Kirk Hines : motivé comme au premier jour après 30 ans d’expérience

Si vous lisez ce blog depuis ses débuts – c’est-à-dire depuis 2012, le nom de Kirk Hines devrait vous dire quelque chose. En juillet 2012, il nous avait parlé de son travail à Wesley Woods Hospital dans la ville d’Atlanta aux Etats-Unis. Il y avait créé dès 1993 un programme d’hortithérapie, intégré dans le département de rééducation et adapté aux quatre unités de cet hôpital accueillant des personnes de plus de 65 ans (médical, psychiatrie, neuropsychiatrie et soins intensifs de longue durée). Deux ans plus tard, nous l’avions retrouvé dans une nouvelle institution, A. G. Rhodes, où il était en train de développer un nouveau programme d’hortithérapie toujours au service de personnes âgées.

Alors qu’A. G. Rhodes, une institution à but non lucratif, s’apprête à fêter ses 120 ans cette année, Hirk peut, quant à lui, faire le bilan de 30 ans d’activité en tant qu’hortithérapeute. Pourtant loin d’être tournée vers le passé, notre conversation a surtout porté sur un nouveau projet enthousiasmant que je laisse Kirk, directeur de l’hortithérapie à A. G. Rhodes, vous dévoiler.

« Change is the only constant », annonce-t-il d’emblée. Il est installé dans une serre qu’il utilise pour ses activités sur l’un des trois sites que compte actuellement A. G. Rhodes (un site à Atlanta où il passe deux jours par semaine, un autre à Wesley Woods qui bénéficie aussi de sa présence deux jours et enfin un site dans le comté de Cobb où il pratique un jour par semaine). Je viens de lui demander de résumer la décennie depuis notre dernière conversation. « Lorsque que j’ai quitté mon ancien établissement après 21 ans car il se recentrait sur la psychiatrie adulte, j’ai eu la chance que mon ancien employeur et le nouveau aient de bonnes relations. Cela m’a permis de récupérer mes serres, mes plantes, mon équipement et les fonds que nous avions collectés. »

Kirk Hines (debout) avec un patient sur le site A.G. Rhodes d’Atlanta

Un hortithérapeute en temps de Covid

A son arrivée sur les trois sites, Kirk a commencé à installer des jardins thérapeutiques, mais aussi à améliorer l’environnement extérieur pour le rendre plus accueillant, plus chaleureux pour les personnes hospitalisées, leurs proches et le personnel. Cet investissement s’est révélé particulièrement utile pendant la période du Covid. « Pendant les périodes de confinement où les familles ne pouvaient pas entrer dans l’établissement, des rencontres ont eu lieu dans les jardins. Pendant cette période, j’ai aussi pratiqué ce que nous avons appelé « doorway therapy », la thérapie à la porte. Je m’installais, masqué et équipé dans le couloir, et nous faisions une séance d’hortithérapie avec le patient dans sa chambre ». Pour rappel, Kirk pratique de longue date des séances au chevet du patient.

Le Covid n’est pas uniquement un lointain souvenir. « Quand le nombre de cas augmente, nous nous adaptons. Parfois nous pouvons refaire des groupes et d’autres fois seulement des activités individuelles. Ou bien un entre deux où nous pratiquons la bonne distanciation sociale. Heureusement aujourd’hui les gens sont vaccinés. »

Il est seul à porter le programme avec quelques bénévoles. « Mais le Covid a impacté la participation des bénévoles. Je dois donc concevoir les espaces qui demandent le moins d’entretien possible. Oui, j’aimerais avoir des internes. Mais ce n’est pas facile quand on se déplace sur tout un territoire. » Ajoutez à cela de nombreuses conférences sur l’hortithérapie et le travail sur un nouveau projet depuis trois ans, on comprend que Kirk est bien occupé.

