Terramie : des paysagistes et des jardins à visée thérapeutique

De gauche à droite : Jean-Yves Pauchard, Nathalie Joulié-Morand, Guillaume Berthier, et Philippe Pauchard.

De gauche à droite : Jean-Yves Pauchard, Nathalie Joulié-Morand, Guillaume Berthier, et Philippe Pauchard.

Voici un nouvel article écrit pour Le Lien Horticole, l’hebdo des professionnels de l’horticulture ornementale, et paru le 19 février. Il raconte l’aventure de trois professionnels du paysagisme qui ont lancé une réflexion sur le jardin à visée thérapeutique – c’est le terme qu’ils préfèrent – et viennent maintenant de dévoiler une franchise dédiée à ce type de jardins. Ce ne sont pas des inconnus puisque j’avais rencontré Guillaume Berthier à Chaumont-sur-Loire à la toute première session de l’atelier Jardin de soin et de santé. J’en profite pour vous informer que la prochaine session de la formation d’Anne et Jean-Paul Ribes (8-10 avril) est déjà pleine. Mais la suivante est déjà prévue pour les 1-3 octobre. Ne tardez pas à vous manifester si vous êtes intéressé(e).

En décembre, j’avais passé une journée très sympa – fraiche, mais lumineuse – à Nancy avec Philippe Pauchard qui m’avait fait visiter deux jardins déjà réalisés et m’avait exposé la philosophie du groupe et de Terramie. A lire dans cet article:

Le Lien Horticole 19 février 2014

Le prochain article pour Le Lien Horticole va m’emmener du côté de La Roche-sur-Yon, un voyage qui me tient à coeur et que j’attends avec impatience…

Le Jardin de Cocagne de Saint-Loup : un tremplin pour retrouver place dans la société

Au Jardin de Cocagne de Saint-Loup, la fierté renait.

Au Jardin de Cocagne de Saint-Loup, la fierté renait.

« Vous avez besoin de légumes, ils ont besoin de travail. Ensemble, cultivons la solidarité ». Chantiers d’insertion à travers l’activité maraichère biologique sous forme d’associations loi 1901, les Jardins de Cocagne ont vu le jour en France en 1991 sur une idée venue de Suisse. Aujourd’hui fédérés en réseau national qui distribue des paniers de légumes à 20 000 familles adhérentes, 120 jardins sont actifs en France. Dont le Jardin de Cocagne de Saint-Loup à Rouilly-Saint-Loup près de Troyes en Champagne-Ardenne. En 2011, l’association La Porte Ouverte embauche Jean-Christophe Houot pour monter son Jardin de Cocagne. Il nous raconte le quotidien de cette entreprise maraichère pas comme les autres.

Jean-Christophe Houot (tee-shirt rouge) dans le Jardin de Cocagne Saint-Loup près de Troyes.

Jean-Christophe Houot (tee-shirt rouge) dans le Jardin de Cocagne Saint-Loup près de Troyes.

« Le jardin est un tremplin, il n’est pas question de prendre racine », annonce en préambule le chef de culture qui met en pratique son BTS analyse et conduite des systèmes d’exploitation doublé d’une licence de philosophie et d’un master de théologie. « Notre finalité est la réinsertion par le maraichage pour des gens qui n’ont pas travaillé depuis plusieurs années. Certains touchent le RSA, d’autres sont en semi liberté. Certains jeunes ont fait des études, mais sont perdus. Nous les aidons à retrouver l’estime de soi et un projet professionnel pour qu’ils ne soient plus demandeurs d’emploi, mais offreurs de projets. » La première étape est leur projet professionnel que les participants travaillent avec une accompagnatrice. Au cours de leur premier contrat de 6 mois, ils s’engagent à donner 26 heures de travail dont 2 heures d’accompagnement. Pour le 2e contrat, l’engagement est de 30 heures dont 6 heures d’accompagnement. Un maximum de 4 contrats a été fixé, histoire de ne pas prendre racine justement.

A 8h00 du matin, Jean-Christophe et ses jardiniers (12 hommes et 12 femmes à parité) sont opérationnels dans le jardin de 5 hectares. « Il faut un cadre strict pour redonner des repères. Je donne des tâches à chacun et des responsabilités en fonction de leur projet. Certains écrivent le journal qui est distribué avec les paniers. Ceux qui sont intéressés par la maçonnerie ou la mécanique ont de quoi s’occuper avec les bâtiments ou la direction du tracteur. Ce sont eux qui monté le jardin : les serres, l’irrigation, l’électricité. Il y a aussi la commercialisation et la livraison des paniers. On les lance, mais il faut qu’ils soient responsables, pas juste obéissants. Je reconnais leur travail. Il y a une fierté qui nait en eux. »

Au jardin, le temps et l’espace

« Le jardin redonne deux concepts fondateurs en l’homme : l’espace et le temps comme le dit Emmanuel Kant. L’espace, ce sont les parcelles, le lien avec la terre qui colle aux bottes. Le temps, ce sont les saisons, les légumes qu’on ne peut pas forcer à pousser plus vite », explique Jean-Christophe. « On n’a plus l’habitude d’avoir les mains sales. Ils redécouvrent leurs corps, le toucher. Quand on fait du purin d’orties et qu’on se pique avec les orties, on sent qu’on existe. Quand on plante 12 000 poireaux à la main, on a des ampoules et quand on se sert la main le soir, on peut lire notre journée dans nos mains. C’est dur, mais on retrouve une raison d’être. »

La production vendue sous forme de paniers

A tour de rôle chaque semaine, les jardiniers sont responsables de la préparation des paniers.

A tour de rôle chaque semaine, les jardiniers sont responsables de la préparation des paniers.

