Le jardin des hêtres : conception de jardins de soin

MAJ : Découvrez de nouveaux projets créés par le Jardin des hêtres à l’Ehpad Fondation Grimaud à La Pacaudière (42) et à la Résidence le 6eme à Lyon.

Sarah Bertolotti

Sarah Bertolotti

Diplômée de l’ESAJ (École Supérieure d’Architecture des Jardins), Sarah Bertolotti est paysagiste conceptrice. Trois expériences professionnelles vont la mener à s’intéresser aux jardins de soin et à créer le Jardin des Hêtres avec sa collègue Hélène Camilleri. Remontons un peu dans le temps. Pour une agence de paysage parisienne, elle aménage des espaces publics (squares, boulevards, axes de plusieurs dizaines d’hectares). Puis en Seine-Saint-Denis, elle conçoit des jardins dans les HLM, en y incluant des aires de jeux. « Une question est née à ce moment-là. Comment faire participer le public, l’amener à prendre part au jardin ? C’était frappant car les gens n’étaient pas fans d’espaces extérieurs et ils avaient une demande de jardins très entretenus. La gestion différenciée sans usage de produits chimiques a été vue comme un manque de respect pour ces populations qui se sentent délaissées. Il y avait des plaintes : les arbres attiraient des bêtes, faisaient trop d’ombre », se souvient Sarah.

« On ne peut pas vivre détaché de la nature »

Avant

Avant

Après

Après

« Je pense qu’on ne peut pas vivre détaché de la nature, il manque une dimension », continue la paysagiste. « Je me suis questionnée pendant ma période parisienne sur comment réconcilier l’homme et la nature dans ces espaces urbanisés où l’on vit détaché de la nature. » Malgré les critiques de certains, sans doute les plus vocaux, elle constate que d’autres s’approprient le jardin. Une chaise posée là et l’espace est transformé. Un plaisir nait.

En 2012, elle s’installe près de Valence et rejoint une agence de paysage. En tant que chef de projet, elle ressent trop de distance avec les jardins, trop de pression pour produire. Finalement un licenciement économique en 2014 l’amène à se questionner. « Ces métiers de paysagiste ne me convenaient plus. Il fallait que je pense aux choses qui me tiennent à cœur. Je suis préoccupée par l’état de la terre et j’avais envie de faire quelque chose qui permettent de travailler sur les problèmes environnementaux. J’ai eu la chance de vivre cette année pour me reconnecter à mon projet. En fait, un cousin qui fait des aménagements pour des personnes atteintes d’Alzheimer m’a soufflé cette idée. Avec ma collègue Hélène Camilleri, nous avons pensé que c’était un beau projet. »

Eviter les modes d’emploi trop carrés

jardindeshetresA l’automne 2015, Sarah suit la formation aux jardins de soin de Chaumont tout en échangeant en parallèle avec autant de personnes que possible pendant des mois. « J’étais venue avec pleins de questions techniques et pratiques. Mais je suis surtout repartie réconfortée dans notre projet et rassurée qu’il ne fallait pas de modes d’emploi trop carrés. » Construire un site Internet a été pour les deux paysagistes l’opportunité de réfléchir. Si vous visitez leur site, vous découvrirez dans la rubrique « Notre définition » leurs grandes idées directrices appuyées sur des références bibliographiques :

  • De sa seule présence, c’est déjà un élément de soin
  • Un lieu sécurisant
  • C’est un ailleurs (un lieu de liberté qui n’évoque en rien le milieu medical)
  • Un lieu pour accompagner l’équipe médicale (de nombreux éléments peuvent être intégrés au jardin, afin de favoriser la pratique de thérapies non médicamenteuses)
  • Un lieu qui soigne

La question de la légitimité

Sarah Bertolotti et Hélène Camilleri

Sarah Bertolotti et Hélène Camilleri

Sarah apporte des précisions sur la question de la légitimité qui tenaille beaucoup de gens qui s’intéressent aux jardins de soin, jugeant qu’il leur manque la connaissance des plantes ou la connaissance du soin et même parfois des deux. « En fait, avant de me lancer dans cette aventure, je me suis interrogée sur ma « légitimité » pour aménager des jardins de soins. Ce choix me semblait passionnant – et cohérent, mais comment le justifier, alors que je n’ai pas d’expérience dans le domaine du soin ? Cette année, au début de laquelle j’étais vraiment très stressée, je me suis dit que chacun, à un moment ou à un autre de sa vie passe pas des moments où il a besoin de « soins ». Que la posture de « soignant » ou de « soigné » n’est pas figée sur une personne ou une autre, mais dépend plutôt des circonstances », ajoute Sarah. « Le soin comme quelque chose d’universel, de partagé. Et toujours la nature, les jardins sont source d’apaisement. C’est tout l’intérêt des jardins de soins, qui ne sont pas destinés à soigner une pathologie ou une autre, mais apportent à chacun. Cette constatation nous a conduites à « ouvrir » nos projets de jardins de soins à des projets pour des particuliers. »

