L’oasis d’Aboukir : un jardin vertical en pleine forme

Ce sera aujourd’hui un billet rapide par faute de temps chronique en ce moment. Mais j’ai dans ma besace quelques pistes intéressantes pour les semaines à venir : une jardinologue belge, une assistante de vie qui partage des plantes porteuses de souvenirs pendant ses visites chez les personnes âgées qu’elle accompagne, des nouvelles du Jardin d’Olt dans l’Aveyron,…

Pour l’heure, je vous laisse sur cette photo de deux jardiniers qui prennent de la hauteur. Ils sont en train d’intervenir sur un incroyable mur végétalisé dans le quartier du Sentier dans le 2e arrondissement à Paris (croisement rue des Petits Carreaux et Aboukir pour les curieux). Un mur dont une résidente du quartier me dit qu’elle adore aller le regarder régulièrement pour voir les changements des saisons s’y afficher en couleurs. Pour en savoir plus sur cette mini-jungle parisienne créée par Patrick Blanc sur une commande privée.

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Les thérapeutes horticoles en quête de reconnaissance…aux Etats-Unis

Leigh Anne Starling

Leigh Anne Starling

Un intérêt pour les plantes et pour l’humain. On retrouve le plus souvent cette double passion chez ceux qui pratiquent l’hortithérapie. C’est le cas de Leigh Anne Starling, une Américaine impliquée dans le domaine depuis 25 ans et très active au sein de l’American Horticultural Therapy Association (AHTA). « J’ai découvert le programme de Diane Relf à Virginia Tech où j’ai obtenu un BS (équivalent d’une licence) en horticulture avec une concentration en thérapie horticole. Diane Relf permettait qu’on conçoive son propre programme et elle enseignait des cours de thérapie horticole dès qu’il y avait assez d’étudiants. On prenait des cours de psychologie et de sciences humaines », explique Leigh Anne. « Maintenant aux Etats-Unis, ce sont principalement des certificats. Les options en thérapie horticole dans les départements d’agriculture ou d’horticulture des universités ont tendance à disparaitre. » Elle fait une exception pour les programmes de « therapeutic horticulture » : « Oregon State University a ouvert une licence. Il s’agit de permettre à des professionnels de l’horticulture de connaitre les nombreuses populations de malades, mais ils ne travaillent pas directement avec les patients. »

« Il y a toujours un intérêt pour la thérapie horticole, mais le groupe d’âge a changé. Les jeunes obtiennent plutôt un diplôme en horticulture, puis font un certificat. Ce sont maintenant des gens qui y arrivent pour une seconde carrière. En moyenne, les membres de l’AHTA ont la quarantaine, voire la cinquantaine », constate Leigh Anne. Elle voit aussi que de nombreux programmes, dans des maisons de retraite (assisted living facilities) par exemple, utilisent le jardin pour améliorer la qualité de vie et le bien-être. « Mais il ne s’agit pas de programmes de traitement avec des objectifs comme dans un hôpital de réadaptation. S’ils ont des objectifs, c’est en terme de bien-être. »

Hôpitaux pour vétérans et formations pour adultes handicapés

Son parcours professionnel a commencé dans un hôpital pour vétérans en Pennsylvanie, puis au Walter Reed Hospital à Washington, DC où elle a travaillé avec des vétérans dans le département d’hospitalisation psychiatrique. « Avec les vétérans, les objectifs étaient de restaurer des fonctions comme la capacité d’adaptation, l’estime de soi, la socialisation en utilisant la métaphore des plantes. La thérapie horticole est toujours utilisée avec les vétérans avec un focus sur la réadaptation physique et la santé mentale. Le jardin offre un défi pour ceux qui ont un handicap ou sont dans un fauteuil roulant. Mais l’estime de soi est un élément très important. »

En déménageant sur la côte Ouest, elle quitte le monde de l’hôpital pour un programme de formation (vocational training) dans une résidence pour adultes pendant 6 ans. « Je gérais une entreprise de paysagisme avec des adultes atteints de troubles du développement qui avaient besoin de travailler leurs compétences pour le monde du travail. Ils étaient payés et savaient qu’ils pourraient trouver ensuite un travail dans la communauté, ce qui était très valorisant pour eux. Ils apprenaient aussi à trouver des solutions à des défis ou à gérer la frustration. » Etape suivante, la création de sa propre entreprise de conseil pour concevoir des programmes de thérapie horticole dans des divers milieux : la nutrition dans l’éducation, la formation avec des élèves souffrant de handicaps, des maisons de retraite ou le programme de Suzanne Redell par exemple.

C’est là qu’elle se frotte à l’épineuse question du remboursement de ses services. Différents cas de figures se présentent. « Les agences à but non lucratif peuvent parfois facturer les services de thérapie horticole sous Medicaid ou Medicare, surtout si on les classifie dans le département des activités. Les agences qui dépendent d’un état ou d’un comté peuvent se faire rembourser si la thérapie horticole est classée dans les services de réadaptation et a lieu en présence d’autres personnels internes. Enfin les établissements privés ont leurs propres systèmes et peuvent être créatifs pour facturer ces services. » Souvent la thérapie horticole est placée sous le contrôle d’autres professionnels qui sont certifiés ou ont une licence pour exercer : les ergothérapeutes, les conseillers en réadaptation, les ludothérapeutes (recreational therapists).

