Symposium Jardins et Santé 2014 : compte-rendu (2e partie)

(mise à jour : les séances plénières et au moins une table ronde sont maintenant en ligne en intégralité : https://www.youtube.com/channel/UCB6OvoJ1JLqfzIH7YU7NsUA)

Gwenaelle Jaouen continue son compte-rendu avec les cinq dernières interventions en plénière.

Retour d’expérience d’un paysagiste anglais

Garuth Chalfont (crédit Laurence Toussaint)

Garuth Chalfont (crédit Laurence Toussaint)

La communication de Garuth Chalfont (Chalfont Design Sheffield, Grande-Bretagne), intitulée « Structuration et usage des jardins thérapeutiques en établissements accueillant des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs », avait pour but d’examiner brièvement les bénéfices des liens avec la nature pour les personnes âgées et plus spécifiquement celles atteintes de démence. G. Chalfont a évoqué 10 raisons pour encourager le lien avec l’extérieur de ces personnes, dont leur besoin quotidien de vitamine D et de garder l’esprit vivant. Le jardin doit être élaboré pour que les personnes puissent s’impliquer dans des occupations utiles et porteuses de sens. Ces personnes ont besoin de se sentir utiles et souhaitent généralement continuer à donner un sens à leur vie et à leurs activités.

Il est également important de maintenir le lien avec la faune et la flore des jardins. Ceci peut avoir une signification profonde pour les personnes, et plus particulièrement lorsqu’elles perdent leurs facultés verbales. Elles peuvent toutefois encore être sensibles à leur environnement et profiter du confort émotionnel et spirituel que leur offrira la nature.

« L’architecture soutient. La nature stimule. Les personnes interagissent. » Ce sont trois principes dynamiques du design. Comment les assembler dans une structure de soin afin qu’elles profitent aux résidents ? G. Chalfont présente des exemples de plans architecturaux et paysagers de projets de jardins pour les personnes atteintes de démence menés en Angleterre dans des structures telles que des accueils de jour ou des maisons de retraite. Ces espaces ont été conçus en vue d’améliorer le bien-être de personnes atteintes de démence modérée à sévère.

Les environnements de soin ont besoin de marquer une continuité entre le dedans et le dehors. Les espaces extérieurs doivent être chaleureux et confortables selon les moments de la journée où ils sont fréquentés. Ceci nécessite que l’architecture de la structure et l’architecture paysagère soient pensées en parallèle très tôt dans le projet de développement du site. Cette partie de la présentation a développé les caractéristiques essentielles permettant aux usagers de rester actifs, de se sentir utiles et heureux. Ces espaces doivent soutenir l’autonomie des personnes dans leurs activités, ainsi que les familles et les professionnels. L’architecture paysagère devient ainsi un support à celles-ci. Elle permet de développer des activités créatives et ayant du sens. Ces activités doivent pouvoir stimuler l’intellect, le corps et l’esprit.

L’architecture paysagère doit permettre de faire pénétrer la nature, la lumière et le paysage dans l’établissement par des vecteurs variés. Elle permet aux personnes de se repérer dans le temps au quotidien et de reconnaître la saison. L’architecture paysagère doit assurer une connexion entre les espaces intérieurs et les espaces extérieurs significatifs pour encourager les personnes à sortir. Les éléments du jardin peuvent aussi être complémentaires des activités se déroulant à l’intérieur de l’établissement. Par exemple, les herbes aromatiques et le potager peuvent se situer à proximité de la fenêtre de la cuisine.

« Une vie saine grâce à l’apprentissage », un moyen de prévention de la démence. L’objectif étant de retarder la maladie et de ralentir le déclin.

Au CHU de Nice, un projet d’évaluation pionnier

Dominique Pringuey (Professeur de Psychiatrie,  Ancien Chef de Service de la clinique universitaire de Psychiatrie, Hôpital Pasteur au CHU de Nice) et France Pringuey (Médecin, Paysagiste concepteur conseil en Jardins de Soins) dans leur communication « Jardins de Soins en psychiatrie de l’adulte, un recours thérapeutique en évaluation » ont présenté les critères de bases et plus spécifiques de l’évaluation du jardin de soins.