Pendant que le projet se développe et que des contacts se nouent en particulier avec des élus locaux et des maisons de retraite, Sarah a repris un emploi dans une agence de paysage à Valence. « Le temps des jardins est long, surtout pour le construire avec les personnes. »

La revue Jardins consacre un numéro au soin

Marco Martella, fondateur de la revue Jardins aux éditions du Sandre (copyright Sébastien Soriano, Le Figaro)

Marco Martella, fondateur de la revue Jardins aux éditions du Sandre (copyright Sébastien Soriano, Le Figaro)

Il était en préparation depuis plusieurs mois et on attendait sa sortie avec impatience. Il est disponible en librairie et vous pouvez le commander sur le site des Editions du Sandre. Lui, c’est le numéro 6 de la revue Jardins que son fondateur Marco Martella consacre aux jardins qui soignent. Marco Martella, qui est historien et essayiste, a traduit et préfacé le traité du jardinier-philosophe anglais Jorn de Précy Le Jardin perdu. Il est également auteur du texte qui accompagne le court-métrage Empreintes, une promenade de 30 ans dans le Jardin des Tuileries réalisée par Hervé Bernard.

Marco Martella introduit ce numéro par ces mots. « Pourtant, le jardin ne nous offre-t-il pas la possibilité de rétablir un bien-être perdu et à reconquérir sans cesse ? Si nous nous éloignons, un moment, de la réalité quotidienne en ce lieu toujours propice à la vie, n’est-ce pas pour recouvrer un équilibre avec le monde, équilibre peut-être rêvé mais dont nous portons, enraciné en nous, le souvenir ? » ou encore « Plus que jamais, nous demandons aux jardins de nous remettre en présence d’une nature vivante, de nous indiquer, à nous les déracinés, coupés de la terre et donc de nous-mêmes, le chemin du retour, afin de restaurer une unité. Et cela par le geste le plus naturel qui soit, l’un des plus anciens que nous ayons appris : soigner. » Et enfin, « Le jardin soigne le jardinier qui soigne ses plantes. C’est un échange de bons procédés, une sympathie ou une solidarité instinctive qui lie entre elles toutes les formes de vie. » Cela devrait vous rappeler la biophilie évoquée la semaine dernière…

JardinsParmi les 14 auteurs qui ont contribué de beaux textes pour ce numéro, les lecteurs de ce blog en reconnaitront plusieurs, de Michel Racine à Jean-Paul et Anne Ribes, de Jay Rice à Romain Rioul, de Bernard Beck à Sylvain Hilaire. Mais que de belles découvertes aussi. Dans un monde où le dehors est devenu étrange et étranger, le paysagiste Michel Péna milite par exemple pour que l’œuvre du paysagiste considère le public comme sujet qui peut vivre l’amour du paysage de façon charnelle. Les auteurs apportent des perspectives intellectuelles ou sensuelles, françaises ou d’ailleurs (voir l’entretien « Ethnopharmacologie, chamanisme et thérapeutique » avec le docteur Jacques Fleurentin). Vous qui vous intéressez aux jardins qui soignent, vous qui peut-être jardinez avec des malades, vous pourriez très bien continuer sans lire ces textes. Mais ce serait dommage de se priver de ces réflexions riches et multiformes. Il y a fort à parier qu’un de ces textes fera écho en vous, vous ouvrira une piste insoupçonnée, nourrira votre pratique.

Je ne vous mentirai pas. Je n’ai pas encore lu la revue entière, mais je voulais vous en parler aussi vite que possible. Elle a pris place sur ma table de chevet aux côtés de Walden de Henry David Thoreau, acheté impulsivement samedi dernier comme un antidote au chaos ambiant. Je suis impatiente de découvrir progressivement l’un et l’autre.

 

L’amour du vivant

En réaction aux attentats du 13 novembre, laissons la parole au biologiste américain et spécialiste des fourmis, E.O. Wilson, qui nous dit que les êtres humains sont instinctivement et inconsciemment attirés vers les autres êtres vivants. C’est ce qu’il a appelé la biophilie, l’amour du vivant qu’il soit animal ou végétal. Un message qui fait du bien.

« Je définirais la “biophilie” comme la tendance innée à se concentrer sur la vie et les processus biologiques. Depuis notre prime enfance, nous nous préoccupons avec bonheur de nous-mêmes et des autres organismes. Nous apprenons à faire le départ entre le vivant et l’inanimé et nous nous dirigeons vers le premier comme des phalènes vers une lampe. Nous apprécions en particulier la nouveauté et la variété. Tout cela se conçoit d’emblée, mais il y a encore beaucoup à en dire. J’entends démontrer qu’explorer la vie, s’affilier à elle, constitue un processus profond et complexe du développement mental. Dans une mesure encore sous-évaluée par la philosophie et la religion, notre existence repose sur cette inclination.