Tous les jeudis matins, une centaine de paniers doivent être prêts pour la distribution. « La responsabilité du panier tourne entre les jardiniers. A la différence d’une entreprise, on ne se fait pas mettre dehors si on ne réussit pas. On discute de ce qui n’a pas été, on se dépasse et on se relève. » Au magasin situé à 1 kilomètre des champs et doté d’un jardin en version miniature, Jean-Christophe laisse la main aux jardiniers qui peuvent expliquer la récolte à leurs clients et créer un lien avec les adhérents. Les jardiniers ont aussi l’occasion de donner des conseils de jardinage sur RCF, une radio locale, avec un spot diffusé trois fois par semaine. Tout est dans le dosage. « Il faut mettre les jardiniers en valeur et être dans le dépassement d’eux-mêmes sans les mettre en échec. On a le droit de se planter, on ne va pas en faire un drame. Mais je suis exigeant. Je place la barre haut pour qu’ils puissent se dépasser. Ce n’est pas un cocon douillet. »

Parmi les projets de Jean-Christophe, un jardin pédagogique dont il a commencé à discuter avec une primaire et un collège. Le projet répond à une envie de certains jardiniers qui aimeraient travailler avec des enfants. Si le projet est validé courant juin, il pourrait débuter en septembre prochain. Mais pour l’instant, il préfère rester discret sur le sujet. Autre nouveauté, commerciale celle-là : après les paniers « famille » à 15 euros et les paniers « Duo » à 8 euros, le Jardin de Saint-Loup va proposer un jardin « Solo ».

Le rêve de Jean-Christophe quand il était plus jeune était de partir travailler en Afrique. Finalement, l’occasion de mettre en action et de transmettre ses compétences s’est présentée beaucoup plus près avec le Jardin de Cocagne de Saint-Loup. Il avoue bien quelques frustrations. « Les financements du Conseil Régional et du conseil général qui va prendre le relais nous obligent à respecter certaines normes comme un accompagnement sur deux ans. Certains ont besoin de moins et certains de plus. L’homme est trop complexe pour rentrer dans un tableau. Le but est de devenir plus indépendants par notre production. » Mais le bilan est positif. « J’ai réussi ma journée quand je ne sers plus à rien. Il y a un possible en chacun d’eux. Il faut faire que ce possible puisse sortir. »

(A noter : Le Bonheur prend deux semaines de vacances. Rendez-vous le lundi 3 mars).

Une centaine de paniers sont préparés pour les adhérents chaque semaine.

Une centaine de paniers sont préparés pour les adhérents chaque semaine.

« Il faut être passionné. La nature, ça continue à pousser le weekend. S’il fait chaud, on ne peut pas laisser les semis griller. »

« Il faut être passionné. La nature, ça continue à pousser le weekend. S’il fait chaud, on ne peut pas laisser les semis griller. »

Au départ, les jardiniers ont monté le jardin : serre, irrigation, électricité. Ils continuent à contribuer à l'entretien selon leurs compétences.

Au départ, les jardiniers ont monté le jardin : serre, irrigation, électricité. Ils continuent à contribuer à l’entretien selon leurs compétences.

Cocagne motoculteur

Cocagne choux

Le jardin d’Olt : réalisations et bilan (2e partie)

Dans cette 2e partie, Cécile Ratsavong-Deschamps, psychologue et présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages, explique que le jardin n’est pas perçu par tous comme un outil de soins. Merci à elle d’avoir partagé toutes ces informations avec une richesse de détails fort utiles à tous. « Nous continuons donc notre travail de communication et formons les professionnels à l’intérêt des approches non médicamenteuses. C’est notamment dans ce but que nous avons mis en place une recherche. Nous souhaitons évaluer l’impact du jardin sur les troubles du comportement, l’humeur et l’anxiété des résidents. Nous avons présenté cette étude sous forme de poster lors des 33e journées annuelles de la société Française de Gériatrie et de Gérontologie à Paris en octobre 2013. » Cliquer pour accéder au poster.

Ateliers de stimulation sensorielle pour les résidents les plus repliés sur eux-mêmes

Par ailleurs, Cécile a aussi répondu à quelques questions supplémentaires sur les ateliers, réponses qui fournissent de précieux renseignements concrets à d’autres praticiens. D’abord les ateliers de stimulation sensorielle. « Les ateliers de stimulation sensorielle visent à stimuler par les sens des personnes qui sont extrêmement repliées sur elle-même et communiquent peu (même de manière non verbale). Ce sont souvent des personnes qui ont peu ou pas de famille, qui ont des démences très évoluées ou des troubles psychiatriques anciens entraînant un repli autistique. Nous animons ces ateliers à 2 professionnelles, l’ergo et moi-même, et nous ne prenons que 4 résident(e)s. Ils durent 20 à 30 min. Nous choisissons un thème et essayons de le décliner pour chacun des sens. Le jardin a été d’une grande aide pour les plantes aromatiques, aller voir les fleurs, les cueillir, préparer un bouquet, préparer une belle table, écouter les oiseaux, sentir le vent. Même quand il ne faisait pas assez chaud pour rester à l’extérieur (l’atelier a lieu en milieu de matinée), nous y allions pour goûter à ces différents plaisirs. Nous « baignons » les résident(e)s dans un flot de paroles car nous estimons qu’ils ont besoin d’être stimulés verbalement afin que quelque chose se déclenche. Nous avons fait plusieurs ateliers sur le thème des plantes et des fleurs avec une bande sonore évoquant la nature, des sirops de fleurs à goûter, des pétales à toucher, des images, livres, une belle table à regarder, des odeurs à sentir. Les résident(e)s sont particulièrement réceptif(ve)s aux odeurs et au toucher (ils sont souriants, certains émettent des sons, manifestent une détente musculaire). Et nous observons une augmentation de leur attention au fil des ateliers. »

Ateliers mémoire avec le jardin comme support

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Voici ses explications sur les ateliers mémoire, suspendus pendant l’hiver. « Ils avaient lieu au jardin quand le temps le permettait. Ce sont aussi des ateliers thématiques et pendant cette saison, nous évoquons souvent les fleurs et les plantes du jardin et du potager. Il s’agit de permettre à chacun d’évoquer ses activités passées, de transmettre un savoir-faire, d’échanger sur ce qu’ils aiment, faisaient, ce qu’ils cultivaient, comment, les astuces, les recettes de cuisine. Aller voir ce qui pousse, comment, pourquoi ça marche ou ça ne marche pas, consulter quelques livres pour avoir des précisions sur telle ou telle variété, faire un quiz sur les fleurs, les légumes, trouver des noms de fleurs ou de plantes ou de légumes ou fruits commençant par chaque lettre de l’alphabet, préparer la liste des courses pour faire telle recette puis se souvenir de ce que l’on avait mis sur cette liste (travailler le rappel libre, le rappel indicé)… »

