« De quelle formation avons-nous besoin ? »

Jean-Paul Ribes avec Rebecca Haller (fondatrice du Horticultural Therapy Institute).

Jean-Paul Ribes avec Rebecca Haller (fondatrice du Horticultural Therapy Institute).

Du 1er au 3 octobre, aura lieu à Chaumont la 5e édition de la formation « Jardins de soins » dirigée par Anne et Jean-Paul Ribes. Depuis 2012, cette formation fait salle comble. Elle est un bon début, mais il y a encore tant à faire. Suite à un échange de messages, Jean-Paul Ribes m’a donné l’autorisation de reprendre ses propos sur la formation. Il rappelle que, dès 2006, dans l’ouvrage signé par Anne Ribes (Toucher la terre), étaient énoncées des propositions pour une formation universitaire en vue d’un brevet d’animateur en hortithérapie, préfiguration d’un diplôme de cadre de santé. Avec 5 modules principaux échelonnés sur deux années d’études.

« -Santé, notions de bases sur :

  • le vieillissement
  • éléments de neurologie (physiologie du cerveau, vie, mort et renaissance des neurones,)
  • les pathologies concernées (pathologies cognitives acquises, dégénératives ou post traumatiques)
  • psychologie
  • facteurs environnementaux
  • secourisme et premiers soins
  • le fonctionnement du milieu hospitalier

-Horticulture

  • Botanique, histoire et reconnaissance des végétaux
  • préservation des cultures, la culture biologique
  • biologie végétale
  • pédologie

-Paysage /espaces verts

  • histoire des jardins
  • architecture et aménagement de l’espace
  • dessin
  • initiation photo, film, excel, word, autocard, indesign etc …

-Droit et gestion

  • le droit des malades et des personnes sous tutelles,
  • les principaux organismes de gestion de la santé publique,
  • les sources de financement,
  • l’établissement d’un devis,
  • la gestion d’un budget

-Hortithérapie

  • rapports entre les différentes pathologie et le cojardinage adapté
  • la mise en place d’une activité, espace et atelier
  • connaissance des expériences en France et à l’étranger

Ces modules seraient complétés par de périodes de stages, réalisés dans des jardins pilotes en institutions, entreprises horticoles ou d’aménagement d’espaces vert. Ils seront complétés par la rédaction d’un mémoire thématique, soumis à un jury de fin d’études. Des équivalences seront prévues, en fonction de l’expérience professionnelle. »

(extrait de « Toucher la terre, jardiner avec ceux qui souffrent» éditions Médicis)

Voici quelque temps donc, Jean-Paul ajoutait ceci sur le sujet de la formation qui lui tient tant à cœur.  « Pour revenir brièvement sur notre conversation concernant la formation,  je suis persuadé que  d’ici quelques années, nous aurons des certificats validant une spécialisation dans la conception et l’animation de jardins de soin, car l’une ne va pas sans l’autre. Nous consacrons pour le moment tous nos efforts à la formation courte et parfois « in situ » de personnes capables de développer ou améliorer des projets. La tâche est énorme ! Mais déjà plus d’une centaine de personnes sont reparties en nous disant qu’elles avaient les idées plus claires et une plus grande détermination dans leur engagement !

Pour une formation plus longue et aboutissant à un diplôme qualifiant, je pense, comme Jocelyne Escudero, qu’on ne peut se limiter à un survol axé sur la seule conception architecturale sans suite qui relève plus de l’aménagement d’espaces verts, enseigné à l’Ecole du Paysage, que des besoins de jardins d’activité dans les institutions d’accueil médicalisées.

Pour cela un programme sur plusieurs trimestres devrait être mis en place, consacrant du temps aux dernières découvertes en matière de neurosciences (comment nos neurones réagissent à la lumière, aux végétaux, aux rythmes naturels, circadiens ou saisonniers etc…). Ces connaissances même ultra simplifiées ouvrent des pistes de compréhension, permettent d’éviter des erreurs graves et  finalement de donner une véritable efficacité à nos efforts.

Il faudrait ensuite approfondir  notre approche de la prise en charge de pathologies spécifiques : autisme, psychoses, troubles cognitifs et comportementaux dus à l’âge, handicaps dus à des lésions cérébrales post traumatiques, addictions etc..

