Menaces sur le Bois Dormoy

Agathe : "On est très libres au Bois Dormoy."

Agathe : « On est très libres au Bois Dormoy. »

Grâce à Fabienne Peyron qui m’a mis la puce à l’oreille, je suis allée visiter le Bois Dormoy, un extraordinaire espace de nature en liberté dans le 18e arrondissement de Paris. Agathe, membre de l’association du Bois Dormoy comme son père et son grand-père, nous fait une visite commentée de cet espace menacé.

Pour en savoir plus sur le Bois Dormoy, découvrez son blog, sa page Facebook ou cet article du blog Action Barbès. Si vous avez envie d’aider à le sauver, signez sa pétition.

Demain soir (lundi 1er décembre), une causerie sur les jardins éphémères avec l’exemple du Bois Dormoy est organisée à 18h30 au 21, rue de Jessaint dans le 18e (contact@grainedejardins.fr, http://www.jardinons-ensemble.org).

Symposium Jardins et Santé 2014 : compte-rendu (1ere partie)

On revient sur le 4e symposium organisé par l’association Jardins et Santé et placé sous le thème « Pluridisciplinarité des approches thérapeutique et environnementale ».

Un énorme merci à Gwenaelle Jaouen qui a accepté de se charger de ce compte-rendu et a fait un merveilleux travail pour rendre toute la richesse des interventions. Le symposium, presque comme si vous y étiez. Elle commence avec les cinq premières communications faites en séance plénière de la première journée. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite.

L’arbre et l’historien

Le symposium s’est ouvert sur la communication de Alain Corbin (historien, professeur émérite de l’Université Paris I – Panthéon – Sorbonne) qui, dans son intervention « L’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours », a présenté par des exemples d’écrivains les impressions suscitées par l’arbre au fil des siècles.

Dans l’œuvre d’Hésiode « les Travaux et les Jours », l’ombre bienveillante de ce platane, protectrice, invite au repos. Douceur, lieu merveilleux évoqué dans « Dialogue de l’arbre » de Paul Valéry. Autant de comportements répondant à des sensations profondes. S’y délasser, y méditer, s’y cacher, s’y réfugier, y grimper, s’y confier.

Corbin soulève la question « L’arbre peut-il alors être thérapeutique ? ». Différents types de regard sont portés sur l’arbre. L’arbre porte en lui une écriture. Bien souvent il sidère par sa présence, sa massivité, sa splendeur, l’élégance de son mouvement, parce que de lui émane une impression de force, d’énergie. Mais aussi par son endurance organique, il conserve ses cicatrices et cela ne l’empêche pas de poursuivre sa croissance silencieuse.

L’arbre évoque des émotions fortes de l’enfance, il facilite la réminiscence. Un parfum odorant d’une haie de sureau est capable de provoquer un choc mémoriel.

Dans les « Fables » de La Fontaine l’arbre est un refuge.

L’arbre chante et parle depuis l’Antiquité.

Chateaubriand s’arrête sur la musique de l’arbre, les messages du vent dans les feuilles. Victor Hugo dans « Les Contemplations » espère profiter de ses messages pour apprendre de l’arbre, engager un dialogue avec lui. L’arbre devient un mentor. D’autres déclareront leur amour tel à une maîtresse ou embrasseront l’arbre pour bénéficier de sa force. Corbin conclut que tous ces exemples montrent bien que l’arbre agit sur le psychisme de l’Homme en rappelant le sentiment du temps qui passe, la naissance,…

« One world, one health »

Gilles Pipien (inspecteur général de l’environnement et du développement durable auprès du Ministère de l’Ecologie et du Développement durable) a ensuite proposé une communication sur « La place de la biodiversité dans notre système de santé ».

Pipien a indiqué qu’un rapport mondial est en cours de finalisation qui explore les liens entre santé et biodiversité. Il se place dans le concept récent « One world, one health » soit une santé pour tout le monde, faune comprise.

Il a précisé que tout récemment en France un premier colloque scientifique s’était tenu à Lyon le 27 et 28 octobre 2014 sous le titre de « Notre santé dépend-elle de la biodiversité ? »

Pipien a présenté le naufrage des antiobiotiques, « l’antibiorésistance » le nouveau défi dans les hôpitaux. Au départ, les maladies nosocomiales ont fait découvrir l’antibiorésistance dans les salles d’opérations, puis on a compris que l’usage immodéré (700 T/an en France) dans l’alimentation animale amenait des patients déjà porteurs de bactéries résistantes à l’hôpital; et aujourd’hui sont accusées les centaines de milliers de tonnes de biocides utilisés par tous, à commencer dans le nettoyage des établissements de soins, ainsi que les métaux lourds qui, dans les milieux naturels (sols, eaux, faune sauvage) provoquent des mutations moléculaires et des transmissions de l’antibiorésistance entre bactéries. La pollution des milieux naturels, la pollution du vivant nous reviennent vite, avec des conséquences graves et inquiétantes.

A l’inverse, l’effet dilution d’une riche biodiversité limite fortement la propagation et les mutations de pathogènes (comme on l’a montré le virus du West Nile, par exemple). Sans parler des effets sur l’état psychologique des populations.

