Cette semaine, le bonheur est dans les salles de cinéma

C’est la semaine où California Dream 3D, un documentaire auquel j’ai eu le plaisir de collaborer depuis deux ans, sort enfin en salles en France le 29 novembre. C’est la dernière ligne droite. Expérience inédite pour moi d’assister à la rencontre entre un film et son public. Aucune commune mesure entre mon travail relativement solitaire de journaliste de presse écrite et un film qui demande la collaboration de dizaines de personnes pendant des mois. Le film n’est pas « mon » bébé, mais le moment est malgré tout fort et prenant.

Du coup, Le bonheur est dans le jardin va rester quelque peu en jachère cette semaine. Je veux évidemment rendre compte du 3e symposium de l’association Jardins & Santé qui s’est tenu les 19-20 novembre à Paris. Deux jours d’échanges intenses, de découvertes de multiples expériences en France et au-delà, de rencontres intéressantes. Ce fut un plaisir de rencontrer de nouvelles personnes et de revoir des visages connus dont celui de ma prof américaine, Rebecca Haller. J’ai eu l’occasion de participer à deux tables rondes, l’une où j’ai partagé mon expérience sur la formation reçue dans les cours du Horticultural Therapy Institute de Rebecca et l’autre où j’ai pu raconter 8 programmes américains extraits directement de ce blog, photos à l’appui.

Je ne peux pas faire justice à ces deux jours aujourd’hui par manque de temps. Je reviendrai sur le contenu des échanges plus en détails la semaine prochaine. Dans les semaines à venir, je publierai aussi une conversation avec Rebecca Haller sur les grandes tendances de l’hortithérapie aux Etats-Unis et un point sur les formations existantes dans ce pays. J’espère aussi rapporter en détails certaines des expériences découvertes au symposium et creusées par la suite.

Pour le bonheur de vos yeux, voici quelques photos du jardin partagé du Parc de Choisy dans le 13e arrondissement de Paris. Une belle enclave jardinière dans un quartier très dense.

Quelles jolies fascines (un mot qu’on peut utiliser en français et en anglais)!

Des immeubles, des gratte-ciels, des klaxons et soudain une salade dans la lumière de l’automne.

Un appel au respect pour les plantes des écoliers de maternelle.

Le Jardin d’Epi cure : les cérébro-lésés ont le sens de l’humour

Le sol a été étudié pour faciliter la circulation en fauteuil roulant.

“Cérébro-lésé”, quel drôle d’adjectif. On sent immédiatement un événement traumatique, une dimension dramatique qui a changé la vie à tout jamais. C’est le qualificatif qui vient s’attacher à toute personne qui a souffert des lésions de l’encéphale, le plus souvent à la suite d’un traumatisme comme un accident de la route ou d’un accident vasculaire cérébrale. Les conséquences sur la parole, la mémoire, la mobilité et le comportement sont plus ou moins importantes.

J’avais beaucoup entendu parler de la Maison des Aulnes en région parisienne et de son tout nouveau jardin d’Epi cure lancé sous la houlette d’Anne et Jean-Paul Ribes avec le concours en interne de Stéphane Lanel, un animateur à la présence extraordinaire. Cette résidence qui accueille donc des hommes et des femmes cérébro-lésés n’a que 5 ans. Son jardin, lui, est encore plus récent. Là où un chemin serpente doucement et mène à un ensemble de jolies fascines, à une accueillante pergola et à une serre, il n’y avait rien voici encore un an. L’idée, puis le jardin, ont jailli de terre sous l’impulsion des résidents comme Bruno qui avait déjà commencé ses plantations en douce, en véritable guérilla du jardinage. Et grâce à la détermination d’Anne, Jean-Paul et Stéphane qui ont proposé l’idée à la direction (et décroché un sponsor, Truffaut).

L’entrée du jardin d’Epi cure est bien marquée : Anne Ribes nous y accueille.

Une fois une équipe de jardiniers constituée, le jardin est sorti de terre avec l’aide d’une entreprise qui a fait le gros du travail de terrassement et de drainage. A chaque étape, les résidents-jardiniers ont été associés aux décisions. Quand on les rencontre enfin dans leur jardin, leur fierté et leur attachement au projet font plaisir à voir et à entendre. Tous les lundis, une activité se déroule au jardin. Mais le reste du temps, les résidents s’y sentent aussi chez eux et viennent arracher un peu de mauvaise herbe, arroser ou profiter du calme, assis sous la pergola. L’endroit est accueillant du portique d’entrée au sol très facile à naviguer en fauteuil roulant.

Ce dimanche d’automne est un peu particulier. Les jardiniers accueillent quelques visiteurs et sont visiblement heureux et fiers de partager leur jardin, d’expliquer, de commenter. Certains s’affairent à arracher une prairie fleurie qui a fait son temps et à emmener des brouettes de plantes mortes sur le tas de compost au fond du jardin. On nous montre aussi une nouvelle tranche du jardin en préparation. Une allée a été matérialisée et des trous creusés pour accueillir des fruitiers. Fuitiers, offerts par un paysagiste de Montpellier, qui sont attendus incessamment.

Les jardiniers d’Epi cure préparent la plantation d’arbres fruitiers.

Les commentaires fusent. « Le jardin, c’est une bouffée d’air et on apprend toujours quelque chose », affirme Dominique. « Je suis une pro-jardin » et « On a fait du bon travail », ajoute Elizabeth. Les deux femmes semblent remplir un rôle de leader dans la communauté des jardiniers. Les hommes dégagent une fierté plus tranquille, mais aussi forte. Comme la nuit tombe, on ne partagera pas une tisane dans le jardin, mais dans une salle dédiée à l’atelier cuisine. Attablés avec une tasse de camomille, de la confiture de potiron du jardin (le résultat d’un combat pour pouvoir manger les fruits de leur travail, problème sensible en institution) et un broyé du Poitou (merci, Maman), jardiniers et visiteurs discutent, parlent d’eux, du jardin, de leur vie dans un beau moment de convivialité. Merci à tous de l’accueil. Même dans la fraicheur de l’hiver, votre jardin fait chaud au cœur.