La biologie moderne a conçu une façon toute nouvelle de considérer l’univers, laquelle s’accorde avec ce point de vue de la biophilie. En d’autres termes, l’instinct, pour une fois, s’aligne sur la raison. J’en tire une conclusion optimiste : c’est pour autant que nous en viendrons à comprendre d’autres organismes que nous leur accorderons plus de prix, comme à nous-mêmes. »

Pour aller plus loin, on peut lire Biophilie de E.O. Wilson (1984) ou cette interview récente en anglais.

L’infirmière, l’arbre et le deuil

« Au milieu de la nuit, je suis devenue tout d’un coup super consciente d’un tapotement étrange contre la fenêtre de ma salle de bain. L’imposant érable qui avait grandi avec nous depuis plus de 30 ans, sans qu’on le remarque vraiment, grattait ses branches nues contre la fenêtre. La nuit était claire et la pleine lune brillait à travers l’arbre, déversant sa vague lumière dans la pièce. J’étais envoutée par la beauté de l’arbre – la silhouette de ses branches qui semblaient me tendre les bras en disant: «Je suis là, je porterai ta douleur. » » Cette expérience, que raconte Lynne Wagner dans son livre « Four Seasons of Grieving », s’est déroulée la nuit où elle venait de perdre sa mère.

Lynne Wagner

Lynne Wagner

Au fil de l’année qui suit, l’auteur trouve des forces et des leçons dans l’érable. Pendant l’hiver, elle imagine ses racines qui lui donne la force de résister aux tempêtes et perçoit une entraide entre les arbres pour supporter la glace et la neige. Au printemps, elle s’émerveille devant les feuilles qui se déroulent lentement en lui rappelant que le processus de la vie, de la mort et du deuil prend du temps et de la patience. En été, elle est impressionnée par l’arbre dans toute sa splendeur malgré les cicatrices de l’hiver…En automne, l’arbre se pare de couleurs magnifiques et rend ses feuilles à la terre, les écureuils se préparent pour l’hiver. L’auteure ressent un passage entre l’énergie de la récolte d’automne et le repos de l’hiver qui arrive.

La mort aussi sacrée que la naissance

Lynne Wagner a été infirmière pendant 40 ans. On pourrait penser que la mort et le deuil lui étaient familiers. « En tant qu’infirmière, j’étais capable d’aider les familles, mais je n’avais pas pleinement compris combien la mort était sacrée, aussi sacrée et belle que la naissance », me raconte Lynne Wagner au téléphone depuis sa maison dans la région de Boston. « Ma philosophie personnelle, mais aussi celle de plus en plus de gens, est que la nature peut nous aider, non seulement dans les moments de crise, mais aussi tous les jours pour nous ressourcer. »

Quand elle a besoin de prendre une décision importante ou de recharger ses batteries après une journée difficile, elle va marcher sur les sentiers qui commencent juste derrière sa maison ou bien elle s’installe dans son jardin (elle aime jardiner – un petit potager et des fleurs – mais ne se considère pas comme une jardinière émérite). Son endroit favori reste l’océan à une heure de chez elle, elle peut marcher sur la plage pendant des heures.

Je lui ai demandé comment les Américains vivaient la mort et le deuil en général, question presque impossible dans un pays aussi varié. « La mort et le deuil sont culturels. Chaque culture a ses rituels. De ma perspective de femme blanche de classe moyenne, je dirais que beaucoup ont du mal avec la mort. Avec l’urbanisation et la séparation des familles, nous ne sommes plus là pour prendre soin les uns des autres. Dans beaucoup de familles, personne n’a le temps de s’occuper des parents quand ils ont besoin de soin 24 heures sur 24. Nous envoyons les mourants dans des espaces à eux », explique l’infirmière, aujourd’hui à la retraite, mais toujours active dans l’enseignement comme on le verra. « En 1950, 50% des gens mourraient chez eux. Aujourd’hui, 85% meurent dans des institutions. Or, quand on demande aux gens de décrire une « belle mort », ils parlent de mourir rapidement, sans douleur, chez eux et entourés de leurs proches ! Beaucoup de gens sont protégés du processus de la mort. Quand mes enfants étaient petits, nous avons eu des poulets, des lapins et des animaux domestiques. Quand ils mourraient, cela nous donnait l’occasion de parler de la mort et d’accomplir des rituels. Quand on est protégé de la mort, comment peut-on vivre son deuil et voir la mort comme faisant partie de la vie ? »