Lors de diverses crises récentes, la méconnaissance du fonctionnement de la biodiversité a conduit à des erreurs, néfastes à l’objectif affiché de préservation de la santé des populations (cf la rage à partir de 1968, ou plus récemment la grippe aviaire).

Il est important de revenir au fonctionnement même de la biodiversité, à la compréhension de l’évolution du vivant, pour mieux préserver et gérer les milieux naturels dont l’humain dépend. L’enjeu n’est pas uniquement de protéger quelques espèces ou espaces, mais bien de porter attention au bon état écologique des milieux naturels, à leur bon fonctionnement à notre profit.

La voie d’action est de mieux comprendre pour mieux agir pour la santé en favorisant la synergie, l’interdisciplinarité entre les chercheurs et praticiens de mondes différents mais aussi des sociologues.

Les jardins hospitaliers du passé

Dans son intervention sur « Les Jardins hospitaliers comme agrément et outil thérapeutique », Pierre Louis Laget (Médecin, Chercheur, Service du patrimoine culturel. Conseil Régional Nord Pas de Calais) a permis de revenir sur le rôle que jouaient les jardins hospitaliers jusqu’au XVIIIe siècle, principalement pourvoyeurs en légumes et fruits frais pour la cuisine tout comme en plantes médicinales pour la pharmacie. Ceux parmi les édifices hospitaliers, en général les plus anciens, qui avaient été établis en centre urbain ne disposaient souvent pas de jardin. Si l’on se préoccupa à partir de là de les reconstruire en périphérie, ce n’était pas tant pour leur offrir plus d’espace que pour éloigner de la ville un établissement grand producteur de miasmes délétères au même titre que les cimetières. Cette relégation en périphérie résultait donc davantage de l’intention de préserver les citadins de la nocuité de l’hôpital que de celle de préserver les malades hospitalisés des diverses émanations urbaines, jugées pourtant foncièrement nuisibles à leur état. Dès cette époque, fut cependant émise l’idée que des lieux de promenade étaient indispensables aux convalescents et qu’ils participeraient à leur plus prompt rétablissement.

Après le grand incendie de l’hôtel-Dieu de Paris en décembre 1772, la notion d’hygiène devint centrale dans la construction de tout nouvel hôpital. L’étendue des cours et jardins constitua d’emblée un critère de salubrité et fut donc érigée en paramètre de l’équation qui permettait de concevoir un hôpital en fonction des exigences les plus sévères de l’hygiène. L’emprise des jardins correspondait  aux étendues de vide laissées entre les bâtiments comme s’il fallait offrir un espace de respiration à l’architecture.

Parallèlement à ce développement d’une hygiène dans les hôpitaux et hospices, étaient fondés, à partir de 1819, les premiers établissements pour l’accueil des malades mentaux appelés alors asiles d’aliénés. Sous la houlette des médecins aliénistes, ces asiles d’aliénés furent établis bien à l’écart des grands centres urbains, si possible dans un environnement campagnard. Deux sortes de considération présidèrent à cette apparente relégation : d’une part l’émergence de la notion de la nocuité de la ville, de la société et même de sa propre parentèle pour le malade mental, d’autre part celle du caractère bénéfique de la vision d’un paysage agreste pour son esprit dérangé. A ces notions vint s’adjoindre un peu plus tard, à l’instigation du premier inspecteur des asiles, Guillaume Ferrus, le concept de la thérapie mentale par le travail aux champs. Aussi les asiles se dotèrent-ils de domaines agricoles où jardins potagers et vergers étaient cultivés par des aliénés sélectionnés parmi ceux qui étaient réputés paisibles ou tout du moins inoffensifs. En plus de sa fonction thérapeutique, le travail des malades fournissait la cuisine en denrées dont elle avait besoin, abaissant parfois significativement le coût de fonctionnement de l’établissement.

Ce ne fut que fort tard, en plein XXe siècle qu’aussi bien le dogme aériste que la notion de l’effet bénéfique de la vie à la campagne sur la maladie mentale furent discréditées. La fonctionnalité et l’accessibilité des établissements devinrent les maîtres mots, et ainsi parcs et jardins hospitaliers disparurent graduellement, remplacés par de hideux parkings tandis que, par un retour de balancier, les hôpitaux trop éloignés des villes y étaient peu à peu rapatriés.

Médecine et architecture

La communication « Ville, urbanisme et santé : la place de la nature et du jardin », de Albert Levy (Architecte Urbaniste, Laboratoire Architecture-Ville-Urbanisme-Environnement, UMR-CNRS) a permis de montrer comment la nature, au sens large, a été mobilisée dans les différentes théories urbanistiques.

Tant que la médecine était impuissante à juguler les grandes épidémies de maladies infectieuses, elle a fait appel à l’environnement et à l’urbanisme: l’hygiénisme, né de cette situation, a permis des progrès certains en induisant une série d’expériences urbanistiques au XIXè et surtout au XXè avec l’urbanisme moderne qui a totalement reconfiguré l’espace de nos villes.

Aujourd’hui, suite à ses progrès considérables, la médecine s’est affranchie de l’urbanisme en s’orientant dans le tout biomédical, le tout curatif… La nature est opposée à l’Homme mais celui-ci l’utilise à sa guise, ce qui cause des problèmes de dégradations environnementales.

