Jardiner est-il bon pour notre santé mentale ?

National Geographic

Un hôtel à Singapour (photo de Lucas Foglia dans l’article de National Geographic)

 

Vous voulez créer un jardin de soin ? Vous avez besoin d’arguments sur les bienfaits de la nature sur la santé mentale des être humains, si possible ancrés dans des recherches scientifiques ? Voici quelques études récentes, glanées ici et là. Attention, la plupart de ces articles scientifiques sont en anglais et ils sont payants si on souhaite lire l’intégralité de l’article. Certaines études prennent le jardin pour cadre, d’autres la nature plus largement.

 

Bonjour estime de soi, adieu dépression

Cette étude anglaise publiée en 2015 a pu mesurer que les personnes ayant une parcelle dans un jardin familial (« allotments ») avaient une meilleure estime de soi, étaient moins dépressives, moins fatiguées et avaient plus de vigueur qu’un groupe contrôle sans jardin familial. Les chercheurs en concluent que ces jardins familiaux (ou collectifs ou jardins ouvriers), pour lesquels il y a de longues listes d’attente, peuvent jouer un rôle important dans la santé mentale et devraient être utilisés comme un moyen de prévention. Lire le résumé de l’étude.

 

L’exercice physique stimule les fonctions cognitives

Cet article énumère plusieurs études qui démontrent que l’exercice physique a des effets positifs sur les fonctions cognitives : des enfants qui faisaient régulièrement de l’exercice amélioraient leurs fonctions exécutives et en particulier leur « inhibition attentionnelle », des adultes âgés souffrant d’un léger déclin cognitif avaient améliorer leurs mémoires spatiale et verbale grâce à certains exercices physiques, d’autres réussissaient à lutter contre la mort neuronale grâce à des exercices avec des poids et des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer voyaient aussi une amélioration cognitive en pratiquant régulièrement la marche. Aucune de ces études n’avaient pour cadre le jardin ou la nature, mais il me semble que les résultats pourraient être extrapolés. Lire l’article de vulgarisation menant aux diverses études.

 

Le retour d’expérience du CHU de Nancy

L’équipe de Thérèse Rivasseau-Jonveaux à Nancy a publié une étude intitulée « Un jardin comme outil de soins en unité cognitivo-comportementale » dans Soins Gérontologie (2014). Le résumé est succinct, mais conclut que « Pour stabiliser les troubles du comportement, dans le cadre d’une prise en charge non médicamenteuse, le jardin thérapeutique a toute sa place. » Lire le résumé de l’article.

 

La bactérie Mycobacterium vaccae combat la dépression

Dans une étude publiée en 2007, des chercheurs anglais avaient démontré sur des souris que cette bactérie que l’on trouve dans la terre avait la capacité d’activer les neurones qui sécrètent la sérotonine, l’hormone responsable de réguler l’humeur et dont le manque peut causer la dépression. Lire le communiqué de l’université de Bristol.

 

Le cerveau dans la nature

Que se passe-t-il dans un cerveau exposé à la nature ? Cet article de National Geographic est un vrai bonheur, des études racontées comme un voyage. On rencontre David Strayer, un psychologue cognitif de l’université de l’Utah dont l’hypothèse est que le cortex préfrontal peut se reposer, comme un muscle fatigué, au bout de quelques jours dans la nature. Des chercheurs de l’école de médecine de l’université d’Exeter qui ont découvert que les urbains qui vivaient près de plus d’espaces verts ressentaient moins de détresse mentale. Des chercheurs japonais qui ont montré que des participants qui marchaient dans des forêts, comparés à des marcheurs en ville, voyaient des bénéfices bien réels : une baisse de 16% de leur niveau de cortisol (hormone du stress), une baisse de 2% de leur tension et une baisse de 4% de leur rythme cardiaque. Lire et regarder l’article.

 

Une lectrice partage ses découvertes en Suisse, en Belgique, en Suède

Cléa Gentile est étudiante en dernière année d’ergothérapie en Suisse. Elle s’intéresse beaucoup à la thématique des jardins de soins et de l’hortithérapie, mais ne trouvait pas grand chose autour d’elle en Suisse. Depuis quelques mois, nous échangeons et elle me fait part de ses découvertes. Elle m’a autorisée à les partager à mon tour avec vous. Des programmes en Suisse, en Belgique et aux Etats-Unis, des lectures et même deux formations qu’elle envisage de suivre en Suède. Merci à elle de nous faire profiter de ses heures de recherche.

A lire dans l'article sur le jardin conçu pour les malvoyants en Belgique. "Le semoir inventé par Christian Badot pour réaliser un semis et prendre des plantules sans les abîmer a reçu le prix «coup de cœur» au concours organisé par Handicap international Belgique en 2007." © Jacques Vandenbroucke

A lire dans l’article sur le jardin conçu pour les malvoyants en Belgique. « Le semoir inventé par Christian Badot pour réaliser un semis et prendre des plantules sans les abîmer a reçu le prix «coup de cœur» au concours organisé par Handicap international Belgique en 2007. »
© Jacques Vandenbroucke

Un peu à la manière, de la chanson « Les 12 jours de Noël », voici la liste de Cléa.

  1. Pour commencer, un livre lu dans le cadre de sa formation (Creek’s Occupational Therapy and Mental Health) et tout un chapitre traite du “Green Care”. Le chapitre résume bien les concepts du green care et son lien avec l’ergothérapie. De plus, il donne une description des différentes approches en lien avec la nature et la santé.
  1. Toujours sur le sujet du green care, un « cadre conceptuel » avec quelques théories sous-jacentes.
  1. Une ergothérapeute américaine qui a développé un programme intéressant avec des enfants.
  1. En Belgique, un jardin thérapeutique et accessible aux personnes malvoyantes.
  1. Un projet d’éducation thérapeutique à Genève, avec l’expérience d’Amanda Jullion et des jardins thérapeutiques pour patients obèses et/ou diabétiques (projet arrêté aujourd’hui si je ne m’abuse).
  1. Un article qui traite des jardins thérapeutiques existants en Suisse.
  1. L’association suisse vivaterra, en veille pour le moment, qui peut être intéressante à entendre ses objectifs (« vivaterra veut promouvoir la création de jardins thérapeutiques dans des institutions fermées – EMS, hôpitaux, prisons – afin de permettre à leurs résidents de redécouvrir les bienfaits des plantes et d’avoir un contact avec la nature en travaillant la terre »).
  1. Un jardin thérapeutique dans un établissement pénitencier à Genève.
  1. Tout proche de Lausanne, La Marcotte, un jardin d’enfant thérapeutique décrit très succinctement.
  1. En Suède, Cléa nous signale l’existence du Danderyd Hospital, endroit où les jardins thérapeutiques ont vu le jour dans ce pays et où elle a prévu de faire un stage en 2016. Si le projet se réalise, elle a promis de nous raconter !
  1. Toujours en Suède, elle a découvert un master sur la relation « santé-nature ». Auquel j’ajouterais ce programme de « horticultural therapy » toujours dans la même université, la Swedish University of Agricultural Sciences (SLU).
  1. Enfin, Cléa projette un tour d’Europe à vélo au fil d’une année. Elle aimerait visiter des jardins de soin sur sa route. Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires. Ce serait un bel échange.

