents se sentaient en bonne santé. Très précisément, 10 arbres supplémentaires équivalaient à une augmentation d’1% dans l’impression des résidents d’être en bonne santé! L’article cite une autre étude menée suite à une maladie qui tue des millions d’arbres en Amérique du Nord depuis quelques années. Cette étude montre que entre 1990 et 2007, « les décès suite à des maladies cardiovasculaires et respiratoires avaient augmenté dans les endroits où les arbres avaient succombé à cette peste, contribuant à plus de 20 000 morts supplémentaires sur la période étudiée. » La conclusion semble claire : plantez des arbres dans les villes et installez des plantes dans les bureaux!

 

En Belgique, le « Grand Jardin » de l’hôpital «Chêne aux Haies»

Chose promise, chose due. Cette année, j’avais promis qu’on voyagerait hors des frontières. Cette semaine, direction la Belgique. Et puis, ce sera la pause estivale. Bon été et à la rentrée.

 

Alain Flandroit, le concepteur du Grand Jardin au CHP de Mons-Borinage en Belgique.

Alain Flandroit, le concepteur du « Grand Jardin » au CHP de Mons-Borinage en Belgique.

Sur un terrain en friche précédemment occupé par des chevaux (merci, l’engrais naturel), Alain Flandroit a fait pousser un beau jardin qui rassemble les patients du Centre Hospitalier Universitaire et Psychiatrique de Mons-Borinage depuis son ouverture en 2013. « Différents pavillons avaient déjà des jardinets avec surtout des fleurs, mais j’avais envie de toucher un maximum de personnes et d’ajouter un potager », explique cet horticulteur de formation qui a passé un diplôme d’éducateur après avoir commencé à travailler dans le milieu psychiatrique (cette reconversion me fait penser à l’expérience de Jean-Luc Valot, mais aussi dans l’autre sens à celle que Stéphane Lanel nous racontait la semaine dernière). Après l’obtention de son diplôme, il commence naturellement un petit jardin dans le service d’admission à l’hôpital. Ce jardin n’est qu’un début…

Le jardin occupe un espace anciennement utilisé pour l'hippothérapie.

Le jardin occupe un espace anciennement utilisé pour l’hippothérapie.

Grâce aux 10 000 euros reçus dans le cadre du concours « Colour Your Hospital » de la Belfius Foundation, il réussit à s’équiper de serres tunnels, d’outils, de plantes et de semences. Avec l’accord de la direction pour le terrain et le financement pour l’équipement, il peut réaliser son rêve. « J’utilise les principes de la permaculture. On a mis les éléments les plus importants près des bâtiments et les fruitiers, où on va moins souvent, au fond du jardin. Dans les serres, on fait des semis et des tomates. Il y a un terrain pour les cucurbitacées, les courgettes, les potirons, les potimarrons, pour faire la soupe. »

« Qui veut venir au jardin? »

Pour faire connaître le jardin, il va de pavillon en pavillon expliquer son projet. Aujourd’hui, le mode de fonctionnement est simple. « J’envoie un email pour dire que je serai au jardin de telle heure à telle heure. Je fais le tour des chambres et je demande qui veut venir au jardin. Le jardin s’adapte aux patients selon leurs capacités, leur mobilité, leur âge et leurs connaissances. Je ne les sous-estime pas car ils ont des capacités. L’important est de bien se faire comprendre. Et puis se tromper fait partie de la thérapie. S’il y a plus de monde, on travaille plus sur le social. S’il y a moins de monde, on peut plus guider, c’est plus individuel. »

Flandroit 1Les patients viennent accompagnés par des kinés, des infirmières, des ergothérapeutes, des animateurs. « Ils se basent tous sur le travail de jardinage avec une observation propre à leur métier. Le kiné va regarder la posture, l’ergothérapeute la fonction des mouvements dans l’exécution, l’éducateur l’autonomie et le cognitif. Tous les professionnels voient les patients dans un autre lieu qui permet de se détendre et de plus parler. »

Un lieu de rassemblement

Le jardin est devenu un lieu de rencontre. « Ils viennent de différents pavillons, mais ici ils partagent une passion commune. Tout en travaillant, ils se racontent des choses et il y a de l’entraide. Je dis souvent aux patients que le jardin existe grâce à eux. Quand un grand groupe débarque, des projets se réalisent et ils sont satisfaits de l’évolution. Quand ils quittent l’hôpital et doivent malheureusement revenir, ils repassent par le jardin. »

Flandroit 3« Nous travaillons sur le bien-être général du patient, sur l’espace et le temps. Au printemps, on sème. En automne, on récolte. Un patient voulait semer en hiver. Ca fait partie du jardin de travailler sur la frustration.  En tant qu’horticulteur, je passe du temps à raconter pourquoi on fait le travail. Le plus dur est d’amener les personnes au jardin. Avec la pluie, le soleil, le vent, c’est une difficulté. J’explique les travaux de saison et je les laisse choisir. C’est une victoire en soi si quelques personnes se trouvent bien au jardin. » Le Grand Jardin d’Alain Flandroit me fait bien sûr penser au jardin de soins partagé créé au Centre Hospitalier Départemental de Daumezon autour d’Anne Babin et de Laurent Chéreau.

« En Belgique, ça se développe doucement. Je pense que la France a pris de l’avance. On est vraiment au début. A ma connaissance, il n’existe pas de formation », explique Alain Flandroit en pionnier d’un mouvement qui a choisi de tracer son chemin.

La formation : quel diplôme ?

