Ce que j’ai appris à Chaumont

Anne Ribes explique comment protéger une plaie grâce à une feuille de plantain pour continuer à jardiner même blessé.

A Chaumont-sur-Loire, je me frottais pour la première fois à des hortithérapeutes français. Mais sans formation qualifiante, c’est sans doute trop tôt pour employer ce terme que même mon correcteur d’orthographe a dû mal à admettre. On pourrait lui préférer le terme de jardiniste, celui que privilégie Anne Ribes, cette infirmière qui a poursuivi un BTS Art du jardin pour concilier son envie de soigner et son envie de jardin avec le désir de concevoir « l’hôpital vert ». Les programmes qu’elle anime et qu’elle conçoit, on en reparlera….demain et après-demain comme de ceux d’autres intervenants ou participants : Dominique Marboeuf, responsable d’étonnants espaces verts au centre hospitalier Mazurelle à la Roche-sur-Yon ou encore Stéphane Lanel qui anime avec Anne un jardin pour des patients cérébro-lésés à la Maison des Aulnes à Maule (78).

Les mots ont leur importance, bien évidemment. Pendant ces trois jours, on n’a pas souvent utilisé le mot hortithérapie en fait. On a plutôt parlé de jardin de soin qu’on a opposé au jardin thérapeutique, un concept qui semble vague et surfait à Jean-Paul Ribes. Théoricien de l’association Belles Plantes, Jean-Paul est le mari et le complément d’Anne (« Notre mythologie nous rapporte…. » commence-t-il. « …au terrien », finit-elle).  «La maladie, c’est ce qui nous rend absent. Le jardin est une stratégie de la présence. Quand on est présent au monde, on se porte bien », affirme Jean-Paul Ribes. « On ne prescrit pas le jardin, c’est une appropriation. Ce n’est pas un jardin de soin s’il n’y a pas d’évolution dans le temps. » Il revendique le droit du jardin à rester dans son état naturel.

Menés par Jean-Paul Ribes, les participants à la formation sont en visite dans un Ehpad local. Ils arpentent le terrain, s’orientent par rapport au soleil et aux vents dominants, imaginent des solutions mêlant espaces de jardinage et espaces de déambulation, solutions immédiatement dessinées sur des esquisses.

Il se méfie au plus haut point de tous les artifices qu’on veut y introduire. « Le jardin doit privilégier le vivant et la simplicité. Pour écouter le jardin, il ne faut pas lui surajouter des messages qui perturbent ». Peindre ses bacs en couleurs vives ? Quelle horreur puisque ce sont des couleurs qui n’existent pas dans la nature. « Au jardin, pas de blouses blanches. Que des tabliers verts », assène-t-il aussi. Les discussions sont rentrés dans les détails : comment faire son enquête pour élaborer le projet (d’ailleurs nous avons mis en application en allant dans l’Ehpad voisin où l’une des participantes a un grand projet pour jardiner avec les patients Alzheimer), comment concevoir, financer, réaliser et animer un jardin.

Sébastien Guéret de Formavert (Marseille) et Guillaume Berthier d’Angle Vert Services (Montpellier) prennent langue avec la terre sur le terrain destiné à devenir un jardin pour ceux qui fréquentent l’accueil de jour de l’Ehpad d’Onzain (Loir-et-Cher).

La richesse de cette formation, un peu pionnière même si Sébastien Guéret qui était également présent anime depuis plusieurs années des formations et des ateliers jardin au sein de Formavert et qu’on a aussi déjà parlé des formations de Martine Brulé, était la diversité des participants. Partagés entre le monde de l’hôpital psychiatrique et celui des maisons de retraite pour la plupart, ils étaient essentiellement des soignants épris de jardin avec des projets en cours ou en développement.  Des soignants passionnés et animés d’une volonté pour faire bouger les choses dans des univers très administratifs dont les règles semblent juguler patients et soignants. (« Faire un jardin, c’est faire la révolution dans un établissement », affirme volontiers Jean-Paul Ribes). Quelques profils différents aussi : un responsable d’espaces verts au sein d’un hôpital (un futur Dominique Marboeuf ?), une ingénieure dont le cabinet d’architecte est spécialisé dans les établissements de soin, un entrepreneur paysagiste qui poursuit méthodiquement un projet de diversification dans l’hortithérapie pour sa société, une graphiste amoureuse de jardin. Et moi, moi qui vais devoir décider si je continue simplement à causer ou si j’ai le temps et le besoin de m’impliquer dans un projet concret. En tout cas, je sais maintenant que j’ai des âmes sœurs en France.