Le chantier de la certification pour les thérapeutes horticoles

Pour l’instant, le plus haut degré de reconnaissance atteint par les thérapeutes horticoles américains est le grade de « registered ». La plupart des 600 membres que compte environ l’AHTA sont « registered » selon les conditions énoncées par l’association. Mais la démarche pour aller plus loin est enclenchée. « Nous avons commencé à travailler pour devenir « certified » », explique Leigh Anne qui fait partie du comité qui s’est attelé à cette tâche. « Nous travaillons avec la National Commission for Certifying Agencies qui a des critères très poussés. Nous avons déjà défini le curriculum minimum. Nous venons de faire une analyse métier à partir de laquelle nous allons écrire une description générale du métier de « horticultural therapist ». Cette définition sera listée dans l’annuaire du Department of Labor, elle remplacera les différentes définitions qui existent aujourd’hui. »

« Nous devons aussi développer un examen. Cela prendra trois cycles d’essais pour le valider. Au bout de ce chemin, nous espérons obtenir la certification comme d’autres professions. Cela permettra d’être reconnu comme profession valable et d’être valorisé. Cela permettra aussi d’augmenter les opportunités d’emplois et les salaires, peut-être aussi de voir des écoles offrir des cours de nouveau. Enfin, le remboursement de ces soins sera facilité. » La profession serait dans une position plus forte pour négocier au niveau de chaque état, comme a déjà pu le faire l’art thérapie. Après la certification, on peut aussi envisager une étape supplémentaire : « licensure » (homologation, permis d’exercer).

Voilà le grand chantier dans lequel s’est engagé l’AHTA (Rebecca Haller du Horticultural Therapy Institute fait aussi partie de l’équipe qui planche sur ce projet). Pour sa part, Leigh Anne poursuit une autre approche pour que ses services soient remboursés. Après avoir obtenu un « master in rehabilitation counseling », elle poursuit aujourd’hui des études pour devenir une « Licensed Professional Clinical Counselor (LPCC) ». « Le monde était différent il y a 25 ans. Si c’était à refaire, j’obtiendrais un diplôme dans une discipline qui a le niveau « licensure » et je ferais ensuite une spécialisation en thérapie horticole. Nous voyons beaucoup de gens qui choisissent cette approche aujourd’hui. »

Anne 2Leigh Anne conclut sur un message d’encouragement pour la communauté « plantes et soin » française. « L’AHTA a commencé en 1973 avec un petit groupe de gens. Si assez de gens qui partagent les mêmes idées se rassemblent, regardez ce que ça peut donner. L’association a dû relever le défi de plusieurs écoles et courants de pensées. Mais leur croyance commune est qu’ils étaient sûrs de la connexion entre les plantes et les humains. »

La genèse du jardin de l’EHPAD de Chailles

Le "nombril" est la place  centrale, espace de rencontre, de convivialité, de spectacle pour des gens extérieurs,...Derrière, la façade a été peinte en vert pour atténuer la luminosité du mur blanc. Les bambous symbolisent la transition de l’intérieur vers l’extérieur, rouges en référence au jardin anglais, pour attirer l’œil et faire sortir les personnes. Sur 2 murs, il y aura de la végétalisation.

Le « nombril » est la place centrale, espace de rencontre, de convivialité, de spectacle pour des gens extérieurs,…Derrière, la façade a été peinte en vert pour atténuer la luminosité du mur blanc. Les bambous symbolisent la transition de l’intérieur vers l’extérieur, rouges en référence au jardin anglais, pour attirer l’œil et faire sortir les personnes. Sur 2 murs, il y aura de la végétalisation.

Avant de devenir le site d’un EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), l’endroit était planté de vignes. Lorsque Brigitte Conré a pris ses fonctions de directrice en 2008, l’EHPAD Claude de France à Chailles près de Blois possédait un espace non entretenu avec du gazon et quelques vieux arbres, formant un V entre deux ailes sécurisées du bâtiment. Assez rapidement, des jardinous, de grandes jardinières accessibles en fauteuil roulant, et des bacs à hauteur se remplissent de légumes grâce à des membres du personnel qui aiment jardiner. « J’avais envie de faire un jardin thérapeutique en développant les couleurs, les odeurs. Mais je ne savais pas où commencer », se souvient Brigitte Conré. « Le responsable de la formation à Chaumont cherchait un endroit avec un jardin à créer ou à améliorer pour accueillir un stage. J’avais de la place…. Deux membres du personnel se sont joints au stage qui allait du médecin au paysagiste. Il en a découlé un dessin, puis un devis. » Et aussi un jardin est sorti de terre.

En route, le projet a changé de nature. « Mon jardin dit à but thérapeutique est devenu un jardin « art et soin ». Le jardin à but thérapeutique mélange couleurs et senteurs, il faut que ce soit agréable et que ça donne envie d’y entrer avec des animaux comme des poules, par exemple. C’est devenu un jardin avec un parcours de motricité, un jardin avec de la terre au sol, un jardin en hauteur, du sable pour la mer, des rochers pour la montagne », m’a expliqué Brigitte Conré récemment.

Parcours de motricité "les pieds ont une mémoire", différentes textures pour différentes sensations avec un mur en gabions avec assise, permettant de se reposer. Le jardin n’est pas fini car tout le cheminement « normal » sera de couleur ardoise-bleue, comme un ruban tout autour, permettant de se repérer.

