CooperRiis, une approche holistique de la maladie mentale

Lisa Schactman

Lisa Schactman

« Un jour, ma belle-mère m’a envoyé un article sur la thérapie horticole en pensant que ça pouvait m’intéresser : j’ai un background en psychologie et j’aime le plein air », explique Lisa Schactman qui, à l’époque, avait déjà travaillé avec des adultes victimes de traumatismes crâniens ainsi qu’avec des enfants handicapés dans le cadre d’un projet de recherche universitaire. Elle s’inscrit au programme de master en thérapie horticole de l’université de Kansas State dont elle sort en 1997. « Le programme était merveilleux avec beaucoup d’opportunités pour pratiquer. Richard Mattson qui dirige le programme est incroyable », se souvient Lisa. Le programme remonte à 1971 et a été établi en collaboration avec la Menninger Clinic qui a incorporé les plantes, le jardinage et la nature dans les activités de ses patients psychiatriques dès le début du 20e siècle. En 1941, le docteur Menninger écrivait que « Les fleurs en bonne santé m’ont aidé à garder mon équilibre émotionnel et intellectuel. L’espoir ne meurt jamais dans le cœur d’un vrai jardinier. »

Lisbeth and Don Cooper ont fondé CooperRiis

Lisbeth et Don Cooper ont fondé CooperRiis il y a 10 ans.

Depuis, Lisa Schactman (HTM) travaille dans ce domaine, d’abord au Texas avec des enfants ainsi qu’avec des jeunes en situation difficile via le programme AmeriCorps, puis en Géorgie dans la santé mentale. Ces expériences la mèneront à son poste actuel à CooperRiis à Mill Spring, Caroline du Nord. Le centre se décrit comme une « Healing Farm Community ». Fondé en 2003 par les parents d’une jeune fille souffrant d’une maladie mentale, CooperRiis a adopté une approche différente. Au lieu d’essayer de « réparer » la maladie avec une approche médicamenteuse, la psychologue et directrice Sharon Young et le personnel mettent en place un plan de guérison incorporant plusieurs domaines du bien-être : connexion sociale, spiritualité, productivité et épanouissement, « empowerment » et indépendance, santé émotionnelle et psychologique et enfin apprentissage et créativité. « On encourage les gens à se concentrer sur leur rêve et on les soutient pour qu’il l’atteigne. On ne se focalise pas sur les symptômes », explique Lisa. Une approche holistique encore très rare aux Etats-Unis.

Une résidente de CooperRiis (photo de Beth Beasley, Times-News Correspondent)

Une résidente de CooperRiis (photo de Beth Beasley, Times-News Correspondent)

« Les gens ont le choix entre cinq équipes dont le jardinage, mais aussi la cuisine ou les animaux. Nous cultivons notre nourriture et nous montrons cette interconnexion depuis le fumier des animaux jusqu’au composte et à la nourriture », explique Lisa qui supervise le programme de thérapie horticole. « Nous avons des fruits, des légumes, des herbes, mais aussi des fleurs avec lesquelles nous faisons des bouquets. Pour certains qui n’avaient jamais vu d’où viennent leurs légumes, c’est passionnant. Ils sont très motivés de voir que ce qu’ils font pousser se retrouve sur le bar à salade. » Selon Lisa, le centre ne pratique pas la thérapie horticole traditionnelle avec des objectifs et une documentation des progrès. Comme l’explique, cette vidéo qui donne la parole à des résidents, des familles et des membres du personnel, les plantes ou les animaux peuvent devenir un lien, un point de connexion pour certains patients. Seul ombre à ce tableau idyllique, le coût très élevé des séjours. Pour autant, les Cooper aimeraient voir d’autres centres copier leur modèle partout aux Etats-Unis.

Un paysagiste se lance dans les jardins thérapeutiques

Un des jardins de l'EPHAD de Savigny-le-Temple

Un des jardins de l’EHPAD de Savigny-le-Temple réalisé par O Ubi Campi.

Voici un article que j’ai écrit pour le magazine Le Lien Horticole, un hebdomadaire destiné aux professionnels de l’horticulture ornementale. Il est paru dans le numéro du 4 septembre 2013. Il parle du travail d’Etienne Bourdon, un paysagiste qui croit au pouvoir du jardin pour soigner diverses pathologies et qui a en particulier créé plusieurs jardins dans un EHPAD de Savigny-le-Temple (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) considéré comme le plus grand établissement spécialisé dans les patients atteints de la maladie d’Alzheimer en Europe avec 186 résidents. Mais il a bien d’autres réalisations à son actif et bien d’autres projets dans les cartons.

Cliquez sur le lien pour lire l’article Jardins therapeutiques.

Pour plus d’informations, la rubrique Jardins thérapeutiques du site d’O Ubi Campi.

Anne Ribes nous ouvre les portes de son jardin à la Pitié-Salpêtrière

Les fidèles lecteurs se souviennent peut-être de la thérapeute horticole californienne Suzanne Redell. Alors qu’elle préparait un voyage en Europe, Suzanne m’avait contactée pour me demander si je pourrais organiser la visite d’un jardin de soin pendant son court séjour à Paris. Le candidat parfait s’est imposé facilement : depuis 1997, Anne Ribes anime un jardin au sein d’une unité psychiatrique pour enfants à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. C’est certainement un des jardins de soins les plus anciens en France. Anne accepte de nous accueillir. Je ne vais pas rater cette occasion et je me dois d’accompagner Suzanne ! Il est si facile de se perdre dans les méandres de la Pitié…

Suzanne Redell (gauche) et Anne Ribes dans le jardin d'Anne à la Pitié-Salpêtrière