L’explosion des maladies chroniques, liées à la dégradation de notre environnement de vie, interpelle à nouveau la médecine sur sa capacité à traiter ces affections de longue durée (ALD) qui creusent chaque jour un peu plus le déficit de l’assurance-maladie. Une nouvelle relation (à construire) entre médecine (environnementale) et urbanisme (durable) semble nécessaire, mais avec la crise environnementale actuelle, un autre paradigme de la nature doit être défini et pris en compte.

Lévy évoque une ouverture sur des projets encore en gestation « zigo quartiers » (éco-quartiers) avec une ambition sociale allant vers plus de mixité. Le souci du verdissement de la ville pour répondre au problème d’îlot de chaleur urbain. L’émergence des jardins partagés dont l’origine était dans les asiles. Ces jardins ont des fonctions thérapeutiques, sociales, récréatives, alimentaires, urbaines.

 Un paysagiste témoigne pour le vivant à l’hôpital

Alain Richert (Paysagiste, professeur à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles) a ensuite partagé dans son entretien avec Servane Hibon (Paysagiste DPLG) « Jardin public, Santé publique », une réflexion critique sur le système actuel français de la santé publique et sur les jardins thérapeutiques et ses fonctions.

« La réflexion sur les jardins de santé fait appel à notre responsabilité collective face au regard que nous portons sur la maladie et sur la norme en général. Le jardin, véritable transition entre l’hôpital et la ville, se doit d’être au cœur d’un projet de société et c’est en ce sens qu’il revêt sa dimension publique », affirme A. Richert. Malheureusement force est de constater que plus on s’approche du milieu hospitalier, moins on trouve du vivant (l’exemple de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a été cité). La gestion des végétaux de manière générale est à revoir, il y a peu de respect de la plante, de son système racinaire lors de transplantation.

Quelles sont les fonctions du jardin dans ce contexte ? Le jardin prolongerait l’hôpital dans sa vocation première qui est celle de l’hospitalité, du prendre soin : un lieu d’accueil, où l’on se sent bien et reconnu dans sa globalité. Pour chaque individu qui vit une situation de crise, le jardin est une manière de se réinscrire dans la durée du vivant. Par le dépaysement et la stimulation du corps et de l’esprit, il invite à se recentrer. Le tissu social se reconstitue. Le jardin fait appel au plus intime de l’individu.

Le jardin, opportunité d’une reconquête individuelle de soi-même pour retrouver le goût et les capacités de vivre avec soi-même et en relation avec l’autre.

 

Symposium, premières impressions

Gwanaëlle Jaouen nous prépare un compte-rendu pour lundi prochain. En attendant et pour débriefer rapidement, voici quelques impressions à la volée. Environ 170 participants et une quarantaine d’intervenants répartis équitablement entre généralistes/théoriciens (historien, architecte, urbaniste, ingénieurs, plasticien), soignants (psychiatres, psychologues, animateur, pharmacien,…) et paysagistes. Beaucoup d’échanges dans les groupes et pendant les pauses, y compris une ébauche de fédération qui a pris forme dans l’une des tables rondes et a attiré plusieurs participants à discuter de démarches concrètes. Si ce symposium peut être le déclencheur d’un équivalent français de l’AHTA, ce serait un pas énorme. Bon courage à cette initiative dont on reparlera sans aucun doute.

Parmi les séances les plus remarquées, celle du Pr et du Dr Pringuey sur l’évaluation autour du Jardin de l’Armillaire en psychiatrie au CHU de Nice (ils ont détaillé leur méthode rigoureusement scientifique et promis de partager avec d’autres centres intéressés car la publication de résultats inter-centres est crucial à leurs yeux) et celle du philosophe Bernard Andrieu sur l’éveil et la conscience du corps vivant plongé dans son milieu.

Les grands thèmes tournent autour de la formation, de la conception obligatoirement en concertation avec une équipe pluridisciplinaire, de la reconnaissance de la pratique et de l’évaluation nécessaire pour cette reconnaissance. On a bien senti que le dialogue n’est pas toujours facile entre les soignants et les paysagistes, mais aussi entre praticiens qui n’ont pas nécessairement la même approche (est-il pertinent ou distracteur d’ajouter des oeuvres d’art au jardin, par exemple). En tout cas, pour l’observatrice que je suis, il serait temps de dépasser les querelles de clocher (et peut-être d’égos) pour avancer constructivement. Certes l’histoire de l’AHTA nous apprend que les hortithérapeutes américains ont dû, eux aussi, dépasser les clivages d’écoles pour s’unir autour d’un concept partagé par tous : la croyance commune de la connexion entre les plantes et les hommes.

Il ne s’agit pas d’imposer une pensée unique dans le jardin de soin, mais bien de faire avancer les choses par des voies parfois différentes, mais dans l’objectif commun d’aider des gens qui ne vont pas bien. Toute volonté d’imposer un seul point de vue sera contre-productif.