Ca bouillonne à Chaumont-sur-Loire

Le Festival des Jardins de Chaumont-sur-Loire est un plaisir en été. Mais dans la lumière de l’automne et avec le sentiment de profiter de ses charmes dans la quasi solitude, c’est un vrai bonheur. Doublé par celui d’y être pour une formation sur le jardin de soin qui tient toutes ses promesses  en rencontres et en enseignements. C’est une plongée à pieds joints dans le monde de la thérapie horticole française (même si le terme est finalement peu utilisé ici). C’est la rencontre en chairs et en os avec Anne et Jean-Paul Ribes bien sûr. Mais pas seulement puisqu’ils sont entourés d’autres intervenants venus raconter des projets très enthousiasmants (tous les partager occupera les prochaines semaines!) et d’une bonne dizaine de participants aux parcours variés et aux expériences diverses. Les échanges sont riches, vifs parfois, plus philosophiques que le discours américain sur l’hortithérapie, mais extrêmement concrets et pratiques aussi. Il se dégage un sentiment d’enthousiasme et d’énergie dont on veut espérer qu’il perdurera au-delà de ces trois jours.

Voici rapidement quelques photos pour partager la magie de Chaumont (comme j’aimerais être meilleure photographe pour lui rendre justice).

Le bonheur est dans le jardin fait son auto-promotion

Lors de ma dernière visite à Chaumont en été 2009.

Semaine un peu particulière puisque je vais aller passer trois jours à Chaumont-sur-Loire pour cette formation sur le thème du jardin de soin et de santé. Je suis en dessous de la vérité en disant que je suis impatiente de débarquer mercredi dans ce haut lieu du jardinage et de rencontrer intervenants et participants. Nous en reparlerons ici bien évidemment.

Avec une semaine de travail réduite à deux jours, le temps me manque aujourd’hui pour un article en bonne et due forme. Par contre, je ne résiste pas à la tentation de vous demander de voter pour Le bonheur est dans le jardin aux Golden Blog Awards. La sélection se fait en deux temps : le vote des internautes jusqu’au 22 octobre, puis le choix d’un jury. Vous pouvez voter en vous rendant sur cette page, puis en cliquant sur le bouton bleu. C’est une question de visibilité pour le blog, mais au final aussi et surtout pour cette belle discipline qu’est la thérapie horticole.

Pendant qu’on y ait, je vous signale que vous pouvez vous abonner au Bonheur est dans le jardin pour recevoir automatiquement des alertes emails à chaque nouvel article. Il suffit de cliquer sur le bouton « Suivre » en bas à droite de votre écran. Vous ne louperez plus jamais un épisode! Merci pour votre soutien et n’hésitez pas à m’envoyer vos questions, commentaires ou suggestions pour de nouveaux articles.

Martine Brulé, praticienne en hortithérapie

Au début des années 2000, Martine Brulé, architecte-paysagiste de formation, ne peut s’empêcher de remarquer que les hôpitaux et maisons de retraite qu’elle visite manquent cruellement d’aménagement dans leurs espaces extérieurs. Le cadre de vie des patients en souffre. Elle s’attelle à changer la situation en abordant le sujet avec des directeurs d’établissements. « Il y avait bien sûr des difficultés financières et d’espace. Peu de maisons de retraite ont un espace suffisant », explique Martine Brulé. « Mais il y avait aussi une difficulté plus « philosophique ». Ce n’était pas encore dans l’air du temps il y a 10 ans de se remettre en question sur le sujet du bien-être. »

Un jeune s’occupe de son « jardin sur un plateau », un paysage méditerranéen miniature.

Dès 2003, elle créé l’Association Phyll’Harmonie dont le professeur Marcel Rufo, le très médiatique pédopsychiatre, prend la présidence. Un projet de jardin sur la terrasse de la Maison de Solenn à Paris n’aboutit pas pour diverses raisons. Mais aujourd’hui encore, elle travaille avec la Maison des Ados de Nice pour qui elle a créé un jardin. Suite à un déménagement qui la prive d’espace, elle poursuit avec des activités utilisant des matériaux vivants pour que les ados s’ouvrent à la créativité qui est en eux. Son entreprise, Viv’Harmonie, développe des ateliers nature à l’attention des personnes âgées, des personnes handicapées, des enfants et des adolescents, « à travers une approche du milieu vivant et du végétal en particulier, basés sur les apports de l’hortithérapie. »

La praticienne en hortithérapie peut guider les mains de la participante si besoin.