Suzanne Redell (gauche) et Anne Ribes dans le jardin d’Anne à la Pitié-Salpêtrière

Dans son tablier vert complété d’un ciré et de bottes jaunes, Anne est devenue une figure familière dans cette unité pédopsychiatrique de la Pitié-Salpêtrière. Les enfants l’appellent « Anne jardin ». Dans son livre Toucher la terre, Anne raconte les débuts de l’atelier Potager-Fleurs. «  Dialoguer avec les plantes exige de la régularité, des gestes posés, pensés, réfléchis et répétitifs dans le déroulement de l’atelier. Aller au jardin devient un rituel, avec sa tenue appropriée, gants, bottes, K-way, chapeau…A chaque fois, on commencera par constater ce qu’il y a de changé. On passera du temps à observer. On respectera le calendrier des travaux en taillant, en semant, en dédoublant carottes, navets en temps voulu, en arrosant les légumes qui le demandent », écrit-elle. « Dans la mesure où il s’agit d’enfants impatients, on privilégiera un potager-fleurs à pousses rapides et légumes fragmentés : radis, carottes, fraises…Dans la mesure où les enfants ont des difficultés d’expression, on privilégiera la sensation : terre sèche, terre humide, terre froide, terre chaude, terre granuleuse. »

Je pourrais citer le chapitre entier dans lequel Anne explique comment elle utilise ses 50 m2 (30 m2 supplémentaires viennent de lui être attribués) pour le bonheur des enfants de ce service qui a fait le pari de se concentrer sur des activités plutôt que des médicaments pour aider les enfants. Sur décision de leur médecin, ils viennent par groupe de 4 ou 5. Les enfants qui sont majoritairement autistes sont accompagnés par des soignants,  psychomotriciens ou éducateurs (un adulte pour deux enfants est le bon ratio). Les jeudis après-midis, Anne peut accueillir deux groupes de 45 minutes chacun. Avec des rituels donc. En arrivant au jardin, les enfants chaussent des bottes. A la fin de l’activité, ils écrivent dans le cahier avec Anne et boivent une tisane assis devant la cabane de jardin. Entre les deux, ils plantent, arrosent, récoltent selon les besoins du jardin. Ou ils se passionnent pour un escargot trouvé sur place.

L'arrosage est une activité très prisée des enfants.

L’arrosage est une activité très prisée des enfants.

Isabelle, la psychomotricienne qui accompagne les enfants le jour de notre visite, explique que les enfants apprennent à bêcher, à conduire une brouette, à ouvrir et fermer une porte. Mine de rien, ils travaillent des notions importantes pour leur schéma corporel en répétant ces gestes qui les ancrent dans la réalité. A la fin de la séance, une petite fille pétrit quelques feuilles qui se trouvent à sa portée. Isabelle précise qu’au début, elle arrachait systématiquement les plantes. Elle a beaucoup changé au contact du jardin. Suzanne observe à une distance respectueuse pour ne pas perturber les enfants. Mais après leur départ, elle discute avec Anne, lui montre des photos de son programme à elle en Californie. On sent des différences (l’approche américaine est sans doute plus cadrée et plus organisée), mais on sent surtout une conviction commune que travailler avec le vivant est bénéfique pour les personnes atteintes de troubles mentaux avec lesquelles elles travaillent toutes les deux. (D’autres photos du jardin Potager-Fleur de la Pitié à la fin du billet).

Quelques nouvelles du côté de Suzanne maintenant. Depuis que j’avais décrit voici plus d’un an son programme au Cordilleras Mental Health Center près de San Francisco, il s’en est passé des choses. Suzanne supervise actuellement trois stagiaires issus du Horticultural Therapy Institute. Une des stagiaire est la directrice clinique de Cordilleras qui, séduite par cette discipline, a décidé de l’étudier de plus près. Une belle victoire pour Suzanne ! Une autre stagiaire a 20 ans d’expérience dans le paysagisme et approfondit la dimension « pré-professionnelle » avec certains participants du programme de Suzanne. Le dernier stagiaire a pour objectif de créer un jardin de plantes indigènes en impliquant les résidents dans toutes les étapes du projet. Trois stagiaires, c’est du travail. Mais c’est aussi le signe que le programme est reconnu et ne cesse de prendre de l’ampleur.

Comme si cela ne suffisait pas, Suzanne conduit régulièrement des séances de formation sur la thérapie horticole auprès de personnel psychiatrique, de thérapeutes, d’infirmières dans la région. Pendant l’une de ses séances, elle a « séduit » le directeur adjoint du groupe auquel appartient Cordilleras (Telecare Corporation) qui aimerait introduire des jardins dans les autres établissements du groupe. Elle se lance avec un médecin dans une étude sur les bienfaits de la thérapie horticole et vient d’être contactée par l’hôpital du VA (Veteran Administration) qui voudrait créer un jardin dans son département de soins intensifs pour ces anciens soldats. Occupée, Suzanne ? Oui, plutôt !

Des pensées récemment plantées.

Des pensées récemment plantées.

Anne et Suzanne devant la cabane de jardin où sont entreposés bottes, outils, brouette, etc...

Anne et Suzanne devant la cabane de jardin où sont entreposés bottes, râteaux, binettes, bêches, brouette, etc…

Anne montre un cahier dans lequel elle consigne les activités du jardin (le temps, les travaux, les remarques des enfants,...)
Anne montre un cahier dans lequel elle consigne les activités du jardin (le temps, les travaux, les remarques des enfants,…)

Le jardin vient de s'agrandir...

