Jardins et Santé : des particuliers ouvrent leurs jardins pour soutenir les jardins à but thérapeutique

Les Jardins de la Bouthière à Chenôves dans la Saône-et-Loire seront ouverts pendant plusieurs week-ends pour apprécier les pivoines, les roses anciennes, les asters,…

Les Jardins de la Bouthière à Chenôves dans la Saône-et-Loire seront ouverts pendant plusieurs week-ends pour apprécier les pivoines, les roses anciennes, les asters,…

Je vous ai déjà parlé de Jardins et Santé à l’occasion de son symposium en novembre 2012. Depuis environ 7 ans, l’association collecte des fonds pour encourager le développement de jardins à but thérapeutique et la recherche clinique dans le domaine des maladies cérébrales. Elle s’est inspirée du modèle anglais du National Gardens Scheme qui consiste à organiser des visites de jardins particuliers pour collecter des fonds pour poursuivre ses objectifs. Un cercle vertueux en quelque sorte avec des jardiniers qui soutiennent d’autres jardiniers.

Ces jours-ci, la campagne 2013 commence et les premiers jardins s’ouvrent dans presque toutes les régions de France. Les journées d’ouverture, concentrées sur mai et juin, s’étalent jusqu’en septembre, voire octobre. Mais n’attendez pas. Vos quelques euros de contribution contribueront à la création de jardins à but thérapeutique dans des hôpitaux, des maisons de retraite ou encore des centres médico-sociaux. Pour connaître la liste des jardins ouverts à proximité de chez vous, allez sur le site de Jardins et Santé, puis cliquer sur une des régions dans la liste à droite.

« Ce qui rend la visite attrayante, c’est que les propriétaires racontent leur jardin et partagent leur savoir. Ce ne sont pas nécessairement des grands experts en horticulture, mais des amoureux du jardin », explique Bénédicte Micheau, bénévole de l’association et déléguée en Rhône-Alpes. « Ils passent souvent beaucoup de temps pour se préparer à la visite. » Un privilège donc de visiter ces jardins privés, habituellement fermés pour la plupart, et d’échanger entre jardiniers. N’hésitez pas à partager autour de vous.

L’association rappelle que tous les propriétaires de jardins qui aimeraient ouvrir leurs portes sont les bienvenus tout comme les bénévoles intéressés par l’action de Jardins et Santé. Ils peuvent se mettre en contact avec l’association à travers son site. En septembre, l’association espère ouvrir des jardins à but thérapeutique réalisés avec son aide. On en reparlera sûrement…

Un atelier d’horticulture en IME : de la découverte à une orientation professionnelle

Jean-Luc Valot avec un jeune qui apprend à conduire un engin sur un chantier.

Jean-Luc Valot avec un jeune qui apprend à conduire un engin sur un chantier.

Jean-Luc Valot est éducateur technique spécialisé à l’Institut Médico Educatif (IME) Le Prieuré à Saint-Vigor à côté de Bayeux. Avec les jeunes, il travaille depuis 20 ans avec les plantes. D’abord quelques définitions pour ceux qui ne viennent pas du monde médico-social. Un IME accueille des enfants qui souffrent de déficience intellectuelle légère avec ou sans troubles de la personnalité et du comportement associés. Ils arrivent dans un IME sur décision de la Commission des Droits et de l’Autonomie (CDA). L’IME Le Prieuré reçoit 20 filles en internat et 
42 garçons ou filles en semi-internat. Leur âge varie de 6 à 16 ans au moment de leur admission. Leur semaine comporte 4 ½ jours avec une demi-journée le mercredi.

Quant à un éducateur technique spécialisé (ETS), c’est « un travailleur social qui contribue à l’intégration sociale et à l’insertion professionnelle de personnes handicapées ou en difficulté. Il met en place auprès de ces personnes un accompagnement professionnel, éducatif et social en s’appuyant principalement sur l’organisation d’activités techniques et la mise en œuvre de projets de formation professionnelle adaptée. » Jean-Luc a deux BTS en horticulture, 5 ans d’expérience en entreprise et une expérience avec des adultes en ESAT (Etablissement et service d’aide par le travail) avant son arrivée en 1992 à l’IME Le Prieuré où il a créé l’atelier horticulture.