Face au manque d’espace, Martine Brulé imagine une solution. Cette membre de l’American Horticultural Therapy Association invente une solution pour amener le jardin aux participants même sans espace.  « Le jardin sur un plateau » permet de travailler à l’intérieur ou à l’extérieur. Un artisan le fabrique pour moi en résine et une solution plus « biologique » est à l’étude. Il est facile à transporter. Il sert de support pour créer un paysage miniaturisé pour que le patient s’évade et exprime sa créativité. Il est pérenne et peut suivre le rythme des saisons », énumère Martine. Elle le préfère à un véritable jardin pour les personnes âgées qui ne sont pas assez autonomes pour travailler dehors avec des outils.

Pendant deux ans, elle intervient à l’hôpital Bretonneau à Paris où elle intègre un programme du service de gériatrie pour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées. Depuis 2007, elle travaille dans une maison de retraite, la résidence Korian Rives d’Esterel, à Fréjus avec des bienfaits cognitifs, psychiques, physiques et sociaux pour les patients. « On constate que les personnes sont de plus en plus dépendantes », avoue-t-elle, ce qui demande une adaptation des activités à la recherche d’une stimulation sensorielle.

Ces participants aux ateliers nature de Martine Brulé passent un moment au soleil entourés de plantes.

« Avec la matière naturelle, ce qui est différent des autres approches non médicamenteuses, c’est une réaction au vivant qui est immédiatement perceptible. Cette relation crée du bien-être », résume-t-elle. Elle constate qu’il y a aujourd’hui un engouement pour les « jardins thérapeutiques » dont elle estime que beaucoup ne présentent pas d’aspect thérapeutique : intégration dans le projet d’établissement et objectifs clairs servis par un programme. Une difficulté spécifique à la France, selon elle, est la difficulté à travailler en équipe. « L’hortithérapie n’est qu’un maillon de la chaine, c’est un travail d’équipe avec tous les autres spécialistes. »

En plus de ses ateliers, Martine Brulé dispense des formations, en collaboration avec l’association nationale des ergothérapeutes. Elle sent une forte demande de la part des personnels soignants, particulièrement en maisons de retraite. Pour elle, c’est là le gros chantier de l’hortithérapie en France.

Des ados en train de travailler au jardin.

Prisonniers et jardiniers

Photo de groupe au jardin, prisonniers et bénévoles.

Beth Waitkus s’inspire de cette citation de John Muir, le célèbre naturaliste et activiste américain souvent associé avec le parc de Yosemite en Californie : « Quand on tire sur une simple petite chose dans la nature, on découvre qu’elle est connectée au reste du monde. » Cette question de connexion est centrale à son travail de consultante auprès d’organisations et particulièrement à son projet Insight Garden Program à la prison de San Quentin près de San Francisco. « En vérité, la mission de notre programme à San Quentin est d’utiliser la nature pour reconnecter les gens avec eux-mêmes, avec leurs communautés et avec l’environnement naturel », explique-t-elle.

Beth Waitkus a lancé l’Insight Garden Program en 2003.

Par manque de temps, je n’ai pas pu aller visiter le programme de Beth avant de quitter San Francisco. Je vous le décris donc malheureusement « de l’extérieur » plutôt que « de l’intérieur ». Ce programme de jardinage biologique comprend une forte composante de réinsertion. « L’Insight Garden Program a lancé une initiative de retour à l’emploi pour que les hommes qui quittent la prison puissent aider à restaurer leurs communautés à travers l’agriculture durable, le jardinage partagé et des emplois verts. » Beth considère que cette réinsertion est une solution plus durable aux coûts socio-économiques élevés de la prison traditionnelle érigée en complexe industriel.

Tout a commencé en 2003 avec un jardin de fleurs indigènes de Californie planté dans une des cours de San Quentin avec l’aide de prisonniers, de bénévoles et d’experts en jardinage, le personnel étant présent pour surveiller. Depuis presque 10 ans, les prisonniers qui souhaitent participer partagent leur temps entre des cours où ils apprennent les bases du paysagisme et de la durabilité environnementale et le jardin de 110 m2 dont ils ont la charge. Parmi les sujets développés en classe, la gestion et la planification d’un jardin, l’irrigation, l’amendement des sols, l’entretien selon les saisons, l’identification des plantes et la propagation.

Avant et après le jardin.