Le jardin vient de s’agrandir de 30 m2 supplémentaires…

Prix de la Fondation Truffaut : trois premiers jardins récompensés

Sous l’imposante verrière du Grand Palais transformé en immense jardin à l’occasion de l’événement L’Art du jardin, trois jardins ont été distingués, chacun dans leur catégorie : pédagogique, insertion et thérapeutique. C’est la première fois que la toute jeune Fondation Truffaut organise ces prix, en grande partie pour attirer l’attention sur son action et amener plus de jardins à solliciter son aide. On espère que son appel sera entendu. Je rappelle que la Fondation m’avait gentiment demandé de faire partie du jury. J’étais donc aussi de la fête pour la remise des prix le jeudi 31 mai et mise à contribution pour remettre l’un d’eux. Dehors, il pleuvait à verse. A l’intérieur, l’ambiance était chaleureuse, presque tropicale.

L'association Talégalle reçoit son prix, entourée de Patrick Mioulane, Bruno Lanthier, Carole Renucci et Daniel Joseph.

L’association Talégalle reçoit son prix, entourée de Patrick Mioulane, Bruno Lanthier, Carole Renucci et Daniel Joseph.

Dans la catégorie pédagogique, « Le Grand Jardin » de l’école maternelle de Saint-Quentin-la-Poterie est récompensé pour son action auprès des jeunes enfants. Animé par l’association Talégalle, ce jardin se compose de 12 jardins carrés, d’une parcelle de blé de 50 m2 et de cultures sur buttes (pommes de terre, haricots,…). Il donne l’occasion aux enfants d’apprendre les gestes du jardinier : semer, planter, arroser. Récemment, les élèves ont aussi organisé une exposition de photos prises au jardin. Si vous êtes des fidèles de ce blog, vous connaissez déjà l’association Talégalle que je vous avais présentée en décembre dernier. Félicitations à Matthieu, Caroline et les autres.

Bruno et Elizabeth de la Maison des Aulnes, deux des jardiniers du jardin d'Epi Cure, reçoivent le prix avec Stéphane Lanel, Jean-Paul et Anne Ribes.

Bruno et Elizabeth de la Maison des Aulnes, deux des jardiniers du jardin d’Epi Cure, reçoivent le prix avec Stéphane Lanel, Jean-Paul et Anne Ribes.

Dans la catégorie thérapeutique, le lauréat vous est aussi connu. C’est le jardin d’Epi Cure de la Maison des Aulnes, un jardin que j’ai eu la chance de visiter l’hiver dernier. Elisabeth et Bruno représentaient les résidents des Aulnes à côté de Stéphane, Anne et Jean-Paul. Une belle aventure racontée dans une vidéo filmée sur place et racontée également dans l’émission Pixel du 31 mai consacrée à l’hortithérapie. Plus que jamais, ce projet démontre comment des participants convaincus et des animateurs passionnés peuvent faire des miracles dans le jardin. Un grand bravo et bonne continuation.

Des élèves qui participent au Jardin Extraordinaire de Saintex sont venus recevoir le prix récompensant leur jardin avec leurs professeurs.

Des élèves qui participent au Jardin Extraordinaire de Saintex sont venus recevoir le prix récompensant leur jardin avec leurs professeurs.

Enfin, dans la catégorie insertion, c’est la Segpa du collège Antoine de Saint-Exupéry d’Ermont dans le Val-d’Oise qui remporte le prix. Une Segpa, c’est une section d’enseignement général et professionnel adapté, des classes qui accueillent des jeunes en grande difficulté scolaire. L’objectif est de leur redonner confiance en eux et le goût d’apprendre. Le jardin a semblé un bon moyen d’y arriver. Quelques professeurs, un employé de Truffaut, une aide financière et voilà le projet qui sort de terre plus vite que prévu. Pour boucler la boucle, les jeunes cuisinent leur récolte pour leurs profs. A la fin juin, j’ai l’intention d’aller visiter le Jardin extraordinaire de Saintex lors d’une soirée porte ouverte. A bientôt au Jardin extraordinaire…

A l’EHPAD d’Onzain, un jardin sort des cartons

Quelques fleurs d'entrée de jeu

Quelques fleurs d’entrée de jeu

Autre région, autre EPHAD, autre équipe, mais les problématiques sont souvent similaires. Infirmière, Paule Lebay commence à travailler dans l’unité protégée de l’EPHAD La Treille à Onzain (Loir-et-Cher, près de Blois) avec des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer et de démences apparentées. « L’unité protégée a des baies vitrées vers l’extérieur et elle est censée être ouverte. Mais par souci de sécurité, on ne laisse pas sortir les résidents. Nous sommes dans un bâtiment tout neuf entouré d’un parc et d’une zone boisée, mais ils n’en profitent pas. Cela me gênait beaucoup dans ma pratique des soins », explique cette amoureuse des jardins. Devenue infirmière coordinatrice, elle s’occupe désormais de l’accueil de jour où les participants ont les mêmes troubles, mais vivent chez eux. Le but de l’accueil de jour est de maintenir le lien social et l’autonomie à travers des activités afin que le maintien à domicile puisse se poursuivre aussi longtemps que possible.

