Le Jardin extraordinaire du collège Saintex : apprendre avec plaisir

Claire : «C’est nous qui avons tout fait »

Loïck : « C’est génial. J’aime planter des tomates, des fraises, des navets, des radis »

L'inauguration du Jardin extraordinaire

L’inauguration du Jardin extraordinaire

Chose promise, chose due. Lorsque le Jardin extraordinaire du collège Saint-Exupéry d’Ermont a reçu un prix Truffaut fin mai au Grand Palais, j’avais promis d’assister à l’inauguration officielle du jardin prévue à la fin juin. Mardi dernier, j’ai donc pris le train pour Ermont (Val d’Oise). Sortie de la gare, je n’avais aucune idée du chemin à suivre pour aller au collège. Mais à ce moment-là, deux jeunes filles passent devant la gare et miracle, elles font partie des jardiniers du Jardin extraordinaire. Elles me prennent sous leur aile et on discute en route. Elles sont très fières de leur jardin, des repas qu’elles préparent. Elèves de 4e, elles se projettent dans l’avenir et me parlent de leurs projets après le collège.

Ce jardin est un outil pour motiver des élèves qui sont en difficulté scolaire. Concrètement, ils sont en Segpa – section d’enseignement général et professionnel adapté. Collégiens à part entière, ils suivent certains cours avec les autres élèves de leur collège et se retrouvent ensemble pour les matières fondamentales avec des profs spécialisés. Le jardin est devenu un fil rouge reliant toutes les matières avec une réflexion qui a eu lieu en classe avant d’aller au jardin. Pour la réalisation, toutes les matières sont mises en œuvre : les maths pour faire un plan à l’échelle ou pour concevoir la spirale aromatique, le français pour créer des fiches explicatives, l’histoire pour étudier la structure des jardins, les arts plastiques avec le jardin comme inspiration,…

Les élèves ont dessiné des parterres en forme de S et de E en hommage à leur collège.

Les élèves ont dessiné des parterres en forme de S et de E en hommage à leur collège.

« Il a d’abord fallu clôturer la parcelle pour protéger le jardin », explique Jean-François Jézéquel, le directeur de la section. « Le conseil général nous a donné 12 000 euros et le travail a été fait pendant les grandes vacances l’année dernière. Le travail en classe est très important pour apprendre aux élèves à s’abstraire. Comme ils ont du mal à rentrer dans le travail en classe, le jardin donne du sens à leur présence. Nous avons été freinés par la météo. Souvent il pleuvait des cordes au moment où ils auraient dû aller au jardin. Mais c’était une occasion de gérer le rapport au temps et la frustration. » La section propose des ateliers hygiène, alimentation, service qui peuvent aussi être liés au jardin. Ce projet commun est devenu un formidable lien entre les élèves, entre les profs, entre les élèves et les profs.

Cabane de jardin, jardinières, plantations en carré.

Cabane de jardin, jardinières, plantations en carré.

Aujourd’hui, c’est la fête sur le thème « Le garden, c’est parti ». A Saintex, on a de l’humour. C’est le dernier jour de l’école, mais les élèves restent extrêmement motivés. Ce soir, ils accueillent dans leur jardin des parents, des profs, le directeur de l’établissement et de nombreuses personnalités locales qui ont apporté une aide au jardin. Avant l’arrivée des invités, c’est l’heure du briefing pour ceux qui seront accueillants, journalistes ou serveurs au buffet prévu après les discours auxquels certains élèves vont participer en lisant des textes. D’autres élèves sont postés dans le jardin pour fournir des explications. Par exemple, pourquoi a-t-on planté des rosiers à côté des pieds de vigne ? Parce qu’ils attrapent les maladies en premier et servent de détecteurs!

Comme l’explique Olivier Roggeri, documentaliste et co-initiateur du projet, « le jardin permet une respiration. Etre prêts pour l’inauguration ce soir nous a servi de moteur. » A l’issue des discours, il remet avec humour des prix aux partenaires qui ont aidé à la réalisation du jardin (Conseil général, mairie, collègues dans l’établissement, la Fondation Truffaut et un employé local de Truffaut, la MJC,…). Pendant les discours, on en apprendra plus sur la spirale aromatique, un projet mené avec l’aide d’une intervenante allemande de la MJC. L’idée vient d’Angleterre. En haut, les plantes qui ont besoin de moins d’eau et en bas où l’eau ruisselle, les plantes qui demandent plus d’irrigation. Les pierres emmagasinent la chaleur. Même Daniel Joseph, le directeur de la Fondation Truffaut, a appris quelque chose !

La fameuse spirale aromatique

La fameuse spirale aromatique

Le Jardin extraordinaire n’en est qu’aux débuts. Des bacs à compost vont être installés bientôt. Un élève a suggéré de planter du blé, prétexte à suivre la chaine du blé à la fabrication du pain. L’objectif est aussi que le jardin soit un lieu ouvert sur l’extérieur : les professeurs de sciences du collège qui pourraient amener leurs élèves pour étudier les plantes, des primaires alentour à qui on songe à donner leur propre parcelle, histoire de les acclimater au collège le plus tôt possible. Le jardin fourmille de possibilités…

Sur ce, je vous laisse pour l’été. Une pause qui va me permettre de me ressourcer et de revenir à l’automne avec pleins de nouvelles histoires de jardins qui aident leurs jardiniers à vivre mieux. Je vous souhaite un bon été.