Vous aussi vous pouvez visiter ce jardin extraordinaire. “Le Jardin d’Epi cure vous invite à suivre la vie et les activités autour d’un jardin de soin implanté au sein d’un établissement accueillant des personnes adultes cérébro-lésées” : c’est la proposition de Stéphane qui tient toutes les semaines un journal fidèle sur une page Facebook. De semaine en semaine, photos à l’appui, vous verrez le jardin et les jardiniers se transformer.

Après l’effort, le réconfort. La pergola est le point de rassemblement où les jardiniers dégustent une tisane ou une confiture maison. En souvenir des beaux jours…

Chicago Botanic Gardens : deux formations dédiées aux jardins qui soignent

Amelia Simmons Hurt, Manager, Adult Education, Certificate Programs au Chicago Botanic Garden

Amelia Simmons Hurt est responsable des programmes de formation continue aux Chicago Botanic Garden qui est, dans mon souvenir, un merveilleux havre de paix dans la chaleur humide d’un été où Chicago flirtait avec les 40°. Parmi les formations certifiantes qu’elle supervise, deux nous intéressent plus particulièrement : le « Horticultural Therapy Certificate of Merit Program » et le « Healthcare Garden Design Certificate of Merit Program ». Notons aussi que le Chicago Botanic Garden offre depuis une trentaine d’années des programmes d’hortithérapie, sur place et à l’extérieur, pour divers participants. Mais aujourd’hui, nous allons nous concentrer sur la formation.

Des participants du programme de « healthcare garden design » planchent sur des croquis de jardin.

Le plus ancien des certificats est celui consacré au « healthcare garden design », la conception de jardins en milieu médical, qui existe depuis 2001. Il s’agit d’une formation intensive de huit jours qui attire surtout des architectes-paysagistes et des paysagistes, même si on y rencontre aussi des infirmières, des ergothérapeutes et parfois « une ou deux personnes à la périphérie qui ont une connexion personnelle au lien entre la nature et la guérison », explique Amelia. L’idée de départ est celle du jardin à l’hôpital en accord avec les idées de Roger Ulrich qui, dans une étude publié en 1984 dans le magazine Science, a été l’un des premiers à mettre en évidence les effets bénéfiques de la nature sur la guérison et la convalescence de patients.

Son étude « View from a window may influence recovery from surgery » est une des pierres angulaires du jardin à l’hôpital puisqu’il y démontre que deux groupes de patients qui se remettent de la même opération dans un hôpital de Philadelphie ont des résultats très différents qu’ils aient une vue sur des arbres ou sur un mur en béton. Sans surprise, mais il est important d’en apporter la preuve scientifiquement, ceux qui ont une vue sur la nature restent moins longtemps à l’hôpital, prennent moins de médicaments contre la douleur, développent moins de complications et sont de meilleure humeur que ceux qui font face à un mur de béton! « Si vous parlez avec une institution médicale, ils veulent des preuves. D’ailleurs la recherche continue aux Etats-Unis, en Angleterre, en Hollande », se réjouit Amélia.

Le « Buehler Enabling Garden » du Chicago Botanic Garden dont le but est d’encourager tout un chacun à jardiner.

« Evidence-based design », la conception basée sur les preuves,  est la base utilisée dans ce cours dont une des intervenantes est Clare Cooper Marcus que je vous avais présentée en juillet dernier. « Même si le milieu médical reste le cœur du programme, nous avons élargi à d’autres domaines comme les prisons ou les maisons de retraite. Nous avons des étudiants qui viennent du monde entier, d’Espagne, d’Ecosse, d’Israël ou du Japon », explique Amelia. Le programme est un mélange de cours, de projets de groupes, d’études de cas et de visites d’établissements. On y aborde les différents types de jardins en milieu médical, la recherche dans le domaine et l’évaluation des résultats, l’expérience passive ou active du jardin, l’intégration d’un jardin sur un campus existant et le montage de nouveaux projets dans tous les détails de la conception au financement.

Le deuxième programme est consacré à la thérapie horticole et existe depuis 2005. Sous l’influence d’Amelia, ce programme d’une durée d’un an comprend maintenant une large part d’instruction à distance via Internet et un rassemblement sur place de deux semaines. « Venir 6 mois à Chicago n’était pas possible pour la plupart des gens intéressés qui travaillent. Là, leur employeur peut les envoyer pour deux semaines ou bien ils prennent sur leurs vacances. » Ces participants évoluent eux aussi, comme le constate Amelia. « Au début, c’était uniquement des gens qui travaillaient en hôpital ou dans le milieu médical. Maintenant, nous recevons des gens qui travaillent dans la communauté avec des jardins partagés, dans des prisons, avec des enfants ou des adultes. Nous recevons des enseignants et des paysans. »

Au Chicago Botanic Garden, une activité de thérapie horticole.

Après une promo 2012 de huit personnes, la promotion 2013 devrait comprendre une douzaine de participants. Amelia s’occupe en ce moment de la sélection des candidats…Quant aux débouchés, certains diplômés travaillent dans le programme de thérapie horticole du Chicago Botanic Garden, d’autres travaillent avec des vétérans ou dans des écoles pour des enfants souffrant de handicaps.