Portrait de Martine Brulé dans Le Lien Horticole

Martine Brulé avec un patient dans le jardin de l’Armillaire (unité de psychiatrie adulte de l’hôpital Pasteur - CHU de Nice)

Martine Brulé avec un patient dans le jardin de l’Armillaire (unité de psychiatrie adulte de l’hôpital Pasteur – CHU de Nice)

C’est un festival Martine Brulé en ce moment. Après son compte-rendu sur la conférence de l’AHTA la semaine dernière, elle est de retour sur Le bonheur est dans le jardin à travers un portrait consacré à cette pionnière de l’hortithérapie en France. Portrait publié dans Le Lien Horticole, l’hebdo des professionnels de l’horticulture ornementale, fin octobre. Pour lire l’article, cliquez sur le lien : Le Lien Horticole 22 octobre 2014.

La semaine prochaine, c’est le branle-bas de combat : la communauté française des jardins de soin, des jardins à but thérapeutique et de l’hortithérapie (choisissez votre expression) se réunit au symposium Jardins & Santé. Ca se passe les 17 et 18 novembre à Paris. En guise de billet, j’espère faire lundi prochain un compte-rendu à chaud de la première journée (voir le programme). J’ai hâte de retrouver Martine Brulé, Dominique Marboeuf, Anne et Jean-Paul Ribes, Paule Lebay, Stéphane Lanel, Denis Richard, Sébastien Guéret et bien d’autres. Mais aussi de rencontrer des personnes avec qui je n’ai échangé que par téléphone comme Carole Nahon et France Pringuey. Et bien d’autres que je ne connais pas encore. La perspective de se retrouver entre gens animés par la même passion est extrêmement vivifiante.

Conférence AHTA 2014 : Martine Brulé raconte

On ne présente plus Martine Brulé. Au sein de Viv’Harmonie, elle pratique l’hortithérapie depuis plus de 10 ans. Membre de longue date de l’AHTA (American Horticultural Therpay Association), elle s’est rendue à la conférence annuelle et nous fait le plaisir de partager son expérience. Pour une courte description de chaque présentation, je vous renvoie également sur le site de l’AHTA. Merci beaucoup à MartineAHTA. Et maintenant je lui laisse la parole…

« La conférence annuelle d’AHTA, l’Association Américaine d’Hortithérapie, a eu lieu les 11 et 12 octobre 2014 à Philadelphie ainsi qu’une journée pré-conférence qui a permis aux participants de visiter des établissements de santé offrant un programme d’hortithérapie :

  • Un centre de réhabilitation
  • Un centre pour personnes handicapées mentales
  • Un centre pour personnes handicapées moteurs
  • Le centre d’horticulture à Fairmount Park qui accueille des personnes en réinsertion

Des visites particulièrement intéressantes qui nous ont permis d’avoir un aperçu sur le contenu des différents programmes proposés et des espaces adaptés mis à disposition des patients.

Une conférence sur le thème de la pratique et de la recherche

GROWING OUR FUTURE – Practice and Research

Une conférence de grande qualité de par les intervenants et le contenu de leurs sessions. Un grand nombre de participants : 175 participants venant de nombreux états des US et également de l’international : Suède, Danemark, Japon, Taïwan, Bermudes et France.

La qualité et aussi le caractère d’ouverture et de simplicité aussi bien de la part des organisateurs, des intervenants que des participants ont facilité les échanges amicaux et fraternels qui donnent à ces rencontres une dimension d’exception.

MaryAnne McMillan, HTR, Présidente d’AHTA a d’abord introduit le Dr Stephen R. Kellert, connu pour ses nombreux ouvrages et recherches sur les thèmes de l’homme et la nature : « Le rôle de la nature dans la santé, productivité et bien-être » Les principes de la Biophilie.

Des intervenants d’horizons divers : hortithérapeutes, docteurs en médecine, professeurs d’université, paysagistes, designers ont présenté, dans les diverses sessions qui se sont déroulées sur ces deux journées, leurs travaux, recherches et expériences.

Des présentations qui reflètent le développement, l’intérêt et la reconnaissance croissante des bienfaits de l’hortithérapie qui va bien au-delà, de « thérapie par l’horticulture », mais principalement de l’influence de la nature sur l’homme et de l’homme sur la nature. Deux entités qui ne font qu’UN.

Des actions développées auprès de groupes de personnes  atteintes de différentes pathologies, maladies et troubles divers dans les domaines de la psychiatrie, gériatrie. Un programme avec des enfants et adolescents en difficulté (une expérience internationale menée à Hawaï), des programmes également auprès de prisonniers dans des centres pénitenciers.

Les intervenants ont présenté leurs actions, toutes basées sur des programmes spécifiques liées aux techniques de l’hortithérapie. Des programmes à long terme, pour la plupart encadrés par des professionnels, hortithérapeutes et docteurs en médecine.

Le Dr Kenshi Nishino nous a parlé de sa pratique de l’hortithérapie auprès de ses patients âgés et des recherches qu’il développe dans ce domaine, dans son hôpital au Japon où il travaille avec son équipe de jeunes médecins.

La richesse des thèmes abordés, le professionnalisme et la dimension de recherche apportée par la majorité des intervenants ont fait l’évènement et la particularité de cette conférence.

« AHTA is GROWING ». AHTA grandit grâce à l’efficacité de ses dirigeants, à la diversité des actions mises en œuvre de la part des membres du bureau, à la croissance du nombre de membres participant qui viennent apporter leur soutien et leurs expériences professionnelles.