La « theory of human caring » de Jean Watson

Book coverC’est en faisant l’expérience du deuil de sa mère que Lynne a commencé à écrire ce qui est devenu le livre « Four Seasons of Grieving : A Nurse’s Healing Journey with Nature ». Le livre s’adresse à tout un chacun, mais en particulier aux infirmières qui côtoient la mort au quotidien. Lynne est convaincue que les infirmières doivent apprendre à prendre soin d’elles-mêmes dans leur propre intérêt et dans celui de leurs patients. Depuis des années, elle est adepte des principes de Jean Watson exposés dans sa « theory of human caring ». Je n’ose pas m’aventurer à traduire « caring », un défi aussi difficile que la traduction de « healing ». Disons qu’il faut évoquer des mots comme « aimant », « bienveillant », « chaleureux », « attentionné » appliqués aux soins. D’ailleurs, Lynne Wagner expose dans son livre quelques concepts clés de cette théorie : pratiquer l’amour, la gentillesse, la compassion et l’équanimité avec soi-même et avec les autres ; être authentiquement présent en activant le système de foi/espoir/croyances chez soi et chez les autres ; cultiver les pratiques spirituelles qui ressourcent notre esprit et donnent du sens à la vie ; créer un environnement « soignant » (healing) à tous niveaux.

Depuis 2008, Lynne est devenue enseignante au Watson Caring Science Institute (site en rénovation) dans le Caritas Coach Education Program qui touche principalement des infirmières, mais aussi d’autres professionnels de la santé. « Avec ce travail d’enseignant et de mentor, je peux aider ces professionnels à examiner leurs attitudes, leurs croyances, leurs valeurs. La mort et le deuil font partie de tout cela », se réjouit-elle. « En ce moment aux Etats-Unis, les assurances santé sont en train d’ajouter un critère qui est la satisfaction du patient ce qui influence beaucoup le personnel. Plusieurs hôpitaux ont adopté la théorie de Jean Watson pour changer la culture de l’institution. » Certains hôpitaux ont aussi instauré des « healing rooms » où le personnel peut prendre un peu de temps pour se recentrer. Plus ou moins sophistiqués, ces espaces peuvent proposer de la musique, de l’aromathérapie ou même des massages. Un lieu concret pour que les professionnels puissent prendre soin d’eux pour mieux prendre soin des autres.

4 Américains sur 5 n’ont pas de directives anticipées

Nous avons également abordé la question des soins palliatifs et Lynne m’a raconté la longue lutte pour les directives avancées aux Etats-Unis. « Ne pas prolonger la vie, ne pas faire des gestes inutiles, on en parle depuis les années 1960. Dans les années 1990, la législation (Patient Self-Determination Act) a rendu obligatoire de proposer aux patients d’écrire leurs directives anticipées (advanced directives) pour tous les hôpitaux qui recevaient des fonds de Medicare et Medicaid. Mais aujourd’hui, 4 Américains sur 5 n’ont pas de directives anticipées car ce sont des questions lourdes et difficiles. »

Lynne a connaissance de « healing gardens » dans la région de Boston, y compris au Brigham and Women’s Hospital. Elle rapporte sa propre expérience après un cancer du sein. « J’ai fréquenté le Virginia Thurston Healing Garden, un centre de soutien pour les patients du cancer qui offrent plusieurs modalités. Pour moi qui suis poète, j’ai trouvé que la peinture était un merveilleux moyen de m’exprimer. »

Et dans son jardin, Lynne Wagner a planté un arbre en mémoire de sa mère.

Four Seasons of Grieving: A Nurse’s Healing Journey with Nature, A. Lynne Wagner, Sigma Theta Tau International, Center for Nursing Press, 2015 – 80 pages‬

Un jardinier français au Pays-d’Enhaut

Une vue du Pays-d'Enhaut

Une vue du Pays-d’Enhaut

Architecte paysagiste et ancien jardinier du Potager du Roy de Versailles, Jean-Daniel Duthoit est parti vivre en Suisse où il mène deux projets à la frontière du jardin historique, thérapeutique et écologique. « Le potager Sirius est situé sur un terrain privé. Un monsieur fortuné a décidé d’acheter des terrains pour qu’on ne puisse pas y bâtir », explique le jardinier qui se retrouve finalement à la tête de 7 000 m2. « Les espaces sont dessinés sur le terrain et certains sont déjà semés ou plantés. Nous avons fait un atelier sur les barrières traditionnelles avec des résidents d’un EMS et leur accompagnant. » EMS ? Ce sont les Etablissements Médico-Sociaux qui sont, en Suisse, des lieux de vie médicalisés accueillant principalement des personnes âgées et des adultes atteints de pathologies psychiatriques. « J’aime partager. J’aimerais amener d’autres personnes pour faire des choses nourricières, des personnes avec des difficultés physiques ou psychologiques ou touchées par le chômage de longue durée. La vertu thérapeutique est bien reconnue par les animateurs des EMS. »

Le Jardin de l’Etambeau

Jean-Daniel Dutoit en train de transmettre la technique de montage de barrière pour faire un virage arrondi le long d'un arbre.