Avec quelques images des jardiniers de Saintex en action au cours de ces derniers mois.

Le jardin, c'est aussi de la construction.

Le jardin, c’est aussi de la construction.

Les collégiens en action

Les collégiens en action

La spirale aromatique en construction.

La spirale aromatique en construction.

 

 

Un nouveau livre vante l’hortithérapie

Livre couverture« La nature est notre mère nourricière et le jardin symbolise le paradis pour l’homme de tout temps », m’explique François Renouf de Boyrie. « Nous avons besoin de reconnecter avec les rythmes de la nature et les bienfaits qu’elle apporte. » C’est pour cela qu’il vient d’écrire un livre intitulé « Le Jardinage, source de bien-être/Se Soigner et s’épanouir par l’hortithérapie » (Editions Piktos). Après avoir fait le tour des jardins dans l’histoire et dans divers pays, il s’attaque aux bienfaits du jardinage. « Posséder un jardin est déjà un privilège : havre de paix, lieu où se ressourcer, oasis de nature, le jardin offre une qualité de vie supplémentaire qui n’a pas de prix. Mais qui dit jardin dit jardinage pour l’entretenir. Or, il se trouve que cette activité étend aussi ses bienfaits sur celui qui la pratique. Soigner le jardin soigne aussi le jardinier », écrit-il en préambule de ce chapitre qui fournira des arguments à tous ceux qui ont besoin de convaincre du bien-fondé du jardinage autour d’eux.

Bienfaits physiques (endurance, souplesse, force, dextérité, qualité du sommeil,…) dont il affirme en citant plusieurs études françaises et étrangères que « le jardinage régulier réduit de moitié les risques de maladies cardiovasculaires, soulage les symptômes de l’arthrose, diminue les risques de dépression, de diabète, d’obésité, d’hypertension et de cancer ». Mais aussi des bienfaits psychiques et psychologiques, sociologiques et économiques. Quand il en arrive à donner des exemples de pratiques d’hortithérapie médicale, l’auteur cite des praticiens qui ne vous sont pas étrangers si vous lisez ce blog régulièrement : Sébastien Guéret de Formavert ou encore Jean-Paul et Anne Ribes dont il raconte en détails et en photos l’expérience à la Maison des Aulnes.

Pourquoi cultiver des plantes plutôt que peindre, dessiner ou faire des maquettes, demande l’auteur. « Tout d’abord, les plantes et les personnes ont en commun le cours de l’existence, elles évoluent et changent, répondent aux soins et au climat, vivent et meurent. Ce trait biologique partagé permet un investissement émotionnel avec la plante », écrit-il. Comme d’autres, il fait cependant le constat que la France a du retard sur les pays anglo-saxons notamment. « Bien que de nombreuses initiatives soient menées avec succès auprès de patients à l’hôpital, d’enfants autistes ou dans les maisons de retraite et les foyers d’accueil médicalisés, (l’hortithérapie médicale) n’est pratiquée que dans quelques hôpitaux, et souvent à titre expérimental. L’hortithérapie sera appliquée sans doute plus largement lorsque cette discipline sera enseignée dans les facultés médicales et sanctionnée par un diplôme d’Etat », constate-t-il. Plus concrètement, il avoue au cours de notre conversation qu’il existe un barrage pharmaceutique au pays du médicament-roi. « Les médecins voient des visiteurs médicaux tout la journée… ». A quand des visiteurs venant leur vanter les mérites de l’hortithérapie ?

L’auteur consacre un chapitre aux médecines douces auxquelles il apparente l’hortithérapie, y compris dans leur manque de reconnaissance officielle et de prise en charge par le système de santé. Il encourage chacun d’entre nous à planter notre jardin et décrit quelques plantes bénéfiques qui mérite d’y trouver leur place. Ce livre, qui n’est pas sans évoquer « Quand jardiner soigne » de Denis Richard (2011), rassemble en un lieu toutes les données actuelles sur l’hortithérapie en France. C’est un précieux outil pour ceux qui veulent se lancer dans un projet et ont besoin d’argumenter leur réflexion.

Agevillage décerne ses 2e prix des « Jardins Thérapeutiques »

Décidemment, les prix pour les jardins thérapeutiques fleurissent ce printemps. Fin mai, Agevillage.com, un magazine web d’information pour les personnes qui vieillissent et leur entourage, a remis ses 2e prix « Jardins Thérapeutiques » au salon de la Santé et de l’Autonomie. « Il y a deux ans, nous avons eu l’intuition que la question des jardins s’implantait dans les projets de maisons d’accueil », explique Annie de Vivie, la fondatrice du site. « Comme le salon Santé et Autonomie montait un espace jardin, nous avons lancé le prix pour valoriser ce qui se passait sur le terrain. La première année, nous avons reçu une vingtaine de candidatures et cette année une centaine. » L’intuition était donc bonne.

Jardinage à la résidence Bastide Médicis à Labège en Haute-Garonne.

Jardinage à la résidence Bastide Médicis à Labège en Haute-Garonne.