Amelia aborde délicatement la question de l’American Horticultural Therapy Association (AHTA). « Dans le passé, nous passions par eux pour nos programmes. Puis ils ont modifié leurs conditions pour les formations. Nous avons, de notre côté, eu quelques changements de personnel. Puis, ils ont encore changé leurs conditions…L’AHTA évolue et cherche ses marques pour cette profession », affirme-t-elle. « La thérapie horticole aux Etats-Unis est en pleine croissance et il y a encore des obstacles à surmonter pour obtenir une large reconnaissance. Tout le monde sait ce qu’est un PT (physical therapist, kiné) ou un OT (occupational therapist, ergothérapeute). Mais la plupart des gens ne savent pas ce qu’est un HT (horticultural therapist). » Pourtant la discipline perdure comme une plante tenace. « Je rencontre souvent des gens qui disent qu’ils ont enfin trouvé un nom pour ce qu’ils avaient toujours eu envie de faire, utiliser la nature pour soulager les gens et les aider à grandir. »

Au Chicago Botanic Garden, séance d’arrangement floral dans le cadre d’une activité de thérapie horticole.

Amelia est bien consciente que peu d’institutions peuvent se permettre un « HT » à temps plein, d’où le recours fréquent au statut de prestataire externe qui intervient dans plusieurs établissements. « C’est facile de voir la thérapie horticole comme un « extra ». Si un directeur d’établissement doit choisir entre un nouvel IRM ou des médicaments et cette activité, le choix est vite fait. C’est pour cela qu’il faut poursuivre la recherche pour démontrer les bienfaits », conclut Amelia Simmons Hurt.

Aux Bullington Gardens, des ados en difficulté se passionnent

John Murphy plante un jardin potager, à partir de graines, avec des élèves de primaire.

Aux Bullington Gardens à Hendersonville en Caroline du nord, les activités de thérapie horticole de John Murphy s’adressent principalement à des adolescents. Pour cet homme qui a travaillé dans le tiers-monde sur des projets de développement, connecter les gens et les plantes est un intérêt de toujours. Il s’est formé grâce aux cours du Horticultural Therapy Institute voici quatre ou cinq ans, mais pratique la thérapie horticole depuis une dizaine d’années. Dans cet état de la côte est, Les Bullington Gardens sont un petit paradis de presque 5 hectares où les visiteurs découvrent plusieurs jardins (herbes, jardin en zone ombragée, jardin de plantes indigènes, therapy garden,…) et explorent le terrain en empruntant une « nature trail ».

Le premier programme s’appelle Boost – un nom qui imprime une bonne énergie – et existe depuis une dizaine d’années. Les participants sont de jeunes lycéens et lycéennes qui ont des troubles du développement et suivent des cours qu’on pourrait qualifier de pré-insertion professionnelle (« pre-vocational »). Ils viennent jardiner plusieurs heures par semaine et travaillent dans les serres et à l’entretien des jardins. « Le but est qu’ils acquièrent des compétences transposables dans le monde du travail : rester concentré, travailler ensemble, donner son meilleur effort tout en s’occupant des plantes », explique John. « Ils ont souvent eu beaucoup de difficultés à l’école et dans la vie. Ce sont des étudiants qui n’apprennent pas en restant assis et en écoutant. Il faut qu’ils fassent quelque chose. »

Un participant s’occupe des dahlias.

Un grand honneur pour les participants de Boost est de travailler dans l’équipe qui participe à une compétition de chrysanthèmes qui se tient en octobre en Caroline du nord. Cette année, l’équipe était composée de 6 garçons et d’une fille. Un autre projet populaire est la compétition de jardinage. « C’est une compétition entre quatre lycées. Ils ont un budget de 40 dollars et ils doivent concevoir un parterre de 1,2 mètre par 3,65 (4 x 12 pieds) en partant de graines qu’ils cultivent en serre. Je leur explique des concepts de paysagisme et ils font des croquis sur papier. Le résultat est jugé sur la qualité ornementale, au moins de juin. Ils sont un peu timides au départ, mais ils peuvent se révéler très créatifs. L’année dernière, le projet qui a gagné était un jardin comestible avec du basilique violet, des aubergines et des tournesols. »

John reçoit un deuxième groupe de lycéens dont les handicaps sont plus lourds, physiquement et d’un point de vue du développement. Ils sont une trentaine à venir chaque semaine. Plusieurs sont en fauteuil, certains sont aveugles, d’autres sourds. Pour eux, les objectifs qui sous-tendent les activités sont la communication, les compétences motrices et la prise de décision. « Ils adorent venir ici. Quand ils sortent de la classe et se retrouvent dans ce bel environnement, ils s’animent et communiquent mieux. Parfois, leurs profs n’en reviennent pas. C’est difficile de mesurer la confiance en soi, mais on peut bien voir le changement chez nos deux groupes quand ils sont au jardin. »

Le Therapy Garden que John est en train de créer aux Bullington Gardens.

Depuis 6 ans, John développe en parallèle son Therapy Garden. Seul salarié des Bullington Gardens, il doit se faire aider par des bénévoles, pour beaucoup des retraités. En concevant ce jardin, il avait à l’esprit des personnes âgées souffrant de limitations physiques. Il travaille encore sur une serre avec une petite « classe » accessible aux fauteuils roulants. Le projet progresse, mais John manque de temps…

John nous livre quelques réflexions sur l’état de la thérapie horticole aux Etats-Unis. « Je rencontre beaucoup de gens intéressés par cette discipline et nous formons beaucoup de gens aux Etats-Unis. D’ailleurs, je me demande s’il y assez de débouchés pour tout le monde. Car les hôpitaux, par exemple, sont encore assez ignorants sur le sujet. Ce qui me frappe, ce sont les différences. A Portland en Oregon, ils sont très dynamiques et leurs hôpitaux ont de multiples jardins pour différentes populations (voir le portrait de portrait de Patty Cassidy, la grande pionnière de Portland étant Teresia Hazen dont il faudra un jour parler ici, NDLR). Mais ici à Ashville en Caroline du nord qui est une ville assez progressive, il n’y a rien à l’hôpital… »

Les participants du programme BOOST plantent des annuelles dans le Therapy Garden des Bullington Gardens.

