Le Jardin des Mélisses du CHU de Saint-Etienne fédère les soignants

Aujourd’hui, je laisse avec grand plaisir la parole à Romain Pommier, interne en psychiatrie au CHU de Saint-Etienne, qui nous raconte la genèse du Jardin des Mélisses quelques semaines après son inauguration officielle. Que de chemin parcouru depuis le premier email de Romain reçu en juin 2014. « Depuis quelque temps germe en moi l’idée de mêler mon activité soignante et la pratique de la culture des plantes. J’ai commencé à évoquer autour de moi l’idée, et je trouve beaucoup d’oreilles attentives ! », écrivait alors ce jeune médecin qui avait commencé par se présenter comme un petit-fils de maraicher. Avec un enthousiasme contagieux, il a fédéré toute une équipe et son projet est devenu réalité. Cet été, les premiers patients ont profité du Jardin des Mélisses.

 

L'équipe

L’équipe

Le Jardin des Mélisses est un projet de soin conçu sur un mode participatif. Il a mobilisé des soignants des 4 secteurs de psychiatrie adultes présents au voisinage d’un grand parc de 3000 m2. Toutes les énergies et les compétences étaient déjà là, il a suffi de la rencontre d’un infirmier et jardinier Bertrand Ollier, et de Romain Pommier, interne en psychiatrie, pour qu’il démarre. Il a ensuite été soutenu par l’ensemble du Personnel des services de psychiatrie de l’hôpital.

Il a pu voir le jour grâce à la générosité de nombreuses personnes qui ont cru dans cette idée et aux compétences de toux ceux qui s’y sont investis, avec une mention spéciale pour l’équipe des Jardiniers qui n’ont pas ménagé leurs efforts. La direction du CHU n’a pas hésité un seul instant à soutenir ce projet innovant impulsé par les équipes soignantes, sachant entendre et faire fructifier les attentes. C’est donc un groupe de 20 personnes (infirmiers, cadres de santé, internes, médecins, ergothérapeute) qui ont créé l’espace dans un premier temps et qui ont pensé le projet de soin.

Des massifs aux couleurs vives.

Des massifs aux couleurs vives.

L’objectif principal vise à enrichir les soins d’une nouvelle activité thérapeutique. Il s’agit ainsi de favoriser l’amorce de nos patients dans le processus de rétablissement. Se reconnecter au monde vivant par le jardin qui favorise l’apaisement et les émotions positives. S’ouvrir au monde et à la relation aux autres, jusqu’à retrouver la capacité d’agir pour lutter contre la maladie mentale.

Des massifs aux couleurs apaisantes.

Des massifs aux couleurs apaisantes.

Grâce à ce nouveau dispositif, un groupe de 6 patients, animé par 2 infirmiers de services différents est accueilli sur indication médicale pour des activités thérapeutiques à médiation deux fois par semaine, pendant 1 mois, et ceci toute l’année. Il bénéficie aussi largement au personnel qui trouve ainsi un apaisement et un lieu idéal de partage de leur pratique.

 

Ce jardin propose aussi d’améliorer l’accueil des familles afin de rendre moins pénible cette difficile étape de leur parcours de vie. C’était aussi l’occasion de participer au développement en France d’une pratique innovante, qui allie humanité du soin et évaluation scientifique. L’accompagnement professionnel du Dr France Pringuey qui avait déjà réalisé le Jardin de l’Armillaire au CHU de Nice a permis sa concrétisation.

Que Mr Francis Hallé, grand défenseur de l’arbre et de sa place dans nos vies, ait accepté de parrainer l’association qui porte le projet est un gage important de l’authenticité  et de la qualité de la démarche. L’inauguration du Jardin s’est déroulée le 30 Septembre 2015 sous un soleil radieux en présence d’un nombre très important de soignants et de partenaires ayant participé au projet.

Romain Pommier au jardin.

Romain Pommier au jardin.

Ils confirment tous que ce Jardin n’est pas celui de quelques-uns, il est celui de tous ceux qui veulent croire que nous pouvons faire beaucoup ensemble, les uns avec les autres. Le Jardin des Mélisses n’est pas un jardin clos. Il est le trait d’union avec les autres espaces verts et citoyens de Saint-Etienne. Et c’est dans cette direction que ses branches se déploient.

Aujourd’hui ce n’est qu’un début…L’aménagement du cœur du jardin et les résultats bénéfiques déjà observés pendant les mois d’été doivent nous encourager à poursuivre les efforts car le projet de soins n’exprimera son plein potentiel que LORSQUE l’ENSEMBLE DU PARC SERA AMENAGE. Les hommes et les femmes sont prêts, les plans le sont aussi. Mais il manque des moyens matériels et financiers.

