La genèse du jardin de l’EHPAD de Chailles

Le "nombril" est la place  centrale, espace de rencontre, de convivialité, de spectacle pour des gens extérieurs,...Derrière, la façade a été peinte en vert pour atténuer la luminosité du mur blanc. Les bambous symbolisent la transition de l’intérieur vers l’extérieur, rouges en référence au jardin anglais, pour attirer l’œil et faire sortir les personnes. Sur 2 murs, il y aura de la végétalisation.

Le « nombril » est la place centrale, espace de rencontre, de convivialité, de spectacle pour des gens extérieurs,…Derrière, la façade a été peinte en vert pour atténuer la luminosité du mur blanc. Les bambous symbolisent la transition de l’intérieur vers l’extérieur, rouges en référence au jardin anglais, pour attirer l’œil et faire sortir les personnes. Sur 2 murs, il y aura de la végétalisation.

Avant de devenir le site d’un EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), l’endroit était planté de vignes. Lorsque Brigitte Conré a pris ses fonctions de directrice en 2008, l’EHPAD Claude de France à Chailles près de Blois possédait un espace non entretenu avec du gazon et quelques vieux arbres, formant un V entre deux ailes sécurisées du bâtiment. Assez rapidement, des jardinous, de grandes jardinières accessibles en fauteuil roulant, et des bacs à hauteur se remplissent de légumes grâce à des membres du personnel qui aiment jardiner. « J’avais envie de faire un jardin thérapeutique en développant les couleurs, les odeurs. Mais je ne savais pas où commencer », se souvient Brigitte Conré. « Le responsable de la formation à Chaumont cherchait un endroit avec un jardin à créer ou à améliorer pour accueillir un stage. J’avais de la place…. Deux membres du personnel se sont joints au stage qui allait du médecin au paysagiste. Il en a découlé un dessin, puis un devis. » Et aussi un jardin est sorti de terre.

En route, le projet a changé de nature. « Mon jardin dit à but thérapeutique est devenu un jardin « art et soin ». Le jardin à but thérapeutique mélange couleurs et senteurs, il faut que ce soit agréable et que ça donne envie d’y entrer avec des animaux comme des poules, par exemple. C’est devenu un jardin avec un parcours de motricité, un jardin avec de la terre au sol, un jardin en hauteur, du sable pour la mer, des rochers pour la montagne », m’a expliqué Brigitte Conré récemment.

Parcours de motricité "les pieds ont une mémoire", différentes textures pour différentes sensations avec un mur en gabions avec assise, permettant de se reposer. Le jardin n’est pas fini car tout le cheminement « normal » sera de couleur ardoise-bleue, comme un ruban tout autour, permettant de se repérer.

Parcours de motricité « les pieds ont une mémoire », différentes textures pour différentes sensations avec un mur en gabions avec assise, permettant de se reposer. Le jardin n’est pas fini car tout le cheminement « normal » sera de couleur ardoise-bleue, comme un ruban tout autour, permettant de se repérer.

Une visite a eu lieu à la fin de l’été (l’inauguration aura lieu au printemps quand la pergola sera finie et que les plantations seront plus vaillantes). Paule Lebay de l’EHPAD d’Onzain et Fabienne Peyron, son alliée paysagiste, étaient parmi les invités et ont ramené toutes les photos qui accompagnent ce billet (merci à Fabienne pour les légendes). Quant au texte ci-dessous, c’est un texte de présentation que la directrice de Chailles a partagé avec moi. Je le reproduis car il exprime en direct les intentions des créateurs du jardin.

Le Jardin des Portes Vertes – Présentation

« L’objectif de ce projet était de disposer d’un vrai jardin adapté aux personnes âgées, adapté à leurs conditions physiques et mentales, offrant aux résidents, au personnel, aux familles, la possibilité de sortir du bâtiment, du bien-être, de l’évasion dans l’évocation de différents paysages, la campagne, la montagne, la mer …. Il est donc né avec la formation de Chaumont sur Loire sur les Jardins de Soins.

Ce jardin prévoit un contact direct avec la végétation, en se promenant : il faut apprendre à le connaître ce jardin ! Voici une petite vue d’ensemble de la présentation faite par Béatrice Saurel (artiste-paysagiste), Servane Hibon (paysage dplg) et  Michel Racine (architecte-paysagiste), Jean-Bernard Guillot (entreprise Jean Bernard Guillot, Amboise).

La composition générale et les différents espaces du Jardin

Le rouge des portes et des bambous a été choisi pour attirer l’œil et favoriser le déplacement.

Les bambous rouges de l’entrée du jardin représentent un espace vertical et protecteur. Atmosphère de grotte, protectrice à l’entrée du jardin ; assis dos à la végétation pour ceux qui ne veulent pas aller dans le jardin : c’est un espace de transition.