Il exprime des frustrations qui peuvent sembler familières à ceux qui s’intéressent à la thérapie horticole en France. « Cette discipline est très vieille, on soignait des patients psychiatriques au jardin il y a des centaines d’années. Alors pourquoi cela prend-il si longtemps pour se faire accepter? Je constate que Michigan State et Virginia Tech ont arrêté leurs programmes d’enseignement de la thérapie horticole. En fait, on sent qu’il n’y a pas de jobs et beaucoup de gens formés doivent créer leur propre business. Notre profession est divisée là-dessus. D’un côté, nous pensons que ces programmes devraient être gratuits pour les participants. Mais de l’autre, nous devons faire payer les gens pour pouvoir continuer », constate John.

« Peut-être utilisons-nous le mot thérapie trop à la légère ? Quant aux « healing garden », de quoi parle-t-on ? Il faut qu’il y ait des décisions prises en toute conscience pour s’adapter aux visiteurs du jardin comme dans le jardin pour grands brûlés à Portland », avance John qui revient du congrès de l’AHTA qui s’est tenu en octobre dans l’état du Washington. « Un des points forts a été la visite d’une prison pour criminels violents, le Cedar Creek Correctional Center. Participer au jardin est une activité très désirable. Tout est fait dans l’esprit de la durabilité : cultiver sa nourriture, recycler, composter les déchets de table. Les prisonniers travaillent seuls, sans le soutien d’un thérapeute horticole. C’est impressionnant de les entendre parler de leur jardin. Ils sont très enthousiastes. »

En novembre, John et ses jardiniers ont du travail : planter un millier de tulipes, nettoyer la mare,…surtout après le passage de l’ouragan Sandy qui a touché la Caroline du nord. Mais John rapporte que les dégâts sont minimes aux Bullington Gardens.

Les participants adorent faire des bouquets de dahlias qui poussent dans les jardins.

Jardin + fauteuils roulants = TERRAform

Tout commence à Nantes au début des années 2000. A la suite d’un projet qui a introduit le travail d’une trentaine d’artistes contemporains dans des jardins collectifs et privés, un pot de célébration conclut l’événement et salue son succès avec plus de 2 000 visiteurs en huit semaines. « Chantal, la femme d’un des jardiniers, est en fauteuil et nous a lancé un défi. Elle voulait pouvoir travailler dans le jardin plus facilement », se souvient Samia Oussadit. Avec ces compères Boris Cochy et Pascal Leroux, elle a lancé le collectif La Valise en 1997. Il rassemble ces trois architectes et artistes intéressées par « les pratiques artistiques contemporaines au contact des publics et de l’espace public. »

Entraide au jardin entre valides et non valides. Les membres de La Valise réfléchissent à des solutions d’arrosage pour les jardiniers à mobilité réduite (photo @ un membre de l’association des jardins familiaux du fort de Bron, près de Lyon).

Samia, Boris et Pascal qui ne sont ni jardiniers, ni ergothérapeutes retournent la demande de Chantal dans leur tête, ils travaillent sur des croquis. Ils discutent avec des centres de rééducation motrice, des jardiniers en fauteuil roulant. Grâce à des subventions venues du milieu culturel, ils présentent en 2004 leur premier prototype en résine (oui, ils sont conscients que la résine est toxique et pas idéale). Ils le décrivent comme leur TERRAform, comme un « jardin adapté pour personnes à mobilité réduite ». Il s’agit d’un bac de 1,50 mètre de largeur pour 1,20 mètre de profondeur et 80 cm de hauteur avec une capacité d’environ 0,80 m3 avec une coque où vient se loger le jardinier et son fauteuil.

« Il existe bien des tables de maraichages qui peuvent convenir avec un fauteuil. Mais on ne peut faire que des plantes à racines courtes comme des fraises ou des radis. Chantal ne cultive pas seulement comme loisir, c’est aussi pour vivre », explique Samia. « Dans les bacs surélevés, les personnes en fauteuil doivent jardiner de biais. C’est inconfortable, pas ergonomique du tout. Il fallait trouver un entre deux qui permettent les racines profondes et le confort. » Autres bénéficiaires potentielles, les personnes âgées qui doivent jardiner assis sur une chaise. « Car autrement à un certain âge, les jardins collectifs leur retirent leur parcelle ! »

Au lycée agricole Jules Rieffel à Saint-Herblain (Loire-Atlantique) en 2011

Les trois concepteurs nouent des partenariats, ici avec Jardiland pour des matériaux, là avec un loueur de voitures pour une fourgonnette. « Le public a adhéré à TERRAform, mais les élus étaient réticents même si 2004 était l’année européenne des personnes handicapées. On ne comprenait pas que des artistes valides travaillent sur un projet pour des jardiniers en fauteuil », se souvient Samia. « Nous n’avions pas d’interlocuteur industriel. On est passé à d’autres projet car on ne savait pas qu’en faire. » Mais après le défi de Chantal, ce sont d’autres utilisateurs intéressés qui vont « donner une petite claque » à Samia, Boris et Pascal. « J’ai été invitée à un colloque à Brest, puis appelée par une maison de retraite. Un directeur d’institut m’a dit que nous étions égoïstes de ne pas poursuivre le projet. »

Ils se remettent au boulot. Comme la résine était hors de question, ils envisagent le plastique recyclé et obtiennent un devis d’une entreprise rennaise. Pour un moule et 50 premiers tirages, il leur faut 35 000 euros. Qu’ils trouvent grâce aux listes de mécènes de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles) de Nantes. Sur 75 dossiers envoyés, 10 réponses et trois mécènes au final : la Fondation Groupe Chèque Déjeuner, la Macif et AG2R La Mondiale. Le Conseil général de Loire-Atlantique leur donne aussi un coup de main en leur accordant le statut d’emplois aidés car ce projet ne dégage aucun revenu et ils doivent toujours travailler en parallèle. En janvier 2010, les 50 premiers exemplaires sont prêts.