 

 

La revue Jardins consacre un numéro au soin

Marco Martella, fondateur de la revue Jardins aux éditions du Sandre (copyright Sébastien Soriano, Le Figaro)

Marco Martella, fondateur de la revue Jardins aux éditions du Sandre (copyright Sébastien Soriano, Le Figaro)

Il était en préparation depuis plusieurs mois et on attendait sa sortie avec impatience. Il est disponible en librairie et vous pouvez le commander sur le site des Editions du Sandre. Lui, c’est le numéro 6 de la revue Jardins que son fondateur Marco Martella consacre aux jardins qui soignent. Marco Martella, qui est historien et essayiste, a traduit et préfacé le traité du jardinier-philosophe anglais Jorn de Précy Le Jardin perdu. Il est également auteur du texte qui accompagne le court-métrage Empreintes, une promenade de 30 ans dans le Jardin des Tuileries réalisée par Hervé Bernard.

Marco Martella introduit ce numéro par ces mots. « Pourtant, le jardin ne nous offre-t-il pas la possibilité de rétablir un bien-être perdu et à reconquérir sans cesse ? Si nous nous éloignons, un moment, de la réalité quotidienne en ce lieu toujours propice à la vie, n’est-ce pas pour recouvrer un équilibre avec le monde, équilibre peut-être rêvé mais dont nous portons, enraciné en nous, le souvenir ? » ou encore « Plus que jamais, nous demandons aux jardins de nous remettre en présence d’une nature vivante, de nous indiquer, à nous les déracinés, coupés de la terre et donc de nous-mêmes, le chemin du retour, afin de restaurer une unité. Et cela par le geste le plus naturel qui soit, l’un des plus anciens que nous ayons appris : soigner. » Et enfin, « Le jardin soigne le jardinier qui soigne ses plantes. C’est un échange de bons procédés, une sympathie ou une solidarité instinctive qui lie entre elles toutes les formes de vie. » Cela devrait vous rappeler la biophilie évoquée la semaine dernière…

JardinsParmi les 14 auteurs qui ont contribué de beaux textes pour ce numéro, les lecteurs de ce blog en reconnaitront plusieurs, de Michel Racine à Jean-Paul et Anne Ribes, de Jay Rice à Romain Rioul, de Bernard Beck à Sylvain Hilaire. Mais que de belles découvertes aussi. Dans un monde où le dehors est devenu étrange et étranger, le paysagiste Michel Péna milite par exemple pour que l’œuvre du paysagiste considère le public comme sujet qui peut vivre l’amour du paysage de façon charnelle. Les auteurs apportent des perspectives intellectuelles ou sensuelles, françaises ou d’ailleurs (voir l’entretien « Ethnopharmacologie, chamanisme et thérapeutique » avec le docteur Jacques Fleurentin). Vous qui vous intéressez aux jardins qui soignent, vous qui peut-être jardinez avec des malades, vous pourriez très bien continuer sans lire ces textes. Mais ce serait dommage de se priver de ces réflexions riches et multiformes. Il y a fort à parier qu’un de ces textes fera écho en vous, vous ouvrira une piste insoupçonnée, nourrira votre pratique.

Je ne vous mentirai pas. Je n’ai pas encore lu la revue entière, mais je voulais vous en parler aussi vite que possible. Elle a pris place sur ma table de chevet aux côtés de Walden de Henry David Thoreau, acheté impulsivement samedi dernier comme un antidote au chaos ambiant. Je suis impatiente de découvrir progressivement l’un et l’autre.

 

Le Jardin des Mélisses du CHU de Saint-Etienne fédère les soignants

Aujourd’hui, je laisse avec grand plaisir la parole à Romain Pommier, interne en psychiatrie au CHU de Saint-Etienne, qui nous raconte la genèse du Jardin des Mélisses quelques semaines après son inauguration officielle. Que de chemin parcouru depuis le premier email de Romain reçu en juin 2014. « Depuis quelque temps germe en moi l’idée de mêler mon activité soignante et la pratique de la culture des plantes. J’ai commencé à évoquer autour de moi l’idée, et je trouve beaucoup d’oreilles attentives ! », écrivait alors ce jeune médecin qui avait commencé par se présenter comme un petit-fils de maraicher. Avec un enthousiasme contagieux, il a fédéré toute une équipe et son projet est devenu réalité. Cet été, les premiers patients ont profité du Jardin des Mélisses.

 

L'équipe

L’équipe

Le Jardin des Mélisses est un projet de soin conçu sur un mode participatif. Il a mobilisé des soignants des 4 secteurs de psychiatrie adultes présents au voisinage d’un grand parc de 3000 m2. Toutes les énergies et les compétences étaient déjà là, il a suffi de la rencontre d’un infirmier et jardinier Bertrand Ollier, et de Romain Pommier, interne en psychiatrie, pour qu’il démarre. Il a ensuite été soutenu par l’ensemble du Personnel des services de psychiatrie de l’hôpital.

Il a pu voir le jour grâce à la générosité de nombreuses personnes qui ont cru dans cette idée et aux compétences de toux ceux qui s’y sont investis, avec une mention spéciale pour l’équipe des Jardiniers qui n’ont pas ménagé leurs efforts. La direction du CHU n’a pas hésité un seul instant à soutenir ce projet innovant impulsé par les équipes soignantes, sachant entendre et faire fructifier les attentes. C’est donc un groupe de 20 personnes (infirmiers, cadres de santé, internes, médecins, ergothérapeute) qui ont créé l’espace dans un premier temps et qui ont pensé le projet de soin.