Jean-Paul Ribes apprécie la qualité de la terre

Pendant la visite au futur jardin, Jean-Paul Ribes apprécie la qualité de la terre

« J’ai proposé au directeur de l’établissement de faire un jardin. Il a été d’accord, mais m’a dit que je devrais me débrouiller toute seule. Il m’a parlé d’une formation sur le jardin de soin à Chaumont [à quelques kilomètres de l’autre côté de la Loire, NDLR] », explique Paule. En octobre 2012, elle suit cette formation et son projet devient un exercice pratique pour tout le groupe qui se rend sur place comme je l’ai raconté ici. « Je ne suis pas paysagiste. J’avais l’idée et l’éthique, mais pas les connaissances en horticulture. La formation m’a permis de comprendre ce qu’il faudrait trouver dans le jardin pour que ce soit un jardin de soin. » Après la formation, elle travaille son dossier, « un peu tous les jours, sur mon temps personnel, pour ne pas que le soufflé retombe. » Elle est convaincue que le futur jardin doit obligatoirement permettre de jardiner. « Ce n’est pas que de l’ornemental, il faut un endroit réservé à la pratique avec des bacs de culture. Il faut organiser des activités comme le ramassage des graines, la confection de bouquets ou les semis. En parlant avec les gens, je me suis aperçue que certains n’aimaient pas jardiner, mais aimaient tailler. Il faut donc prévoir des arbustes à tailler comme des forsythias ou des groseilliers à fleurs. Il faut aussi des plantes qui marquent les saisons comme le lilas ou le muguet. » Si on lui répond que le muguet ou le chèvrefeuille dont l’odeur déclenche des choses dans la mémoire sont toxiques, Paule est consciente du risque. « Je prends ce risque car c’est pour leur bien-être et pour la stimulation. »

Sébastien Guéret, un autre pionnier de l'hortithérapie en France, apporte ses lumières à Paule.

Sébastien Guéret, un autre pionnier de l’hortithérapie en France, apporte ses lumières à Paule.

Toujours à l’affût d’idées et confrontée à de nouvelles questions, Paule cherche des réponses sur un groupe Google créé à l’issue de la formation qu’elle a suivie à Chaumont (pour rejoindre le groupe Jardins de soin, me contacter). « Une membre du groupe a parlé d’une charte du jardin qu’elle élabore dans son établissement et elle va me la faire passer. Un autre membre a fait une liste d’observations sur le comportement des patients Alzheimer qui m’a été très utile. C’est hyper enrichissant », rapporte Paule. Lors d’une seconde session de formation à Chaumont au mois d’avril, elle a reçu les participants dans son futur jardin et une nouvelle idée est née. « Je vais créer une noue, une sorte de rigole pour évacuer l’eau du terrain qui est très humide et argileux. Cela va représenter une économie de 50% sur mon projet initial de terrassement et permettra d’avoir des plantes de berge et des plantes aquatiques. »

Après les questions techniques, le problème du financement est la question qui fait perdre le sommeil à Paule. Sans soutien financier de l’établissement ou du département, elle tape à d’autres portes. « J’ai contacté des fondations dont la Fondation Truffaut qui m’a déjà alloué une aide. Le directeur du magasin voisin m’a proposé de l’aide et des conseils. L’assurance AG2R La Mondiale m’a également promis une aide. J’ai fait des dossiers auprès de Carrefour, Total, de plusieurs laboratoires pharmaceutiques car nous sommes de gros consommateurs de médicaments. » Précisons que Paule a créé une association pour faciliter ses démarches et demandes de financement. Pour l’instant, il ne se passe rien sur le terrain. Paule a pu acheter du bois pour fabriquer des bacs. Mais elle ne les a pas installés car le terrassement doit être la première étape. « Je ne veux pas créer quelque chose pour le défaire ensuite. Je pense que ça ne serait pas bon pour les résidents. »

En attendant, une petite partie du jardin qui ne sera pas remaniée accueille quelques plantes : du muguet, des pensées, des radis que les participants ont plantés. Par ailleurs, Paule remplace parfois une collègue dans l’unité protégée et elle en profite pour mener quelques ateliers de jardinage dans le patio. Avec beaucoup de succès. « Je suis aidée par deux dames de l’accueil de jour et nous arrivons avec le matériel, des graines, des arrosoirs. Alors qu’ils étaient installés devant la télé, les résidents se retrouvent dehors. Une dame qui ne parlait pas a pu toucher l’eau dans l’arrosoir et son visage s’est éclairé d’un sourire immense. Une autre dame a laissé ses deux canes anglaises et elle est partie en boitant avec un arrosoir faire le tour du patio. Il ne faut pas avoir de préjugés sur ce qu’ils peuvent faire et il ne faut pas les culpabiliser. L’activité se termine par un goûter dehors. Les soignants se rendent compte que ce n’est pas plus de travail, au contraire car les résidents sont occupés. » Paule estime que ces activités de jardinage, malheureusement trop ponctuelles, offrent plusieurs bénéfices. « Ils s’entraident et cela crée du lien entre eux, ce qui est un des objectifs. Ces activités changent le rapport entre les soignants et les soignés car là on leur demande leur avis, on valorise ce qu’ils font. »

« J’avance doucement, pas aussi vite que je le souhaiterais. » Mais après plusieurs mois d’investissement dans son projet, Paule peut faire profiter ceux et celles qui sont tentés par l’aventure de quelques conseils. « Il faut s’entourer et se créer un réseau. Je suis soignante et j’ai besoin d’idées en horticulture que d’autres peuvent me donner en quelques minutes car c’est évident pour eux. Avec un groupe qui soutient le projet et attend sa réalisation, on se sent portée. Il faut garder confiance car il y a des hauts et des bas et on se sent seule parfois. Il est important de se déplacer pour voir d’autres réalisations dont on tire toujours quelque chose, mais aussi pour aller se présenter quand on demande quelque chose car on fait une plus forte impression. » Si Paule se bat et donne bénévolement de son temps pour ce projet, c’est parce qu’elle convaincue que le jardin de soin améliorera la qualité de vie des personnes âgées. « En maison de retraite, on n’est pas là à attendre la mort. Oui, on a des projets de vie. Mais il ne faut pas que les activités soient infantilisantes. Il faut proposer des choses qui leur plaisent. » Comme un jardin.