Parcours de motricité « les pieds ont une mémoire », différentes textures pour différentes sensations avec un mur en gabions avec assise, permettant de se reposer. Le jardin n’est pas fini car tout le cheminement « normal » sera de couleur ardoise-bleue, comme un ruban tout autour, permettant de se repérer.

Une visite a eu lieu à la fin de l’été (l’inauguration aura lieu au printemps quand la pergola sera finie et que les plantations seront plus vaillantes). Paule Lebay de l’EHPAD d’Onzain et Fabienne Peyron, son alliée paysagiste, étaient parmi les invités et ont ramené toutes les photos qui accompagnent ce billet (merci à Fabienne pour les légendes). Quant au texte ci-dessous, c’est un texte de présentation que la directrice de Chailles a partagé avec moi. Je le reproduis car il exprime en direct les intentions des créateurs du jardin.

Le Jardin des Portes Vertes – Présentation

« L’objectif de ce projet était de disposer d’un vrai jardin adapté aux personnes âgées, adapté à leurs conditions physiques et mentales, offrant aux résidents, au personnel, aux familles, la possibilité de sortir du bâtiment, du bien-être, de l’évasion dans l’évocation de différents paysages, la campagne, la montagne, la mer …. Il est donc né avec la formation de Chaumont sur Loire sur les Jardins de Soins.

Ce jardin prévoit un contact direct avec la végétation, en se promenant : il faut apprendre à le connaître ce jardin ! Voici une petite vue d’ensemble de la présentation faite par Béatrice Saurel (artiste-paysagiste), Servane Hibon (paysage dplg) et  Michel Racine (architecte-paysagiste), Jean-Bernard Guillot (entreprise Jean Bernard Guillot, Amboise).

La composition générale et les différents espaces du Jardin

Le rouge des portes et des bambous a été choisi pour attirer l’œil et favoriser le déplacement.

Les bambous rouges de l’entrée du jardin représentent un espace vertical et protecteur. Atmosphère de grotte, protectrice à l’entrée du jardin ; assis dos à la végétation pour ceux qui ne veulent pas aller dans le jardin : c’est un espace de transition.

Le nombril : c’est l’équivalent de la place du village où l’on peut se rassembler, et distribuer le reste du jardin, où l’on reçoit, lit, retrouve les proches, les amis et participe à des activités de groupe. C’est un lieu de festivités, de contacts avec l’extérieur.

La mer de bambous symbolise la mer, l’idée du mouvement ; c’est un espace de fraîcheur, ombragé. Invitation au voyage, au dépaysement sur place !

La montagne est suggérée au niveau du belvédère (le point haut du jardin) et permet un contact avec de gros rochers, un endroit pour s’assoir et regarder, du sable aux pieds, espace de souvenirs …

Le chemin de motricité part de la montagne avec un escalier en bois qui se dilate dans le jardin, puis est composé de traverses, rondins, espaces de pause où rien n’est obligatoire et chacun chemine à son rythme. Il se poursuit avec des textures minérales, de l’ardoise, des galets des pas japonais… Il  a été réalisé en concertation avec l’équipe, les kinés.

Ce chemin de motricité est une invitation à découvrir le jardin et un support d’activités, d’accompagnement, avec des rampes pour un espace sécurisé.

La pergola : sera un espace de transition convivial entre le dedans et le dehors au niveau de la campagne, permettant des activités à l’ombre et offrant une vue sur le verger, le potager même sans se déplacer et le plaisir des sens d’une terrasse fleurie. Car le jardin se visite, mais aussi se contemple, s’observe…

Le potager : toucher la terre, planter sur des bottes de paille, à hauteur.

Le verger est en devenir, sans produit phytosanitaire, sans traitement : «au verger, c’est beau et c’est bon !»

Entretien du jardin : Soignons le jardin et le jardin nous soigne ! La personne de référence du jardin, son ange-gardien son référent devra être un soignant qui aime jardiner, qui aime le regarder.

Son rôle sera d’organiser, d’être  à l’écoute des autres, des liens avec l’animatrice. Il tiendra le planning du jardin en lien avec Sébastien qui assure déjà la tonte, l’arrosage et le désherbage. »

Pour plus d’information, vous pouvez aussi visiter les sites des créateurs des Portes Vertes : Béatrice Saurel et Michel Racine, Servane Hibon.

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Le futur espace de travail pour les pensionnaires. Attention, il manque une partie du jardin ! En effet, les potagers vont être cultivés sur paille et seront installés en limite de chemin.

Le futur espace de travail pour les pensionnaires. Attention, il manque une partie du jardin ! En effet, les potagers vont être cultivés sur paille et seront installés en limite de chemin.

Merci à Fabienne Peyron pour les légendes. Le futur verger pour avoir le plaisir de cueillir des fruits et de les manger ! La porte rouge n’est pas sur le chemin même, on peut ainsi la passer plus facilement pour les patients atteints d'Alzheimer et leur peur du seuil.

Merci à Fabienne Peyron pour les légendes. Le futur verger pour avoir le plaisir de cueillir des fruits et de les manger ! La porte rouge n’est pas sur le chemin même, on peut ainsi la passer plus facilement pour les patients atteints d’Alzheimer et leur peur du seuil.

Place centrale avec Michel Racine parlant à une pensionnaire. En arrière plan, porte rouge symbolisant le passage On ne l’empreinte pas, on passe à côté.