J’ai eu grand plaisir à retrouver Teresia HAZEN qui avait répondu à mon invitation pour visiter l’hôpital Bretonneau et rencontrer les responsables du pôle gériatrie en 2010.

Martine, Teresia Hazen et Douglas Airhart

Martine, Teresia Hazen et Douglas Airhart

Teresia Hazen a un rôle majeur dans le développement d’AHTA. Hortithérapeute et coordinatrice à Legacy Health Hospital à Portland – Oregon depuis quinze ans. Elle supervise de nombreux programmes. Teresia a reçu de nombreuses récompenses et reconnaissance pour son travail remarquable dans le domaine de l’hortithérapie. Elle est un défenseur infatigable de l’incorporation des plantes, des jardins et de la nature dans les établissements de santé. Elle dispense, tout au long de l’année des cours et séminaires aux États-Unis et sur invitation au Japon. (Elle a également contribué à l’ouvrage Therapeutic Landscapes de Clare Cooper Marcus et Noami Sachs, NDRL)

Martine Brulé et Patty Cassidy

Martine Brulé et Patty Cassidy

Une belle ascension pour Patty Cassidy, Hortithérapeute , membre du bureau d’AHTA et présidente du Friends of Portland Memory Garden. Patty est l’auteur de « Gardening for Seniors », maintenant traduit en français. Dans le cadre de la conférence, elle a animé la session « communities of care » où elle a invité les participants à réfléchir sur les moyens de collaborer efficacement et d’échanger les informations sur les actions professionnelles de chacun. Gerrie H. Schmidt, membre du bureau a pris en charge le dispositif et a ouvert l’invitation également aux participants étrangers dont je fais partie.

Un projet de collaboration avec la France est en route, nous en reparlerons… »

Un outil de recherche + un outil d’échange

Capture d’écran 2014-10-19 à 22.01.37Je n’avais pas prévenu que les vacances arrivaient. Comme je n’ai pas envie de vous laisser le bec dans l’eau, voici un billet express pour vous parler d’un outil qui peut vous aider si vous voulez concevoir un projet de jardins de soin et que vous cherchez des études pour vous informer et pour « vendre » l’idée à votre établissement, par exemple. Il s’agit de Google Scholar qui vous permettra de trouver des thèses, des articles scientifiques, des études. Un puits d’informations.

Comme ces études anglais : « Effects of Horticultural Therapy on Mood and Heart Rate in Patients Participating in an Inpatient Cardiopulmonary Rehabilitation Program », un article signé entre autres par Matthew Wichrowski. Dans le premier cas, vous avez accès au texte entier. Dans le deuxième, vous lisez le résumé et devez payer pour avoir accès à la suite. Ce ne sont que deux exemples pris au hasard : lancez-vous à la recherche de l’article qui vous aidera à avancer sur votre projet.

Allez, une dernière étude pour la route : « What Is the Impact of Using Outdoor Spaces Such as Gardens on the Physical and Mental Well-Being of Those With Dementia? A Systematic Review of Quantitative and Qualitative Evidence ». Celle-ci ne sort pas de Google Scholar, mais du groupe Facebook Jardins de soin où Jean-Paul Ribes y a fait allusion. Ce groupe est une autre excellente source d’information. Pour vous y abonner, allez faire un tour sur le groupe.

Bonnes découvertes, bonnes vacances et à dans 15 jours.

« En travaillant dans le jardin, les prisonniers reprenaient espoir »

Jay Rice est un psychologue américain que j’ai rencontré pendant une formation du Horticultural Therapy Institute en 2012. Depuis plusieurs années, il intervient régulièrement aux côtés de Rebecca Haller, la fondatrice du HTI. Car pour sa dissertation en psychologie dans les années 1990, Jay a travaillé dans un jardin bio géré par la prison du comté de San Francisco pour des prisonniers dépendants de substances chimiques. Une expérience de jeunesse qui a laissé des marques profondes dans sa pratique de psychologue.

La semaine dernière, Jay était de passage à Paris et nous avons pu passer un peu de temps ensemble sur les bords de la Seine. Dans ces quatre vidéos, il nous raconte ce qu’il a découvert dans son expérience avec les prisonniers sous dépendance, comment il s’inspire de la nature pour aider ses patients et quelle est sa contribution aux formations du Horticultural Therapy Institute. En VO.

Moins de dépression, plus d’espoir

En résumé, Jay explique que pour des gens traumatisés très tôt dans la vie, comme l’étaient nombre de ces prisonniers, il est important de vivre une expérience où ils peuvent se former une image positive d’eux-mêmes. Dans la 2e vidéo, il affirme que son étude a montré que les participants quittaient la prison avec moins de problèmes : moins de dépression, moins d’anxiété. Et une voie pour le futur : plus d’espoir dans leur vie débouchant sur une envie de commencer un traitement.