Au Prieuré, les enfants sont encadrés par trois équipes : une équipe éducative de professeurs des écoles spécialisés, une unité médicale (médecin, pédopsychiatre, psychologues, infirmière, psychomotricienne) et une unité psychopédagogique dont fait partie Jean-Luc. Outre la classe et les activités sportives et créatives, les jeunes fréquentent des ateliers sur quatre thèmes : maintenance/bâtiment, cuisine, hébergement (hygiène, couture,…) et horticulture. Pour les plus jeunes, ces activités se font sous forme d’ateliers de découverte. Sur deux ans, ils explorent les quatre thèmes à raison d’environ trois heures par semaine. En grandissant, les jeunes abordent les quatre thèmes sous l’angle de la formation pré-professionnelle, puis professionnelle.

La salle découverte de l'IME et une vue sur les jardins

La salle découverte de l’IME et une vue sur les jardins

« En horticulture, nous travaillons sur l’environnement, le climat, la terre, les animaux, les étoiles toujours en lien avec leurs maitresses et pour travailler sur des compétences transférables », explique Jean-Luc. « Je dois toujours me baser sur du concret et pouvoir leur montrer. » Concrètement, il a équipé les postes informatiques de sa salle de microscopes et de loupes binoculaires dont les images sont retransmises sur un grand écran. « Quand je leur dis qu’une plante est malade, je peux leur montrer. On peut regarder la terre, le compost. Comme tout le monde regarde ensemble, il y a de l’interaction entre les jeunes. » Pour montrer qu’une plante est bien vivante, Jean-Luc a des trucs : le gros bulbe d’un amaryllis qu’on voit grandir grâce à des repères ou le mimosa sensitive qui se rétracte quand on le touche.

Jean-Luc explique les spécificités de l’enseignement qu’il pratique. « Ils sont très curieux, mais ils sont curieux en périphérie. Ils restent à distance. Ce ne sont pas des cours magistraux, mais une pédagogie active et différenciée. Par exemple, il y a des lecteurs et des non-lecteurs. On est là pour transmettre quelque chose et être dans la bienveillance en reconnaissant ce qu’ils sont. Il ne faut pas que je leur dise tout, il faut qu’ils déduisent, qu’ils raisonnent, qu’ils vérifient. » Comment réagissent les enfants devant le vivant ? « Ils ont un rapport au vivant extraordinaire. Ils aiment malaxer la terre, patouiller. Certains aiment parfois casser des plantes. Ils ont aussi un rapport fort aux odeurs. Ils réagissent à l’odeur des jacinthes à côtés desquelles ils trouvent que les jonquilles ne sentent pas grand chose. Nous recherchons des interactions verbales avec eux. »

Le poulailler a été une source d'apprentissages multiples pour les jeunes.

Les poules et le poulailler ont été une source d’apprentissages multiples pour les jeunes.

En feuilletant le cahier de découverte d’un de ses élèves, il énumère les sujets abordés depuis le début de l’année : la serre qui est la maison des plantes, l’arrosage parce que la plante a soif, une couronne de l’Avent pour signifier le temps qui passe, des portraits de canards, le recyclage, l’œuf. Car le maître projet cette année a été la réalisation d’un poulailler en collaboration avec un jeune éducateur technique spécialisé stagiaire. « Il a fallu construire le poulailler, trouver les poules, faire des devis pour le blé, l’orge, le maïs pour les nourrir. Nous avons aussi décidé de construire un enclos pour les protéger des chats, des fouines, des belettes », rapporte Jean-Luc. « Nous venons de décider de vendre les œufs au sein de l’établissement pour nous auto subventionner. Nous avons dû demander l’aide des services généraux et de la maison de retraite voisine pour s’occuper des poules pendant les vacances. » Dans chaque cas, les jeunes partent d’une observation et débouche sur une problématique. Ils doivent trouver des solutions et tester des hypothèses.