Le Jardin d’Olt : les résidents d’une maison de retraite rurale renouent avec la terre

Le patio de 800 m2 était jusque là inutilisé et inaccessible.

Le patio de 800 m2 était jusque là inutilisé et inaccessible.

Remède contre l’enfermement, le jardin intérieur de l’hôpital-maison de retraite Etienne Rivié à Saint Geniez d’Olt dans l’Aveyron est né d’une contrainte architecturale et du constat d’une psychologue nouvellement arrivée. « Nous étions confrontés à un problème avec deux unités fermées pour les personnes les plus dépendantes qui n’avaient aucun accès sur l’extérieur à cause d’une pente non conforme pour les fauteuils roulants. Des personnes sont coincées là depuis des années et ne peuvent que rarement aller dehors quand un soignant peut les accompagner », explique Cécile Ratsavong-Deschamps, psychologue et présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages. « Ce qui m’a frappée, c’est que pour la plupart des résidents et de leurs familles il est naturel d’être dehors et de cultiver la terre. En entrant en institution, ils font le deuil d’aller dehors et de travailler la terre. » Les deux unités fermées hébergent 70 personnes, dont une vingtaine se déplacent avec un déambulateur et le reste en fauteuil roulant. Un tiers des résidents sont atteints de démences de type Alzheimer, un tiers de troubles psychiatriques anciens et enfin un tiers sont en fin de vie et en soins palliatifs.

Citadine récemment débarquée dans ce milieu rural, Cécile constate que « leur vie agricole est la seule chose dont ils parlent avec animation et qui les rend vivants. » Avec le médecin de l’unité, elle forme un groupe de travail sur l’enfermement et la contention. Une alternative à l’enfermement est naturellement d’aller dehors. Les unités disposent justement d’un patio de 800 m2 qui n’est pas utilisé. Tirer profit de cet espace devient une évidence. « En lisant les articles principalement américains, je me suis rendu compte qu’il fallait un projet cohérent et adapté à notre population. Si on ne permettait pas l’accès pour tous, c’était l’échec assuré. »

Le projet proposé par la paysagiste Laurence Garfield.

Le projet proposé par la paysagiste Laurence Garfield.

Le groupe de travail procède avec méthode : une analyse des besoins sonde à la fois les résidents, leurs familles et le personnel. Terrasse à l’ombre, oiseaux et poissons, jardinage avec une préférence pour la culture des fleurs, les envies se dessinent. L’ergothérapeute et le kiné de l’établissement s’associent au projet et une paysagiste, Laurence Garfield, se met au travail. Elle vient de rendre un avant-projet pour l’aménagement du jardin intérieur. La phase conceptuelle a été financée grâce à des subventions du Conseil général, de la mairie et du Crédit Agricole. L’établissement a également donné une subvention à l’association Médecines, Cultures et Paysages qui s’est créée justement pour être porteuse du projet et obtenir des financements plus facilement. « Nous nous heurtons à des problèmes financiers et institutionnels. Ce n’est pas simple de mettre en place un tel projet », reconnaît Cécile.

Sur ce chemin difficile, il y a de bonnes nouvelles qui mettent du baume au cœur : le prix Mémoire Vive de la Carsat de Midi-Pyrénées assorti d’une subvention en 2012, puis un Trophée de l’accessibilité 2013 dans la catégorie Collectivité territoriale de moins de 5000 habitants décerné par le Conseil National du Handicap et l’association Accès pour tous. « Ce trophée nous a permis de communiquer vers l’extérieur et d’avoir une reconnaissance institutionnelle. Cela donne de l’élan. » Outre rendre le jardin accessible librement, l’idée est bien de proposer des ateliers de jardinage et d’hortithérapie. « Personne n’est formé ici. Nous aimerions envoyer quelques personnes se former à Toulouse [formation à l’hortithérapie sous la direction de Jean-Luc Sudres à l’université Toulouse-Le Mirail, NDLR] », explique Cécile. « Nous voulons que les résidents se réapproprient le rapport à la terre dont ils ont fait le deuil et transmettent leur savoir. »

Des bénévoles arrachent des haies pour faire place à des carrés de culture et des jardinières de récupération.

Des bénévoles arrachent des haies pour faire place à des carrés de culture et des jardinières de récupération.

Courant mai, les premières activités ont animé le jardin. Le temps d’un weekend, des bénévoles (sans argent, on se débrouille autrement) ont arraché des haies et retourné la terre. Huit carrés au sol ont été préparés et des jardinières en bois ont été récupérées auprès de la mairie (récup et débrouillardise là encore). « Depuis, nous avons fait deux premiers ateliers mémoire au jardin. Trois professionnelles – une animatrice, une ergothérapeute et moi – avons travaillé avec cinq résidents à la fois. On a choisi des fleurs, des couleurs et où les mettre. Moi, je travaille le côté mémoire et transmission de leur savoir-faire. L’animatrice va les aider à réaliser les plantations. Les résidents pourront travailler sur les jardinières et elle fera le travail au sol. » Résultat de cette première expérience au jardin ? « Ils étaient enchantés. Chacun y trouve sa place pour s’exprimer à sa façon. »

La bande de bénévoles qui a entrepris les premiers aménagements début mai.

La bande de bénévoles qui a entrepris les premiers aménagements début mai.

L’intention de l’équipe est de mener un projet de recherche pour mesurer l’impact du jardin sur la qualité de la vie et les troubles du comportement chez les résidents. « On voit beaucoup d’anxiété, d’agitation et de déambulation parce qu’ils sont enfermés. Je vois que les anglo-saxons travaillent sur l’évaluation. J’ai l’impression qu’en France, les choses qui se font sont moins valorisées. » Pour l’instant, le jardin n’est pas ouvert librement car cela nécessiterait des travaux d’aménagement importants. « Mais c’est prévu dans le projet », affirme Cécile avec optimisme.