Enfin, ces connaissances étant acquises, on peut aborder la question de la conception du jardin, les différents aspects esthétiques ou techniques  dans la perspective de la quatrième et non la moindre transmission : comment animer de tels espaces de façon pérenne ?

Entre temps, bien sûr une découverte de la botanique (connaissance des végétaux) et de la pratique du jardinage (permaculture, équilibres saisonniers) aura requis un temps de formation. C’est un peu la ligne de travail qui nous inspire, en très bon partenariat avec Hervé Bertrix et le Centre de formation de Chaumont et la création d’un « deuxième niveau » qui débutera au Printemps prochain.

Ce qui est très encourageant, c’est de voir plusieurs de nos anciens stagiaires poursuivre avec rigueur et obstination  leur trajectoire, Paule, le très beau projet d’Anne Babin, Stéphane évidemment et quelques autres que nous « suivons » amicalement. Les facilités matérielles offertes par Truffaut nous sont d’une grande aide, car elles valident notre  « Yes we can ! » ».

Une séance de formation du Horticultural Therapy Institute en 2011 en Californie.

Une séance de formation du Horticultural Therapy Institute en 2011 en Californie.

Lecteurs et lectrices du Bonheur est dans le jardin, que pensez-vous de ce programme ? De mon côté, je le trouve très en adéquation avec ce qui pratique aux Etats-Unis, en tous cas au Horticultural Therapy Institute que je connais le mieux. Jusqu’au stage et au mémoire final. J’aimerais vraiment que vous partagiez votre avis sur ce sujet : quelles formations, quels diplômes, quelles actions pour faire avancer les choses concrètement ?

8 réflexions au sujet de « « De quelle formation avons-nous besoin ? » »

  1. Je valide bien entendu. Ferai tout ce que je peux pour aider à ce qu’un jour ce type de formation voit le jour, si je le peux et surtout si on me le demande. Maintenant pour revenir à mon cas qui peut très certainement correspondre à plusieurs qui auraient le souhait de se former. Comment se former lorsqu’on a déjà un job ? Notre employeur peut refuser d’inscrire ce type de formation dans son plan de formation justement. Une formation longue n’est pas facile à conjuguer avec la vie de famille si elle n’est pas proche de notre domicile… Si la formation n’est pas financée par notre employeur comment se la financer ?
    Après, ne peut on pas envisager des cours par correspondance avec une bibliographie complète… ponctuée de période courte (1 semaine) réunis (profs et élèves) de temps en temps et enfin des lieux de stages ou tout du moins de pratique en intra dans des hôpitaux, EHPAD, centre de soins… ? Encore beaucoup de questions mais je suis certaine qu’ensemble nous trouverons la solution ! Pour terminer comment passer de l’idée au concret?!!!!

  2. Merci Isabelle; je souhaite que de telles formations longue, accessibles à toutes et à tous et validées par l’université voient le jour, comme c’est le cas aux Etats Unis.

  3. oui mais comment faire ? Et si on se déplaçait directement rencontrer des personnes qui auraient se pouvoir là ? oui mais qui ? pfffffffff