« A travers l’acte de s’occuper des plantes, les qualités de responsabilité, de discipline et de pleine conscience se transfèrent dans la sphère interpersonnelle – en faisant pousser les plantes, les gens « poussent » aussi », affirme Beth Waitkus. « Parce que la nature cultive la conscience, les hommes apprennent à répondre plutôt qu’à réagir et ils deviennent des membres productifs dans la société quand ils sortent. » En se basant sur son expérience, elle a d’ailleurs écrit une thèse de master en développement des organisations sur le sujet « Impact d’un jardin sur l’environnement physique et le climat social d’une cour de prison à la San Quentin State Prison ». On peut la télécharger ici.

Sa recherche basée sur des interviews avec les prisonniers et le personnel de la prison avant et après la mise en route du jardin a montré un certain nombre de bienfaits du programme. Le jardin reçoit de l’attention, est utilisé et sert de refuge. Etre dans ou près d’un jardin peut réduire le stress. Les prisonniers participants ont constaté des bienfaits de leur travail direct avec la nature. Les jardins créent la possibilité d’espoir et de changement. Les attentes des prisonniers et du personnel sur l’impact du jardin ont été comblées et même dépassées. Pour suivre le travail de Beth Waitkus, son blog, The Avant Gardener, est une lecture indispensable. Son programme fait aussi l’objet d’articles dans la presse locale. Avec une constante, l’espoir de réinsérer les hommes qui travaillent dans le jardin et de réduire le récidivisme.

Des prisonniers au travail dans le jardin.

La fleur et le mirador, tout un symbole.

L’Oasis : bientôt 30 ans d’atelier thérapeutique horticole pour des malades mentaux

Une grande première aujourd’hui sur Le bonheur est dans le jardin. Pour la toute première fois, je parle d’un programme français. Ce n’est qu’un début.

A Varennes le Grand entre Dijon et Mâcon, des patients de l’hôpital psychiatrique de Châlons sur Saône fréquentent l’Oasis, un atelier thérapeutique où ils travaillent au contact des plantes. Encadrés par quatre employés de l’hôpital (3 personnes à temps plein et une à mi-temps), ce sont huit patients qui peuvent bénéficier tous les jours de ce travail dans les serres où ils produisent des fleurs, et depuis peu des plants de légumes. Pourtant, le travail n’y est pas une fin en soi. Il apporte une aide à la restructuration dans le temps et l’espace, un réentrainement à l’effort.

L’Oasis à ses débuts dans les années 1980 avec un bus comme abri.

L’Oasis a vu le jour en 1983 sous l’impulsion du Dr Madinier et de M. et Mme Cléau, tous les deux infirmiers ergothérapeutes, suite à une visite du CAT Messidor à Lyon. Ce CAT était précurseur en matière d’ouverture sur la cité. Avec l’aval du corps médical, cette structure atypique fonctionnant comme une ergothérapie hors des murs s’est donnée pour objectif la réadaptation professionnelle et/ou sociale des malades mentaux. L’arrêté du 14/03/1986 relatif aux équipements et services de lutte contre les maladies mentales comportant ou non des possibilités d’hébergement donne un cadre à l’expérience et en 1989 une première convention est établie entre le CHS et l’Association qui a été créée pour gérer le succès commercial de la structure et apporter plus de souplesse. Depuis, l’Oasis fonctionne sans subvention. Le CHS met à disposition un terrain, ainsi que les installations nécessaires aux activités, les frais de téléphone, d’informatique et d’électricité et un véhicule.

« Certains patients sont encore à l’hôpital, mais la plupart sont sortis. Ce sont des adultes qui souffrent de différents troubles. Mais ils sont stabilisés et l’objectif de l’Oasis est de les remettre en contact avec une activité régulière », explique Céline Dreyer, une infirmière qui partage son temps entre l’Oasis et l’hôpital psychiatrique. « Ils peuvent venir jusqu’à trois fois par semaine à cet atelier qui est un soin parmi d’autres activités qui leur sont proposées. » A l’Oasis, les portes sont ouvertes de 7h30 jusqu’à 16h30. Dans le cadre de cette réhabilitation, les participants doivent présenter un certificat médical s’ils ne sont pas en mesure de venir travailler.

Les fleurs et les plants sont le travail des patients encadrés par une équipe soignante de quatre personnes.

Les patients s’engagent pour trois ans, une durée jugée suffisante pour se construire un parcours vers un travail le plus souvent en ESAT (Etablissements et Services d’Aide par le Travail, des établissements médico-sociaux qui relèvent du secteur protégé). Selon leur degré d’autonomie, ils peuvent travailler dans des unités d’horticulture et dans les espaces verts, mais aussi en cuisine ou dans d’autres services. Certains intègrent des équipes détachées dans des entreprises où un accompagnateur encadre une demi-douzaine de personnes.