 

Un psychologue enrichi par l’approche de la nature

Comme le raconte Jay dans cette vidéo, il utilise les cycles naturels de croissance pour aider les gens à envisager leur vie. Pour lui, la nature est un miroir qui nous explique où nous en sommes dans notre croissance. Comme un arbre qui semble mort en hiver, mais dont les racines travaillent sous la surface…

 

La formation des futurs hortithérapeutes

Jay veut que ces futurs soignants réfléchissent à la qualité de la relation avec les plantes. Pour lui simplement utiliser les plantes comme des outils pour aider les gens n’est pas suffisant. « Les plantes sont des êtres vivants qui cultivent les humains autant que les humains les cultivent….Les plantes ont leur propre enseignement à nous apporter sur le cycle de la vie…Quand nous pensons à notre vie en tant que cycle, les plantes peuvent nous apprendre comment vivre notre vie. »

Des patients hors les murs à Port-Royal des Champs

(My bad, comme disent les Américains. J’ai oublié d’appuyer sur le bouton Publier – IB)

Par Nicole Brès Laprade, bloggeuse (ré)invitée (Vous pouvez joindre Nicole à  natureenvilletherapie (at) gmail.com).

Fin septembre avait lieu le dernier atelier de la saison pour un groupe de patients de l’institut de santé mentale Marcel Rivière dans le cadre exceptionnel de Port-Royal des Champs. J’ai eu la chance d’être sur place au titre d’observatrice pour votre blog préféré qui avait déjà visité ce lieu magique il y a quelques mois.

Arrivée en vélo...

Arrivée en vélo…

Mise en place voici 10 ans, cette journée au vert est chapeautée par Mme Colas, kinésithérapeute à l’institut. Elle commence par 45 mn de vélo pour se rendre sur le site des Granges. Belle introduction à travers bois et champs pour cette activité hors les murs. Ce jour-là, le groupe de six patients arrivent à 10h45 accompagnés par deux sociothérapeutes, un psychomotricien et un stagiaire. Tous posent les vélos et se réunissent dans le local de l’association « Les Amis du Dehors ». Chaque mardi, jour de fermeture au public, de mi-mai à fin septembre, plusieurs membres sont là pour encadrer l’activité jardinage et les temps ensemble autour de la grande table du local : collation en arrivant, repas de midi et, avant de repartir, thé à la menthe du jardin.

Ce mardi, la matinée se passe dans le musée national de Port-Royal des Champs pour la visite de l’exposition d’une partie des œuvres de la collection de Bernard Dorival, ancien directeur du musée. Monsieur Philippe Luez, directeur du GIP-C et du musée, commente pour le groupe les œuvres accrochées. Pour chacun, ce fut un temps de découverte, de réflexion et de partage oral devant ces tableaux « de Champaigne à Zao Wou-Ki ».

Après le déjeuner.

Après le déjeuner.

Le déjeuner est préparé avec ce qu’apporte le groupe et ce que rajoutent Les Amis du Dehors. « C’est tellement meilleur qu’à l’institut », me diront deux patients. Un moment très convivial où l’on parle de ce que l’on a fait et va faire au jardin (cette semaine ce sera de ramasser les dernières quetsches). Quelques-uns font la vaisselle et mettent les torchons à sécher au soleil, pendant que d’autres parlent avec les accompagnateurs, en confiance dans ce cadre hors les murs.

La permanence du jardin

Au travail

Au travail

Puis vient le temps au jardin : S. me propose de me faire visiter « leur jardin », fier du travail accompli par tous ceux qui sont venus, depuis quelques semaines comme lui ou depuis plusieurs années. Ce jardin clos, dessiné avec l’aide de Sylvain Hilaire (responsable du centre de ressources documentaires et d’interpretation du musée national de Port-Royal des Champs), est d’inspiration médiévale pour coller avec le site comme les autres jardins qui entourent les bâtiments de l’ancienne ferme de l’abbaye de Port Royal des champs . La connaissance de l’imposante histoire du lieu et le travail de la terre semblent ancrer les patients à la vie qui les entoure. Etre au jardin ici donne une permanence.

Ce lieu est imposant de par son histoire et de par sa survie grâce à l’intervention passionnée des jardiniers bénévoles et des associations qui y entretiennent les différentes parcelles du parc, reliant les jardiniers d’aujourd’hui aux ancêtres jansénistes qui ont foulé le même sol qu’eux. Pour ma part, j’ai senti une certaine protection de la nature et beaucoup d’énergie positive. Est-ce cela qui fait revenir les patients de l’institut Marcel Rivière depuis 10ans ? Ils se sont ressourcé ici et sont repartié en vélo contents de ces heures passées sur le site et, ce jour-là, lestés de quelques kilos de prunes.

Vue du jardin de soin

Vue du jardin de soin

2014-09 atelier jardin-patients de l'h. Maurice Rivière (7)

Au jardin

Au jardin

« De quelle formation avons-nous besoin ? »

Jean-Paul Ribes avec Rebecca Haller (fondatrice du Horticultural Therapy Institute).

Jean-Paul Ribes avec Rebecca Haller (fondatrice du Horticultural Therapy Institute).

Du 1er au 3 octobre, aura lieu à Chaumont la 5e édition de la formation « Jardins de soins » dirigée par Anne et Jean-Paul Ribes. Depuis 2012, cette formation fait salle comble. Elle est un bon début, mais il y a encore tant à faire. Suite à un échange de messages, Jean-Paul Ribes m’a donné l’autorisation de reprendre ses propos sur la formation. Il rappelle que, dès 2006, dans l’ouvrage signé par Anne Ribes (Toucher la terre), étaient énoncées des propositions pour une formation universitaire en vue d’un brevet d’animateur en hortithérapie, préfiguration d’un diplôme de cadre de santé. Avec 5 modules principaux échelonnés sur deux années d’études.