Des massifs aux couleurs vives.

Des massifs aux couleurs vives.

L’objectif principal vise à enrichir les soins d’une nouvelle activité thérapeutique. Il s’agit ainsi de favoriser l’amorce de nos patients dans le processus de rétablissement. Se reconnecter au monde vivant par le jardin qui favorise l’apaisement et les émotions positives. S’ouvrir au monde et à la relation aux autres, jusqu’à retrouver la capacité d’agir pour lutter contre la maladie mentale.

Des massifs aux couleurs apaisantes.

Des massifs aux couleurs apaisantes.

Grâce à ce nouveau dispositif, un groupe de 6 patients, animé par 2 infirmiers de services différents est accueilli sur indication médicale pour des activités thérapeutiques à médiation deux fois par semaine, pendant 1 mois, et ceci toute l’année. Il bénéficie aussi largement au personnel qui trouve ainsi un apaisement et un lieu idéal de partage de leur pratique.

 

Ce jardin propose aussi d’améliorer l’accueil des familles afin de rendre moins pénible cette difficile étape de leur parcours de vie. C’était aussi l’occasion de participer au développement en France d’une pratique innovante, qui allie humanité du soin et évaluation scientifique. L’accompagnement professionnel du Dr France Pringuey qui avait déjà réalisé le Jardin de l’Armillaire au CHU de Nice a permis sa concrétisation.

Que Mr Francis Hallé, grand défenseur de l’arbre et de sa place dans nos vies, ait accepté de parrainer l’association qui porte le projet est un gage important de l’authenticité  et de la qualité de la démarche. L’inauguration du Jardin s’est déroulée le 30 Septembre 2015 sous un soleil radieux en présence d’un nombre très important de soignants et de partenaires ayant participé au projet.

Romain Pommier au jardin.

Romain Pommier au jardin.

Ils confirment tous que ce Jardin n’est pas celui de quelques-uns, il est celui de tous ceux qui veulent croire que nous pouvons faire beaucoup ensemble, les uns avec les autres. Le Jardin des Mélisses n’est pas un jardin clos. Il est le trait d’union avec les autres espaces verts et citoyens de Saint-Etienne. Et c’est dans cette direction que ses branches se déploient.

Aujourd’hui ce n’est qu’un début…L’aménagement du cœur du jardin et les résultats bénéfiques déjà observés pendant les mois d’été doivent nous encourager à poursuivre les efforts car le projet de soins n’exprimera son plein potentiel que LORSQUE l’ENSEMBLE DU PARC SERA AMENAGE. Les hommes et les femmes sont prêts, les plans le sont aussi. Mais il manque des moyens matériels et financiers.

L’Association du Jardin des Mélisses qui supporte le projet est aujourd’hui reconnue d’intérêt général. Déjà largement soutenue par de nombreux adhérents, elle appelle à la générosité d’autres mécènes. Le fond de dotation du CHU permet aussi de recueillir des dons pour le projet.

 

Bertrand Ollier, infirmier et jardinier, a porté le projet avec Romain Pommier.

Bertrand Ollier, infirmier et jardinier, a porté le projet avec Romain Pommier.

 

Le plan final du Jardin des Mélisses

Le plan final du Jardin des Mélisses, signé France Pringuey.

Couleurs stimulantes

En Angleterre, Thrive jardine depuis près de 40 ans

Le jardin de Beech Hill à Reading

Le jardin de Beech Hill à Reading

Après les Etats-Unis, l’Ecosse, la Belgique, le Canada et le Japon, il est grand temps d’aller faire un tour en Angleterre où Thrive est LA référence du « social and therapeutic horticulture ». Voici la définition qu’en donne Thrive : « C’est le processus d’utiliser les plantes et les jardins pour améliorer la santé physique et mentale ainsi que les compétences de communication et de raisonnement. Cette thérapie utilise le jardin comme un lieu sûr et sécurisé pour développer la capacité à se mélanger socialement, à se faire des amis et à apprendre des compétences pratiques qui aident à devenir plus indépendant. A travers des tâches de jardinage et le jardin lui-même, les thérapeutes horticoles de Thrive construisent des modules d’activités pour que chaque jardinier améliore ses besoins physiques spécifiques et travaille sur des buts qu’il veut atteindre. »

Chris Underhill est à l'origine de Thrive.

Chris Underhill est à l’origine de Thrive.

A partir de 1978 sous le nom de Society for Horticultural Therapy and Rural Training et depuis 1998 sous le nouveau nom de Thrive, l’association « utilise le jardinage pour apporter des changements positifs dans la vie de gens qui vivent avec des handicaps ou une mauvaise santé, sont isolés, défavorisés ou vulnérables. » Les deux initiateurs du mouvement sont Chris Underhill, un horticulteur qui avait travaillé avec des personnes atteintes de troubles de l’apprentissage, et le pédiatre Geoffrey Udall qui a été le bienfaiteur de l’association notamment grâce au don de sa propriété près de Reading.

L’association propose quatre programmes à Reading, Londres, Birmingham et Gateshead. A Reading, qui sert également de siège à Thrive, une centaine de personnes entre les âges de 14 et 70 ans fréquente le jardin. Ces personnes souffrent de troubles de l’apprentissage, de problèmes de santé mentale dont des démences, de problèmes physiques ou sensoriels (malvoyants et malentendants). Certains acquièrent des compétences qui les mènent à travailler dans l’horticulture. Plus récemment cinq nouveaux jardins ont été conçus pour répondre aux besoins spécifiques des jardiniers : des survivants d’AVC ou de problèmes cardiaques, des patients souffrant de dépression ou de démence, des malvoyants, des personnes âgées et des enfants handicapés. Visitez Trunkwell ici.

A Londres, Thrive dispose de trois jardins dans Battersea Park pour accueillir 200 Londoniens : le Main Garden vient de s’agrandir sous le patronage d’une membre de la famille royale, le Herb Garden a repris un espace à l’abandon pour y faire pousser des plantes culinaires, médicinales et thérapeutiques et enfin le Old English Garden a été redessiné en 2012 par la paysagiste Sarah Price et est entretenu par les « clients » de Thrive.