« C’est une réhabilitation qui fonctionne bien s’ils sont volontaires. S’ils ont reconnus leur maladie et accepté leur traitement et ses effets secondaires, on voit une évolution en trois ans. Des gens qui à leur arrivée disent qu’ils ne sont plus bons à rien retrouvent de l’énergie », raconte Céline. « Ici, ce n’est pas un milieu hospitalier, il n’y a pas d’enfermement. Nous avons très peu de problèmes avec leurs troubles du comportement. S’ils ne se sentent pas bien, ils font faire un tour. » Céline aussi vit l’Oasis comme une bouffée d’oxygène après 7 ans d’expérience dans l’univers fermé de l’hôpital psychiatrique au contact de malades en crise.

La structure s’auto-finance grâce à plusieurs ventes de plantes tous les ans.

Plusieurs fois dans l’année, l’Oasis organise des ventes de fleurs et de plants. Son budget est d’environ 61000 euros et une partie des bénéfices est réinvestie dans l’outil de travail. L’Oasis propose aussi aux participants, qui ne sont pas rémunérés, des camps thérapeutiques (Corse, Espagne, Center Parks,…) et des après-midis de détente au plus fort de l’été (pêche, piscine,…).

« L’Oasis reste avant tout un lieu de soins. C’est un lieu d’écoute, de réassurance, de remise en confiance, de revalorisation. Le groupe  de patients y joue un rôle déterminant. En effet, les plus anciens aident les nouveaux à trouver leur place, ayant à  cœur de leur transmettre les connaissances acquises et l’esprit qui règne dans la structure ». Un programme pionnier en France qui fêtera l’année prochaine 30 ans d’existence.

Les patients travaillent au contact des plantes.

Les Jardins en fête : ballade dans Paris

Le weekend dernier, Paris et quelques villes de banlieue fêtaient leurs jardins avec un tas d’activités pour les grands et les petits, d’ouvertures de jardins habituellement fermés et d’encouragements à jardiner quelque soient les circonstances. « Jardinez votre immeuble » proclame une brochure municipale qui ajoute que « La Ville de Paris s’est engagée à augmenter et à diversifier le patrimoine végétal de la capitale : nouveaux espaces vers, arbres d’alignement, murs végétalisme, toitures-terrasses…Les Parisiens peuvent contribuer à cet effort. Devenez les jardiniers de Paris! »

Je vous propose une petite ballade en photos des jardins que j’ai visités samedi et dimanche.

Accueil dans des dizaines de jardins et espaces verts, avec des jardiniers de la ville de Paris prêts à répondre aux questions des visiteurs.

Au Clos des Blancs Manteaux cohabitent un jardin partagé que gère une association de quartier et un espace tenu par la Ville de Paris avec sur place la Maison des Acteurs du Paris Durable.

Le jardin partagé cultivé par une poignée d’adhérents de l’association Les jardiniers du 4e. Un jardin partagé, c’est un terrain cédé par la ville à une association qui promet de s’en occuper selon certaines règles précises et de le rendre accessible au public.

Les dadagreen n’étaient pas encore installés quand je suis passée au Clos des Blancs Manteaux, mais je voulais quand même vous montrer ces plantations pleines de fantaisie de Paris Label.

Décidément, Paris est plein de fleurs et de plantes quand on ouvre les yeux : le Marché aux Fleurs sur l’ïle de la Cité.

Dans le 7e, se cache un jardin mi-potager et verger et mi-jardin d’enfants, le jardin Catherine Labouré. On envie les petits du quartier qui peuvent jouer ici.

On trouve aussi au jardin Catherine Labouré, situé derrière Matignon, un club Nature de l’association CPN (« Connaitre et Protéger la Nature »). C’est le seul à Paris et les enfants peuvent y découvrir la faune et la flore, le jardinage et les saisons.

La Société Nationale d’horticulture de France ouvrait aussi ses portes, avec un hommage au Japon. « Semer, planter, faire pousser est une façon de mieux vivre. C’est excellent pour la santé physique, la santé mentale, les liens sociaux… » explique la brochure d’adhésion à la SNHF. Un plaidoyer pour la thérapie horticole appliquée à tout un chacun.

Une des nombreuses activités proposées aux enfants, la création de mini-jardins avec les plantes de leur choix.

