Le jardin des hêtres : conception de jardins de soin

 

Sarah Bertolotti

Sarah Bertolotti

Diplômée de l’ESAJ (École Supérieure d’Architecture des Jardins), Sarah Bertolotti est paysagiste conceptrice. Trois expériences professionnelles vont la mener à s’intéresser aux jardins de soin et à créer le Jardin des Hêtres avec sa collègue Hélène Camilleri. Remontons un peu dans le temps. Pour une agence de paysage parisienne, elle aménage des espaces publics (squares, boulevards, axes de plusieurs dizaines d’hectares). Puis en Seine-Saint-Denis, elle conçoit des jardins dans les HLM, en y incluant des aires de jeux. « Une question est née à ce moment-là. Comment faire participer le public, l’amener à prendre part au jardin ? C’était frappant car les gens n’étaient pas fans d’espaces extérieurs et ils avaient une demande de jardins très entretenus. La gestion différenciée sans usage de produits chimiques a été vue comme un manque de respect pour ces populations qui se sentent délaissées. Il y avait des plaintes : les arbres attiraient des bêtes, faisaient trop d’ombre », se souvient Sarah.

« On ne peut pas vivre détaché de la nature »

Avant

Avant

Après

Après

« Je pense qu’on ne peut pas vivre détaché de la nature, il manque une dimension », continue la paysagiste. « Je me suis questionnée pendant ma période parisienne sur comment réconcilier l’homme et la nature dans ces espaces urbanisés où l’on vit détaché de la nature. » Malgré les critiques de certains, sans doute les plus vocaux, elle constate que d’autres s’approprient le jardin. Une chaise posée là et l’espace est transformé. Un plaisir nait.

En 2012, elle s’installe près de Valence et rejoint une agence de paysage. En tant que chef de projet, elle ressent trop de distance avec les jardins, trop de pression pour produire. Finalement un licenciement économique en 2014 l’amène à se questionner. « Ces métiers de paysagiste ne me convenaient plus. Il fallait que je pense aux choses qui me tiennent à cœur. Je suis préoccupée par l’état de la terre et j’avais envie de faire quelque chose qui permettent de travailler sur les problèmes environnementaux. J’ai eu la chance de vivre cette année pour me reconnecter à mon projet. En fait, un cousin qui fait des aménagements pour des personnes atteintes d’Alzheimer m’a soufflé cette idée. Avec ma collègue Hélène Camilleri, nous avons pensé que c’était un beau projet. »

Eviter les modes d’emploi trop carrés

jardindeshetresA l’automne 2015, Sarah suit la formation aux jardins de soin de Chaumont tout en échangeant en parallèle avec autant de personnes que possible pendant des mois. « J’étais venue avec pleins de questions techniques et pratiques. Mais je suis surtout repartie réconfortée dans notre projet et rassurée qu’il ne fallait pas de modes d’emploi trop carrés. » Construire un site Internet a été pour les deux paysagistes l’opportunité de réfléchir. Si vous visitez leur site, vous découvrirez dans la rubrique « Notre définition » leurs grandes idées directrices appuyées sur des références bibliographiques :

  • De sa seule présence, c’est déjà un élément de soin
  • Un lieu sécurisant
  • C’est un ailleurs (un lieu de liberté qui n’évoque en rien le milieu medical)
  • Un lieu pour accompagner l’équipe médicale (de nombreux éléments peuvent être intégrés au jardin, afin de favoriser la pratique de thérapies non médicamenteuses)
  • Un lieu qui soigne

La question de la légitimité

Sarah Bertolotti et Hélène Camilleri

Sarah Bertolotti et Hélène Camilleri

Sarah apporte des précisions sur la question de la légitimité qui tenaille beaucoup de gens qui s’intéressent aux jardins de soin, jugeant qu’il leur manque la connaissance des plantes ou la connaissance du soin et même parfois des deux. « En fait, avant de me lancer dans cette aventure, je me suis interrogée sur ma « légitimité » pour aménager des jardins de soins. Ce choix me semblait passionnant – et cohérent, mais comment le justifier, alors que je n’ai pas d’expérience dans le domaine du soin ? Cette année, au début de laquelle j’étais vraiment très stressée, je me suis dit que chacun, à un moment ou à un autre de sa vie passe pas des moments où il a besoin de « soins ». Que la posture de « soignant » ou de « soigné » n’est pas figée sur une personne ou une autre, mais dépend plutôt des circonstances », ajoute Sarah. « Le soin comme quelque chose d’universel, de partagé. Et toujours la nature, les jardins sont source d’apaisement. C’est tout l’intérêt des jardins de soins, qui ne sont pas destinés à soigner une pathologie ou une autre, mais apportent à chacun. Cette constatation nous a conduites à « ouvrir » nos projets de jardins de soins à des projets pour des particuliers. »

Pendant que le projet se développe et que des contacts se nouent en particulier avec des élus locaux et des maisons de retraite, Sarah a repris un emploi dans une agence de paysage à Valence. « Le temps des jardins est long, surtout pour le construire avec les personnes. »

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