Là, c’est la région qui prend le relais et leur offre l’accompagnement d’une consultante pour développer la distribution. « On ne savait pas à quel prix le vendre, comment organiser la logistique et les livraisons, faire du suivi après vente », continue Samia.  « Nous, on pensait 300 euros. Elle a estimé que ce n’était pas possible à moins de 1 000 euros. Nous nous sommes lancés dans une étude auprès de 70 maisons de retraite, 70 centres de rééducation et 70 mairies en leur demandant s’ils étaient intéressés et si le prix était juste. Nous avons eu 60 réponses : ils étaient intéressés et ce n’était pas trop cher. »

Aujourd’hui, des TERRAform sont installés dans plus de 60 sites en France, mais aussi au Luxembourg, en Suisse et en Belgique. « Nous étudions la possibilité de les fabriquer au Canada pour la demande dans ce pays et aux Etats-Unis. Nous avons des demandes en Australie. » Selon Samia Oussadit, deux publics se intéressés, à peu près à égalité : les maisons de retraite d’un côté et de l’autre des jardins partagés, hôpitaux  et autres centres. La ville de Nantes a commandé un jardin. « A la Villette à Paris, ça a bien pris et ils nous en commandent tous les ans. Ils ont beaucoup de conviction et d’énergie. »

Un TERRAform en phase de montage

De conception nantaise, le produit est fabriqué par une entreprise de rotomoulage en Ile-et-Vilaine (Rototec) et la menuiserie est assurée dans un atelier de réinsertion à Nantes (Association ATAO). Techniquement, « la coque est en polyéthylène 100% recyclé et 100% recyclable, et les cotés plans en pin de Douglas, un bois issu de forêts françaises et traité naturellement par oléothermie. »

Pour ces créatifs, le mot « produit » était un gros mot et ils craignaient que la démarche commerciale ne dénature leur projet et leur vision d’artistes. Mais, le TERRAform a clairement rencontré un écho. Au printemps prochain, le trio projette de faire un périple en France pour filmer les jardiniers qui utilisent leur solution de jardinage . Histoire de « revenir à la dimension humaine »….Un film qu’on a impatience de voir. Comme leur solution au prochain problème qu’ils aimeraient résoudre : comment arroser plus facilement en fauteuil…

Soyons raisonnable

Il faut que je réduise temporairement la cadence du Bonheur est dans le jardin. Deux billets par semaine deviennent intenables avec ma charge de travail actuel. La pige a repris à bonne allure depuis notre retour en France cet été, mais je suis surtout plongée dans les dernières étapes d’un projet commencé en Californie en 2010. J’ai participé comme « fixer » au tournage d’un documentaire français, un road movie californien, projet d’un jeune réalisateur rochelais. California Dream 3D est aujourd’hui sur le point de sortir au cinéma en France et je suis impliquée dans une multitude de préparatifs, tous plus sympas les uns que les autres, tous plus gourmands en temps les uns que les autres. Pour info, si vous êtes curieux, voici le site du film et sa page Facebook.

Mon jardin parisien

Pour préserver ma santé d’esprit, je dois lever le pied et passer à un billet par semaine jusqu’en décembre. Un peu la mort dans l’âme, je l’avoue. Malgré les nuits courtes et le manque de vrai jardin, je profite de ce que j’ai sous la main pour ma propre thérapie horticole. En ouvrant la fenêtre tous les matins, je me réjouis de mon jardin miniature, une jardinière avec une bruyère, un cyclamen et un pied de thym. Dans lequel j’enfouis mon visage avec délectation pour me ressourcer à cette bonne odeur fraiche. Et j’apprends en même temps une leçon pratique sur l’appropriation au jardin : je prends soin de la jardinière que j’ai plantée moi-même avec mes enfants, je délaisse complètement une autre plante laissée par les précédents occupants. Elle ne me parle pas vraiment, je ne sais pas comment elle s’appelle, je n’ai pas d’instinct « maternel » pour elle…

En vous disant à la semaine prochaine (pour un billet sur TERRAform, une solution nantaise de jardin adapté pour personnes en fauteuil), je vous laisse avec cet article du Monde sur la série photo « Des légumes et des hommes ». La photographe Joëlle Dollé prend pour sujets « l’être humain et, par extension, la beauté intrinsèque du vivant » avec un humour vivifiant. Voici l’article et les photos. Etonnantes, fraiches, drôles. (Et en passant, je salue Maëlle que j’ai eu le plaisir de rencontrer hier et à qui je souhaite bon courage pour trouver sa voie dans le monde  des jardins qui soignent).