Ce nichoir à insectes est installé au square Louvois dans le 2e. Pendant le weekend, on pouvait apprendre comment construire très simplement des nichoirs à insectes, à chauve-souris, à hérissons, à hirondelles ainsi que des mangeoires et des abreuvoirs.

Dans le 2e arrondissement, un petit jardin partagé vient d’être inauguré dans un square pour enfants près des Grands Boulevards. C’est un début avec un petit lopin et une cabane à outils…

Un restaurant du 2e propose un jus d’herbe de blé (bio, bien sûr) qui pousse devant vous.

L’association Puce Muse organise des concerts de musique vivante visuelle virtuelle. Une de ses installations participatives est ce jardin musical où les passants, à l’aide de manettes de jeu, jouent dans une mare pleine de carpes virtuelles et contrôlent la brume, tout ceci en créant des sons.

Un autre jardin partagé dans le 19e où depuis presque 10 ans des fleurs et des légumes poussent au milieu des immeubles et du béton.

Lectures : trois livres sur la thérapie horticole

 

Mise à jour. Jean-Paul Ribes me signale d’autres livres. Merci à lui.

  • La thérapie par l’Horticulture en France et à l’étranger, Suzanne Ménézo, Bordeaux, imp. castera, 2000. Ce livre fondateur est aujourd’hui très difficile à trouver.
  • La sagesse du jardinier, Gilles Clément, L’Oeil neuf Editions, 2004
  • Une brève histoire du jardin, Gilles Clément, Jean-Claude Béhar Editions, 2011
  • Le jardin disparu, Jorn de Précy (traduit par Marco Martella), Actes sud. Un ouvrage à part venu de l’époque victorienne, “à la fois traité fondateur, manifeste existentiel et réflexion sur le rapport de l’homme à la nature qui préfigure les théories contemporaines de l’“écologie profonde”, cet essai rappelle que jardiner est avant tout une façon d’être au monde”, selon Decitre.

 

Quoiqu’on en dise, il existe un petit corpus grandissant en français sur la thérapie horticole et les bienfaits du jardinage pour la santé. Voici trois livres qui explorent le sujet. N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous en connaissez d’autres.

Le docteur Denis Richard est chef de service à la pharmacie du centre hospitalier Henri Laborit de Poitiers. C’est aussi un amoureux des jardins. Dans son livre Quand Jardiner Soigne, il alterne chapitres historiques, théoriques, voire philosophiques avec des conseils pratiques. Vous pouvez l’entendre expliquer ses idées dans cette vidéo sur Jardinland TV. Comme nous tous, il se tourne vers des sources américaines plus nombreuses. Mais il met aussi en avant plusieurs projets de jardins thérapeutiques, principalement ceux d’Anne Ribes qui a aussi écrit sa préface. Dans son livre, il n’aborde pas les raisons du retard pris en France dans la pratique du jardin pour soigner. Mais il l’explique par la proéminence accordée aux solutions médicamenteuses. Certainement naturel dans un pays qui a toujours compté des chercheurs prolifiques comme…Henri Laborit, pionnier français des neuroleptiques.

Anne Ribes est certainement l’hortithérapeute française – la jardiniste comme elle aime à se décrire – la plus connue de France. Infirmière, elle a fondé en 1997, avec son mari Jean-Paul, l’association Belles Plantes dont une des missions centrales est de « créer en milieu hospitalier pour les enfants ou les personnes âgées des ateliers jardin potager et floraux.
Belles Plantes cherche à développer en France un réseau d’hôpitaux verts et à le relier à d’autres initiatives internationales pratiquant l’hortithérapie » comme on peut le lire sur le site de l’association. J’avoue ne pas avoir encore lu son ouvrage Toucher la terre : Jardiner avec ceux qui souffrent. Il faudrait que je me dépêche si je veux le lire avant l’atelier de Chaumont-sur-Loire où je dois rencontrer Anne Ribes pour la première fois…

Etudes et recherches à l’appui, les psychologues Nicolas Guégen et Sébastien Meineri expliquent Pourquoi la nature nous fait du bien. Ils enseignent tous les deux la psychologie, sociale et cognitive, à l’université de Bretagne-Sud. Ils apportent de l’eau à notre moulin : la nature nous ressource et nous aide à guérir quand nous sommes malades. Selon les études citées, les fleurs et les plantes ont un impact direct dans la ville, sur les lieux de travail, dans les salles de cours à l’école et bien sûr dans les chambres d’hôpitaux…Ce qu’on savait instinctivement a été étudié et la preuve est faite que la nature nous veut du bien.