Les Pringuey commencent par rapporter l’importance de l’évaluation comme un outil essentiel à la validation des connaissances scientifiques. Elle répond à la double exigence de la rigueur de l’observation et du partage des savoirs. Si chaque jardin et chaque projet est unique surtout lorsqu’il s’inscrit dans l’architecture, le paysage et l’esprit du lieu, il n’en reste pas moins que pour être qualifié de Jardins de Soins, il doit répondre à des critères essentiels et spécifiques qu’il faudra s’attacher à respecter. L’intérêt alors de son évaluation est non seulement la vérification standardisée et répétée de l’atteinte de ces objectifs mais aussi l’apport d’une vision critique du processus lui-même permettant modification, ajustement, et perfectionnement au cours du temps.

France Pringuey propose une échelle d’évaluation standardisée reprenant les critères essentiels fondamentaux des Jardin de Soins issus des recommandations internationales. La mesure des scores s’effectue par échelle visuelle analogique de 1 à 10. Des observations écrites, points positifs, points négatifs et proposition de réflexions enrichissent le dossier. Cette échelle d’évaluation générale devra être complétée par la standardisation des critères spécifiques relatifs au publics concernés par le Jardin de Soins auquel se réfère le projet (jardin d’hortithérapie, jardin pour la mémoire, jardin de ressourcement pour le personnel, jardin de réhabilitation sociale, jardin de rééducation, jardin récréatif ou pédagogique…) Enfin, l’atteinte des objectifs du projet lui-même pourra être évalué en tenant compte des attentes de l’institution, des patients, des familles et des soignants, et des processus thérapeutiques engagés.

Les cibles de l’évaluation générale reposent sur les bases scientifiques du concept, c’est à dire la co-relation originaire Homme/Plante, un processus de coopération vitale, auquel se réfèrent les théories de la Savane, de la Phyto-résonance ou de la Biophilie.

Le premier critère à évaluer est celui de la Naturalité du Jardin. La végétation doit être suffisante, sur trois niveaux. Ensuite la maintenance et biodiversité qui en découlent. La biodiversité au Jardin reflète la coopération et l’attention portée à l’autre. Un environnement qui prend soin des gens doit être traité avec soin et respect. Et le dernier critère est la sécurité, la protection et le respect de la vie privée.

Cette évaluation standardisée et répétée au cours du temps et des saisons permettra de mieux saisir le potentiel thérapeutique du Jardin lui-même, d’en améliorer les composants et d’atteindre les objectifs. Elle n’est pas exhaustive bien sûr et doit être complétée par l’évaluation des critères spécifiques du projet.

D. Pringuey présente ensuite le programme d’évaluation clinique de l’efficacité des activités au jardin de soins testée et élaborée au sein du Protocole de Recherche aux Hôpitaux soumis au comité de Protection des Personnes.

L’échelle d’évaluation des émotions PANAS de Gaudreau et coll est utilisée en complément à l’échelle de Cotation Psychiatrique Brève (BPRS) dans le but d’approcher au plus près l’expérience vécue par le patient.

Lors d’une séance, l’étude des variations du profil de réponse à l’échelle PANAS témoigne le plus souvent d’une mobilisation affective, parfois marquée. En général elle traduit en positif un intérêt pour la séance, la satisfaction de son déroulement et la réduction de la sensation de stress.

Sur les 6 premiers mois de l’année, lors du programme pilote d’une séance hebdomadaire de 2 heures, 87 patients ont été accueillis dont plus de la moitié souffrent de schizophrénie, un tiers sont hospitalisés sous contrainte. Le soin a pu se répéter au moins 5 fois pour 16 d’entre eux, plus de 7 fois pour 9, 11 et 13 fois dans deux cas. La Panas a été proposée, selon les disponibilités, 16 fois pour tester la faisabilité d’utilisation qui est excellente. Ce début a permis la mise au point et l’ajustement du protocole, fournissant un bilan préliminaire très encourageant.