Deux jeunes en train de créer une parcelle

Deux jeunes en train de créer une parcelle

Avec les plus grands à partir de 14 ans, l’objectif en horticulture est la production (pas le rendement, précise l’éducateur) dans un objectif professionnel. Chacun est responsable d’une zone dans le parc de 3 ½ hectares qui entoure l’établissement. « Nous faisons du lourd car nous sommes bien équipés en matériel. Ils sont très respectueux de ce qu’ils font. Nous avons une zone où il est permis de cueillir les fleurs », explique Jean-Luc. « Les jeunes ont participé à la création d’un jardin dans l’unité Alzheimer de la maison de retraite. » Ils commencent aussi à faire des stages. Ceux qui sont intéressés par l’horticulture pourront poursuivre dans des centres horticoles et de CFA. «Nous ne sommes pas un centre de formation qui fait passer le CAP. Nous sommes là pour transmettre des connaissances et préparer les jeunes à devenir acteurs de leur vie future », conclut Jean-Luc Valot est très clair sur certaines valeurs qu’il veut transmettre aux jeunes : l’horticulture bio et la récupération pour ne pas rentrer dans le jeu de la société de consommation, par exemple.

La fondation Georges Truffaut lance un prix pour les jardins au service de l’être humain

Site Fondation TruffautLancée en juin 2011, la fondation d’entreprise Georges Truffaut s’est donnée pour mission de soutenir des projets « où le végétal est au service de l’homme ». A ce jour, elle a financé une cinquantaine de projets dont le jardin d’Epi Cure que nous avions visité en novembre dernier. Nouvelle étape de cet engagement auprès de projets mêlant plantes et humanisme, le prix Georges Truffaut sera décerné pour la première fois cette année.

Daniel Joseph, le directeur de la fondation Truffaut, explique que le prix récompensera trois grandes catégories de jardins. « Le jardin thérapeutique, c’est-à-dire le jardin qui soigne et que l’on soigne. Les jardins pédagogiques qui luttent pour garder un coin de terre en ville. Enfin, des jardins d’insertion et des jardins partagés pour les jeunes en difficulté et ceux qui vivent en vertical, des jardins qui font la promotion de l’auto-nutrition et qui redonne envie d’apprendre. »

La date limite pour s’inscrire sur le site de la fondation est fixée au 12 mai. Il n’y a pas de temps à perdre. Il suffit de fournir trois photos en expliquant les raisons du jardin et en donnant des témoignages d’utilisateurs et d’animateurs. Pour ce prix, la fondation recherche donc des jardins en activité et en action, pas des projets. Une bonne occasion d’attirer l’attention sur votre jardin thérapeutique, pédagogique ou d’insertion (et de recevoir une dotation de 5 000 euros pour chacun des trois gagnants). En toute transparence, je signale que Daniel Joseph vient de me demander de faire partie du jury aux côtés, entre autres, de Patrick Mioulane (Votre jardin sur RMC).

Le bonheur décliné en anglais

C’est avec grand plaisir que j’annonce la création du blog On the ground hébergé par le Horticultural Therapy Institute (HTI) de Rebecca Haller dont je vous parle souvent ici. On the ground reprendra des billets sur des programmes américains et français déjà décrits sur Le Bonheur est dans le jardin. HTI a décidé d’offrir de nouvelles ressources en ligne à la fois à ses étudiants, mais aussi à tout internaute intéressé. C’est le cas du blog qui est public et sera mis à jour une fois par mois. Allez y faire un tour.

Matt Wichrowski, un thérapeute horticole récompensé et…exproprié

Matt Wichrowski, hortithérapeute depuis presque 20 ans au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine  à New York

Matt Wichrowski, hortithérapeute depuis presque 20 ans au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine à New York

C’est une star de l’hortithérapie aux Etats-Unis. Matt Wichrowski vient de recevoir le « Horticultural Therapy Award » de la American Horticultural Society. « C’est un honneur car c’est une des plus prestigieuses récompenses dans le domaine. Et je ne sais toujours pas qui m’a nominé », explique-t-il, encore sous le choc. Voici presque 20 ans qu’il travaille au Rusk Institute of Rehabilitation Medicine à New York et plus spécifiquement au Enid A. Haupt Glass Garden. Malheureusement, ce jardin, qui a subi de gros dégâts pendant l’Ouragan Sandy en Octobre 2012, était déjà condamné pour permettre l’agrandissement de l’hôpital. Dans ce contexte, le prix sonne comme un prix de consolation.