Thrive Birmingham travaille avec d’anciens soldats à travers Down to Earth, un projet financé par la Royal British Legion pour les aider à se reconvertir dans l’horticulture. Thrive Gateshead travaille également avec des vétérans, mais aussi des survivants d’AVC et des patients atteints de démence. Dans une émouvante galerie de portraits, Thrive explique comment le jardin a aidé plusieurs participants, schizophrènes, aveugles ou cérébro-lésés.

Une vue du jardin de Trunkwell

Une vue du jardin de Trunkwell

L’association a également choisi de s’investir dans la formation à plusieurs niveaux. Elle propose des formations aussi bien pour les débutants avec son Step into social and therapeutic horticulture (une journée) que pour ceux qui pratiquent déjà le jardinage thérapeutique (par exemple, un cours sur la mesure des bénéfices ou encore le jardinage pour les professionnels de santé ou bien dans les écoles). Par ailleurs Thrive s’est associé à plusieurs universités pour des diplômes : un « Award in Social and Therapeutic Horticulture » avec Coventry University (8 semaines) et un « Professional Development Diploma in Social and Therapeutic Horticulture » avec Coventry University et Pershore College (étalé sur une année). Par ailleurs, Thrive offre des formations intra établissement et des services de conseils. Mais l’association met aussi ses connaissances librement à la disposition du grand public à travers son site Carry on gardening. Avec l’existence de Thrive, l’Angleterre est de loin le pays européen le mieux organisé et le plus ancien dans la pratique du jardinage à but thérapeutique.

En Belgique, le « Grand Jardin » de l’hôpital «Chêne aux Haies»

Chose promise, chose due. Cette année, j’avais promis qu’on voyagerait hors des frontières. Cette semaine, direction la Belgique. Et puis, ce sera la pause estivale. Bon été et à la rentrée.

 

Alain Flandroit, le concepteur du Grand Jardin au CHP de Mons-Borinage en Belgique.

Alain Flandroit, le concepteur du « Grand Jardin » au CHP de Mons-Borinage en Belgique.

Sur un terrain en friche précédemment occupé par des chevaux (merci, l’engrais naturel), Alain Flandroit a fait pousser un beau jardin qui rassemble les patients du Centre Hospitalier Universitaire et Psychiatrique de Mons-Borinage depuis son ouverture en 2013. « Différents pavillons avaient déjà des jardinets avec surtout des fleurs, mais j’avais envie de toucher un maximum de personnes et d’ajouter un potager », explique cet horticulteur de formation qui a passé un diplôme d’éducateur après avoir commencé à travailler dans le milieu psychiatrique (cette reconversion me fait penser à l’expérience de Jean-Luc Valot, mais aussi dans l’autre sens à celle que Stéphane Lanel nous racontait la semaine dernière). Après l’obtention de son diplôme, il commence naturellement un petit jardin dans le service d’admission à l’hôpital. Ce jardin n’est qu’un début…

Le jardin occupe un espace anciennement utilisé pour l'hippothérapie.

Le jardin occupe un espace anciennement utilisé pour l’hippothérapie.

Grâce aux 10 000 euros reçus dans le cadre du concours « Colour Your Hospital » de la Belfius Foundation, il réussit à s’équiper de serres tunnels, d’outils, de plantes et de semences. Avec l’accord de la direction pour le terrain et le financement pour l’équipement, il peut réaliser son rêve. « J’utilise les principes de la permaculture. On a mis les éléments les plus importants près des bâtiments et les fruitiers, où on va moins souvent, au fond du jardin. Dans les serres, on fait des semis et des tomates. Il y a un terrain pour les cucurbitacées, les courgettes, les potirons, les potimarrons, pour faire la soupe. »

« Qui veut venir au jardin? »

Pour faire connaître le jardin, il va de pavillon en pavillon expliquer son projet. Aujourd’hui, le mode de fonctionnement est simple. « J’envoie un email pour dire que je serai au jardin de telle heure à telle heure. Je fais le tour des chambres et je demande qui veut venir au jardin. Le jardin s’adapte aux patients selon leurs capacités, leur mobilité, leur âge et leurs connaissances. Je ne les sous-estime pas car ils ont des capacités. L’important est de bien se faire comprendre. Et puis se tromper fait partie de la thérapie. S’il y a plus de monde, on travaille plus sur le social. S’il y a moins de monde, on peut plus guider, c’est plus individuel. »

Flandroit 1Les patients viennent accompagnés par des kinés, des infirmières, des ergothérapeutes, des animateurs. « Ils se basent tous sur le travail de jardinage avec une observation propre à leur métier. Le kiné va regarder la posture, l’ergothérapeute la fonction des mouvements dans l’exécution, l’éducateur l’autonomie et le cognitif. Tous les professionnels voient les patients dans un autre lieu qui permet de se détendre et de plus parler. »

Un lieu de rassemblement

Le jardin est devenu un lieu de rencontre. « Ils viennent de différents pavillons, mais ici ils partagent une passion commune. Tout en travaillant, ils se racontent des choses et il y a de l’entraide. Je dis souvent aux patients que le jardin existe grâce à eux. Quand un grand groupe débarque, des projets se réalisent et ils sont satisfaits de l’évolution. Quand ils quittent l’hôpital et doivent malheureusement revenir, ils repassent par le jardin. »

Flandroit 3« Nous travaillons sur le bien-être général du patient, sur l’espace et le temps. Au printemps, on sème. En automne, on récolte. Un patient voulait semer en hiver. Ca fait partie du jardin de travailler sur la frustration.  En tant qu’horticulteur, je passe du temps à raconter pourquoi on fait le travail. Le plus dur est d’amener les personnes au jardin. Avec la pluie, le soleil, le vent, c’est une difficulté. J’explique les travaux de saison et je les laisse choisir. C’est une victoire en soi si quelques personnes se trouvent bien au jardin. » Le Grand Jardin d’Alain Flandroit me fait bien sûr penser au jardin de soins partagé créé au Centre Hospitalier Départemental de Daumezon autour d’Anne Babin et de Laurent Chéreau.

« En Belgique, ça se développe doucement. Je pense que la France a pris de l’avance. On est vraiment au début. A ma connaissance, il n’existe pas de formation », explique Alain Flandroit en pionnier d’un mouvement qui a choisi de tracer son chemin.

Les étudiants de la filière horticole planchent sur des jardins à but thérapeutique

 

Les lauréats avec Bruno Lanthier, PDG de Truffaut et Daniel Joseph et Jean-François Denize de la Fondation Truffaut. Ce sont les Poteries d'Albi qui ont créé les trophées.