Atelier avec des fleurs coupées

Des bienfaits reconnus par l’institution

Avec son collègue musicothérapeute, Kirk collabore depuis 30 ans. Vous pouvez lire ici comment A. G. Rhodes présente ces deux interventions non médicamenteuses. « L’hortithérapie comprend des activités horticoles animées par un thérapeute agréé pour atteindre des objectifs de traitement spécifiques et documentés. Par exemple, la plantation d’herbes aromatiques aide à augmenter la stimulation sensorielle, l’arrosage aide à améliorer les capacités motrices et le jardinage en groupe aide à réduire l’isolement et la dépression », explique l’institution. Les bienfaits de l’hortithérapie sont détaillés ici et comprennent les impacts positifs bien connus sur les sphères cognitives, sociales, physiques et psychologiques. Quant aux collègues que côtoie quotidiennement Kirk, ils ont pris l’habitude de le voir en pleine activité avec les participants. Dans cette institution, les soignants restent longtemps. Certes, il faut toujours faire des efforts pour parler de l’activité et « éduquer » les équipes. Mais l’hortithérapie a trouvé sa place auprès des autres interventions thérapeutiques. Elle attire aussi l’attention des média locaux, en voici un exemple.

Un nouveau bâtiment et ses deux jardins sortent de terre

Convaincu par l’importance de l’hortithérapie, A. G. Rhodes a intégré cette thérapie au cœur d’un nouveau bâtiment qui sera inauguré cette année sur le site du comté de Cobb. « Notre nouveau bâtiment est un projet en réflexion depuis 10 ans. Son architecture est spécialement conçue pour accueillir des personnes qui ont des troubles cognitifs, ce que nous appelons « memory care ». Notre équipe s’est rendue en Hollande pour étudier les pratiques là-bas. L’idée est de créer une communauté plutôt qu’un hôpital », explique Kirk. Voici trois ans que la conception des jardins a commencé avec une équipe composée d’un architecte paysagiste et de paysagistes extérieurs. « Avec cette équipe créative, nous avons conçu l’aménagement paysager et deux nouveaux jardins thérapeutiques spécifiques, un pour la rééducation et l’autre pour les troubles cognitifs. »

Kirk rentre dans les détails. « Un jardin est dédié à la rééducation physique où travailleront des ergothérapeutes, des kinés, des orthophonistes et bien sûr l’hortithérapeute. Ce jardin est conçu pour être utilisé de manière active ou passive. Son point central est une pièce d’eau. Nous avons aussi pris soin de laisser beaucoup d’espace. Ce n’est pas seulement l’accessibilité aux fauteuils roulants, mais aussi le fait que lorsque nous organisons des évènements, c’est parfois trop bondé. Comme l’espace est conçu pour accueillir plusieurs activités (un espace pour un terrain de bocce, un jeu de horseshoe et de lancer de bean bags pour travailler l’amplitude des mouvements et l’équilibre dynamique), il faut avoir de l’espace. Des surfaces de plusieurs sortes permettront de faire de la rééducation dans les conditions qu’ils retrouveront à l’extérieur : pierres, asphalte, briques, ciment,… Nous aurons aussi des chaises et des espaces pour s’asseoir, des parasols et bien sûr des jardinières à hauteur. L’idée est de solliciter tous les sens. Ce sera un jardin très fonctionnel pour que les thérapeutes s’en servent avec les patients, mais aussi un jardin dont on pourra simplement profiter en s’y posant. »

Les personnes accueillies seront en soins « subacute ». « En « acute care », les personnes doivent pouvoir supporter trois heures de thérapie par jour. C’est souvent trop pour des personnes âgées. En « subacute care », ils arrivent de l’hôpital et font de la rééducation pour ensuite retourner vivre chez eux ou bien dans un établissement moins intensif ». En ce moment, les abords du nouveau bâtiment sont en ébullition : on plante des arbres, on s’affaire sur la finition de la pièce d’eau et l’irrigation est en cours d’installation (rappelons-nous que Kirk doit gérer seul l’entretien – sur les sites existants, il a installé après coup des systèmes d’irrigation intégrés).