Fête du printemps et activités avec les enfants du village

Pendant cette période de repos du jardin, Cécile et son équipe pensent déjà au printemps avec une fête intergénérationnelle déjà programmée pour accueillir son arrivée. « Nous allons préparer une fête du printemps. Construire un jeu de mémo géant sur le thème des plantes et/ou des fleurs + préparer les semis pour le jardin et pour offrir aux enfants de l’école maternelle du village qui de leur côté nous offrirons un épouvantail (ils travaillent sur l’image du corps) et qui viendront le jour du printemps pour une après-midi. Nous prévoyons des jeux (mémo, pétanques…) et les enfants apprennent une chanson ancienne sur le thème du printemps que les résidents reconnaîtront sans doute. Nous espérons acquérir 3 carrés potagers Terraform adaptés aux fauteuils roulants et les inaugurer ce jour-là. Par ailleurs, nous sommes en train de signer une convention de jardin partagé avec le centre de loisirs afin que les enfants cultivent les carrés potagers au sol. Nous travaillerons plusieurs mercredis avec les enfants sur la rédaction de la Charte, ce qui incitera à des échanges entre enfants et résidents sur le thème du jardin. Et nous allons essayer de mettre en place des ateliers de jardinage pour les résidents dépendants avec ergo et animatrice. »

Parlons financements

Enfin et, parce que les finances sont un point clé, la psychologue nous apporte des éléments complémentaires sur le don de Conforama et d’autres. « Il s’agissait d’un don de mobilier de jardin d’une valeur de 1000 euros TTC qui nous a été d’une grande aide. Evidemment la question financière est le plus gros frein dans ce projet mais ça avance petit à petit. Nous avons signé une convention de mécénat avec EDF de 3000 euros et recevrons courant 2014 (probablement fin 2014) la subvention + de vie (environ 6000 euros). Nous continuons à répondre à des appels à projet de fondations pour mener à bien ce projet. »

Le jardin d’Olt : réalisations et bilan (1ere partie)

En mai 2013, Cécile Ratsavong-Deschamps, psychologue et présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages, nous présentait son projet de jardin à l’hôpital-maison de retraite Etienne Rivié à Saint Geniez d’Olt dans l’Aveyron. Dans le cadre d’un groupe de travail sur l’enfermement et la contention et avec une approche méthodique, elle avait décidé de concevoir un jardin et de mettre en place des ateliers pour les résidents. Des résidents qui sont pour la plupart des paysans qui, en entrant dans la maison de retraite, « ont fait le deuil d’aller dehors et de travailler la terre ». La psychologue nous fait la gentillesse de partager un bilan des activités du jardin au cours de la seconde partie de 2013. Je vous le livre in extenso.

La semaine prochaine, je partagerai des détails supplémentaires sur les ateliers de stimulation sensorielle et de mémoire ainsi que sur le projet de recherche que Cécile Ratsavong-Deschamps a présenté lors des 33e journées annuelles de la société Française de Gériatrie et de Gérontologie à Paris en Octobre.

« En Juillet, grâce à un don de mobiliers d’extérieur de Conforama, le jardin a pu être aménagé afin que les résidents en profitent durant l’été. Un déjeuner de travaux a été organisé. Les professionnels disponibles ont ainsi permis l’aménagement de trois carrés potagers en hauteur afin de jardiner debout.

Capture d’écran 2014-01-25 à 11.34.15Durant tout l’été, l’ergothérapeute et moi-même (psychologue) avons mis en place des ateliers de stimulation sensorielle pour les patients les plus dépendants de l’Unité de Soins de Longue Durée. Ces ateliers s’adressent aux résidents présentant des troubles cognitifs et de la communication ; des troubles gnosiques : agnosie visuelle (reconnaître les objets et les images), agnosie spatiale (reconnaître les lieux), agnosie temporelle (se situer dans le temps) ; des déficits sensoriels et physiques : troubles de la vue et/ou de l’audition, perte du tonus musculaire. Ils ont pour objectifs de stimuler les résidents afin de les éveiller et de leur permettre de sortir un peu de leur repli sur soi.

Les ateliers mémoire ont pris place dans le jardin chaque semaine et grâce aux dons de nombreuses maisons d’édition, les livres ont permis à chacun de se réapproprier des savoirs et de les partager.

Durant les vacances de la Toussaint, la météo restant clémente, les plaisirs du jardin ont pu se prolonger. La Ligue de Protection des Oiseaux est venue nous parler des oiseaux de nos campagnes et enfants et résidents ont construit des mangeoires.

Un artiste peintre est venu aider les résidents et les enfants du centre de loisirs à décorer les grands couloirs vitrés qui mènent au jardin. »

Cécile Ratsavong-Deschamps juge le bilan de ce premier été globalement positif, mais tire quelques enseignements de certaines difficultés qu’elle compte mettre en œuvre au printemps.

  • Un manque de compétences et/ou de coordination dans la mise en place des activités liées au jardinage. Dans les équipes, personne n’est formé à l’hortithérapie. Nous manquons de personnel qualifié et de matériel pour mettre en place des activités de jardinage adaptées aux résidents. Nous allons nous doter dans les semaines à venir de carrés potagers en hauteur accessibles aux fauteuils roulants.
  • Des problèmes d’arrosage se sont posés pendant tout l’été. Il en a été de même pour l’entretien des carrés potagers au sol. Les résidents ne sont pas capables de s’en occuper et l’équipe d’animation ne s’est pas encore emparé du jardin comme outil d’animation. Nous avons donc travaillé cet été à l’élaboration d’une convention de jardin partagé avec le centre de loisirs du village. Les enfants accueillis le mercredi et pendant les vacances scolaires pourront venir cultiver, quand ils le souhaitent, les carrés potagers au sol qui leur seront réservés. Les résidents pourront se consacrer aux carrés potagers en hauteur et des moments de partage et de travail collectif prendront donc place dans le jardin. Nous espérons insuffler ainsi une dynamique. De plus, les travaux de restauration de la grande salle attenante au jardin sont terminés. Cette salle sera inaugurée pour les fêtes de Noël. Les résidents pourront s’approprier les lieux et aux beaux jours profiter du jardin dans la prolongation de cette salle d’animation colorée et conviviale.
  • Le jardin n’est pas perçu par tous comme un outil de soins. Nous continuons donc notre travail de communication et formons les professionnels à l’intérêt des approches non médicamenteuses. C’est notamment dans ce but que nous avons mis en place une recherche. Nous souhaitons évaluer l’impact du jardin sur les troubles du comportement, l’humeur et l’anxiété des résidents. Nous avons présenté cette étude sous forme de poster lors des 33e journées annuelles de la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie à Paris en Octobre.
Les résidents et les enfants ont fabriqués des mangeoires pour les oiseaux.