C’est un plaisir d’accueillir Stéphane Lanel, l’animateur du Jardin d’Epi cure à Maule (78), dont vous avez déjà entendu parler plusieurs fois, notamment ici et . Il aborde le sujet de la formation à travers son expérience personnelle et ses réflexions sur le sujet. Félicitations, avec un an de retard, pour l’obtention de son Bac Pro et bon courage pour la reprise de nouvelles études en septembre. Quel bel exemple !

 

Vaste question que celle de la formation des personnes intervenant dans les jardins à visée thérapeutique ou dit « de soins ».

Tout d’abord, je me présente: je m’appelle Stéphane Lanel et je suis animateur du « Jardin d’Epi cure » (et membre de l’association du même nom) depuis l’hiver 2011 dans un foyer médicalisé accueillant des adultes cérébro-lésés. Ce jardin offre la possibilité aux résidents d’aménager cet espace, de l’entretenir et de le faire évoluer. Mais également, de semer, planter, soigner, cueillir, récolter et transformer fleurs, fruits et légumes. Pour enfin consommer, offrir et partager.

Stéphane Lanel

Stéphane Lanel

En novembre dernier, j’ai participé au 4ème symposium international sur les jardins de soin au cours duquel l’une des thématiques abordée était la formation. J’ai pu constater à quel point le monde des soignants et celui des entrepreneurs (architectes, paysagistes, pépiniéristes, etc) avaient vraiment du mal à cohabiter dans « l’écosystème » du jardin de soins. Ces deux mondes sont dans une défiance et méfiance réciproques. Actuellement aucun n’ayant trouvé sa « niche écologique », nous en sommes encore au stade où chacun veut marquer et protéger son territoire. Pourtant ils doivent et devront trouver un terrain d’entente s’ils veulent travailler ensemble.

Je pense que le jardinier de soins (terme que je préfère au pompeux « hortithérapeute ») est plutôt un hybride qui peut prendre le meilleur des deux, et cela au service des personnes dont il s’occupe.

Hortithérapeute ? 

IMG_2141Avant tout, je voudrais m’arrêter sur le mot « hortithérapeute ». Tout ceux qui jardinent en institution le savent, pour l’avoir expérimenté : le jardin est de facto thérapeutique. Mais il me semble que nous ne devons pas usurper un titre qui n’est pas le nôtre. Je rappelle qu’il n’existe actuellement en France aucun diplôme d’hortithérapeute référencé au Répertoire National des Certifications Professionnelles. Ce n’est donc ni un diplôme, ni un métier reconnu par l’État.

Si nous voulons nous faire accepter des institutions, ne nous parons pas de ce titre. Je le dis pour avoir entendu si souvent des animateurs de jardins de soins se présenter et parler en tant qu’hortithérapeutes. J’ai également entendu les réticences de chefs d’établissement et de thérapeutes certifiés (qui, je le rappelle, ont fait au minimum 3 années d’études dans leur spécialité) très sceptiques à cause de l’emploi de ce terme. In fine, je pense que cela dessert la cause que nous sommes sensés servir.

Malgré cette non reconnaissance officielle, il n’en reste pas moins que nous sommes là au quotidien, auprès de ceux qui souffrent et qu’il y a une nécessité impérieuse de formation. Mais quelle(s) formation(s) ? Permettez-moi de vous parler de mon parcours personnel.

La nécessité de se former

Avant la création du jardin à la Maison des Aulnes, j’exerçais depuis une bonne dizaine d’années la profession d’Aide Medico-Psychologique. Je n’avais absolument aucune compétence en matière de jardinage, ni aucune empathie pour le monde végétal. Mais la rencontre avec Bruno, un résident du foyer, a réorienté à jamais ma vie. Il fut le premier à me vanter l’action bénéfique du jardinage sur ses propres troubles du comportement, semant ainsi une graine qui germât jusqu’à la réalisation du projet du Jardin d’Epi cure.

Dès le début de sa création, je me suis retrouvé face à mes propres limites techniques pour animer une activité de jardinage et en difficulté face à des résidents parfois très connaisseurs (je me souviens notamment d’un ancien paysagiste).

C’est pourquoi j’ai décidé dès 2012 de me former. Anne Ribes m’a tout de suite recommandé l’ESA (École Supérieure d’Agriculture) d’Angers pour la qualité de son enseignement et la possibilité de suivre une formation à distance (ma situation professionnelle et familiale ne me permettant pas de suivre une formation continue en présentiel).

J’ai donc pris contact avec l’école. Mon niveau d’études Bac +4 m’autorisait l’accès au Bac pro en classe de Première sans passer par la Seconde ainsi qu’au BTS. J’ai choisi le baccalauréat professionnel pour jouer la carte de la sécurité : j’étais conscient de la charge de travail à fournir dans les deux cas et je ne voulais surtout pas me surcharger au risque d’abandonner en cours de route. De plus, partant de zéro, il me fallait acquérir les bases.

Obstacles sur le chemin

Il m’a fallu d’abord affronter plusieurs difficultés.

> La première à été de choisir le Bac pro qui me convenait… En effet deux spécialités correspondaient aux activités proposées au jardin d’Epi cure :

  • Aménagements paysagers, qui concerne la création et les entretiens des espaces végétalisé
  • Productions Horticoles, qui concerne la floriculture, le maraîchage, etc.

J’ai choisi les aménagements paysagers sous les conseils d’Anne Ribes qui avait elle-même étudié cette spécialité mais aussi car le jardin d’Epi cure était dans sa phase de création.