Un nouveau jardin dédié au memory care

Et puis il y a le jardin dédié au « memory care » (un accompagnement plus approprié pour procurer un environnement sécurisé à des personnes touchées par des troubles cognitifs importants). A savoir que les deux jardins sont justement « sécurisés » grâce à des clôtures invisibles car elles sont entourées de plantes des deux côtés. Dans ce nouveau service de « memory care », on accueillera des résidents à long terme à partir de 65 ans, mais plus typiquement entre 80 et 90 ans.

« Les allées ramènent toujours au point de départ. Les espaces ont du sens et on ne peut pas s’y perdre. Nous avons conçu des espaces pour s’asseoir, choisi des plantes stimulantes, installé un pavillon de jardin, un cabanon pour les outils, des jardinières adaptées. Et aussi un système son pour mon collègue musicothérapeute. Nous cherchons d’ailleurs des éléments appropriés pour faire de la musique au jardin. Une pièce d’eau apporte aussi une stimulation sonore », détaille Kirk. Par ailleurs, chaque « communauté », des unités de 12 personnes, aura accès à un balcon sécurisé avec des jardinières et à un solarium.

Le nouveau bâtiment représente un coût de 32 millions de dollars, financé notamment grâce au soutien de la communauté et à des membres du conseil d’administration très connectés. Le volet « hortithérapie » du projet a bénéficié de sa propre campagne de levée de fonds, « Seeds for Seniors ». Rien ne vous empêche d’y contribuer d’ailleurs ! Dans une pratique assez répandue aux Etats-Unis, il est possible de voir sa contribution concrétisée dans une brique estampillée « In memory of…. » or « In honor of…. ».

« Nous avons aussi profité de Giving Tuesday. C’est une journée après Thanksgiving en novembre, en réaction au consumérisme du Black Friday. Les associations à but non lucratif parlent de leurs besoins et reçoivent des dons. Une autre forme d’aide me vient de Trader Joe’s, une chaine de supermarchés, qui me donne des fleurs coupées et des plantes. Les patients adorent. » Ci-dessous, le jardin de « memory care » à l’heure actuelle.

30 ans de recul sur le monde de l’hortithérapie

« Un défi pour moi à A. G. Rhodes a été de travailler avec les mêmes patients pendant 10 ans alors qu’en « acute care », j’étais habitué à les prendre en soin pendant deux semaines. D’une part, on bâtit une relation plus personnelle. D’autre part, il faut apporter de la nouveauté et garder de la fraicheur aux activités. Je m’inspire de visites dans des jardins botaniques et des pépinières et bien sûr de lectures en ligne pour trouver de nouvelles plantes et de nouvelles idées », explique Kirk.

Plus globalement sur l’état de l’hortithérapie, le bilan est cependant mitigé. « Une tendance est qu’il y a moins de programmes de formation dans les universités que quand j’ai commencé il y a 30 ans. On voit plutôt des programmes de formation accrédités par des universités ou par l’AHTA. » Pour sa part, il a obtenu une licence en horticulture ornementale (avec une concentration en hortithérapie) au Berry College en Géorgie en 1992 et a effectué son stage en hortithérapie à l’hôpital régional de Géorgie du Nord-Ouest avant de rejoindre Wesley Woods Hospital of Emory Healthcare pour y créer son premier programme en 1993. Il a été membre du conseil d’administration national de l’AHTA, membre fondateur du conseil d’administration du chapitre Géorgie-Alabama de l’AHTA et président de 1999 à 2002.