Cette année, le Grand Prix est revenu à la résidence Bastide Médicis à Labège en Haute-Garonne.  Je cite directement le dossier de presse. « La résidence Bastide Médicis bénéficie d’un vaste espace vert de trois hectares. Un projet de jardin « à tout âge » a été mis en place par l’équipe soignante en concertation avec les familles de résidents. Ce jardin, qui fonctionne été comme hiver, a été choisi pour la qualité de ses structures ainsi que pour les multiples activités proposées », y explique-t-on. « L’enjeu au jardin est de se régénérer, tout au long de l’année. Nous avons primé cette résidence car ils rendent le jardin accessible 7 jours/7, en été comme en hiver avec des activités à l’intérieur. »

Le "Jardin des 5 sens" de l'association Saint-Joseph à Nay dans les Pyrénées-Atlantiques est ouverts aux résidents, mais aussi à la  population locale.

Le « Jardin des 5 sens » de l’association Saint-Joseph à Nay dans les Pyrénées-Atlantiques est ouverts aux résidents, mais aussi à la population locale.

Chaque fédération partenaire (la Fédération Hospitalière de France, la Fédération des établissements. hospitaliers & d’aide à la personne et l’Union des Centres communaux ou intercommunaux d’action sociale) ont également remis leur prix à une résidence membre du réseau de chacun. Ainsi le prix FHF revient au centre d’accueil de jour « Tian an Heol » situé à Moëlan sur Mer dans le Finistère. « Leur projet « Réveil… du potager », est né d’une spécificité locale : tous les résidents de cette région rurale ont connu et travaillé dans un potager », décrit le communiqué. Le prix FEHAP a été décerné à l’association Saint-Joseph de Nay dans les Pyrénées-Atlantiques où l’équipe a créé un « Jardin des 5 sens » ouvert à tous, résidents et populations locales.

La particularité du jardin de la résidence Camille Saint-Saëns à Epinay-sur- Seine dans la Seine-Saint-Denis est d'être intergénérationnel.

La particularité du jardin de la résidence Camille Saint-Saëns à Epinay-sur- Seine dans la Seine-Saint-Denis est d’être intergénérationnel.

Enfin le prix UNCCAS récompense la résidence Camille Saint-Saëns à Epinay-sur- Seine dans la Seine-Saint-Denis pour son jardin intergénérationnel. Parmi la centaine de candidatures, le jury a souhaité récompenser deux autres jardins avec des prix « Coups de cœur » : l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu situé à Leuze-en-Hainaut en Belgique et l’accueil de jour Le Fil d’Argent qui se trouve à La Garde dans le Var. On peut imaginer qu’il fut difficile pour le jury de ne retenir que six jardins parmi tous les candidats.

Annie de Vivie constate une évolution. « Au début, on voulait faire quelque chose de joli pour se balader. Maintenant on y travaille avec les autres, on fait pousser des plantes. On voit des potagers, des espaces pour des animaux, des projets intergénérationnels avec des écoles, des crèches, des assistantes maternelles, les enfants du personnel », décrit-elle. « L’enjeu est d’être dans la vie. » Pour elle, les obstacles sont le manque d’imagination et de vision. « Oui, les professionnels ont besoin d’aide, y compris financière, pour démarrer. Les dotations sont serrées. Mais ils vont chercher des fonds et des aides auprès des mairies, des associations, des écoles d’horticulture ou des ESAT (établissements et services d’aide par le travail).” Elle sent aussi que les professionnels de la santé ont petit à petit accès à plus d’information et de formation dont des dossiers sur le site AgeVillage.

jardin_memoire2013Avec l’association Jardins et Santé, AgeVillage se concentre maintenant sur une nouvelle manifestation qui avait débuté dans quelques régions pilotes l’année dernière, mais se généralise à toute la France en 2013. L’opération « Un jardin pour ma mémoire » aura lieu les 21 et 22 septembre. Ces deux jours, des centaines de résidences ouvriront leurs portes aux visiteurs et feront découvrir leurs jardins. Une occasion unique de pénétrer dans ces endroits souvent mystérieux qui accueillent les personnes âgées.

La double casquette de Jocelyne Escudero

Jocelyne Escudero au jardin

Jocelyne Escudero au jardin

Je répare aujourd’hui une omission qui n’a que trop duré. Voici plusieurs mois que Jocelyne Escudero était sur ma liste de gens à contacter. Nous avons enfin discuté il y a quelques jours et elle m’a raconté le parcours très intéressant qui l’a mené à l’hortithérapie. « A la base, j’ai été exploitante agricole. J’ai fait du maraichage et des fleurs. Mais comme j’étais aussi plasticienne, je me suis formée à l’art thérapie. Puis j’ai obtenu un DU de psychologie médicale générale et j’ai fait une formation lacanienne. » Armée de ces solides bases en psychologie et de ces connaissances horticoles, elle lance dès 1998 à Toulouse un premier jardin d’enseignement à l’environnement adapté à un public handicapé pour tester ses idées sur l’hortithérapie. « A l’époque, l’hortithérapie n’avait pas bon écho. On me reprochait de vouloir faire des jardins ouvriers ou de ne pas être médecin. »