Le nombril : c’est l’équivalent de la place du village où l’on peut se rassembler, et distribuer le reste du jardin, où l’on reçoit, lit, retrouve les proches, les amis et participe à des activités de groupe. C’est un lieu de festivités, de contacts avec l’extérieur.

La mer de bambous symbolise la mer, l’idée du mouvement ; c’est un espace de fraîcheur, ombragé. Invitation au voyage, au dépaysement sur place !

La montagne est suggérée au niveau du belvédère (le point haut du jardin) et permet un contact avec de gros rochers, un endroit pour s’assoir et regarder, du sable aux pieds, espace de souvenirs …

Le chemin de motricité part de la montagne avec un escalier en bois qui se dilate dans le jardin, puis est composé de traverses, rondins, espaces de pause où rien n’est obligatoire et chacun chemine à son rythme. Il se poursuit avec des textures minérales, de l’ardoise, des galets des pas japonais… Il  a été réalisé en concertation avec l’équipe, les kinés.

Ce chemin de motricité est une invitation à découvrir le jardin et un support d’activités, d’accompagnement, avec des rampes pour un espace sécurisé.

La pergola : sera un espace de transition convivial entre le dedans et le dehors au niveau de la campagne, permettant des activités à l’ombre et offrant une vue sur le verger, le potager même sans se déplacer et le plaisir des sens d’une terrasse fleurie. Car le jardin se visite, mais aussi se contemple, s’observe…

Le potager : toucher la terre, planter sur des bottes de paille, à hauteur.

Le verger est en devenir, sans produit phytosanitaire, sans traitement : «au verger, c’est beau et c’est bon !»

Entretien du jardin : Soignons le jardin et le jardin nous soigne ! La personne de référence du jardin, son ange-gardien son référent devra être un soignant qui aime jardiner, qui aime le regarder.

Son rôle sera d’organiser, d’être  à l’écoute des autres, des liens avec l’animatrice. Il tiendra le planning du jardin en lien avec Sébastien qui assure déjà la tonte, l’arrosage et le désherbage. »

Pour plus d’information, vous pouvez aussi visiter les sites des créateurs des Portes Vertes : Béatrice Saurel et Michel Racine, Servane Hibon.

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Le futur espace de travail pour les pensionnaires. Attention, il manque une partie du jardin ! En effet, les potagers vont être cultivés sur paille et seront installés en limite de chemin.

Le futur espace de travail pour les pensionnaires. Attention, il manque une partie du jardin ! En effet, les potagers vont être cultivés sur paille et seront installés en limite de chemin.

Merci à Fabienne Peyron pour les légendes. Le futur verger pour avoir le plaisir de cueillir des fruits et de les manger ! La porte rouge n’est pas sur le chemin même, on peut ainsi la passer plus facilement pour les patients atteints d'Alzheimer et leur peur du seuil.

Merci à Fabienne Peyron pour les légendes. Le futur verger pour avoir le plaisir de cueillir des fruits et de les manger ! La porte rouge n’est pas sur le chemin même, on peut ainsi la passer plus facilement pour les patients atteints d’Alzheimer et leur peur du seuil.

Place centrale avec Michel Racine parlant à une pensionnaire. En arrière plan, porte rouge symbolisant le passage On ne l’empreinte pas, on passe à côté.

Place centrale avec Michel Racine parlant à une pensionnaire. En arrière plan, porte rouge symbolisant le passage On ne l’empreinte pas, on passe à côté.

9 réflexions au sujet de « La genèse du jardin de l’EHPAD de Chailles »

  1. Chere Isabelle Boucq, pour éviter toute confusion et sans créer de polémique, nous devons préciser , qu’en tant qu’actuels responsables de l’équipe de formation au jardin de soin à Chaumont, nous ne pouvons valider cet espace et son aménagement. Ni les couleurs agressives, ni le symbolisme des portes, ni les parcours du combattant, l’absence d’ombrage etc… ne nous semblent correspondre au jardin de soin tel que nous le concevons. Sympa pour la référence à « toucher la terre, » mais sur des bottes de paille, En gros, on reste dans le malentendu sur le « soigner le jardin », limité à l’entretien. Nous parlons plutôt d’une appropriation, de la place du vivant etc…ce qui demande aussi de préciser le rôle de »l’ange gardien » qui « aime jardiner »! Nos amis américains( et ton propre blog) nous ont appris que l’hortithérapie était une discipline à part entière et qu’elle s’enseignait, comme à l’institut de Denver, sous la houlette de Rebecca Haller. Enfin reste aussi une question qui n’est pas évoquée: combien coûte un tel espace et comment le finance-t-on?
    Anne et Jean Paul Ribes

    • Merci, Anne et Jean-Paul, de votre lecture toujours attentive. J’espère que Brigitte Conré pourra répondre à vos questions. Il est vrai qu’il existe plusieurs façons d’aborder le jardin et que celui-ci n’est pas dans l’esprit qui vous anime.