  • Quand Jardiner Soigne, Denis Richard, Delachaux et Niestlé, 2011
  • Toucher la terre : Jardiner avec ceux qui souffrent, Anne Ribes, Editions Médicis, 2005
  • Pourquoi la nature nous fait du bien, Nicolas Guégen et Sébastien Meineri,  Editions Dunod, 2012

Soins palliatifs et deuil : le rôle des plantes

Hospice and Palliative Care of Greensboro en Caroline du nord est un établissement qui accueille des malades en fin de vie et propose des services gratuits aux personnes en deuil, adultes et enfants. Chaque jour, le personnel du centre se rend chez environ 400 patients hospitalisés à domicile. Mais le centre dispose aussi de 14 chambres privées.

Sally Cobb au jardin en compagnie d’un patient.

Il y a bien des années, Sally Cobb était une simple bénévole quand elle a fait remarquer que les plantes défraichies ne donnaient pas la meilleure image du centre. Elle s’est mise au travail pour créer un environnement plein de beauté pour les patients, leurs familles et le personnel. Aujourd’hui les chambres donnent sur plusieurs jardins magnifiques et le jardin des enfants est un endroit propice au recueillement et aux séances thérapeutiques.

Dans le jardin des enfants, la très touchante sculpture « Come take my hand ».

Les jardins sont simplement là pour le plaisir de tous. Sally n’offre pas de séance de jardinage. Mais parfois elle prend les devants. « J’avais entendu qu’une jeune fille handicapée de 19 ans qui venait ici suite à la mort d’un soignant et de son chien d’aveugle avait dit que le « jardin était magique ». Je lui ai parlé et on a planté ensemble des roses qu’elle a choisies. Je viens de lui trouver des fées à mettre dans le jardin », raconte-t-elle. Elle essaie de faire sortir les gens dans le jardin et les aide à jardiner s’ils en expriment l’envie comme ce jeune ado qui venait de perdre son frère. « Il se trouve qu’il a commencé à me parler de son frère, je ne commence pas la conversation. Je ne suis pas une thérapeute spécialisée dans le deuil, je suis là en soutien.»

Un panier propice à la stimulation des sens sert de démarrer la conversation quand Sally visite un patient.

Elle assiste toutes les semaines aux réunions de l’équipe soignante. Si elle entend parler d’un patient qui aime jardiner ou d’un autre qui semble renfermé, elle va les voir en apportant souvent son panier des sens pour lancer la conversation. Elle peut amener un bouquet pour la famille si le patient est sans connaissance ou de la lavande pour calmer un patient agité. « Je pars du principe que nous sommes tous les deux vivants aujourd’hui. On peut trouver un endroit pour se rencontrer. C’est une question de qualité de vie. Deux personnes atteintes de la même maladie et avec la même espérance de vie peuvent avoir des réactions différentes. Certains se diront que c’est déjà fini et d’autres essaieront de sortir de leur lit à tout prix. »

Sally est venue au métier de thérapeute horticole après avoir été enseignante, puis mère au foyer. « Après mon divorce, j’ai commencé à jardiner. Je me suis dit que quand je retournerais au travail, j’aimerais apporter aux gens le même bonheur que j’avais ressenti dans le jardin. Je n’avais pas envie de faire du paysagisme pour des gens riches. Je faisais du bénévolat à l’hospice, puis j’ai suivi la formation du Horticultural Therapy Institute avec Rebecca Haller. ». Sally est aujourd’hui une « registered horticultural therapist ».

Chaque papillon en métal symbolise un enfant mort à l’hospice. Au premier plan, un « vitex tree » ou « arbre chaste » à la forte odeur.

Plus rarement, Sally peut aider à créer un « memory garden », un jardin en mémoire d’un proche disparu. « J’ai aidé une femme qui avait perdu sa fille de 16 ans et qui voulait faire quelque chose pour célébrer sa vie. Le plus, c’est qu’un patient de l’hospice est venu travailler chez elle avec moi pour créer un jardin », se souvient Sally qui parle à des groupes de deuil sur le thème des jardins de mémoire. « Il suffit d’une jardinière. On peut planter du romarin, la plante du souvenir, ou attirer les oiseaux avec des mangeoires. Il faut se concentrer sur la personne et ce qu’elle aimait. »

Un patient visiblement très heureux, deux semaines avant sa mort.

« Qu’est-ce que vous aimeriez voir en face de vous à l’heure de votre mort ? Un mur, une télé ou un jardin ? » C’est la question rhétorique à laquelle Sally a répondu en concevant et en entretenant, avec des bénévoles et des dons, des jardins qui célèbrent la beauté et la vie.