Les résidents et les enfants ont fabriqué des mangeoires pour les oiseaux.

Le travail de l'artiste, des résidents et des enfants du centre de loisirs.

Le travail de l’artiste, des résidents et des enfants du centre de loisirs.

Rencontre au Jardin Martin Luther King

Parc Clichy-Batignolles Martin Luther King

Parc Clichy-Batignolles Martin Luther King, Paris, 17e.

Ce blog n’est pas qu’un exercice virtuel, il débouche souvent sur des rencontres, des mises en relation, des ouvertures inattendues. Dans cet esprit d’échange, Nicole Brès m’a contactée en octobre dernier après avoir lu le billet sur le jardin d’Anne Ribes à la Pitié-Salpêtrière. Cette grande voyageuse qui a vécu pendant des années à l’étranger venait de s’installer de nouveau à Paris depuis trois semaines. Son précédent point de chute avait été la Belgique où elle avait suivi une formation d’art thérapie au Centre Rhapsodie à Bruxelles assortie d’un stage en pédopsychiatrie à l’hôpital Saint-Luc. Je l’ai mise en relation avec Anne et, si je comprends bien, Nicole travaille maintenant régulièrement à ses côtés. Quant à Nicole, elle m’a présentée la jardinologue belge Ariane Ansoult. Quoi de plus logique que de se rencontrer à notre tour…dans un jardin bien sûr.

Nicole est adepte des sentiers pieds nus, elle en a d’ailleurs fait le sujet d’un mémoire en prenant l’exemple de Lieterg dans le Limbourg belge. En France, j’ai eu l’occasion il y a plusieurs années d’aller marcher à même la terre, la boue et les cailloux dans les Jardins de Brocéliande. Une expérience à recommander tellement elle est dépaysante pour nous qui sommes isolés de la terre par les chaussures que nous avons toujours aux pieds.

Mais malheureusement pas de sentier pieds nus à Paris. Par contre, il y a toujours de nouveaux jardins à découvrir. Nous nous sommes rencontrées par une belle après-midi ensoleillée de décembre dans le Parc Clichy-Batignolles Martin Luther King dans ce quartier en pleine transformation. Cette promenade-découverte ne s’est pas faite avec un carnet de notes à la main et je ne vais pas vous livrer une interview en règle de Nicole ou une visite guidée de ce jardin accueillant qui m’a fait penser à un Parc Bercy en plus petit : une impression de plusieurs mondes dans une même bulle, des plantes laissées dans une certaine liberté, tout l’opposé du jardin du Palais Royal, par exemple, que j’aime pourtant beaucoup aussi malgré sa nature plus « policée ». Et en bordure du jardin Martin Luther King, un jardin partagé de belle taille, le Jardin de Perlimpinpin dont nous avons rencontré une des membres par hasard. Une jardinière légèrement inquiète que l’afflux de nouveaux habitants prévus dans les immeubles encore en chantier ne vienne surcharger le parc et le jardin d’ici peu malgré son agrandissement prévu.

Le reste de la promenade avec Nicole en photos.  Et vous aussi, partez à la découverte d’un jardin que vous ne connaissez pas…

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Rétrospective 2013

En passant

Le jardin des Halles nouvellement réouvert portera le nom de Nelson Mandela.

Le jardin des Halles nouvellement réouvert portera le nom de Nelson Mandela.

Ce billet est resté dans les brouillons depuis une semaine et je ne m’en suis aperçue que ce weekend. Un petit clic sur le bouton « Publier » fait toute la différence. Début janvier est un peu tard pour une rétrospective de 2013. Mais qu’à cela ne tienne. Voici quelques billets coups de cœur de l’année dernière en attendant les nouvelles découvertes que nous réserve 2014.

Laetitia et la thérapie horticole spontanée parce que la théorie est nécessaire, mais que la pratique et l’intuition sont aussi très importantes.

Le Jardin Nomade, pionnier des jardins partagés parisiens parce qu’il rassemble les habitants d’un quartier parisien autour d’un lopin de terre sauvé du béton.

Le jardin extraordinaire de Saint-Ex parce qu’enseignants et élèves en difficulté scolaire y trouvent un terrain commun pour retrouver le plaisir d’apprendre.

Le jardin de l’Ehpad d’Onzain parce que Paule Lebay et Fabienne Peyron !

L’atelier d’horticulture de l’IME du Prieuré à Saint-Vigor (Bayeux) parce que Jean-Luc Valot, éducateur technique spécialisé, y transmet des valeurs fortes.

L’hortithérapeute américaine Sue Kaylor parce que, elle-même victime d’un accident cérébral il y a 10 ans, elle travaille avec ses patients en toute connaissance de cause.

Le groupe de soutien aux victimes de viol et d’abus sexuels de Christene Tashjian en Caroline du Nord parce que le jardin et le contact des plantes peuvent aider presque tout le monde à se reconstruire.

« Composter régénère la nature et rapproche les gens »

L'ensemble de l'espace poubelles, recyclage et compostage

L’ensemble de l’espace poubelles, recyclage et compostage.

Cela fait plusieurs mois que nous entendions parler d’un projet pilote de compost « en pied d’immeuble » à deux pâtés de maison de chez nous. Notre voisine Olivia s’était renseignée et était en contact avec certaines personnes « au courant ». Puis pendant les vacances de la Toussaint, un email d’invitation à une séance de formation d’une vingtaine de minutes a vraiment lancé les choses. C’est mon mari qui y a assisté. Il est revenu avec un seau de compost prêt à l’emploi, une sorte de cadeau d’accueil que Laetitia a immédiatement mis à profit dans les jardinières de notre immeuble. Notre famille a donc commencé à trier ses déchets organiques dans un récipient séparé et à les emmener chez ces voisins si accueillants environ une fois par semaine. Mon mari a initié notre fils ainé, puis ce fut mon tour. Ce n’est pas compliqué, il faut jeter le compost dans un bac, y ajouter une grosse poignée de matières sèches (feuilles, branches,…), remuer le tout à la fourche et ne pas oublier de noter son passage avec le volume approximatif de la « contribution » sur un tableau noir.

Fourche en main, Mary s'apprête à remuer les déchets fraichement déposés. Le bac exhale une odeur végétale très agréable et dégage aussi une certaine chaleur due à la décomposition.