Le Bonheur est dans le jardin fête son premier anniversaire

Le 16 mai dernier, j’écrivais le premier billet du Bonheur est dans le jardin pour expliquer mes intentions (donner à voir des programmes d’hortithérapie, susciter des idées et des envies chez des lecteurs francophones). Une semaine plus tard, je racontais le premier exemple, un programme d’initiation à l’horticulture qui accueille une trentaine d’étudiants porteurs de divers handicaps physiques, mentaux et comportementaux au Solano Community College près de San Francisco. Depuis, au rythme d’un billet par semaine, je navigue entre les Etats-Unis et la France pour raconter des initiatives dans des maisons de retraite, des hôpitaux psychiatriques, des prisons,…Je chronique aussi les initiatives de formation.

Pour lundi prochain, j’ai en réserve un billet sur un projet passionnant dans une maison de retraite aveyronnaise. Je suis épatée du nombre d’initiatives que l’on découvre en creusant. Pour ne rater aucun épisode et recevoir le Bonheur par email tous les lundis, pensez à vous inscrire (onglet Suivre). N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou à me contacter si vous participez à un projet de thérapie horticole dont vous voudriez que je parle.

Une hortithérapeute dans la peau de ses patients

Sue Kaylor avec une patiente

Sue Kaylor avec une patiente

Il y a 20 ans, le monde de Sue Kaylor a basculé. En mai 1993, elle est victime d’une hémorragie cérébrale. Evacuée par avion vers un hôpital voisin, elle subit une intervention pour arrêter l’hémorragie. Pendant trois mois, elle restera hospitalisée et réapprendra à marcher, à parler, à lire et à écrire. Aujourd’hui, Sue va beaucoup mieux. La paralysie qui affectait son côté droit s’est résorbée. Elle souffre parfois encore de troubles de la mémoire. C’est pourquoi quand je l’appelle chez elle pour qu’elle me parle de son travail en thérapie horticole, son compagnon Chris participe à la conversation et l’aide lorsqu’elle oublie un détail.

C’est justement Chris qui, à l’hôpital alors qu’elle ne pouvait pas parler, a remarqué l’envie de Sue de toucher les plantes. « Une thérapeute me poussait en fauteuil roulant à côté d’une jardinière de soucis et j’avais très envie de couper les fleurs fanées. Chris a compris », explique Sue. « J’avais toujours aimé jardiner, ma grand mère était une passionnée de jardin. Mais là, le jardinage a pris une nouvelle dimension. » De retour chez elle après trois mois à l’hôpital, elle s’installe parfois sur une couverture pour jardiner et se débrouille comme elle peut en utilisant sa main gauche.

Les patients gardent leurs créations. Sue a constaté que, depuis 20 ans, la durée des séjours à l'hôpital a beaucoup diminué. Les séjours d'un mois, au lieu de trois, sont devenus plus fréquents.

Les patients gardent leurs créations. Sue a constaté que, depuis 20 ans, la durée des séjours à l’hôpital a beaucoup diminué. Les séjours d’un mois, au lieu de trois, sont devenus plus fréquents.

Son intérêt pour la thérapie horticole va faire son chemin lentement. Alors qu’elle n’a pas encore retrouvé toutes ses capacités, Sue se lance dans le bénévolat auprès de patients qui lui ressemblent. Le personnel de l’hôpital la dirige naturellement vers des patients qui ont souffert un AVC ou un traumatisme crânien. Elle découvre alors le livre The Enabling Garden : Creating Barrier-Free Gardens de Gene Rothert qui fut pendant 32 ans le directeur des programmes de thérapie horticole au Chicago Botanical Garden. Publié en 1994, ce livre est considéré comme un ouvrage fondamental pour comprendre comment rendre le jardinage accessible à tous. Il lui donne envie d’aller plus loin et elle suit la formation pour devenir une « master gardener » en Caroline du nord. Mission accomplie en 1998.

Elle se rapproche du personnel soignant du Charlotte Institute of Rehabilitation et commence à jardiner avec des patients. « J’amenais des plantes de mon jardin, du romarin, de la lavande, de l’eucalyptus. Les odeurs sont très importantes. » Après 5 ans, elle change d’établissement pour se rapprocher du Carolinas Medical Center – Mercy Hospital toujours à Charlotte en Caroline du nord.

Sue jardine à l'intérieur, les patients adorent toucher la terre.

Sue jardine à l’intérieur, les patients adorent toucher la terre.

« Je travaille avec une récréothérapeute, Kate Smith. Elle évalue les patients sur des éléments cliniques et elle sait quand ils sont prêts. Moi, j’ai la connexion avec eux. Même s’il n’y a pas deux cas pareils, j’y suis passée avant eux. Je leur explique qui je suis », raconte Sue. « Nous travaillons à l’intérieur. Le personnel amène 4 ou 5 patients. J’ai tout le matériel nécessaire, la terre et les plantes. Le toucher est très important ainsi que les odeurs. S’ils souffrent de paralysie, ils compensent. » Sue croit tellement dans la force des plantes dans le processus de guérison que ce travail bénévole est devenu une partie importante de sa vie. Lorsqu’un patient se prend au jeu – comme cet homme tellement plongé dans son activité qu’il a enlevé le bandeau sur son œil pour mieux voir ou cette femme enchantée de voir ses graines de tournesol germer au bout d’une semaine, Sue est récompensée.

Un atelier d’horticulture en IME : de la découverte à une orientation professionnelle

Jean-Luc Valot avec un jeune qui apprend à conduire un engin sur un chantier.