Jean-Daniel Duthoit en train de transmettre la technique de montage de barrière pour faire un virage arrondi le long d’un arbre.

Ouvert en juillet 2014, le Jardin d’Histoires et de Santé de l’Etambeau était son premier projet. Dans les montagnes où les saisons sont courtes et l’hivernage occupe cinq mois de l’année, le jardin a déjà reçu une centaine de visiteurs. Il est associé au Musée du Vieux Pays-d’Enhaut qui conserve les pratiques montagnardes. Les barrières traditionnelles, rapides à mettre en place sans aucun clou, vis ou ficelle, sont un excellent instrument d’apprentissage et répondent aux trois thématiques, historique, thérapeutique et écologique. Abandonnées au profit des barbelés au 20e siècle, ces barrières utilisent le bois qui est un résidu de l’industrie forestière locale.

Pendant un atelier participatif de la barrière traditionnelle de montage au Jardin d'Histoires et de Santé.

Pendant un atelier participatif de montage de barrière traditionnelle  au Jardin d’Histoires et de Santé.

« La commune et le musée ont manifesté leur intérêt pour le jardin qui fait vivre cet endroit. Mais il n’y avait pas d’argent. Si on attend l’argent…Je donne deux heures tous les samedis. Un résident d’EMS est venu travailler avec moi une dizaine de fois. D’ailleurs, il a maintenant trouvé un travail dans le jardinage », explique Jean-Daniel Duthoit. Le projet pourrait s’arrêter l’année prochaine, mais il préfère y croire. D’autant plus que le Pays-d’Enhaut projette un nouveau Pôle Santé où le jardin pourrait avoir sa place. « Il faut tenir cette année. » MAJ de Jean-Daniel Duthoit le 2 novembre : « Le Potager de l’Etambeau a passé la commission avec succès et continuera l’année prochaine… avec des renforts! Nous serons deux ou trois en 2016 à nous en occuper, un référent au conseil communal et un projet associatif autour des jardins durables! »

Le reste du temps, Jean-Daniel Duthoit se consacre à des travaux de jardinier, de paysagiste, d’élagueur. Il a contribué à une étude sur la qualité de vie en ville en incorporant le caractère nourricier de la ville. Prédictions, atlas de projets d’agriculture urbaine dans le monde, nomenclature pour transformer un quartier en fonction des bienfaits, une publication est prévue pour 2016. L’équipe a également développé un jeu de plateau sur ce thème et recherche des fonds pour le faire vivre.

« Tout de bon », conclut-il au moment de raccrocher. Un « bonne chance et plein de bonnes choses » typiquement suisse.

Au Potager Sirius, une barrière traditionnelle entièrement montée avec l'EMS Chanella de Rossinière.

Au Potager Sirius, une barrière traditionnelle entièrement montée avec l’EMS Chanella de Rossinière.

The Nature Cure : l’écothérapie se développe aux Etats-Unis

 

Cet article dans le magazine américain The Atlantic ne parle pas d’hortithérapie, mais plutôt d’écothérapie. Il cite J. Phoenix Smith, une écothérapeute californienne convaincue que la terre peut enrayer la dépression et que des exercices dans la nature peuvent améliorer la santé mentale et physique. L’auteur, journaliste et docteur en médecine, est plutôt sceptique au début. Il rencontre également Craig Chalquist qui ensNature Cureeigne dans le département de psychology Est-Ouest au California Institute of Integral Studies et un pédiatre de Washington, DC qui prescrit du temps dans la nature à ses jeunes patients. Il en conclut que le plus grand bienfait de la nature est peut-être de nous donner un but, de développer nos liens et de nous amener à vouloir préserver la nature.

Le Jardin des Mélisses du CHU de Saint-Etienne fédère les soignants

Aujourd’hui, je laisse avec grand plaisir la parole à Romain Pommier, interne en psychiatrie au CHU de Saint-Etienne, qui nous raconte la genèse du Jardin des Mélisses quelques semaines après son inauguration officielle. Que de chemin parcouru depuis le premier email de Romain reçu en juin 2014. « Depuis quelque temps germe en moi l’idée de mêler mon activité soignante et la pratique de la culture des plantes. J’ai commencé à évoquer autour de moi l’idée, et je trouve beaucoup d’oreilles attentives ! », écrivait alors ce jeune médecin qui avait commencé par se présenter comme un petit-fils de maraicher. Avec un enthousiasme contagieux, il a fédéré toute une équipe et son projet est devenu réalité. Cet été, les premiers patients ont profité du Jardin des Mélisses.