Mais revenons en arrière. Après avoir soigné des vétérans de la Seconde guerre mondiale, le docteur Howard Rusk est convaincu que la médecine de réadaptation, cette « rehabilitation medecine » qu’il sera le premier à pratiquer dans son service à partir de 1948, doit avoir une approche holistique. « Il avait l’esprit ouvert à toutes formes de thérapies efficaces », explique Matt Wichrowski. Le docteur Rusk était également convaincu des effets bénéfiques de la nature pour les patients. C’est ainsi que, dès les années 1950, un don permet de construire le Enid A. Haupt Glass Garden où les patients viennent profiter de la nature, mais aussi travailler, planter et s’occuper des plantes. Sont venus s’ajouter par la suite deux autres espaces : le Perennial Garden en 1989 pour l’agrément des patients, particulièrement ceux en fauteuils, et à partir de 1998, le Children’s PlayGarden où les enfants pouvaient faire leur rééducation à l’extérieur tout en jouant.

Les trois jardins et l’ancien « Rusk Institute of Rehabilitation Medicine » vont donc être démolis pour faire place à un nouvel ensemble de soins intensifs de plusieurs étages, le Helen L. et Martin S. Kimmel Pavilion, qui devrait ouvrir ses portes en 2017. Dans le même temps, le centre de médecine de réadaptation déménagera, mais ne retrouvera apparemment pas ses jardins.

Matt travaillant avec un groupe

Matt travaillant avec un groupe

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Matt Wichrowski continue ses activités de thérapie horticole à l’intérieur. « Nous continuons les activités avec les patients en psychiatrie, les épileptiques, la réadaptation générale et la réadaptation cardiaque. Je travaille au chevet des patients pour l’épilepsie et en groupes dans les autres cas. J’ai un chariot qui me sert pour faire du rempotage, des semis et des activités de saison. » L’équipe se compose de deux thérapeutes horticoles à temps plein et de deux autres à mi-temps. Certains de ses collègues interviennent dans des unités disséminées dans New York et travaillant avec des malades atteints de cancers et des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer. « Les bénéfices que nous recherchons sont la réduction du stress, la socialisation et des bienfaits cognitifs. » Il s’est intéressé à la thérapie horticole un peu par hasard. « J’avais une maitrise en travail social et une licence en psychologie et en philosophie. Je travaillais avec des adultes autistes et l’opportunité s’est présentée de rénover une serre. J’ai vu une immense différence dans leur humeur », se souvient-il. De là, il a commencé à travailler au Rusk Institute avec Nancy Chambers, la directrice des jardins.

Quand la possibilité se présente, Matt aime étudier et démontrer l’efficacité des activités de thérapie horticole. « Nous avons fait une étude qui a été publiée dans le Journal of Cardiopulmonary Rehabilitation. Elle montrait que les patients qui suivaient une activité de thérapie horticole avait un rythme cardiaque plus bas et étaient moins agités après l’atelier que d’autres suivant un cours d’éducation du patient. » Voici au passage une liste de publications du Rusk Institute. D’ailleurs, Matt pilote pour l’American Horticultural Therapy Association (AHTA) un groupe de travail dédié à la recherche. « Nous aidons ceux qui veulent conduire des études avec des ressources, une bibliographie et des recommandations. Je dirais qu’on voit de plus en plus de recherche dans ce domaine et plus d’intérêt à l’international. J’ai parlé avec des gens en Allemagne, en Autriche, en Angleterre, en Australie, en Egypte et en France. »

Enfin, Matt écrit un blog, Healing Green , pour le site du magazine Psychology Today. « Je parle de comment on peut utiliser la nature pour améliorer notre qualité de vie. Je parle de mon travail, je donne des références. C’est pour le grand public et jusqu’aux professionnels. »

Matt avec un patient

Matt avec un patient

La Fondation Médéric Alzheimer étudie 21 jardins extraordinaires

Capture d’écran 2013-04-05 à 11.49.21Basée à Paris, la Fondation Médéric Alzheimer œuvre depuis 1999 pour « promouvoir toute action et recherche sociale ou médico-sociale destinées à promouvoir et valoriser la place et le statut des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, à améliorer la qualité de vie des personnes malades, et celle de leurs aidants qu’ils soient familiaux, bénévoles ou professionnels. » Principalement en encourageant la recherche en sciences humaines et sociales ainsi que l’innovation de terrain. Ainsi depuis 2001, la Fondation a soutenu 328 initiatives locales pour un montant total de près de 3 millions d’euros. Depuis 2002, elle a également attribué 33 bourses doctorales et récompensé 13 Prix de thèse pour un montant total de 498 000 euros.