Jean-Luc Valot avec un jeune qui apprend à conduire un engin sur un chantier.

Jean-Luc Valot est éducateur technique spécialisé à l’Institut Médico Educatif (IME) Le Prieuré à Saint-Vigor à côté de Bayeux. Avec les jeunes, il travaille depuis 20 ans avec les plantes. D’abord quelques définitions pour ceux qui ne viennent pas du monde médico-social. Un IME accueille des enfants qui souffrent de déficience intellectuelle légère avec ou sans troubles de la personnalité et du comportement associés. Ils arrivent dans un IME sur décision de la Commission des Droits et de l’Autonomie (CDA). L’IME Le Prieuré reçoit 20 filles en internat et 
42 garçons ou filles en semi-internat. Leur âge varie de 6 à 16 ans au moment de leur admission. Leur semaine comporte 4 ½ jours avec une demi-journée le mercredi.

Quant à un éducateur technique spécialisé (ETS), c’est « un travailleur social qui contribue à l’intégration sociale et à l’insertion professionnelle de personnes handicapées ou en difficulté. Il met en place auprès de ces personnes un accompagnement professionnel, éducatif et social en s’appuyant principalement sur l’organisation d’activités techniques et la mise en œuvre de projets de formation professionnelle adaptée. » Jean-Luc a deux BTS en horticulture, 5 ans d’expérience en entreprise et une expérience avec des adultes en ESAT (Etablissement et service d’aide par le travail) avant son arrivée en 1992 à l’IME Le Prieuré où il a créé l’atelier horticulture.

Au Prieuré, les enfants sont encadrés par trois équipes : une équipe éducative de professeurs des écoles spécialisés, une unité médicale (médecin, pédopsychiatre, psychologues, infirmière, psychomotricienne) et une unité psychopédagogique dont fait partie Jean-Luc. Outre la classe et les activités sportives et créatives, les jeunes fréquentent des ateliers sur quatre thèmes : maintenance/bâtiment, cuisine, hébergement (hygiène, couture,…) et horticulture. Pour les plus jeunes, ces activités se font sous forme d’ateliers de découverte. Sur deux ans, ils explorent les quatre thèmes à raison d’environ trois heures par semaine. En grandissant, les jeunes abordent les quatre thèmes sous l’angle de la formation pré-professionnelle, puis professionnelle.

La salle découverte de l'IME et une vue sur les jardins

La salle découverte de l’IME et une vue sur les jardins

« En horticulture, nous travaillons sur l’environnement, le climat, la terre, les animaux, les étoiles toujours en lien avec leurs maitresses et pour travailler sur des compétences transférables », explique Jean-Luc. « Je dois toujours me baser sur du concret et pouvoir leur montrer. » Concrètement, il a équipé les postes informatiques de sa salle de microscopes et de loupes binoculaires dont les images sont retransmises sur un grand écran. « Quand je leur dis qu’une plante est malade, je peux leur montrer. On peut regarder la terre, le compost. Comme tout le monde regarde ensemble, il y a de l’interaction entre les jeunes. » Pour montrer qu’une plante est bien vivante, Jean-Luc a des trucs : le gros bulbe d’un amaryllis qu’on voit grandir grâce à des repères ou le mimosa sensitive qui se rétracte quand on le touche.

Jean-Luc explique les spécificités de l’enseignement qu’il pratique. « Ils sont très curieux, mais ils sont curieux en périphérie. Ils restent à distance. Ce ne sont pas des cours magistraux, mais une pédagogie active et différenciée. Par exemple, il y a des lecteurs et des non-lecteurs. On est là pour transmettre quelque chose et être dans la bienveillance en reconnaissant ce qu’ils sont. Il ne faut pas que je leur dise tout, il faut qu’ils déduisent, qu’ils raisonnent, qu’ils vérifient. » Comment réagissent les enfants devant le vivant ? « Ils ont un rapport au vivant extraordinaire. Ils aiment malaxer la terre, patouiller. Certains aiment parfois casser des plantes. Ils ont aussi un rapport fort aux odeurs. Ils réagissent à l’odeur des jacinthes à côtés desquelles ils trouvent que les jonquilles ne sentent pas grand chose. Nous recherchons des interactions verbales avec eux. »

Le poulailler a été une source d'apprentissages multiples pour les jeunes.

Les poules et le poulailler ont été une source d’apprentissages multiples pour les jeunes.

En feuilletant le cahier de découverte d’un de ses élèves, il énumère les sujets abordés depuis le début de l’année : la serre qui est la maison des plantes, l’arrosage parce que la plante a soif, une couronne de l’Avent pour signifier le temps qui passe, des portraits de canards, le recyclage, l’œuf. Car le maître projet cette année a été la réalisation d’un poulailler en collaboration avec un jeune éducateur technique spécialisé stagiaire. « Il a fallu construire le poulailler, trouver les poules, faire des devis pour le blé, l’orge, le maïs pour les nourrir. Nous avons aussi décidé de construire un enclos pour les protéger des chats, des fouines, des belettes », rapporte Jean-Luc. « Nous venons de décider de vendre les œufs au sein de l’établissement pour nous auto subventionner. Nous avons dû demander l’aide des services généraux et de la maison de retraite voisine pour s’occuper des poules pendant les vacances. » Dans chaque cas, les jeunes partent d’une observation et débouche sur une problématique. Ils doivent trouver des solutions et tester des hypothèses.