« Quand j’étais un « bébé thérapeute », je pensais que l’hortithérapie allait continuer à se développer et gagner en reconnaissance. Malgré la masse critique de recherche, ce n’est pas tout à fait le cas. Je comprends que ce soit dur pour des universités de proposer des formations quand il y a si peu de débouchés sur le marché du travail. L’autre sujet est que d’autres thérapies comme l’ergothérapie, la kiné et l’orthophonie sont remboursées. Mais ce n’est toujours pas le cas pour l’hortithérapie, la musicothérapie ou la thérapie récréative. Du coup, les hôpitaux ne les proposent pas puisque ce n’est pas rentable. »

Kirk continue à pousser une idée qui était déjà importante pour lui il y a 10 ans. « J’ai toujours expliqué à A. G. Rhodes que le remboursement n’est pas la seule manière d’impacter le résultat financier. Avoir de bons résultats pour les patients, contribuer à la satisfaction des familles, améliorer notre attractivité est aussi très important. » Clairement, il a été écouté puisque ce nouveau bâtiment sera doté de jardins et d’aménagements paysagers réfléchis contribuant à l’environnement thérapeutique et au plaisir.

Une autre tendance, qu’il repère dans des discussions ici et là, est l’importance grandissante de la qualité de vie et de l’approche centrée sur la personne. Il s’explique. « Les autorités de l’état de Géorgie qui nous régulent accordent de plus en plus d’importance à la qualité de vie des patients. Ce ne sera pas un changement rapide, mais il y aura une évolution dans le futur. D’autre part, je vois aussi un intérêt grandissant pour le soin centré sur la personne : choisir ses repas et son rythme ou avoir son animal de compagnie par exemple. A. G. Rhodes avance déjà dans ce sens. Notre personnel est formé et nous sommes certifiés par The Eden Alternative (leur credo est le « bien-être est un droit humain »). On s’éloigne d’un environnement clinique, stérile et on parle de vivre sa vie pleinement, de continuer à s’épanouir (thrive, en anglais, en écho à l’association anglaise, NDLR). »

Un bilan en demie teinte qui apporte cependant une note d’espoir. Rendez-vous dans 10 ans pour en discuter ?

Activités sur le site d’A.G. Rhodes Atlanta

Activités sur le site d’A.G. Rhodes dans le comté de Cobb (dont une séance de « doorway » therapy »)

Activités sur le site de Wesley Woods

Quand Le Bonheur se baladait dans le monde

Pour mesurer le temps, je peux utiliser celui qui s’écoule entre deux publications sur ce blog. Ce marqueur revient inexorablement tous les mois, tous les premiers lundis du mois précisément. Lorsque j’appuie sur le bouton « Publier » au début du mois, j’ai l’impression d’une longue plage de temps devant moi…Et puis pouf, il est temps de publier de nouveau.

Ce mois-ci, ce joli mois de mai, restons dans le thème de notre périple international de 2022. Si nous avons un besoin vital de nouveautés, il est aussi utile de prendre le temps d‘apprécier l’existant. Or, depuis 10 ans, je me suis déjà souvent promenée hors des frontières françaises. Voici un aperçu de ces voyages qui montrent la variété des jardins thérapeutiques, de l’hortithérapie et des écothérapies. Quelle énergie et quelle vision chez ces femmes et ces hommes rencontré.es depuis 10 ans !

Pour les mois qui viennent, je vous annonce quelques nouvelles destinations : l’Autriche et l’Allemagne, le Costa Rica et un bilan de l’hortithérapie dans les pays hispanophones. Et puis il va falloir aller explorer un peu plus en Asie, en Australie, en Afrique.

Sue Stuart-Smith, psychiatre et auteure de « L’équilibre du jardinier : renouer avec la nature dans le monde moderne » dans son jardin anglais (crédit photo gardenmuseum.org.uk)

EN EUROPE

ITALIE. En avril 2021, nous rencontrions Ania Balducci, hortithérapeute italienne formée en Angleterre et aux Etats-Unis, qui contribue à développer l’hortithérapie dans son pays à travers des projets et une formation universitaire. Pour compléter un lien pour se tenir au courant des actions de la Associazone Italiana Ortoterapia (ASSIOrt)

ANGLETERRE. Une autre rencontre, celle de Sue Stuart Smith. Elle est psychiatre et elle nous a offert en 2020 « L’équilibre du jardinier : renouer avec la nature dans le monde moderne ». Un des livres les plus inspirants sur les bienfaits de la nature et du jardin pour les personnes fragilisées. Sa sortie en pleine pandémie a fait beaucoup de bien. Il est devenu LE livre de jardinage de l’année pour le Sunday Times et un des 37 meilleurs livres de 2020 pour The Times. Autant dire qu’il aura rencontré un énorme écho en Angleterre et dans les nombreux pays où il a été publié.