Place centrale avec Michel Racine parlant à une pensionnaire. En arrière plan, porte rouge symbolisant le passage On ne l’empreinte pas, on passe à côté.

CooperRiis, une approche holistique de la maladie mentale

Lisa Schactman

Lisa Schactman

« Un jour, ma belle-mère m’a envoyé un article sur la thérapie horticole en pensant que ça pouvait m’intéresser : j’ai un background en psychologie et j’aime le plein air », explique Lisa Schactman qui, à l’époque, avait déjà travaillé avec des adultes victimes de traumatismes crâniens ainsi qu’avec des enfants handicapés dans le cadre d’un projet de recherche universitaire. Elle s’inscrit au programme de master en thérapie horticole de l’université de Kansas State dont elle sort en 1997. « Le programme était merveilleux avec beaucoup d’opportunités pour pratiquer. Richard Mattson qui dirige le programme est incroyable », se souvient Lisa. Le programme remonte à 1971 et a été établi en collaboration avec la Menninger Clinic qui a incorporé les plantes, le jardinage et la nature dans les activités de ses patients psychiatriques dès le début du 20e siècle. En 1941, le docteur Menninger écrivait que « Les fleurs en bonne santé m’ont aidé à garder mon équilibre émotionnel et intellectuel. L’espoir ne meurt jamais dans le cœur d’un vrai jardinier. »

Lisbeth and Don Cooper ont fondé CooperRiis

Lisbeth et Don Cooper ont fondé CooperRiis il y a 10 ans.

Depuis, Lisa Schactman (HTM) travaille dans ce domaine, d’abord au Texas avec des enfants ainsi qu’avec des jeunes en situation difficile via le programme AmeriCorps, puis en Géorgie dans la santé mentale. Ces expériences la mèneront à son poste actuel à CooperRiis à Mill Spring, Caroline du Nord. Le centre se décrit comme une « Healing Farm Community ». Fondé en 2003 par les parents d’une jeune fille souffrant d’une maladie mentale, CooperRiis a adopté une approche différente. Au lieu d’essayer de « réparer » la maladie avec une approche médicamenteuse, la psychologue et directrice Sharon Young et le personnel mettent en place un plan de guérison incorporant plusieurs domaines du bien-être : connexion sociale, spiritualité, productivité et épanouissement, « empowerment » et indépendance, santé émotionnelle et psychologique et enfin apprentissage et créativité. « On encourage les gens à se concentrer sur leur rêve et on les soutient pour qu’il l’atteigne. On ne se focalise pas sur les symptômes », explique Lisa. Une approche holistique encore très rare aux Etats-Unis.

Une résidente de CooperRiis (photo de Beth Beasley, Times-News Correspondent)

Une résidente de CooperRiis (photo de Beth Beasley, Times-News Correspondent)

« Les gens ont le choix entre cinq équipes dont le jardinage, mais aussi la cuisine ou les animaux. Nous cultivons notre nourriture et nous montrons cette interconnexion depuis le fumier des animaux jusqu’au composte et à la nourriture », explique Lisa qui supervise le programme de thérapie horticole. « Nous avons des fruits, des légumes, des herbes, mais aussi des fleurs avec lesquelles nous faisons des bouquets. Pour certains qui n’avaient jamais vu d’où viennent leurs légumes, c’est passionnant. Ils sont très motivés de voir que ce qu’ils font pousser se retrouve sur le bar à salade. » Selon Lisa, le centre ne pratique pas la thérapie horticole traditionnelle avec des objectifs et une documentation des progrès. Comme l’explique, cette vidéo qui donne la parole à des résidents, des familles et des membres du personnel, les plantes ou les animaux peuvent devenir un lien, un point de connexion pour certains patients. Seul ombre à ce tableau idyllique, le coût très élevé des séjours. Pour autant, les Cooper aimeraient voir d’autres centres copier leur modèle partout aux Etats-Unis.

Un paysagiste se lance dans les jardins thérapeutiques

Un des jardins de l'EPHAD de Savigny-le-Temple

Un des jardins de l’EHPAD de Savigny-le-Temple réalisé par O Ubi Campi.

Voici un article que j’ai écrit pour le magazine Le Lien Horticole, un hebdomadaire destiné aux professionnels de l’horticulture ornementale. Il est paru dans le numéro du 4 septembre 2013. Il parle du travail d’Etienne Bourdon, un paysagiste qui croit au pouvoir du jardin pour soigner diverses pathologies et qui a en particulier créé plusieurs jardins dans un EHPAD de Savigny-le-Temple (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) considéré comme le plus grand établissement spécialisé dans les patients atteints de la maladie d’Alzheimer en Europe avec 186 résidents. Mais il a bien d’autres réalisations à son actif et bien d’autres projets dans les cartons.

Cliquez sur le lien pour lire l’article Jardins therapeutiques.

Pour plus d’informations, la rubrique Jardins thérapeutiques du site d’O Ubi Campi.

