Formations : état des lieux, partie 2/3

On continue le tour de France des formations aux jardins de soin, jardins à visée thérapeutique et autres appellations. Etrangement, la répartition géographique semble nettement avantager le sud de la Loire (Martine Brulé dans le Var, Jocelyne Escudero dans le Lot, Sébastien Guéret à Marseille, le Centre de Formation de Chaumont-sur-Loire,…).

Anne et Jean-Paul Ribes au Centre de Formation de Chaumont-sur-Loire et ailleurs

Anne Ribes au Jardin d'Epi Cure à la Maison des Aulnes (Maule)

Anne Ribes au Jardin d’Epi Cure à la Maison des Aulnes (Maule)

Depuis octobre 2012, Anne et Jean-Paul Ribes offrent deux fois par an au printemps et à l’automne une formation de trois jours dans le magnifique cadre de Chaumont-sur-Loire. La formation intitulée « Jardin de soin et de santé » fait la part belle à trois autres intervenants : Sébastien Guéret de FormavertStéphane Lanel, animateur à la Maison des Aulnes et Dominique Marboeuf, responsable espaces verts au Centre Hospitalier Mazurelle. De plus, les stagiaires ont l’occasion de traverser la Loire pour aller à l’EHPAD d’Onzain visiter le jardin de Paule Lebay qui fait un retour sur son expérience. C’est la seule formation que j’ai eu le plaisir de suivre et je peux la recommander en connaissance de cause. Des modifications ont été apportées depuis la première session : les participants vont plus loin dans la réalisation de leur projet de jardin de soin. Les prochaines formations sont prévues pour les 1,2,3 octobre 2014 et les 19, 20, 21 mai 2015. Quant à la session d’automne, elle aura lieu les 22, 23 et 24 septembre 2015. Voici la plaquette. Jean-Paul Ribes avait annoncé qu’une session courte exclusivement réservée aux « méthodes d’animation d’un jardin de soin et de santé » est en projet pour début juin 2015 : cette session courte deuxième niveau aura lieu les 9 et 10 juin 2015.

Par ailleurs, Anne Ribes donne des formations en intra-entreprises (Parthenay, Mantes-la- Jolie,…). Pour les formations ouvertes et pour les formations à la demande dans un établissement, il faut contacter le Centre de Formation de Chaumont.

Contacter Chaumont

informations auprès de Hervé Bertrix

herve.bertrix@domaine-chaumont .fr

www.domaine-chaumont.fr

Ou l’association Belles Plantes fondée par Anne et Jean-Paul Ribes

assobelleplante@aol.fr

Sébastien Guéret : Formavert et RJSM

« FORMAVERT organise des formations en intra toute l’année à destination des structures médico-sociales. Les programmes sont rédigés en fonctions de la demande et de l’analyse que je peux en faire », explique Sébastien Guéret. « Ce sont des programmes de découverte du concept d’hortithérapie et d’ingénierie de projet : comment mettre en place le projet dans l’institution pour qu’il fonctionne. »

L’idée est de présenter en 2 jours :

  • L’Hortithérapie et ses acteurs,
  • Puis d’expliquer comment on monte un projet institutionnel,
  • Comment on fait un jardin (conception et réalisation),
  • Quelles sont les particularités d’un jardin dédié à l’hortithérapie
  • L’animation d’un atelier jardin

Ces « modules » seront traités plus ou moins rapidement en fonction des besoins, des problématiques et de l’avancement du projet d’atelier jardin dans l’institution.

« Nous proposons pour la suite des stages complémentaires qui peuvent aller de 1/2 journée à 3 jours pour accompagner nos clients dans la réalisation :

  • Le jardin naturel (jardinage écologique)
  • Ingénierie de projet (monter une équipe, passer d’un projet de personnes à un projet institutionnel, construire des objectifs adaptés et opérationnels…)
  • Analyse des pratiques
  • Toutes les techniques de réalisation et d’entretien des jardins (maçonnerie paysagère, engazonnement, entretien des gazons, taille, plantations…)
  • Un projet d’animation au jardin.
Sébastien Guéret pendant une formation à Chaumont-sur-Loire