ANGLETERRE. C’est grâce à Beth Collier que j’ai découvert l’écopsychothérapie. En 2018, elle nous expliquait comme elle pratique son travail de psychologue dans les parcs londoniens depuis plusieurs années. Elle prépare sur ce sujet un livre que j’ai hâte de découvrir. En attendant, merci à Beth de m’avoir inspirée car c’est en grande partie grâce à elle que je propose aujourd’hui des séances de psychothérapie dans la nature.

ECOSSE. Impossible de ne pas mentionner Trellis et Fiona Thackeray. Avec son équipe, elle organise depuis deux ans une série de séminaires internationaux dans l’âme. Dès 2015, cette ancienne de Thrive nous avait présenté Trellis, l’association écossaise d’hortithérapie.

SCANDINAVIE. En 2019, Philippe Walch, alors tout nouveau membre de la Fédération Française Jardins Nature et Santé et aujourd’hui actif dans son conseil d’administration, nous avait fait profiter d’un voyage personnel dans la Scandinavie biophilique avec une visite de Nacadia, le jardin thérapeutique initié par Ulrika Stigdotter et son équipe à de l’Université de Copenhague. Pour compléter ce tour dans le nord de l’Europe, regardez l’intervention d’Anna María Pálsdóttir au Trellis Seminar Series 2022. Elle y décrit l’expérience du jardin du Living Lab Alnarp Rehabilitation en Suède.

Salle de pause au jardin pour les infirmières d’un hôpital de Portland, Oregon (Etats-Unis), sujet d’une étude de Roger Ulrich.

EN AMERIQUE DU SUD ET DU NORD

PEROU. Je vous présente Daniela Silva-Rodriguez Bonazzi, hortithérapeute péruvienne également formée aux Etats-Unis. Depuis notre rencontre au Jardin du Luxembourg en 2019, Daniela a pratiqué, parlé, écrit. Voici quelques exemples de ses articles sur le blog du Horticultural Therapy Institute : auprès de personnes âgées en Argentine, pour des enfants en Equateur ou encore auprès d’enfants sur le spectre de l’autisme en Inde.

CANADA. Il s’en passe des trucs au Canada. Une de mes références est la Fondation Oublie pour un instant dont la fondatrice, Jeannine Lafrenière, est une personne que je croise régulièrement depuis plusieurs années. Sa mission : faire entrer la nature à l’intérieur des établissements de santé.

ETATS-UNIS. Choix difficile dans ce pays où j’ai passé le plus de temps, physiquement et à distance. J’attire simplement votre attention sur quelques personnes et programmes phares.

LIVRE « The Profession and Practice of Horticultural Therapy ». Le livre de Rebecca Haller, Christine Capra et Karen Kennedy, sorti en 2019, est incontournable si vous vous lisez l’anglais. Vous y retrouverez d’ailleurs quelques signatures françaises et européennes.

LIVRE « Therapeutic Landscapes ». Même chose pour le livre de Clare Cooper Marcus et Naomi Sachs, sorti en 2014. Indispensable, source d’inspiration, mise en contexte d’initiatives qui intègre la nature qui soigne dans les établissements de santé. Historiquement, ma première rencontre avec Clare Marcus Cooper il y a 10 ans.

« Une hortithérapeute californienne derrière les barreaux ». Je reste en contact avec Calliope Correia depuis notre rencontre dans une formation du HTI et je suis son implication intense dans son travail en prison. Une passionnée, une convaincue.