  2. Chères lectrices et chers lecteurs,
    je partage en partie le point de vue de Jean Paul et Anne Ribes car je valide totalement leur façon de penser le jardin. Ayant moi même assisté aux trois dernières formation au Domaine de Chaumont en leur compagnie, j’adhère complétement à leur philosophie.
    Cependant je reste un être pensant et unique comme tout à chacun ! et donc:
    Pour avoir vu ce jardin, je ne trouve pas les couleurs agressives malgré ce que l’on pourrait croire le rouge

  3. est plutôt doux au regard car mate et le kaki du mur donne une sensation également de douceur.
    Pour ce qui est du potager, c’est vrai que l’on s’attend plutôt à de la terre. Pour ce qui du nombril où disons tout simplement de la placette, l’aménagement simple d’une toile d’ombrage fera j’en suis sûre le succès de cette dernière. Enfin je pense que la future pergola sera l’un (si ce n’est le) des endroits préférés des résidents. Les mains courantes sont également très agréables au toucher. Je ne pense pas que le bambou parle réellement aux personnes âgées. C’est trop exotique, c’est vraiment une plante de notre génération. Je pense également su’il manque d’espace libre pour que les résidents puissent à leur tour investir les lieux.. Je pense enfin qu’il faut laissé du temps au temps et voir comment les choses vont évoluer. On grandi de ses propres expériences.

  4. Bonjour, je tombe par hasard sur votre article… bien documenté et intéressant, je connais le lieu et je ne trouve pas les couleurs criardes… il faudrait alors jeter tout Monet à la poubelle ?
    Dans ce domaine, les polémiques me semblent stériles et inutiles, contraires au but que chacun s’est fixé: créer des jardins pour les personnes qui ne peuvent plus se débrouiller seules.
    Fi des querelles de clocher, de personnes, de théories, d’intérêt …
    Je me demande pourquoi « au fond » les gens s’étripent sur ce sujet qui devrait rassembler…
    Bien à vous,
    CD

    • Non, non chère Catherine, il ne s’agit surtout pas de s’étriper! Et d’ailleurs ce n’est pas le cas.Mais le droit de réfléchir ou de critiquer, de rechercher la meilleure approche en se fondant sur la pratique. Ce n’est pas rien que de consacrer son activité à ces « personnes qui ne peuvent plus se débrouiller seules »Si vous souhaitez entrer dans une discussion constructive, nous pourrons communiquer directement puisque vous avez la gentillesse de donner votre adresse mail! voici la nôtre:assobelleplante@aol.com.
      PS nous sommes des fan de Monet, mais pas de contresens, ce jardinier jardinant mettait son art( la peinture) et son regard au service du « génie du lieu », dont il se considérait comme le collaborateur. Dans la perspective de Gertrude Jekyll et de Robinson, il partageait cette opinion que le jardin était lui même son propre « compositeur », comme le souligne Jeremy Naydler dan « gardening as a sacred art »p.94 sqq.
      Le respect du vivant , son interaction auprès de ceux qui souffrent, ce n’est pas de l’idéologie, c’est juste une pratique génératirce du bonheur au jardin!
      JPR

  5. « – Qui suis-je pour juger »? – Qui suis-je pour « valider » ou ne « pas valider » un jardin ? La redécouverte de l’importance des jardins dans les établissements de santé et les maisons de retraite est encore en France un domaine de recherche et d’expérimentation.
    L’enjeu social et humain commande d’échanger au maximum et de travailler en équipe. Pour ensuite évaluer. Cela demande beaucoup de temps, des années… et de la modestie. L’heure n’est pas à la « validation » intempestive!

    Anne Ribes a été pionnière dans le domaine de l’hortithérapie en France. Avec sa double compétence d’ infirmière et de jardinière elle a développé une expérience, construit un profil d’accompagnant que l’on aimerait trouver dans tous les projets de jardin de maisons de retraite. C’est pourquoi – petit rappel, j’ai tenu à l’associer aux soignants et aux deux paysagistes en charge de ce projet expérimental lancé à l’occasion d’une formation à Chaumont sur Loire que j’ai initiée en 2012. Elle a refusé. Aussi l’empressement de Jean-Paul Ribes à ne « pas valider »… une couleur n’est-il pas le plus urgent ni le plus constructif.
    Rouges ou vertes, gardons les portes ouvertes ! – Ouvertes à de vrais échanges, aux travaux d’équipe*, au rythme rapide des blogs,
    – merci, Isabelle pour ce blog qui nous offre ce dont nous avons le plus besoin : les échanges d’expériences.
    Sur le terrain, rappelons-nous le rythme lent du végétal et la belle devise inscrite à l’entrée des jardins de la Renaissance reste d’actualité : « Festina lente », hâtes-toi lentement.
    Michel Racine

    * Vive les projets pluridisciplinaires ! « Seul, même un génie ne fait pas le poids face à un groupe lambda » : 1+1 = 3  » nous écrit Emile Servan-Schreiber (Clés, N° 87, février-mars 2014)

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