En janvier, la Fondation a publié un rapport d’étude intitulé « Jardins : des espaces de vie au service du bien-être des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de leur entourage. » Comme le précise l’introduction, il ne s’agit pas « de formuler une injonction à créer un jardin ou de définir un jardin type répondant à un cahier des charges ». L’étude analyse le fonctionnement de 21 jardins établis dans des établissements et des accueils de jour en France et à l’étranger. Elle propose donc des pistes de réflexion basées sur des retours du terrain et s’intéresse aux circonstances qui ont permis au jardin d’être investi par ses usagers (l’adhésion du plus grand nombre dès la conception est cruciale).

Capture d’écran 2013-04-05 à 11.48.53La présentation des 21 jardins (pp. 9-12) donne une idée de la variété des situations : au hasard, du Centre hospitalier gériatrique de Saint-Nazaire qui dispose dans son grand parc de jardins pour chaque unité à l’accueil de jour Espace Jeanne Garnier à Paris où les personnes âgées et les enfants d’une école primaire voisine ont collaboré sur un jardin d’agrément et un potager. Des exemples qui débordent des frontières puisqu’on trouve des expériences en Belgique, en Italie ou encore en Norvège. Pour classer les divers jardins rencontrés, les auteurs, Marie-Jo Guisset-Martinez, Marion Villez et Olivier Coupry, ont développé une typologie : jardin des rencontres, jardin passerelle, jardin « en action », jardin des sens et de la mémoire, jardin du souvenir, etc…

Les objectifs varient selon le type de jardin : faciliter les relations entre les résidents au sein de l’établissement, inviter les familles à prendre leur place dans l’institution ou le service, susciter les relations avec la communauté locale, jardiner, prendre l’air et profiter de la vue en faisant des activités au jardin, se promener à sa guise, trouver refuge dans le jardin,…Les auteurs mettent simplement en garde contre le « jardin vitrine » ou « jardin alibi » où le souci esthétique prend le pas sur les pratiques pour en faire un lieu figé et sans vie.

Capture d’écran 2013-04-05 à 11.47.48« Interface entre le « dehors » et le « dedans » d’un établissement, le jardin donne de nombreuses occasions aux visiteurs comme au personnel, de voir les personnes accueillies dans un contexte différent de celui de la chambre ou de l’unité », écrivent les auteurs. Ou encore « Dans les structures accueillant des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer l’existence d’un jardin ouvre la voie à des nombreuses utilisations contribuant à améliorer leur qualité de vie. De nos observations, se dégage l’idée qu’un tel espace, s’il est bien conçu, participe de l’humanisation des structures d’hébergement et de soin (au sens de la mise en avant des rapports humains) en mettant l’accent sur les liens, la convivialité, et où il est agréable de se promener, de rencontrer les autres, ou tout simplement de se reposer sur un banc et de jouir de la beauté de cet environnement. »

Téléchargez le rapport de l’étude sur le site de la Fondation.

75% des Français jardinent régulièrement

Cet « Observatoire des loisirs en plein air » est une invention de Campingaz, la marque d’accessoires de camping, de barbecues et autres équipements pour vivre des aventures « outdoors ». On imagine donc que son enquête annuelle a à cœur d’apporter de l’eau au moulin de la marque. Cependant j’aime les résultats de cette enquête réalisée avec OpinionWay (1) et j’ai envie de les partager avec vous.

97% des Français pratiquent au moins un loisir de plein air. « Si certaines activités sont l’apanage des + 35 ans comme le jardinage, ou des CSP+ comme les sports nautiques, d’autres comme le barbecue, le camping, le pique-nique ou la randonnée apparaissent comme trans-générationnelles, universelles et surtout inscrites dans les pratiques contemporaines », avance l’Observatoire. « L’idéologie de plein air est de plus en plus présente : le contact avec la nature, la recherche de proximité parfois un peu « idyllique » avec celle-ci peut aussi s’interpréter comme un retour aux valeurs simples, authentiques. »