« -Santé, notions de bases sur :

  • le vieillissement
  • éléments de neurologie (physiologie du cerveau, vie, mort et renaissance des neurones,)
  • les pathologies concernées (pathologies cognitives acquises, dégénératives ou post traumatiques)
  • psychologie
  • facteurs environnementaux
  • secourisme et premiers soins
  • le fonctionnement du milieu hospitalier

-Horticulture

  • Botanique, histoire et reconnaissance des végétaux
  • préservation des cultures, la culture biologique
  • biologie végétale
  • pédologie

-Paysage /espaces verts

  • histoire des jardins
  • architecture et aménagement de l’espace
  • dessin
  • initiation photo, film, excel, word, autocard, indesign etc …

-Droit et gestion

  • le droit des malades et des personnes sous tutelles,
  • les principaux organismes de gestion de la santé publique,
  • les sources de financement,
  • l’établissement d’un devis,
  • la gestion d’un budget

-Hortithérapie

  • rapports entre les différentes pathologie et le cojardinage adapté
  • la mise en place d’une activité, espace et atelier
  • connaissance des expériences en France et à l’étranger

Ces modules seraient complétés par de périodes de stages, réalisés dans des jardins pilotes en institutions, entreprises horticoles ou d’aménagement d’espaces vert. Ils seront complétés par la rédaction d’un mémoire thématique, soumis à un jury de fin d’études. Des équivalences seront prévues, en fonction de l’expérience professionnelle. »

(extrait de « Toucher la terre, jardiner avec ceux qui souffrent» éditions Médicis)

Voici quelque temps donc, Jean-Paul ajoutait ceci sur le sujet de la formation qui lui tient tant à cœur.  « Pour revenir brièvement sur notre conversation concernant la formation,  je suis persuadé que  d’ici quelques années, nous aurons des certificats validant une spécialisation dans la conception et l’animation de jardins de soin, car l’une ne va pas sans l’autre. Nous consacrons pour le moment tous nos efforts à la formation courte et parfois « in situ » de personnes capables de développer ou améliorer des projets. La tâche est énorme ! Mais déjà plus d’une centaine de personnes sont reparties en nous disant qu’elles avaient les idées plus claires et une plus grande détermination dans leur engagement !

Pour une formation plus longue et aboutissant à un diplôme qualifiant, je pense, comme Jocelyne Escudero, qu’on ne peut se limiter à un survol axé sur la seule conception architecturale sans suite qui relève plus de l’aménagement d’espaces verts, enseigné à l’Ecole du Paysage, que des besoins de jardins d’activité dans les institutions d’accueil médicalisées.

Pour cela un programme sur plusieurs trimestres devrait être mis en place, consacrant du temps aux dernières découvertes en matière de neurosciences (comment nos neurones réagissent à la lumière, aux végétaux, aux rythmes naturels, circadiens ou saisonniers etc…). Ces connaissances même ultra simplifiées ouvrent des pistes de compréhension, permettent d’éviter des erreurs graves et  finalement de donner une véritable efficacité à nos efforts.

Il faudrait ensuite approfondir  notre approche de la prise en charge de pathologies spécifiques : autisme, psychoses, troubles cognitifs et comportementaux dus à l’âge, handicaps dus à des lésions cérébrales post traumatiques, addictions etc..

Enfin, ces connaissances étant acquises, on peut aborder la question de la conception du jardin, les différents aspects esthétiques ou techniques  dans la perspective de la quatrième et non la moindre transmission : comment animer de tels espaces de façon pérenne ?

Entre temps, bien sûr une découverte de la botanique (connaissance des végétaux) et de la pratique du jardinage (permaculture, équilibres saisonniers) aura requis un temps de formation. C’est un peu la ligne de travail qui nous inspire, en très bon partenariat avec Hervé Bertrix et le Centre de formation de Chaumont et la création d’un « deuxième niveau » qui débutera au Printemps prochain.

Ce qui est très encourageant, c’est de voir plusieurs de nos anciens stagiaires poursuivre avec rigueur et obstination  leur trajectoire, Paule, le très beau projet d’Anne Babin, Stéphane évidemment et quelques autres que nous « suivons » amicalement. Les facilités matérielles offertes par Truffaut nous sont d’une grande aide, car elles valident notre  « Yes we can ! » ».

Une séance de formation du Horticultural Therapy Institute en 2011 en Californie.

Une séance de formation du Horticultural Therapy Institute en 2011 en Californie.

Lecteurs et lectrices du Bonheur est dans le jardin, que pensez-vous de ce programme ? De mon côté, je le trouve très en adéquation avec ce qui pratique aux Etats-Unis, en tous cas au Horticultural Therapy Institute que je connais le mieux. Jusqu’au stage et au mémoire final. J’aimerais vraiment que vous partagiez votre avis sur ce sujet : quelles formations, quels diplômes, quelles actions pour faire avancer les choses concrètement ?

A Daumezon, un jardin partagé de soins

Les animateurs du projet dont Anne Babin (à gauche en tablier vert et Laurent Chéreau (devant avec le bob).

Les animateurs du projet dont Anne Babin (à gauche en tablier vert) et Laurent Chéreau (devant avec le bob).