> La seconde difficulté a été de gérer la problématique du stage en milieu professionnel obligatoire de six semaines à effectuer sur une année. Pour quelqu’un qui ne bénéficie que de cinq semaines de congés annuels, le problème était de taille… Ma chance a été d’avoir eu la possibilité de prendre « Le jardin d’Epi cure » comme lieu de stage et Anne Ribes comme maître de stage.

Malgré tout, ça n’a pas été facile à faire valider par la responsable pédagogique du CERCA (pôle de formation de l’ESA) qui ne comprenait pas le sens de ma démarche dans cette reprise d’études. Elle n’arrivait pas à comprendre le sens de mon stage car je me destinais à utiliser ces compétences avec des personnes amatrices (avec toute la charge péjorative que peut prendre ce mot), de surcroît handicapées plutôt qu’à entrer dans une logique professionnelle classique basée sur des rapport commerciaux et hiérarchiques. Je rappelle que le titulaire d’un Bac pro est habilité à créer son entreprise et/ou à encadrer une équipe d’ouvriers.

> La troisième difficulté a été de pouvoir assister aux sessions de regroupement à l’ESA d’Angers (six regroupements d’une semaine chacune sur les deux années). Là, je n’avais d’autre solution que de m’y rendre en prenant sur mes congés payés.

> La quatrième et dernière difficulté, et non des moindres, a été le financement… Notre beau système français de formation continue étant ce qu’il est, deux solutions s’offraient à moi:

  • Faire une demande de CIF (Congé Individuel de Formation) et attendre une prise en charge à 100% dans un délai pouvant aller de 3 à 10 ans.
  • L’auto-financement.

Je n’ai eu donc d’autre solution que cette dernière, mais pour régler les frais annuels de scolarité (1200 €) le CERCA propose des facilités de paiement très intéressantes.

Le cursus du Bac pro AP

  • Contenu des cours théoriques

J’ai reçu en novembre 2012 les manuels scolaires. Très bien faits, mais malheureusement édités en noir et blanc. Ma première impression a été la panique face à la quantité de nouvelles connaissances à intégrer, avec une mention spéciale pour la biologie végétale et la reconnaissance des végétaux (en latin, s’il vous plait!!!!). Mais je dois dire qu’à l’issue de la formation, ce sont les deux matières que j’ai préférées et qui m’ont le plus apporté.

Dès la réception de ces contenus pédagogiques, il m’a fallu m’imposer une discipline stricte dans l’étude des matières (1h30 quotidienne minimum) et la réalisation des devoirs (un quota étant exigé pour le passage en terminal).

Les 2 premiers mois, la tête dans le guidon, j’avais l’impression de ne rien apprendre et d’être submergé par la charge de travail. Et sans comprendre pourquoi, j’ai réalisé un jour que les connaissances commençaient à faire sens dans ma tête et que des connections s’établissaient entre les différentes matières. Cette prise de conscience m’a permis de garder ma motivation jusqu’au bout de la formation.

  • Sessions de regroupement

Je me suis rendu à la première session de regroupement en décembre. Expérience très étrange que de se retrouver à l’école le jour avec des adultes et à l’hôtel la nuit, loin de ma famille. Mais expérience très enrichissante, avec des cours extrêmement condensés et des horaires de cadre, le tout dans une ambiance studieuse. Et à l’instar de tout lycée, des profs pédagogues, passionnés et passionnants (biologie végétale) et d’autres moins…

Et après ?

En juin 2014, j’ai obtenu mon diplôme avec une belle mention. Mais concrètement quels ont été les bénéfices concrets de cette formation au service du jardin d’Epi cure ?

3Je me suis rendu compte tout au long de ces deux années que l’acquisition de compétences me permettait de m’affranchir de plus en plus des contraintes techniques, pour une meilleure animation des séances. Cela s’est avéré encore plus tangible dans l’activité pédagogique qui accueille des enfants de l’école élémentaire et du centre loisirs de la commune avec leurs cortèges de « pourquoi ».

J’adore également la philosophie sobre, humaniste et joyeuse d’Epicure et, pour moi, le Jardin est un formidable espace philosophique, il est le support d’une multitude de réflexions métaphoriques. L’acquisition de ces connaissances m’a donné des clefs pour faire parler ce monde.

Malheureusement (ou heureusement), j’ai depuis touché les limites de cette formation. Le jardin étant un écosystème résilient, il doit être appréhendé dans sa globalité. En effet, ouvrir une porte de l’univers du vivant c’est se retrouver devant une autre, puis une autre, puis une autre…

IMG_1917Le Jardin d’Epi cure, n’a cessé d’évoluer depuis 2012: les activités et l’espace de production légumière se sont développés (notamment pour la cuisine thérapeutique) et une parcelle dédiée aux Restos du Cœur a été créée. Et malgré mes lectures et la documentation sur le maraîchage et la production horticole en général, j’éprouve encore cette nécessité de formation. En septembre, je commencerai une formation de jardinier permaculturel à la Ferme du Bec-Hellouin en Normandie. Et j’espère me lancer en 2016-2017 dans un BTS Production Horticole à dominante Agriculture Bio. Boulimique ? Peut-être. Passionné, certainement ! Dans tous les cas, voir le projet du Jardin d’Epi cure avancer avec l’investissement, l’enthousiasme et la joie des résidents me donne envie d’offrir à ce projet le meilleur de moi-même.