The Ability Garden : un jardin public dédié à l’hortithérapie

L’entrée du Ability Garden à Wilmington en Caroline du nord

Quand elle étudiait l’horticulture en Louisiane au début des années 80, Phyllis Meole savait déjà qu’elle voulait « rapprocher les plantes et les gens pour affecter leur vie. » Un de ses professeurs lui parle de l’hortithérapie et c’est la révélation. « Il n’y avait pas Internet. J’ai trouvé une référence à une conférence au Texas et j’y suis allée. Comme ce n’était pas une possibilité de transférer à Kansas State [une université qui offre un master en hortithérapie depuis 1971, ndlr], j’ai pris tous les cours exigés par l’American Horticultural Therapy Association en psychologie et en sciences sociales. » L’AHTA exige un stage supervisé par un professionnel déjà certifié. Le mentor de Phyllis se trouve à Denver dans le Colorado à des milliers de kilomètres et les échanges se font par téléphone !

Une fois diplômée, Phyllis n’a aucun mal à trouver du travail. « Dans les années 80, il y avait beaucoup d’argent ce qui fait toute la différence. J’ai proposé un programme à un centre de jour pour adultes dans l’hôpital de ma ville qui m’a embauchée un jour par semaine. Je travaillais aussi deux jours par semaine dans une maison de retraite, plus dans un autre centre de jour pour personnes âgées », se souvient Phyllis. Voici 16 ans, elle déménage pour s’installer à Wilmington en Caroline du nord où elle rencontre une autre membre de l’AHTA qui l’introduit dans l’hôpital psychiatrique où elle travaille. Phyllis apprend à travailler avec les patients hospitalisés. Mais ce contact précieux va bientôt lui ouvrir une porte encore plus prometteuse : la possibilité de créer un jardin public conçu pour offrir des activités d’hortithérapie à des publics variés.

Car Wilmington possède son Arboretum et l’amie de Phyllis fait partie du conseil d’administration…« On trouvait qu’il était quand même ironique qu’il faille être hospitalisé pour pouvoir profiter des bienfaits de l’hortithérapie. Nous sommes allées voir ce qui se faisait au Buehler Enabling Garden du Chicago Botanic Garden où nous avons rencontré Gene Rothert. » (Vous trouverez ici très bientôt une interview avec Amelia Simmons Hurt qui dirige les programmes de formation continue en hortithérapie au Chicago Botanic Garden).Il y a 13 ans, le Ability Garden voit le jour au sein de l’Arboretum du comté de New Hanover sous l’étiquette de « Cooperative Extension Service » en lien avec North Carolina State University et A&T State University. Présent dans tous les états, les « Cooperative Extension Service » sont des émanations du USDA, le ministère de l’agriculture américain, gérées par des universités qui ont un département en agriculture. Ils offrent des programmes non diplômant au grand public dans les domaines du jardinage, de la nourriture, de l’environnement,….

Le Ability Garden accueille, gratuitement, les écoles de la région pour des programmes d’hortithérapie. Mais pas que. « Il n’y a pas de limites aux populations que nous pouvons accueillir. Si nous décidions de faire un programme pour les vétérans qui retournent à la vie civile, ce serait tout à fait possible. Ce serait d’ailleurs très réaliste car il y a beaucoup d’installations militaires par ici. » Pour l’heure, le jardin est essentiellement au service d’enfants et d’adultes souffrant de handicaps physiques ou de développement, d’enfants « à risque » (abus sexuels, troubles du comportement) et de personnes âgées souffrant de démences ou de problèmes liés à l’âge. Le jardin de Phyllis accueille aussi des gens atteints de maladies mentales chroniques qui sont suivis hors de l’hôpital psychiatrique. Phyllis a également organisé des activités pour des patients atteints de dégénérescence maculaire « pour qu’ils apprennent comment continuer à jardiner quand ils perdent la vue. »

Une subvention permet il y a quelques années au Ability Garden de sortir de ses murs. « Nous avons pu acheter une camionnette pour amener notre programme dans des maisons de retraite et dans des écoles où les enseignants ne peuvent plus faire de sorties à cause des réductions budgétaires ». Si elle doit installer son activité à l’intérieur, Phyllis amène un assortiment de plantes qui stimulent les sens (du basilique, de la citronnelle). Les enfants peuvent rempoter de l’aloe vera et garder leur pot. Mais beaucoup d’écoles ont des jardins et l’activité peut se dérouler à l’extérieur. « Evidemment, on préfère qu’ils viennent chez nous car ils peuvent se promener dans le jardin, pique-niquer, regarder les papillons. »

Parmi les « tournées » du Ability Garden, un établissement qui accueille des enfants profondément handicapés avec qui Phyllis jardine « hand over hand », en guidant elle-même leurs gestes. « Ils ont des planches surélevées. Ils adorent se salir dans la terre. Quand on a fini, je les nettoie avec un petit aspirateur à main et ils rient ! Ils ne pourraient pas venir chez nous, ce serait trop difficile. »

« Il faut être flexible en termes de niveau de participation et d’attente. Les résultats peuvent être très subtiles. Ce n’est pas stupéfiant », explique Phyllis. Littéralement, elle emploie le mot « earth shattering », « la terre ne tremble pas » ! Encore que…Elle raconte une rencontre avec une femme très renfermée atteinte de démence. « Nous avons planté du persil dans un pot. Elle s’est animée, mais elle ne parlait toujours pas. Je lui ai dit qu’on pouvait voir qu’elle savait jardiner. « J’avais un jardin et je récoltais toute notre nourriture », m’a-t-elle répondu. C’était comme si on avait allumé un interrupteur. Planter et toucher la terre peut déclencher des choses. »

Elle raconte une autre rencontre. « Il y a quelques années, nous avions fait un programme avec des jeunes femmes enceintes qui étaient dans un programme résidentiel pour arrêter la drogue. Elles levaient les yeux au ciel et n’en avaient rien à faire. Mais j’ai quand même essayé de partager mon enthousiasme, de les emmener dans le jardin. Nous avons planté une plante en pot. » Récemment, une de ces jeunes femmes est revenue voir Phyllis accompagnée de sa mère. « Je n’aimais pas venir ici, mais ma plante faisait jolie dans ma chambre. J’ai eu mon bébé. Je vais finir le lycée, puis je continuerai l’école. J’aurai une maison et un jardin », est-elle venue dire à Phyllis.