L’Association du Jardin des Mélisses qui supporte le projet est aujourd’hui reconnue d’intérêt général. Déjà largement soutenue par de nombreux adhérents, elle appelle à la générosité d’autres mécènes. Le fond de dotation du CHU permet aussi de recueillir des dons pour le projet.

 

Bertrand Ollier, infirmier et jardinier, a porté le projet avec Romain Pommier.

Bertrand Ollier, infirmier et jardinier, a porté le projet avec Romain Pommier.

 

Le plan final du Jardin des Mélisses

Le plan final du Jardin des Mélisses, signé France Pringuey.

Couleurs stimulantes

Des patients hors les murs à Port-Royal des Champs

(My bad, comme disent les Américains. J’ai oublié d’appuyer sur le bouton Publier – IB)

Par Nicole Brès Laprade, bloggeuse (ré)invitée (Vous pouvez joindre Nicole à  natureenvilletherapie (at) gmail.com).

Fin septembre avait lieu le dernier atelier de la saison pour un groupe de patients de l’institut de santé mentale Marcel Rivière dans le cadre exceptionnel de Port-Royal des Champs. J’ai eu la chance d’être sur place au titre d’observatrice pour votre blog préféré qui avait déjà visité ce lieu magique il y a quelques mois.

Arrivée en vélo...

Arrivée en vélo…

Mise en place voici 10 ans, cette journée au vert est chapeautée par Mme Colas, kinésithérapeute à l’institut. Elle commence par 45 mn de vélo pour se rendre sur le site des Granges. Belle introduction à travers bois et champs pour cette activité hors les murs. Ce jour-là, le groupe de six patients arrivent à 10h45 accompagnés par deux sociothérapeutes, un psychomotricien et un stagiaire. Tous posent les vélos et se réunissent dans le local de l’association « Les Amis du Dehors ». Chaque mardi, jour de fermeture au public, de mi-mai à fin septembre, plusieurs membres sont là pour encadrer l’activité jardinage et les temps ensemble autour de la grande table du local : collation en arrivant, repas de midi et, avant de repartir, thé à la menthe du jardin.

Ce mardi, la matinée se passe dans le musée national de Port-Royal des Champs pour la visite de l’exposition d’une partie des œuvres de la collection de Bernard Dorival, ancien directeur du musée. Monsieur Philippe Luez, directeur du GIP-C et du musée, commente pour le groupe les œuvres accrochées. Pour chacun, ce fut un temps de découverte, de réflexion et de partage oral devant ces tableaux « de Champaigne à Zao Wou-Ki ».

Après le déjeuner.

Après le déjeuner.

Le déjeuner est préparé avec ce qu’apporte le groupe et ce que rajoutent Les Amis du Dehors. « C’est tellement meilleur qu’à l’institut », me diront deux patients. Un moment très convivial où l’on parle de ce que l’on a fait et va faire au jardin (cette semaine ce sera de ramasser les dernières quetsches). Quelques-uns font la vaisselle et mettent les torchons à sécher au soleil, pendant que d’autres parlent avec les accompagnateurs, en confiance dans ce cadre hors les murs.

La permanence du jardin

Au travail

Au travail

Puis vient le temps au jardin : S. me propose de me faire visiter « leur jardin », fier du travail accompli par tous ceux qui sont venus, depuis quelques semaines comme lui ou depuis plusieurs années. Ce jardin clos, dessiné avec l’aide de Sylvain Hilaire (responsable du centre de ressources documentaires et d’interpretation du musée national de Port-Royal des Champs), est d’inspiration médiévale pour coller avec le site comme les autres jardins qui entourent les bâtiments de l’ancienne ferme de l’abbaye de Port Royal des champs . La connaissance de l’imposante histoire du lieu et le travail de la terre semblent ancrer les patients à la vie qui les entoure. Etre au jardin ici donne une permanence.

Ce lieu est imposant de par son histoire et de par sa survie grâce à l’intervention passionnée des jardiniers bénévoles et des associations qui y entretiennent les différentes parcelles du parc, reliant les jardiniers d’aujourd’hui aux ancêtres jansénistes qui ont foulé le même sol qu’eux. Pour ma part, j’ai senti une certaine protection de la nature et beaucoup d’énergie positive. Est-ce cela qui fait revenir les patients de l’institut Marcel Rivière depuis 10ans ? Ils se sont ressourcé ici et sont repartié en vélo contents de ces heures passées sur le site et, ce jour-là, lestés de quelques kilos de prunes.

Vue du jardin de soin

Vue du jardin de soin

2014-09 atelier jardin-patients de l'h. Maurice Rivière (7)

Au jardin

Au jardin