 

L'équipe

L’équipe

Le Jardin des Mélisses est un projet de soin conçu sur un mode participatif. Il a mobilisé des soignants des 4 secteurs de psychiatrie adultes présents au voisinage d’un grand parc de 3000 m2. Toutes les énergies et les compétences étaient déjà là, il a suffi de la rencontre d’un infirmier et jardinier Bertrand Ollier, et de Romain Pommier, interne en psychiatrie, pour qu’il démarre. Il a ensuite été soutenu par l’ensemble du Personnel des services de psychiatrie de l’hôpital.

Il a pu voir le jour grâce à la générosité de nombreuses personnes qui ont cru dans cette idée et aux compétences de toux ceux qui s’y sont investis, avec une mention spéciale pour l’équipe des Jardiniers qui n’ont pas ménagé leurs efforts. La direction du CHU n’a pas hésité un seul instant à soutenir ce projet innovant impulsé par les équipes soignantes, sachant entendre et faire fructifier les attentes. C’est donc un groupe de 20 personnes (infirmiers, cadres de santé, internes, médecins, ergothérapeute) qui ont créé l’espace dans un premier temps et qui ont pensé le projet de soin.

Des massifs aux couleurs vives.

Des massifs aux couleurs vives.

L’objectif principal vise à enrichir les soins d’une nouvelle activité thérapeutique. Il s’agit ainsi de favoriser l’amorce de nos patients dans le processus de rétablissement. Se reconnecter au monde vivant par le jardin qui favorise l’apaisement et les émotions positives. S’ouvrir au monde et à la relation aux autres, jusqu’à retrouver la capacité d’agir pour lutter contre la maladie mentale.

Des massifs aux couleurs apaisantes.

Des massifs aux couleurs apaisantes.

Grâce à ce nouveau dispositif, un groupe de 6 patients, animé par 2 infirmiers de services différents est accueilli sur indication médicale pour des activités thérapeutiques à médiation deux fois par semaine, pendant 1 mois, et ceci toute l’année. Il bénéficie aussi largement au personnel qui trouve ainsi un apaisement et un lieu idéal de partage de leur pratique.

 

Ce jardin propose aussi d’améliorer l’accueil des familles afin de rendre moins pénible cette difficile étape de leur parcours de vie. C’était aussi l’occasion de participer au développement en France d’une pratique innovante, qui allie humanité du soin et évaluation scientifique. L’accompagnement professionnel du Dr France Pringuey qui avait déjà réalisé le Jardin de l’Armillaire au CHU de Nice a permis sa concrétisation.

Que Mr Francis Hallé, grand défenseur de l’arbre et de sa place dans nos vies, ait accepté de parrainer l’association qui porte le projet est un gage important de l’authenticité  et de la qualité de la démarche. L’inauguration du Jardin s’est déroulée le 30 Septembre 2015 sous un soleil radieux en présence d’un nombre très important de soignants et de partenaires ayant participé au projet.

Romain Pommier au jardin.

Romain Pommier au jardin.

Ils confirment tous que ce Jardin n’est pas celui de quelques-uns, il est celui de tous ceux qui veulent croire que nous pouvons faire beaucoup ensemble, les uns avec les autres. Le Jardin des Mélisses n’est pas un jardin clos. Il est le trait d’union avec les autres espaces verts et citoyens de Saint-Etienne. Et c’est dans cette direction que ses branches se déploient.

Aujourd’hui ce n’est qu’un début…L’aménagement du cœur du jardin et les résultats bénéfiques déjà observés pendant les mois d’été doivent nous encourager à poursuivre les efforts car le projet de soins n’exprimera son plein potentiel que LORSQUE l’ENSEMBLE DU PARC SERA AMENAGE. Les hommes et les femmes sont prêts, les plans le sont aussi. Mais il manque des moyens matériels et financiers.

L’Association du Jardin des Mélisses qui supporte le projet est aujourd’hui reconnue d’intérêt général. Déjà largement soutenue par de nombreux adhérents, elle appelle à la générosité d’autres mécènes. Le fond de dotation du CHU permet aussi de recueillir des dons pour le projet.

 

Bertrand Ollier, infirmier et jardinier, a porté le projet avec Romain Pommier.

Bertrand Ollier, infirmier et jardinier, a porté le projet avec Romain Pommier.

 

Le plan final du Jardin des Mélisses

Le plan final du Jardin des Mélisses, signé France Pringuey.