Les lauréats avec Bruno Lanthier, PDG de Truffaut et Daniel Joseph et Jean-François Denize de la Fondation Truffaut. Ce sont les Poteries d’Albi qui ont créé les trophées.

En 2015, la Fondation Truffaut avait décidé de changer le format de ses prix décernés depuis deux ans à des jardins thérapeutiques, pédagogiques ou d’insertion. Cette année, Daniel Joseph s’est tourné vers les jeunes étudiants de la filière horticole (des Bac Pro aux licences) en leur lançant le défi de créer sur papier des jardins à but thérapeutique. Un projet de sensibilisation à un sujet qui n’est pas encore enseigné en classe, mais qui pourrait se révéler une perspective intéressante dans leurs futures carrières. Avec le soutien de leurs professeurs, les étudiants ont dû apprendre très vite les bases d’une « discipline » nouvelle pour eux en y apportant leur sensibilité.

Malgré le manque de temps pour se plonger en profondeur dans le sujet et malgré la grande hétérogénéité des candidats en fonction de l’âge et du niveau d’étude, cinq lauréats régionaux ont émergé parmi une cinquantaine de candidats au départ. A la mi-mai, ils et elles sont venus défendre leur projet devant un jury au siège de Truffaut à Lisse en région parisienne (jury qui était placé sous la présidence de Benoit Ganem, Président de VAL’HOR et dont je faisais, pour rappel, partie).

Il n’est pas étonnant de constater que les projets les plus aboutis sont ceux qui s’appuient sur des rencontres sur le terrain et la conception d’un projet pour un lieu et des usagers particuliers. Remarquons aussi que les gagnantes s’étaient affranchies d’une règle du concours – présenter son projet en 6 000 signes – pour proposer des dossiers très complets avec argumentaires et listes de plantes. Comme quoi, il faut parfois savoir être rebelle. Enfin, de l’avis général des membres du jury, les budgets présentés étaient grandement sous-estimés. Mais qu’à cela ne tienne. Le concours Projet d’avenir aura peut-être le mérite de faire éclore des vocations…

1er prix : Coppelia Pereira et le jardin « Au regard des sens »

Etudiante en 2e année en BTS Production horticole au lycée agricole de Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines, Coppelia est depuis longtemps sensible aux effets du paysage sur l’être humain. Elle a eu la chance de pouvoir ancrer son projet au centre hospitalier Théophile Roussel de Montesson en se focalisant sur les enfants accueillis dans cet établissement psychiatrique. Bien qu’elle en parle au conditionnel dans son dossier de présentation, le jardin a dorénavant toutes les chances de voir le jour avec l’appui financier de Truffaut et de plusieurs partenaires. Coppelia l’envisage comme deux espaces paysagers distincts : un potager où les enfants pourront cultiver à hauteur ou à genoux et un jardin récréatif avec en particulier un tapis de jeux sensoriel composé de plantes et de mulch. Pour la jeune créatrice, le premier espace est associé à des valeurs de découverte, de curiosité, d’apprentissage et de rigueur tandis que le second développe l’imagination, le partage et l’éveil des sens.

2e prix : Julie Girard et « Le Jardin du temps retrouvé »

Julie GirardLorsque cette étudiante en licence professionnelle en Gestion Environnementale du Paysage Végétal Urbain à l’Ecole du Breuil (Paris) parle de sa rencontre avec les résidents de l’EHPAD Hector Malot de Fontenay-sous-Bois dans le Val-de-Marne, on sent que le contact est passé. Julie n’oublie pas non plus de mentionner qu’elle a travaillé en binôme avec Stéphanie Lafayette sur ce projet qui les a amenées à arpenter le terrain, à rencontrer Anne Ribes et le docteur Jonveaux, « grandes figures de ce mouvement », et à beaucoup lire. Prenant en compte l’imbrication de l’établissement dans son environnement urbain, les deux étudiantes proposent 5 espaces qui déambulent entre les différentes parcelles. Elles ont eu à cœur de suivre le brief de faire un jardin pour les 5 sens (même si Anne Ribes a rappelé aux candidats que nous possédions bien plus que 5 sens) avec des plantes à l’intérêt gustatif (l’Armeria maritima au goût d’huitre ou la Mentha arvensis « Banana » au goût de banane), des bancs pour méditer, une palette végétale donnant des repères dans l’espace et dans le temps. Elles envisagent fortement un poulailler. Elles n’ont pas oublié de mentionner des animations et ateliers indispensables pour faire vivre le jardin.

3e prix : Pauline Grenet et son jardin pour les enfants autistes

Pauline GrenetSuite à une reconversion, Pauline Grenet est en 1ère année de Bac Pro dans le CFPPA de Valabre (Marseille, 13). Elle a conçu son jardin pour les enfants autistes pour remédier à leur manque d’autonomie et à la distorsion des informations sensorielles. Elle y a mis un espace de repos sous une pergola, un mur d’expression, une pataugeoire, un bac à compost, un poulailler, des sculptures musicales, une balançoire, des jardinières. Elle non plus n’a pas oublié des ateliers qu’elle confierait à un animateur socio-éducatif bénévole avec l’aide de l’équipe médicale.

 

4e prix : Julien Sagan et son projet de jardin des 5 sens

Julien SaganJulien est en terminale Aménagement paysager du lycée horticole de Ribécourt (60). Il a envisagé un jardin qui ne s’adresse pas à un public particulier, mais dont le but est l’apaisement des patients et le maintien de leur perception du monde. Envisageant lui aussi les 5 sens, il a pensé à des potagers surélevés et un potager vertical pour cultiver des légumes à manger (goût), des orangers du Mexique et des Mahonia (odorat), une fontaine et des nichoirs pour les oiseaux (ouïe) un opus incertum ainsi que de l’herbe (toucher) et un érable comme point d’entrée dans le jardin (vue).

5e prix : Alexis Conan et son jardin pour maisons de retraite

Alexis ConanAlexis Conan est en 2e année de Bac Pro dans le CFA La Mouillère (Orléans, 45). Ce jardin « imaginé » s’articule autour de deux espaces : l’un pour l’activité autour des fruits et légumes et l’autre pour une zone de repos avec des panneaux de bois pour offrir une solution d’ombrage.