Venons-en au jardinage que ¾ des Français pratiquent régulièrement selon cette enquête. « 81% d’entre eux y voient une source importante de plaisir et de convivialité ! Les Français ont donc besoin de ressentir un contact quotidien avec le végétal. Leur moral est influencé par les saisons. Le jardinage, le travail de la nature, seraient une thérapie face au stress. 90% des Français considèrent que le jardinage ou le potager est un loisir à la fois créatif et déstressant. »

On apprend également que « Les Français qui jardinent y consacrent un budget moyen de 32 euros, et le retour sur investissement est important : 97% d’entre eux trouvent que les légumes et les fruits qu’ils cultivent sont meilleurs. On peut également rapprocher cette envie de potager de ce qu’on appelle l’écologie à portée de main, faite de petits riens aux grands effets : 93% des Français considèrent que le potager c’est « pratiquer des gestes écolo au quotidien, agir à sa manière en faveur de la bio diversité ». Par temps de crise, les Français apprécient : 87% considèrent que cultiver son potager est une source d’économie. »

En conclusion, le bonheur est dans le jardin.

(1) Etude quantitative réalisée par Internet les 27 et 28 février 2013, auprès d’un échantillon national représentatif de 1 003 individus âges de 18 ans et plus.

Sébastien Guéret de Formavert : la nature à l’état brut

Sébastien Guéret (en orange) pendant une formation.

Sébastien Guéret (en orange) pendant une formation.

La semaine de Sébastien Guéret a commencé par un coup de colère. « Je viens de voir un appel d’offre pour la réalisation d’un jardin thérapeutique dans un EHPAD en Bretagne. Le projet comprend du gazon synthétique et un parcours du combattant ! », s’énerve le jardinier et formateur. « Je vois beaucoup de jardins dits thérapeutiques qui vont à l’encontre de ce qui est bon au jardin. Beaucoup de projets léchés où il ne reste rien à faire pour le résident. On continue à avoir une vision de la nature à domestiquer, à maitriser. » Il n’a fait ni une, ni deux. Pour partager le fond de sa pensée, il a immédiatement écrit au directeur de l’établissement.

Technicien supérieur du paysage, Sébastien a travaillé dans des entreprises de paysagisme avant de se frotter à la formation à la Fondation d’Auteuil où il a enseigné l’horticulture à des jeunes en difficulté pendant une dizaine d’années. « Pendant des années, j’ai taillé des haies comme un maçon monte un mur en parpaings, sans prendre en compte le végétal. A la Fondation d’Auteuil, j’ai continué à utiliser le support de manière inconsciente sans soupçonner son potentiel. » Tout bascule pour lui alors qu’il prépare une licence en ressources humaines. Mais surtout peut-être quand sa grand-mère entre en maison de retraite.

« Jusqu’à l’âge de 10-12 ans, j’ai vécu en immeuble à Paris. Le jardin, c’était le jardin de ma grand-mère en Normandie. Quand elle est entrée en maison, elle a été privée de jardin et je me suis dit qu’il fallait que j’aille jardiner en maison de retraite. » Ses explorations l’amènent à découvrir Anne Ribes, Suzanne Ménézo, Jocelyne Escudero, les cours de Jean-Luc Sudres à l’université de Toulouse. C’était en 2006. Il articule sa pensée sur les bénéfices de l’hortithérapie au moment où il crée sa société de formation en horticulture, Formavert. « Je voulais mener de front deux activités : la formation professionnelle pour les paysagistes, les collectivités locales ou les vendeurs en jardinerie d’un côté et de l’autre des activités d’hortithérapie. Je n’ai pas peur de ce mot-là. »

Assez vite, il lance un atelier de jardinage dans un établissement qui reçoit des autistes et entre en pourparlers pour d’autres projets (une maison de retraite, un foyer pour jeunes filles en difficulté). Mais quelques mois après le lancement de Formavert, un accident de moto l’arrête dans son élan. Quand il est en mesure de repartir, son activité s’oriente vers la formation professionnelle, y compris des formations pour des adultes handicapés travaillant en ESAT (Etablissement et service d’aide par le travail). « L’enseignement porte sur des techniques classiques de réalisation et d’entretien des parcs et jardins, mais il est adapté au public. » Quant aux ateliers d’hortithérapie, ils passent au second plan car, si les établissements se montrent très intéressés, ils ont du mal à débloquer des fonds.