Conclusion

Voici mon expérience personnelle, qui n’est que ce qu’elle est, et surtout liée au contexte et au public particulier du jardin d’Epi cure. Je souhaite à chaque personne prenant en charge des personnes vulnérables dans le cadre d’un jardin de soins de trouver SA formation adaptée à ses variables. En conclusion, je pourrais dire que se lancer dans une formation reste une aventure vitale qu’il faut vivre pour se nourrir soi et nourrir les autres en retour.

 

Une hortithérapeute à temps plein au Mental Health Center à Denver

Carol LaRocque dans l'un des établissements du Mental Health Center à Denver.

Carol LaRocque dans l’un des établissements du Mental Health Center à Denver.

Depuis 2013, je contribue au blog du Horticultural Therapy Institude (HTI) de Rebecca Haller et Christine Kramer. A travers HTI, les deux auteures du manuel « Horticultural Therapy Methods: Connecting People and Plants in Health Care, Human Services, and Therapeutic Programs » offrent depuis de nombreuses années des formations à l’hortithérapie à Denver au Colorado, mais aussi sur la côte Est et sur le côte Ouest. Le blog vient d’accueillir Susan Morgan, une ancienne étudiante du HTI. Car plus on est de bloggeuses, plus on rit.  Vous pouvez découvrir son premier billet dédié à Carol LaRocque, une hortithérapeute à plein temps qui s’occupe des programmes pour enfants et ados au Mental Health Center à Denver. Pour lire son histoire (en anglais), c’est ici.

Susan Morgan

Susan Morgan

Susan Morgan baigne dans le monde végétal depuis des années. Elle est diplômée du Horticultural Therapy Institute et a effectué son stage de fin d’études au Chicago Botanic Garden où elle a travaillé avec une variété de groupes dont des jeunes hommes incarcérés dans une prison de style “boot camp”, des jeunes à risque et des personnes souffrant de déficiences intellectuelles. Elle possède des diplômes en horticulture de l’Université du Tennessee, y compris un master en horticulture publique ainsi qu’un diplôme international en enseignement des jardins botaniques obtenu aux Royal Botanic Gardens à Kew en Angleterre. En tant qu’horticultrice et qu’hortithérapeute, Susan a lancé son entreprise, The Horticultural Link, qui fournit des services d’hortithérapie à Dallas au Texas, ainsi que des consultations horticoles et des travaux de rédaction. Ses écrits et ses photos ont été publiés dans l’American Horticultural Therapy Association News Magazine, Journal of Environmental Education, et Scripps Networks Interactive / HGTV sites, où elle était précédemment rédactrice-en-chef adjointe d’une rubrique en ligne sur le jardinage. L’AHTA lui a décerné son Alice Burlingame Humanitarian Service Award. Susan partage ses expériences liées au jardinage et à l’hortithérapie (idées d’activités, recettes et autres réflexions) sur son blog eatbreathegarden.com.

Fenêtres avec vue au Rusk Institute

Aujourd’hui, retour de Tamara Singh, diplômée en hortithérapie du programme du New York Botanical Gardens dont elle nous avait décrit l’enseignement il y a quelques semaines ici et . Dans ce nouveau billet, elle nous raconte de l’intérieur le programme d’hortithérapie du Rusk Institute for Rehabilitation et son Glass Garden à New York dont je vous avais parlé à travers une interview de Matt Wichrowski en 2013. Vous pouvez joindre Tamara à hortustherapy (at) gmail.com.

Les lieux en évolution de la psychiatrie

Vue de Rusk

Vue de Rusk

Dans les années 1950, sous le haut patronage d’Enid Haupt et l’égide du Dr Howard Rusk, médecin en psychiatrie, un des premiers jardins thérapeutiques totalement accessible à des patients à mobilité réduite a vu le jour à New York. En 2009 le Glass Garden, le jardin de verre de Rusk a fêté ses 50 ans. Ayant connu plusieurs moments forts dans son évolution et son expansion, plusieurs fois primé pour son design, le jardin a été un lieu d’expériences et de recherche sur le jardin de soins. Pour plus d’infos sur la physiatrie en anglais.

Selon Dr Rusk, pionnier d’une approche holistique dans la réhabilitation du patient, prendre en charge la personne dans sa totalité implique de vouloir le faire progresser sur plusieurs plans, en envisageant une réinsertion digne dans la vie malgré les conditions limitatives pouvant être provoquées par un handicap. Surtout ne plus traiter que le physiologique ou les déficiences dans les fonctions selon un modèle médical mécaniste antique. On travaille sur l’amélioration sensée du patient afin de le ramener vers des formes d’indépendance tant que possible dans la vie quotidienne. C’est ainsi que pouvoir avoir accès à un jardin –pour se poser dans un cadre de détente mais surtout pour vaquer à une occupation d’agrément, s’exercer, mettre en pratique les stratégies apprises lors des séances de physiothérapie– rentrait dans la ligne logique pour le Dr Rusk. Ce fut le pari relevé par les hortithérapeutes (HT) à Rusk toutes ces années.

Les populations traitées

Plants de riz pour les jeunes patients

Plants de riz pour les jeunes patients

Rusk Institute, qui fait partie du New York University Medical Center (institution très vaste qui se décline sur plusieurs bâtisses dans Manhattan-est) est reconnu et couru pour la qualité des soins qu’on y prodigue en réhabilitation. Depuis les changements d’infrastructure –prévus car un nouveau bâtiment et un nouveau jardin verront le jour—- précipités par les événements climatiques en 2012, Rusk compte à peu près 80 lits pour les soins aigus de réhabilitation après la stabilisation des patients cérébro-lésés, cardiaques, pédiatriques et orthopédiques. Il y a de surcroît et en parallèle des interventions dans d’autres départements du NYU Medical Centre qui ne dépendent pas de Rusk directement (en psychiatrie, en épilepsie). Et une foison de programmes en ambulatoire/soins de jour en oncologie ou en gériatrie (surtout Alzheimer). 