Deux jeunes en train de créer une parcelle

Deux jeunes en train de créer une parcelle

Avec les plus grands à partir de 14 ans, l’objectif en horticulture est la production (pas le rendement, précise l’éducateur) dans un objectif professionnel. Chacun est responsable d’une zone dans le parc de 3 ½ hectares qui entoure l’établissement. « Nous faisons du lourd car nous sommes bien équipés en matériel. Ils sont très respectueux de ce qu’ils font. Nous avons une zone où il est permis de cueillir les fleurs », explique Jean-Luc. « Les jeunes ont participé à la création d’un jardin dans l’unité Alzheimer de la maison de retraite. » Ils commencent aussi à faire des stages. Ceux qui sont intéressés par l’horticulture pourront poursuivre dans des centres horticoles et de CFA. «Nous ne sommes pas un centre de formation qui fait passer le CAP. Nous sommes là pour transmettre des connaissances et préparer les jeunes à devenir acteurs de leur vie future », conclut Jean-Luc Valot est très clair sur certaines valeurs qu’il veut transmettre aux jeunes : l’horticulture bio et la récupération pour ne pas rentrer dans le jeu de la société de consommation, par exemple.

Matt Wichrowski, un thérapeute horticole récompensé et…exproprié

Matt Wichrowski, hortithérapeute depuis presque 20 ans au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine  à New York

Matt Wichrowski, hortithérapeute depuis presque 20 ans au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine à New York

C’est une star de l’hortithérapie aux Etats-Unis. Matt Wichrowski vient de recevoir le « Horticultural Therapy Award » de la American Horticultural Society. « C’est un honneur car c’est une des plus prestigieuses récompenses dans le domaine. Et je ne sais toujours pas qui m’a nominé », explique-t-il, encore sous le choc. Voici presque 20 ans qu’il travaille au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine à New York et plus spécifiquement au Enid A. Haupt Glass Garden. Malheureusement, ce jardin, qui a subi de gros dégâts pendant l’Ouragan Sandy en Octobre 2012, était déjà condamné pour permettre l’agrandissement de l’hôpital. Dans ce contexte, le prix sonne comme un prix de consolation.

Mais revenons en arrière. Après avoir soigné des vétérans de la Seconde guerre mondiale, le docteur Howard Rusk est convaincu que la médecine de réadaptation, cette « rehabilitation medecine » qu’il sera le premier à pratiquer dans son service à partir de 1948, doit avoir une approche holistique. « Il avait l’esprit ouvert à toutes formes de thérapies efficaces », explique Matt Wichrowski. Le docteur Rusk était également convaincu des effets bénéfiques de la nature pour les patients. C’est ainsi que, dès les années 1950, un don permet de construire le Enid A. Haupt Glass Garden où les patients viennent profiter de la nature, mais aussi travailler, planter et s’occuper des plantes. Sont venus s’ajouter par la suite deux autres espaces : le Perennial Garden en 1989 pour l’agrément des patients, particulièrement ceux en fauteuils, et à partir de 1998, le Children’s PlayGarden où les enfants pouvaient faire leur rééducation à l’extérieur tout en jouant.

Les trois jardins et l’ancien « Rusk Institute of Rehabilitation Medicine » vont donc être démolis pour faire place à un nouvel ensemble de soins intensifs de plusieurs étages, le Helen L. et Martin S. Kimmel Pavilion, qui devrait ouvrir ses portes en 2017. Dans le même temps, le centre de médecine de réadaptation déménagera, mais ne retrouvera apparemment pas ses jardins.

Matt travaillant avec un groupe

Matt travaillant avec un groupe

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Matt Wichrowski continue ses activités de thérapie horticole à l’intérieur. « Nous continuons les activités avec les patients en psychiatrie, les épileptiques, la réadaptation générale et la réadaptation cardiaque. Je travaille au chevet des patients pour l’épilepsie et en groupes dans les autres cas. J’ai un chariot qui me sert pour faire du rempotage, des semis et des activités de saison. » L’équipe se compose de deux thérapeutes horticoles à temps plein et de deux autres à mi-temps. Certains de ses collègues interviennent dans des unités disséminées dans New York et travaillant avec des malades atteints de cancers et des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer. « Les bénéfices que nous recherchons sont la réduction du stress, la socialisation et des bienfaits cognitifs. » Il s’est intéressé à la thérapie horticole un peu par hasard. « J’avais une maitrise en travail social et une licence en psychologie et en philosophie. Je travaillais avec des adultes autistes et l’opportunité s’est présentée de rénover une serre. J’ai vu une immense différence dans leur humeur », se souvient-il. De là, il a commencé à travailler au Rusk Institute avec Nancy Chambers, la directrice des jardins.

Quand la possibilité se présente, Matt aime étudier et démontrer l’efficacité des activités de thérapie horticole. « Nous avons fait une étude qui a été publiée dans le Journal of Cardiopulmonary Rehabilitation. Elle montrait que les patients qui suivaient une activité de thérapie horticole avait un rythme cardiaque plus bas et étaient moins agités après l’atelier que d’autres suivant un cours d’éducation du patient. » Voici au passage une liste de publications du Rusk Institute. D’ailleurs, Matt pilote pour l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) un groupe de travail dédié à la recherche. « Nous aidons ceux qui veulent conduire des études avec des ressources, une bibliographie et des recommandations. Je dirais qu’on voit de plus en plus de recherche dans ce domaine et plus d’intérêt à l’international. J’ai parlé avec des gens en Allemagne, en Autriche, en Angleterre, en Australie, en Egypte et en France. »

Enfin, Matt écrit un blog, Healing Green , pour le site du magazine Psychology Today. « Je parle de comment on peut utiliser la nature pour améliorer notre qualité de vie. Je parle de mon travail, je donne des références. C’est pour le grand public et jusqu’aux professionnels. »

Matt avec un patient

Matt avec un patient