La vue d’une des 14 chambres de l’hospice de Greenboro.

Plusieurs chambres ont vue sur le jardin de roses.

Sally a la chance de pouvoir compter sur de généreux dons comme celui-ci d’une pépinière locale.

Quand elle a demandé aux thérapeutes ce qu’ils aimeraient dans le jardin, ils ont suggéré un pont (même sans ruisseau) avec un siège pour deux. Le pont a été réalisé par une troupe de jeunes filles scouts.

Adultes et déficience développementale : un programme phare au Colorado

Le programme de Mountain Valley Greenhouse n’est pas né de la dernière pluie : c’est Rebecca Haller, la fondatrice du Horticultural Therapy Institute, qui l’a lancé il y a environ 30 ans pour offrir une formation (vocational training) à des adultes souffrant de déficience développementale (Developmental Disability, aussi appelé déficience intellectuelle en français). Depuis 10 ans, Adam Juul gère ce programme pionnier dans la thérapie horticole dont le but est d’encourager l’indépendance des participants et leur intégration dans la société par le travail.

Adam Juul qui gère le programme depuis 10 ans et sa collègue.

Les participants aux programmes de Mountain Valley Developmental Services qui montrent un intérêt pour les plantes peuvent se porter candidat pour rejoindre l’équipe de la serre et y travailler du lundi au vendredi de 9h00 à 15h45. Ils sont une petite trentaine à bénéficier de cette activité où les tâches sont adaptées à leur diagnostic. « Si quelqu’un a des problèmes d’orientation dans l’espace, on ne va pas lui demander de déplacer des pots », explique Adam. Les trois employés de la serre suivent le plan de traitement de chaque client. « Un objectif fréquent est de rester concentré sur une tâche. Ils peuvent avoir d’autres objectifs : nettoyer sa zone de travail, ne pas partir sans prévenir, suivre les règles, toutes choses qui sont nécessaires pour un travail dans la communauté. » Car l’objectif final est de placer les participants dans des emplois où ils réussiront et où leur employeur bénéficiera de leurs compétences.

Joan arrose les poinsettias.

Certains clients ont besoin d’apprendre à contrôler leur colère. « Nous les mettons dans une situation un peu stressante en leur donnant quelque chose qu’ils n’ont jamais fait. On parle de ce qu’il faut faire quand on a un problème », explique Adam. « Ils doivent apprendre à ne pas refuser le travail et à se comporter de façon appropriée sur un lieu de travail. » Lorsqu’une participante est prête à partir pour un travail à l’extérieur, l’équipe encourage son indépendance : elle doit par exemple trouver des tâches à accomplir sans en référer constamment à l’équipe. Malheureusement, l’économie est moins favorable aux placements à l’extérieur et certains clients ont même dû revenir à Mountain Valley Greenhouse. « On travaille alors sur leur coordination fine. »

Plus récemment, la serre s’est ouverte sur l’école primaire à côté. « Chaque client a une classe sous sa responsabilité. Les enfants mangent à la cantine ce qu’ils cultivent. Pour nos clients, c’est une interaction importante avec la communauté. Nous voyons les enfants passer de « Ils sont étranges » à de véritables relations avec nos clients. C’est important à leur âge », explique Adam qui estime qu’environ 600 enfants ont bénéficié de ce programme. Cet échange a fait l’objet d’un article dans Time for Kids, la version jeunesse de l’hebdomadaire américain, et d’une vidéo qui montre la conception du projet (y compris une interview avec Adam Juul). En partenariat avec l’école, Mountain Valley Greenhouse a aussi installé un système à énergie solaire pour réduire l’empreinte carbonique de la serre. Le programme a également d’autres débouchés à l’extérieur. Mountain Valley Greenhouse vend des fleurs à la municipalité et ses légumes sont distribués dans quelques magasins et restaurants locaux.

Joe coupe du romarin pour le vendre dans des magasins et restaurants locaux.

« Chaque jour, nous prenons cinq clients et nous évaluons la qualité de leur travail qui détermine leur salaire. Certains clients seront avec nous très longtemps car on ne peut pas les pousser vers un job dans la communauté, ils ne sont pas confortables. » Les clients sont très fiers de leur travail, qui a un impact dans la communauté et leur permet de gagner un salaire. « C’est phénoménal. »

Le Mountain Valley Greenhouse vend ses fleurs à la ville de Glenwood Spring, Colorado.