Après la tempête

Dans la serre temporaire

Dans la serre temporaire

Depuis la tempête Sandy et la disparition des serres et jardins, la présence des hortithérapeutes au sein même des unités de soins a pris de l’ampleur. Les cinq thérapeutes principales, secondées par des ingénieurs horticoles (responsables de la « matière » végétale dans la petite serre temporaire et la terrasse attenante), des lapins, des volontaires, des stagiaires en HT et des thérapeutes à mi-temps ont dû réinventer leur façon de travailler à Rusk. Alors que, dans le passé, les patients venaient vers le Glass Garden au rez-de-chaussée de l’hôpital accompagnés de leurs kinés ou ergothérapeutes –ce qui supposait une meilleure forme chez les patients– aujourd’hui les hortithérapeutes vont vers le patient quotidiennement car il s’agit effectivement de patients plus démunis, plus malades. Quelques jours seulement après la stabilisation des patients, les séances de réhabilitation très poussées commencent. Kinés, psychomotriciennes, orthophonistes, ergothérapeutes, psychologues, art thérapeutes, musicothérapeute et HT sont sollicités.

Le temps presse, il faut faire le maximum avec le patient, réapprendre la respiration, stimuler le langage, la motricité fine, travailler le vestibulaire, les facultés exécutives, s’entraîner, pratiquer les gestes de la vie quotidienne en les modifiant si besoin est ou en modifiant l’environnement, s’exercer aux stratégies de conservation d’énergie ou de compensation –autant d’objectifs à prendre en compte selon les patients. On doit faire travailler les mains, l’extension, la mémoire, la régulation de l’attention, les déficiences cognitives (prendre des décisions, suivre des instructions), la station debout, l’endurance, divertir, détendre pour mieux gérer le stress du séjour médical, mais aussi aider à penser “l’après l’hôpital” dans les gestes de la vie quotidienne. Le jardinage en pot, au rebord de leur fenêtre, en chaise roulante à table avec d’autres, rempoter, bouturer, malaxer le terreau, arroser seul, écrire leur nom sur une étiquette, se rappeler les soins pour telle ou telle plante tropicale d’intérieur ou sa provenance : autant d’interventions possibles pour s’exercer à la normalisation sur plusieurs plans, voire aller vers la découverte d’une nouvelle image de soi. Les activités de jardin et de nature, au-delà de leur pouvoir sensoriel fort, leur puissance métaphorique, le côté hautement structurant et structuré des gestes du jardinier, leur capacité à offrir une possibilité d’amélioration de son estime de soi, est très apte à permettre l’exercice des stratégies généralisables dont on aura besoin pour les « activities of daily living (ADL) ».

Le HT peut commencer le traitement « bedside » pour ensuite et selon les progrès inviter le patient à faire partie d’un groupe à visée thérapeutique. Les HT sont formées à la gestion des thérapies de groupe qui permettent des simulations de vie en société, le partage, la coopération entre personnes handicapées, autour de ces éléments familiers et vivants que sont les plantes.

Les HT réinventent leur pratique

Huiles

Huiles

Le protocole de traitement s’en est trouvé changé.  Du fait de ne plus jardiner en terre, les HT de Rusk ont dû inventer de nouvelles façons de faire, d’apporter le jardin et la nature vers les patients qui ne l’apprivoisent plus que depuis leur lit. Le rapprochement avec les arts thérapeutes et les ergothérapeutes est naturel. D’où les activités assez originales comme de faire des t-shirts en pédiatrie avec les pigments des pétales de fleurs en utilisant un petit marteau –mais toujours et selon le plan individuel de traitement, œuvrer dans une amélioration positive et bénéfique pour le patient.

Par ailleurs, autre effet de la présence des HT au sein même des unités de soin : une conscience aiguë des consignes de sécurité et une connaissance des risques sont très importantes. Précautions d’aspiration; de chute; sécurité des patients impulsifs encore très confus, usage de terreau stérile, renouvelé entre chaque patient, usage des gants et de masques lorsque la personne est en “avis contact”, recouvrir les lits, les tables si nécessaires, toujours nettoyer derrière soi avec les produits désinfectants, s’assurer auprès du personnel infirmier si jamais il y a le moindre des doutes. Tout est mis en œuvre pour que cela se passe de façon confortable et non menaçante. D’ailleurs il est même très habituel d’animer une séance de pair avec un kiné ou un orthophoniste. En tout cas, il est considéré plus important de faire participer en prenant à cœur les risques possibles plutôt que de tenir les patients à l’écart. 

Le modèle thérapeutique en pratique

(Rounds, Huddles, Conférence, Supervision, Inservice training)

Un lapin à Rusk

Un lapin à Rusk

Le patient est encadré par une équipe. La communication entre les co-équipiers est primordiale ; la parole à tous et le respect de la personne sont à l’ordre du jour. Toujours en rappel avec l’idée d’Howard Rusk, on doit prendre en charge la personne dans sa totalité et non seulement ses séquelles physiologiques. Le patient –afin de mieux guérir ou de dépasser ses conditions limitatives prises en charge à l’institut– passe en premier. L’équipe médicale le sait, mais le patient le sait aussi. Le dialogue est primordial. C’est le propre du modèle américain. Si les HT sont invitées aux rondes matinales (Rounds) et aux réunions quotidiennes (Huddles) et hebdomadaires (Conference) assis autour de la table de réunion avec les chirurgiens et les psychologues, c’est que les thérapies créatives et expressives sont là pour alimenter, complémenter, soutenir les démarches des kinés, orthophonistes et psychomotriciennes. D’ailleurs, le fait que la documentation médicale (SOAP notes) soit exigée des HT au même titre que les autres thérapeutes renvoie encore à cette volonté d’intégration de l’équipe pour répondre à cette idée de prise en charge totale des patients.

