Risques de suicide : le réconfort des plantes dans la crise

Les tomates de Jacqui font partie d’un test national qui étudie trois types de sols différents pour la culture des tomatoes. « De nombreux patients aiment faire pousser des tomates. Nous les arrosons et nous surveillons leur croissance. »

Les patients avec lesquels Jacqui Mehring jardine en Caroline du nord (Behavioral Medicine Unit au Alamance Regional Medical Center) sont en crise. Ils sont là parce qu’ils sont un danger pour eux-mêmes ou pour les autres. Leurs proches ou la police les amènent ici pour les mettre temporairement à l’abri parce qu’ils menacent de se suicider ou expriment des envies d’homicide. A tout moment, l’unité accueille environ 25 personnes qui restent en moyenne quatre ou cinq jours avant de repartir pour une prise en charge à l’extérieur.

« Nos patients présentent des conditions qui vont de la schizophrénie à la dépression et à la démence. Ils ont souvent des problèmes physiques liés à des accidents qui les ont menés à devenir accros à leurs médicaments pour la douleur. Leur passé comporte parfois des abus sexuels ou physiques », explique Jacqui. « Leurs chambres sont absolument vides à cause du risque de suicide. Les murs sont blancs, il n’y a aucun objet, simplement un lit sur le sol. Dans le jardin, il y a de couleur et de la vie. C’est un environnement normal. »

Ecossaise et designer en textile de métier, Jacqui est venue à l’hortithérapie par la voie des activités manuelles. Elle a d’abord animé des ateliers dans divers contextes, puis  au sein de l’hôpital pour ces patients en crise (activity therapist). A sa boite à outils, elle a ajouté l’hortithérapie après avoir suivi les cours du Horticultural Therapy Institute.  Elle pratique en tant que « contractor », en indépendante qui facture ses prestations à l’heure. Dans cet hôpital, elle a créé un jardin accueillant qui suit les règles du Veteran Administration en termes de jardin thérapeutique : un endroit relaxant qui encourage les rencontres et donne un sens de contrôle aux participants.

La cour en 2009 avant les transformations de Jacqui…

Au départ, le jardin était un bloc bétonné peu accueillant. Depuis 2009, Jacqui l’a amélioré au fil du temps d’abord avec des jardinières construites avec les patients, puis en obtenant une subvention de 12 000 dollars pour faire appel à un paysagiste. « Je voulais que cet endroit soit beau et relaxant », explique-t-elle. Des jardinières à différentes hauteurs facilitent le travail. Parce qu’elle n’a pas d’assistant, Jacqui ne peut pas travailler dehors avec de gros groupes, ce serait trop dangereux. Elle vient dans le jardin avec des groupes de trois ou quatre personnes à la fois. « Nous arrosons, nous plantons, nous désherbons, nous ramassons des graines que nous mettons en paquet », énumère Jacqui. « Ils aiment aussi donner à manger aux oiseaux. »

…et le jardin au printemps 2012 avec ses jardinières en pierre

« Je me sens tellement mieux quand je suis dehors », lui disent souvent les patients.            « Comment vont les tomates ? », demandent avec un attachement évident ceux qui reviennent dans l’unité plusieurs fois. Cet environnement qui est libre de toute menace apporte clairement un soulagement à leurs tensions intérieures. Mais un hortithérapeute dans ce milieu doit prendre des précautions. « Souvent, ils ne peuvent pas faire de travail trop lourd. Leurs médicaments les endorment ou leur donnent des problèmes d’équilibre. Certains médicaments sont incompatibles avec le soleil. Il faut aussi faire attention aux outils dangereux. Pas d’élagueur, par exemple. »

Pour les besoins réglementaires de l’hôpital, Jacqui tient à jour des statistiques sur son programme : qui participe, leur diagnostic, leurs capacités à interagir et à s’intéresser. Tous les mois, ce sont environ 250 personnes qui utilisent le jardin pendant des groupes structurés ou pendant des moments plus libres. Elle tient aussi un journal du jardin pour suivre le progrès des plantes et apprendre d’année en année.

Pour cette artiste habituée à mener des ateliers artistiques avec ces mêmes patients et d’autres, le jardin présente un avantage singulier. « L’art peut intimider, on peut se dire qu’on n’a pas de talent. Dans le jardin, les menaces s’envolent et la parole se libère. »

3 réflexions au sujet de « Risques de suicide : le réconfort des plantes dans la crise »

  1. Really interesting! There’s not very much information on benefits of horticulture therapy, so great to read this. Thanks 🙂

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