Fourche à la main, Mary s’apprête à remuer les déchets fraichement déposés. Le bac exhale une odeur végétale très agréable et dégage aussi une certaine chaleur due à la décomposition.

Le moteur de cette solution locale de compostage est Mary Dyson. Il y a quelques jours, je lui ai demandé si on pouvait se voir pour qu’elle me raconte le projet depuis le début et c’est comme cela que je me suis retrouvée avec une tasse de thé dans sa cuisine chaleureuse, donnant sur une terrasse qu’elle et son mari ont construite et plantée depuis leur arrivée dans le quartier, à discuter avec une révolutionnaire du compost. Une révolutionnaire tranquille, mais très déterminée. Comme je l’avais déjà évoqué, Mary est Sud-Africaine d’origine et a quitté son pays à l’âge de 18 ans dans les années 50. Elle se souvient de son enfance près de Durban sur l’Océan Indien où sa famille avait un jardin. Il y a une bonne quinzaine d’années, elle s’est installée à Paris avec son mari. Avec Mary, la conversation va bon train. On parle d’oiseaux qu’elle voit dans la cour de son immeuble (récemment elle a assisté à la mise à mort d’un merle qu’elle écoutait souvent par une orfraie autour du bac à compost justement), de sa fille et de ses petits-enfants, de jardins qu’elle aime à Paris, du quartier.

Et bien sûr de compost. « Nous avons commencé il y a trois ans. Au début, je ne pensais pas aux bio-déchets, seulement aux déchets du jardin. Car le mouvement a vraiment commencé en 1997-1998 quand nous avons transformé la cour, où se garaient encore quelques voitures, en jardin », explique Mary. Effectivement la cour pavée de l’immeuble est de belle taille et accueille aujourd’hui quatre tonneaux, des jardinières, des arbres, une sorte de tonnelle qui masque joliment les poubelles, un petit bassin où une fontaine gargouille agréablement, un récupérateur d’eau…Beaucoup de plantes ont été récupérées ça et là et un ami très savant en botanique lui a tout appris, explique Mary. Cela faisait mal au cœur à cette jardinière de jeter les branches et feuilles mortes à la poubelle. Une de ses voisines avait vaguement entendu parler d’un projet de compostage pour les particuliers lancé par la Ville de Paris. De fil en aiguille, l’immeuble s’est porté volontaire pour participer à un projet pilote qui est maintenant pérennisé.

Matière première (déchets de table sauf protéines, fleurs et plantes) : la décomposition en action

Matière première (déchets de table sauf protéines, fleurs et plantes) : la décomposition en action

« Nous avons fait partie de la deuxième vague de projets. Pendant 9 mois en 2011, nous avons commencé le compostage. Le maire de l’arrondissement (Jacques Boutault, membre d’Europe Ecologie les Verts et maire du 2e arrondissement de Paris depuis 2001, NDLR) est venu bénir notre projet et a dit des choses auxquelles je crois profondément : composter régénère la nature et rapproche les gens. » De la perspective de la municipalité, la réduction du volume de déchets est un objectif central. Au terme du pilote, les participants de l’immeuble ont prouvé leur détermination et leur adhésion au compostage. Mais il reste un problème pour faire valider le projet. « A l’époque, le lombricompostage n’était pas une option comme maintenant. Pour que cela marche, il fallait le contact avec la terre », explique Mary. Qu’à cela ne tienne. Elle obtient l’autorisation d’arracher les pavés sur 3 m2 pour poser les bacs. Personne ne bronche, bien au contraire. Une table et des chaises installées dans la cour font le bonheur de tous ceux qui ont envie de s’y installer quelques instants. « Et le compost ne dérange personne et ne sent pas », se réjouit Mary qui note aussi l’implication de la gardienne de l’immeuble, maillon indispensable de la réussite du projet. Le conseil syndical, présidé par le mari de Mary, et le syndic professionnel sont tous les deux acquis au projet, ce qui aide également beaucoup.

Comme lui avait promis le chef de projet qui est venu superviser le pilote pendant 9 mois, les vers de terre se sont bien matérialisés. Leur arrivée, dans cette cour pavée depuis les années 1800, ravit Mary qui adore par ailleurs montrer les petits vers aux enfants de la crèche où elle jardine aussi (mais c’est une autre histoire). Au final, le pilote a permis de récupérer 720 kilos et de produire 33 kilos de compost. « Nous avons réduit les déchets de 29 kilos par participant. Nous avons atteint cet équilibre sans trop d’efforts. Je suppose que Paris va se réveiller et s’y mettre », s’impatiente un peu Mary qui trouve que la prise de conscience générale tarde à venir. « La Ville a ajouté d’autres projets depuis. On peut devenir un « immeuble engagé ». Les entreprises peuvent participer aussi. » Quant à Mary, elle attire de nouveaux participants grâce à l’association Amis de la Terre et à la participation à la manifestation Fêtes des Jardins. « Cette année, nous avons accueillis trois nouveaux convertis. Aujourd’hui plus de 75% des gens de l’immeuble participent et nous avons 5 familles de l’extérieur qui viennent aussi. Nous faisons deux récoltes de compost par an. »

Le tableau centralisant les infos. Le compostage, ça s'organise.

Le tableau centralisant les infos. Le compostage, ça s’organise.

En tant qu’une des familles nouvellement « convertie », je suis très heureuse que Mary ait pris cette initiative il y a trois ans et qu’elle nous ait accueillis dans son « cercle vertueux ». Entre son Maitre-Composteur qui lui prodigue encore des conseils, la responsable de la collecte sélective avec qui elle est en contact, un autre acteur local qui est en train de faire une étude sur le sujet, Mary est hyper connectée dans le monde du développement durable parisien. Elle applique à la lettre le slogan du « Think Globally, Act Locally » en fédérant ses voisins immédiats, puis un cercle plus large. Les deux objectifs – régénérer la nature et rapprocher les gens – sont déjà atteints à mes yeux même si je comprends l’envie de Mary que la révolution aille plus vite.