« Nous plantons une graine. C’est tout ce que nous pouvons faire. Mais pour moi, c’est une expérience qui est puissante. Ca peut faire une différence dans leur vie. Avec les enfants autistes, je vois parfois leurs yeux s’ouvrir quand on sent de la menthe au chocolat. Peut-être qu’une porte s’est ouverte. » Il n’y a personne à qui Phyllis dirait que jardiner n’est pas approprié pour eux. « Notre job est de repérer les barrières qui les empêchent de s’impliquer, qu’elles soient cognitives, sensorielles, physiques. »

Une autre barrière n’a rien à voir avec les jardiniers que Phyllis reçoit dans son Ability Garden. « Nous avons eu deux hortithérapeutes et maintenant nous n’en avons plus qu’une ! Il y a des coupes de budget. Le comté nous donne 20 000 dollars par an. Pour le reste, nous vendons des plantes, nous acceptons les dons. J’espère que nous allons pouvoir continuer », résume Phyllis qui nourrit pourtant le rêve de répliquer son modèle de jardin d’hortithérapie dans le reste de la Caroline du nord via le système de « Cooperative Extension Service ». Elle pense aussi aux vétérans, un « débouché » prometteur car les programmes mis en place pour eux par le VA (Veteran Administration) ont de l’argent…Pour l’heure, Phyllis est sur le point de prendre la retraite. « C’est temps, c’est fatigant physiquement. » Mais elle n’exclue pas de revenir comme consultante. Les Américains ne prennent jamais vraiment la retraite. Les jardiniers encore moins…

De quoi parle-t-on quand on parle de thérapie horticole?

Atelier de tressage avec des enfants au Centre hospitalier spécialisé Georges Mazurelle à La Roche-sur-Yon

Je crie « Pouce ! ». Ces trois jours de formation ont fait exploser mon « réseau » en France et les idées d’articles se bousculent au portillon. Pour autant, je ne vais pas dévier de mon rythme choisi : deux articles par semaine. Comme j’avais aussi quelques interviews sous le coude avant le stage (une hortithérapeute américaine dont le jardin municipal est conçu pour accueillir divers groupes pour des séances d’hortithérapie, le trio du collectif La Valise et leur Terraform), je veux leur faire la place qu’il se doit. J’avais aussi le projet de fournir quelques définitions de l’hortithérapie, ce que je n’ai jamais fait jusque là.

Il est temps !

Accordons aux Anglo-saxons le droit d’ouvrir le bal des définitions puisque la thérapie horticole est chez eux une pratique plus ancienne. Dans ce « position papier »,  l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) clarifie sa position. Ce document est extrêmement complet et cite également des études qui se sont penchées sur les bénéficies de la thérapie horticole dans plusieurs domaines (cognitif, psychologique, physique, social). A lire absolument. Pour la faire courte, « la thérapie horticole est la pratique d’intéresser un client dans des activités d’horticulture, avec la médiation d’un thérapeute formé pour atteindre des objectifs de traitement spécifiques et documentés. AHTA est convaincu que la thérapie horticole est un processus actif qui se déroule dans le contexte d’un projet de traitement établi où le processus lui-même est considéré comme l’activité thérapeutique plutôt que le produit fini. Des programmes de thérapie horticole peuvent exister dans toute une variété de lieux de santé, de réhabilitation et de résidences. »

Sébastien Guéret de Formavert propose cette définition : « L’hortithérapie c’est l’intégration des activités horticoles dans un processus de soin, de lutte contre la maladie ou encore de lutte contre l’exclusion, au même titre que les activités artistiques que sont la peinture ou la musique. » Il considère que l’hortithérapie peut offrir des solutions intéressantes pour les personnes souffrant des troubles suivants, un spectre très large dont ce blog a déjà exploré plusieurs exemples (suivre les liens).

Dans son livre Toucher la terre, Anne Ribes écrit que « le principe actif de cette étrange thérapeutique réside précisément en la transformation du soigné en soignât. C’est en donnant aux plantes cette attention affectueuse et précise, en se préoccupant de leur croissance et de leur santé que l’on recevra en échange les bienfaits espérés. » Et je reprends les propos de Jean-Paul Ribes en les concentrant : « La maladie, c’est ce qui nous rend absent. Le jardin est une stratégie de la présence. Quand on est présent au monde, on se porte bien…On ne prescrit pas le jardin, c’est une appropriation. Ce n’est pas un jardin de soin s’il n’y a pas d’évolution dans le temps…Le jardin doit privilégier le vivant et la simplicité. Pour écouter le jardin, il ne faut pas lui surajouter des messages qui perturbent…Faire un jardin, c’est faire la révolution dans un établissement. »

Même dans une discipline aussi jeune, on se rend compte qu’il y a des nuances, des différences d’approches, voire des écoles. Aux Etats-Unis, l’AHTA distingue « horticultural therapy », « therapeutic horticulture », « therapeutic gardens », « healing gardens », « restorative gardens »,…En France, où la discipline est encore plus naissante, on perçoit aussi des différences d’approches qui pourront, on l’espère, se réunir dans un seul élan pour faire avancer les choses.

Ce que j’ai appris à Chaumont

Anne Ribes explique comment protéger une plaie grâce à une feuille de plantain pour continuer à jardiner même blessé.