A terme, ces données viseront à vérifier l’hypothèse d’un effet émotionnel bénéfique et/ou spécifique de l’activité Jardin pour les patients. Elles permettront d’harmoniser l’activité selon leurs attentes, en tenant compte de leurs dispositions émotionnelles. L’appréciation de l’évolution clinique globale tiendra compte de la contribution de cette thérapie non conventionnelle dans le résultat thérapeutique final. Les deux intervenants ont insisté sur la nécessité de publier les résultats de ces recherches en croisant plusieurs centres.

Le CHU de Nancy continue son travail

Alain Trognon (Groupe de Recherche sur les Communications, Département de Psychologie, Université de Lorraine, Nancy) et Martine Batt (Groupe de Recherche sur les Communications, Département de Psychologie, Université de Lorraine, Nancy) dans leur communication « Développement des jardins thérapeutiques en Lorraine à travers le programme JAZ (Jardin AlZheimer) » ont raconté l’histoire d’un jardin, d’une équipe, de patients et de scientifiques en réponse au Plan Alzheimer 2008-2012 lancé auprès des établissement accueillant des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées (MAMA) faisant la recommandation de disposer de jardins thérapeutiques.

L’aménagement du jardin « art, mémoire et vie », destiné aux personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et à leur entourage au CHU de Nancy, a été établi à partir d’une double approche de sa conception, neuropsychologique et artistique. Il s’est déroulé de 2007 à 2010, tandis qu’une Unité Cognitivo Comportementale a été ouverte en 2012 au Centre Paul Spillmann où il se situe. Un programme de recherche y est actuellement développé en partenariat avec le CHU, l’Université de Lorraine. Le programme JAZ Jardin AlZheimer se décline en différents axes :

JAZ-LOR (Jardin, AlZheimer Lorraine) Axé sur l’intérêt de références à la mémoire culturelle régionale utilisées lors des activités proposées lors des ateliers individuels, en petits groupes ou transgénérationnels.

JAZ –ART (Jardin, AlZheimer ART) Axé sur l’intérêt d’une dimension artistique au service du projet thérapeutique et les effets émotionnels et cognitifs et ultérieurement d’ateliers utilisant l’observation d’œuvres d’art comme médiation.

JAZ-TOP (Jardin AlZheimer TOPographie) Axé sur les principes d’organisation spatiale qui favorisent l’orientation des personnes atteintes de MAMA (maladie d’Alzheimer ou maladie Apparentée). Les perspectives sont la mise au point de méthodes d’évaluation diagnostique des troubles de l’orientation spatiale en condition écologique et la mise en place d’ateliers de réhabilitation de l’orientation spatiale.

JAZ-BURN (Jardin AlZheimer, Burn-out) Axé sur la prévention du risque d’épuisement professionnel (syndrome de burnout) des équipes de gériatrie, problème important qui touche les soignants sous les trois facettes d’épuisement émotionnel, de fatigue physique et de lassitude cognitive.

JAZ ACT (Jardin AlZheimer, Activités) Axe ciblé d’une part sur le rôle des différents éléments mobiliers et leur impact sur l’interaction entre résidents/patients, soignants, visiteurs ainsi que sur les activités partagées qui se tiennent dans le jardin: jardinage accompagné, ateliers transgénérationnels, ateliers culturels…

Le projet JAZ Partenaires porté par l’association JAZ Pairespective (Psychologie Art Interaction REcherche) vise enfin à créer un réseau de jardins partenaires de recherche dans le domaine de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées.

Hortithérapie et soins palliatifs

L’intervention d’Angélique Doumenc (Université Toulouse Le Mirail, UFR de Psychologie) était consacrée aux « Effets différentiels de l’’hortithérapie et soins palliatifs ». A. Doumenc a exposé l’évaluation faite auprès des personnes en soins palliatifs dans le cadre d’un dispositif hortithérapique standardisé et manualisé. Le groupe était composé de personnes souffrant de pathologies somatiques et neurodégénératives, d’un cancer ou ayant subi un AVC. Différentes techniques, activités sensorielles leur ont été proposées (jardinage, peinture, mandala, conte, senteur).

Les principaux résultats révèlent un effet bénéfique de l’hortithérapie ainsi que des différentes techniques sur les états de base, les attitudes et les processus de création auprès de personnes souffrant de pathologies somatiques et neurodégénératives.