Si vous êtes Parisien ou si votre ville propose déjà un programme, vous pouvez vous lancer (l’idée devrait en toute logique se retrouver à l’ordre du jour dans notre propre immeuble dont la cour est malheureusement beaucoup plus petite que celle de l’immeuble de Mary). D’ailleurs, si votre ville ne propose rien, vous pouvez aussi être moteur. Un travail complexe, mais pas impossible…Voici quelques ressources : la page de la Ville de Paris sur le compostage en pied d’immeuble et le blog Compost à Paris tenu par un Maitre-Composteur parisien. Avec quelques préalables indispensables à connaître (du moins à Paris) : la présence dans l’immeuble d’une cour, petit espace vert ou jardin, la motivation des résidents et l’accord de la copropriété, l’implication d’au moins 10 personnes et enfin l’existence de débouchés pour le compost au sein de l’immeuble.

Nous retrouverons Mary bientôt (au printemps peut-être) car elle a très gentiment offert de m’emmener dans le jardin qu’elle a créé dans une crèche du quartier…Une visite qui m’enchante à l’avance. Pour l’heure, le Bonheur va aller se ressourcer à la campagne pendant les vacances. Je vous souhaite à tous de bonnes fêtes, de doux moments auprès de ceux que vous aimez et beaucoup de sérénité. A l’année prochaine.

Le bruit de l'eau qui coule, si plaisant, si apaisant...

Le bruit de l’eau qui coule, si plaisant, si apaisant…

En prison, Mandela avait un jardin

Photo publiée dans “A Prisoner in the Garden”, extract de l'autobiographie “Long Walk to Freedom”

Photo publiée dans “A Prisoner in the Garden”, un livre extrait de son autobiographie “Long Walk to Freedom”

Vendredi dernier alors que le monde digérait la nouvelle de la mort de Nelson Mandela, j’avais rendez-vous avec une Sud-Africaine de mon quartier, une femme extraordinaire qui a quitté son pays natal à 18 ans dans les années 1950. Après de nombreuses pérégrinations, Mary est à la tête d’une révolution tranquille – celle du compost – au cœur du 2e arrondissement de Paris, un arrondissement que j’ai déjà décrit comme très dépourvu de parcs et de verdure. Si Mary veut bien m’excuser, nous reviendrons à son histoire et au récit de son combat pro-compost la semaine prochaine. Car aussi étonnant que cela puisse paraître, Nelson Mandela avait un lien fort avec la terre et le jardin qui l’ont aidé à surmonter une situation plus que difficile. Mais finalement ce lien est-il si étonnant ? Pour aujourd’hui donc, je voudrais partager cet article d’opinion découvert grâce à un groupe de discussion en ligne de l’American Horticultural Therapy Association (le groupe est ouvert à tous puisque j’y suis abonnée sans être membre de l’association, demandez-moi les détails si vous voulez le rejoindre).

L’article publié dans le Christian Science Monitor le 5 décembre s’intitule « Nelson Mandela : président, prisonnier…jardinier ? » et a été écrit par un journaliste américain qui a vécu en Afrique du Sud de 1997 à 2008. Il raconte comment, dans au moins deux des prisons où il a purgé une partie de sa peine, Nelson Mandela avait lancé des jardins.  Visiblement impressionné par la force de persuasion et la dignité de Mandela, le journaliste écrit « Forcer ses gardes à lui donner des pots a été l’une de ses nombreuses petites batailles derrière les barreaux pour obliger le régime de l’apartheid à reconnaître la dignité de ses prisonniers politiques. Pourtant, il offrait volontiers à la table de ses gardes les légumes qu’il cultivait. »

Le prisonnier politique le plus connu du monde à cet époque avait obtenu 16 barils de pétrole de 160 litres qui, coupés en deux, lui ont fourni 32 pots géants.  « Je faisais pousser des oignons, des aubergines, des choux, des choux-fleurs, des haricots, des épinards, des carottes, des concombres, des brocolis, des betteraves, des laitues, des tomates, des poivrons, des fraises et bien d’autres choses. À son apogée, j’ai eu une petite ferme avec près de neuf cents plantes », écrit Nelson Mandela dans son autobiographie « Long Walk to Freedom. » Si vous voulez lire le récit d’un autre journaliste dont la rencontre avec Mandela est centrée autour du jardin, vous pouvez aussi lire cet émouvant article paru dans le Telegraph le 7 décembre.

Trouble du Déficit de l’Attention : « Une solution, c’est la nature »

0 Ariane actionLe mot et le concept de la jardinologie se sont imposés un jour à Ariane Ansoult. « J’essaie de suivre un fil pour que tu comprennes comment la jardinologie a évolué. Le jardin me donne un équilibre, une paix intérieure. J’ai été appelée par la nature. Elle m’a sauvée, elle m’a aidée à guérir, à me centrer, à m’exprimer », annonce d’emblée cette résidente des alentours de Bruxelles qui déborde d’énergie. Un débordement de vie qui s’exprime aussi dans un tutoiement immédiat et systématique comme s’il n’y avait pas de temps à perdre en formalités. Ariane explique son chemin, à la fois personnel et professionnel, et le décrit comme difficile. «  A cause de mon travail, j’étais quasiment en dépression. J’ai commencé à travailler à mi-temps. Avec mon mari, je me suis demandée ce que j’aimais faire : la photographie, le jardin, les RH. Mais je n’avais pas de formation et je m’auto dévalorisais. Une nuit, j’ai créé une carte de visite et je me suis lancée dans mon activité de dépannage dans les jardins. » C’était en 2004. Une jambe cassée, une suite d’opération, pour éviter que le jardin ne tombe à l’abandon, Ariane se met à intervenir à la place des jardiniers temporairement dans l’incapacité de s’occuper de leurs plantes. Et se rend vite compte que le jardin joue un rôle dans leur guérison. « Si ton jardin se dégrade, tu déprimes. C’est parti de là », explique-t-elle.