30 ans d’hortithérapie auprès des personnes âgéesKirk Hines a commencé sa carrière d’hortithérapeute depuis 1993 et il la poursuit auprès de personnes âgées dans la région d’Atlanta.

« Bénéficiaire » et témoinLe témoignage d’un homme pour qui le jardin thérapeutique d’un programme d’addictologie en Caroline du Nord a été salvateur.

Résilience et recherche. A New York, la résilience de Matt Wichrowski, hortithérapeute et chercheur, épate. Retrouvez ses publications en tant que chercheur et professeur associé dans le département de Médecine de Réadaptation à la Faculté de Médecine de NYU.

A Chamchamal dans le Kurdistan irakien, le Fondation Jyian (« vie » en kurde) a formé les thérapeutes qui accompagnent des adultes et des enfants traumatisés par la guerre à l’hortithérapie.

DANS LE RESTE DU MONDE

Force est de constater que les autres parties du monde sont peu représentées sur mon blog. L’attraction est tellement plus forte là où on a déjà des contacts. A améliorer !

Au Japon, j’avais présenté en 2015 l’état de la formation en hortithérapie, très inspirée des Etats-Unis ainsi que le travail du chercheur Mashiro Toyoda. Il a continué à explorer le sujet, notamment avec la publication en 2020 d’une étude sur les effets d’une activité d’arrosage régulière sur l’activation du lobe pré frontal chez des personnes âgées bien portantes. Du jardinage comme outil de prévention du déclin cognitif.

Au Kurdistan, nous avions découvert un programme de formation pour des thérapeutes spécialistes du psychotraumatisme qui accompagnent des réfugiés, un effort qui a rassemblé des experts de plusieurs pays. Le programme a également été présenté lors du Seminar Series 2022 de Trellis

Au Bénin. Concluons sur l’intervention de Josette Coppe, psychologue clinicienne et art-thérapeute, qui anime des ateliers d’expression et des ateliers thérapeutiques avec les équipes SOS villages d’enfants au Bénin depuis 2010 à travers son association Résonances. Elle avait partagé son expérience lors d’une table ronde en ligne organisée par Jardins & Santé en novembre 2021. Vous trouverez son intervention à la minute 59 dans cette vidéo, avec les témoignages filmés de deux professionnels béninois.

Un hortithérapeute expérimenté lance un nouveau programme gériatrique à Atlanta

Kirk Hines 1Les lecteurs de la première heure se rappelleront peut-être avoir rencontré Kirk Hines en juillet 2012. Après 21 ans en tant qu’hortithérapeute à Wesley Woods Hospital, un établissement gériatrique à Atlanta en Géorgie, Kirk prend un nouveau départ. « Ce n’est pas que l’hôpital ne jugeait pas notre service important, mais il y a toujours des changements et des coupes budgétaires dans les hôpitaux », explique-t-il très diplomatiquement. Par chance, un des administrateurs de Wesley Woods se trouve être le CEO de A.G. Rhodes Health & Rehab, un centre de soin long terme et sans but lucratif pour les personnes âgées frêles fondé à Atlanta en 1904. Il avait repéré le programme d’hortithérapie ainsi que le programme de musique thérapie : il a donc embauché les deux thérapeutes sur le champ. « Cela m’a fait mal au cœur de quitter un programme que j’avais créé et que je dirigeais depuis 21 ans, mais le nouveau programme à AGR est plein de potentiel enthousiasmant », avoue Kirk qui est soulagé d’avoir retrouvé un poste aussi facilement. Car même aux Etats-Unis, les postes d’hortithérapeutes à plein temps ne sont pas légion. Un accord entre les deux établissements lui a permis de récupérer plusieurs serres et de conserver des fonds qu’il avait levés, une aide précieuse pour lancer son nouveau programme.