En conclusion, l’éveil du vivant

La séance plénière se termine par la communication de Bernard Andrieu (Philosophe, Université de Lorraine) consacrée à « L’éveil du vivant par l’écologie corporelle ».

Andrieu commence par introduire la différence entre « awareness » et « consciousness », que nous traduisons par « éveil » et « conscience de ». La différence entre le corps vivant et la conscience du corps vécu. La réflexion est « peut-on activer, une cosmo-sensation, depuis son jardin intérieur en s’immergeant dans le jardin extérieur ? ».

Le vivant est actif en dessous du seuil de conscience et cette activité est désormais mesurable dès l’activation à 40ms. Le corps et l’esprit peuvent être entièrement immergés dans ce que nous appelons l’immersion dans le jardin de plantes, de fleurs, de légumes et autres arbres : Marcher pied nu, sentir les odeurs, voir des couleurs, prendre l’air, toucher les matières. Qu’est-ce qu’il se passe dans le corps vivant lorsque je lui fais sentir une fleur ? Et bien il y a un processus d’activation exogène qui se produit. L’immersion dans la nature va déclencher des éléments dans le corps vivant (sans conscientisation).

Un constat a été fait lors d’une intervention de Gilles Gallopin (enseignant, chercheur Agros Campus Ouest) où le monde d’aujourd’hui n’a pas de repère avec son écologie, pas de relation au sacré. Les enfants grandissent dans un monde urbain. Il est nécessaire de plonger une personne dans un milieu naturel afin de stimuler de manière exogène son écologisation.

Le sentant de notre corps sensible n’est pas le senti. Par sa sensibilité, le corps vivant dans le jardin est sans personne au sens où le sujet n’en contrôle pas l’activité organique ni l’activation cérébrale. C’est la vicariance de son cerveau lors de son écologie dans ses environnements qui lui fait créer des réseaux et des formes avant la conscience.

Le corps vivant est éveillé par son écologie spontanée avec le monde et la conscience par le corps.

Portrait de Martine Brulé dans Le Lien Horticole

Martine Brulé avec un patient dans le jardin de l’Armillaire (unité de psychiatrie adulte de l’hôpital Pasteur - CHU de Nice)

Martine Brulé avec un patient dans le jardin de l’Armillaire (unité de psychiatrie adulte de l’hôpital Pasteur – CHU de Nice)

C’est un festival Martine Brulé en ce moment. Après son compte-rendu sur la conférence de l’AHTA la semaine dernière, elle est de retour sur Le bonheur est dans le jardin à travers un portrait consacré à cette pionnière de l’hortithérapie en France. Portrait publié dans Le Lien Horticole, l’hebdo des professionnels de l’horticulture ornementale, fin octobre. Pour lire l’article, cliquez sur le lien : Le Lien Horticole 22 octobre 2014.

La semaine prochaine, c’est le branle-bas de combat : la communauté française des jardins de soin, des jardins à but thérapeutique et de l’hortithérapie (choisissez votre expression) se réunit au symposium Jardins & Santé. Ca se passe les 17 et 18 novembre à Paris. En guise de billet, j’espère faire lundi prochain un compte-rendu à chaud de la première journée (voir le programme). J’ai hâte de retrouver Martine Brulé, Dominique Marboeuf, Anne et Jean-Paul Ribes, Paule Lebay, Stéphane Lanel, Denis Richard, Sébastien Guéret et bien d’autres. Mais aussi de rencontrer des personnes avec qui je n’ai échangé que par téléphone comme Carole Nahon et France Pringuey. Et bien d’autres que je ne connais pas encore. La perspective de se retrouver entre gens animés par la même passion est extrêmement vivifiante.

Un outil de recherche + un outil d’échange

Capture d’écran 2014-10-19 à 22.01.37Je n’avais pas prévenu que les vacances arrivaient. Comme je n’ai pas envie de vous laisser le bec dans l’eau, voici un billet express pour vous parler d’un outil qui peut vous aider si vous voulez concevoir un projet de jardins de soin et que vous cherchez des études pour vous informer et pour « vendre » l’idée à votre établissement, par exemple. Il s’agit de Google Scholar qui vous permettra de trouver des thèses, des articles scientifiques, des études. Un puits d’informations.