 La révélation du Trouble du Déficit de l’Attention

« J’étais différente comme on l’est tous. Mais je ne m’étais pas rendue compte de ces forces en moi, une force d’écoute, une force de créativité, une énergie dans le jardin », continue Ariane. Ce qu’elle a découvert, c’est qu’elle est une « TDA », une adulte affectée par un trouble du déficit de l’attention. « C’est plein de forces, mais aussi de difficultés. J’ai trouvé la solution, c’est la nature. Tout s’est mis en place pour me lancer dans la jardinologie. » Après 19 ans dans la même entreprise, elle coupe le fil pour de bon et part la « tête haute ». « Je reprenais place ici sur terre en m’exprimant à travers le jardin. Le jardin a été ma thérapie pour devenir moi. Moi, je n’ai pas besoin de Ritaline. »

La piste de pétanque vue à travers les fleurs

La piste de pétanque vue à travers les fleurs

Un jour, cette native d’Avignon s’allonge dans l’herbe et une idée la saisit. « La pétanque est en moi. J’ai eu envie de créer un jardin ornemental, une piste de pétanque en forme de goutte, en forme de larme en fait, avec des fleurs autour et la piste à l’intérieur », décrit-elle. Comme sa réalisation est cachée des regards dans son jardin, elle intéresse une équipe de télé nationale de l’émission Jardins et Loisirs qui vient faire un reportage. « Cela m’a permis de me construire. Plus je crée, plus je suis en équilibre. Inconsciemment, j’ai répondu aux principes du Feng Shui que je ne connaissais pas à l’époque. » Elle suit des cours dans une école d’horticulture car elle sent qu’elle ne maitrise pas la théorie. « Mais je suis revenue à l’essentiel. Je n’apporte pas de théorie, mais l’écoute du jardin et du jardinier. On fait un jardin ensemble, je donne des idées dans le respect de l’autre. »

« Je leur donne un coup de pouce. Leur jardin reflète ce qu’ils sont. J’y vois leurs souffrances, des problèmes d’estime de soi, de couple, de burn out, de priorités,…Nous faisons un jardin qui leur correspondent et où ils se sentent bien. Je leur apprends à s’écouter ce qui est puissant pour la guérison. C’est difficile sans accompagnement de s’accepter tel qu’on est », explique Ariane. « Je ne suis pas dans la théorie et dans les livres. Pour lâcher prise et être dans l’instant présent, je me suis intéressée à un éventail large pour mieux jongler et aider les gens. Et je me suis spécialisé dans le TDA. » Depuis cet été, elle a imaginé des consultations « Coup de pouce », distinctes des séances sur le terrain, pour que le travail d’accompagnement continue même lorsque les jardins dorment. « Je les aide à avancer, à se rapprocher de leur nature », dit-elle encore des gens qu’elle reçoit.

Récolter des valeurs

18 Vue - notre couple contemple notre jardin-1Dans le jardin, Ariane veut récolter des plantes, mais aussi des valeurs. Elle raconte un projet dans son quartier, un potager pour les adultes et un autre pour les enfants. « Il y avait une friche à côté de chez nous. Nous y avons fait un potager pour adultes – pas un jardin bien rangé  – avec des chemins couverts de lave ou de gravier. Car je cherche à réactiver les petites portes qui sont ouvertes chez les enfants et qui se sont fermées chez les adultes », explique Ariane. « Il y aussi un mini-potager pour les enfants du quartier. Comme on a commencé en août et qu’il fallait du concret tout de suite, on a préparé les parcelles et fabriqué des épouvantails. Dans leur petit espace d’un mètre de large, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Papa et maman n’ont rien à dire. Je leur ai expliqué qu’on allait aussi récolter des valeurs comme le respect de l’environnement, le partage de graines, la responsabilité, le respect de soi et la patience. On est dans cette faculté de s’émerveiller en les encourageant pour tous leurs efforts sans jugement. Tous les épouvantails sont beaux… » Malheureusement, le terrain va être vendu.

Ariane jure que les « TDA » s’attirent, comme s’ils avaient des antennes puissantes qui captent des ondes (elle conseille ce site belge pour se renseigner sur ce trouble dont on parle de plus en plus, mais en se concentrant habituellement sur les enfants). « Naturellement, j’ai attiré des enfants TDA dans ce jardin. Ces enfants ne sont pas sages comme on les aime bien. On les voit comme rebelles, perturbateurs et difficiles pour les parents alors que c’est un cadeau. Les TDA évoluent en fonction de leurs blessures : ils deviennent artistes et inventeurs ou ils sont en souffrance. Je travaille avec des adultes TDA ou des parents pour qu’ils comprennent et acceptent leur enfant. Naturellement, les TDA sont bien dans la nature. On estime qu’un adulte sur 20 est concerné dont 10% qui en sont conscients. De ceux-là, très peu sont suivis. Ils sont géniaux, mais bloqués. Le TDA, c’est la base. Il peut y avoir de l’hyperactivité ce qu’on repère plus facilement, ou non. »

16 Association Allium schubertii et nepetaElle énumère les forces des TDA (avec les difficultés qui se dessinent en creux) : intuition, vision globale, curiosité, passion, débrouillardise, humour et répartie, autodérision, sensibilité des cinq sens, émotivité, générosité, séduction, réflexion. « Il faut sortir du jugement intérieur pour accepter sa nature. Je pars d’une page blanche et me connecte à la personne et au jardin. J’entends des choses qu’elle ne me dit pas. C’est une écoute du cœur, de l’intelligence du cœur. Ce n’est pas une thérapie de plusieurs années. Ca va vite, je suis dans la simplicité des outils. C’est simple, la nature et la nature humaine. Je connecte les gens à leur jardin et aux plantes, à la nature, à la terre mère. On arrive à la source essentielle et authentique. » Pour combiner deux de ses passions, Ariane utilise la photo dans le jardin. « Les photos donnent une autre dimension. En gros plan, on entre dans le cœur de la plante. On réveille l’enfant. Devant l’émerveillement, on nous a si souvent dit « tais-toi » que les portes se sont fermées. »

18 vue de la garrigue avec épilobes et Gauras au balcon11 Vigne, hibiscus, épilobe10 Terrasse toscane - Les montons montent la garde (METAL)

4 Côté - parfum de blush noisette 062010

« Je suis sûre que les plantes peuvent apaiser »

Laetitia est ma voisine depuis plus de 15 ans. Je savais depuis des années qu’elle avait la main verte. Mais en discutant avec elle, j’ai découvert que beaucoup de principes chers à Anne Ribes et à son école du « Toucher la terre » faisaient tout naturellement partie de la philosophie que Laetitia pratique depuis qu’elle est enfant et dont elle fait profiter ses voisins et les personnes dont elle s’occupe en tant qu’auxiliaire de vie.

Grâce à des plantes et à des pots de récupération, Laetitia a transformé la cour intérieure de l'immeuble où elle vit.

Grâce à des plantes et à des pots de récupération, Laetitia a transformé la cour intérieure de l’immeuble où elle vit.