A Chaumont-sur-Loire, je me frottais pour la première fois à des hortithérapeutes français. Mais sans formation qualifiante, c’est sans doute trop tôt pour employer ce terme que même mon correcteur d’orthographe a dû mal à admettre. On pourrait lui préférer le terme de jardiniste, celui que privilégie Anne Ribes, cette infirmière qui a poursuivi un BTS Art du jardin pour concilier son envie de soigner et son envie de jardin avec le désir de concevoir « l’hôpital vert ». Les programmes qu’elle anime et qu’elle conçoit, on en reparlera….demain et après-demain comme de ceux d’autres intervenants ou participants : Dominique Marboeuf, responsable d’étonnants espaces verts au centre hospitalier Mazurelle à la Roche-sur-Yon ou encore Stéphane Lanel qui anime avec Anne un jardin pour des patients cérébro-lésés à la Maison des Aulnes à Maule (78).

Les mots ont leur importance, bien évidemment. Pendant ces trois jours, on n’a pas souvent utilisé le mot hortithérapie en fait. On a plutôt parlé de jardin de soin qu’on a opposé au jardin thérapeutique, un concept qui semble vague et surfait à Jean-Paul Ribes. Théoricien de l’association Belles Plantes, Jean-Paul est le mari et le complément d’Anne (« Notre mythologie nous rapporte…. » commence-t-il. « …au terrien », finit-elle).  «La maladie, c’est ce qui nous rend absent. Le jardin est une stratégie de la présence. Quand on est présent au monde, on se porte bien », affirme Jean-Paul Ribes. « On ne prescrit pas le jardin, c’est une appropriation. Ce n’est pas un jardin de soin s’il n’y a pas d’évolution dans le temps. » Il revendique le droit du jardin à rester dans son état naturel.

Menés par Jean-Paul Ribes, les participants à la formation sont en visite dans un Ehpad local. Ils arpentent le terrain, s’orientent par rapport au soleil et aux vents dominants, imaginent des solutions mêlant espaces de jardinage et espaces de déambulation, solutions immédiatement dessinées sur des esquisses.

Il se méfie au plus haut point de tous les artifices qu’on veut y introduire. « Le jardin doit privilégier le vivant et la simplicité. Pour écouter le jardin, il ne faut pas lui surajouter des messages qui perturbent ». Peindre ses bacs en couleurs vives ? Quelle horreur puisque ce sont des couleurs qui n’existent pas dans la nature. « Au jardin, pas de blouses blanches. Que des tabliers verts », assène-t-il aussi. Les discussions sont rentrés dans les détails : comment faire son enquête pour élaborer le projet (d’ailleurs nous avons mis en application en allant dans l’Ehpad voisin où l’une des participantes a un grand projet pour jardiner avec les patients Alzheimer), comment concevoir, financer, réaliser et animer un jardin.

Sébastien Guéret de Formavert (Marseille) et Guillaume Berthier d’Angle Vert Services (Montpellier) prennent langue avec la terre sur le terrain destiné à devenir un jardin pour ceux qui fréquentent l’accueil de jour de l’Ehpad d’Onzain (Loir-et-Cher).

La richesse de cette formation, un peu pionnière même si Sébastien Guéret qui était également présent anime depuis plusieurs années des formations et des ateliers jardin au sein de Formavert et qu’on a aussi déjà parlé des formations de Martine Brulé, était la diversité des participants. Partagés entre le monde de l’hôpital psychiatrique et celui des maisons de retraite pour la plupart, ils étaient essentiellement des soignants épris de jardin avec des projets en cours ou en développement.  Des soignants passionnés et animés d’une volonté pour faire bouger les choses dans des univers très administratifs dont les règles semblent juguler patients et soignants. (« Faire un jardin, c’est faire la révolution dans un établissement », affirme volontiers Jean-Paul Ribes). Quelques profils différents aussi : un responsable d’espaces verts au sein d’un hôpital (un futur Dominique Marboeuf ?), une ingénieure dont le cabinet d’architecte est spécialisé dans les établissements de soin, un entrepreneur paysagiste qui poursuit méthodiquement un projet de diversification dans l’hortithérapie pour sa société, une graphiste amoureuse de jardin. Et moi, moi qui vais devoir décider si je continue simplement à causer ou si j’ai le temps et le besoin de m’impliquer dans un projet concret. En tout cas, je sais maintenant que j’ai des âmes sœurs en France.

Ca bouillonne à Chaumont-sur-Loire

Le Festival des Jardins de Chaumont-sur-Loire est un plaisir en été. Mais dans la lumière de l’automne et avec le sentiment de profiter de ses charmes dans la quasi solitude, c’est un vrai bonheur. Doublé par celui d’y être pour une formation sur le jardin de soin qui tient toutes ses promesses  en rencontres et en enseignements. C’est une plongée à pieds joints dans le monde de la thérapie horticole française (même si le terme est finalement peu utilisé ici). C’est la rencontre en chairs et en os avec Anne et Jean-Paul Ribes bien sûr. Mais pas seulement puisqu’ils sont entourés d’autres intervenants venus raconter des projets très enthousiasmants (tous les partager occupera les prochaines semaines!) et d’une bonne dizaine de participants aux parcours variés et aux expériences diverses. Les échanges sont riches, vifs parfois, plus philosophiques que le discours américain sur l’hortithérapie, mais extrêmement concrets et pratiques aussi. Il se dégage un sentiment d’enthousiasme et d’énergie dont on veut espérer qu’il perdurera au-delà de ces trois jours.

Voici rapidement quelques photos pour partager la magie de Chaumont (comme j’aimerais être meilleure photographe pour lui rendre justice).