 

 

 

Prix Meilleur Espoir : Marie Chéron

Marie ChéronAprès avoir constaté la disparité entre les candidats, la Fondation Truffaut a choisi de récompenser un candidat de moins de 18 ans et a choisi Marie Chéron qui est en 1ère STAV (Sciences et Technologies de l’Agronomie et du Vivant) du lycée horticole Saint-Nicolas d’Igny (91). Son projet a été conçu pour l’EHPAD de Verrières-le-Buisson (78).

Agenda des sorties des jardins de soin

Mise à jour

21 mars, journée de soutien au Bois Dormoy à Paris

Bois Dormoy affiche21mars

Je vous ai déjà parlé du Bois Dormoy, un espace social et sauvage dans le 18e arrondissement, menacé de disparition. Ce samedi, fête de soutien pour les petits et pour les grands (voir l’affiche ci contre pour le programme). Dans la jungle urbaine, les espaces où la nature reprend ses droits et accueille les urbains en manque ne sont pas si nombreux. On comprend que tous ceux qui aiment cet endroit veuillent le sauver. Bombes à graine, illuminations aux bougies à la nuit tombante, table ronde, dinette biologique, arbre à voeux, le programme est tentant, avec un grain de folie qui va bien au Bois Dormoy.

19 mars et 28-29 mars, Niort (79)

Le conseil général des Deux-Sèvres et la Société d’Horticulture des Deux-Sèvres proposent une conférence « Jardins de bien-être, jardins de soin » animée par Michel Racine le jeudi 19 mars à 20h00 à la Maison du Département à Niort. Tous les détails ici. La conférence sera suivie les 28 et 29 mars par le Printemps aux jardins (32e fête des plantes) organisé par la Société d’Horticulture des Deux-Sèvres toujours avec un programme axé sur les « jardins, sources de bien être » au parc des expositions de Niort.

Samedi 4 avril, Port-Royal des Champs (78)

Gilles ClémentNicole Brès et moi sommes fans de Port-Royal des Champs que nous avions visité en mai dernier et où Nicole était retournée pour rencontrer des patients hors les murs. Début mars, nous avons récidivé en compagnie de Romain R.  et c’est toujours un plaisir de retrouver cet endroit magique et de revoir Sylvain Hilaire, historien et responsable du centre de Ressources et d’Interprétation du musée national de Port-Royal-des-Champs, qui en parle avant tant d’érudition et de passion. Si vous cherchez une excuse pour visiter ce secret bien gardé, haut lieu de l’alliance entre « la plume et la bêche », vous pourriez prendre comme prétexte la rencontre programmée le samedi 4 avril de 15h00 à 17h00 avec Frédérique Basset, auteure d’une biographie de Gilles Clément intitulée « Les 4 saisons de Gilles Clément : Itinéraire d’un jardinier planétaire ». Tous les détails sur le site du musée.

La revue Jardins consacre un numéro au soin par le jardin

Dans son numéro attendu dans quelques semaines, la revue Jardins (éditions du Sandre) donne la parole à un panel d’auteurs sur le sujet qui nous tient à cœur. Sous la direction de Marco Martella et avec l’aide de Sylvain Hilaire, ce numéro devrait fourmiller de textes plus intéressants les uns que les autres. On est impatients de les lire. Pour découvrir les numéros passés et suivre la parution, la page dédiée à la revue.

Maison médicale Jeanne Garnier : des lits au jardin

Cette semaine, la parole est à Romain R., l’ingénieur en paysage que je vous avais présenté il y a quelques semaines. Merci, Romain, de partager cette expérience.

J’aimerais vous faire partager une expérience de quelques semaines qu’il m’a été donné de vivre à la maison médicale Jeanne Garnier à Paris. C’était l’année dernière, en 2014, dans le cadre d’un stage à l’agence environnementale spécialisée en gérontologie Alzhéa. Servane Hibon en est la paysagiste.

Je dois avant tout préciser que ce travail s’est inscrit dans une dynamique bien plus importante, dans le temps comme dans l’espace. Elle remonte au moins en 2010, année de la rencontre entre les bénévoles de l’Association des dames du calvaire et Servane Hibon. Il s’agissait alors de mettre en œuvre un projet d’aménagement qui soit entièrement participatif, avec les personnes accueillies volontaires et l’équipe soignante. L’accueil de jour accueille, une ou plusieurs journées par semaine, des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Pour cette année-là, le challenge concernait deux espaces terrassés de 200 m2, situés dans une pente se déclinant en une série d’escaliers et en un plan légèrement incliné, bien sûr accessible aux personnes à mobilité réduite. C’est aujourd’hui l’entrée principale, sous-sol et sur dalle, de l’accueil de jour.

Un lit dehors (photographie de l’auteur en juillet 2014)

Un lit dehors (photographie de l’auteur en juillet 2014)

Puis les choses se sont poursuivies. Des ateliers d’hortithérapie ont été mis en place. Un jardin potager, avec des bacs de jardinage en bois, des chaises et du mobilier adapté, l’ombre de superbes sculptures végétales en bambou, voit des ateliers transgénérationnels se développer. Notamment l’atelier ‘Arts et jardins’, qui associait une paysagiste (Montaine Bruslé, paysagiste DPLG et art thérapeute) à une psychomotricienne (je m’excuse sincèrement de ne pas connaître son nom.). Les bénévoles de l’association ‘Accompagner Ici et Maintenant’ profitent également des couleurs de capucines oran- gées. Voilà, rapidement résumées, quelques-unes des initiatives qui fleurissent autour de cet espace depuis cinq ans maintenant. Lorsque j’ai découvert ce lieu, ma première envie a été de longer les très beaux platanes et tilleuls pour aller voir ce qui se passait derrière les bâtiments. Quelle surprise lorsque j’y ai vu, dehors, des lits de malades affiliés au centre de soins palliatifs…

Ainsi, à Jeanne Garnier, le jardin est pensé comme un espace structuré autour des différentes unités et de leurs projets de vie respectifs.