Depuis qu’elle a commencé à installer des jardinières sur les fenêtres de son appartement, elle n’a jamais acheté une seule plante. « Je n’ai que des plantes récupérées. C’est plus sympa que des amis me donnent des plantes car il y a une valeur de communion et d’amitié. C’est comme le troc de vêtements que j’aime bien aussi », m’explique-t-elle, un soir où nous avons prévu de passer un moment ensemble pour qu’elle me raconte ce que les plantes représentent pour elle. « J’ai commencé à donner des pousses à une dame de l’immeuble. Puis petit à petit à mettre des pots dans la cour parce que j’avais inondé toutes mes copines. » Là encore, les pots sont récupérés à droite et à gauche. Une autre voisine trouve à son attention deux grands pots en terre cuite qui ornent désormais la cour intérieure. D’autres voisins lui laissent des plantes dans la cour, comme des enfants abandonnées dont ils savent qu’elle prendra soin. Un jeune voisin lui a confié des bégonias Tamaya quand il a déménagé. La seule chose que Laetitia consent à acheter, c’est du terreau.

Pas de photo de Laetitia comme elle l'a souhaité, elle laisse parler ses plantes.

Pas de photo de Laetitia comme elle l’a souhaité, elle laisse parler ses plantes.

« Je coupe, j’arrose, je traficote. » Il est vrai qu’en rentrant dans l’immeuble, on la trouve souvent qui s’affaire autour des pots et du robinet. On échange quelques mots, on discute. Dans cet arrondissement de Paris si peu fleuri, boisé ou planté (malgré son maire écologiste, mais bon…), cette cour intérieure est une oasis qui tranche avec le quartier extrêmement minéral. « Petite, j’avais un petit carré de jardin où je plantais des choses récupérées déjà. Je vivais en bordure d’une petite ville. Quand on sortait de l’école, on allait dans les champs, on ne regardait pas la télé. On ramassait des châtaignes, des mûres, des fraises des bois. On allait chercher le lait à la ferme. Je faisais des bouquets de primevères. A la maison, il y avait des arbres fruitiers et un potager, mais on avait aussi un jardin ouvrier », se souvient Laetitia qui évoque à demi-mot une enfance pas si idyllique que ça par d’autres côtés. « J’ai toujours aimé trifouiller dans la terre et pas avec des gants ! Jardiner me rappelle mon enfance, c’est mon échappatoire. Je ne vois pas le temps passer. »

Même à l'entrée de l'hiver, ce bégonia persiste à donner des fleurs roses.

Même à l’entrée de l’hiver, ce bégonia persiste à donner des fleurs roses.

Quand elle raconte la perte de ses plantes une nuit d’hiver, Laetitia est visiblement émue. « Il devait geler et je voulais rentrer les plantes à l’intérieur au chaud. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai regardé un film et je me suis endormie. Le lendemain, le gel était passé et tout était à recommencer. » On lui fait souvent compliment de l’atmosphère que ses plantes créent dans l’immeuble et Laetitia a l’impression que de plus en plus de voisins ont installé des jardinières. « Si je m’écoutais j’en mettrais aussi à toutes les fenêtres des escaliers… »

Auxiliaire de vie, elle utilise les plantes naturellement

Voici 10 ans, Laetitia a quitté un travail de nuit pour devenir auxiliaire de vie. Elle accompagne des personnes âgées et d’autres qui ont besoin d’assistance dans la vie quotidienne. « Je suis sûre que les plantes peuvent apaiser. Mais il faut penser au passé des gens. Même s’ils n’ont pas vécu à la campagne, cela peut les aider. Il faut que ce soit proposé, jamais imposé. La plante, c’est la vie comme un animal ou un enfant. Je leur propose de s’occuper des plantes spontanément, d’arroser par exemple. »

« Chez une personne âgée, les plantes n’étaient plus entretenues. Ses enfants jugeaient que ce n’était pas important. Mais les bouquets lui faisaient toujours plaisir. Par contre, il fallait les jeter dès qu’ils commençaient à faner. Quand son mari est mort et qu’elle a eu besoin d’aide 24h/24, j’ai continué à aller la voir à la maison de retraite. Quand elle a pu avoir une chambre particulière, je lui ai amené des plantes. Ce sont des plantes à arroser par la feuille. Cette dame oublie beaucoup de choses, mais pas d’arroser ses plantes et comment le faire. J’ai l’impression que cela fait partie d’un rituel comme se laver les dents. Elle aime voir ses plantes sur le rebord de la fenêtre dans des pots colorés. »

« J’aidais un monsieur qui souffrait de la sclérose en plaques. Il aimait ses rosiers qui étaient sur des mini balcons chez lui. Je pouvais approcher son fauteuil roulant très près. On faisait des voyages chez Truffaut qui prenaient des heures car se déplacer était difficile pour lui. Un jour, nous sommes allés acheter des coccinelles car les rosiers étaient envahis de pucerons. Le lendemain, il n’y avait plus de pucerons, mais les coccinelles s’étaient envolées. Il s’est exclamé « Ah, les ingrates, maintenant qu’elles ont fait bombance, elles sont parties. Au prix où je les ai payées ! ». C’était très drôle. »

La Misère (ou Tradescantia) est une plante tropicale, vivant à l'intérieur sous nos climats et qui est facile d'entretien. Elle aime la lumière. Dans cette cour protégée, elle pousse très bien.

La Misère (ou Tradescantia) est une plante tropicale, vivant à l’intérieur sous nos climats.  Dans la cour protégée de Laetitia, elle pousse très bien.

La vieille dame et la misère, c’est la première histoire que Laetitia m’a racontée et je la trouve très belle. « Cette dame avait perdu son mari récemment. Elle avait des bacs, mais la terre était stérile et il n’y avait plus de plantes. Je lui ai dit que je trouvais dommage ces belles jardinières vides et je lui ai proposé d’apporter de la misère. « Ca va me rappeler de bons souvenirs car j’ai rencontré mon mari dans un sanatorium où nous étions tous les deux et où cette plante poussait beaucoup », m’a-t-elle répondu. Elle ne montre pas trop ses sentiments d’habitude, mais je l’ai vue s’illuminer une fraction de seconde. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Laetitia amène donc des pousses de chez elle et en plante. La dame lui demande de mettre la misère bien en évidence pour qu’elle puisse en profiter de sa chambre. Puis sa fille découvre les plantes et trouve que c’est une bonne idée. Ensemble, mère et fille vont acheter des plantes : des véroniques, des cyclamens, des pensées pour regarnir les jardinières vides. Laetitia a planté une idée qui a germé…