Anne Ribes nous ouvre les portes de son jardin à la Pitié-Salpêtrière

Les fidèles lecteurs se souviennent peut-être de la thérapeute horticole californienne Suzanne Redell. Alors qu’elle préparait un voyage en Europe, Suzanne m’avait contactée pour me demander si je pourrais organiser la visite d’un jardin de soin pendant son court séjour à Paris. Le candidat parfait s’est imposé facilement : depuis 1997, Anne Ribes anime un jardin au sein d’une unité psychiatrique pour enfants à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. C’est certainement un des jardins de soins les plus anciens en France. Anne accepte de nous accueillir. Je ne vais pas rater cette occasion et je me dois d’accompagner Suzanne ! Il est si facile de se perdre dans les méandres de la Pitié…

Suzanne Redell (gauche) et Anne Ribes dans le jardin d'Anne à la Pitié-Salpêtrière

Suzanne Redell (gauche) et Anne Ribes dans le jardin d’Anne à la Pitié-Salpêtrière

Dans son tablier vert complété d’un ciré et de bottes jaunes, Anne est devenue une figure familière dans cette unité pédopsychiatrique de la Pitié-Salpêtrière. Les enfants l’appellent « Anne jardin ». Dans son livre Toucher la terre, Anne raconte les débuts de l’atelier Potager-Fleurs. «  Dialoguer avec les plantes exige de la régularité, des gestes posés, pensés, réfléchis et répétitifs dans le déroulement de l’atelier. Aller au jardin devient un rituel, avec sa tenue appropriée, gants, bottes, K-way, chapeau…A chaque fois, on commencera par constater ce qu’il y a de changé. On passera du temps à observer. On respectera le calendrier des travaux en taillant, en semant, en dédoublant carottes, navets en temps voulu, en arrosant les légumes qui le demandent », écrit-elle. « Dans la mesure où il s’agit d’enfants impatients, on privilégiera un potager-fleurs à pousses rapides et légumes fragmentés : radis, carottes, fraises…Dans la mesure où les enfants ont des difficultés d’expression, on privilégiera la sensation : terre sèche, terre humide, terre froide, terre chaude, terre granuleuse. »

Je pourrais citer le chapitre entier dans lequel Anne explique comment elle utilise ses 50 m2 (30 m2 supplémentaires viennent de lui être attribués) pour le bonheur des enfants de ce service qui a fait le pari de se concentrer sur des activités plutôt que des médicaments pour aider les enfants. Sur décision de leur médecin, ils viennent par groupe de 4 ou 5. Les enfants qui sont majoritairement autistes sont accompagnés par des soignants,  psychomotriciens ou éducateurs (un adulte pour deux enfants est le bon ratio). Les jeudis après-midis, Anne peut accueillir deux groupes de 45 minutes chacun. Avec des rituels donc. En arrivant au jardin, les enfants chaussent des bottes. A la fin de l’activité, ils écrivent dans le cahier avec Anne et boivent une tisane assis devant la cabane de jardin. Entre les deux, ils plantent, arrosent, récoltent selon les besoins du jardin. Ou ils se passionnent pour un escargot trouvé sur place.

L'arrosage est une activité très prisée des enfants.

L’arrosage est une activité très prisée des enfants.

Isabelle, la psychomotricienne qui accompagne les enfants le jour de notre visite, explique que les enfants apprennent à bêcher, à conduire une brouette, à ouvrir et fermer une porte. Mine de rien, ils travaillent des notions importantes pour leur schéma corporel en répétant ces gestes qui les ancrent dans la réalité. A la fin de la séance, une petite fille pétrit quelques feuilles qui se trouvent à sa portée. Isabelle précise qu’au début, elle arrachait systématiquement les plantes. Elle a beaucoup changé au contact du jardin. Suzanne observe à une distance respectueuse pour ne pas perturber les enfants. Mais après leur départ, elle discute avec Anne, lui montre des photos de son programme à elle en Californie. On sent des différences (l’approche américaine est sans doute plus cadrée et plus organisée), mais on sent surtout une conviction commune que travailler avec le vivant est bénéfique pour les personnes atteintes de troubles mentaux avec lesquelles elles travaillent toutes les deux. (D’autres photos du jardin Potager-Fleur de la Pitié à la fin du billet).

Quelques nouvelles du côté de Suzanne maintenant. Depuis que j’avais décrit voici plus d’un an son programme au Cordilleras Mental Health Center près de San Francisco, il s’en est passé des choses. Suzanne supervise actuellement trois stagiaires issus du Horticultural Therapy Institute. Une des stagiaire est la directrice clinique de Cordilleras qui, séduite par cette discipline, a décidé de l’étudier de plus près. Une belle victoire pour Suzanne ! Une autre stagiaire a 20 ans d’expérience dans le paysagisme et approfondit la dimension « pré-professionnelle » avec certains participants du programme de Suzanne. Le dernier stagiaire a pour objectif de créer un jardin de plantes indigènes en impliquant les résidents dans toutes les étapes du projet. Trois stagiaires, c’est du travail. Mais c’est aussi le signe que le programme est reconnu et ne cesse de prendre de l’ampleur.

Comme si cela ne suffisait pas, Suzanne conduit régulièrement des séances de formation sur la thérapie horticole auprès de personnel psychiatrique, de thérapeutes, d’infirmières dans la région. Pendant l’une de ses séances, elle a « séduit » le directeur adjoint du groupe auquel appartient Cordilleras (Telecare Corporation) qui aimerait introduire des jardins dans les autres établissements du groupe. Elle se lance avec un médecin dans une étude sur les bienfaits de la thérapie horticole et vient d’être contactée par l’hôpital du VA (Veteran Administration) qui voudrait créer un jardin dans son département de soins intensifs pour ces anciens soldats. Occupée, Suzanne ? Oui, plutôt !