Le mur et l’immeuble (photographie de l’auteur en juillet 2014)

Le mur et l’immeuble (photographie de l’auteur en juillet 2014)

Ce fut pour moi, dans le cadre du projet, la principale caractéristique du lieu. La seconde priorité me paraissait être de réfléchir sur la perméabilité de cet espace avec l’extérieur. Son intégration dans l’environnement alentour en quelque sorte, le paysage social, celui du quartier. J’ai entrepris une étude paysagère, j’ai regardé l’intégration du jardin dans la trame végétalisée du quartier, cherché à analyser les vues vers et depuis l’intérieur… J’ai pensé à l’urgence de concevoir, dans un contexte de vieillissement de la population française, particulièrement en milieu urbain, des espaces favorisant la mixité sociale par de nouveaux usages, de nouvelles pratiques. Et j’ai songé au paysage quotidien des personnes qui, demain, se réveilleraient derrière ce mur en pierres.

Lors de ma seconde venue, je me suis demandé comment les résidents de la maison médicale vivraient cette proximité avec leurs voisins. Le jardin, tout en reliant le Jardin-potager existant au Jardin-arrière, pourra contenir des réponses. À la fois refuge pour ces personnes dont les repères vacillent et lieu d’invention stimulant des initiatives aptes à transformer les menaces de la maladie en opportunités.

La suite répond donc aux attentes des résidents. Le projet d’aménagement s’est donc composé autour de la gamme suivante : deux cheminements linéaires, deux placettes. Une ballade sensorielle a été retenue. Elle fonctionnerait comme un parcours de senteurs dédié à la découverte olfactive. Par un passage au milieu de plantes annuelles et vivaces, les accueillis pourront découvrir diverses odeurs. J’ai pu proposer une partie de cette palette végétale. L’ouïe serait aussi stimulée simplement par des modules en verre coloré accrochés dans les arbres, attirant les oiseaux. Cosses de sarrasin, quartz, sable, co- quillages, galets de tailles et de couleurs différentes, marbre, grés, pouzzolane, schiste, ardoises, granit, écorces rouges et bambous ; des textures qui permettent notamment de stimuler l’attention sur l’action de marcher. On entre alors dans les objectifs de prévention de chute chez la personne accueillie. Le projet a aussi prévu la conception d‘une aire de repos, une sorte de chambre de verdure à caractère intimiste.

Photomontages d’intentions d’aménagement – Conception : Servane Hibon, Alzhéa

Photomontages d’intentions d’aménagement – Conception : Servane Hibon, Alzhéa

Photomontages d’intentions d’aménagement – Conception : Servane Hibon, Alzhéa

Photomontages d’intentions d’aménagement – Conception : Servane Hibon, Alzhéa

L’ensemble est aujourd’hui réalisé. Et la qualité de cet espace dépendra avant tout, bien-sûr, des manières dont les différents résidents se l’approprieront. Seul l’avenir donc pourra nous en dire quelque chose.

Ce projet m’a fait réaliser à quel point il était intéressant, en tant que paysagiste, de chercher à comprendre ce qui se passe dans le corps et entre le monde et le corps. D’ailleurs, l’architecture aussi fut, de tout temps et partout, vécue par l’intermédiaire d’un même médium qui est le corps. L’héritage de Le Corbusier en fait une référence. Et pourtant le corps lui-même n’a rien de standard. Non seulement il est tantôt grand, tantôt déformé ou autre. C’est ce que l’architecte Thomas Carpentier a soulevé récemment. Mais en plus les sensations diffèrent. Pour ma part, je crois donc que les projets de jardins de soin vont à l’encontre d’une certaine histoire de l’aménagement.

Et, en parallèle, on remarque qu’un marché autour de ce qui peut être des composants d’un jardin de soin se développe actuellement : circuits de psychomotricité, barres parallèles, divers mobiliers adaptés pour l’exercice physique. Le corps standard est oublié dans ces espaces. Mais qu’aurait-on gagné si l’ergonomie de ces espaces engendre le mimétisme ? C’est pour moi, qui suis sans expérience à long terme du terrain, le risque principal de ces installations. Je crois que le travail de créativité d’un paysagiste permet d’éviter cet écueil, même si des démarches spécifiques de concertation et d’appropriation doivent être mises en œuvre. Le projet de Jeanne Garnier me semble très réussi en ce sens. Il y règne une recherche d’une certaine harmonie végétal-minéral, cohabitation entre les plantes et les pierres du parcours de psychomotricité, entre les arbres et le mobilier en bois. Même si, une fois que l’ensemble des matériaux et des plantations sont en place, seuls les résidents et l’équipe soignante décident de leur devenir.

Je voudrais finir ce billet en évoquant le fait évident que, de plus en plus, la santé est un facteur majeur à prendre en compte pour l’aménagement de nos villes et de nos territoires. La société civile s’attend aussi à retrouver dans les décisions politiques la marque d’une préoccupation pour le bien‐ être social. Je pense que le paysage en est un signe majeur. Et que les jardins de soin comme celui de la maison médicale Jeanne Garnier sont donc porteurs de messages essentiels dans ce sens.

Le jardin est aujourd’hui visible, il est possible de s’y promener, l’espace étant ouvert au public à certains horaires. La maison médicale Jeanne Garnier est au 106, avenue Émile Zola dans le 15e arrondissement à  Paris.

Romain R.

Esquisse du plan d'aménagement - Conception : Servane Hibon, Alzhéa

Esquisse du plan d’aménagement – Conception : Servane Hibon, Alzhéa

L’hortithérapie américaine en l’an 2015

En janvier, je suis allée passer une matinée avec les fondateurs et les franchisés de Terramie. Ils m’avaient demandé de leur raconter ce qui se passait dans le domaine de l’hortithérapie aux Etats-Unis. En guise de préparation, j’avais « sondé » trois hortithérapeutes qui ont un peu de bouteille et des responsabilités, présentes ou passées, dans l’AHTA. J’en profite pour signaler que l’AHTA tiendra sa conférence annuelle les 9-10 octobre à Portland dans l’Oregon, un amour de ville où j’ai vécu pendant trois ans dans les années 1990. C’est à Portland qu’officie en particulier la célèbre Teresia Hazen. En keynote speaker, Roger Ulrich en personne ! C’est tentant, non ?