Sébastien Guéret pendant une formation à Chaumont-sur-Loire

« Mais notre offre n’est pas exhaustive, nous pouvons, en fonction de ce que nous sentons dans notre échange proposer des modules plus spécifique sur l’approche des différents types de handicap, l’évaluation, la pédagogie par objectif par exemple. Dans ces interventions je peux intervenir, seul ou accompagné (par exemple Anne Ribes était venue me retrouver une après-midi dans une clinique pour traiter spécifiquement de l’animation dans une formation de 2 jours que j’ai animé seul par ailleurs). J’ai des intervenants (collaborateurs ou partenaires) « spécialisés » dans différents domaines (animation, institution, pédagogie, médical, handicap…). »

Mais ce n’est pas tout. « FORMAVERT et le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens (RJSM) co-organisent avec les Jardins de l’Espérance à La Ciotat des sessions de formation en inter-entreprise. Nous en organisons une par an en général (2 fois la première année, en 2012) au mois de mars. Mais par exemple cette année nous avons déjà commencé à constituer une liste d’attente et au besoin nous pourrons peut-être en organiser une autre en décembre 2014 », continue Sébastien.

La formation est menée par deux intervenants permanents sur 4 jours (Viviane CRONIER des Jardins de l’Espérance et Sébastien Guéret) plus 3 autres intervenants qui viennent chacun pour une demi-journée. « La dernière matinée nous mettons en place, aux Jardins de l’Espérance, une séance d’animation avec des personnes en situation de handicap. La séance est préparée la veille avec les stagiaires. Cette année nous avons accueillis dans ce cadre 2 groupes d’adultes d’un « foyer occupationnel » (déficience intellectuelle et handicaps associés) et un groupe de mal ou non-voyants qui ont pu jardiner, encadrés par nos stagiaires. »

« Nous pratiquons un tarif solidaire (moitié prix) pour les personnes qui n’auraient pas de possibilité de prise en charge par un opca ou le pôle emploi et qui s’inscrivent comme « particulier », précise Sébastien qui a un dernier conseil. “Je crois qu’il faut bien comprendre qu’aucune des actions proposées ne ressemble à une autre : par exemple les 3 formations dans lesquelles j’interviens (FORMAVERT intra, RJSM et Chaumont inter) sont très différentes les unes des autres, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients. C’est d’ailleurs pour ça que je présente les autres car il est important que le demandeur aille finalement là où cela lui semble le plus indiqué en fonction de sa problématique. »

Contacter Sébastien Guéret

http://www.formavert.fr

formavert@free.fr

 

Et le réseau RJSM

http://www.reseaujsm.org/spip.php?rubrique86

http://www.jardinesperance.org

Sébastien Guéret de Formavert : la nature à l’état brut

Sébastien Guéret (en orange) pendant une formation.

Sébastien Guéret (en orange) pendant une formation.

La semaine de Sébastien Guéret a commencé par un coup de colère. « Je viens de voir un appel d’offre pour la réalisation d’un jardin thérapeutique dans un EHPAD en Bretagne. Le projet comprend du gazon synthétique et un parcours du combattant ! », s’énerve le jardinier et formateur. « Je vois beaucoup de jardins dits thérapeutiques qui vont à l’encontre de ce qui est bon au jardin. Beaucoup de projets léchés où il ne reste rien à faire pour le résident. On continue à avoir une vision de la nature à domestiquer, à maitriser. » Il n’a fait ni une, ni deux. Pour partager le fond de sa pensée, il a immédiatement écrit au directeur de l’établissement.

Technicien supérieur du paysage, Sébastien a travaillé dans des entreprises de paysagisme avant de se frotter à la formation à la Fondation d’Auteuil où il a enseigné l’horticulture à des jeunes en difficulté pendant une dizaine d’années. « Pendant des années, j’ai taillé des haies comme un maçon monte un mur en parpaings, sans prendre en compte le végétal. A la Fondation d’Auteuil, j’ai continué à utiliser le support de manière inconsciente sans soupçonner son potentiel. » Tout bascule pour lui alors qu’il prépare une licence en ressources humaines. Mais surtout peut-être quand sa grand-mère entre en maison de retraite.