  4. Merci Isabelle pour ce blog qui reste unique dans son dynamisme, en ce qui concerne les Jardins de Soins. Je ne parle pas d’hortithérapie…en effet en France tout reste à l’ébauche, rien n’est organisé.
    Je souhaitais apporter une précision à votre commentaire. Il n’est pas possible de confondre en terme de niveau professionnel sur un plan légal et administratif, l’animateur socioculturel et le cadre de santé: l’un est dans une profession de niveau 3 (bac+2), et l’autre dans une profession de niveau 1(bac+5) dans laquelle d’ailleurs on retrouve aussi le Psychologue et le médecin. On retrouve au niveau 2, l’IDE, le kinésithérapeute, l’ergothérapeute, le psychométricien etc…tous détenteurs d’un niveau Licence (Bac+3). Ces précisions sont très importante pour la reconnaissance du Diplôme et l’échelle de salaire qui en découle.
    Pour ma part, je verrais bien un brevet d’animateur en hortithérapie, selon un programme qui reste encore à définir (celui d’A. et J.P. Ribes en est un exemple), mais je complèterais cette Formation par un Diplôme d’Hortithérapeute accessible aux détenteurs d’un Diplôme d’état de niveau 2 et 1. Une spécialité sur un an sous la forme d’un Diplôme Universitaire. Il est important en effet que les soignants viennent encadrer l’animation, en toute connaissance de cause. Comment poser des indications, faire des évaluations sans être spécialisé dans ce type de thérapie?
    Reste que le Diplôme Universitaire ne donnerait pas accès au titre d’Hortithérapeute. Mais en a-t-on réellement besoin lorsque l’on est ergothérapeute et que l’on a complété son approche du soin par un DU d’hortithérapie?
    La proposition de Paule Lebay me parait intéressante, en ce qui concerne le brevet d’animateur en Hortithérapie de développer une possibilité d’enseignement à distance. Il faut être prudent toutefois: organisme reconnu à la CHANED, délivrance d’une attestation de formation professionnelle…absence de diplôme d’état la plus part du temps, nécessitant la validation par un examen final (pour exemple;la formation de Fleuriste).
    En revanche je ne partage pas son avis sur la nécessité absolue d’une prise en charge des frais de cette formation par la collectivité.
    Mais c’est un autre débat et il est vrai qu’actuellement en France c’est peut être » la seule chose qui marche » dans notre domaine.

    • Merci, France, pour ce commentaire très argumenté. Je pense que vous savez comment on met sur pied un DU. Pouvez-vous l’expliquer un peu? Quant au niveau animateur, comment une nouvelle formation se lance-t-elle?

      • Je rajoute ici les informations provenant de Tamara Singh concernant le diplôme d’Hortithérapeute dans l’état de New York. Cela peut intéresser ceux qui n’ont pas accès au groupe Facebook.

        « Bonjour tout le monde.
        Pour aller vite voici le lien a NYBG sur le certificate. Les étudiants sont admis sur dossier et entretien et ont déjà une licence ou une maîtrise en poche….donc « matures »…d’ailleurs le AHTA a publié un document en 2010 suggérant que les HT sont largement dans une catégorie d’âge 35ans plus.

        adulted.nybg.org:8080/cart65/jsp/static.jsp?p=cert_thr_re…

        Cette formation NYBG est une formation universitaire et les « crédits » sont souscrits par un collège de l’état de New York. La formation est également accréditée par le AHTA.

        Je pourrais traduire le curriculum si nécessaire une fois que je suis sortie des cartons en début d’année prochaine.

        Ensuite une residence clinique supervisee, en plus du stage de 100 heures demandées pour arrondir la formation à NYBG. Le stage 100 heures n’est qu’une préparation. Mais à mes yeux tres important, voire primordiale: la résidence clinique!
        Le AHTA conseil 480 heures et deux projets de recherche ainsi qu’un étude de cas. La documentation journalière (daily logbook of the intern) est également suggérée.

        A NYU langone/Rusk Institute of réhabilitation lorsqu’on y fait une résidence clinique on exige douze papiers sur les pathologies; maladies complexes et/ou chroniques et les applications et stratégies d’adaptation que peuvent opérer un hortitherapeute; le suivi de quatre cours magistraux sur la médecine physiatrique, la thérapie de groupe, l’analyse de l’activité; quatre séances sur des techniques horticoles en situation clinique; En plus de cela deux projects de recherche pouvant bénéficier au département. La plupart des interns passent facilement au moins 700 heures. Histoire de faire une année revolue (vivre les saisons quand on à affaire aux plantes ….c’est important).

        A NYU langone/Rusk, l’interne est pris en charge et acheminé le long d’un beau chemin clinique ardu. Il s’agit d’une véritable naissance d’hortitherapeute car a chacun de trouver son style thérapeutique au finale. La aussi c’est très systématique et très structuré. Le mentorship est un partenariat proche ou tout le monde ne cesse de se former car en contact avec d’autres professions ancillaires qui se retrouvent dans l’équipe médicale….

        Pour revenir sur les cours du NYBG. Oui! Très bien conçus. Mais avec quelques petites lacunes of course qui méritent d’être rectifiées à moins de ce faire indépendamment pendant la résidence clinique. Mais même cette formation la ne cesse d’évoluer. They are still tweaking it
        Adult Education | NYBG
        NYBG Adult Ed
        ADULTED.NYBG.ORG »

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