Comme ces études anglais : « Effects of Horticultural Therapy on Mood and Heart Rate in Patients Participating in an Inpatient Cardiopulmonary Rehabilitation Program », un article signé entre autres par Matthew Wichrowski. Dans le premier cas, vous avez accès au texte entier. Dans le deuxième, vous lisez le résumé et devez payer pour avoir accès à la suite. Ce ne sont que deux exemples pris au hasard : lancez-vous à la recherche de l’article qui vous aidera à avancer sur votre projet.

Allez, une dernière étude pour la route : « What Is the Impact of Using Outdoor Spaces Such as Gardens on the Physical and Mental Well-Being of Those With Dementia? A Systematic Review of Quantitative and Qualitative Evidence ». Celle-ci ne sort pas de Google Scholar, mais du groupe Facebook Jardins de soin où Jean-Paul Ribes y a fait allusion. Ce groupe est une autre excellente source d’information. Pour vous y abonner, allez faire un tour sur le groupe.

Bonnes découvertes, bonnes vacances et à dans 15 jours.

Le jardin d’Olt : réalisations et bilan (1ere partie)

En mai 2013, Cécile Ratsavong-Deschamps, psychologue et présidente de l’association Médecines, Cultures et Paysages, nous présentait son projet de jardin à l’hôpital-maison de retraite Etienne Rivié à Saint Geniez d’Olt dans l’Aveyron. Dans le cadre d’un groupe de travail sur l’enfermement et la contention et avec une approche méthodique, elle avait décidé de concevoir un jardin et de mettre en place des ateliers pour les résidents. Des résidents qui sont pour la plupart des paysans qui, en entrant dans la maison de retraite, « ont fait le deuil d’aller dehors et de travailler la terre ». La psychologue nous fait la gentillesse de partager un bilan des activités du jardin au cours de la seconde partie de 2013. Je vous le livre in extenso.

La semaine prochaine, je partagerai des détails supplémentaires sur les ateliers de stimulation sensorielle et de mémoire ainsi que sur le projet de recherche que Cécile Ratsavong-Deschamps a présenté lors des 33e journées annuelles de la société Française de Gériatrie et de Gérontologie à Paris en Octobre.

« En Juillet, grâce à un don de mobiliers d’extérieur de Conforama, le jardin a pu être aménagé afin que les résidents en profitent durant l’été. Un déjeuner de travaux a été organisé. Les professionnels disponibles ont ainsi permis l’aménagement de trois carrés potagers en hauteur afin de jardiner debout.

Capture d’écran 2014-01-25 à 11.34.15Durant tout l’été, l’ergothérapeute et moi-même (psychologue) avons mis en place des ateliers de stimulation sensorielle pour les patients les plus dépendants de l’Unité de Soins de Longue Durée. Ces ateliers s’adressent aux résidents présentant des troubles cognitifs et de la communication ; des troubles gnosiques : agnosie visuelle (reconnaître les objets et les images), agnosie spatiale (reconnaître les lieux), agnosie temporelle (se situer dans le temps) ; des déficits sensoriels et physiques : troubles de la vue et/ou de l’audition, perte du tonus musculaire. Ils ont pour objectifs de stimuler les résidents afin de les éveiller et de leur permettre de sortir un peu de leur repli sur soi.

Les ateliers mémoire ont pris place dans le jardin chaque semaine et grâce aux dons de nombreuses maisons d’édition, les livres ont permis à chacun de se réapproprier des savoirs et de les partager.

Durant les vacances de la Toussaint, la météo restant clémente, les plaisirs du jardin ont pu se prolonger. La Ligue de Protection des Oiseaux est venue nous parler des oiseaux de nos campagnes et enfants et résidents ont construit des mangeoires.

Un artiste peintre est venu aider les résidents et les enfants du centre de loisirs à décorer les grands couloirs vitrés qui mènent au jardin. »

Cécile Ratsavong-Deschamps juge le bilan de ce premier été globalement positif, mais tire quelques enseignements de certaines difficultés qu’elle compte mettre en œuvre au printemps.