« Jusqu’à l’âge de 10-12 ans, j’ai vécu en immeuble à Paris. Le jardin, c’était le jardin de ma grand-mère en Normandie. Quand elle est entrée en maison, elle a été privée de jardin et je me suis dit qu’il fallait que j’aille jardiner en maison de retraite. » Ses explorations l’amènent à découvrir Anne Ribes, Suzanne Ménézo, Jocelyne Escudero, les cours de Jean-Luc Sudres à l’université de Toulouse. C’était en 2006. Il articule sa pensée sur les bénéfices de l’hortithérapie au moment où il crée sa société de formation en horticulture, Formavert. « Je voulais mener de front deux activités : la formation professionnelle pour les paysagistes, les collectivités locales ou les vendeurs en jardinerie d’un côté et de l’autre des activités d’hortithérapie. Je n’ai pas peur de ce mot-là. »

Assez vite, il lance un atelier de jardinage dans un établissement qui reçoit des autistes et entre en pourparlers pour d’autres projets (une maison de retraite, un foyer pour jeunes filles en difficulté). Mais quelques mois après le lancement de Formavert, un accident de moto l’arrête dans son élan. Quand il est en mesure de repartir, son activité s’oriente vers la formation professionnelle, y compris des formations pour des adultes handicapés travaillant en ESAT (Etablissement et service d’aide par le travail). « L’enseignement porte sur des techniques classiques de réalisation et d’entretien des parcs et jardins, mais il est adapté au public. » Quant aux ateliers d’hortithérapie, ils passent au second plan car, si les établissements se montrent très intéressés, ils ont du mal à débloquer des fonds.

Lors d'une formation menée avec le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens

Lors d’une formation menée avec le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens

Mais jardiner pour améliorer le bien-être est une idée qu’il n’abandonne pas. Il rejoint le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens et propose ses services en tant que bénévole et formateur. « On a développé plusieurs formations professionnelles. L’une s’appelle « Créer et Animer un Jardin en partage », l’autre « Découverte de l’Horticulture Thérapeutique » qui vient de tenir sa troisième session », explique Sébastien. Les participants, venus de toute la France, ont des parcours et des objectifs variés. « A la première session, ils avaient entendu parler de l’idée et avaient des projets. Pour cette session, la moitié des 15 participants animent déjà un jardin dans un hôpital, dans une structure médico-sociale ou dans l’éducation. »

Une éducatrice spécialisée propose des ateliers nature à des handicapés mentaux. Un aide médico-psychologique (AMP) a déjà créé un jardin dans son établissement et un autre dans sa commune pour fédérer plusieurs établissements. « Ils viennent confronter et conforter leurs idées. Ce qui est compliqué est de contenter tout le monde malgré les horizons différents. On est à cheval sur le milieu horticole et le milieu de la santé. » En plus de ces formations à travers le Réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens, Sébastien anime toujours quelques formations intra-entreprises, parfois aux côtés d’Anne Ribes.

Sébastien est adepte des siestes dans les arbres (ici dans un érable japonais)

Sébastien est adepte des siestes dans les arbres (ici dans un érable japonais)

En tout cas, ses idées sur les bienfaits de l’hortithérapie – et les fausses routes à éviter – sont claires. « C’est jardiner, ou co-jardiner, qui fait tout l’intérêt. Si on crée un jardin pour sortir les résidents et qu’il n’y a rien à faire, où est l’intérêt ? C’est déjà bien de sortir, mais pas suffisant. Nous sommes coupés de la nature, notre environnement est une pièce carrée avec des sols lisses et javellisés. L’environnement de l’homme était la forêt il n’y a pas si longtemps. Mais c’est loin dans notre tête et dans notre cœur. Mon rôle d’animateur est d’aider les gens à retrouver le lien intime au jardin. »

Dans le jardin thérapeutique, les critères d’esthétisme ne doivent pas être déterminants.  C’est l’aspect pratique – la circulation, l’accessibilité, un coin de repos, un coin pour l’accueil – qui doit primer. « Il faut quelque chose de plus proche de la permaculture, une diversité aussi riche que possible », milite encore Sébastien. « Le jardinier au sens noble du terme est à l’écoute de son jardin. Il peut être un amateur, mais il est plus éclairé que je ne l’ai été pendant des années. Au jardin, on est tous des malades, on a tous des manques. »