Dans le déroulement hebdomadaire des HT,  la supervision et la revue par les pairs sont également très importantes. On passe en revue les activités horticoles appropriées (âge du patient, saison, est-ce un jour de fête par exemple, chances de réussir l’activité) en fonction du type de patient à voir. On évalue comment traduire les objectifs établis par l’équipe médicale en termes horticoles. « Activity analysis », l’analyse d’activité, outil des ergothérapeutes par excellence, est maniée par les HT en amont de chaque nouvelle séance avec une patiente. Où en est le patient, que demande l’activité préparée? Comment le patient sera-t-il sollicité physiquement, cognitivement, comment apporter les adaptations, de quelles stratégies lui faire part, quoi demander de la part du patient. Faut-il travailler sur la restauration (processus de re-apprentissage de fonctions) ou sur des compensations (apprendre autrement et au détour du handicap) ? S’agit-il de divertir et détendre ou de rentrer dans un partage communicatif, d’où les séances de groupe ?

Nouvelles pistes à Rusk

Aujourd’hui au sein du département à Rusk, la recherche et la mise en pratique de nouveaux protocoles continuent. Les HT se forment par exemple à travers les très passionnantes Schwartz rounds for compassionate healthcare qui soulignent encore une fois le « patient centered health care » à NYU. Mais il y a aussi le développement de nouveaux protocoles par les HT comme le « Use my arm programme » destinés aux hémiplégiques à Rusk ; ou le CIMT « constraint induced movement therapy », stage d’été pour enfants. De la même façon, on continue à y mener des recherches avec l’équipe médicale sur les effets du programme d’horticulture thérapeutique dans les unités : essayer de mesurer les effets des plantes sur les patients lorsque les plantes sont invitées dans les salles de gym par exemple. Faire évoluer la profession exige de passer par des chemins insolites. Par-delà les spécificités des populations, des institutions, et les pays où l’hortitherapie éclot.

Quand l’art-thérapie rencontre l’hortithérapie

Les lecteurs réguliers commencent à bien connaître Nicole Brès qui a déjà écrit plusieurs billets pour Le Bonheur est dans le jardin. Dans un billet très personnel, elle nous raconte son parcours et comment elle conçoit la fusion entre l’art-thérapie et le jardin. Aujourd’hui, elle travaille aux côtés d’Anne Ribes à la Pitié-Salpétrière et elle a initié deux ateliers avec les personnes de Simon de Cyrène et celles de l’ESAT ECODAIR. Vous pouvez joindre Nicole à  natureenvilletherapie (at) gmail.com.

A 20 ans j’étais étudiante à l’école du paysage de Versailles et à 21 ans, je suis partie pour Denver au Colorado (c’était avant la création de l’ Horticultural Therapy Institute de Rebecca Haller).

20 ans après, habitant à Bruxelles, j’ai suivi là des études d’Art-thérapie ainsi qu’une formation d’entrepreneur de jardin.

Aujourd’hui à Paris je suis une art-thérapeute au jardin ou une art-thérapeute dans la Nature ou une éco-art-thérapeute (terme du docteur Theresa Sweeney) ou natureenvilletherapie…

Art-thérapie et hortithérapie ont beaucoup de points communs. Les processus thérapeutiques en jeu sont les mêmes, les problèmes de formation et de reconnaissance de la profession aussi. Voici quelques réflexions à la lumière de mon parcours et des expériences que j’ai vécues en France et en Belgique en milieu psychiatrique (psychogériatrie, pédopsychiatrie, psychiatrie adulte).

Revenons tout d’abord sur les processus en jeu en Art-Thérapie : c’est bien plus que les cahiers de coloriage qui sont aujourd’hui un grand succès commercial et qui prétendent réduire votre stress. Personnellement, colorier bien dans le cadre donné, sans dépasser ne m’a jamais apaisée.

Le processus de soin est fondé sur le mouvement de la vie créative, accompagné (et non pas guidé) par le thérapeute. Il faut être trois : le soigné, le soignant et la vie créative.

« Le soin consiste à offrir à un patient, un contenant actif, un transformateur d’émotions brutes en sentiments, un lieu psychique où les éprouvés corporels ou mentaux du patient trouvent un sens. Cela à travers l’investissement dont ils sont l’objet de la part des soignants », écrit A. Evers dans Le grand livre de l’art-thérapie (p. 11).

L’art-thérapie propose aux patients des mises en situation de création qui ne nécessitent aucune capacité ou talent artistique particulier.

L’art-thérapeute possède des connaissances en psychopathologie clinique, contrôle régulièrement son travail avec des professionnels de santé, a une pratique artistique personnelle et utilise une ou plusieurs médiations, parmi lesquelles on peut citer les arts plastiques, la danse, la musique, le cinéma, la vidéo, le théâtre, l’écriture, le conte. Ces modalités d’expression vont servir à redonner une dynamique entre psychisme et relationnel, entre sujet et maladie.