En 2000, elle lance le Jardin de Tara, un nouveau projet où le jardin est un outil de médiation comme peuvent l’être l’art ou la musique. Le Jardin de Tara est aussi une plateforme de développement durable où elle forme à partir de 2002 des personnels qui ont une pratique dans leurs établissements. « Au départ, des animateurs et des éducateurs pratiquaient dans leur établissement, mais ce n’était pas évalué et c’était plus orienté vers la formation professionnelle, en CAT par exemple », constate Jocelyne. « On mélange toujours jardin thérapeutique et hortithérapie. Dans l’art thérapie, il ne s’agit pas de visiter des musées ou des expos. L’objectif est bien la pratique et l’art est un outil de médiation dont on se saisit. Avec l’hortithérapie, il s’agit aussi de pratique du jardinage en vue d’une thérapie. Pour moi, il faut avoir les deux casquettes : une formation en horticulture et une formation en sciences humaines. »

Un groupe au jardin

Un groupe au jardin

Après 7 ans, elle doit se résigner à fermer le Jardin de Tara qui accueillait des enfants en rééducation, des personnes âgées en maisons de retraite ou encore des polyhandicapés. C’est une question de rentabilité difficile à atteindre. Aujourd’hui Jocelyne propose toujours des formations à travers l’association Trace et Couleurs. La prochaine aura lieu dans quelques jours à Figeac dans le Lot et s’adresse aux animateurs, éducateurs, psychologues, psychothérapeutes, travailleurs sociaux pour les sensibiliser à l’hortithérapie sur une période de quatre jours, avec une seconde session d’approfondissement. Depuis 2006 et jusqu’à peu, elle intervenait également dans un programme de formation continue initié à l’université de Toulouse par Jean-Luc Sudres. Elle enseigne aussi à travers les Jardiniers de France, dans un but qui n’est pas thérapeutique, mais touche à l’environnement, à la culture biodynamique ou encore la permaculture.

Education sensorielle

Education sensorielle

Cela fait 15 ans que Jocelyne Escudero croit à l’hortithérapie et elle constate des évolutions, mais pas la reconnaissance espérée. « C’est une vague et tout le monde veut s’en saisir. On voit des gens qui mettent des formations sur Internet et qui n’ont aucun cursus en horticulture ou en psychologie », constate Jocelyne. « Je souhaiterais un véritable diplôme, sinon on ne sera pas pris au sérieux. En France, l’art thérapie n’est pas un diplôme d’état contrairement aux Etats-Unis, en Angleterre ou au Québec. » Elle fait remarquer que l’histoire entre le jardin et l’hôpital est lourde en France. « Les asiles étaient des fermes qui devaient vivre en autonomie. Il y avait des patients qui mourraient de faim dans ces asiles. » Elle déplore également qu’il n’y ait pas plus de partenariats avec les professionnels de l’horticulture. « Il faudrait qu’il y ait dans les lycées horticoles et agricoles une branche sur le jardin thérapeutique. Ils apprendraient à faire un cahier des charges pour un jardin thérapeutique. Je n’en connais pas. ». Il reste beaucoup à faire…

Prix de la Fondation Truffaut : trois premiers jardins récompensés

Sous l’imposante verrière du Grand Palais transformé en immense jardin à l’occasion de l’événement L’Art du jardin, trois jardins ont été distingués, chacun dans leur catégorie : pédagogique, insertion et thérapeutique. C’est la première fois que la toute jeune Fondation Truffaut organise ces prix, en grande partie pour attirer l’attention sur son action et amener plus de jardins à solliciter son aide. On espère que son appel sera entendu. Je rappelle que la Fondation m’avait gentiment demandé de faire partie du jury. J’étais donc aussi de la fête pour la remise des prix le jeudi 31 mai et mise à contribution pour remettre l’un d’eux. Dehors, il pleuvait à verse. A l’intérieur, l’ambiance était chaleureuse, presque tropicale.

L'association Talégalle reçoit son prix, entourée de Patrick Mioulane, Bruno Lanthier, Carole Renucci et Daniel Joseph.

L’association Talégalle reçoit son prix, entourée de Patrick Mioulane, Bruno Lanthier, Carole Renucci et Daniel Joseph.

Dans la catégorie pédagogique, « Le Grand Jardin » de l’école maternelle de Saint-Quentin-la-Poterie est récompensé pour son action auprès des jeunes enfants. Animé par l’association Talégalle, ce jardin se compose de 12 jardins carrés, d’une parcelle de blé de 50 m2 et de cultures sur buttes (pommes de terre, haricots,…). Il donne l’occasion aux enfants d’apprendre les gestes du jardinier : semer, planter, arroser. Récemment, les élèves ont aussi organisé une exposition de photos prises au jardin. Si vous êtes des fidèles de ce blog, vous connaissez déjà l’association Talégalle que je vous avais présentée en décembre dernier. Félicitations à Matthieu, Caroline et les autres.

Bruno et Elizabeth de la Maison des Aulnes, deux des jardiniers du jardin d'Epi Cure, reçoivent le prix avec Stéphane Lanel, Jean-Paul et Anne Ribes.

Bruno et Elizabeth de la Maison des Aulnes, deux des jardiniers du jardin d’Epi Cure, reçoivent le prix avec Stéphane Lanel, Jean-Paul et Anne Ribes.