Lors d'une formation menée avec le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens

Lors d’une formation menée avec le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens

Mais jardiner pour améliorer le bien-être est une idée qu’il n’abandonne pas. Il rejoint le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens et propose ses services en tant que bénévole et formateur. « On a développé plusieurs formations professionnelles. L’une s’appelle « Créer et Animer un Jardin en partage », l’autre « Découverte de l’Horticulture Thérapeutique » qui vient de tenir sa troisième session », explique Sébastien. Les participants, venus de toute la France, ont des parcours et des objectifs variés. « A la première session, ils avaient entendu parler de l’idée et avaient des projets. Pour cette session, la moitié des 15 participants animent déjà un jardin dans un hôpital, dans une structure médico-sociale ou dans l’éducation. »

Une éducatrice spécialisée propose des ateliers nature à des handicapés mentaux. Un aide médico-psychologique (AMP) a déjà créé un jardin dans son établissement et un autre dans sa commune pour fédérer plusieurs établissements. « Ils viennent confronter et conforter leurs idées. Ce qui est compliqué est de contenter tout le monde malgré les horizons différents. On est à cheval sur le milieu horticole et le milieu de la santé. » En plus de ces formations à travers le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens, Sébastien anime toujours quelques formations intra-entreprises, parfois aux côtés d’Anne Ribes.

Sébastien est adepte des siestes dans les arbres (ici dans un érable japonais)

Sébastien est adepte des siestes dans les arbres (ici dans un érable japonais)

En tout cas, ses idées sur les bienfaits de l’hortithérapie – et les fausses routes à éviter – sont claires. « C’est jardiner, ou co-jardiner, qui fait tout l’intérêt. Si on crée un jardin pour sortir les résidents et qu’il n’y a rien à faire, où est l’intérêt ? C’est déjà bien de sortir, mais pas suffisant. Nous sommes coupés de la nature, notre environnement est une pièce carrée avec des sols lisses et javellisés. L’environnement de l’homme était la forêt il n’y a pas si longtemps. Mais c’est loin dans notre tête et dans notre cœur. Mon rôle d’animateur est d’aider les gens à retrouver le lien intime au jardin. »

Dans le jardin thérapeutique, les critères d’esthétisme ne doivent pas être déterminants.  C’est l’aspect pratique – la circulation, l’accessibilité, un coin de repos, un coin pour l’accueil – qui doit primer. « Il faut quelque chose de plus proche de la permaculture, une diversité aussi riche que possible », milite encore Sébastien. « Le jardinier au sens noble du terme est à l’écoute de son jardin. Il peut être un amateur, mais il est plus éclairé que je ne l’ai été pendant des années. Au jardin, on est tous des malades, on a tous des manques. »

A Portland, des jardins pour reconquérir des quartiers défavorisés

Kyle Curtis (à l'époque où il gérait un farmer's market à Portland)

Kyle Curtis (à l’époque où il gérait un farmer’s market à Portland)

Aux Etats-Unis, Portland (Oregon) est une ville connue pour sa culture culinaire très développée. C’est de là par exemple qu’est parti le phénomène des « food trucks » version américaine et ennoblie des baraques à frites. Mais les micro brasseries et les restaus branchés ne sont que la face visible de la ville. On y trouve aussi des quartiers défavorisés, des « food deserts » délaissés par les commerçants. Le quartier de Centennial à l’est de la ville est de ceux-là. « Il y avait des problèmes de criminalité. Le dernier épicier a fermé à cause de problème de vols. C’était un no man’s land, mais la sécurité s’améliore grâce à une plus forte présence de la police », explique Kyle Curtis. Dans le cadre d’AmeriCorps, une version nationale du Peace Corps qui envoie les jeunes Américains dans le monde entier, Kyle vient de passer un an à développer des programmes d’activités après la classe pour les écoliers de ce quartier à bas revenus ainsi que pour leurs parents. Une de ces activités est d’ailleurs un jardin sur le terrain d’une école locale.