C’est la triade soigné/soignant/média qui est mise en place. L’objectif de l’utilisation de la médiation est de créer du lien et du sens en renouant avec la communication non-verbale et verbale. Elle travaille à structurer la pensée, le discours, les comportements, en enrichissant l’imaginaire et en développant la capacité de symbolisation.

L’art-thérapie aide à améliorer l’estime de soi par le sentiment de croissance des capacités créatives personnelles et par le partage avec les autres. Elle peut réhabiliter des capacités endommagées et des zones psychoaffectives endolories par des traumatismes.

Dans la prise en charge art-thérapeutique, la mise en place d’une bonne relation thérapeutique est la première étape. Pour cela nous mettons en place un cadre physique (règles de bon fonctionnement de l’atelier) et un cadre moral (confidentialité, respect de soi et des autres) qui sont énoncés clairement dès le départ et sur lequel on pourra s’appuyer et qui sera revisiter si besoin. Le cadre a une fonction de contenance. En psychiatrie, sa permanence lui donne la capacité de contenir les expressions plus ou moins destructrices des douleurs psychiques.

L’alliance thérapeutique est présente quand la confiance est établie entre soignant et soigné. Bienveillante et dynamique, elle est ouverte au plaisir d’être dans le jeu créatif. Ce jeu, D.W.Winnicott le définit comme impliquant le corps avant l’esprit. Sans jeu et sans plaisir, la relation thérapeutique ne peut se déployer.

Pour tenir le cap, attention aux transferts et contre-transferts qui s’opèrent dans la relation, ce qui implique de se connaître suffisamment pour décoder nos réactions et garder la bonne distance entre nous thérapeute et l’autre. Être dans l’empathie tout en gardant la bonne distance.

Les cadres, l’alliance et les transferts comme outils dans la poche, nous passons à la vie créative. Ce terme winnicottien est une traduction de « creativity » qui, contrairement à créativité, reflète un mouvement vers, plus important que l’objet produit par l’acte créateur.

Ce mouvement peut se concevoir en trois temps : l’impression (préalable à la création), l’expression (d’une forme qui s’est imposé) et le devenir de l’œuvre (l’après création). Et là, l’art-thérapeute qui choisit la Nature comme terrain de jeu créatif, aura un matériau inépuisable d’impression et d’expression en touchant au lien imémorable entre l’Homme et la Terre qui le porte et le nourrit.

Quand la création est un objet, que va-t-on en faire ? L’Art-thérapie introduit une distance entre soi et sa production qui n’est pas « moi » mais « de moi ».

Cette mise à distance, ce recul, ce détachement renvoie à une multitude de rapports complexes qui vont interpeller le sujet et le transformer. Entre le soignant et le soigné, il y a l’œuvre qui est tierce et qui va introduire des mouvements d’attachement et de détachement. Le devenir de l’œuvre fait partie du processus thérapeutique. Cela introduit la réalité de l’éphémère, de la disparition de l’objet et du souvenir et de notre condition d’humain mortel. Quand l’œuvre est avec et dans la Nature, les mêmes réalités sont introduites.

L’Art-thérapie met en mouvement la vie créatrice de chacun et apporte une ouverture au sujet muré dans ses symptômes. Aller dehors accentue ce mouvement et cette ouverture.

2015.03.19 (2)La Nature peut être le cadre physique de la thérapie, l’objet d’inspiration (rien que par la vue que nous en avons à travers les fenêtres de l’hôpital), l’objet d’impression à son contact, l’objet de création par le matériau qu’elle nous fournit, les archétypes qu’elle appelle, le lien immuable, sécurisant et cicatrisant entre l’Homme et la Nature. Les soins art-thérapeutiques en psychiatrie, sans s’attacher à une pathologie particulière, rétablissent l’intégrité physique, mentale et créatrice du sujet. En s’organisant autour du végétal, ils s’enracinent alors dans une force vivante, accessible et peu coûteuse.

Lors d’une balade dehors, des enfants en pédopsychiatrie ont ramassé des végétaux et dans l’atelier ils les collent sur une feuille de couleur.

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En psychogériatrie, voici une empreinte de végétaux fait sur de la pâte à modeler puis dans le plâtre ET réalisation avec des végétaux récoltés dehors et de l’argile.

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Orsay

Orsay

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Les jeunes jardiniers du centre social Cerise et autres jardiniers urbains

Quand le jardin « soigne » les citadins…Pendant les dernières vacances scolaires, le centre social Cerise dans le 2e arrondissement de Paris a proposé une activité inédite aux jeunes. Toujours très inventive, l’équipe d’animation a en fait décidé de mêler deux activités : le jardinage et le graf. Côté jardinage, c’est une bénévole qui s’occupe déjà des plantes, de plus en plus présentes dans la cour intérieure du centre, qui a été mise à contribution pour transmettre à une douzaine de jeunes de 8-11 ans les gestes de semer et de planter.

IMG_7289« Nous avons d’abord eu l’idée de faire un mur végétal avec des palettes. Mais finalement, nous avons décidé de faire des jardinières suspendues devant une toile avec des grafs », explique Marie-Hélène, la jardinière des lieux. « J’ai acheté quelques plantes et j’en ai récupérées dans la nature. Les plantes fleuries étaient nécessaires pour rendre le projet attrayant. On a ajouté de la menthe et de la mélisse pour l’odorat et le toucher. C’était aussi pertinent d’ajouter des tomates cerises et des fraisiers que les jeunes ont plantés dans des bouteilles d’eau coupées et customisées qu’ils ont remportées chez eux. » Ce weekend, j’ai rencontré par hasard une des jeunes jardinières qui s’apprêtait à manger ses premières fraises et semblait très heureuse de cette expérience.