Dans la catégorie thérapeutique, le lauréat vous est aussi connu. C’est le jardin d’Epi Cure de la Maison des Aulnes, un jardin que j’ai eu la chance de visiter l’hiver dernier. Elisabeth et Bruno représentaient les résidents des Aulnes à côté de Stéphane, Anne et Jean-Paul. Une belle aventure racontée dans une vidéo filmée sur place et racontée également dans l’émission Pixel du 31 mai consacrée à l’hortithérapie. Plus que jamais, ce projet démontre comment des participants convaincus et des animateurs passionnés peuvent faire des miracles dans le jardin. Un grand bravo et bonne continuation.

Des élèves qui participent au Jardin Extraordinaire de Saintex sont venus recevoir le prix récompensant leur jardin avec leurs professeurs.

Des élèves qui participent au Jardin Extraordinaire de Saintex sont venus recevoir le prix récompensant leur jardin avec leurs professeurs.

Enfin, dans la catégorie insertion, c’est la Segpa du collège Antoine de Saint-Exupéry d’Ermont dans le Val-d’Oise qui remporte le prix. Une Segpa, c’est une section d’enseignement général et professionnel adapté, des classes qui accueillent des jeunes en grande difficulté scolaire. L’objectif est de leur redonner confiance en eux et le goût d’apprendre. Le jardin a semblé un bon moyen d’y arriver. Quelques professeurs, un employé de Truffaut, une aide financière et voilà le projet qui sort de terre plus vite que prévu. Pour boucler la boucle, les jeunes cuisinent leur récolte pour leurs profs. A la fin juin, j’ai l’intention d’aller visiter le Jardin extraordinaire de Saintex lors d’une soirée porte ouverte. A bientôt au Jardin extraordinaire…

L’hortithérapie à l’honneur sur France Culture

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Dans le cadre de l’émission Pixel, une expérimentation de reportage multimédia qui se décline à l’antenne et sur Internet, le journaliste Eric Chaverou s’intéresse cette semaine à l’hortithérapie. A temps pour les événements Rendez-vous au jardin qui se déroule ce weekend dans toute la France et de L’Art au jardin qui aura lieu en même temps au Grand Palais. J’ai eu l’occasion de parler avec Eric Chaverou cette semaine et je vous encourage à suivre l’émission qui sera diffusée le vendredi 31 mai à 7h10 sur France Culture, puis reprise en version augmentée sur le site de Pixel. Vous pouvez aussi vous manifester dès maintenant sur le fil Twitter de l’émission.

A l’EHPAD d’Onzain, un jardin sort des cartons

Quelques fleurs d'entrée de jeu

Quelques fleurs d’entrée de jeu

Autre région, autre EPHAD, autre équipe, mais les problématiques sont souvent similaires. Infirmière, Paule Lebay commence à travailler dans l’unité protégée de l’EPHAD La Treille à Onzain (Loir-et-Cher, près de Blois) avec des patients souffrant de la maladie d’Alzheimer et de démences apparentées. « L’unité protégée a des baies vitrées vers l’extérieur et elle est censée être ouverte. Mais par souci de sécurité, on ne laisse pas sortir les résidents. Nous sommes dans un bâtiment tout neuf entouré d’un parc et d’une zone boisée, mais ils n’en profitent pas. Cela me gênait beaucoup dans ma pratique des soins », explique cette amoureuse des jardins. Devenue infirmière coordinatrice, elle s’occupe désormais de l’accueil de jour où les participants ont les mêmes troubles, mais vivent chez eux. Le but de l’accueil de jour est de maintenir le lien social et l’autonomie à travers des activités afin que le maintien à domicile puisse se poursuivre aussi longtemps que possible.

Jean-Paul Ribes apprécie la qualité de la terre

Pendant la visite au futur jardin, Jean-Paul Ribes apprécie la qualité de la terre

« J’ai proposé au directeur de l’établissement de faire un jardin. Il a été d’accord, mais m’a dit que je devrais me débrouiller toute seule. Il m’a parlé d’une formation sur le jardin de soin à Chaumont [à quelques kilomètres de l’autre côté de la Loire, NDLR] », explique Paule. En octobre 2012, elle suit cette formation et son projet devient un exercice pratique pour tout le groupe qui se rend sur place comme je l’ai raconté ici. « Je ne suis pas paysagiste. J’avais l’idée et l’éthique, mais pas les connaissances en horticulture. La formation m’a permis de comprendre ce qu’il faudrait trouver dans le jardin pour que ce soit un jardin de soin. » Après la formation, elle travaille son dossier, « un peu tous les jours, sur mon temps personnel, pour ne pas que le soufflé retombe. » Elle est convaincue que le futur jardin doit obligatoirement permettre de jardiner. « Ce n’est pas que de l’ornemental, il faut un endroit réservé à la pratique avec des bacs de culture. Il faut organiser des activités comme le ramassage des graines, la confection de bouquets ou les semis. En parlant avec les gens, je me suis aperçue que certains n’aimaient pas jardiner, mais aimaient tailler. Il faut donc prévoir des arbustes à tailler comme des forsythias ou des groseilliers à fleurs. Il faut aussi des plantes qui marquent les saisons comme le lilas ou le muguet. » Si on lui répond que le muguet ou le chèvrefeuille dont l’odeur déclenche des choses dans la mémoire sont toxiques, Paule est consciente du risque. « Je prends ce risque car c’est pour leur bien-être et pour la stimulation. »

Sébastien Guéret, un autre pionnier de l'hortithérapie en France, apporte ses lumières à Paule.