Mais au-delà des enfants, c’est toute la communauté locale que Kyle veut sensibiliser et fédérer.  Et il pense qu’un jardin peut être tout à la fois une source de fierté et une source alimentaire.  Un de ses amis, Adam Kohl, a lancé une association à but non lucratif, Outgrowing Hunger, dont la mission est justement de développer des jardins dans des quartiers négligés dans le but de combattre la faim en produisant localement une nourriture saine (Kyle vient d’ailleurs d’être élu au conseil d’Outgrowing Hunger). Dans le quartier de Centennial, une église locale disposait d’un terrain de 450 m2 dont elle avait envie de faire un jardin. Entre le terrain fourni par l’église et l’expertise d’Outgrowing Hunger, le projet est sorti de terre en quelques mois. Dans cet article pour un journal local en ligne, Kyle explique en détail le processus. Il est également membre du Portland Multnomah Food Policy Council, un organisme qui regroupe des citoyens et des professionnels autour des questions alimentaires dans la région de Portland (accès à la nourriture, politique d’achat des cantines des écoles et des institutions, utilisation des terrains,…).

Une trentaine de personne sont venues aider au printemps 2012. Stimuler l'intérêt au fil du temps est plus difficile (crédit photo Outgrowing Hunger)

Une trentaine de personne sont venues aider au printemps 2012. Stimuler l’intérêt au fil du temps est plus difficile (crédit photo Outgrowing Hunger)

« Nous voulions éviter l’approche de dicter aux gens ce qu’il leur faut. Nous voulions proposer des ressources et leur demander ce qu’ils voulaient en faire », explique Kyle. En avril 2012, une trentaine de bénévoles du quartier se sont retrouvés pour donner les premiers coups de fourche. « Il y avait une ambiance de fête ce week-end-là. Depuis il y a un petit noyau de 5 personnes qui s’investissent. Contre une ou deux heures de travail, les participants peuvent remporter des légumes chez eux. » L’idée de cultiver sa nourriture est un concept nouveau dans le quartier, mais déjà les habitants sont investis dans ce lopin. « On nous a raconté que, cet été, un homme qui avait pété les plombs était en train d’arracher les carottes et les pommes de terre. Des voisins l’ont arrêté. Notre but est que les habitants s’approprient le jardin », raconte Kyle. Et quand ce jardin sera bien établi, l’idée est de recommencer ailleurs. Terrain abandonné par terrain abandonné, Kyle et Adam aimeraient couvrir les quartiers défavorisés de Portland de jardins porteurs d’espoir. Pour l’heure, une réunion va se tenir pour planifier la deuxième saison du jardin du quartier de Centennial.

Au travail dans le jardin de quartier au printemps 2012 (crédit photo Outgrowing Hunger)

Au travail dans le jardin de quartier au printemps 2012 (crédit photo Outgrowing Hunger)

Bienfaits de la nature : les mots justes

IMG_8753Dire que le contact avec la nature nous nourrit, nous soutient donne un peu l’impression d’enfoncer des portes ouvertes. Mais la force des témoignages est indéniable. En juillet dernier, Le Monde a donné la parole à ses lecteurs. Florilège de citations. « Et bien, c’est avec le jardinage que j’ai réussi à prendre de la distance et gérer au mieux mes émotions. Cela a eu un effet thérapeutique, magique sur moi. Je me suis interrogée sur ce qui pouvait provoquer cette paix intérieure : le fait de voir pousser des fleurs, de sentir le vent, le soleil, l’eau, la pluie, la terre, des éléments dont nous nous sommes éloignés. Voir que la vie est toujours plus forte, que tout recommence inéluctablement. Je n’aurais jamais imaginé que quelque chose d’aussi simple puisse me faire autant de bien. Je me sens libérée de toutes pensées négatives et cette activité me redonne de l’énergie, donne du sens à la vie”, écrit Khania.

Alain qui, à 78 ans, accompagne sa femme qui souffre de la maladie d’Alzheimer, raconte : “Aussi le matin, après des nuits souvent agitées, je trouve mon salut dans un petit bois que j’ai aménagé à 7 km de mon domicile. Dès mon arrivée au bord de mon petit plan d’eau – aux alentours arborés de saules pleureurs et où surnagent des nénuphares entouré de carpes japonaises multicolores – d’un coup, je me sens un autre homme et chaque fois le miracle se reproduit. Toutes mes plantations une fois entretenues et les abords nettoyés, mes accus sont rechargés par ce petit coin de paradis, régal des yeux (que j’avais aménagé pour elle)”.