La double casquette de Jocelyne Escudero

Jocelyne Escudero au jardin

Jocelyne Escudero au jardin

Je répare aujourd’hui une omission qui n’a que trop duré. Voici plusieurs mois que Jocelyne Escudero était sur ma liste de gens à contacter. Nous avons enfin discuté il y a quelques jours et elle m’a raconté le parcours très intéressant qui l’a mené à l’hortithérapie. « A la base, j’ai été exploitante agricole. J’ai fait du maraichage et des fleurs. Mais comme j’étais aussi plasticienne, je me suis formée à l’art thérapie. Puis j’ai obtenu un DU de psychologie médicale générale et j’ai fait une formation lacanienne. » Armée de ces solides bases en psychologie et de ces connaissances horticoles, elle lance dès 1998 à Toulouse un premier jardin d’enseignement à l’environnement adapté à un public handicapé pour tester ses idées sur l’hortithérapie. « A l’époque, l’hortithérapie n’avait pas bon écho. On me reprochait de vouloir faire des jardins ouvriers ou de ne pas être médecin. »

En 2000, elle lance le Jardin de Tara, un nouveau projet où le jardin est un outil de médiation comme peuvent l’être l’art ou la musique. Le Jardin de Tara est aussi une plateforme de développement durable où elle forme à partir de 2002 des personnels qui ont une pratique dans leurs établissements. « Au départ, des animateurs et des éducateurs pratiquaient dans leur établissement, mais ce n’était pas évalué et c’était plus orienté vers la formation professionnelle, en CAT par exemple », constate Jocelyne. « On mélange toujours jardin thérapeutique et hortithérapie. Dans l’art thérapie, il ne s’agit pas de visiter des musées ou des expos. L’objectif est bien la pratique et l’art est un outil de médiation dont on se saisit. Avec l’hortithérapie, il s’agit aussi de pratique du jardinage en vue d’une thérapie. Pour moi, il faut avoir les deux casquettes : une formation en horticulture et une formation en sciences humaines. »

Un groupe au jardin

Un groupe au jardin

Après 7 ans, elle doit se résigner à fermer le Jardin de Tara qui accueillait des enfants en rééducation, des personnes âgées en maisons de retraite ou encore des polyhandicapés. C’est une question de rentabilité difficile à atteindre. Aujourd’hui Jocelyne propose toujours des formations à travers l’association Trace et Couleurs. La prochaine aura lieu dans quelques jours à Figeac dans le Lot et s’adresse aux animateurs, éducateurs, psychologues, psychothérapeutes, travailleurs sociaux pour les sensibiliser à l’hortithérapie sur une période de quatre jours, avec une seconde session d’approfondissement. Depuis 2006 et jusqu’à peu, elle intervenait également dans un programme de formation continue initié à l’université de Toulouse par Jean-Luc Sudres. Elle enseigne aussi à travers les Jardiniers de France, dans un but qui n’est pas thérapeutique, mais touche à l’environnement, à la culture biodynamique ou encore la permaculture.

Education sensorielle

Education sensorielle

Cela fait 15 ans que Jocelyne Escudero croit à l’hortithérapie et elle constate des évolutions, mais pas la reconnaissance espérée. « C’est une vague et tout le monde veut s’en saisir. On voit des gens qui mettent des formations sur Internet et qui n’ont aucun cursus en horticulture ou en psychologie », constate Jocelyne. « Je souhaiterais un véritable diplôme, sinon on ne sera pas pris au sérieux. En France, l’art thérapie n’est pas un diplôme d’état contrairement aux Etats-Unis, en Angleterre ou au Québec. » Elle fait remarquer que l’histoire entre le jardin et l’hôpital est lourde en France. « Les asiles étaient des fermes qui devaient vivre en autonomie. Il y avait des patients qui mourraient de faim dans ces asiles. » Elle déplore également qu’il n’y ait pas plus de partenariats avec les professionnels de l’horticulture. « Il faudrait qu’il y ait dans les lycées horticoles et agricoles une branche sur le jardin thérapeutique. Ils apprendraient à faire un cahier des charges pour un jardin thérapeutique. Je n’en connais pas. ». Il reste beaucoup à faire…