Sébastien Guéret, un autre pionnier de l’hortithérapie en France, apporte ses lumières à Paule.

Toujours à l’affût d’idées et confrontée à de nouvelles questions, Paule cherche des réponses sur un groupe Google créé à l’issue de la formation qu’elle a suivie à Chaumont (pour rejoindre le groupe Jardins de soin, me contacter). « Une membre du groupe a parlé d’une charte du jardin qu’elle élabore dans son établissement et elle va me la faire passer. Un autre membre a fait une liste d’observations sur le comportement des patients Alzheimer qui m’a été très utile. C’est hyper enrichissant », rapporte Paule. Lors d’une seconde session de formation à Chaumont au mois d’avril, elle a reçu les participants dans son futur jardin et une nouvelle idée est née. « Je vais créer une noue, une sorte de rigole pour évacuer l’eau du terrain qui est très humide et argileux. Cela va représenter une économie de 50% sur mon projet initial de terrassement et permettra d’avoir des plantes de berge et des plantes aquatiques. »

Après les questions techniques, le problème du financement est la question qui fait perdre le sommeil à Paule. Sans soutien financier de l’établissement ou du département, elle tape à d’autres portes. « J’ai contacté des fondations dont la Fondation Truffaut qui m’a déjà alloué une aide. Le directeur du magasin voisin m’a proposé de l’aide et des conseils. L’assurance AG2R La Mondiale m’a également promis une aide. J’ai fait des dossiers auprès de Carrefour, Total, de plusieurs laboratoires pharmaceutiques car nous sommes de gros consommateurs de médicaments. » Précisons que Paule a créé une association pour faciliter ses démarches et demandes de financement. Pour l’instant, il ne se passe rien sur le terrain. Paule a pu acheter du bois pour fabriquer des bacs. Mais elle ne les a pas installés car le terrassement doit être la première étape. « Je ne veux pas créer quelque chose pour le défaire ensuite. Je pense que ça ne serait pas bon pour les résidents. »

En attendant, une petite partie du jardin qui ne sera pas remaniée accueille quelques plantes : du muguet, des pensées, des radis que les participants ont plantés. Par ailleurs, Paule remplace parfois une collègue dans l’unité protégée et elle en profite pour mener quelques ateliers de jardinage dans le patio. Avec beaucoup de succès. « Je suis aidée par deux dames de l’accueil de jour et nous arrivons avec le matériel, des graines, des arrosoirs. Alors qu’ils étaient installés devant la télé, les résidents se retrouvent dehors. Une dame qui ne parlait pas a pu toucher l’eau dans l’arrosoir et son visage s’est éclairé d’un sourire immense. Une autre dame a laissé ses deux canes anglaises et elle est partie en boitant avec un arrosoir faire le tour du patio. Il ne faut pas avoir de préjugés sur ce qu’ils peuvent faire et il ne faut pas les culpabiliser. L’activité se termine par un goûter dehors. Les soignants se rendent compte que ce n’est pas plus de travail, au contraire car les résidents sont occupés. » Paule estime que ces activités de jardinage, malheureusement trop ponctuelles, offrent plusieurs bénéfices. « Ils s’entraident et cela crée du lien entre eux, ce qui est un des objectifs. Ces activités changent le rapport entre les soignants et les soignés car là on leur demande leur avis, on valorise ce qu’ils font. »

« J’avance doucement, pas aussi vite que je le souhaiterais. » Mais après plusieurs mois d’investissement dans son projet, Paule peut faire profiter ceux et celles qui sont tentés par l’aventure de quelques conseils. « Il faut s’entourer et se créer un réseau. Je suis soignante et j’ai besoin d’idées en horticulture que d’autres peuvent me donner en quelques minutes car c’est évident pour eux. Avec un groupe qui soutient le projet et attend sa réalisation, on se sent portée. Il faut garder confiance car il y a des hauts et des bas et on se sent seule parfois. Il est important de se déplacer pour voir d’autres réalisations dont on tire toujours quelque chose, mais aussi pour aller se présenter quand on demande quelque chose car on fait une plus forte impression. » Si Paule se bat et donne bénévolement de son temps pour ce projet, c’est parce qu’elle convaincue que le jardin de soin améliorera la qualité de vie des personnes âgées. « En maison de retraite, on n’est pas là à attendre la mort. Oui, on a des projets de vie. Mais il ne faut pas que les activités soient infantilisantes. Il faut proposer des choses qui leur plaisent. » Comme un jardin.

Le Jardin d’Olt : les résidents d’une maison de retraite rurale renouent avec la terre

Le patio de 800 m2 était jusque là inutilisé et inaccessible.

Le patio de 800 m2 était jusque là inutilisé et inaccessible.