En octobre 2012, plusieurs animateurs du Centre Hospitalier Départemental Georges Daumezon à Fleury-les-Aubrais (Loiret) se retrouvent à Chaumont-sur-Loire pour la toute première formation sur les jardins de soin. Situé près d’Orléans, le CHD Daumezon est responsable de l’organisation de la prise en charge des maladies mentales en psychiatrie générale (adultes) et en psychiatrie infanto-juvénile (enfants-adolescents). « On venait pour nos jardins », raconte Anne Babin qui dispose d’une serre pour jardiner tous les jours avec les patients dans le cadre d’un atelier floriculture et Laurent Chéreau qui utilise plus modestement deux petits bacs. Mais la formation va faire germer une idée plus ambitieuse encore, une idée qui a maintenant pris forme et qui a fait l’objet d’une inauguration officielle la semaine dernière.

On décape le gazon pour la créer des parcelles de 2 x 5m.

On décape le gazon pour la créer des parcelles de 2 x 5m.

Car ensemble, ils ont imaginé créer d’un jardin partagé de soin. Il faut dire que le terrain est fertile. « On considère le jardin comme une activité thérapeutique avec du temps dédié. Tout le monde, la direction des soins, les cadres, les chefs de pôle, pensent ainsi », expliquent Anne et Laurent. Avec le feu vert de la direction, les porteurs du projet lancent un sondage en ligne auprès des équipes médicales, soignantes, administratives et logistiques. « Etes-vous intéressé pour faire vivre une parcelle dans un futur jardin de soin et/ou jardin partagé ? » Plusieurs unités répondent avec enthousiasme et le responsable des espaces verts s’engage dès le départ dans le projet. « On a tout fait en régie, nous avons beaucoup de ressources en matériaux, en engins, en hommes », énumère Laurent. Un emplacement est choisi, le square Jamin, situé assez centralement vers l’entrée de l’hôpital. Il ne nécessite pas beaucoup de travaux : il est déjà clôturé, un chemin adapté aux fauteuils roulants existe (le square était déjà utilisé par l’unité pour personnes âgées dont Laurent est l’animateur).

Un lieu de rencontre, un lieu de vie

Comme l’écrivent les initiateurs du projet de jardin partagé de soins dans un document qui explique leur démarche, « Notre objectif est à la fois modeste et ambitieux : Nous souhaiterions faire vivre un lieu de rencontre qui puisse se partager autour du jardinage, du jeu, de la promenade, de la rêverie, de la gourmandise aussi… ». Moins de deux ans plus tard, le jardin partagé est une réalité. « Les 7 parcelles ont été attribuées et sont investies au fur et à mesure. C’est difficile de libérer du temps avec les manques d’effectifs. Les soignants doivent être moteurs. Mais maintenant, il y a une vie. Des personnes viennent se reposer, des familles viennent avec les patients et ils jardinent ensemble », s’enthousiasment Anne et Laurent. Le lieu est ouvert à tous de 8h00 à 22h00. « C’est un lieu respecté. Les outils ne bougent pas. Le jardin est clôturé, mais les portillons ne sont pas fermés. » Le jardin suscite même des vocations et une certaine envie : certains dans l’administration ont aussi exprimé l’envie d’avoir une parcelle.

Capture d’écran 2014-09-16 à 14.39.11Une Charte du jardin partagé de soins de l’hôpital Georges Daumezon a été élaborée. Chaque unité participante a par ailleurs ses propres objectifs. Une unité d’hospitalisation, qui pratiquait déjà un atelier thérapeutique sur le thème du jardinage, poursuit plusieurs buts : permettre une autonomie aux patients, créer des liens et des échanges entre structures afin de profiter de l’expérience de chacun, permettre de se ressourcer à travers une activité relaxante et valorisante, développer la créativité des patients et la capacité d’échanger avec un groupe, etc…Pour les personnes en séjour au Centre d’Accueil pour Personnes Agées où Laurent est animateur, il s’agit de faire réapparaitre des motivations pour des activités individuelles et collectives, de renforcer l’estime de soi, de prendre des initiatives. Les autres responsables de parcelles comprennent entre autres la crèche de l’établissement (vive les liens entre les générations), un CMP Enfants Unité fonctionnelle et une résidence thérapeutique (atelier de floriculture).

Des objectifs thérapeutiques multiples

Une autre parcelleLes patients de l’atelier floriculture d’Anne justement, forts de leur expérience, donnent des petites formations sur les semis, le repiquage, le bouturage ou les bouquets. Une merveilleuse façon de valoriser leurs connaissances et de créer des liens entre différents patients au sein de l’établissement. L’objectif est aussi de s’ouvrir sur l’extérieur. « On va se rapprocher d’associations de jardins ouvriers du quartier pour ajouter de la vie, échanger des plantes », promet Anne. Elle regrette que le poste évaluation n’ait pas été financé même si chaque unité évalue ses patients (taux de fréquentation, bienfaits de la thérapie en termes d’ouverture à l’autre ou encore de sommeil).

Pour le comité de pilotage qui travaille depuis deux ans sur ce projet, l’inauguration vendredi dernier a marqué une reconnaissance et une officialisation. Grâce à ce jardin, on parlera désormais de l’hôpital autrement…