Les plantations à ramener à la maison

Les plantations à ramener à la maison

Pendant 5 jours, les jeunes ont donc créé leur projet collectif qui trône aujourd’hui sur un mur de la cour. Mais ils sont aussi sortis hors des murs, pour visiter plusieurs murs végétalisés dans le quartier ou pour se promener au marché aux fleurs sur l’ile de la Cité toute proche. « On a parlé du nom des fleurs. J’ai l’impression que certains savaient déjà planter. On sentait une envie de conseils et un enthousiasme », continue Marie-Hélène. Une initiative qui fait chaud au cœur dans un arrondissement assez « minéral » comme on dit.

 

 

Les jardiniers urbains sont-ils un marché?

En écho, dans le même pâté de maisons, signalons l’implantation depuis plusieurs années déjà de la boutique Macadam et Tournesol, « éco-boutique urbaine qui vous fait réfléchir et agir ». La boutique répond aux envies des urbains de jardiner, même dans des espaces réduits, même en intérieur avec une gamme de produits légèrement bobos comme ces jardinières suspendues ou ces modules pour créer son propre mur végétal. Certains s’adressent tout particulièrement aux enfants comme la gamme de Radis et Capucine. On semble là dans un rapport à la nature packagé par le marketing, mais si des enfants des villes y trouvent un premier contact qui les attire…

Un stand à Jardins, Jardin

Un stand à Jardins, Jardin 2015

C’est un peu le même esprit qui règne à l’événement Jardins, Jardin. Sans cracher dans la soupe (j’avais été invitée à participer à une table ronde sur le thème des jardins de soin pendant la Journée des Pros aux côtés du docteur Thérèse Jonveaux du CHU de Nancy, de Bethsabée de Gunzbourg de l’association Jardins et Santé et d’Etienne Bourdon de O Ubi Campi, une initiative qui mériterait un autre billet et qui montre que le jardin de soins intéresse de plus en plus), il me semble que le besoin de nature s’est métamorphosé en un marché ciblant des clients bobos avec des objets très design, très beaux, un peu aseptisés. A côté des grands créateurs de jardins, l’événement accueille des sociétés qui proposent des jardinières livrées à domicile (« rapide et sans effort »), des bassins-potagers aquaponique à installer même dans de petits espaces, des poulaillers urbains,…On sent bien le besoin de connexion avec la nature et le vivant chez beaucoup d’urbains. Je suis contente qu’il soit de plus en plus pris en compte. Mais on peut aussi aller chez son quincailler local, acheter un paquet de graines, du terreau, une jardinière et hop ! On peut aussi récupérer comme le fait la jardinière de notre immeuble.

Le compostage en ville : nouvelle initiative

Compostage urbain

Compostage urbain

Macadam et Tournesol propose également des ateliers de toutes sortes : créations d’objets en carton, compostage,…Le compostage justement, reparlons-en avec Damien Houbron, le maitre-composteur qui a suivi l’installation du lombricompostage dans notre immeuble, et son association J’aime le Vert. La semaine dernière, l’association et ses partenaires inauguraient un pavillon de compostage dans le Square Héloïse et Abélard dans le 13e arrondissement de Paris. Le projet a été initié et porté par le Conseil de Quartier Bibliothèque – Dunois – Jeanne d’Arc. « Ce composteur de quartier, animé par l’association « J’aime le Vert » pourra concerner jusqu’à 200 foyers volontaires et situés à proximité (environ 250 mètres) du square Héloïse et Abélard. Chaque foyer volontaire recevra gratuitement un bio-seau (petit récipient de 7 litres) qu’il pourra vider dans un bac de 25 litres installé en bas de son immeuble. Deux fois par semaine, un salarié de l’association « J’aime le Vert » viendra chercher le bac plein et le remplacera par un bac propre. » Une autre façon de composter en ville en plus du programme de compostage collectif en pied d’immeuble.

 

A l’école du Breuil, un jardin conçu pour les malvoyants

Suite à une invitation lancée lors de la remise des Prix Truffaut 2015, je suis allée faire un tour le weekend dernier à l’Ecole du Breuil, célèbre école du paysage plus que centenaire implantée dans le Bois de Vincennes, qui tenait ses portes ouvertes. J’ai rencontré Enzo Arcidiacono et Yann Chichignoud, deux étudiants en licence professionnelle « Gestion environnementale du paysage végétal urbain », une collaboration Université Paris-Sud, Ecole du Breuil et Muséum National d’Histoire Naturelle. Ensemble, ils ont conçu un sentier pour les malvoyants afin de les plonger et de les guider dans un univers végétal avec le soutien de Virginie Bitaillou de l’association Jardin Pluriel. Leur inspiration est venue du livre Jardintégration de Christian Badot. Reportage en vidéo.

En deux épisodes, découverte du sentier avec une visiteuse aux yeux bandés. Le sentier a été créé il y a moins d’un mois et devrait bientôt accueillir des personnes non-voyantes et malvoyantes, en particulier grâce à une convention avec l’association Valentin Haüy. L’installation de rails guidant va être rendue possible grâce à un financement de la Fondation Truffaut.

Enzo et Yann expliquent la conception du sentier dans le cadre d’un projet tutoré.

Et enfin Virginie présente son association et son implication dans le projet.