Remède contre l’enfermement, le jardin intérieur de l’hôpital-maison de retraite Etienne Rivié à Saint Geniez d’Olt dans l’Aveyron est né d’une contrainte architecturale et du constat d’une psychologue nouvellement arrivée. « Nous étions confrontés à un problème avec deux unités fermées pour les personnes les plus dépendantes qui n’avaient aucun accès sur l’extérieur à cause d’une pente non conforme pour les fauteuils roulants. Des personnes sont coincées là depuis des années et ne peuvent que rarement aller dehors quand un soignant peut les accompagner », explique Cécile Ratsavong-Deschamps, psychologue et présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages. « Ce qui m’a frappée, c’est que pour la plupart des résidents et de leurs familles il est naturel d’être dehors et de cultiver la terre. En entrant en institution, ils font le deuil d’aller dehors et de travailler la terre. » Les deux unités fermées hébergent 70 personnes, dont une vingtaine se déplacent avec un déambulateur et le reste en fauteuil roulant. Un tiers des résidents sont atteints de démences de type Alzheimer, un tiers de troubles psychiatriques anciens et enfin un tiers sont en fin de vie et en soins palliatifs.

Citadine récemment débarquée dans ce milieu rural, Cécile constate que « leur vie agricole est la seule chose dont ils parlent avec animation et qui les rend vivants. » Avec le médecin de l’unité, elle forme un groupe de travail sur l’enfermement et la contention. Une alternative à l’enfermement est naturellement d’aller dehors. Les unités disposent justement d’un patio de 800 m2 qui n’est pas utilisé. Tirer profit de cet espace devient une évidence. « En lisant les articles principalement américains, je me suis rendu compte qu’il fallait un projet cohérent et adapté à notre population. Si on ne permettait pas l’accès pour tous, c’était l’échec assuré. »

Le projet proposé par la paysagiste Laurence Garfield.

Le projet proposé par la paysagiste Laurence Garfield.

Le groupe de travail procède avec méthode : une analyse des besoins sonde à la fois les résidents, leurs familles et le personnel. Terrasse à l’ombre, oiseaux et poissons, jardinage avec une préférence pour la culture des fleurs, les envies se dessinent. L’ergothérapeute et le kiné de l’établissement s’associent au projet et une paysagiste, Laurence Garfield, se met au travail. Elle vient de rendre un avant-projet pour l’aménagement du jardin intérieur. La phase conceptuelle a été financée grâce à des subventions du Conseil général, de la mairie et du Crédit Agricole. L’établissement a également donné une subvention à l’association Médecines, Cultures et Paysages qui s’est créée justement pour être porteuse du projet et obtenir des financements plus facilement. « Nous nous heurtons à des problèmes financiers et institutionnels. Ce n’est pas simple de mettre en place un tel projet », reconnaît Cécile.

Sur ce chemin difficile, il y a de bonnes nouvelles qui mettent du baume au cœur : le prix Mémoire Vive de la Carsat de Midi-Pyrénées assorti d’une subvention en 2012, puis un Trophée de l’accessibilité 2013 dans la catégorie Collectivité territoriale de moins de 5000 habitants décerné par le Conseil National du Handicap et l’association Accès pour tous. « Ce trophée nous a permis de communiquer vers l’extérieur et d’avoir une reconnaissance institutionnelle. Cela donne de l’élan. » Outre rendre le jardin accessible librement, l’idée est bien de proposer des ateliers de jardinage et d’hortithérapie. « Personne n’est formé ici. Nous aimerions envoyer quelques personnes se former à Toulouse [formation à l’hortithérapie sous la direction de Jean-Luc Sudres à l’université Toulouse-Le Mirail, NDLR] », explique Cécile. « Nous voulons que les résidents se réapproprient le rapport à la terre dont ils ont fait le deuil et transmettent leur savoir. »

Des bénévoles arrachent des haies pour faire place à des carrés de culture et des jardinières de récupération.

Des bénévoles arrachent des haies pour faire place à des carrés de culture et des jardinières de récupération.

Courant mai, les premières activités ont animé le jardin. Le temps d’un weekend, des bénévoles (sans argent, on se débrouille autrement) ont arraché des haies et retourné la terre. Huit carrés au sol ont été préparés et des jardinières en bois ont été récupérées auprès de la mairie (récup et débrouillardise là encore). « Depuis, nous avons fait deux premiers ateliers mémoire au jardin. Trois professionnelles – une animatrice, une ergothérapeute et moi – avons travaillé avec cinq résidents à la fois. On a choisi des fleurs, des couleurs et où les mettre. Moi, je travaille le côté mémoire et transmission de leur savoir-faire. L’animatrice va les aider à réaliser les plantations. Les résidents pourront travailler sur les jardinières et elle fera le travail au sol. » Résultat de cette première expérience au jardin ? « Ils étaient enchantés. Chacun y trouve sa place pour s’exprimer à sa façon. »

La bande de bénévoles qui a entrepris les premiers aménagements début mai.

La bande de bénévoles qui a entrepris les premiers aménagements début mai.

L’intention de l’équipe est de mener un projet de recherche pour mesurer l’impact du jardin sur la qualité de la vie et les troubles du comportement chez les résidents. « On voit beaucoup d’anxiété, d’agitation et de déambulation parce qu’ils sont enfermés. Je vois que les anglo-saxons travaillent sur l’évaluation. J’ai l’impression qu’en France, les choses qui se font sont moins valorisées. » Pour l’instant, le jardin n’est pas ouvert librement car cela nécessiterait des travaux d’aménagement importants. « Mais c’est prévu dans le projet », affirme Cécile avec optimisme.