Au travail sur des jardins et des programmes sur 3 sites

Kirk Hines courtyard« Il y a deux ans, j’avais conçu un jardin pour les patients en réhabilitation à A.G. Rhodes avec Marguerite Koepke, une professeur de paysagisme de l’Université de Georgia à la retraite. Nous avions transformé une cour en un espace utilisé par des thérapeutes. Mais il n’y avait pas d’hortithérapeute dans le staff jusqu’à maintenant », me raconte Kirk au téléphone. Il part presque de zéro pour concevoir un programme d’hortithérapie pour les trois sites de A.G. Rhodes à Atlanta. Depuis qu’il a été embauché en novembre 2013, Hines a passé beaucoup de temps à éduquer le personnel sur la thérapie horticole. « Je leur explique comment cette thérapie peut bénéficier aux résidents et comment elle s’articule avec d’autres services. » Une autre étape importante est d’évaluer les besoins. «Nous nous réunissons avec le personnel et les résidents pour comprendre comment ils utilisent ces espaces et quels sont leurs besoins. »

«J’ai maintenant trois sites pour lesquels je suis en train de concevoir des programmes et des jardins de thérapie horticole. Chacun des trois bâtiments a beaucoup de potentiel », explique Kirk. « Sur l’un des sites, un patio pour les patients atteints de démence a été nettoyé et organisé. Nous avons planté des végétaux que nous nous cultivons et je fais des séances de thérapie. » Son but est de transformer l’aménagement paysager dans les trois sites en jardins thérapeutiques qu’il décrit comme « calmes, accueillants, paisibles, sains, luxuriants et attirants. » Dans ces paysages thérapeutiques, il veut intégrer des espaces de traitement actif et des espaces où patients et visiteurs peuvent se réunir en plein air.

Picture2La collecte de fonds sera essentielle dans la réalisation de sa vision. Il estime qu’il a de la chance car à A.G. Rhodes une directrice du développement à temps plein est prête à l’aider dans cette tâche. Je connais en France certaines passionnées du jardin de soin qui passent beaucoup de temps à trouver des financements et qui rêveraient d’un tel soutien institutionnel !

Kirk Hines 2A l’origine, Kirk a un diplôme en horticulture ornementale avec une concentration en thérapie horticole, suivi par un stage pour asseoir ses connaissances en thérapie horticole dans un hôpital en Géorgie. Le sujet de la formation le passionne. « Nous devons aligner nos programmes de formation avec ceux des kinés et des ergothérapeutes. Car eux sont moins facilement licenciés quand les budgets sont coupés…. », fait-il remarquer. Il partage également son avis sur le sujet des stages exigés pour obtenir le titre de HTR (horticultural Therapist Registered), un titre que Kirk détient bien évidemment. «Je voudrais avoir des stagiaires ici parce qu’il y a plus de travail que je ne peux faire tout seul sur un seul des sites, alors sur trois….Mais je suis persuadé que les stagiaires doivent être encadrés avec un clinicien qui observe le stagiaire. Permettre des stages à distance (comme le fait l’AHTA, ndlr) est trop facile. » Quant à lui, Kirk se sent incroyablement chanceux d’avoir retrouvé un emploi et de relever ce nouveau défi.

 

Dans cet hôpital gériatrique, on jardine jusque dans son lit

Kirk Hines examine des plants avec un patient à Wesley Woods Hospital of Emory Healthcare à Atlanta.

C’est l’été, le jardin explose de vitalité. Ce blog aussi déborde de vie. Dans cet esprit, je vais commencer à poster deux fois par semaine pour raconter plus vite toutes les belles histoires que j’engrange en ce moment en parlant à des hortithérapeutes fascinants aux quatre coins des Etats-Unis. Je les remercie toutes et tous de m’accorder de leur temps pour vous faire profiter de leur expérience.

Depuis 1993, Wesley Woods Hospital à Atlanta en Géorgie s’est doté d’un programme d’hortithérapie qui fait partie intégrante de son département de services rééducatifs. C’est Kirk Hines (HTR) qui a lancé le programme et continue à le gérer à l’attention des patients dans les quatre unités de cet hôpital universitaire qui se spécialise dans les plus de 65 ans (médical, psychiatrie, neuropsychiatrie et soins intensifs de longue durée).