Des pensées récemment plantées.

Des pensées récemment plantées.

Anne et Suzanne devant la cabane de jardin où sont entreposés bottes, outils, brouette, etc...

Anne et Suzanne devant la cabane de jardin où sont entreposés bottes, râteaux, binettes, bêches, brouette, etc…

Anne montre un cahier dans lequel elle consigne les activités du jardin (le temps, les travaux, les remarques des enfants,...)
Anne montre un cahier dans lequel elle consigne les activités du jardin (le temps, les travaux, les remarques des enfants,…)

Le jardin vient de s'agrandir...

Le jardin vient de s’agrandir de 30 m2 supplémentaires…

Le jardin Marcotte du 159 rue Charonne

Un havre de paix caché parmi les immeubles, Square Colbert, rue de Charonne

Un havre de paix caché parmi les immeubles, Square Colbert, rue de Charonne

Il faut savoir que le jardin est là. Quand on appelle Chris pour prendre rendez-vous, elle répète ce que dit déjà le site : « Malgré le digicode, c’est accessible. Il faut juste pousser la porte. » En s’enfonçant un peu entre les immeubles, on découvre le Jardin Marcotte, mi-jardin partagé et mi-jardin solidaire. « L’objectif premier des jardins solidaires est la réinsertion et la remobilisation de personnes en difficulté par le biais du jardinage. Lieux de convivialité et de nature au cœur de la ville, ces sites sont également propices aux rencontres et à l’éducation à l’environnement », comme l’explique le site de l’association Espaces qui en crée depuis 1994 (mais qui n’a rien à voir avec le Jardin Marcotte).

Jardiner ensemble

Jardiner ensemble

Depuis 2012, des ateliers ont lieu au Jardin Marcotte, le mercredi et vendredi de 15h à 17h ainsi que le premier dimanche du mois de 15h à 17h. C’est libre et gratuit. Ce jour-là, Adèle anime l’atelier qui se compose de deux fidèles, d’un couple nouveau et d’un petit garçon venu avec sa maman. En cours de route, deux autres participantes régulières arrivent.     « Le principe est de jardiner ensemble, de faciliter la mixité sociale et de prendre part à la vie du quartier. Jardiner est un acte politique », explique la jeune femme qui travaille pour l’association Culture(s) en Herbe(s) dans le cadre du service civique. L’association n’en est pas à son premier jardin, un autre existait square Godefroy Cavaignac depuis 2009. Pour bien comprendre les objectifs et les méthodes de Culture(s) en Herbe(s), son site est très bien fait.

Mounir aimerait travailler dans les espaces verts.

Mounir aimerait travailler dans les espaces verts.

« Il a bien pris, le lilas », lance un des jardiniers. C’est un cri du cœur. Mounir aimerait bien suivre une formation pour travailler dans les espaces verts. Il me parle fièrement du purin de consoude que les jardiniers fabriquent depuis deux mois. Il montre à une nouvelle venue comment tailler la consoude. Pour Kim’s qui vient au Jardin Mascotte depuis le printemps, jardiner est un retour à son enfance. « Ma mère était cultivatrice au Zaïre. J’allais aux champs avec elle. J’aime faire une activité intéressante », explique-t-il. Dans ce jardin caché, et pourtant très accessible, on trouve de tout : framboisiers, tomates, radis, salades, blettes, plantes aromatiques. Les participants sont enthousiastes. Adèle doit recadrer un jardinier qui bine un peu trop fort. A un autre, elle montre comment récolter les salades sans arracher la racine. Je quitte le jardin sur la pointe des pieds, laissant les jardiniers à leur travail….

Le mur végétalisé dans le quartier du Sentier (2e)

Le mur végétalisé dans le quartier du Sentier (2e)

Trois petits jardins parisiens et puis s’en vont. Mes aventures estivales dans des jardins au cœur de Paris se terminent. Il y a pourtant encore beaucoup à explorer à Paris comme ce jardin d’insertion suspendu dans le 20e ou bien ce potager bio de 250 m2 sur le toit d’un immeuble du 13e ou bien encore plus près de chez moi ce mur végétal dans le 2e. On sent que les habitants des grandes villes ont soif de nature, de végétal, de vivant. Et que apparemment certaines municipalités ont entendu ce besoin des habitants. Si vous avez des exemples de jardins urbains par chez vous, n’hésitez pas à m’envoyer un message (mon email se trouve dans la rubrique Qui suis-je).

La semaine prochaine, je vous raconterai la rencontre de la pionnière française Anne Ribes et de l’hortithérapeute californienne Suzanne Redell dans un jardin qu’Anne a créé à la Pitié-Salpêtrière dans les années 90 pour des enfants dans une unité psychiatrique. J’ai aussi en chantier les portraits de deux hortithérapeutes américaines, l’une dans le domaine de la santé mentale et l’autre dans celui des handicaps du développement. On rendra de nouveau visite à Paule Lebay pour prendre des nouvelles de son jardin dans un EHPAD près de Blois et on découvrira le jardin d’une autre maison de retraite du Loir-et-Cher dont le parti pris est l’art (merci, Paule et Fabienne, pour ce contact).

Le Jardin Nomade, pionner des jardins partagés à Paris

Le blog avait beau être en vacances, j’ai profité de l’été pour me promener dans quelques jardins parisiens. Voici le second épisode de mes aventures estivales.