Le Bonheur est dans le jardin fête son premier anniversaire

Le 16 mai dernier, j’écrivais le premier billet du Bonheur est dans le jardin pour expliquer mes intentions (donner à voir des programmes d’hortithérapie, susciter des idées et des envies chez des lecteurs francophones). Une semaine plus tard, je racontais le premier exemple, un programme d’initiation à l’horticulture qui accueille une trentaine d’étudiants porteurs de divers handicaps physiques, mentaux et comportementaux au Solano Community College près de San Francisco. Depuis, au rythme d’un billet par semaine, je navigue entre les Etats-Unis et la France pour raconter des initiatives dans des maisons de retraite, des hôpitaux psychiatriques, des prisons,…Je chronique aussi les initiatives de formation.

Pour lundi prochain, j’ai en réserve un billet sur un projet passionnant dans une maison de retraite aveyronnaise. Je suis épatée du nombre d’initiatives que l’on découvre en creusant. Pour ne rater aucun épisode et recevoir le Bonheur par email tous les lundis, pensez à vous inscrire (onglet Suivre). N’hésitez pas à laisser vos commentaires ou à me contacter si vous participez à un projet de thérapie horticole dont vous voudriez que je parle.

Une hortithérapeute dans la peau de ses patients

Sue Kaylor avec une patiente

Sue Kaylor avec une patiente

Il y a 20 ans, le monde de Sue Kaylor a basculé. En mai 1993, elle est victime d’une hémorragie cérébrale. Evacuée par avion vers un hôpital voisin, elle subit une intervention pour arrêter l’hémorragie. Pendant trois mois, elle restera hospitalisée et réapprendra à marcher, à parler, à lire et à écrire. Aujourd’hui, Sue va beaucoup mieux. La paralysie qui affectait son côté droit s’est résorbée. Elle souffre parfois encore de troubles de la mémoire. C’est pourquoi quand je l’appelle chez elle pour qu’elle me parle de son travail en thérapie horticole, son compagnon Chris participe à la conversation et l’aide lorsqu’elle oublie un détail.

C’est justement Chris qui, à l’hôpital alors qu’elle ne pouvait pas parler, a remarqué l’envie de Sue de toucher les plantes. « Une thérapeute me poussait en fauteuil roulant à côté d’une jardinière de soucis et j’avais très envie de couper les fleurs fanées. Chris a compris », explique Sue. « J’avais toujours aimé jardiner, ma grand mère était une passionnée de jardin. Mais là, le jardinage a pris une nouvelle dimension. » De retour chez elle après trois mois à l’hôpital, elle s’installe parfois sur une couverture pour jardiner et se débrouille comme elle peut en utilisant sa main gauche.

Les patients gardent leurs créations. Sue a constaté que, depuis 20 ans, la durée des séjours à l'hôpital a beaucoup diminué. Les séjours d'un mois, au lieu de trois, sont devenus plus fréquents.

Les patients gardent leurs créations. Sue a constaté que, depuis 20 ans, la durée des séjours à l’hôpital a beaucoup diminué. Les séjours d’un mois, au lieu de trois, sont devenus plus fréquents.

Son intérêt pour la thérapie horticole va faire son chemin lentement. Alors qu’elle n’a pas encore retrouvé toutes ses capacités, Sue se lance dans le bénévolat auprès de patients qui lui ressemblent. Le personnel de l’hôpital la dirige naturellement vers des patients qui ont souffert un AVC ou un traumatisme crânien. Elle découvre alors le livre The Enabling Garden : Creating Barrier-Free Gardens de Gene Rothert qui fut pendant 32 ans le directeur des programmes de thérapie horticole au Chicago Botanical Garden. Publié en 1994, ce livre est considéré comme un ouvrage fondamental pour comprendre comment rendre le jardinage accessible à tous. Il lui donne envie d’aller plus loin et elle suit la formation pour devenir une « master gardener » en Caroline du nord. Mission accomplie en 1998.

Elle se rapproche du personnel soignant du Charlotte Institute of Rehabilitation et commence à jardiner avec des patients. « J’amenais des plantes de mon jardin, du romarin, de la lavande, de l’eucalyptus. Les odeurs sont très importantes. » Après 5 ans, elle change d’établissement pour se rapprocher du Carolinas Medical Center – Mercy Hospital toujours à Charlotte en Caroline du nord.

Sue jardine à l'intérieur, les patients adorent toucher la terre.

Sue jardine à l’intérieur, les patients adorent toucher la terre.

« Je travaille avec une récréothérapeute, Kate Smith. Elle évalue les patients sur des éléments cliniques et elle sait quand ils sont prêts. Moi, j’ai la connexion avec eux. Même s’il n’y a pas deux cas pareils, j’y suis passée avant eux. Je leur explique qui je suis », raconte Sue. « Nous travaillons à l’intérieur. Le personnel amène 4 ou 5 patients. J’ai tout le matériel nécessaire, la terre et les plantes. Le toucher est très important ainsi que les odeurs. S’ils souffrent de paralysie, ils compensent. » Sue croit tellement dans la force des plantes dans le processus de guérison que ce travail bénévole est devenu une partie importante de sa vie. Lorsqu’un patient se prend au jeu – comme cet homme tellement plongé dans son activité qu’il a enlevé le bandeau sur son œil pour mieux voir ou cette femme enchantée de voir ses graines de tournesol germer au bout d’une semaine, Sue est récompensée.