  • Un manque de compétences et/ou de coordination dans la mise en place des activités liées au jardinage. Dans les équipes, personne n’est formé à l’hortithérapie. Nous manquons de personnel qualifié et de matériel pour mettre en place des activités de jardinage adaptées aux résidents. Nous allons nous doter dans les semaines à venir de carrés potagers en hauteur accessibles aux fauteuils roulants.
  • Des problèmes d’arrosage se sont posés pendant tout l’été. Il en a été de même pour l’entretien des carrés potagers au sol. Les résidents ne sont pas capables de s’en occuper et l’équipe d’animation ne s’est pas encore emparé du jardin comme outil d’animation. Nous avons donc travaillé cet été à l’élaboration d’une convention de jardin partagé avec le centre de loisirs du village. Les enfants accueillis le mercredi et pendant les vacances scolaires pourront venir cultiver, quand ils le souhaitent, les carrés potagers au sol qui leur seront réservés. Les résidents pourront se consacrer aux carrés potagers en hauteur et des moments de partage et de travail collectif prendront donc place dans le jardin. Nous espérons insuffler ainsi une dynamique. De plus, les travaux de restauration de la grande salle attenante au jardin sont terminés. Cette salle sera inaugurée pour les fêtes de Noël. Les résidents pourront s’approprier les lieux et aux beaux jours profiter du jardin dans la prolongation de cette salle d’animation colorée et conviviale.
  • Le jardin n’est pas perçu par tous comme un outil de soins. Nous continuons donc notre travail de communication et formons les professionnels à l’intérêt des approches non médicamenteuses. C’est notamment dans ce but que nous avons mis en place une recherche. Nous souhaitons évaluer l’impact du jardin sur les troubles du comportement, l’humeur et l’anxiété des résidents. Nous avons présenté cette étude sous forme de poster lors des 33e journées annuelles de la Société Française de Gériatrie et de Gérontologie à Paris en Octobre.
Les résidents et les enfants ont fabriqués des mangeoires pour les oiseaux.

Les résidents et les enfants ont fabriqué des mangeoires pour les oiseaux.

Le travail de l'artiste, des résidents et des enfants du centre de loisirs.

Le travail de l’artiste, des résidents et des enfants du centre de loisirs.

Rétrospective 2013

En passant

Le jardin des Halles nouvellement réouvert portera le nom de Nelson Mandela.

Le jardin des Halles nouvellement réouvert portera le nom de Nelson Mandela.

Ce billet est resté dans les brouillons depuis une semaine et je ne m’en suis aperçue que ce weekend. Un petit clic sur le bouton « Publier » fait toute la différence. Début janvier est un peu tard pour une rétrospective de 2013. Mais qu’à cela ne tienne. Voici quelques billets coups de cœur de l’année dernière en attendant les nouvelles découvertes que nous réserve 2014.

Laetitia et la thérapie horticole spontanée parce que la théorie est nécessaire, mais que la pratique et l’intuition sont aussi très importantes.

Le Jardin Nomade, pionnier des jardins partagés parisiens parce qu’il rassemble les habitants d’un quartier parisien autour d’un lopin de terre sauvé du béton.

Le jardin extraordinaire de Saint-Ex parce qu’enseignants et élèves en difficulté scolaire y trouvent un terrain commun pour retrouver le plaisir d’apprendre.

Le jardin de l’Ehpad d’Onzain parce que Paule Lebay et Fabienne Peyron !

L’atelier d’horticulture de l’IME du Prieuré à Saint-Vigor (Bayeux) parce que Jean-Luc Valot, éducateur technique spécialisé, y transmet des valeurs fortes.

L’hortithérapeute américaine Sue Kaylor parce que, elle-même victime d’un accident cérébral il y a 10 ans, elle travaille avec ses patients en toute connaissance de cause.

Le groupe de soutien aux victimes de viol et d’abus sexuels de Christene Tashjian en Caroline du Nord parce que le jardin et le contact des plantes peuvent aider presque tout le monde à se reconstruire.