Capture d’écran 2013-07-22 à 11.10.02C’est au 48 rue Trousseau dans le 11e. Au coin de la rue Trousseau et de la rue Charles Delescluze, devrait s’élever un parking de plusieurs étages. A la place, il y a des rosiers et des framboisiers, des pois de senteur et des tomates, des rhododendrons et des herbes aromatiques. Pionner des jardins partagés encouragés par la Mairie de Paris, le Jardin Nomade vient de fêter ses 10 ans avec une grande fiesta de deux jours. Ateliers pour les enfants, musiques et bal, apéro dinatoire et pique-nique, la fête a rameuté tout le quartier.

IMG_3781« Nous avons été les premiers à signer la charte Main Verte en 2003 », explique Roselyne Demange, l’une des responsables du jardin depuis les débuts. La charte fixe trois grands principes : démarche participative, création de lien social et respect de l’environnement. Les jardins partagés se doivent de laisser leurs portes ouvertes à tous les passants dès lors qu’un jardinier est présent et à des heures d’ouverture établies. Les pratiques respectueuses de l’environnement – pas de pesticide chimique – sont obligatoires. Car ces jardins participent « au maintien de la biodiversité en milieu urbain et au développement d’une présence végétale dans la ville, qui s’inscrit dans la démarche de développement durable initiée par la municipalité. » Récupération des eaux de pluie et compost (avec ateliers éducatifs par des maitres composteurs) font bien sûr partie du programme.

En ce qui concerne l’aspect social, le Jardin Nomade a su tisser de nombreux liens. Des passants s’arrêtent. Pendant ma visite, un monsieur entre, fait un tour et demande si le jardin serait intéressé par des plantes. Bien sûr, lui répond Roselyne qui a salué chaleureusement le visiteur dès son arrivée. D’autres viennent jeter leur compost. Il y a aussi des réguliers, comme ce vieux couple qui vit au 6e étage de l’immeuble d’en face. Quand ils sortent faire une promenade, ils font toujours une pause au jardin. Des tables, des chaises et des bancs sont disposés dans un endroit central et dans des recoins du jardin. Les deux voisins, devenus les mascottes du jardin, peuvent causer ou se retrouver entourés d’enfants.

IMG_3775Car plusieurs écoles et crèches ont un petit lopin dans le jardin et viennent s’en occuper régulièrement. Les professeurs de SVT du collège voisin devraient y amener les élèves de 6e pour travailler sur les bulbes. Un petit garçon en fauteuil roulant vient jardiner avec sa grand-mère dans un bac surélevé mis à sa disposition. Des liens se tissent entre les jardiniers comme ces deux dames, l’une d’origine algérienne et l’autre d’origine vietnamienne, que tout semblait séparer, mais qui sont devenues amies. Un ou deux habitants de la résidence pour personnes âgées d’à-côté sont devenus membres du jardin. La liste d’attente est malheureusement assez longue…

Qu’est-ce qui a attiré Evelyne ici ? « Je suis une fille d’agriculteurs et ça me plaisait d’avoir un coin de verdure. Le vert me manque. » Sur son lopin, elle fait pousser des fuchsias qui ne gèlent pas, des choux qui restent toujours verts, un plant de tomates,…Mais on sent que les rapports avec les autres jardiniers et les passants font aussi partie des plaisirs qu’elle retire du jardin. La petite bâtisse en terre crue, construite sur place avec l’aide d’un étudiant en architecture, sert de cuisine, de cabane de jardin, d’entrepôt. Des apéritifs et des diners improvisés ont lieu régulièrement.

IMG_3776Pendant l’été, les jardiniers partis en vacances attachent un ruban bleu à une plante de leur lopin. C’est un appel à l’aide : « Arrosez-moi, s’il vous plait. » Il y a aujourd’hui environ 70 jardins partagés à Paris, plus résolument ancrés dans l’est parisien. Pour savoir comment en créer un, rendez-vous sur cette page de Paris.fr. En septembre et octobre, une ronde des pique-niques aura lieu de jardin partagé en jardin partagé. Une belle occasion d’aller voir plus près de quoi il retourne. Et puis il n’y a pas qu’à Paris que des jardins partagés existent. Le site Jardinons Ensemble est un bon point de départ.

Une Jardinière de France à l’école

Allium et linaria purpurea dans le jardin de Marie-France Banvard

Allium et linaria purpurea dans le jardin de Marie-France Banvard

Marie-France Banvard est entrée dans l’association Les Jardiniers de France en 1981. Elle aime partager ses connaissances du jardinage, des plantes vivaces en particulier, et des pratiques écologiques. A travers de cette association créée en 1876 pour encourager les jardins ouvriers, elle donne des cours chez elle et dans des jardins solidaires. Le sien dans le 11e arrondissement est un havre de verdure. Elle a la chance de vivre au rez-de-chaussée dans un appartement adossé à un beau jardin qui pousse en toute liberté. Dans un petit carré, elle a planté tout ce qu’il faut pour attirer des insectes de toutes sortes : du blé noir ou sarrasin vivace, de l’aïl décoratif, de l’oseille, des pâquerettes. Le paillage garde la fraicheur, protège le sol du chaud et du froid et donne un abri aux vers de terre. L’agastache plait aux abeilles tandis que l’helichrysum orientale attire plus particulièrement les abeilles solitaires. Les huiles essentielles des plantes repousse les pucerons. Avec le sureau à côté, c’est un véritable guet-apens pour eux. Attirés par le sureau, les pucerons deviendront le déjeuner de coccinelles.