Couleurs stimulantes

De l’Oregon à la Suisse, des jardins qui soignent

Roger Ulrich

Roger Ulrich

Ces jours-ci, l’American Horticultural Therapy Association se réunissait pour sa conférence annuelle à Portland dans l’Oregon. Avec Roger Ulrich comme keynote speaker, la rock star de la recherche sur les effets de la nature sur les malades. Il aura sans doute donné plus d’éléments sur une étude qu’il a menée dans le jardin de l’hôpital Legacy Health à Portland, « A Nature Place: Quantifying Benefits of a Healing Garden among Hospital Populations ». L’étude cherche à mesurer les effets du jardin à Legacy Health sur trois populations : une étude sur des mères et leurs bébés (on mesure le niveau de stress et le rythme cardiaque des mères et des bébés pendant l’accouchement), une étude sur les familles de patients en soins intensifs et enfin une dernière étude sur les infirmières. On attend avec impatience les résultats…

Michael Schumacher : récupérer d’un coma dans un jardin 

Le jardin de 300 m2 ouvert il y a un an au CHUV à Lausanne.

Le jardin de 300 m2 ouvert il y a un an au CHUV à Lausanne.

En attendant, je vous invite à découvrir cette expérience de jardin au CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois) à Lausanne avec des patients sortant du coma. C’est le journal Le Temps qui rapporte l’expérience dans un article daté de septembre dernier. « Cette structure unique en son genre dans un hôpital universitaire suisse, qui a fêté sa première année d’existence à la fin août, montre des résultats très positifs. Le contact de la nature, la stimulation olfactive des plantes aromatiques, le bruit de l’eau qui clapote dans une fontaine, ou encore le souffle du vent sur un visage offrent de nouvelles possibilités de stimulation du patient. Celui-ci devient alors capable d’effectuer un mouvement qu’il n’était pas forcément en mesure d’exécuter au sein de sa chambre d’hôpital, faute de motivation suffisante », écrit la journaliste. L’article est largement basé sur une interview avec Karin Diserens, médecin adjointe au sein du service de neurologie et responsable de l’Unité de neuro-rééducation aiguë du CHUV. Parmi les patients de Karin Discernes, l’ancien champion de Formule 1 Michael Schumacher suivi au CHUV suite à un accident de ski.

En Suisse, signalons aussi le projet d’Amanda Juillon à l’hôpital universitaire de Genève qui s’adressait plus particulièrement aux patients obèses. Cette expérience en éducation du patient qui a duré deux ans a donné lieu à une publication scientifique en 2012.

Les Jardins de Baie de Somme ouverts à tous

Saint Valéry 1Déjà évoqués lors d’une présentation de Michel Racine et Béatrice Saurel à Port-Royal des Champs en juin 2014, les Jardins de la Baie de Somme comprennent depuis 20 ans un Herbarium et depuis peu un Fruticetum, décrit par ses deux concepteurs comme un jardin pédagogique de soin et de bien-être. Le 25 septembre, on était d’ailleurs invité à participer à la première récolte dans le Fruticetum (un jardin botanique spécialisé dans la présentation d’arbustes).

D’abord, l’Herbarium classé jardin remarquable depuis 2004. Entouré de murs de silex et de galets, il surplombe les remparts médiévaux de Saint-Valery-sur-Somme. Nicole Quilliot est sa créatrice. Quand je l’appelle, elle est justement en train de ramasser des pommes dans le jardin. « L’Herbarium est composé de terrasses sur les remparts, il est impossible d’accès pour les personnes à mobilité réduite. » Décrit comme « un formidable fouillis « ordonné », rassemblant d’anciennes plantes moyenâgeuse », il accueille aussi bien les habitants que les visiteurs de passage qui aiment compléter la visite par une promenade dans les rues fleuries de la ville dont la même association s’occupe depuis 30 ans. L’Herbarium, les rues fleuries et le nouveau Fruticetum forment ensemble les Jardins de la Baie de Somme.

L'hôpital voisin a les clés du jardin.

L’hôpital voisin a les clés du jardin.

Quant au Fruticetum, il a été inauguré cette année. « Le Fruticetum a été conçu pour les fauteuils roulants au pied des remparts. L’hôpital qui est à 150 mètres et abrite une maison de retraite a reçu la clé. Ils viennent quand ils veulent. Pour l’instant, c’est le jeudi car il faut des accompagnants pour pousser les fauteuils. Il y a aussi des tables de travail s’ils veulent remporter, par exemple. Nous allons faire des manifestations intergénérationnelles », explique encore Nicole Quilliot. Interprétation contemporaine des jardins du Moyen-Age et de l’histoire de la ville, le Fruticetum est semé d’accents bleus. « Dessins et formes du jardin sont structurés par la couleur bleue, en référence à la guède ou waide, plante tinctoriale qui fit la richesse des waidiers picards au XIIème et XIIIème siècles. Le bleu des rois, bleu de Marie fut très répandu dans l’architecture de prestige », expliquent les créateurs. « Marqué au sol par des traits de céramique bleus, le damier – évocation du jeu de dame – est planté de pommiers et poiriers palissés. » De plus le plessis de cordage qui ferme l’espace est une évocation du passé du port et de sa corderie.