En introduction, j’ai rappelé et je rappelle ici les définitions de Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs, la première professeure émérite au département d’Architecture à l’Université de Berkeley et la seconde directrice et fondatrice du réseau Therapeutic Landscapes Network dans leur livre. D’une part, les « healing, therapeutic or restorative gardens » : des jardins où les participants peuvent « s’asseoir, marcher, regarder, écouter, méditer, faire une sieste, explorer ». D’autre part, les « enabling gardens » proposent des activités «dirigées par un hortithérapeute professionnel, un ergothérapeute, un kinésithérapeute ou d’autres professionnels apparentés en collaboration avec les autres membres du personnel soignant. »

Pour au moins deux raisons, je ne vais pas traduire les propos des trois interlocuteurs : je suis un peu pressée par le temps et un petit bain linguistique ne fera de mal à personne. Bien que j’aie indiqué leur localisation géographique pour les situer sur la carte, il est évident qu’ils ont tous une vision assez globale de la situation. Ils répondaient à plusieurs questions : quelle est l’étendue des programmes d’hortithérapie aux Etats-Unis aujourd’hui, qui conçoit ces jardins, comment sont-ils financés, quels sont les bénéfices constatés pour les participants ?

Où on se rend compte qu’il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour les « horticultural therapists » américains, mais qu’ils ne manquent pas d’enthousiasme et d’énergie!

Patty Cassidy dans l’Oregon

Patty Cassidy

Patty Cassidy

Patty Cassidy travaille justement à Portland et a été formée par Teresia Hazen. Elle a écrit le livre « Jardinage pour les seniors » traduit en français en 2014 et elle est très impliquée dans l’AHTA. Elle décrit son approche comme « Gardening for Wellness ».

Où en est-on en 2015 ? « Horticultural therapy is an growing and expanding profession in the US.  In general, the types of programs range from clinical (working in a health care environment and being part of an interdisciplinary team) to social programming and vocational.

Horticultural therapists (HTs) work with a very broad base of clients ranging from children to aging citizens, with veterans, prisoners, cancer patients–any population that requires a therapeutic intervention — HTs are trained and skilled to deliver therapy working with physical, occupational, or recreational therapists. Consider Art and music therapists — we have much in common in terms of the populations and issues we all work all with.

In America, to be a Registered HT, one must have a bachelor’s degree from a college or universities in horticulture or HT. Those who have degrees in other academic areas, must get a foundation in plant science and human science in addition to horticultural therapy coursework that is through an AHTA approved certificate program.  Plant science and human science courses may be taken at a college or university or as an online course.  Coursework may also be met through obtaining college credit for related work and/or life experience. A 480 hour internship supervised by an AHTA approved supervisor is a requirement as well. »

Sur la conception des jardins. « If there are gardens at sites, many have been created by the general landscape architects (LAs) but I would not call these gardens therapeutic or healing.  The gardens that have been intentionally planned to serve a particular population are often designed by skilled LAs who understand the necessary design features and plants for « therapy » gardens.  Often HTs are the professionals who care for these gardens after they are designed and planted. HTs use the gardens in their HT practice and teach the staff how to use the garden. »

Le financement. « Not sure but often foundations of hospitals and other health care organizations raise the money for these special gardens.  Lots of variety in funding source in America. »

John Murphy en Caroline du Nord

Le programme de John Murphy aux Bullington Gardens n’est pas né de la dernière pluie.

John Murphy plante un jardin potager, à partir de graines, avec des élèves de primaire.

John Murphy plante un jardin potager, à partir de graines, avec des élèves de primaire.

En mai 2013, voici ce que John m’avait écrit sur l’état des lieux. « Currently we have 486 members (as of mid May), of those 250 are registered HTs.  This does not really give an accurate reflection of the extent of HT though. There are many folks involved in HT who are not members of AHTA.   I’ve also been organizing a Carolinas HT Networking Group and I would say the majority of folks who attend that are not members.  I’m sure this is similar in other regional HT groups as well.  So it’s really hard to get a number that shows the scope of HT. »

En décembre 2014, il ajoutait ceci sur la prévalence de l’hortithérapie. « I don’t know of much hard data that exists to answer these questions.  In terms of populations, my feeling is that HT is more prevalent with seniors, and those with developmental disabilities close behind.  HT in the medical field has been lagging but I think it will increase due to the recent recognition in medical journals.  I believe many HT programs begin because a practitioner sells the idea to an institution rather than that institution initiating a program.   Or programs are done as a freelance service/business. I feel the number of HT programs is also increasing but since there is no required registry of those programs, it’s difficult to know.  Also it might be hard to say what are actually HT programs.  Does the retirement home with a vegetable garden for residents have a HT program?  I would say no, but there’s nothing that says a HT program should conform to these standards. ».

« The HT programs can also take many forms, not just in a garden.  The Rusk Institute which used to have a conservatory to conduct programs, now does most of its HT by bringing plant activities around to patients on a cart.  If they are gardens, they can range from professionally designed sites by landscape architects or ones designed and implemented by the HT.  I suspect many are just raised beds and containers. »

Bénéfices pour les participants. « As for research, while there are some studies done (many showing favorable results), HT probably lags very far behind other treatment modalities in terms of the number of studies published.  That has been a big theme over the last several AHTA conferences– we need to do more research.  It seems many published studies are done in Japan and Europe (bcp de recherche en Chine depuis quelques années). I hope this is helpful, but I think your questions really show that we have a long way to go to really get a handle on the HT profession in the US. »

Rebecca Haller dans le Colorado

Rebecca Haller (à droite) avec Anne Ribes lors d'une visite en France en 2012.

Rebecca Haller (à droite) avec Anne Ribes lors d’une visite en France en 2012.

Fondatrice du Horticultural Therapy Institute, Rebecca Haller donne ce bilan : « I believe that the types of programs and people served are pretty consistent with those listed in a study done by Jean Larson, published in 2010. They are elders and youth as well as people with: developmental disabilities, Alzheimer’s Disease or demential, psychiatric disorders, traumatic brain injuries, visual impairments, hearing impoairments, cancer, HIV/Aids, as well as veterans, victims of abuse, and people in corrections. (Full citation is: A Descriptive Study of the Training and Practice of American Horticultural Therapy Association Members, by Jean M Larson, Ph.D., Lija Greenseid,Ph.D., and Mary Hockenberry Meyer, Ph.D., Journal of Therapeutic Horticulture Vol. 20. 2010. pages 10-21.) »

Sur la conception des jardins. « Who designs is really varied. It depends somewhat upon the scope of the garden and the amount of hardscape.  I THINK the number of programs is expanding, but the membership at AHTA is not – so I have NO data to back up my idea. »

Le financement. « Again, no data, but anecdotally it seems that most are financed by private donations. »