Situé sur un domaine boisé de 26 hectares avec des cours d’eau et des marécages qui attirent une faune abondante, l’hôpital a aménagé plusieurs espaces : deux jardins, une serre, un jardin déambulatoire et une unité intérieure avec des lumières fluorescentes. Dans les deux jardins situés dans les unités de psychiatrie et de neuropsychiatrie, on trouve des pots (« planters ») à hauteur pour les patients debout et les patients assis, des surfaces pavées, des effets d’eau et un espace de méditation. Cet espace clos et sécurisé est accessible aux patients.

Kirk Hines avec une patiente dans la serre.

Dans la serre en verre, on a pris soin de concevoir un sol facile à négocier avec des déambulateurs et des chaises roulantes. On y trouve aussi des bancs à hauteur et un système de climatisation pour une température confortable toute l’année. Autour de la serre, des plantes d’espèces anciennes (« heirloom ») stimulent les sens et les souvenirs. Les allées sont utilisées pour pratiquer la marche et améliorer l’endurance. D’autres endroits consacrés à la réhabilitation sont équipés de tables roulantes avec lumières fluorescentes pour jardiner par tous les temps.

Des séances d’hortithérapie ont lieu en groupe ou individuellement avec des patients des quatre unités. Tous les jours, elles ont lieu dans les unités de soins, les jardins, la serre et même dans la chambre des patients qui ne peuvent pas se déplacer. « Ce sont des patients qui sont sujets à des précautions à cause d’infections ou qui utilisent un respirateur », explique Kirk Hines. « Mais je peux amener une table roulante avec tous mes produits dans leur chambre. Ils travaillent dans leur lit ou dans une chaise. Nous pouvons bouturer, rempoter en utilisant les tables adaptables en hauteur. Ils peuvent utiliser des gants si besoin. A la fin, tout doit être désinfecté. » Pour ces patients qui souffrent d’anxiété et ont du mal à trouver leur souffle, ces activités ont un effet calmant. Elles les distraient de leurs difficultés.

Kirk Hines apprécie la collaboration avec le reste de l’équipe de rééducation. « Je vois les patients seuls ou dans des séances avec mes collègues. Je contribue au plan pour chaque patient avec les kinés, les ergothérapeutes, les orthophonistes et les autres membres de l’équipe avec des objectifs à atteindre. Nous pouvons travailler sur leur capacité à rester debout, à atteindre un objet ou encore sur leur équilibre et leurs habiletés motrices fines et grossières. »  D’ailleurs Kirk pense qu’il a un avantage sur ses collègues kinés. « Faire des répétitions dans une salle de sport peut être ennuyeux. Mais avec les plantes, ils atteignent leurs objectifs plus facilement. Ils restent debout plus longtemps, par exemple. »

Un patient en déambulateur arrose le jardin.

Dans une étude pilote, Kirk a pu montrer que ses activités aidaient les patients atteints de démence à réduire leur niveau d’agitation. « Il faudrait pousser l’étude », confie-t-il. Prouver scientifiquement l’efficacité de leurs programmes est un luxe que peu d’hortithérapeutes peuvent se payer, mais qui les aiderait certainement à faire progresser la pratique. « Souvent, nous sommes perçus comme une simple activité… ».

« Quand on me demande combien mon programme coûte, je réponds qu’il faut faire entrer en ligne de compte la satisfaction de nos patients et l’amélioration des soins que nous leur apportons. Je pense aussi à la rétention du personnel qui apprécie le cadre. En rendant les patients, leurs familles et les employés plus heureux, nous contribuons de façon importante. Un autre aspect est l’attention que le programme d’hortithérapie attire dans les média. Cela aide notre hôpital et son image. »

Cette patiente travaille assise.