On rentre au Fruticetum par l’Herbarium rue Brandt dans la veille ville. Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer à Saint-Valéry-sur-Somme, le site offre une belle promenade aérienne des deux jardins.

A découvrir aussi, ce reportage sur France 3.

En Angleterre, Thrive jardine depuis près de 40 ans

Le jardin de Beech Hill à Reading

Le jardin de Beech Hill à Reading

Après les Etats-Unis, l’Ecosse, la Belgique, le Canada et le Japon, il est grand temps d’aller faire un tour en Angleterre où Thrive est LA référence du « social and therapeutic horticulture ». Voici la définition qu’en donne Thrive : « C’est le processus d’utiliser les plantes et les jardins pour améliorer la santé physique et mentale ainsi que les compétences de communication et de raisonnement. Cette thérapie utilise le jardin comme un lieu sûr et sécurisé pour développer la capacité à se mélanger socialement, à se faire des amis et à apprendre des compétences pratiques qui aident à devenir plus indépendant. A travers des tâches de jardinage et le jardin lui-même, les thérapeutes horticoles de Thrive construisent des modules d’activités pour que chaque jardinier améliore ses besoins physiques spécifiques et travaille sur des buts qu’il veut atteindre. »

Chris Underhill est à l'origine de Thrive.

Chris Underhill est à l’origine de Thrive.

A partir de 1978 sous le nom de Society for Horticultural Therapy and Rural Training et depuis 1998 sous le nouveau nom de Thrive, l’association « utilise le jardinage pour apporter des changements positifs dans la vie de gens qui vivent avec des handicaps ou une mauvaise santé, sont isolés, défavorisés ou vulnérables. » Les deux initiateurs du mouvement sont Chris Underhill, un horticulteur qui avait travaillé avec des personnes atteintes de troubles de l’apprentissage, et le pédiatre Geoffrey Udall qui a été le bienfaiteur de l’association notamment grâce au don de sa propriété près de Reading.

L’association propose quatre programmes à Reading, Londres, Birmingham et Gateshead. A Reading, qui sert également de siège à Thrive, une centaine de personnes entre les âges de 14 et 70 ans fréquente le jardin. Ces personnes souffrent de troubles de l’apprentissage, de problèmes de santé mentale dont des démences, de problèmes physiques ou sensoriels (malvoyants et malentendants). Certains acquièrent des compétences qui les mènent à travailler dans l’horticulture. Plus récemment cinq nouveaux jardins ont été conçus pour répondre aux besoins spécifiques des jardiniers : des survivants d’AVC ou de problèmes cardiaques, des patients souffrant de dépression ou de démence, des malvoyants, des personnes âgées et des enfants handicapés. Visitez Trunkwell ici.

A Londres, Thrive dispose de trois jardins dans Battersea Park pour accueillir 200 Londoniens : le Main Garden vient de s’agrandir sous le patronage d’une membre de la famille royale, le Herb Garden a repris un espace à l’abandon pour y faire pousser des plantes culinaires, médicinales et thérapeutiques et enfin le Old English Garden a été redessiné en 2012 par la paysagiste Sarah Price et est entretenu par les « clients » de Thrive.

Thrive Birmingham travaille avec d’anciens soldats à travers Down to Earth, un projet financé par la Royal British Legion pour les aider à se reconvertir dans l’horticulture. Thrive Gateshead travaille également avec des vétérans, mais aussi des survivants d’AVC et des patients atteints de démence. Dans une émouvante galerie de portraits, Thrive explique comment le jardin a aidé plusieurs participants, schizophrènes, aveugles ou cérébro-lésés.

Une vue du jardin de Trunkwell

Une vue du jardin de Trunkwell

L’association a également choisi de s’investir dans la formation à plusieurs niveaux. Elle propose des formations aussi bien pour les débutants avec son Step into social and therapeutic horticulture (une journée) que pour ceux qui pratiquent déjà le jardinage thérapeutique (par exemple, un cours sur la mesure des bénéfices ou encore le jardinage pour les professionnels de santé ou bien dans les écoles). Par ailleurs Thrive s’est associé à plusieurs universités pour des diplômes : un « Award in Social and Therapeutic Horticulture » avec Coventry University (8 semaines) et un « Professional Development Diploma in Social and Therapeutic Horticulture » avec Coventry University et Pershore College (étalé sur une année). Par ailleurs, Thrive offre des formations intra établissement et des services de conseils. Mais l’association met aussi ses connaissances librement à la disposition du grand public à travers son site Carry on gardening. Avec l’existence de Thrive, l’Angleterre est de loin le pays européen le mieux organisé et le plus ancien dans la pratique du jardinage à but thérapeutique.