Le plaisir de l'arrosage

Le plaisir de l’arrosage

Il y a 5 ans, l’école Eugene Napoléon-Saint-Pierre Fourier l’appelle pour créer un jardin pédagogique avec des enseignants volontaires. Elle répond à l’appel et investit 80 m2 qui sont aujourd’hui couverts de fraisiers, de tomates cerises, d’haricots, d’épinards, de blettes, de topinambours,… « Les enfants adorent, ils accrochent », raconte Marie-France qui reçoit des élèves de CLIS (Classe pour l’inclusion scolaire) ainsi que des enfants de petite et moyenne section de maternelle. La CLIS est « un parcours scolaire qui oriente à partir de la fin du cycle 1 (fin de moyenne section) et parfois même à l’âge pré-élémentaire (de 3 à 5 ans), les enfants en difficulté ou en situation de handicap vers des classes comprenant 12 élèves au maximum. L’objectif est de scolariser tous les élèves et de permettre aux élèves en situation de handicap de suivre totalement ou partiellement un cursus scolaire en milieu ordinaire. »

Marie Diot est l’un des enseignantes avec qui travaille Marie-France. « L’idée est super. Comme l’art thérapie que j’ai aussi travaillé, ça apporte beaucoup aux enfants. C’est important de sortir du scolaire et de travailler le concret avec eux », explique-t-elle. Toutes les semaines, elle emmène six élèves au jardin pour une après-midi. Les enfants désherbent, sèment des graines, travaillent le terreau, « tout le quotidien du jardin ». Tous les enfants ne réagissent pas de la même manière. « Certains aiment toucher la terre. D’autres détestent la terre et les bêtes. On les accompagne en leur montrant que ce n’est pas sale et ils s’acclimatent. Certains d’entre eux trouveront un métier dans le jardin. Ils commencent à construire un projet pour leur avenir professionnel. »

L'automne au jardin

L’automne au jardin

Même en hiver, le jardin est source d’interrogations. « On travaille sur les animaux et ce qu’ils font pendant l’hiver. Les plantes aussi et ce qui se passe sous la terre pendant l’hiver. On apprend comment on fait du compost et pourquoi. On peut toujours faire le lien et retourner voir quelque chose au jardin », explique l’enseignante. Marie apprécie le soutien de Marie-France et apprend beaucoup à son contact. « On part toujours des enfants. Marie-France a cette capacité à leur répondre, elle sait leur parler. » Marie a conscience qu’une classe CLIS avec un jardin, c’est rare à Paris. D’ailleurs, elle n’en connaît pas d’autres. Il faut toujours des pionniers.

Au fait, si vous êtes parisien ou à Paris le weekend du 21-22 septembre, n’oubliez pas la fêtes des jardins. Par ici, le programme.

La magie de la naissance du haricot.

La magie de la naissance du haricot.

Mais quelle est cette petite bête?

Mais quelle est cette petite bête?

Un détour par Chaumont et le festival des jardins

Le Bonheur est de retour. L’été fut beau, mais l’heure de la rentrée a sonné. Pendant les mois de pause, j’ai préparé une mini-série de reportages sur des jardins parisiens, mais ils devront attendre car la tentation de faire un détour par Chaumont-sur-Loire est trop forte. J’y suis allée en famille à la fin du mois d’août et c’est toujours le même plaisir, la même impression de rentrer dans un monde à part, accueillant, serein, enchanteur. Pour ma prochaine visite, je me suis promise d’en faire l’expérience de nuit, ça doit être magique.

IMG_4222A part le fait que Chaumont au moment du Festival des Jardins (24 avril au 20 octobre) est un endroit bon pour l’âme, quel rapport avec la thérapie horticole ? Si, il y en a un. La prochaine édition de la formation Jardins de soin et de santé menée par Anne et Jean-Paul Ribes, programmée pour octobre, est pleine à craquer. Mais on annonce que la suivante est déjà prévue pour 8-10 avril. Ne perdez pas de temps pour vous manifester si vous êtes intéressé…

Deux mots sur le Festival donc et surtout des images. Cette année, le thème était « Jardins des sensations. » Je vais citer tout simplement la présentation officielle : « L’homme d’aujourd’hui, sans cesse plongé dans le minéral et le virtuel, aspire de plus en plus à un état d’euphorie, d’harmonie unique où se mêlent toutes les sensations. Jardiner le corps et l’esprit, c’est aller vers soi, en tous sens. Tressant un réseau de sensations, les jardins mêleront l’illusion et le trouble à l’expérience multiple du corps en éveil. »

J’ai particulièrement aimé le jardin « Saute qui peut », un jardin en apparence abandonné et envahi par la végétation. Mais aussi les casques à sniff avec leurs ambiances odorantes et leurs ciels étoilés, le cocon géant de « Voir les sons, entendre les couleurs », le monde sens dessus dessous de « Derrière l’armoire » ou encore les saules rouges et les « Je t’aime » chuchotés du « Jardin d’amour »,…

Cette année en plus,  on découvre les Prés du Goualoup, un immense espace planté d’œuvres d’art contemporain comme le poétique « jardin des nuées qui s’attardent » et ses brumes aléatoires ou les solides bancs taillés dans des troncs de Pablo Reinoso.

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